HABITATIONS (DES) DES CLASSES OUVRIÈRES

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L'auteur, architecte, présente non seulement ses modèles d'habitations ouvrières, mais formule aussi des observations riches d'enseignements sur la réforme domestique en Europe au milieu du XIXe siècle. La thématique comprend l'exposé des relations entre hygiène et construction, la définition d'un logement minimum, l'examen de mesures législatives, et traite de la restriction du droit de propriété.
Cette nouvelle publication inclut une introduction critique, une traduction et une bibliographie inédites.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296374942
Nombre de pages : 224
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Des habitations des classes ouvrières
Leur composition l'essentiel et leur construction salubre avec

d'une habitation

Collection Les Introuvables dirigée par Thierry Paquot et Jean-Philippe Bouillaud

ABOUT E., Maître Pierre, 1997. AGUETTANT L., Verlaine, 1995. ANDREAE Johann Valentin, Les noces chymiques de Rosecroix Chrétien, 1998. BABEAU A, La ville sous l'ancien régime, tome I et II, 1997. DE BALZAC, Contes bruns, 1996. DE BANVILLE T., Camées parisiens, 1994. BERGERAT E., Souvenirs d'un enfant de Paris, 1994. BERGERAT E., Théophile Gautier- Entretiens, souvenirs et correspondance, 1996. BERNHARDT S., L'art du théâtre, 1993. BROUSSON J.-J., Anatole France en pantoufles, 1994. CHAILLEY J., Expliquer l'harmonie ?, 1996. CLERA, Physiologie dumusicien, (av.-propos de J-Ph. Bouillaud) 1996. COPPEE E, Souvenirs d'un Parisien, 1993. DAUDET A, Pages inédites de critique dramatique, 1874-1880, 1993. DAUDET A, Fromont Jeune et Risler Aîné, 1995. DE FOUCAULD Ch., Reconnaissance au Maroc, 1998. DU CAMP M., Souvenirs littéraires. Tome /. /822-1850; Tome II: 1850-1880, 1993.FRANCE A., Le Parti noir. L'affaire Dreyfus, la loi Falloux, la loi Combes, 1994. DUPONT P., Histoire de l'imprimerie, 2 tomes, 1998. GAUTIER T., Histoire du romantisme, 1993. GILQUIN Claude, Hermétisme et Rose-Croix, 1998. GONCOURT Ed. & Jules, Manette Salomon, 1993. HERR L., Choix d'écrits. Tome /, Politique; Tome II, Philosophie, histoire, philologie, 1994.

@ L'Harmattan,

1998

ISBN: 2-7384-7192-7

Henry Roberts

Des habifations des classes ouvrières
Leur composition l'essentiel et leur construction salubre avec

d'une habitation

Edition revue et augmentée

de 1867

Introduction, traduction de l'anglais et notes par
Micheal Browne

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechni!tue . 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

SOMMAIRE

Avant-propos

VII

INTRODUCTION Notes sur les causes de la réforme domestique en Grande-Bretagne L'œuvre d'un« architecte scientifique» Illustrations XLIX XXXIII XI

DES HABITATIONS

DES CLASSES OUVRIÈRES Préface E 1 29 45

Table des matières I Les habitations des classes ouvrières (1850) L'essentiel d'une habitation salubre (1862) Appendice 67

Les bénéfices d'une habitation salubre étendus à la population ouvrière (1862)

Bibliographie Index 143

131 139

Chronologie biographique

REMERCIEMENTS
Ma gratitude va tout particulièrement à MmeHuguette Browne et à M. J0rg Guesnet pour leurs précieux conseils, à ma famille pour ses encouragements, ainsi qu'à MmeMarie-Claude Schoendorffpour la pertinence de ses corrections. Ce travail a bénéficié des apports de Mlle Christine Wagg, conservatrice au Peabody Trust; de M. Tim Harris, conservateur, de M. Mick Scott, bibliothécaire, et des collaborateurs des London Metropolitan Archives; de M. Robert Elwall, conservateur, de MmeMary Nixon, bibliothécaire, et de Mlle Natalie Adams, assistante, British Architectural LibraryRoyal Institute of British Architects; des collaborateurs de la British Library; de M. Michael Webb, bibliothécaire à la Bodleian Library; de MmeJill Kelsey, assistante conservateur aux Royal Archives; de MmeFrançoise Pascal, responsable, et de MmeMireille Moulins, archiviste, Bibliothèque de l'Université et de la Société industrielle de Mulhouse; des collaborateurs du Centre rhénan d'archives et de recherches économiques; des collaborateurs de la Bibliothèque publique et universitaire de Genève; des collaborateurs de l'Universitiitsbibliothek Potsdam et de l'Universitiitsbibliothek-Technische Universitat Berlin; de M. Joachim Burmeister, directeur de l'Istituto Culturale Tedesco à Florence; de M. Mark Roberts, bibliothécaire au British Institute of Florence; de M. Maurizio Bossi du Gabinetto Vieusseux; de l'Accademia di Belle Arti de Florence; de l'Archivio di Stato di Firenze; de l'Accademia deI Disegno et du Kunsthistorisches Institut in Florenz. Les illustrations de l'introduction proviennent essentiellement des archives du Peabody Trust déposées aux London Metropolitan Archives et de la British Architectural LibraryRoyal Institute of British Architects. Qu'ils en soient remerciés.

M.B.

PRINCIPALES ABRÉVIATIONS LFS
LMA MAIDIC The Labourers' Friend Society (ou The Labourer 's Friend Society) (Association amicale des ouvriers) London Metropolitan Archives (Archives métropolitaines de Londres) The Metropolitan Association for Improving the Dwellings of the Industrious Classes (Association métropolitaine pour l'amélioration des habitations des classes industrieuses) The National Associationfor the Promotion of Social Science (Association nationale pour le progrès des sciences sociales) Royal Archives (Archives royales) Royal Institute of British Architects (Institut royal des architectes britanniques) The Society for Improving the Condition of the Labouring Classes (Société pour l'amélioration de la condition des classes ouvrières) VI

NAPSS RA RIBA SICLC

AVANT-PROPOS
« Cette œuvre, ce résumé didactique, écrit par l'homme modeste et bon que nous voyons avec bonheur au milieu de nous, est devenu, en France et chez toutes les nations représentées ici, le point de départ, le guide sûr, le vade-mecum de ceux qui ont eu à se préoccuper de l'amélioration des habitations des classes laborieusesl. »

L'ouvrage de l'architecte anglais Henry Roberts (1803-1876), The Dwellings of the Labouring Classes, Their Arrangement and Construction, est publié pour la première fois à Londres en 1850. Dès sa parution, ce traité ayant pour objet les habitations destinées aux classes ouvrières2 rencontre un certain succès auprès des milieux réformateurs autant en Grande-Bretagne que sur le Continent. La première édition est traduite en :!Tançaiset publiée à Paris en 1850 par ordre du président de la République, le prince Napoléon3. La même année, un abrégé paraît en langue allemande dans la Allgemeine Bauzeitung4. Plus tard, en 1852, une autre traduction allemande est publiée à Potsdam et des extraits paraissent dans la North American Review5. La réussite de la première publication est à l'origine de plusieurs éditions anglaises successives6. La dernière édition, parue à Londres en 1867, est largement augmentée et rassemble les principaux écrits de l'auteur. Elle constitue ainsi un exposé exhaustif de l'œuvre de l'architecte anglais pour une réforme domestique. La première partie, « Les habitations des classes ouvrières », est une conférence donnée par Henry Roberts à l'Institute of British Architects le 21 janvier 1850. Elle présente principalement son œuvre en tant qu'architecte honoraire à titre bénévole

1 Propos tenus par l'ingénieur

civil et architecte

Émile Muller au Congrès

international

de bienfai-

sance de Bruxelles en 1856 au sujet de l'ouvrage: The Dwellings of the Labouring Classes, Their Arrangement and Construction, London, SICLC, 1850; voir Congrès international de bielifaisance de Bruxelles. Session de 1856, 2 tomes, Bruxelles, Aug. Decq, Bruxelles, Gand et Leipzig, A. Muquardt, 1857, tome l, pp. 456-469; cf. aussi ilifra, p. E. 2 « Classes ouvrières » fait référence à des catégories professionnelles distinctes (ouvriers agricoles, fileurs de coton, mineurs, etc.) alors que le singulier renvoie au phénomène historique. 3 Henry Roberts, Des habitations des classes ouvrières, traduit et publié par ordre du président de la République, Paris, Gide et J. Baudry, Éditeurs, 1850. 4 Heinrich Roberts, « Ueber Arbeiterwohnungen in England, Auszug aus einem Vortrage, gehalten in der allgemeinen Versammlung des Royal Institute of British Architects in London am 21. Januar 1850 », inAllgemeine Bauzeitung, 1850, pp. 152-170. 5 Das Musterhausfür Arbeitenfamilien von Henry Roberts, aus dem Englischen obersetzt von Busse, Potsdam, 1852; «Dwellings and Schools for the POOP), in North American Review, April 1852, Vol. LXXIV, No. 155, pp. 464-489. 6 2 000 edn 1851, 3 000 edn 1853, 5 000 edn 1854, 6 000 edn 1867 ; voir la bibliographie p. 131.

vu

A V ANT-PROPOS

d'une société fondée à Londres en 1844 et visant à « l'amélioration de la condition des classes ouvrières », The Society for Improving the Condition of the Labouring Classes (SICLC). Cette société est unie à une société préexistante, fondée à Londres en 1830, et qui procure des lopins de terre aux ouvriers, The Labourers' Friend Society (LFS). La conférence expose les premiers projets de l'architecte pour des habitations rurales et des habitations urbaines modèles. Elle se caractérise surtout, comme on le verra, par l'élaboration de techniques combinatoires et par l'attention prêtée aux questions d'hygiène et de construction. Les deux parties suivantes sont des conférences données dans la même institution douze années plus tard, le 20 janvier 1862, alors qu'Henry Roberts réside le plus souvent en Italie depuis 18531. La deuxième partie, « L'essentiel d'une habitation salubre », complète le premier écrit par une recherche sanitaire et technique détaillée. On y expose une définition précise du concept de « minimum provision» (logement minimum). Cette formulation d'une norme de l'habitation ouvrière constitue sans doute une contribution majeure d'Henry Roberts à la réforme domestique. La troisième partie, « Les bénéfices d'une habitation salubre », concerne l'adoption de mesures visant à diffuser la réforme entreprise. En dénonçant les abus des propriétaires, l'auteur remet en cause le trop grand respect du droit de propriété et requiert l'intervention du gouvernement. D'autre part, il fait état de ses visites de logements ouvriers et de sa participation à certains congrès d'hygiène, de bienfaisance et de sciences sociales s'étant tenus dans différentes villes d'Europe occidentale2. . Enfin, l'appendice est constitué d'un choix d'articles et de différents documents d'un intérêt historique certain sur les premiers développements du mouvement pour une réforme domestique3. Ce recueil n'est donc pas seulement un exposé de l'œuvre de l'architecte anglais, « l'autorité la plus élevée sur le sujet4 », mais il constitue aussi une approche multiple de ce qui est appelé « la question du logement ». Cette analyse diversifiée fait de l'édition de 1867 l'un des témoignages significatifs de la transformation économique et sociale de l'habitation ouvrière au cours de la révolution industrielle. L'œuvre d'Henry Roberts est restée oubliée pendant de nombreuses années, à l'exception de quelques souvenirs évoqués par l'un de ses amis - et jeune collaborateur -, l'architecte George Gilbert Scott5. Il faut attendre l'article de A. M. Foyle en 1953, et l'étude sur l'architecture victorienne d'Henry-Russell Hitchcock en 1954, pour trouver les premières traces historiographiques des travaux d'Henry Roberts.
1 Ces deux conférences sont publiées sous le titre: The Essentials of a Healthy Dwelling, and the Extention of its Benefits to the Labouring Population. With a Special Reference to the Promotion of that Object by H. R. H. the Late Prince Consort, London, 1. Ridgway, 1862. 2 Il s'agit du Congrès général d'hygiène de Bruxelles en 1852, du Congrès international de bienfaisance de Bruxelles en 1856, de Francfort en 1857 et de Londres en 1862, ainsi que des réunions de la National Associationfor the Promotion of Social Science de Liverpool en 1858, de Glasgow en 1860, de Londres en 1862 et de York en 1864. 3 Voir pp. 67-73 et la bibliographie p. 131. 4 Voir The Labourer's Friend, July 1854, No. CXXII, p. 105. 5 George Gilbert Scott, Personal and Professional Recollections, London (edited by G. Gilbert Scott), 1879,p. 73.

VIII

AVANT-PROPOS

L'une des recherches les plus abouties est la thèse de doctorat de John Nelson Tarn en 1962, qui traite de la réfonne domestique et urbaine en Grande-Bretagne au XIXesiècle. Les publications de cet auteur demeurent une aide précieuse pour toute recherche sur l'habitation ouvrière. Un apport complémentaire est celui de Nikolaus Pevsner, en 1968, qui repose essentiellement sur des articles de l'époquel. Jusque dans la seconde moitié des années soixante, l'intérêt pour l'œuvre d'Henry Roberts est essentiellement britannique. Roger-Henri Guerrand évoque dans sa thèse, parue en 1967, l'intérêt du président de la République pour cette œuvre. Riccardo Mariani publie, en 1975, une traduction italienne abrégée de l'édition française de 1850. Par la suite, James Stevens Curl publie, en 1983, une recherche approfondie sur la vie et l'œuvre d'Henry Roberts. Il révèle l'existence de liens multiples entre l'architecte et le mouvement évangélique. La même année, un passage est accordé aux logements modèles par Jean-Pierre Navailles dans son ouvrage sur la famille ouvrière dans l'Angleterre victorienne. L'histoire comparée de Nicholas Bullock et James Read, publiée en 1985, fait état de l'influence continentale d'Henry Roberts. Une étude de S. Martin Gaskell sur les modèles d'habitations en Grande-Bretagne, éditée en 1986, débute par certains projets de l'architecte anglais. Enfin, un article de Françoise Hamon, en 1992, établit des relations entre cette œuvre et celles de confrères belges et français2. Les études sur le logement ouvrier en Grande-Bretagne étant nombreuses, nous ne citerons que quelques-unes des histoires générales: celles d'Enid Gauldie en 1974, de John Burnett en 1978, de Martin J. Daunton en 1983, et le résumé historiographique de Richard Roger en 19893.

lA. M. Foyle,« Henry Roberts, 1802 [sic]-1876, A Pioneer of Housing for the Labouring Classes », in The Builder, 1953, CLXXXIV, p.5 ; Henry-Russell Hitchcock, Early Victorian Architecture in Britain, New Haven, Yale University Press, 1954, pp. 112, 412, 464-474, 509; John Nelson Tam, Housing in Urban Areas, 1840-1914, Ph. D. thesis, Cambridge, 1962; Working-Class Housing in 19thCentury Britain, London, Lund Humphries, 1971 ; Five Per Cent Philanthropy. An Account of Housing in Urban Areas between 1840 and 1914, University of Cambridge Press, 1973; et Nikolaus Pevsner, Studies in Art, Architecture and Design, Vol. Il, London, Thames and Hudson, 1968, pp. 18,27-36,46 ; Some Architectural Writers of the Nineteenth Century, Oxford, Clarendon Press, 1972, pp. 168,235. 2 Roger-Henri Guerrand, Les Origines du logement social en France, Paris, Les Editions ouvrières, 1867, pp. 103-104; Riccardo Mariani, Abitazione e città nella rivoluzione industriale, Firenze, Sansoni, 1975, pp. 78-81, 181-230; James Stevens Curl, The Life and Work of Henry Roberts, 1803-1876, The Evangelical Conscience and the Campaignfor Model Housing and Healthy Nations, Chichester, PhilIimore, 1983; Jean-Pierre NavailIes, La Famille ouvrière dans l'Angleterre victorienne, Champ Vallon, 1983, pp. 42-47, 56-57 ; «Le profit philanthropique, une réponse victorienne à la crise du logement ouvrier », in Milieux, oct. 1982-janv. 1983, n° ll/12, pp. 50-61 ; Nicholas Bullock and James Read, The Movementfor Housing Reform in Germany and France 1840-1914, Cambridge University Press, 1985, pp. 6, 41, 74, 110-111, 116, 296, 318, 378-379; S. Martin Gaskell, Model Housing: from the Great Exhibition to the Festival of Britain, London & New York, Mansell, 1986, pp. 19-29; et Françoise Hamon, «Londres-Paris-Bruxelles (1830-1855) : à la recherche du modèle de logement ouvrier », in Monuments historiques, mars-avriI1992, n° 180, pp. 36-42. 3 Enid Gauldie, Cruel Habitations: A History ofWorking-Class Housing 1780-1918, London, Allen & Unwin, 1974; John Burnett, A Social History of Housing, 1815-1970, Newton Abbot, London, North Pomfret (VT), Vancouver, David & Charles, 1978 ; Martin 1. Daunton, House and Home in the Victorian City: Working-Class Housing, 1850-1914, London, Edward Arnold, 1983 ; et Richard Roger, Housing in Urban Britain 1780-1914 : Class, Capitalism and Construction, London, Macmillan, 1989.

IX

A V ANT-PROPOS

Les recherches effectuées ont souvent interprété l'œuvre pour une réforme domestique d'Henry Roberts en tenant compte de l'Evangelical Conscience - un mouvement évangélique se caractérisant par son attention portée au sort des pauvres. Cette approche est celle adoptée par John Nelson Tarn, puis par James Stevens Curl. Dans la présente introduction, l' œuvre de l'architecte anglais a surtout été vue à la lumière de la doctrine de l'utilité - cette dernière ayant pour objet, selon la célèbre formule, « le plus grand bonheur du plus grand nombre». Plus précisément, elle a été mise en relation avec le projet utilitaire de l'économie politique à destination de la classe ouvrière. Cette seconde approche, qui n'exclut en aucun cas la première, est motivée par la récurrence des principes de « l'économie politique utilitaire» dans les sources qui ont été consultées. L'œuvre d'Henry Roberts en faveur des habitations des classes ouvrières reste peu connue, même si l'intérêt qu'elle a suscité a largement dépassé les frontières insulaires. La raison en est peut-être que les modèles de logements ouvriers, malgré de nombreuses études, ont néanmoins été longtemps considérés comme une production mineure. L'histoire de l'architecture au XIXesiècle ne consiste-t-elle pas surtout en l'étude de « l'architecture académique », de « l'art de l'ingénieur» ou de « l'art de l'entrepreneur» ? Dans cette introduction, il est par contre question de l'œuvre
de « l'architecte scientifique », ou bien, tel que le définit le Dr Hector Gavin, «

[...]

l'architecte sanitaire - un spécialiste, créé, pour ainsi dire, par les découvertes des médecins, et par leur appréciation correcte de la forte influence exercée par des agents locaux dans la cause des maladies! ».

! Les termes en langue originale sont « scientific architect» et « sanitary architect» ; voir Hector Gavin, The Habitations of the Industrial Classes: Their Irifluence on the Physical and on the Social and Moral Condition of These Classes: Showing the Necessity for Legislative Enactments: Being an Address, Delivered atCrosby Hall, November 27th, 1850, London, SICLC, 1851, pp. Il,78.

INTRODUCTION

NOTES SUR LES CAUSES DE LA RÉFORME DOMESTIQUE EN GRANDE-BRETAGNE

LES FONDEMENTS DE LA RÉFORME DOMESTIQUE À partir du milieu du XVIIIesiècle, l'histoire démographique de l'Angleterre a montré un accroissement considérable de population comparativement à d'autres pays d'Europe occidentale. Elle a confirmé que cette poussée démographique est corrélative à une agriculture dont la caractéristique, aux XVIIeet XVIIIesiècles, a été non seulement l'augmentation de sa production, mais surtout l'accroissement de sa productivitél. Cette révolution agricole a eu pour effet le passage bien connu d'une force de travail employée dans les champs au développement de l'industrie et des services2. Cependant, en marge du déplacement de main-d'œuvre vers les centres manufacturiers et vers les villes, la condition de la petite paysannerie reste misérable. D'une part, les registres paroissiaux puis les recensements de population dont la pratique en Angleterre débute en 1801 - montrent l'existence d'un nombre d'individus croissant dans les campagnes malgré l'exode rural. D'autre part, les poor laws (lois des pauvres), héritées du règne d'Élisabeth Ire,ne cessent de secourir un nombre grandissant d'indigents et de pauvres. Ainsi, le coût de l'assistance aux pauvres par rapport à l'ensemble de la population est-il le plus souvent supérieur dans les comtés du sud de l'Angleterre, ceux à forte activité agricole3. Paupérisme et surpeuplement domestique dans les campagnes

L'accroissement du paupérismerural en Angleterre,au XVIIIe puisau XIXesiècle, n'est pas uniquement la conséquence de facteurs démographiques, mais c'est aussi l'effet de paramètres économiques et institutionnels. L'histoire rurale de ce pays a mis en évidence des éléments multiples et qui interagissent dans le temps chômage cyclique, crises de la production agricole, augmentation des biens de
1 Voir Edward A. Wrigley, Roger S. Shofield, The Population History of England 1541-1871, A Reconstruction, London, Edward Arnold, 1981, pp. 207-215,451,475. 2 Voir Patrick O'Brien, « Agriculture and the Home Market for English Industry: 1660-1820 », in English Historical Review, C, 1985, pp. 773-800. 3 Pour une étude détaillée du paupérisme rural, voir K. D. M. Snell, Annals of the Labouring Poor, Social Change and Agrarian England, 1660-1900, Cambridge University Press, 1985.

XI

INTRODUCTION

subsistance, disparition de l'artisanat domestique, réduction de l'assistance aux pauvres ou diminution des salaires réels. L'une des causes du paupérisme régulièrement déclarées est le profond changement de la structure sociale et agraire. La substitution du système des enclosures au système traditionnel des open-fields s'intensifie dès le milieu du XVIIIesiècle. Elle est, dans certains comtés, accompagnée par la suppression des commons (communaux) qui permettaient la subsistance des classes sociales les moins favorisées. Par ailleurs, des études historiques locales ont révélé que le coût des transformations agraires a souvent été difficile à assumer par les petits paysans 1.Des classes sociales plus aisées, désireuses d'investir dans la terre, ont alors en partie remplacé les petits tenanciers. L'effectif croissant des ouvriers agricoles, employés de façon périodique, a pour effet une accentuation du chômage saisonnier dans les campagnes. En conséquence, le coût de l'assistance aux pauvres est supérieur dans les comtés à forte proportion d'Enclosures Acts2. Ces transformations sociales et agraires sont l'une des sources du surpeuplement domestique évoqué par Henry Roberts3. Déjà, dans le courant du XVIIIesiècle, la réduction du nombre d'habitations provoquée par les enclosures est rendue publique par le célèbre philosophe Richard Price. Conjointement, le Révérend John Acland, en 1786, propose un plan pour rendre les pauvres indépendants de l'assistance publique à l'aide de sociétés amicales4. Par la suite, la paupérisation est explicitée par le Révérend David Davies dans une enquête très détaillée sur le sort de l'ouvrier agricole, The Case of Labourers in Husbandry (1795). Dans cette enquête - dont un exemplaire est conservé dans les archives de la Labourers' Friend Society -l'auteur estime d'abord les pauvres à 1,6 million sur les 8 millions d'habitants du royaume5. Plus loin, en tenant compte de la dégradation, de l'abandon et de la destruction de cottages, David Davies décrit un processus fréquent de l'augmentation du surpeuplement domestique:
« [...] nous devrions admettre, ce pourquoi le défunt Dr Price lutta, qu'une diminution du nombre total des maisons dans le Royaume a lieu actuellement. Cependant, il est certain que de nombreuses fermes, aux mains de fermiers qui s'agrandissent, étaient chacune précédemment occupées par une seule famille de fermiers. Elles sont maintenant divisées en deux, trois, et même quatre habitations séparées pour des familles ouvrières. Le même phénomène se produit là où des cottages tombent en ruine, et où aucun nouveau cottage n'est construit: plusieurs familles sont forcées de loger ensemble dans un pauvre cottage [...]6 » (italiques de David Davies).

1 Pour un compte rendu historiographique, voir Michael Turner, Enclosures in Britain, 1750-1830, London, Macmillan, 1984, 2nd edn 1986. 2 Voir K. D. M. Snell, op. cit., pp. 194-209. 3 Cf. infra, pp. 48-49. 4 John Acland, A Planfor Rendering the Poor Independent on Public Contribution.. Founded on the Basis of the Friendly Societies, Commonly Called Clubs. To Which is Added, a Letter from Dr Price, Containing his Sentiments and Calculations on the Subject, Exeter, R. Thorn, 1786. 5 Par pauvres il est généralement entendu les personnes indigentes, incapables de subvenir à leurs besoins, ainsi que celles exerçant une activité, régulière ou non, et néanmoins dans un état de précarité momentanée ou constante. 6 David Davies, The Case of Labourers in Husbandry Stated and Considered, London, G. G. and 1. Robinson, 1795, pp. 53-54, 55, 57.

XII

NOTES SUR LES CAUSES DE LA RÉFORME DOMESTIQUE

David Davies lance un appel pour la construction de cottages conformément aux propositions de Nathaniel Kentl. Il recommande aussi le rétablissement de l'Acte d'Élisabeth Ire, aboli en 1775, interdisant la construction d'un cottage avec moins de quatre acres de terres attenantes (161,9 ares). Une intention similaire est présente dans un projet de loi des pauvres déposé par le Premier ministre William Pitt en 1797. Il aurait donné le droit aux pauvres d'emprunter une somme suffisante pour l'achat d'une vache ou d'un autre animal. Ces tentatives resteront lettre morte. Mais, la même année, une société philanthropique, The Society for Bettering the Condition of the Poor, annonce son projet de fournir des lopins de terre aux pauvres et d'« apporter le confort dans les recoins de chaque cottage2 ». En réponse au surpeuplement domestique, certains propriétaires terriens font construire des petits logements pour leurs ouvriers agricoles. Henry Roberts cite
John Howard qui dans les années 1750

-

avant sa célèbre enquête sur l'état des

prisons - améliore la condition de ses cottagers entassés dans de « misérables huttes de boue3 ». Durant la seconde moitié du XVIIIesiècle, des traités d'éminents architectes montrent un intérêt croissant pour les petites habitations rurales4. Dès 1800, cet intérêt est promu par le Board of Agriculture, qui récompense des plans de cottages modèles et des rapports exemplaires sur la façon de garder une ou deux vaches sur une terre arable. Néanmoins, comme en témoigne Henry Roberts en citant des articles de la Morning Chronicle, ces initiatives restent limitées face à l'aggravation de la misère5. Nombreux sont les éléments de l'histoire rurale anglaise qui signalent la relation entre « l'accroissement des pauvres dépendants» et l'augmentation du surpeuplement domestique. Cette relation, révélatrice d'une profonde transformation sociale, constitue l'une des interrogations de l'économie politique. Le « plan limité» de l'économie politique À partir de la fm du XVIIIesiècle, les écrits traitant de l'économie politique ont souvent recours à la doctrine de l'utilité. Cette « philosophie universelle» constitue une valeur morale omniprésente pour les réformateurs6. Décrite brièvement, la doctrine de l'utilité repose essentiellement sur deux principes. Le premier, le « principe d'utilité» ou « principe du plus grand bonheur », est défini par le juriste Jeremy

1 David Davies, op. cit., pp. 102-104 ; Nathaniel Kent, Hints to Gentlemen of Landed Property, London, 1 Dodsley, 1775. 2 Voir John Bumett, op. cit., pp. 47-48. 3 Cf. irifra, pp. 4, 18-19; John Howard, The State of Prisons in England, and an Account of Some Foreign Prisons, London, Warrington, 1777, 2nd edn 1784 ; trad. fro L'État des prisons, des hôpitaux et des maisons de force en Europe au XVIIf siècle, trad. nouvelle et éd. critique par Ch. Carlier et loG. Petit, Paris, Les Éditions de l'Atelier I Éditions ouvrières, 1994. 4 Ce sont les traités de John Wood Jr, John Plaw, Jose Mac Packe, John Miller, John Soane, Charles T. Middleton, George Richardson, John Plaw ou James Malton. 5 Cf. irifra, p. 4 ; ces articles de la Morning Chronicle sont repris dans le Labourers' Friend. 6 Voir à ce propos Élie Halévy, La Formation du radicalisme philosophique, tome I [1901], tomes II et III [1904], Paris, Presses universitaires de France, 1995.

XIII

INTRODUCTION

Bentham dans A Fragment on Government (1776)1. Il permet de juger d'une pratique quelle qu'elle soit. Le second principe, le «principe de l'association des idées », relève de la psychologie de l'association déjà présente dans les œuvres des philosophes David Hume et David Hartley. Il postule que la somme des utilités individuelles constitue 1'« utilité générale », ou 1'« utilité publique », représentée par une célèbre analogie physiologique2. De cette doctrine pour « le plus grand bonheur », l'économie politique retiendra dans un premier temps que l'individu, par son intérêt propre, concourt à l'intérêt public. Une devise qui sera appliquée à 1'« amélioration de la condition des classes ouvrières ». Parmi les auteurs britanniques les plus illustres traitant d'économie politique au tournant du XVIIIeet du XIXesiècle, Sir Frederick Morton Eden écrit une volumineuse histoire de la pauvreté3 ; Jeremy Bentham se préoccupe d'un recensement «général et obligatoire» pour une réforme de l'administration des pauvres4; le grand classiquede l'économiste ThomasRobert Malthus, An Essay on the Principle of Population (1798), est à lui seul une anthologie de controverses à ce propoS5. Alors que William Godwin, et peu après Thomas Hodgskin, expliquent la pauvreté par une surproduction qui ne profite qu'aux riches, Malthus, au contraire, l'attribue à une population croissant plus vite que les ressources disponibles. L'un des enjeux des nombreuses polémiques engagées est l'inflation des poor rates (impôts des pauvres). En citant un écrit de Daniel Defoe adressé au Parlement et déjà mentionné par Sir Frederick Morton Eden, «Giving alms no charity6 », Malthus adresse un long plaidoyer pour un «plan d'abolition graduelle» des poor laws. La charité doit être « [...] comme toute autre passion, soumise à l'épreuve de l'utilité [...]1 ». Au nom de l'utilité publique, des plans sont proposés pour rendre les pauvres « moins dépendants ». Les solutions envisagées ont recours à différentes possibilités telles qu'une émigration plus forte vers les colonies, le confmement de la nuptialité et de la natalité des pauvres, ou la suppression de l'assistance aux pauvres hors du
1 « [...] le principe qui nous procure cette raison, qui seule ne dépend d'aucune raison supérieure, mais qui est elle-même la raison unique et suffisante pour toutes les questions d'une pratique quelle qu'elle soit» (italiques de Jeremy Bentham), Jeremy Bentham, A Fragment on Government, London, 1776, in A Comment on the Commentaries and A Fragment on Government, edited by 1. H. Bums and H. L. A. Hart, University of London, 1977, pp. 446-448. 2 « La communauté est un corps fictif, composé des particuliers que l'on considère comme s'ils

étaient ses membres. Qu'est-ce alors que l'intérêt de la communauté?

-

la somme des intérêts des

différents membres qui la composent» (italiques de Jeremy Bentham), Jeremy Bentham, An Introduction to the Principles of Morals and Legislation, London, 1789, edited by J. H. Burns and H. L. A. Hart, London, Methuen, 1982, pp. 11-12. 3 Frederick Morton Eden, The State of the Poor: or an History of the Labouring Classes in England, from the Conquest to the Present Period, 3 vol., London, 1797 ; London, Reprint Frank Cass, 1966. 4 Jeremy Bentham, Pauper Management Improved: Particularly by Means of an Application of the Panopticon Principle of Construction, London, 1797; Esquisse d'un ouvrage en faveur des pauvres, adressée à l'éditeur des Annales d'agriculture, publiée en ftançais par Ad. Duquesnoy, Paris, Librairie des Sourds-muets, An X [1802]. 5 Nous utilisons ici la traduction suivante: Essai sur le principe de population, ou Exposé des effets de cette cause sur le bonheur du genre humain; suivi de quelques recherches relatives à l'espérance de guérir ou d'adoucir les maux qu'elle entraîne, traduit de l'anglais à partir de la se éd. [1817] par P. Prévost et G. Prévost, 2 tomes, Bruxelles, Société typographique belge, 1841. 6 « Les aumônes ne sont pas la charité », ibid., tome II, p. 72. 7 Ibid., pp. 285-295.

XIV

NOTES SUR LES CAUSES DE LA RÉFORME DOMESTIQUE

workhouse (maison de travail). Au nombre des divers plans, l'amélioration de la condition domestique est également avancée. L'éminent agronome Arthur Young, en se ralliant aux propositions de David Davies, défend le « cow system» similaire à certains égards aux communauxl. Malthus relève qu'un tel système serait un encouragement au mariage et à la procréation. Il propose par contre un «plan limité» conforme à ses vues alarmistes sur la surpopulation. Ce plan explicite l'une des relations établies entre la pauvreté et la condition domestique:
« Je ne puis m'empêcher de croire, en outre, que l'on pourrait contribuer à améliorer l'état des pauvres par une réforme dans l'établissement des cabanes ou cottages. Il serait à désirer que ces cabanes ne fussent point assez grandes pour y loger deux familles; et qu'il n'yen eût pas plus que ne comporte la demande de bras ou de travail. Un des obstacles les plus salutaires et les moins pernicieux à la précocité des mariages en Angleterre est la difficulté de se procurer une cabane ou cottage, ainsi que les habitudes louables qui engagent un ouvrier à s'abstenir quelques années du mariage, et à attendre qu'une place vienne à vaquer, plutôt que de se contenter d'une misérable hutte de boue, comme font les Irlandais [...]2. »

Le paupérisme et le surpeuplement domestique sont d'autant plus remarqués dans les centres industriels que l'accroissement de population y est sans précédent. Alors que la division du travail chère à Adam Smith est de plus en plus appliquée, l'industrialisation ne se fait pas sans difficulté. Le «factory system », encore à ses débuts, est souvent synonyme de souffrance: «[...] Les manufactures anglaises, prises en masse, se sont accrues avec rapidité. Mais elles sont tombées en quelques endroits; et partout où cela est arrivé, les paroisses ont été surchargées de pauvres, réduits à la condition la plus misérable [...p.» Alors que l'économie politique reconnaît l'utilité publique de l'habitation par l'amélioration de l'état des pauvres et la réduction des poor rates, certains industriels l'expérimentent et font bâtir des cottages pour leurs ouvriers4. Cet intérêt n'est pas confiné aux seuls employeurs. Des témoignages, les lettres d'émigrants ruraux envoyées depuis les colonies, confirment l'attachement des pauvres à la possession d'un lopin de terre avec cottage. Ce propos se révèle d'ailleurs plus fréquent que celui sur le salaire5. L'amélioration de la condition domestique devient ainsi, selon la psychologie de l'association, l'un des paramètres pour une réforme sociale.

1 « Le moyen le plus propre à prévenir

le retour de ces disettes, si accablantes

pour le pauvre, serait

d'assurer à tout ouvrier père de trois enfants ou plus la propriété d'un acre de pommes de terre, et assez de pâturages pour nourrir une ou deux vaches [...J », Arthur Young, The Question of Scarcity Plainly Stated, and Remedies Considered, London, 1800; cité in Thomas Robert Malthus, ibid., pp. 301.302 ; 1 acre = 40,47 ares. 2 Ibid., pp. 334-335. 3 Cette citation fait surtout référence à Manchester et à la paroisse de Rochdale, ibid., p. 172. 4 Les cités ouvrières tirent leurs origines d'établissements fondés pendant la seconde moitié du xvme siècle comme ceux de Richard Arkwright à Cromford, à Styal ou de Samuel OIdknow à Marple. 5 Voir à ce sujet K. D. M. SneIl, op. cit., pp. 9-14. de Jedediah Strutt à Belper, de Samuel Greg

xv

INTRODUCTION

Robert Owen, owenisme et critique de l'économie politique Soucieux du sort des classes ouvrières, Robert Owen expose son célèbre projet formateur du « socialisme utopique» dans un recueil d'essais écrits entre 1812 et 1813, A New View of Society (1816)1. Ce projet alimentera de nombreuses discussions sur le socialisme coopératif pendant plusieurs décennies. Lorsqu'en 1799 Robert Owen quitte Manchester pour diriger la filature de son beau-père, David Dale, à New Lanark, au bord des chutes d'eau de la Clyde, les premiers problèmes qu'il rencontre sont ceux relatifs à la main-d'œuvre: « [00']la communauté consistait en une société très misérable; chaque homme faisait ce que bon lui semblait, et
le vice et l'immoralité prédominaient de façon monstrueuse

[...F. »

Son projet, qui

fait suite à la pensée de William Godwin, repose sur l'observation que l'esprit des enfants est modelé par les circonstances. Pour cette raison, le projet consiste en un programme d'éducation visant à la « formation du caractère3 ». Conjointement, un essai de planification est mis en œuvre pour organiser une société pacifique et harmonieuse. Robert Owen encourage les ouvriers avec des familles nombreuses à s'établir dans le village4. L'état des rues est amélioré et des maisons « confortables» sont construites. Le village change et compte rapidement plus de deux mille habitants. Pour occuper leurs dimanches, ils ont leur jardin et des parcelles de pommes de terre à cultiver. Les principes d'hygiène, connotés d'un certain romantisme, participent au bien-être des habitants: « [00']ils ont des promenades aménagées pour leur donner la santé, et l'habitude d'être satisfaits des scènes
toujours changeantes de la nature [00.]5 ».

L'originalité de cette expérience suscite l'intérêt de Jeremy Bentham qui, dès 1813, sera l'un des actionnaires de l'établissement. Conformément aux idées coopératives, un fonds de prévoyance est constitué par le soixantième du salaire des employés. Il est attribué par leurs soins à l'assistance des malades, des accidentés et des personnes âgées. L'autre partie du plan préconise l'acquisition de la propriété par les ouvriers:
« [...] après avoir passé presque un demi-siècle sans relâche dans une industrie, ils devraient si possible, au déclin de leur vie, pouvoir apprécier une confortable indépendance.

1 Robert Owen, A New View of Society: or, Essays on the Formation of the Human Character Preparatory to the Developement of a Planfor Gradually Ameliorating the Condition of Mankind, 2nd edn, London, 1816 ; Bristol, Reprint Thoemmes, 1995. 2 Ibid., p. 44. 3 Les enfants de cinq à dix ans, futures « rational creatures », apprennent à lire, à écrire et à compter à l'école du village; The New Institution, ou The Institute for the Formation of Character, ouverte en 1816, sert d'école, de salle de cours, de salle de danse et de lieu de culte pour la pratique de la «rational religion» ; voir ibid., pp. 78-125. 4 Il abolit le recours à des enfants de la charité publique pour constituer l'effectif de main-d'œuvre; les public-houses sont déplacés de l'immédiate proximité des habitations; des produits de première nécessité sont vendus moins chers qu'à Old Lanark; voir ibid., pp. 51-52. 5 Ibid., p. 86.

XVI

NOTES SUR LES CAUSES DE LA RÉFORME DOMESTIQUE Pour réaliser ce but, il est projeté de construire dans la situation la plus agréable, près du village actuel, des habitations propres et à bon marché avec jardins attenants [...]. Que ces habitations, avec les privilèges des promenades publiques, etc., deviennent la propriété de ces individus qui, sans contrainte, souscrivent des sommes équitables telles à être égales à leur prix d'achat dans un nombre d'années donné [...]1. »

Ce projet social annonce les propositions d'Henry Roberts et de nombreux autres réformateurs2. Robert Owen note que les pauvres et les classes ouvrières de Grande-Bretagne et d'Irlande dépassent les douze millions d'individus, c'est-à-dire presque les trois quarts de la population britannique. Il affIrme l'universalité de sa tentative: « [...] les membres de toute communauté peuvent progressivement être entraînés à vivre sans paresse, sans pauvreté, sans crime, et sans punition [...p ». Il souligne également les conséquences psychologiques d'un tel projet: « [...] ceux qui imagineraient avec confiance un tel confort assuré, et une telle indépendance, apprécieraient en partie ces avantages par anticipation [...]4 ». Même si Robert Owen s'oppose aussi aux poor laws pour leur effet sur la « dépravation du caractère », le sort des pauvres est pris en compte dans son projet étendu à la société5. Il propose, dès 1817, l'organisation de communautés pour les sans emploi selon des règles coopératives. Ces communautés, de cinq cents à mille cinq cents personnes, seraient logées dans des bâtiments au plan rectangulaire avec appartements, écoles et ateliers. Selon les dessins de l'architecte Stedman Whitwell, les familles occuperaient des appartements et les célibataires des dortoirs. Ces édifices - the Owen's Parallelograms - ne sont pas sans similitude avec le projet de Phalanstère que proposera Charles Fourier en 1822 ou avec le plan de communauté idéale de William Thompson présenté en 18306. Le plan (Mr Owen's Plan) retient l'attention de David Ricardo qui vote en 1819 une motion à la Chambre des communes pour qu'il fasse l'objet d'une enquête. Mais la tentative échoue, alors que Robert Owen souhaitait finir ses jours comme « un membre quelconque de l'un de ces joyeux villages' ». Ce projet a de nombreuses répercussions sur le mouvement coopératif même s'il n'a pas comblé les espoirs de son fondateur - création de la Co-operative and Economical Society à Londres en 1821 avec l'objectif de constituer un village selon le
1 Robert Owen, op. cit., pp. 119-120. 2 Cf. irifra, pp. 6, 50, et Henry Roberts, « Measures Taken by Employers for Promoting Habits of Prudence and Forethought amongst Building and Engineering Workmen, at the "Times" Newspaper Office, by Railway and Other Companies», in Transactions of the NAPSS 1864, pp. 774-780. 3 (Italiques de Robert Owen), Robert Owen, op. cit., p. 65. 4 Ibid., p. 121. 5 « La bienfaisance dit que l'indigent ne doit pas mourir de faim, et la sagesse politique consent à cette déclaration. Néanmoins, est-ce que ce système contraignant l'industrieux, le tempéré et relativement vertueux peut être juste pour encourager l'ignorant, le paresseux et relativement vicieux? Tel est toutefois l'effet des poor laws britanniques [...] », ibid., p. 142. 6 Voir Charles Fourier, Traité de l'association domestique-agricole, 2 tomes, Paris, Bossange Père, 1822 ; et William Thompson, Practical Directions for the Speedy and Economical Establishment of Communities, on the Principles of Mutual Co-operation, United Possessions and Equality of Exertions and of the Means ofEnjoyments, London, (1830). , Voir George Benson, A History of English Socialism, Westminster, The New Leader Ltd, [1928],

pp. 11-12.

XVII

INTRODUCTION

plan de Robert Owen, lancement du journal The Economist, de 1821 à 1822, suivi d'autres périodiques destinés à la classe industrieuse, fondation de la London Cooperative Society à Londres en 1824 et dont les débats reportés dans le Co-operative Magazine traitent de la question: « Des bâtiments contigus ou des bâtiments séparés, lesquels sont les mieux adaptés pour des associations coopérativesl?» La diffusion du modèle coopératif est poursuivie de 1832 à 1834 dans l'hebdomadaire The Crisis, fondé par Robert Owen, et se concrétise par l'institution du Labour Exchange (Bourse du travail). Même si sept cents sociétés owenites sont comptées lors du Congrès coopératif de Liverpool en 1832, le mouvement s'éteint dans la décennie suivante. Il est en revanche relayé par les Trade Unions (syndicats) à l'échelle du pays2. Alors que pour Robert Owen l'économie politique repose sur un « faux principe3 », la parution de A New View of Society suscite des réactions adverses. Tout en reconnaissant les mérites de son auteur en faveur d'une réduction du travail des enfants dans les fabriques, Malthus émet des réserves sur le modèle proposé. Selon l'économiste, le plan aurait pour conséquence d'accroître le nombre des pauvres. De plus, alors qu'à New Lanark un ouvrier peut être renvoyé pour paresse ou mauvaise conduite, dans une institution où personne ne pourrait être écarté ce système n'aurait aucune validité4. À la suite d'un « Examen de divers plans proposés pour améliorer le sort des pauvres », Malthus présente un plan plus pragmatique qui sera celui de l'économie politique utilitaire pour la classe industrieuse. Ce plan repose sur l'émergence de la classe moyenne:
«[...] Si les classes inférieures étaient ainsi remplacées par les classes moyennes, chaque ouvrier pourrait raisonnablement concevoir l'espérance d'améliorer son état par ses efforts et sa diligence. Les récompenses dues au travail et à la vertu seraient plus fréquemment accordées. Dans la grande loterie de la société, il y aurait plus de lots et moins de billets blancs. La somme du bonheur en un mot serait évidemment accrue5. »

The Labourers' Friend Society En conformité avec le plan de l'économie politique utilitaire, le lopin de terre avec cottage est retenu comme l'une des solutions à la crise sociale. Une société philanthropique fondée à Londres en 1825, The Society for Improving the Condition

1 Elle fait suite au projet des Owen's Parallelograms; voir George Benson, op. cit., p. 21. 2 Il s'agit de la National Union ofWorking Classes (NUWC), fondée en 1831, et du Grand National Consolidated Trades' Union (GNCTU), fondé en 1833 et dirigé par Robert Owen. 3 Il reproche aux économistes politiques leur méconnaissance de la nature humaine, des pouvoirs de la société et leur foi dans « les notions malthusiennes et irrationnelles de la surpopulation» ; voir The Life of Robert Owen Written by Himself, London, 1857 ; With his Preface and an Introduction by John Butt, London, Charles Knight, 1971, pp. 95, 128-129, 146, 155. 4 Thomas Robert Malthus, op. cit., tome Il, pp. 314-317. 5 Ibid., p. 341.

XVIII

NOTES SUR LES CAUSES DE LA RÉFORME DOMESTIQUE

of the Labouring Classes, réalise douze cottages modèles à Shooters' Hill en 18271. Cette société, dont l'existence est courte, est suivie en 1830 par une autre institution, The Labourers' Friend Society (LFS). Fondée par Benjamin Wills, elle est patronnée par le roi et par la reine, et l'on compte parmi ses membres l'évêque de Bath et Wells. Cette institution philanthropique - à l'origine de la société dont Henry Roberts sera l'architecte - a pour objet de fournir des lopins de terre2 aux ouvriers. Elle est animée d'un idéal libéral qui se manifeste par la non-interférence avec le droit de propriété et par la non-intervention du gouvernement. En vertu de la psychologie de l'association, elle a pour but de démontrer que le « système du lopin de terre» est doublement avantageux:
« 1. Pour le propriétaire terrien et pour le métayer: en accroissant la valeur du produit de la terre et en diminuant la charge des poor rates. 2. À un degré encore plus élevé pour l'ouvrier: grâce au stimulus ainsi donné à son industrie, son temps libre est profitablement employé, sa moralité et ses commodités sont également améliorées, une perspective de jours meilleurs lui est montrée, et ses enfants sont formés à des habitudes qui leur donnent les qualités requises pour devenir des membres précieux de la communauté3. »

Le projet de cette Société est de répondre à la suppression des communaux due aux Enclosure Acts et aux Corn Laws4 : « [...]l'absence ou l'aliénation du lopin de terre, qui entourait son humble habitation et qui était occupé et cultivé pour des usages domestiques - ceci ayant eu lieu dans de nombreux endroits lorsque le prix du blé encourageait fortement à une appropriation différente -, a supprimé cette ressource de valeur d'une industrie patiente [...p ». La suppression du lopin de terre est considérée par cette institution comme une privation pour le pauvre de ce qui était son droit6. La cause est diffusée par le bulletin de la Société, The Labourers' Friend Magazine. Selon des principes évangéliques et utilitaires, il s'agit de lutter contre le paupérisme et de promouvoir les bienfaits moraux du lopin de terre: « Le principe fondamental de la Société a toujours été de soustraire les classes ouvrières de la dépendance de l'assistance paroissiale ou charitable; de leur fournir les moyens par lesquels elles pourraient profiter de ces ressources pour leur propre industrie et bonne conduite, et en même temps d'induire une disposition bonne et honnête à les utiliser [...F.» Les rapports de la Société témoignent du succès de son activité8.
1 Voir James Stevens Curl, op. cit., pp. 75-76. 2 Les publications de la LFS utilisent indifféremment les termes: plot of ground, small portion of land ou allotment of land. 3 Proceedings of the Labourers' Friend Society, at its First Public Meeting Held at Exeter Hall, on Saturday, the 18th ofFebruary, 1832, London, Dean and Munday, 1832, pp. 8-9. 4 Les Corn Laws sont des lois protectionnistes fixant des taxes élevées sur les importations de blé et avec pour conséquence des prix élevés de la production intérieure; à la suite de l'action de l'Anti-Corn Law League, fondée en 1832 et conduite par Richard Cobden, elles furent abolies en 1846. 5 Proceedings of the LFS, op. cit., p. 10. 6 Ibid., p. 13. 7 The Labourers' Friend Magazine, May 1835, No. L (9th of April, 1835), p. 83. 8 « [...] Depuis la fondation de la Société, trente comtés ont été visités, quatre-vingts réunions publiques ont été tenues, et, moyennant une modeste contribution, environ soixante-dix mille familles ont

XIX

INTRODUCTION

Le processus explicité par David Davies est abondamment décrit dans The Labourers' Friend: les enclosures sont accompagnées de l'abandon et de la destruction de cottages avec pour effets la multiplication des « nouveaux pauvres» et l'augmentation des poor rates!. Allant à l'encontre de ce processus, le programme de réforme sera poursuivi à partir de 1844 par une nouvelle société, baptisée du nom de son aînée, The Society for Improving the Condition of the Labouring Classes (SICLCY.

ENQUÊTES PARLEMENTAIRES ET CONDITION DOMESTIQUE Henry Roberts atteste l'importance des enquêtes parlementaires dans le mouvement pour « l'amélioration de la condition des classes ouvrières3». Par leur approche systématique, ces enquêtes constituent l'un des fondements des sciences sociales en Angleterre4. L'un des premiers constats dont fassent état leurs nombreux rapports porte sur les effets de la rapide croissance de la population sur l'aggravation de l'insalubrité dans les villes. Le taux d'accroissement de la population urbaine en Angleterre est alors beaucoup plus élevé que celui des autres pays européens. Entre 1801 et 1851, les recensements montrent que la proportion de population urbaine d'Angleterre et du Pays de Galles est passée d'environ 34 % à 54 %. Avant l'introduction du registre civil dès les années 1840, la proportion de croissance naturelle et d'immigration dans les villes est difficile à établir avec précision. Mais, par la suite, elle est en moyenne de 60 % pour la croissance naturelle et de 40 % pour l'immigration5. Ces données générales ne doivent pas masquer de nombreuses disparités entre les villes: d'une part, les chefs-lieux de districts ruraux dont l'accroissement de population est relativement limité, d'autre part, les villes portuaires et manufacturières dont l'accroissement est bien supérieur à la moyenne. Dans les villes industrielles, l'afflux de main-d'œuvre venue des campagnes, d'autres villes ou d'Irlande permet de remplir l'effectif des fabriques. Cependant, cette immigration a aussi pour effet d'accroître le paupérisme urbain6.

obtenu des lopins de terre soit directement, soit indirectement par l'intermédiaire de la Société [...] », The Fifth Annual Report of the LFS, London, Printed by T. C. Savill, 1836, p. 5. ! Voir The Labourers' Friend Magazine, October 1841, No. CXXVII, pp.49-52, 79-80, 89-90, 137-14l. 2 Henry Roberts est membre des trois sous-comités de la SICLC : des lopins de terre, des habitations des pauvres et des emprunts; Minute Book No.1, SICLC. 3 Cf. infra, pp. 2-4, 8,10,38,47, 67-7l. 4 Le développement de ces sciences est jalonné par la fondation de la Statistical Society of London en 1834, de l'Office of Registrar-General à Londres en 1837, ou de la National Association for the Promotion of Social Science à Birmingham en 1857 dont Henry Roberts est l'un des membres du conseil. 5 Voir Dudley Baines, Migration in a Mature Economy: Emigration and Internal Migration in England and Wales, 1861-1900, Cambridge University Press, 1985, p. 219. 6 Voir Michael E. Rose (ed.), The Poor and the City: the English Poor Law in its Urban Context, 1834-1914, Leicester University Press, 1985, pp. 2-17.

xx

NOTES SUR LES CAUSES DE LA RÉFORME DOMESTIQUE

Le rapport et la loi des pauvres de 1834 Jusque dans les années 1830, le problème de l'assistance aux pauvres est essentiellement rural. De 1831 à 1833, la Factory Commission s'enquiert des conditions de travail effroyables dans les manufactures. En 1832, le Reform Bill, défendu par les utilitaristes, accorde le droit de vote à la classe moyenne et aux districts industriels. La même année, la Poor Law Commission de 1832-1834, avec l'économiste Nassau William Senior et le juriste Edwin Chadwickl - ex-secrétaire de Jeremy Bentham -, inaugure une nouvelle série d'enquêtes parlementaires sur le paupérisme. Le premier rapport - Report from his Majesty 's Commissioners for Inquiring into the Administration and Practical Operation of the Poor Laws (1834)2 -, très impopulaire, est appelé à devenir célèbre. Les principales raisons alléguées en faveur d'une réforme sont le coût trop élevé de l'assistance, l'importance des abus et le découragement rapide des ouvriers peu payés. Certains employeurs profitent du secours aux pauvres pour payer des salaires très bas, sachant que 1'« assistance charitable» se charge du minimum de subsistance. L'aggravation de cette situation a des conséquences sur l'ordre public et la réduction des allowances de 1830 provoque des émeutes d'indigents dans différentes villes d' Angleterre3. Dans ce contexte, le Poor Law Amendment Act (amendement de la loi des pauvres) de 1834 participe à une défmition plus centralisée de la structure administrative. Premièrement, les paroisses sont regroupées en Unions, administrées par des Boards of Guardians, eux-mêmes dépendants de l'autorité centrale des Poor Law Commissioners. Secondement, la New Poor Law (nouvelle loi des pauvres) adopte le workhouse test qui consiste à n'assister que les nécessiteux et leur famille pensionnaires des workhouses - ces édifices évoquent à certains égards les établissements de charité du Continent, tels que l'Albergo dei Poveri à Naples (Il Reclusorio) visité par Henry Roberts en 18294. De nombreuses paroisses n'ont pourtant pas de «poor-house» lorsque la loi est adoptée5. Les récits de visiteurs, comme Alexis de Tocqueville ou Eugène Buret, font état du surpeuplement, de la répression, de la séparation des sexes, et de l'extrême misère rencontrés dans ces établissements. Le workhouse n'est pas charitable, c'est un « épouvantail à pauvres », il opère pour « transformer la charité en châtiment6 ».

1 À propos d'Edwin Chadwick cf. infra, pp. F, 4,61, 141. 2 Report from his Majesty's Commissioners for Inquiring

into the Administration

and Practical

Operation of the Poor Laws, London, The House ofCommons, 1834. 3 Voir « The New Poor Law», in The Quarterly Review, Vol. L11, August & November, London, John Murray, 1834, pp. 233-261. Pour un compte rendu, voir Pauvres, examen de la loi du 14 août 1834, in Alexis de Tocqueville, Voyage en Angleterre et en Irlande de 1835; Idées, opinions, récits, conversations, Paris, Éditions Gallimard, 1991, Appendice 11,pp. 596-600. 4 Cf. infra, pp. 10, 60. 5 « The New Poor Law», op. cit., p. 239. 6 Voir Eugène Buret, De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France; de la nature de la misère, de son existence, de ses effets, de ses causes, et de l'insuffisance des remèdes qu'on lui a opposés jusqu'ici; avec l'indication des moyens propres à en affranchir les sociétés, Paris, 1840, in Cours d'économie politique, Bruxelles, Société typographique belge, 1843, pp. 478 sqq.

XXI

INTRODUCTION

Le rapport de 1834 dénote un durcissement du traitement des pauvres et le changement de leur statut au sein de la structure sociale existante. Conformément au preventive check (obstacle préventif ou privatif) de Malthus, il s'agit par exemple de freiner leur prolifération en supprimant la prime de Is. 6d. ou 2s. par enfant et par semaine]. Les propos des Poor Law Commissioners, qualifiés de « vicieux» dans The Quarterly Review, montrent que la condition du pauvre sera rendue « less eligible» en vue de « dépaupériser» l'Angleterre2. En d'autres termes, le sort du pauvre sera aggravé au profit de l'émergence de la classe ouvrière. Cette réforme est également défendue au nom de la doctrine de l'utilité: « [...J Alors le pays serait garanti en imposant des conditions telles qu'elles seraient aussi utiles à l'indigent assisté qu'au pays dont il reçoit l'assistance3. » Les Poor Law Commissioners établissent un lien avec la condition domestique. Ils recommandent eux aussi le « système du lopin de terre avec cottage» pour son utilité publique. Ainsi, l'habitation devient l'un des paramètres du « standard» de l'ouvrier. Ce statut est explicité par le Board ofGuardians de la Bedford Union:
« [...] Et si les propriétaires terriens encourageaient le system of cottage allotments, et rendaient les cottages des pauvres plus vastes, le grand objet de la poor law amendée serait considérablement élargi -" car dès qu'un homme a la propriété du sol, même insignifiante, son caractère en sera vraisemblablement élevé; il ressentira un honnête orgueil à bien faire, et la conséquence de sa bonne conduite sera d'arrêter le progrès d'un courant vicieux parmi d'autres; une sympathie mutuelle doit exister entre ce fermier en miniature et le grand propriétaire" ; et quant aux cottages, comment des propriétaires terriens peuvent-ils s'attendre à trouver cette pureté de conduite, l'amour de la vertu dans la vie domestique, alors qu'ils sont indifférents à l'état d'une chambre à coucher, elle-même misérable et unique réceptacle pour un homme, sa femme et une famille nombreuse? [...]4. »

Cette déclaration - rapportée par la Labourers' Friend Society - est loin d'être partagée et restera une simple proposition. Adoptée après la première épidémie de choléra, la New Poor Law autorise cependant le secours médical à domicile. Les épidémies meurtrières de choléra frappent vite et violemment (1831-1832, 18481849,1854, 1867); s'y ajoutent la fièvre typhoïde (1826-1827, 1831-1832, 1837, 1846) et la tuberculose dont les ravages sont également considérables. On observe

I « The New Poor Law», op. cit., p. 240. 2 « La condition du pauvre devrait être rendue encore plus précaire, et par conséquent moins attrayante, que la condition de l'ouvrier indépendant: ce demier devrait être adopté comme critère pour fixer la condition de ceux qui doivent être entretenus par la société », Reportfrom his Majesty 's Commissioners, pp. 228-229, cité in ibid. - « Le but de la loi est la suppression de tout secours à domicile (out door relief), c'est-à-dire de tout secours hors de la maison de travail. Les commissaires chargés de son exécution font entendre clairement aux nouveaux officiers de l'administration des pauvres que le résultat à obtenir est de dépaupériser l'Angleterre par la crainte de la maison de travail» (italiques d'Eugène Buret), First Annual Report, 1835, cité in Eugène Buret, op. cil., p. 475. 3 First Annual Report, tome I, pp. 227-228 ; cité in baron de Gérando, De la bienfaisance publique, nouveIle éd., tome II, BruxeIles, Société belge de librairie, 1839, p. 334. 4 Cité in The Fifth Annual Reporl of lhe LFS, op. cil., pp. 6-7.

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