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Henri Anatole Coudreau (1859-1899)

2000 ISBN: 2-7384-9426-9
Pétroglyphes Illustrations de couverture H. Coudreau, Chez nos Indiens, 1893. amérindiens, Guyane, par H. Coudreau, Les Français en Amazonie, 1887.

@ L'Harmattan,

Sébastien BENOIT

Henri Anatole Coudreau (1859-1899)
Dernier explorateur français en Amazonie
-une première biographie-

Préface de Frédéric Mauro Avant-propos de Guy Martinière

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Merci à Virginie Vaté. Pour leur aide précieuse, merci à Jean-Bernard Vaultier, Bertrand Bernard, Jean Bastié, Président de la Société de Géographie de Paris, Aline Gillard, Christophe Sainson, Ana Maria Lammel, Dominique Deret, ainsi qu'à Franck Marynower, Marilyn Smith, Richard Taylor, Philippe et Christine KJein, Christophe Tellan et Antoinette Pedoni. Pour leur participation à l'aventure Coudreau, merci à l'Astrolabe et à la FLASH, Julie Foulquier-Renon, Jacques Vialle, Liliane Warin, Francesca Nouet, Marie d'Arifat, Étienne Bois, Pierre et Françoise Grenand, Éric Navet, Jacques Fretey, Vanessa Hequet, Jean-François Orru, Christelle Espinasse, Jeff Le Cormec, Joao, Janete et Artionka Capiberibe, Joao da C. Milhomem, Antonio Gomes de Oliveira, Fernando Rodrigues dos Santos, Fabio de Andrade Abdalla, Auricy Macedo, Alain le Métayer, Jean-Jacques Pintat, Bernard Riondet, Jean- François et Gersende Deluchey, Roberto Auraujo, Marcio Meira, Edna Castro et Rosa Acevedo, les communautés du rio Trombetas, la Mairie de Sonnac et la famille d'Henri Coudreau. Les pollens: Fernand Ditgen, Gabriel Ancel, Jean-Michel Rossini, Marie Maire, Jean-Loup Bideaud, Odile Goerg, Jean-Luc Pinol, Michelle Perrault, Guy Lobrichon, Jean Piel, Patrick Deshayes, PierreYves Jacopin, Jeff Barbe, Patrick et Marie-Jeanne NitUJescu.

Préface

C

ela commence comme un roman auquel il faudrait trouver un titre. Lauteur hésite un instant, puis lance « Henri Anatole Coudreau (1859-1899) dernier explorateur français en AmazonieUne première biographie»...

C'est là une originalité de Coudreau: il sera le dernier explorateur. Or l'explorateur est celui qui découvre des espaces nouveaux et qui essaie de les connaître et de les comprendre dans leur globalité. Ces explorateurs, qui avaient été nombreux au XVIII' siècle, cherchant à suivre les traces des premiers découvreurs de la Renaissance, disparaissent de la scène du monde dans la seconde moitié du XIX' siècle et laissent la place à des chercheurs scientifiques, spécialisé chacun dans un domaine de la nature qui lui est propre. Le nouvel explorateur n'a pas la culture humaniste des précédents. Il est à l'ancien explorateur ce que le chercheur spécialisé est au savant ancien aux vastes connaissances. Mais il existe une autre différence entre ces deux étapes de la connaissance du monde: les nouveaux savants sont des nationalistes qui rivalisent dans la connaissance comme dans la possession du monde. Et ainsi se forme un empire colonial européen, à partir des nouveaux empires coloniaux des différentes puissances européennes qui se battent entre elles pour obtenir la domination de l'univers connu. Les anciens savants, les hommes du XVIII' et du début du XIX' siècle œuvraient par- amour de l'humanité et par soif de la science; les nouveaux viennent construire et fo~tifier des empires coloniaux.

LHumanisme est-il pour autant en recul après 1870? On est en droit de se poser la question, même si, en fait, un grand nombre de missionnaires, de religieux qui se répandent jusqu'aux extrémités du monde, d'hommes de science, d'ingénieurs civils ou militaires, capables d'appliquer dans les pays lointains la science et la technique apprises dans les écoles petites et grandes

de l'Occident apportent à leurs « fières noirs », «jaunes» ou « rouges», comme
l'on disait alors, un grand morceau d'humanisme et d'humanité.

Voilà les réflexions auxqueJJes nous amène le livre de Sébastien Benoit: un sujet très important, traité avec une émotion que nous partageons.

Frédéric Mauro Professeur émérite à l'Université de Paris X Nanterre et à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine Membre de l'Académie des Sciences d'Outre mer

Avant-propos

idée de réaliser une étude inédite autour d'Henri Anatole Coudreau est née d'un programme de recherche de l'Université de La Rochelle consistant à analyser les projets, les actes, les réussites et les échecs des navigateurs et explorateurs européens aux XVIII' et XIX' siècles. Avant de devenir l'objet d'un ouvrage, Coudreau fut au centre d'une exposition présentée simultanément en France métropolitaine et en Guyane française. Fruit d'une collaboration exemplaire entre la recherche universitaire et deux organismes de diffusion de la culture scientifique et technique à vocation régionale (l'Astrolabe de La Rochelle et le CRESTIG de Cayenne), elle était construite à partir d'une thèse de doctorat dont le sujet fait rêver: l'histoire de l'exploration de l'Amazonie. Au regard de la perspective sociale de la science, un projet scientifique n'a de valeur que dans la diffusion de l'information et le passage d'un travail de recherche à une exposition puis un livre est ici rout à fait édifiant. Cet ouvrage a donc pour thème l'analyse et la compréhension d'une découverte scientifique, celle d'un territoire jusqu'alors méconnu situé aux confins des Guyanes et du Brésil. Cette découverte résulte d'une action d'aventure, une aventure scientifique, conduite par un explorateur de vingt ans, originaire d'un petit bourg des Charentes : Henri Coudreau. Le personnage est fascinant. Il est typique de ces hommes d'aventure européens qui partent, à la fin du XIX' siècle, explorer ces espaces encore inconnus de notre globe, sur les continents d'Afrique, d'Amérique ou d'Asie. C'est aussi un personnage original, doté d'une forte personnalité, porteur de l'utopie de la construction d'un monde nouveau, mais aussi rempli de l'assurance dominatrice qui entraîne une civilisation à la conquête du monde réel. Et c'est aussi, naturellement, un héritier, celui d'une terre de navigateurs et

['

d'explorateurs dont les vies ont sillonné océans et continents. Il naît dans un contexte particulier au sein duquel coïncident l'état d'esprit d'une région de France et l'existence d'un domaine colonial permettant de tenter une aventure humaine outre-mer, - au-delà des mers. Son travail représente en premier lieu un inventaire, dans la plus pure tradition des naturalistes de la première moitié du XIX siècle. Toutefois, suivant en cela l'exemple d'un illustre prédécesseur, Alcide Dessalines d'Orbigny (1802-1857) qui fut le grand initiateur de l'étUde de L'Homme américain, Coudreau ne se limite pas à la flore, à la faune et au relief; il observe aussi les hommes qui vivent sur cette terre de l'équateur. Poursuivant une tâche dont l'enjeu de sciences humaines et sociales est absolument évident, il part à la rencontre aussi bien des populations amérindiennes que des sociétés qui ont été transplantées en Guyane, qu'elles soient d'origine européenne ou africaine. Bien sûr, sa vision reste celle d'un homme de la fin du XIX' siècle et sa démarche conserve l'empreinte du paradoxe d'une œuvre de civilisation liée à la colonisation.

Mais Henri Coudreau ne se consacre pas exclusivement à la Guyane française; c'est un homme de la coopération internationale. Très tôt, il commence par travailler sur la frontière, encore floue, qui existe entre la France (Guyane française) et le Brésil (État du Para). Plus tard, il s'engage au service des autorités brésiliennes avant que sa femme, Octavie, ne poursuive son action. Partant de Belém, la capitale du Para qui relie l'immense réseau fluvial de l'Amazone à l'Europe, Coudreau explore les voies de la navigation sur les principaux affluents de droite, ceux-là mêmes qui unissent l'intérieur du Brésil au bassin amazonien. De ce point de vue, le rôle qu'il va jouer est essentiel parce que le Brésil connaît à ce moment précis le fameux boom du caoutchouc, et la connaissance de ce réseau fluvial demeure une condition indispensable à la mise en valeur du Nord du pays, y compris le Nordeste dévasté par la famine.

Enfin, ses explorations du territoire contesté entre la Guyane et le Brésil concerne notre géographie immédiate. Cette frontière, considérée jusqu'à une époque récente comme une zone de secret militaire, est alors bien difficile à définir. Les écrits de Coudreau serviront de base aux travaux de démarcation, bien que lui-même n'obtînt jamais le rôle historique auquel il aspirait tant, à la tête d'une commission internationale de délimitation. Si l'arbitrage de la Suisse octroie finalement en 1900 l'ensemble du Contesté au Brésil, cet

JO

instantané d'une frontière qui se ferme pour ne se rouvrir qu'au début des années 1990 reste un témoignage fondamental pour l'historien. En ce sens, Coudreau anticipe les éléments d'ouverture dans les relations internationales franco-brésiliennes illustrés aujourd'hui par la fin de la construction de l'axe routier Cayenne-Macapa.
Ce dernier aspect de l'œuvre d'Henri Coudreau retient d'ailleurs particulièrement l'attention des collectivités locales guyanaises. Il est en effet temps de réintégrer la Guyane à son aire d'origine, c'est-à-dire la région Amazonie. Outre la présentation des travaux d'Henri Coudreau et la restitution de son parcours dans les contextes culturel et géopolitique de l'époque, cette étude précise est un excellent prétexte pour dresser un portrait historique de la région qui sache s'extraire des représentations stéréotypées - de terre maudite du bagne ou de base de lancement de la fusée Ariane - dont est victime la Guyane.

Henri Coudreau observe, classe, décrit. Il veut comprendre et transformer ce milieu et ces hommes de la forêt équatoriale qu'il fait connaître à l'Europe et dont il s'éprend jusqu'à en mourir. Il se donne entièrement à cette civilisation dont il dépasse les frontières nationales, celles de la France outre-mer et celles du Brésil. Mais Coudreau, personnage oublié de notre histoire, n'est pas un héros. Sa vision ethnocentrée d'un Occident colonisateur assuré de sa légitimité par sa simple maîtrise technologique nous renvoie à un passé faussement glorieux et éclaire bien des aspects de notre présent.

Guy Martinière Professeur d'histoire à l'Institut des Hames Études de l'Amérique Latine et à la faculté des langues, arts et sciences humaines de La Rochelle Vice-président de l'Université de La Rochelle

À mes parents Pour leur soutien jamais démenti, leurs précieux conseils, leur amour.

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Le xnr

siècle reste à beaucoup

d'égards

le

siècle le plus moderne jusqu'à cejour: siècle de nostalgie, certainement, mais aussi siècle visionnaire d'avenirs possibles que l'histoire n'a jamais accomplis. Ce siècle rêvait d'une modernité radicale et rachetée, qui ne se matérialisa point, ou ne concrétisa pas ses acquis spirituels.

L'histoire s'est moquée - se moque - de notre prétention à devenir vraiment modernes. En
cette fin de millénaire, le xnr siècle ressemble, pour certains d'entre nous, à de lourds nuages orageux passant au-dessus d'une terre desséchée sans décharger leur eau. Ce siècle passa comme un bouquet d'illusions. Robert Harrisson Forêts - Éssai sur l'imaginaire occidental
)}