FOOTBALL JE T'AIME MOI NON PLUS

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Qu'est-ce qui fait vibrer les spectateurs d'un match de football ? Cet ouvrage éclaire ces questions en posant une analyse précise des deux principaux registres émotifs du public de football : la dramatique du match, elle n'exerce pleinement son effet que si le spectateur est supporter de l'équipe et la beauté qui se dégage de certaines actions de jeu quels qu'en soient les signataires. Faits à l'appui, l'auteur démontre que le milieu du football active le
Publié le : vendredi 1 décembre 2000
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EAN13 : 9782296425262
Nombre de pages : 104
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Jean-Claude TROTEL

FOOTBALL
JE T'AIME... MOI NON PLUS
Le football: l'art ou la guerre?

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Inc. 55, nIe Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

~L'Hannattan,2000 ISBN: 2-7384-9841-8

AVANT-PROPOS

Cette réflexion sur le football croise deux champs de connaissance bien différents. L'un concerne la technique de l'activité, l'autre relève de la sociologie. Cette double approche peut surprendre certains lecteurs. Elle nous est pourtant apparue très utile pour chercher à comprendre les différentes raisons de s'intéresser au football. La connaissance technique du jeu est une condition nécessaire pour étudier, par exemple, les questions sur la beauté du football, le plaisir lié aux actions de jeu. Elle n'est toutefois pas suffisante, y compris pour répondre à ces interrogations. Elle n'est pas non plus sans inconvénient car elle peut conduire à la subjectivité et à l'aveuglement. La sociologie, précisément, invite à la mise à distance et à l'observation objective des faits. D'autre part, plusieurs sociologues de renom ont réalisé des analyses sur le sport en général, le football en particulier. Des études souvent éclairantes, parfois contestables, toujours stimulantes.

En outre, à travers ce croisement de connaissances, il ne nous déplaît pas de rapprocher deux mondes qui s'ignorent trop souvent. Deux mondes que nous avons fréquentés même si nous y étions un peu marginaux. Enfin, nous informons le lecteur que cet ouvrage a été réalisé, essentiellement, avant l'Euro 2000. Toutefois, nous avons rajouté quelques remarques complémentaires se référant à cette compétition.

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INTRODUCTION

On est les champions! On est les champions! Au soir du 12 juillet 1998, immédiatement après la victoire des Bleus, des milliers de personnes ont occupé les rues de France pour chanter leur fierté d'être champions, d'être français. Jamais, paraît-il, le pays n'avait connu une telle ivresse collective, pas même lorsqu'il fut libéré cinquante quatre.ans plus tôt. Pour ma part, je n'ai pas ressenti le besoin de me joindre à cette grande communion nationale. Et pourtant, je ne suis pas un anti-football. A la différence de beaucoup de ceux qui étaient atteints par la fièvre bleue, j'ai pratiqué ce sport pendant de nombreuses années. Je ne suis pas non plus ce (télé)spectateur coincé, insensible à toute émotion déclenchée par une action de football. Non, je suis capable de vibrer intensément au cours d'un match à condition que le spectacle me plaise. Tout simplement. Or, au fur et à mesure du déroulement du Mondial, cette exigence devint de moins en moins tolérée. Il n'était pas question de marquer sa réserve devant les pâles prestations des tricolores face aux Paraguayens puis aux

Croates. Par l'intermédiaire d'une presse parfois complice, Deschamps et ses équipiers se mirent à regretter, en termes virulents, que le public ne les soutienne pas à 100 %. «Qu'on donne aux gens des drapeaux, des trompettes! Qu'ils enfilent le maillot tricolore! » Reçu 5 sur 5. Le jour de la finale, la mobilisation générale fut décrétée. Dans la foulée de leur président, tous les Français se devaient de penser bleu, blanc, rouge. Quant aux mal pensants qui, par surcroît, avaient pu bouder la liesse de l'après-match, ils étaient, selon des plumes très autorisées, des « pisse-vinaigre» qui n'avaient rien compris à ce grand élan national. Ce n'était pas la première fois que, personnellement, je subissais cette entreprise de culpabilisation et de marginalisation. Mais jusqu'ici, elle se limitait à la planète football. «Vous n'avez rien à faire dans un stade!» m'a lancé, récemment, un supporter excédé par ma trop grande neutralité vis-à-vis de l'équipe locale. Or, là, en ce mois de juillet 1998, ce phénomène de rejet prenait une toute autre ampleur. J'étais devenu un mauvais Français car coupable de ne pas avoir soutenu l'équipe de France de football, coupable, qui plus est, de haute trahison pour avoir préféré l'équipe hollandaise dont le jeu, généralement, me plaisait davantage1. Jamais encore, je n'avais ressenti, avec autant de force, ce mélange d'intolérance et d'incompréhension à l'égard de la vision du spectateur de football qui consiste à privilégier le plaisir lié à la qualité du jeu produit et non à supporter, inconditionnellement, une équipe.
1

Je ne prétendspas que l'équipe de France ait, pour autant,usurpé son

titre de Champion du Monde, tout comme celui de Champion d'Europe qu'elle vient d'arracher.

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Comment expliquer qu'un match de football puisse susciter des approches aussi contradictoires? Quels sont les registres émotifs qui les sous-tendent? Leur opposition est-elle aussi tranchée qu'à l'occasion de cette dernière Coupe du Monde? Pourquoi l'attitude qui valorise la beauté du jeu est-elle de plus en plus refoulée? Tel est le réseau de questions que je vais chercher à éclairer. Des réponses issues de chercheurs ont déjà été apportées à certaines de ces interrogations. Je ne les ignore pas, elles alimenteront ma réflexion. Toutefois, en accréditant l'idée que le spectateur de football est, nécessairement, un supporter, ces études participent, elles aussi, à cette entreprise de marginalisation du spectateur qui aime le football pour la beauté du jeu quelle que soit l'équipe qui l'exprime.

Il

I. Les émotions chauvines liées au supportérisme

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