GUERRE, PAIX ET ANTIQUITÉ

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Ce numéro propose d’illustrer les thèmes de la guerre et de la paix dans leur lien avec l’Antiquité, en proposant des articles consacrés à des civilisations antiques hors Rome et à des civilisations issues de Rome. C’est à travers le pivot balkanique sous le Haut-Empire que Rome est approchée, mais aussi dans les articles qui traitent de la rencontre entre Rome et le christianisme.
Publié le : dimanche 1 juillet 2001
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EAN13 : 9782296235274
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Midilrzrranirz$
Revue de l'association Méditerranées
N° 28 - 2001

6u~rr~, paiX
~t TIntiquit{l

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

L'illustration de couverture est extraite de l'Hypnerotomachia Poliphili (le songe de Poliphile) l, ouvrage de Francisco Colonna, écrit en 1467 et imprimé par le Vénitien Alde Manuce en 1499.,
(Ç) L'Harmattan, 2001 ISSN: 1259-1874 ISBN: 2-7475-0974-5

1

Curieuse fantaisie allégorique, en un mélange de latin et d'italien (avec des passages en grec et en hébreu) ; l'ouvrage, illustré de belles gravures sur bois d'un artiste inconnu, est considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs livres illustrés de la Renaissance.

Membres

d'honneur : Guillaume CARDASCIA (professeur émérite Jean GAUDEMET (professeur émérite de publication: Jacques BOUINEAU (professeur d'Histoire de lecture

d'Histoire d'Histoire

du Droit - Université du Droit

Paris II - Assas) Paris II

- Université

- Assas)

Directeur

du Droit

- La

Rochelle)

Comité

ABD ELHAMID (professeur d'Histoire et de Philosophie du Droit - Université Ain Chams du Caire) Claude ANDRAULT (professeur d'Histoire de l'Art - Université de Poitiers) Ivan BILIARSKY (maître de conférences d'Histoire du Droit - Université de Varna) Jean-Marie CARBASSE (professeur d'Histoire du Droit - l'Université de Paris II - Assas) Pierangelo CATALANO (professeur de Droit romain - Université La Sapienza de Rome) Jean CEDRAS (professeur de Droit Privé - Université de La Rochelle) Jean-Marie DEMALDENT (professeur de Sciences Politiques - Université Paris X - Nanterre) Jean DURLIAT (professeur d'Histoire médiévale - Université de Toulouse-Ie-Mirail) Jean-Louis GAZZANIGA (diacre, agrégé de Droit) Gérard GUYON (professeur d'Histoire du Droit - Université Montesquieu - Bordeaux IV) Andréas HELMIS (professeur d'Histoire du Droit - Université d'Athènes) Sophie LAFONT (professeur à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes) Bemadette MENU (directeur de recherche au C.N.R.S - Montpellier) Cemil OKTAY (professeur de Sciences Politiques - Université d'Istanbul) Marie- Luce PAVIA (professeur de Droit Public - Université de Montpellier I) Secrétaire de rédaction: Solange SEGAIA (maître de conférences

Hassan

d'Histoire du Droit - Université

de La Rochelle)

enfin c~ jour pomp~u)(, c~t h~ur~ux jour nou~ tuit, Qui d'un troubt~ ~i tong doit di~~ip~r ta nuit, C~ grand jour où t'hym~n, ~touffant ta v~ng~anc~, entr~ t~ parth~ ~t nou~ r~m~t t'int~t1ig~nc~, ~ffranchit ~a princ~~~~, ~t nou~ fait pour jamai~ <f>u motif d~ ta gu~rr~ un 1i~nd~ ta paiX; C~ grand jour ~~t v~nu, mon fr~r~, où notr~ r~in~, C~~~ant d~ ptu~ t~nir ta couronn~ inc~rtain~, <f>oitompr~ aux y~ux d~ tou~ ~on ~i1~nc~ ob~tin~, r <f>~ ~uX princ~~ g~m~aux nou~ d~ctar~r t'aîn~ ; d et t'avantag~ ~~ut d'un mom~nt d~ nai~~anc~ <f>ont 11~a ju~qu'ici cach~ la connai~~anc~ ~ M~ttant au ptu~ h~ur~ux t~ ~c~ptr~ dan~ ta main, \la fair~ t'un ~uj~t, ~t t'autr~ ~ouv~rain.

pi~rr~ Corn~il1~ Rodogan~(v. 1 à 14)

~ommajrrz

Jacques

Bouineau

Éditorial................. ...... .

..

......

........

9

Sydney H. Aufrère Thèbes- Victorieuse. Allégorie de la guerre et de la science. Histoire d'un concept Franck Joseph Brami Les magistrats à pouvoir militaire du commandement pendant la deuxième guerre contre Rome Gérard Fassy L'importance du pivot balkanique dans le système Empire romain (?r - Ifme siècles après J.-C.)

13

carthaginois 41

défensif du Haut57

Edward G. Farrugia Doit-on préférer Néron à Constantin? Un nouveau regard du christianisme sur la guerre et la paix au moment de son accession sta.t::lede religion universelle

au 79

Gérard D. Guyon La paix et la guerre dans les écrits chrétiens des trois premiers siècles 103 Claude Andrault-Schmitt Le « cavalier Constantin », une image polysémique dans l'Aquitaine du XI? siècle Jean-François Chassaing Adoption, guerre et droit romain

de Rome 129

155

Rapport

de synthèse 163

Jean-Pierre et Dominique Hocquellet Congrès de Malte, 1-4 novembre 2000, Guerre, Paix et Antiquité

Comptes Floréal

rendus Sanagustin 1 79

Les intellectuels en Orient musulman, statut et fonction,
Pierre Grandet Le papyrus Harris,

181

éditorial

Malte,

N

OS FIDÈLES RAPPORTEURS DE SYNTHÈSE, Jean-Pierre et Dominique Hocquellet, non seulement, rendent encore cette fois parfaitement

compte de la substance et de l'esprit de ce que fut le colloque de mais replacent l'ensemble de nos prestations dans un schéma

d'explication. Ils remarquent qu'au commencement n'était pas le chaos, mais la guerre et que l'apparition de l'idée de paix n'a pu voir le jour qu'après la réalité des trêves et de la paix réelle. A compter du moment où apparaît l'idée de paix, c'est toute la dialectique entre guerre et paix qui peut voir le jour et notre rencontre débuter. Un des premiers points d'articulation réside à l'époque romaine lorsque, pour les chrétiens des premiers siècles, le principe universel de paix chrétienne est symbolisé par la Jérusalem céleste, rejetant la guerre dans la patrie terrestre, où elle est acceptée comme expiation du péché. Puis, à mesure que la société se laïcise, la réflexion sur la guerre et la paix nourrit d'autres débats, juridiques notamment, desquels l'antiquité n'est jamais absente. Ils soulignent même que, depuis le seizième siècle, depuis ce moment où le globe dans son ensemble est découvert, l'idéal d'une paix universelle, dans une oikouméné où la nature du principe de puissance importe peu, est désormais possible. Guerre et paix. Deux communications nous emmènent d'abord avant ou hors de Rome. Sydney Aufrère rappelle que, lors de l'invasion hyksôs, Thèbes, loin de se soumettre, résiste à l'envahisseur, jet et de chevaux. Pour matérialiser Thébains ont recours à l'archère pourtant nanti de redoutables armes de le concept de défense de leur ville, les féminin de Montou, seigneur 9

divine, pendant

Jacques Bouineau

du combat. Il s'agit d'une allégorie géographique: Thèbes-Victorieuse. représente l'énergie et la vaillance proverbiales de Thèbes, incarnées plusieurs revisitées magistrats deuxième pharaons lorsqu'il Brami s'agissait de rétablir l'unité politique un certain au Nouvel Empire. fait sortir de l'oubli

Celle-ci jadis par

du pays, et nombre des car ils

Franck-Joseph à pouvoir

militaire

du commandement latines.

carthaginois Ces imperatores,

lors de la exception la (Ie

guerre punique.

Leurs titres exacts sont difficiles à connaître,

ne sont mentionnés

que par des sources

faite d'Hannibal et d'Hasdrubal Barca, sont tous désignés par la république. Nous revenons à Rome avec le colonel Fassy, qui montre comment péninsule balkanique constitue, sous le Haut-Empire, un enjeu stratégique

double réseau routier qui la parcourt ayant une vocation militaire), mais aussi économique, ce qui explique l'évolution qu'elle connut au cours des deux premiers militaire siècles: en Mésie les légions se déplacent se renforce. Mais vers le nord et l'est; la présence surtout, Rome doit faire face à la

reconstitution du royaume des Daces, occuper la Dacie en avant du Danube pour servir de poste de protection avancé, ce qui allonge d'autant la frontière danubienne efficacité. Deux autres communications s'intéressent à la rencontre entre Rome et le christianisme. Derrière un titre provocateur (doit-on préférer Néron à Constantin ?), le père Farrugia recherche en quoi les notions de guerre et de paix ont pu varier entre la période qui précède le règne de Constantin et celle qui la suit. Il insiste sur le fait que si les premiers grands auteurs Origène, par exemple) sont pacifistes, les grands cherchent la guerre l'impulsion justifiée. à concilier christianisme juste sous la plume du christianisme, et guerre. de saint Augustin. pour paraître chrétiens (Tertullien et conciles du IVe siècle à la définition que, de sous C'est-à-dire acceptable, alors que le recrutement local de l'armée lui ôte une partie de son

Ceci aboutira

la guerre,

doit être

Pour Gérard Guyon, la guerre est envoyée par le Seigneur pour expier le péché; la paix du Christ est fondée sur une victoire intérieure. A cette différence fait écho l'opposition entre la pax romana, paix civile et la pax christiana, fondée sur le Salut, la responsabilité individuelle du chrétien. Les deux derniers La contribution articles s'attachent de Claude à l'héritage de la romanité. présentée lors de notre Andrault-Schmitt,

rencontre de Komotini touche aussi, par son sujet même (le cavalier Constantin) au sujet de la guerre, puisqu'on identifie de manière usuelle cette 10

Éditorial

représentation avec le premier plupart des édifices religieux

empereur chrétien utilisant ce sujet

écrasant le paganisme. La se trouvent dans l'ancien

duché d'Aquitaine. La statue équestre du cavalier Constantin est inséparable de Samson, parfois interprété comme l'allégorie de la soumission des rois de la terre comme vicaires du Christ. Jean-François Chassaing, pour sa part, tente un parallèle la législation française sur l'adoption, difficile entre

issue de la Première Guerre Mondiale et

le droit romain. La grande différence entre les deux systèmes de droit tient au fait qu'en droit romain c'était le besoin d'enfant qui suscitait l'adoption, tandis qu'en droit français prédomine la notion d'intérêt de l'enfant.

Jacques BOUINEAU

11

Thib{ZJ}- Vietori{ZuJ}{Z

(WJst-nbtJ

1l1ligori~ d~ la ga~rr~ ~t d~ la $ei~ne~
11i$foirrz d'an eonerzpf

(/JlÀOK6À£j16ç T£ K'ai ffJlÀOalXpOÇr,{}£oç
«

Une déesse aimant en même temps la guerre et
la science» PLATON,Timée, 24, d.

ses bases à partir de la seconde moitié de la XIIIe dynastie coups portés à ses structures.

U

NE IDÉE EST PROBABLEMENT lorsque Thèbes constitue le dernier NÉE noyau politique indépendant, l'Égypte traditionnelle ayant vacillé sur face aux

Forte de son passé, Thèbes, le dos au mur, résiste à l'envahisseur et forge les symboles derrière lesquels elle est non seulement apte à reconnaître son identité mais également susceptible de rassembler les efforts. Autant, par le passé, au cours de la XIe dynastie, elle fut capable de fédérer derrière elle le pays de Khen-Nekhen, c'est-à dire les sept premiers nomes de Haute-Égypte, et de l'emporter sur la xe dynastie héracléopolitaine (2040 avo J.-C.) sous le règne de Montouhotep II Nebhepetrê, autant, au cours de la période XIIIe-XVIIe dynastie, les souverains thébains imaginent que l'avenir dans cette forteresse morale qui symbolise une tradition conduite de l'Égypte réside guerrière, sous la

du dieu de la guerre, devenu facette d'Amon, Montou.

Et Thèbes, peu à peu, au lieu de courber l'échine, l'emporte sur son adversaire hyksôs dont la technologie en matière d'armement a pourtant 13

Sydney

H. Aufrère

bénéficié des nombreuses

améliorations

des armes de jet, notamment

celle de

l'arc syrien, et de l'introduction problématique du cheval. À ce moment-là, le concept qui matérialise aux yeux des Thébains la défense de leur ville n'est autre que l'archère du combat. divine constituant le pendant féminin de Montou, seigneur Thèbes-Victorieuse (WJstde autant Il s'agit d'une allégorie géographique:

n!J~1. L'attitude, les parures, les objets de toute allégorie constituent facettes qu'il convient d'étudier avec précision.

Les représentations Document 1

de Thèbes-Victorieuse

Celle-ci est, pour la première fois, nommée et représentée de façon explicite2 sous le règne du roi Sekhemsânkhtaouyrê Neferhotep lykhemofret3, à la fm de la XIIIe dynastie, au tout début de la pénétration asiatique dans le Delta, préfigurant la période hyksôs. Elle apparaît sous la forme traditionnelle qu'elle revêtira jusqu'à la fin de son histoire. Il est clair, d'après le texte, que le

souverain

vient d'emporter

une victoire sur un ennemi (les IjJstjw, « les

1

S.H. AUFRÈRE, Le propylône d'Amon-Rê-Montou à Karnak-Nord, MIFAO 117, 2000, pp. 76-78, n. (a). Rajouter à la bibliographie donnée: H. GAUTHIER, Dictionnaire des noms géographiques contenus dans les textes hiéroglyphiques, I, 1925, p. 179 ; P. VERNUS, LA V, col. 938-939, s. v. « Siegreiches Theben ». Cet article (fondé sur un travail non publié de Chr. HELRICH-RAEs, Les personnfftcations de Thèbes, Doctorat de Ille Cycle, sous la direction de P. Vernus, Paris, 1983) constitue une parfaite définition des caractères de WJst-nbt; il n'y a pas lieu d'y revenir. En revanche, le concept reste à éclaircir, en le replaçant dans son cadre historique. L'idée que Thèbes-Victorieuse est le complément indispensable de Montou est contenue dans un rébus qui se trouve dans le protocole B de Séthi 1er au temple d'Abydos (É. DRIOTON, RdE 2, 1936, pp. 4-5) : WJstnbt, armée de l'arc et des flèches et dotée du sceptre WJs (à lire WJst) est opposée à Montou très reconnaissable à sa coiffure et à sa silhouette (à lire KJ nbt). Il reste à envisager la possibilité de la naissance d'un concept analogue à partir de l'inscription de la colonne d'Antef II trouvée dans la cour du Moyen Empire à Karnak (Fr. LE SAOUT, Abd el-Ho MA'AROUF,Th. ZIMMER, « Le Moyen Empire à Karnak: Varia 1 », KamakVIII (1982-1985), 1987, pp.293-323, et spécialement pp. 295-296 et pl. I [p. 314]). Il semble qu'il y ait là le prototype du concept (TJ-Jwn.tj « le Pays de l'Archer »), sans rapporter ce dernier à la Nubie, ce qui, en l'occurrence, reste suspect. L'homme sur le pavois est probablement un archer debout tenant un arc dans une main, des flèches dans l'autre et la tête portant l'habituelle plume des archers. C'était probablement là une des façons de reconnaître le terroir thébain si prompt, en ces années de guerre, à utiliser toute la panoplie des archers, de sorte qu'Amon, figure de proue de la reconquête, pouvait parfaitement incarner le dieu de la Terre de l'Archer. Une telle hypothèse, si elle trouvait un écho dans d'autres documents à venir, illustrerait parfaitement le fait de l'antériorité du concept de Thèbes-Victorieuse. P. VERNUS, « La stèle du roi Sekhemsankhtaouyrê Neferhotep Iykherneferet et la domination hyksôs (stèle Cairte JE 59635) », ASAE LXVIII, 1982, pp. 129-135 et pl. 1.

2

3

14

Thèbes victorieuse. Allégorie de la gueTTe et de la science. Histoire d'un concept

habitants des pays étrangers ») non mentionné saurait qu'être des tribus nomades. Le cintre de la stèle implantée

expressément

mais

qui ne

devant le Ille pylône du temple d'Amon à

Karnak comme un bulletin de victoire, à l'exemple de la stèle de Kamosé, est parlant en soi4. Le roi tenant la masse sacrificielle, accompagné de Montou qui lui passe la main sur l'épaule comme un compagnon d'armes, s'avance vers le locataire le cartouche de Karnak, Amon, qui lui accorde le souffle de vie. Le roi, dont le nom, Neferhotep, est aimé d'« Amon seigneur seigneur des (Imn nb nswt fJ.UJ) et de « Montou du nome abritant

trônes du Double-Pays» thébain » (Mnfw nb u.1s~.

De part et d'autre des trois personnages qui forment le centre du cintre se dressent deux figures de la déesse, tournées vers l'extérieur, comme s'il s'agissait silhouette de prévenir les personnages de gauche (fig. 1), quoique au-dessus disparu, de toute agression extérieure5. La le cintre présente quelques lacunes, mais lequel figure complet à la ligne 5

laisse apparaître

de la tête l'avant du pavois sur lequel devait être

inscrit son nom aujourd'hui du texte : f&Gg~ 6.

Thèbes-Victorieuse présente d'autres caractères iconographiques remarquables. Elle empoigne un arc la corde tendue et un faisceau de flèches dans une main et une masse à ergot de métal dans l'autre. La façon de présenter pacifique l'arc corde tendue vers le visiteur témoigne a priori d'une attention comme le montre une habitude déjà attestée dans les stèles privées

de la Première Période intermédiaire où l'armement de l'archer fait son apparition. Le détail iconographique palliant l'explication, il est important de constater que l'arme de jet utilisée est non pas l'arc droit (celui des chasseurs), mais l'arc à double courbure, arme de guerre à forte puissance de pénétration 7. La déesse, les jambes faiblement écartées, ne manifeste pas de capacité dynamique mais incarne les dispositions de Thèbes à la défense. Le texte venant au secours de la figure, la déesse revient en outre après avoir rempli

4 5 6 7

Ibid., pl. 1. Cette position est qualifiée d'« apotropaïque » par P. VERNUS, LA V, col. 937-938. VERNUS, ASAE LXVIII, 1982, p. 131. H. BONNET, Die WaIfen der Volker des Alten Orients, Leipzig, 1956, p. 122, fig. 54jb. Consulter, sur rare, G. RAUSING, The Bow. Some Notes on its Origin and Development, Acta Archaeologica Lundensia Series in-8°, n° 6, Lund, 1967. Ajouter P. MONTET, « L'arc nubien et ses emplois dans l'écriture », Kêmi VI, 1936, pp. 43-62. 15

Sydney H. Aufrère

deux missions

complémentaires

et traditionnelles.

En effet, deux textes jadis et reconstitués

placés devant chacune des deux figures Thèbes-Victorieuse par Pascal Vemus8 expriment cette double mission: afin que tu t'en délectes» 2) (droite) : «je t'ai amené tous les pays étrangers délectes» Thèbes-Victorieuse proverbiales de Thèbes, Horus

1) (gauche) : « Je t'ai amené tous les pays de plaine (tJu1 (l'oikoumène)
(OJswt)afin que tu t'en

représente dès cet instant l'énergie et la vaillance un vieil héritage de pugnacité incamé jadis par les II Nebhepetrê, lorsqu'il s'agissait de

Antef (I, II, III) et Montouhotep

rétablir l'unité politique du pays. Il faut dire que la situation est catastrophique pour l'Égypte, car les souverains, à partir du règne de Didoumès9, ont été obligés de se replier à Thèbes, base arrière d'où ils mènent des vagues d'assaut contre l'ennemi, placardant en bonne place des bulletins de victoire d'autant que Thèbes se trouve bientôt acculée dans ses retranchements plus dérisoires au nord et au

sud et que ses souverains se parent du sumom de « roi(s) dedans Thèbes » (nswt n on fWs~10, qui pourrait traduire une bien triste réalité politique et laquelle figure, pour la première fois, dans la stèle de Montouhotep(i) peut-être postérieure à celle de Neferhotep Iykhemofret. Le roi, envisagée dans VII,

1t:»~.A f~~'i1

le texte de cette dernière, est considéré comme », unité ssmw n WJst-not Il, « guide de Thèbes-Victorieuse par conséquent sous l'angle d'un concept militaire, c'est-à-dire non

seulement l'armée thébaine agissant sous l'influx de l'inspiration divine de Montou, défenseur du nome thébain et instructeur militaire du souverain, lui apprenant à tirer à l'arc sur des cibles, mais également les structures de défense, bref de la guerre envisagée sous l'angle d'une allégorie. D'ailleurs, la silhouette de Thèbes-Victorieuse, si l'on obseIVe les armes qu'elle tient, incame les deux forces traditionnelles constituant l'armée égyptienne: l'archérie et l'infanterie, en d'autres termes ceux qui manœuvrent les armes de jet et ceux qui emploient corps. les armes de poing destinées au corps à

8 9 10 Il
16

Ibid, p. 130. D'ailleurs, Thèbes est divinisée sous son nom de WJstselon P. Vemus (ASAE LXVIII, 1982, p. 133, n. [g]). Dernièrement: VERNUS,RdE 40, 1990, p. 149, n. (j). VERNUS, SAE LXVIII, 1982, p. 131, ligne 5 de la stèle. A

Thèbes victorieuse. Allégorie de la guerre et de la science. Histoire d'un concept La guerre première l'ennemi. l'impossibilité demeure la défaite. vague, Par traditionnelle préparent conséquent, que invictal2, Thèbes « invaincue de Montouhotep, revêtir disparu
5, le nom de

relève l'assaut soit

d'une

stratégie

où les archers, laquelle fond citadelle son destin à prendre cintrée Iykhemofret.

dans

une sur elle

de l'infanterie, fait défaite par

à son tour d'Amon,

Thèbes-Victorieuse », car il n'est septième aspect, celle

figure

de dogme

absolu:

les armes: pas dans souverain dans

de connaître ce nom 13, - laquelle a

La stèle
devait
offre,

probablement
à la ligne

le même - que

la partie

malheureusement un contexte lacunaire.

de Neferhotep

Le texte
mais dans

f~~~
de la stèle soin Kamak.

14, «Thèbes-Victorieuse»,

Cependant,

le contenu

fait

apparaître sa victoire placarder,

que par

le roi

part dans

en ce

guerre
même Jpt-s~

depuis
sanctuaire (ligne

Médamoud
et en

(ligne 2) pour
prenant

revenir, de faire « dans

remportée,

le chancelier

Montou-ouser, Quoique croire,
l'effigie

ce bulletin
18-19), Pascal

de victoire

la Thèbes
l'idée

d'Ipet-sout»
sous-jacente

(m WJstnt
consiste à

c'est-à-dire

Vemus que l'armée

ne l'évoque

pas,

semble-t-il,

de Montouhotep(i)

part

en campagne

avec

du dieu de la guerre, non pas la statue de culte mais la statue de procession à laquelle sont transmis tous les pouvoirs. Le roi se proclame (ligne 16) « héritier de Montou de Médamoud, bien portant )) (jwc n Mntw MJdw, wfiJ.W,
snb.[w}J 15. Notons Asiatiques, cela, d'un au passage des quatre

que
Montou

le souverain
de la région

requiert
thébaine,

l'aide,
celui

contre

les pour

du nord-est,

ce qui n'est sans

doute pas une coïncidence.

On se réfère probablement,

à une tradition inaugurée sous le règne de Sésostris

III qui a modifié la

nature même du sanctuaire de Médamoud 16 pour en faire une forteresse17 et qui, de plus, s'est peut-être attaché à créer à Deir el-Bahari une sorte de

12

certaine mesure, Thèbes-Victorieuse joue un rôle identique, mutatis mutandis, à celui d'<XK:p01toÀtç, ville haute, de citadelle protégeant de les sanctuaires, car Thèbes, en elle-même, est dépourvue de remparts. L'important est que les dieux ne soient pas vaincus ni leurs effigies saccagées. VERNUS, « La stèle du Pharaon Ibid., p. 147. Mn!w-l;1tpià Karnak», RdE 40, 1990, pp. 145-161.
)).

Dans une

13 14

15
16 17

Ibid., pp. 147-148. Et non

« Montou

(dans) Médamoud
sommaire du

CI. ROBICHON, A. VARILLE, Description RAPHXI, 1940. Ibid., pp. IX-X.

temple

primitif

de Médamoud,

17

Sydney H. Aufrère

correspondance Souverain

occidentale guerrier

attestée lui-même,

par un graffito: Sésostris

08UUU

~;;;; ~. Prtenu à

Mntw-H-kJw-Rc 18. III avait probablement restaurer le culte de Mentouhotep II Nebhepetrê laquelle font écho plusieurs jalons au cours moment-là, montraient Montouhotep les parois du temple funéraire encore nombre de scènes 1122, trouvant leur parallèle à Deir el-Bahari19, action à du Nouvel Empire20. À ce - de Deir el-Bahari21

- Akh-Sout

de batailles remportées par dans la tombe de son général,

Antef23. Bref, l'image du grand Montouhotep, figure de proue de la reconquête, semble planer dans les esprits depuis le règne de Sésostris III et de ses successeurs24. La stèle de Montouhotepi dont le nom rappelle celui du grand Montouhotep comme les rois Antef de la XVIIe dynastie ceux de la XIe dynastie, résonne du fracas des armes mais témoigne de rites guerriers, héritage de périodes antérieures; elle préfigure la grande stèle de Kamôsé qui scelle définivement la défaite des Hyksôs. Bref, détenant le pouvoir émanant de la statue de Montou (ligne 3), ayant le commandement bien en main (ligne 4), Montouhotepi réaffirme en quelque sorte l'étendue du pouvoir royal,

d'après un passage lacunaire:

«

[...]Thèbes-Victorieuse. Je suis un roi dedans
(dm) noM

Thèbes, ma ville, maîtresse du pays tout entier, la cité victorieuse [... plus] que toute cité» (ligne 5-6). Le concept de Thèbes-Victorieuse est revisité au Nouvel Empire.

18 19

D. ARNOLD, Der Tempel des Konigs Mentuhotep des Sanktuares, ArchVeroff Il, 1974, p. 91.

von Deir el-Bahari

II : Die Wandreliefs London, 1907, pl. le temple même:

E. NAVILLE,The XIth Dynasty Temple at Deir el-Bahari Part I, EEF28, XXIV. Sans compter les statues de Sésostris III découvertes dans ibid., pl. XIX. En compagnie de celui d'Aménophis 1er: ibid., pl. XXV-XXVI. ARNOLD, Op. cit., p. 90. NAVILLE,op. cit., pl. XIV, XV. Br. JARos-DECKERT, Das Grab des InjjtjJ. in Asasif 1963-1970, ArchVeroff 12, 1984. Die Wandmalerei

20 21 22 23 24

der XI. Dynastie,

Grabung

On note l'existence d'un lien entre Médamoud et l'Asie sur le bloc inv. 2051 du site Médamoud reçoit, sous le règne de Sésostris III, des produits d'Asie :« les montagnes

d'Asie, leurs tributs sont offerts au Palais du roi de H. et de B. Égypte, Khâkaourê
(hJswt Sft, jnw=sn jc-b(w) r c-l;1 n-swt-bjtj lj c--kJw-Rc-)(F. BISSON DE LA ROgUE, Rapport fouilles de Médamoud (1926), FIFAO IV, 1927, p. 67). 18

»

sur les

Thèbes victorieuse. Allégorie de la guerre et de la science. Histoire d'un concept

Document

2

Une stèle du Museo Gregoriano (Le Vatican, inv. n° 266) datant du 25 reproduit règne d'Hatchepsout la silhouette déjà analysée, mais accompagnée d'un autre nom: f~~~, « Thèbes, celle qui est aux ordres de son maître» l'unanimité27. Le texte de cette stèle commémore (WJst !Jftt J;r nb=s)26, un terme dont l'interprétation ne fait pas

ayant pour nom ~~D

e

la construction

à neuf d'un édifice

'-.J
~

r:::::J 28: pour son père Amon seigneur des trônes du en

« Elle a fait son monument Double-Pays; travaux de qualité il (= Thoutmôsis

III) a reconstruit appareillés étant

à neuf Khefet-her-neb.es (= protégés) à raide plus nombreuses

d'étemité,

ses glacis étant du temps dans

de pierre que selon

(jlJmw=s dnj m jnJj29, ses portes des ancêtres
«

les prescriptions Il est clair que

(C"J(. wj)=sy r slJrw tpjw-1 »30.

Thèbes, celle qui est aux ordres de son maître» (IDst !Jftt J;r nb=s), matérialise une protection 31 car Hatchepsout et Thoutmôsis III ont dû fictivement dépasser cette figure, à l'extrême droite (fig. 2), évoquant une enceinte, une forteresse - fictives ou non -, pour se trouver
ce cas,

en présence d'Amon, idée que corrobore la stèle de Neferhotep où ThèbesVictorieuse remplit la même fonction, à gauche et à droite du cintre.
25 26 27 G. BOTTI, P. ROMANELLI,Le sculture (cat. n° 128) et pl. LIX. del Museo Gregoriano Egizio, Roma, 1951, pp. 84-85

En fait

« Thèbes

qui est en face de son maître ».

Pour le sens de /}fl1}rnb=s: Wb III, 276, 6-9; CI. TRAUNECKER, KêmiV (1970-1972), 1975, p. 152 (au sujet de la stèle 266 du Vatican) et n. 2 ; L. HABACHI, KêmiXX, 1970, p. 235. Les hiéroglyphes correspondant à Khefet-her-neb.es se trouvent à l'intérieur du e, formes qui correspondent d'ordinaire à des noms d'enceintes fortifiées ou à des pseudo-enceintes comme des monuments funéraires; cf. P. LAcAu, H. CHEVRIER, Une chapelle de Sésostris 1erà Karnak, Le Caire, 1969, pl. 12, 13,25,27,34,40. Sur '"/}mw, voir TRAUNECKER, KêmiV
« Peut-être

28

29

(1970-1972),

1975,

p. 152. Le même

Traunecker

(ibid., p. 153) rappelle:

faut-il simplement

voir ici une expression

imagée

désignant le bas du mur qui était plaqué d'orthostates de pierres.» probablement en mémoire les fouilles de l'enceinte à redans à l'est du Karnak qui a mis en évidence la présence, à la base de la muraille dans état « de grands orthostates en terre cuite » (cf. LAUFRAYet al. [no 32, infra], 30 Un écho de cette stèle dans la stèle de l'an 47 de Thoutmôsis III à Karnak

Ce dernier a lac sacré de son troisième p. 27). (Urk. IV, 834,

1-5) : « Ma Majesté désira faire un monument

pour mon père Amon-Rê à Karnak (Jpt-

swt) : dresser le sanctuaire jwnn, sacraliser le saint des saints, et rendre durable pour lui Khefet-her-neb.es, la place favorite de la première fois de mon père Amon-Rê, seigneur des trônes du Double-Pays. » 31 P. BARGUET, Le temple p. 34. d'Amon-Rê à Karnak. Essai d'exégèse, RAPH , Le Caire 1962,

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