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Histoire chronologique, politique et religieuse des seigneurs et de la ville de Comines (3 volumes)

432 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 357
EAN13 : 9782296314429
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HISTOIRE
DE

COM

l NES.

lM~l'{ IMAJIlUl'{.

BRUGIS,

20 APrilis

I892.

H. LAHOUSSE,

Can. Iibr. Censor.

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DE~ pEIGNEU~~

<9HF\ONOLOGIQUE, ~OLIIItIQUE ElIt l'{ELIGIEU~E ElIt DE LA VILLE
DE

COMINES
SUIVIE DE

Notices sur ses Établissements Publics J
ses Gildes J ses Hameaux et ses Hommes CélèbresJ
PAR

tAlblb~ Itt.C>~. mm~~llAlm~
Curé de RECKEM,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'É~!ULATIO~ ANTIQUITÉS POUR L'ÉTUDE DE L'HISTOIRE ET DES DE LA FLANDRE.

~J.~
Tous les livres -qui sont faits ne serviroient de rien. si n'estoit pour ramener en mémoire les choses passées..,.. . ilfé11l.d. Phil. d. CQmines, livre II, chap. VI. p. 84. Paris, 1843. -

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Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3981-0

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Bourgmestre et Conseiller Provincial.

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E?F\ÉBA&E.
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,':' J'avais l'intention de copier deux exemplaires des notes que j'ai recueillies sur ma ville natale et de les offrir aux archives des deux villes de Comines. C'est sur les vives instances de mes amis et de mes compatriotes, que je me suis décidé à livrer cet ouvrage à l'impression, malgré ses imperfections et son étendue. Depuis plus de trente années, dans les moments de loisir que me laissait mon ministère, j'ai recueilli de nombreux documents sur Comines, ses seigneurs, etc. Une de mes grandes jouissances était de fouiller les archives et de remuer la po:ussière des bibliothèques publiques, afin d'y rencontrer des renseignements sur l'objet de mes études favorites. J'ai visité bien des fois les riches bibliothèques de Louvain, de Tournai, de Courtrai, de Roubaix, de Lille, etc.; les archives générales du Royaume, celles de Comines-Sud et de l'Hôpital, dont les inventaires ont été publiés; celles de Comines Nord,

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ou la Compilatio~ que j'offre à mes n'était pas destinée à la publicité.

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celles du Département du Nord et leurs riches inventaires m'ont fourni des renseignements précieux. Monsieur le comte D'Hane-Steenhuyse a fait don aux archives de l'État à Gand, de toutes les archives qui restent de l'ancienne seigneurie de Comines. C'est une mine importante que nous aurions voulu explorer d'une manière plus complète. Nous adressons ici nos sincères remerciements aux conservateurs de ces dépôts littéraires et à d'autres amis qui ont bien voulu nous aider de leur sages conseils et de leùr savante coopération.

x
L'HISTOIRE DE COMIXES n'est pas un roman; le lecteur ne doit pas y chercher une œmTe littéraire, mais le simple récit des événements qui ont eu notre yille pour théatre. J'ai recherché avant tout la vérité et l'impartialité, et j'ai eu soin de citer les sources auxquelles j'ai puisé; comine cet <;mvrage a été plusieurs fois copié et remanié, il Y aura peut-être des erreurs dans l'indication des sources. Pour donner au lecteur une idée exacte des événements qui se sont passés à Comines, j'ai dû les rattacher plus ou moins à l'histoire générale de la Flandre, et j'ai cru ne pouvoir mieux faire qu'en suivant la division de l'histoire de notre pays donnée par mon ancien maître feu 1fonsieur le professeur David de Louvain. J'ai groupé les faits et gestes de nos seigneurs et de nos compatriotes sous le règne des comtes de Flandre, des ducs de Bourgogne et des autres souverains du pays, en formant un chapitre pour chaque règne. L'histoire des premiers sires de Comines était fort difficile à faire, parce que pendant huit ou neuf générations ces seigneurs portent le même nom. Cette Histoire a été faite de main de maître par le savant Monsieur TH. LEURIDAN, dans ses Recherches sur les Sires de Comines, de sorte que je n'ai eu qu'à suivre et amplifier son beau trayail. J'ai eu soin de placer à la tête de chaque chapitre le nom des sires de Comines pendant cette période. Je signale aussi tous les grands - bai1lis et

bourgmestres' dont j'ai rencontré les noms. Les deux premiers volumes contiennent l'histoire politique et religieuse de la ville depuis son origine jusqu'à nos jours. Le troisième, qui sera le plus intéressant, contiendra l'histoire des établissements publics, des hameaux et chapelles, ainsi que des homm~s remarquables nés à Comines. A la fin du premier volume j'ai placé en annexe la vie de Saint- Chrysole, dont le culte est si populaire dans notre cité. Puissent les habitants de Comines lui rester toujours fidèles! Puisse notre Saint patron continuer de protéger cette ville où il a consommé son martyre! Les habitants de Comines qui voudront bien nous lire, verront que si nos ancêtres ont surmonté les calamités de la guerre et les épreuves sans nombre dont ils ont été affligés, c'est dans leur attachement à la religion et dans leur amour pour leur patrie, qu'ils ont puisé cette ~nergie, ce courage qui leur faisait rebâtir leur ,-ille à peine détruite et rétablir

XI

leur industrie anéantie pendant ces calamités. Puissent les habitants des deux villes de Comines, qui sont politiquement .séparées, n'avoir qu'un cœur et qu'une âme, et conserver toujours cet esprit d'ordre, de religion qui s'est maintenu de générations en générations dans notre bonne cité! J'offre à mes compatriotes le fruit de mes longues 'et parfois pénibles recherches, espérant qu'ils puiseront, dans les exemples donnés par nos ancêtres, un enseignement pour le présent et un puissant encouragement pour l'avenir.

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RECKEM , jour de la fête de Sail1t-Chrysole

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1892.

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CHAPITRE
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I.

Origine de Comines.

Étymologie de son nOill.

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savant

L est impossible de dire à quelle époque la Flandre fut peuplée: le nom seul des Pays -Bas, dont elle fait ", partie, indique assez clairement que ce fut bien tard. César nous fait connaître le nom des peuplades qui habitaient la Belgique, lorsqu'il y entra avec les troupes Romaines. Les N erviens se tenaient, en grande partie, dans l'ancienne châtellenie de Lille, et, d'après les preuves données par le
SCHAYES (r),

il nous parait

indubitable

que Comines

se

trouvait dans le territoire des Ménapiens, et non dans celui des N erviens. Le Grec STRABON, qui écrivit soixante ans après la conquête de César et visita lui -même la Gaule, nous a laissé sur les Ménapiens des détails pleins d'intérêt. «( Les Mél1apiens, dit-il,

habitent.. dans des maràis et des forêts ccmposées de bois peu éleyés, mais épais et couverts d'épines. Les Morins sont, yers la mer, voisins des Ménapiens. Leur pays est semblable: c'est une forêt d'arbres de peu de hauteur. Ils en ferment les

(1) SCHAYES. -

Les Pays-Bas

at'mlt et pwdallt

la dcmiuaiioll RC1I1ai1lC,

I, 1)4.

4
abords, pour résister aux invasions armées, en entrelaçant les tiges flexibles des buissons, et en établissant, dans quelques endroits, de.s palissades. Ils se cachent avec toutes leurs familles au fond de ces forêts, où se trouvent quelques petites îles entourées de marais. Lorsque le temps est humide, ils peuvent facilement s'y assurer un refuge, mais, si la !'écheresse survient, il est facile de les y atteindre . Tous les Gaulois sont belliqueux: plus on s'avance vers le nord et la mer, plus ils sont intrépides. On distingue les Belges entre tous. Les Belges portent le sagum et de larges braies, et laissent croître leur chevelure. Ils ont des habits ouverts et à manches, qui descendent jusqu'à la cuisse. Leur laine est rude, mais rasée près de la peau: ils en font d'épais sagums qu'ils nomment Irena. Leurs armes se composent d'un long glaive suspendu à droite, d'un grand bouclier, d'une lance et de la méris, espèce de pique: quelques-uns se servent d'arcs et de frondes. Ils ont aussi des pièces de bois en forme de javelots, qu'ils ne lancent pas avec une courroie mais avec la main, et qu'ils emploient principalement à la chasse des oiseaux. Ils couchent à terre Leur nourriture consiste surtout en laitages et en diverses espèces de viandes, principalement en viande de porc fraiche et sâlée; un toit élevé domine leurs maisons construites de planches et de branches. La plupart de leurs Républiques sont gouvernées par les anciens. Autrefois -le peuple élisait, chaque année, un prince et un chef de guerre (r). )) Tels étaient nos ancêtres: à César était réservée la gloire de les vaincre. Leur défense fut héro}que. Après cinq ans d'efforts inouïs, après des batailles sanglantes, le général romain était parvenu à les dompter et à réprimer leurs révoltes toujours renaissantes (2). l\iais le joug H.omain clevenait de jour en jour plus accablant pour cles peuples si jaloux de leur liberté. Une conspiration s'ourdit dans le silence et les Ménapiens entrèrent dans la nouvelle ligue. {( Pleins de

confiance, clit César, clans la situation de leur contrée, ils s'étaient réfugiés dans leurs forts et leurs marais. César fit établir des ponts et envahIt leur territoire de trois côtés. Leurs
(2) IÜ:RVYX LETTEXIIOVE. DE -

(1) STRABO~.- Géogr. lib., IV. Histoire de Fhmdre, J, 12, 13.

5
maisons et leurs bourgs furent livrés aux flammes, et les Romains s'emparèrent de beaucoup d'hom~11eset de troupeaux. Les l\1énapiens se virent ainsi réduits à demander la paix. César reçut leurs otages et laissa chez eux l'Atrébate Comius, ayec de la cavalerie, afin qu'il les surveillât. » Comines était-elle du nombre de ces bourgades incendiées? une réponse affirmative n'offrirait rien d'invraisemblable. Ces bourgades ou oppida, dont parle César, n'étaient qu'un assemblage informe de chaumières éparses et disposées sans aucune régularité, ou bien c'étaient des retranche:rnents élevés au ,milieu des bois, formés par des palissades et des abattis dans lesquels nos aïeux se renfermaient en temps de guerre, avec .leurs familles et leurs troupeaux. Passons en revue les différentes étymologies que les chroniqueurs donnent à Comines, en leur en laissant tout le mérite et toute la responsabilité: 1° - Presque tous ceux qui ont écrit sur l'étymologie des noms portés par nos villes de Flandre, nous apprennent que si Comines ne fut pas fondée par l'Atrébate Comius, ce fut lui du moins qui lui donna son nom. A l'époque où César l'avait chargé du gouvernement des Ménapiens, Comius avait eu, ,selon eux, sa résidence ordinaire à Comines. LANSSEN,auteur d'une Histoire de T lzourout, émet cette opinion, ainsi que l'auteur anonyme d'une Histoire de Lille et de sa Cltâtelle1lic. VAN SCHRIECK (Scrykius) prétend que le nom de Comius a été mutilé par les copistes et il assure qu'il a lu Cominius dans ,plusieurs manuscrits très-anciens (I). Si les dires de l'historien y prois étaient exacts, l'opinion de LANSSENdeviendrait plus probable. BUZELIN, GRAMMAYE,J. MARCHANT,SANDERUS, etc., rapportent aussi cette opinion, en paraissant y ajouter peu de foi. Une chose plùs certaine c'est que plusieurs généraux Romains du nom de Cominius résidèrent dans les Gaules: des .médailles trouvées à différentes reprises en font foi. Un Cominois, Frère ANDRÉ HEYNSIN, était Prieur du Couvent des Frères Prêcheurs de Bruges en 15gI. S'il faut en croire certaines notes laissées par lui, il s'occupa du passé de sa ville natale et chercha à dissiper quelque peu l'obscurité 'des origines historiques de celle-ci. A propos d'un vieux

(I)

SCRïKIUS.

-

In I Ind. Geogr. et II Miscell.

6
tableau apparte:~;:t:1t autrefois à la chapelle des Sœurs Grises de Comines, représentant un épisode de la vie de Saint Chrysole, Frère HEY~SI~ rapporte le fait, (reconnu en son temps comme très véridique), que les Romains bâtirent sur les bords de la Lys un castellum, dont le n')m dérive de Comminius, général de cavalerie, chargé par César de surveiller les Ménapiens apr~s leur soumission, afin de les empêcher d'entrer en relations avec Ambiorix. Il nous apprend que l'auteur du tableau, (par une fantaisie assez commune chez les peintres du moyen-âge), avait représenté dans le fond un Comminius visitant les travaux du castellum qui fut l'origine de Comines, et que l'on nomma depuis castellum Comminii. Voici la note du Frère ANDRÉ HEYNSlèI< « Comene, en thyois, en françois Commines, estoit : dict des anciens castellum Comminii, et en cet endroict de la rivière la Lys, fut basti un chastel par un général Romain nommé Comminus ou Comnius, et que l'on ,yoit en picture sur le fond du tableau de Sainct Chrysolc, i1ux Récollets de Comines, visitant ledict Comminus et ses officiers ledict chastel, longtems avant la venue de N. S. Jhésu-Christ (I). )) 20 - Un savant compilateur (2) avance que Labiénus, par ordre de César, aurait établi un Cominus, roi du. pays qui forme aujourd'hui la Flandre et l'Artois. 30 - Un autre auteur fait dériver le nom de Comen, CO~lene, Comines, du mot celtique Koming, adventitia, lieu d'arrivée; la position favorable sur les bords de la Lys et à l'embouchure d'un ruisseau, aurait déterminé l'arrivée d'une colonie Ménapienne dans ce lieu. 40 - Selon l'abbé J.-J. DESMET (3), Comines signifie hospice ou hôtellerie ct dérive du mot saxon cuma. Ainsi dans l'Évangile (Luc., II, 7), le mot diversorium est rendu. par cumena-hus, et dans les écrits du vénérable BEDE, un hôpital se nomme cumena- bur. Du verbe cuman vient le flamand komen ou comen.

(I) La Flillzdl'e, année 1881, p. 399 et 400. - Arch. de l'État à Bruges, arch. ecclésiastiques, Domillicaills, documents divers, 1591, na 2710. (2) Mélallges lirés d'mie gra/lae biblioilze'qllc, aris, 1785, L. 168. - (3) Essai P Sill' le ltOlltdes villes et a:s COllllmineSe la Flallare-OcciaCllfalc,inséré dans les a mémoires de l'académie royale des sciences, XXVI, 31.

7
auteurs font dériver Comen, Comene, Comines, d'un autre mot celtique kom, qui signifie vallée profonde. Le mot anglais klm, signifie une vallée entourée de montagnes, et le roman kombe a la même signification. Le mot gascon comba veut dire un endroit profond, et le mot flamand kom, signifie bassin. Les mots celtiques kom dans Comines, et tun ou ton dans \Varnêton, autrefois nommée Warnestun ou Guarnestun, indiquent une situation opposée, le haut et le bas. La situation de Comines est on ne peut plus favorable à cette interprétation: notre ville est encaissée dans une vallée profonde que dominent les collines de Zantvoorde et de Gheluvelt, celles de Warnêton et le Kolemberg de Wervick. L'altitude de Comines-station, d'après le nivellement fait en 1889 par la société Belge de Géodésie, n'est que de vingt mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que celle de \Vervick est de quarante mètres (I). 6° - Une légende attribue à Saint Chrysole le nom donné à Comines. Suivant l'auteur anonyme d'un manuscrit, Saint Chrysole ayant été martyrisé à Verlinghem, arriva à Comines,
50
I(

_ D'autres

portant

le sommet

de sa tête en main et les reliques

de

Saint Pierre sur sa poitrine. Il voulut faire un miracle au bout de la rue de Lille, et èhangea le nom de clochers ou clokiers en celui de Comines ou Comene. S'adressant à une femme qu'il rencontre, il lui dit: femme, voyez une grande merveille....... désormais on appellera cet endroitComene et non plus clokiers

car je viens, ik kom, pour rester avec vous.

))

Cette fable, qui

n'a pas même le mérite de la vraisemblance, indique que son auteur vivait au dix septième siècle, lorsque la restauration du clocher et celle du beffroi, brûlés par les Gueux en 1579, fit donner à Comines le nom de ville aux beaux clochers. Si la fondation de Comines ne remonte pas à une époque antérieure à la domination Romaine, nous dirons avec le savant W ARNKŒNIG (I), qu'on peut sans témérité lui attribuer une origine Romairle. En effet, les mots Cominium, Comines, Viroviacum, Wervick, Minariacum, Merville, etc., tendent à former une pareille preuve, appuyée d'ailleurs sur la découverte

-

(I) BOTIN.

-

SUI' qleelques

Monlements

Celtiques,

etc.

- A. -G. CHOTIN. (2) Histoire

A1walesde la SociétéHistoriquede la ville d'YPres, VII, 226. de Flandre,!.

x
'-'

de nombreuses médailles et monnaies romaines,à Comines et dans les environs, surtout le long de la voie Romaine. En 1514, les échevins de ':Vervick offrirent au célèbre Georges de Halle,yin, un grand nombre de médailles Romaines trouvées dans leur yille; et il y a quelques années les ouvriers qui draguaient la Lys à Comines, en trouvèrent beaucoup dans le voisinage de l'ancien château-fort. Il existait au commencement de ce siècle à Comines-Nord, entre la Lys et la voie Romaine, sur une partie de terre appelée le coutre de \Vartembeke, appartenant autrefois aux seigneurs de Comines, un tumulus, nommé par le peuple le mont Vanoiten. Ce tumulus, nivelé plus tard, était une éminence élevée de main d'homme; il Y avait au centre un puits très -profond, carré, formé de poutres très bien enche. vêtrées. Ce puits était toujours plein d'eau, et les paysans des environs disaient qu'on n'avait jamais pu en trouver le fond. BRU::\' LAVAIK::\'Een a donné une descriptiot\, et BOTIN, (Statistiques du Dép. du NOl'd, année 1814), cite ce tumulus parmi les antiquités druidiques; le docteur LEGLAY (1), lui attribue également une origine Gauloise. Le nom de Vanoiten est probablement celui de l'occupeur du champ, sur lequel se trouvait le tumulus, dont nous devons regretter la~erte. Les eaux de ce puits, situé à quelques mètres de la voic\romaine, devaient servir à désaltérer les soldats romains et leurs chevaux. En 1889, les ouvriers qui creusaient le lit du canal de Comines à Ypres, trouvèrent à quelques mètres de profondeur, les restes de ce puits carré, dont les poutres tombèrent en poussière aussitôt qu'elles virent le jour; au fond ils rencontrèrent des restes de tuiles et des poteries. Ce tumulus s'appelait la motte de Wartembeke, sur laquelle le sire de Wartembeke éleva son castel, semblable au premier château de Comines. Après que ce fief eut fait retour aux sires

-

.

de Comines,

le manoir

féodal disparut,

et en 1601, le puits

devait être recouvert, puisqu'il n'en est pas fait mention dans les instructions données à Guillaume d'üosthoren par Charles de Croy.

I (I) LEGLAY.

.:..-Archives hist. du l'!ord de la France et du Midi de la Belgique, II. - LEURlDAN. Essai Sill'l'HistoircRdi{;imu de la Flatltll'eWallolme, 2. -

-

lVrlweau pl'ogr. d'étudesItist. et areMol. SI(rIe dip. dll Nord, 7.

\)

Après la conquête de la Gaule Belgique, les ;Romains y établirent un vaste système de routes ou voies, dont on trouve encore des traces er: beaucoup d'endroits. Une imniense voie romaine reliait le port de Boulogne à Trèves, passant par Cassel, l'"Ierville, Messines, Comines, Vl ervick, Tournai, Bavai, etc. Tous les Cominois connaissent le grand chemin de Messines, mais beaucoup ignorent que ce chemin, retréci dans beaucoup d'endroits, est l'ancienne route de Boulogne à Trèves. Si la voie ne passe pas plus près de notre ville, c'est que les Romains ont voulu éviter lès marais voisins de la Lys. La seigneurie de La Cauchie ou de La Chaussée, tirait son nom de la chaussée romaine le long de laquelle elle s'étendait. Le nom de Comines n'est mentionné ni sur l' Itinéraire d'Antonin, ni sur la carte de Peutinger, mais le lecteur sait que les Romains dédaignaient de nommer toutes les obscures bourgades, échelonnées le long de leurs voies; celles qui possédaient des relais pour les che\'aux ou un puits, obtenaient quelquefois cet honneur, ct c'est ainsi que 'Vervick ayant un relais, s'y troU\'e mentionnée. Cette voie romaine existait encore en bonne partie dans nos cm'irons au douzième siècle. Dans une charte du comte Philippe, en Il So, par laquelle il fait une donation à l'abbaye

de Voormczeele, nous lisons: Il et xx bunaria juxtâ lapideam stratam. )) Ces mots indiquent clairement une voie empierrée,
qui ne peut être que la voie Romaine (I). Ceux de nos lecteurs qui ne voudraient pas accorder à Comines une antiquité remontant à l'époque Romaine, devront reconnaître que sa fondation date des premiers temps de l'ère chrétienne en Belgique. Le martyre de Saint- Chrysole, dit BUZELIN, montre assez toute l'ancienneté de celieu. Le saint apôtre vint prêcher à Comines, vers l'an 275, et y mourut vers 303. L'auteur des actes de son martyre rapporte que ce saint affectionnait particulièrement notre ville, et qu'il y construisit une église dédiée à Saint Pierre, qui fut la première église catholique de la Flandre. Selon d'autres auteurs, Saint Chrysole aurait trouvé à Comines, un temple dédié aux idoles, et l'aurait converti en église chrétienne. On comprend facilement la prédilection du saint évêque pour notre ville, qui possédait

(1) ClIrol1icon Vorme.elmsc,

p. .p.

10
alors une certaine population et rendait sa mission plus facile et plus féconde. Le développement de la bourgade évangelisée par Saint Chrysole, avait dû s'opérer lentement, et nous pourrions. conclure de là que Comines existait depuis les premiers temps de notre ère. La vénération des Cominois pour leur saint patron, les miracles qui s'opéraient à son tombeau, contribuèrent au développement de l'oppidum qu'il avait convert;à la foi du Christ. Une chose encore à signaler, c'est qu'à ComÙ1~s,comme dans toutes les anciennes villes, les rues principales se. dir:ïgent toutes vers l'église, où elles viennent aboutir comme à un centre commun. Terminons ce chapître en disant quelques mots sur la manière d'écrire le nom de Comines. Les plus anciennes chartes .(les sires de Comines portent Comines tantôt avec une m, tantôt avec deux; tantôt avec un i, tantôt avec un y. D'après ses autographe;; qui nous ont été conservés, Philippe de Comines signait: Commynes. Une charte du douzième siècle porte Chomines; des chartes du treizième siècle portent Cumines. Le religieux de Saint-Denis écrit Cominnes; un manuscrit de la bibliothèque de Tournai, et un autre du château de la Berlière donnent tantôt Comines, tantôt Commines ou Commynes. De nos jours l'usage a prévalu d'écrire Comines avec une m. En Flamand on écrivait aumoyen-âge Comene, et de nos jours on écrit Comen. Plusieurs historiens qui ont écrit en latin, traduisent

CQminespar Cominium, comme J. MARCHANT et SWEERTIUS
comme ROBERT GAGUIN et PAUL ÉMILE;

(I); par Cominœ,
.

dans plusieurs diplômes nos seigneurs s'intitulent : B. de
Comines. Il faut écrire Cominium ; les plus anciennes chartes traduisent Comines de cette manière, comme les actes du martyre de Saint Chrysole, cités par les Bollandistes, et conservés autrefois à Comines, à Verlinghem et à l'abbaye de Rouge -cloître.

~~
(1) Atl!enœ Belgicœ, 20.

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CHAPITRE

II.

->0<Comines depuis l'arrIvée de Sainl Chrysole jusqu1à
BauduiQ

- le -

Barbu.

-----o-Q<>---

(I

Rome est arri"ée au faite de sa puissance, quand une ville

obscure de la ] udée dc\'ient le berc~au de la régénération du monde. Le Christ dit à ses disciples: allez enseigner toutes les nations. Ceux-ci se hâtent d'obéir. Conquérants pacifiques ils se partagent le monde. Pierre et Paul appelés aux bords du Tibre, "ont, dans la "iIle éternelle, sceller de leur sang, le fondement d'une puissance plus durable que celle des Césars

(I). Il Le christianisme grandit dans les persécutions, et bientôt les successcurs de Pierre envoient des apôtres de la religion noU\'clle jusqu'aux extrémités des Gaules. Parmi ces intrépides missionnaires brille au premier rang Saint Chrysole, apôtre et patron de Comines. Tous les missionnaires qui ont prêché la vrai.e foi dans les, Gaules, sont unanimes à dépeindre le caractère féroce de ses habitants. La religion des Gaulois nous est imparfaitement connue. Il est probable, qu'à l'arrivée de Saint Chrysole, nos ancêtres adoraient les dieux des Germains, surtout Thor ou Odin, en mêlant à leur culte les honneurs qu'ils rendaient aux divinités des Romains. S'il faut en croire l'auteur du manuscrit cité au chapitrc précédent, à 'Vervick on adorait Esculape et les habitants de Comines honoraient Saturne) représenté sous

(I) KERVY!\. llist. deFlandre, I, 14. -

12
la forme d'un vieillard place sur un piédestal élevé. Le Dieu portait une longue barbe; il avait un poisson sous ses pieds; dans la main droite, il tenait une corne remplie de fruits, et dans la main gauche une roue élevée en l'air, symbole de l'Éternité. Le culte de Saint Chrysole tient une si large place dails l'Histoire de notre "ille, que nous ne pouvons nous dispenser de donner sa vie et le récit de son martHe. Comme le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas de donner une longue vie de notre Saint Patron, nous nous contentons de traduire les Bollandistes, en plaçant en notes les remarques du savant Père GHESQUIÈRE,Jésuite Courtraisien, qui a écrit, dans les A cta Sanctorum Bclgii, la vie de Saint Chrysole, d'après les manuscrits de Comines et de Rouge-cloître (I). Pour ne pas interrompre lè cours de cette Histoire, nous plaçons la vie du Saint Apôtre de Comines et les notes que nous avons pu recueillir, en annexe à la fin de ce volume; le lecteur y trouvera plusieurs points intéressants et inédits. (V. annexe I). Les Cominois pleurèrent longtemps leur Saint Apôtre. Pour soustraire sa dépouille mortelle aux profanations des payens, ils l'avaient ensevelie avec respect dans la nouvelle église de Saint Pierre, à côté de cet autel de la Sainte Trinité, sur lequel il avait offert son dernier sacrifice. Les fidèles vinrent souvent s'agenouiller sur la tombe du martyr, lui demandant la force de supporter la persécution, et le priant d'intercéder auprès de Dieu pour la malheureuse église des Gaules. Les malades venaient lui demander la guérison de leurs maux. Le Saint pouvait-il oublier ceux qu'il avait enfantés à Jésus-Christ et au milieu desquels il avait voulu mourir? Des miracles nombreux s'opéraient à son tombeau, et soutenaient la constance de ces nouveaux chrétiens, que la persécution et la mort de leur pasteur auraient pu ébranler. Comines grandissait comme grandirent toutes les villes qui se trouvèrent dans les mêmes conditions (I). De nouveaux habitants venaient bâtir
(1) Les religieux de Rouge-c1oilre, près de Bruxelles, avaient un couvent de filles de leur ordre à Lens, (Pas-dc-Calais). L'un d'eux était ordinairement directeur dès chanoinesses de Lens et il aura envoyé à son monastère la vie de Saint Chrysole, dont la collégiale de Lens possédait des reliques très-notables depuis le quinzième siècle. L'abbaye de Rougec1oitre, aujourd'hui dètruite, comptait parmi ses religieux deux hagio-

13
leur maison près de l'humble église ou s'opéraient les prodiges. BientÔt les terres cultivées le long de la Lys et de la voie Romaine, ne suffirent plus, et ks nouveaux venus dùrent défricher de petites portions de la forêt Rumetra, q.ui faisait partie ùe la fameuse forêt Thigabusca (1). Cette forêt immense, pour nous sen-ir de l'expression de MEYER, était appelée par les chroniqueurs du onzième et du douzième siècle, la forêt sans fin et sans miséricorde (2); elJe couvrait tout notre territoire et n'était qu'une ramification des Ardennes. Il est certain que les bords de la Lys furent les pre~11iers défrichés dans la Flandre. Les vastes forêts qui environnaient Comines, servirent plus tard de retraite à une foule de pieux anachorètes, dont les humbles celJules donnèrent naissance à plusieurs monastères après l'expulsion des Normands (3). 407.

-

Comines

se dé\-eloppait

paisiblement

sous la sage
CI des

administration

des Romains,

lorsqu'en

407,

nations

innombrables et féroces, réunies ~ux vandales, inondent les Gaules et ravagent toutes les contrées renfermées entre les Alpes, les Pyrénées et l'océan. Tournai et beaucoup d'autres cités de la seconde Belgique sont dévastées et ruinées. Rien n'échappe à leur fureur)) (-!-). 445. - En 445, les invasions des Francs vinrent causer à notre pays des malheurs incalculables. Clodion, roi des Francs Saliens, s'empare de Tournai où il établit le siége de

graphes: 1° JEAX GILLE)IAXr, mort en 1487, qui composa, a). Hagiologium Braballfillorllln, 2 vol. in fol.; bi. N ovales Sauctorum, 2 yol. in fol.; c). Salldo[c>gilllll, 4 yol. in fol. 2° Le Tournaisien GASP.'\R OPHI:YS, mort en 1523. L'un de ces hagiographes aura écrit 1,1 vie de Saillt Clw)'sole, dont le manuscrit aura été consulté par les bollandistes et qui est perdu aujourd' hui. Qu'est devenu ce manuscrit? Aprés la révolution, les archives de Rouge-cloltre ont été achetées par un lord Anglais. (Voir

GOETIIALS,lectures,
(I) SeIL\YEs.

etc., Brux.,

183;, I, 25, 38\.

.

- (2) MALDR.\XCQ. De Morillis, III, Hb.. IX. - (3) Id., III, lib. I, c. 18. - SCII.\YES.- Il, 120. Les endroits portant le nom de \Voestenc, désert, d'ou \Vaestene, tels que Neder-\Vacstcne, (Bas-vYarnêton), ou Nedcr\\'aestenc onder den bussch, indiquent qu'anciennement remplacement était vague, inhabité, couvert de bois. La principale seigneurie de Ba;\Varnêtol1, était celle de La Bussche, de Buseo. (4) SCH.A.YES. - Cité,

-

Les P. B. Qilallt el cllll'a/lt la domillafioll Romaiue,

II, 425.

II, 113.

-

14
sa domination. Les bords de l'Escaut, de la Lys et de la Scarpe sont affreusement rayagés. Malheur aux localités situées le long de ces cours d'cau ou le long des voies Romaines! (I) Après les Francs, ce sont les Huns, conduits par Attila, qui viennent ravager ce qui avait été épargné par leurs devanciers. En ce temps-là, dit MEYER, à peine échappa-t-il une seule ville dans les Gaules à la rage des Huns.
«(

Ces invasions allaient aider le christianisme

à accomplir

la grande œuvre de civiJisation politique et sociale, que la décadence Romaine rendait nécessaire, mais qui n'était , 'possible qu'après le complet bouleversement de la vieille société. C'était le torrent destiné par la Providence à déblayer le terrain de la civilisation antique et à restituer à la Gaule, par le renversement de l'empire en occident, sa vie indépendante qu'elle ne connaissait plus depuis Jules-César. Dans ces Francs surtout, dans ces farouches ennemis du moment, qui semblaient issus de la colère du ciel, qui ne connaissaient d'autre dieu que les bois, les eaux, les oiseaux et les bêtes fauves, notre Église saluait en mèi-e ses futurs enfants, les instruments prédestinés de sa mission de renaissance (2) ». Des hordes nombreuses de ces barbares se fixèrent en Belgique, et beaucoup de yillages de nos Flandres conservent encore le nom de ces peuplades qui restèrent dans notre pays. Ces ir~cursions répétées causèrent un tort immense à la religion. La plupart de nos contrées, passagèrement éclairées par le christia1'1isme, retombèrent bientôt dans un paganisme grossier, mélange informe des superstitions du Nord et de l'idolâtrie payenne. Un dcmi-siècle avait suffi pour abattre les autels de Thor et d'Odin; deux siècles ne suffiront pas aux moines missionnaires pour détruire la barbarie créée par les invasions. Des hommes courageux vinrent reprendre l'œuvre des Piat et des Chrysole. Saint Éleuthère meurt à Tournai, frappé par la main de ceux que sa sainte éloquence n'avait pu convertir. Il est probable que Comines l'entendit plusieurs fois annoncer les vérités du salut.

(I) LEURlDAN.
LEURIDAN.

-

Essai sl/r l'Histoire de la Flat/a,'e Wallolll/e: p. 9. Essai: etc., p. 12.

-

-

(2)

15
Saint Médard accourt à Tournai pour donner la sépulture à son compagnon; et devient son successeur en réunissant son

siége à celui de Noyon.

«(

Le pieux pontife Médard réunit à
)).

son Église les féroces nations de la Flandre, et pendant quinze ans, bien qu'elles fûssent éloignées de lui, il ne cessa de les

instruire dans le cuIte de Dieu (r)

Le Saint Évêque vint- il

à Comines? Nous croyons qu'il est impossible d'en douter. Il vint prêcher aux peuples qui habitaient les bords de la Lys la doctrine qu'ils avaient embrassée à la yoix de, Saint Chrysole; nos contrées conservent encore le souyenir de ses travaux apostoliques, son culte y est demeuré populaire, Wervick n'a pas jusqu'à ce jour cessé de le vénérer comme son Apôtre et son" Patron. Saint Amand priant à Rome sur le tombeau de Saint Pierre, croit entendre la voix du Prince des Apâtres, qui lui ordonne d'aller prêcher l'Évangile dans les Gaules. Il obéit et au milieu de ses courses apostoliques, il apprend qu'il y a au -delà de
J'Escaut un pays connu sous le nom de Gand. Les habitants de ces lieux oublient Dieu pour adorer des arbres et construire des temples en l'honneur de leurs idâles. La férocité de cette nation avait effrayé les missionnaires au point que personne n'osait y aller annoncer la parole de Dieu (2) )). Mais à la voix

d~Amand, le pays de Gand se dépouille de sa férocité et ses habitants deviennent des chrétiens fen-ents. La sainteté de sa vie et les nombreux miracles qu'il opérait, le firent connaître à toute la Flandre. Il remontait souyent la Lys, et il annonça l'Éyangile à tous les peuples qui habitaient le territoire de Lille, de Douai et d'Orchies (3). 656. - Nous parlons dans l'annexe I de Saint Éloi et de son -voyage à Comines, lorsqu'il yintlever le corps de Saint Chrysole. Le manuscrit que nous avons déjà cité, nous donne à ce sujet un détail ir.édit, qui ne peut reposer que sur une tradition. ~elon l'auteur de ce manuscrit, ]a châsse dans laquelle Saint Eloi aurait renfermé les reliques de Saint Chrysole, avait servi de châsse aux ossements de Saint Martin.

(l)"Vifa Saillt Meda1"di, op. Boll. Acte 55. Jmzii, II,83. - (2) Vita Salldi AlIIa/:di, op. Boll.-Acta 55. Jtl1lii, I, 850. (3) BUZELIN. .11111. Fl., Gall.

-

lib. II, 55.

16
840. - Depuis l'arrivée ùe Saint Éloi à Comines, en 656, nous ne retrouvons plus le nom de notre ville jusqu'à 840. A cette époque Louis -le- Débonnaire, roi de France, a,ccorde à l'Évêque de Tournai, Vandelmaire, pour augmenter les revenus de son chapitre, treize autels ou églises paroissiales avec le di'oit d'y percevoir les dimes: Au nombre ùe ces autels figure celui de Comines (1), et c'est rà l'origine des biens que l'Évêché de Tournai posséda chez nous, jusqu'à la fin du siècle dernier. Deux siècles plus tard, un Évêque de Tournai donnera ces autels au comte de Flandre; les sires de Comines recevront des mains du comte l'autel de Comines, ils le possèderont pendant plus de deux siècles, et en 1250 seulement, ce bénéfice rentrera, non sans difficulté, dans les mains dont il n'aurait pas dû sortir. De cette donation de Louis le Débonnaire, nous pouvons conclure que Comines, au milieu du neuvième siècle, était un bourg ou villa, jouissant d'une certaine prospérité, et que son église paroissiale possédait déjà alors des revenus assez considérables. C'est autour de l'église que se trouvaient les curtes ou exploitations des villici ou habitants du bourg, si souvent détruit par les barbares et toujours rebâti. 879. - En 879, une formidable expédition de Normands vient envahir la Flandre. Tout fuit à leur approche. Ils s'établissent au monastère de Gand, qu'ils fortifient avec soin, et c'est de là que des essaims de ces barbares remontent -la Lys, s'empar~nt de Courtrai, y établissent un camp fortifié et un pont sur la rivière, pour en dé\'aster plus sûrement les deux rives. Partout ils font un horrible carnage. .Les sombres lueurs de l'incendie de VV' ervick, annoncent à nos ancêtres le sort qui les attend. Emportant sur leurs épaules la châsse vénérée de leur Saint Apôtre (2), ils disent un dernier adieu à leurs demeures et fuient dans les forêts voisines, où leur vie pourrait être en sûreté. Pas une maison ne restait debout, partout où passaient. ces terribles hommes du Nord; après avoir pillé tout ce qu'ils rencontraient, après avoir immolé

(I) MEYER.- COl/lpttzd.Chrono Fl., 1538, folio 20. - (2) MARTINL'HER' MITE, p. 7, avance, qu'avant l'invasion des Kormands, la châsse de Saint Chrysole avait été mise en silreté à Cologne, avec celle de Saint Hermès, patron de Renaix,

Ii
tous ceux qui n'avaient pas cherché leur salut dans la fuite, ils.

couronnaient par l'incendie leur œuvre de destruction.
Toutes les bourgades voisines eurent le même sort: Menin, 'Vervick, Comines, Warnêton àu Guarneston, Messines, Ypres, Pupurningahem ou Poperinghe, furent détruites de fond en comble en 882 (r). Lorsque les comtes de Flandre eurent expulsé les Normands, les habitants de Comines qui avaient échappé au massacre, revinrent dans leur villa qu'ils rebâtirent sur les ruines de l'ancienne. Plusieurs chroniqueurs font remonter vers la fin du neuvième siècle la fondation de la seigneurie de Comines par le comte de Flandre Bauduin II, dit le Chauve, qui règna depuis 878 jusqu'en gr8. Ils ne donnent aucune preuve de ce qu'ils avancent, et nous croyons beaucoup plus probable l'opinion de l'auteur du manuscrit déjà cité, ne faisant remonter cette fondation qu'au règne de Bauduin le Barbu. La partie de Comi~es qui se trouve sur la rive gauche de la Lys, comme celle qui est la rive droite, fÙt bâtie au fur et à
882. mesure que les relations de la vVest

-

-Flandre

furent

plus

fréquentes avec la chatellenie de Lille, par le pas ou

<::pont

de

Comines. Bientôt une nie s'éleva depuis le pont jusqu'au ruisseau, qu'on appela dans la suite la Doode-Leye ou MorteLys. Il est certain que le cours d'eau appelé aujourd'hui Morte- Lys, fut creusé de main d'homme, probablement au douzième siècle, lorsque le seigneur fit bâtir un moulin pour la corporation des Foulons qui travaillaient les draps de Comines, très -recherchés par le commerce à cette époque. Ce ruisseau servit en mênie temps de fossé de bourgeoisie. Si la l\'iorte- Lys avait eu sa largeur actuelle en 1382, il y aurait eu deux ponts à Comines, et FROISSART et les autres chroniqueurs qui racontent le passage de l'armée Française par le pas de Comines, n'auraient pas manqué de mentionner ce deuxième pont, qui aurait doublé les .difficultés du passage. Lorsque la rue ùu Faubourg fut bâtie au quinzième et au seizième siècle, on creusa de chaque côté de la rue, derrière

(I) MEYER.-

CompoClll'Oll.Flmid. f.o 24. _. BezELI)<',- Gallo Fl., I, Go.

- I~ERVYX DELETTEXIIOYE, I, IG:3,

18
les maisons, le Poorters - Gracht, où se 'trouvaient encore il y a quelques années les bornes aux armes de la ville. Comme nous le dirons, ce furent d'abord les Malcontents au seizième siècle et ensuite les Gueux, commandés par Lanoüe, qui élargirent et approfondirent la Morte-Lys. Pendant les guerres de Louis XIV, et à la fin du siècle dernier, les Français cantonnés dans la rue du Pont, complétèrent l'œuvre du chef des Gueux.

~

~~~~~~~~1~~;~~~~~~~~

CHAPITRE
---"-=:~~-

III.

Comines sous BauduiQ IV J dit le BarbuJ

988-1036.
Q.....

-.~ --=-..=

,.,-

..4J

L'auteur anonyme du manuscrit que nous avons cité ne fait remonter l'établissement de la seigneurie de Comines qu'au règne de Bauduin le Barbu, et nous croyons qu'il est dans le

vrai.

I(

Baldwin le Barbu fut le premier qui créa des nobles et

des chevaliers en Flandre. II leur donna des domaines et des châteaux et leur confia la garde des villes (r) )). Bientôt, dit KERVY~ DE LETTE~HOVE(2), la féodalité s'établit; aux cam'" bats succède une puiss"ance fondée sur la conquête; le chef de guerre se bâtit une forteresse et devient châtelain. Dès lors les choses se modifient comme les noms. Les gasals ou compagnons deviennent vassaux, trop heureux s'ils obtiennent
quelqu'arrière

- fief;

les

uns

rélégués

dans

les métairies

rustiques, ne tarderont pas à se confondre dans la condition des serfs; les autres relevant, autour de la forteresse du château, les murailles ruinées de la cité, renoncent aux armes pour se livrer au commerce. Mais dans ces positions humbles et obscures, les uns et les autres ne tardent pas à subir le joug des hommes puissants... qui se nomment les hommes puissants par excellei;ce, c. à. d., les barons, (ber, baro, vir). Ce serait donc le comte Bauduin le Barbu qui aurait, à la fin du dixième siècle, détaché du comté de Flandre et donné en fief) une certaine portion de terres cultivées et de bois,
(x) CorpllsClll'Oll. la1tdl'ia,I, 13. F

-

(2) KERVYN,Rist. de Fl., II, 23.

20
qui formèrent plus tard la seigneurie, la ville et l'échevinage de Comines. Il est évident que BURCHARDDE COMINES, dont nous allons parler, était seigneur de Comines, et comme son nom' l'indique, (Burchard ou Busschaert), forestier de cette partie de la Flandre (r). Ce territoire était vaste; il comprenait Bas-Warnêton, Houthem, Zantvoorde, etc., avec la paroisse de Comines, qui est très -étendue, car depuis les confins de Quesnoy jusqu'aux limites de Gheluvelt, il faut trois heures de marche pour la traverser. La seigneurie de Comines fut morcelée à son tour en une foule d'arrière-fiefs que le seigneur distribua à ses vassaux. Jusqu'à la fin du siècle dernier, près de 300 fiefs et arrière fiefs relevaient de la cour féodale de Comines, soit qu'ils fùssent situés à Comines même, soit qu'ils se trouvâssent dans d'autres localités. Comme. tous les seigneurs féodaux de son époque, le premier sire de Comines, dont l'Histoire ne nous a pas laissé le nom , se bâtit un château-fort, sur le même emplacement qu'occupait celui qui a été rebâti en r384. Il était situé comme ceux d'Halluin, de \Vervick, de vVarnêton, près de l'église et le long de la Lys, pour empêcher les ennemis de remonter ou de descendre la rivière. Dans son château-fort le chef féodal était à l'abri de toutes les attaques qu'on pouvait lui livrer. Voici comment ces forteresses étaient construites: un fossé très -large et très -profond dans lequel venaient se confondre les eaux de la Lys,. entourait un rempart de terre fort élevé et de forme circulaire. Sur la plate-forme était bâtie la maison du seigneur. Un retranchement formé de grosses poutres carrées, flanqué de larges tours, entourait ce rempart. Pour arrivèr à la demeure seigneuriale, il n'y avait qu'un pont trèsétroit et fort élevé, qui reposait sur de longs madriers enfoncés dans le fossé. A l'approche des ennemis on levait ou on détruisait une partie du pont, et une grêle de traits partie des tours du château, tombait sur les assaillants et les empêchait d'en approcher de trop près.

-

(I) Burchard était probablement un officier du forestier d'Harlebeke, qui avait l'intendance de la Forêt de la Lys, le Lisgtlllw, dont le centre parait avoir été le château d'Harlebeke. Les forestiers étaient chargés de recueillir le céns qui se payait au souverain, de poursuivre les serfs rebelles ou fugitifs, etc. - V. KERVYN,Rist. de Fl., I, II7, IIg, I20. Après Burchard nos sires portérel1 t, de père en fils, le nom de Balldllin, Baldwin, mot saxon qui signifie hm'di.

21
Quel nom portait le premier seigneur de Comines, père de BURCHARD DE COMINES et de ses frères? LE CARPENTIER, se fondant sur le témoignage de GÉLIC, l'appelle LAMBERT DE Co MIXES , mais il n'apporte aucune preuve à l'appui de son dire. Comme tous nos seigneurs qui succèdent à Bouchard ou Burchard, portent le nom de BAUDUIN, (BALDUINUS), nous serions tentés de l'appeler BAUDUIN I DE COMINES; cependant comme aucune charte connue jusqu'ici n'a fait la lumière sur ce point, il yaut mieux laisser le champ libre aux conjectures. Nous suinons l'ordre tracé par le savant Monsieur LEURIDAN, dans ses recherches sur les sires de Comines. de notre ville en 882, nous ne 990. - Depuis la destruction rencontrons qu'un seul personnage de Comines, avant la fin du dixième siècle. D'après SANDERUS (I), le seigneur de Comines aurait marié sa fille, ALIX DE COMINES, vers 990, à un chevalier nommé Georges, de la célèbre famille de Schoorisse ou d'Escornaix, près d'Audenarde, et elle lui aurait porté en dot la terre de Zantyoordc, éclissée de la seigneurie de Comines. Georges V anden'ichte d'Escornaix était vicomte d'Erbodeghem, seigneur de Cruyshauthem, de Machelen, de Lokeren, etc. Le diplôme cité par SANDER US, ne nous fait pas connaître le nom du père d'Alix. 1024. - En 1024, le fils du comte de Flandre Bauduin IV, s'était réyolté contre son père, mais il avait été défait et s'était sincèrement soumis au vieux comte. Afin que le souvenir de ces déplorables diyisions fùt complètement effacé, une assemblée solennelle fut tenue à Audenarde. En présence de l'éyêque de Tournai et de N dyon, on apporta processionnel1ement les reliques des Saints les plus vénérés dans la Flandre; celles de Saint Chrysole y parurent avec les autres (2). La paix fut proclamée et tous les nobles jurèrent de la respecter.

.(1) Res 1'1r.::nses,Flandria Ill. art. Zantt'oorde, p. 379, éd. de 1735. Il Y a des renseignements curieux sur la seigneurie de Zantvoorde, dans un registre consen-é aux archi es de Comines. - N., que nous désignons dans la suite, sous le nom de COllI'féodale de Cemit/es. Voici le titre de ce registre: le)' s'cnsuiventlesfiefs tmlls de la cOllr féodaleet CMtcaf! e Comims, d situet taut alld Comines, clzastellmie d'Ypres et de Lille, Houtlmn, Bas- Wa:'nit01l, 1V)'fschaete, .Za1dvoordè, Hollebeeque, Ghelm;elt, Zillebecque, Wet'vicq, Morse!!e, Su;eveteele, Linselle, Bousbecque, Frelillghim, Prttl/esques, Bailleul, Bruges et quartier d'Ostellde, qu'ailleurs, etc. (2) KERVYN,Hist. de Flalldre, I, 234'

-

22
1027.

-

Nous rencontrons

encore le nom de Comines en

1027. C'est la dâte de la donation de l'autel de Comines au comte de Flandre, par l'évêqùe de Tournai Harduin. Voici à quelle occasion fut faite cette libéralité. Monseigneur Harduin avait été nommé évêque de Tournai ef de Noyon vers l'an 1000. Il gouvernait paisiblement son double diocèse depuis 27 ans, lorsqu'un édit de Robert, roi de France, le força de chercher un asile à la cour du comte de Flandre. Le roi possédait à Noyon un château-fort, qui touchait.à l'église de Notre - Dame et à la maison épiscopale. Homme dur et arrogant, le commandant de la forteresse opprimait le peuple et le clergé. Pour se débal'asser de ce gouverneur et de la tyrannie qu'il exerçait sur eux, les habitants de Noyon profitèrent de son absenc'e pour incendier et démolir le château. C'était l'évêque Harduin' qui leur avait conseillé ce parti violent. Aussitôt qne le roi l'eût appris, il en fut si offensé qu'il bannit l'évêque et confisqua ses revenus. Réfugié à la cour de Bauduin le Barbu, dont le crédit était grand auprès de Robert, Harduin lui fit des présents considérabIes, lui donna, entr'autres, le patronage d~ treize églises, parmi lesquelles, dit BUZELI~ (1), brillait entre toutes l'église de Comines. D'après la convention conclue entre Harduin et le comte de Flandre, les autels cédés devaient rentrer dans les mains des évêques de Tournai après quatre générations, mais malheureusement elle né fut pas observée par les successeurs de Bauduin le Barbu. HÉRIMA::-i, Abbé de Saint Martin, auteur d'une chronique de Tournai, nous rapporte que les vassaux de Bauduin IV demandèrent ces autels à leur suzerain comme récompense de leurs services. Ils obtinrent ce qu'ils deman.

daient, et ils allèrent même jusqu'à en donner une partie à
leurs propres vassaux: Le manuscrit déjà cité assure qu'en ce tèmps l'église de Comines aurait possédé déjà « les dismes du lieu de Frelinghien. » Dans la guerre qui eut lieu entre le roi Robert et le comte de l'landre pour le retour d'Harduin à Noyon, le seigneur de Comines aurait obtenu l'autel de Comines, comme dédommagement des frais qu'il avait faits pour lever des troupes et marcher sous la bannière du comte.

(I) Am/ales Galw-Flalldr., 155.

23
Le seigneur de Comines, d'après le même auteur, serait entré en possession de ce bénéfice l'année même de la fuite de l'évêque Harduin à la.cour de Flandre. Un fait certain, c'est que le patronat de la collégiale de Saint Pierre resta dans la maison de Comines jusqu'en 1250. Le même auteur se basant sur les termes de la convention faite entre Bauduin IV et son auguste hôte, conclut que le premier seigneur de Comines était un fils illégitime du comte de FJandre. Les autels, dit-il, n'ayant été donnés que pour quatre générations, il n'est pas probable que le comte ait accordé celui de Comines à titre de donation ou de grâce, puisque la durée de ces .quatre générations, était inséparable de la maison ou de la famille du comte de Flandre. Cette durée, continue -t-il, ne pouvait donc se rapporter à une génération d'une maison étrangère, et il parait évident que BAUDUIN DE COMINES, qui rendit à Walter, évêque de Tournai en 1250, le droit de conferer les prébendes de l'église de Comines, descend de Bauduin le Barbu. Le passage d'HÉRIMAN cité plus haut, détruit cette ass,ertion. En outre, VREDIUS, qui donne avec tant de soin la descendance légitime et iHégitime de nos comtes, ne signale aucun sire de Comines comme bâtard de Bauduin IV. Si Bauduin de Comines ne rend à l'évêque Walter le droit de conférer les prébendes que par pure aumône, c'est qu'à cette époque la . possession valait titre, et que dans ces temps troublés, où le droit ne pouvait jamais rien contre la force, nos seigneurs se re.gardaient comme les maîtres légitimes d'un droit que leur maison possédait depuis plus de deux siècles.

~~

~~~~~~~~~~~~.

CHAPITRE
~,,~

IV.

Comines sous

BauduiQ

V J dit de Lille J

1036-1067,
el sous Bauduiç VI J dil de Mons J

1067 -1070.

~-~
Dè~ que Bauduin V, fils rebelle et turbulent dans sa jeunesse, fut arrivé au pouvoir, il devint un prince sage et habile. On le nomma Bauduin de Lille, parce qu'il affectionnait particulièrement cette ville. Nous n'avons trouvé, sous son règne, aucun fait qui intéresse la ville de Comines, mais nous rencontrons plusieurs personnages portant le nom de Comines; ce sont probablement les fils du premier seigneur de Comines. 1047. - 1. ALARD DE COMIXES, signe en 1047, comme témoin, une charte de l'abbaye de Marchiennes. J'ai négligé cette charte, dit Monsieur LEURIDAN(1), comme dépourvue de toute authenticité. II. GUILLAUMEDE COMINES, devint le premier seigneur connu de Warnêton; ce fut lùi qui bâtit ou occupa cet antique château dont qn voit encore les vestiges à l'embouchure de la Douve. Guillaume reçut-il de son père le fief de Warnêton, ou bien son épouse Phagala le lui avait- elle apporté en dot? Nous penchons pour la première opinion. Le père de Guillaume avait reçu de Bauduin le Barbu de vastes possessions aux environs de Comines; Bas-"\Varnêton lui appartenait en entier,
(I) LE CARPENTIER; - Rist.-de Cambrai, Preuves, p. 6. R~chçrcllçs~lfr lç$$ires rfçComi/lesl Lille, 1880, p. ~.

LEURIDAN.-

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et jusqu'à la fin du siècle dernier, une prairie enclavée dans le glacis du château de ~Tarnêton, releva de la cour féodale de Comines. Le fief de "\Varnéton aura été éclissé de la seigneurie de Comines, comme celui de Zantvoorde. Quoiqu'il en soit, JEA~ DE COLMIEU, auteur de la vie du bienheureux éyêque de Térouanne, fait le plus grand éloge dcs ycrtus et des éminentes qualités de GUILLAUME DE Co MI::-\ESet de son épouse PHAGALA. Leur plus beau titre de gloire est d'ayoir donné naissance vers 1050 à un fils qu'ils nommèrent JEA::-\, et dont la sainteté devait un jour illustrer la famille de Comines et la yille de 'Varnêton. A peine JEAN fut-il en âge d'étudier, que ses parents le confièrent aux meilleurs maîtres de ce temps, à Jean d'Utrecht et à Ives de Cnartres. Il se destina de bonne heure à l'état ecclésiastique et devint, avec LAMBERT DE COMIXES, chanoine de la nouvelle collégiale de Saint Pierre à Lille. Il se retira ensuite à l'abbaye de Saint Éloi, près d'Arras, mais il fut forcé par le Pape d'en sortir, pour occuper le siége épiscopal de Térouanne. Monsieur GODEFROY- :\IEXILGLAISE, dans ses notes sur la chronique de Hainaut, par GILBERT DE Moxs, nous dit que JEAN DE COMI::-\ES, élu évêque de Térouanne en 1099, est qualifié . linguâ latinâ, rornanâ ct theutonicâ adprimè eruditus » (I). En 10<)9, le bienheureux JEAN DE COMINES, plus connu sous le nom de JEAX DE 'V ARXÈTON, après avoir pris possession du siége de Térouanne, donne à l'abbaye de Saint Bertin (2), ci Saint Orner, l'autel de Bas -'Varnêton, et sa donation est approuvée par le Pape Honorius en II27 (3). Dans le cartulaire de l'abbaye de Saint Pierre de Loo, (1093-1794), publié par LÉoP. VAN HOLLEBEKE, Brux. 1870, nous lisons p. XVII, que JEAN l DE COMIXES, évêque de Térouanne, se rend en 1100 à Loo. L'en-tête de la charte numéro II, porte: Lettres par lesquelles JEAN l DE COMINES, éyêque de Térouanne, déclare avoir fait la dédicace de l'église de Saint Pierre, 1100, et au numéro V: Lettres de JEAN DE èOMINES, évêque de Térouanne, approuvant la çonstitution monastique de l'abbaye de Loo. SA::-\DERUS, dans sa nomenclature des évêques de

(I) Mém. de la sociétéhis!. et lift. de Tournai, XV, 24-6. et Duralld, Thesatl1'lISnovor. Anced., Paris, 1727, p. 5g8.

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(2) Dom Mar!è1,e (3) Ibid., p. 708

et 630.

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Térouanne, dit en termes exprès que JEAN DE COMINES était fils de GUILLAUME DE COMINES: «( filius Guillelmi Dynastre Cominiensis )) (I). Ce n'est donc pas sans fondement qu'on le dit issu de la maison de Comines. En IIIg, il donne l'autel de Guarnestum, où son père et sa mère étaient inhumés, à l'abbaye de Saint Bertin (2), pour la rémission de ses péchés et de ceux de ses parents. Sa grande piété, ses rares vertus et les miracles qui s'opérèrent à son tombeau, le firent élever au rang des Bienheureux. Il mourut le 27 Janvier II30, après 31 ans d'épiscopat. III. ROBERT DE COMÜŒS figure dans l'Histoire de la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, et le savant historien JOHN LINGARD, Fappelle ROBERT DE CUMIN. Robert le Diable, duc de Normandie, venait de mourir en Asie, après avoir désigné pour son successeur son fils naturel Guillaume. Comme la Normandie servait de rempart à la Flandre, Bauduin de Lille défendit le jeune duc contre tous ses ennemis et lui donna sa fille Mathilde en mariage. Il était régent du royaûrne de France, lorsque le trône d'Angleterre devint vacant par la mort du roi Édouard. Guillaume de N ormandie, qui pouvait y faire valoir des droits, prépare une formidable expédition dans le port de Saint Valery-sur-Somme. Il avait fait UI}appel aux hommes d'armes de la Flandre. A sa voix beaucoup de guerriers Flamands vinrent se ranger sous sa bannière, résolus de partager sa fortune et ses périls. Parmi les chevaliers qui lui offrirent leur épée, nous remarquons ROBERT DE COMINES, qui allait chercher en Angleterre, des fiefs que sa naissance lui refusait sur les bords de la Lys. La flotte Normande mit à la voile. et vint aborder sur la plage de Pevensey: la bàtaille d'Hastings livrée le 14 Octobre 1066, livra toute l'Angleterre à Guillaume et à ses compagnons. La duchesse Mathilde protégeait les chevaliers de sa nation et .elle leur fit donner des fiefs considérables, inscrits dans le fameux Domesday- Book. ROBERT DE COMINES devint comte

(I) Flandr. Ill., II, 3gI. - (2) Ca1't.de l'aM. de 5. Bertin, Paris, 1841, p. 238, Coll. de doctC1l1. sltr Z'Ttist. eFrance. - (3) Vie des55. aveclesnoies inéd. d de Mgr. De Ram.. - Acla 55. aft. Boll., 27 Jan., II, 794. - L'abbé HAIGNERÉ, savant éditeur des Charlesde 5. Berlin, S. Omer, 1886, p. le LXI, l'appelle également Jçan de Comi1lcs.

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de Dunelm, car, la troisième annee de son règne, le roi \ Guillaume lui avait donné le comté de Durham, et Robert, avec 6 ou 700 chevaux s'était hâté d'en aller prendre posses-

sion.

((

Ce serait une étude pleine d'intérêt, dit le plus grand

historien moderne de la Flandre, que de suivre dans leur rapide élévation les leudes de Bauduin, devenus comtes de Guillaume; les uns fortifient des châteaux, à l'ombre desquels le Saxon, privé de la liberté, languit tributaire; les autres expiant, par des désastres et des malheurs, les iniques bienfaits dont ils furent comblés. ROBERT DE COMINESavait reçu la périlleuse mission d'aller occuper la cité de Dunelm, où reposait Saint Cuthbert, protecteur vénéré de la race AngloSa.\':onne. En vain l'évêque Eglielwin l'engage-t-il se conduire avec prudence. Qui oserait m'attaquer? se contente de répondre le nouveau comte de Northumberland. Pendant la nuit des feux s'allumèrent sur les hauteurs de la Tyne; les Saxons s'armaient de toutes parts. Ils incendièrent la maison dans laquelle
s'étaicnt rctranchés les Normands. (29 J anvièr 1069) » (I).

Lcs Normands épuisés par les fatigues de leur marche et par les débauches de la nuit précédente, tombèrent pour la plupart sans résis~ance, victimcs de la fureur de leuts ennemis; le reste sc retire précipitamment près du chef au palais de l'évèquc. Pendant quelque temps ils arrêtèrent et combattirent aux portes et aux fenêtres ceux qui les poursuivaient, mais bientôt lc palais fut embrasé, et COMIXESavec ses compagnons d'armes, périt dans les flammes. Deux d'entr'eux seulement échappèrent au massacre (2). IV. S'il faut en croire la généalogie de la maison de GOETHALS(3), Robert n'était pas seul de sa famille dans cette expédition en Angleterre. Un parent, probablement son neveu, l'accompagnait; c'était BAUDUINDE MUDE, fils d'Arnould II et de JEANNEDE CO?'lINES.Arnould Boni Colli, sire de Mude, est cité parmi les seigneurs qui prirent part à la guerre de treize ans, soutenue par le comte de Flandre et le duc de Lothier, contre l'empereur Henri III, et terminée par le traité de Cologne en I057. Il est mentionné aussi dans une charte de donation faite par le châtelain de Gand à l'abbaye de Saint-

Comines,p. 2. -

(I) KERVYX.- Hist. de Fl. (3) POPLnlOXT.

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(2) LEURIDAN. Recherches sllr les sires de La Belgiqlle Héraldiquc, v. 38 -40.

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Pierre en 1065 (I). JEANNE DE COMINESlui aurait donné trois fils: Bauduin, cité plus haut, Gerem Bonicolli, sous prieur de l'abbaye de Saint-Bavon, mort en II07, et Jean Bonicolli, qui se serait fixé à Courtrai, et dont le fils Juste, célèbre par le duel qu'il soutint à Ypres en lII6, ayant pour champion Bauduin à la Hâche, aurait pris le nom de Goethals. J'aurais désiré pour cette note, dit Monsieur LEURIDAN, une autre garantie qu'un dire de généalogiste. V. Suivant CARPENTIER, un LAMBERTDE CO~HNES, aurait été le père de BURCHARDou BOUCHARDDE COMINES,.qui, l'an 1083, souscrivit une charte de Gérard, évêque de Cambrai, donnant des biens à l'abbaye qu'il avait transférée de Tronchiennes à Grammont (2). Nous rencontrons à la même époque un autre LAMBERTDE COMINES,qui est peut-être t'e même que le précédent. En face de la résidence féodale qu'il s'était fait construire à Lille, le comte Bauduin V voulut aussi élever un splendide édifice consacré au culte de Dieu, et y institua un collége de chanoines qui devint célèbre sous le nom de chapitre de Saint Pierre. Commencée vers 1055, l'église de Saint Pierre de Lille fut consacrée le 2 Août 1066 aveç beaucoup de solennité, par Bauduin, évêque de Tournai et de Noyon, assisté des évêques de Térouanne et d'Amiens, en présence du royal pupille du.fondateur, du fondateur du chapitre, des dignitaires ecclésiastiques et des plus puissants seigneurs de la contrée. On apporta à Lille, pour cette cérémonie, toutes les reliques des Saints du pays, et une portion de chacune d'eItes reste à la nouvelle église (3). La châsse de Saint Chrysole y parut avec celles des autres Saints de la Flandre, mais parmi les nobles chevaliers accourus à cette solennité, nous n'avons rencontré nulle part le nom du sire de Comines. Le père de Bouchard était-il en expédition, était-il trop vieux, ou bien était-il mort en 1066? ou bien LAMBERT DE COMINES, qui figure parmi les nouveaux chanoines de la nouvelle collégiale, est-il le père de Burchard, qui aurait embrassé l'état ecclésiastique après la mort de sa femme?

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(I) A cette date on ne trouve pas de charte du châtelain de Gand, ni dans DUCHES~E, Preut'es de la JI/faison de Galld, ni dans VAN LOKEREN, Chartes de l'abbayede Saint Pierl'e de Galid. - (2) MIRŒUS,Ill, IS, S. Boehardi de Cemines. - (3) LEŒIDAN, Essai sur THist. Rclig. de la FI. Wallouue, 37.

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Quoiqu'il en soit, Bauduin de Lille avait composé le chapitre de Saint Pierre des hommes les plus distingués par leurs vertus, leur science et leur naissance. LAMBERT DE COMIXES avait préféré le repos et le calme du sanctuaire à la ,;e agitée des camps. BUZELIN nous apprend que ce LAMBERT est le plus ancien membre de la maison de Coinines qu'il ait rencontré dans ses recherches, et il l'appelle « une des lumières de l'église de Lille (I) )). Ce n'était pas seulement à Lille que son nom était célèbre, les villes étrangères le recherchaient aussi. A la mort de l'évêque d'Arras Gérard II (rog2), le peuple et le clergé se divisèrent sur le choix de son successeur: il y eut à ce sujet de longues querelles, pendanf lesquelles l'église d'Arras réussit à recouvrer son indépendance et obtint un évêque particulier. Le consentement du Pape Urbain avait été obtenu, et ceux d'Arras avaient fixé au ro Juillet Iog3 l'élection du nouvel évêque. Les prêtres les plus recommandables par leur vertu et par leur science avaient été priés de se rendre au chef-lieu du nouvel évêché, et le chapitre de Lille avait reçu une lettre très -pressante, par laquelle on lui demandait d'y envoyer trois de ses membres. LAMBERT DE COl\:1IXESfigure parmi les délégués, mais ce fut Lambert de Guines, chantre de la collégiale de Lille, qui obtint la majorité des suffrages, et qui choisit pour son archidiacre JEAN DE COMIXES ou de \\7 ARNÊTON, son cousin, futur évêque de Térouanne. Je ne sais, dit Monsieur LBURIDAN (2), sur quel fondement JACQUES LEGROUX dit que Lambert de Guines,élu en rog3 et mort en II 15, sortait de l'illustre maison des sires de Comines, mais ce qui est certain, c'est que le nouvel évêque d'Arras conserva toujours d'étroites relations avec LAMBERT DE COMINES. Nous en avons une preuve dans une lettre qu'il écrivit en IIII au chapitre deLille et dans laquelle il lui accorde certains priviléges, grâce à l'amitié et à l'intervention de notre pieux concitoyen: ccprotuâ etiam, dilecte in Christo frater, LAMBERTE DE COMINES, et quorumdam patrum nostrorum interventione, conceda ecclesiœ B. -Petri de Insulâ

a1tare de Moncellis

)).

C'est le dernier document que nous.

ayons rencontré sur le chanoine LAMBERT DE COMINES; la date de sa mort nous est inconnue. (1) BUZELI~, lIIl. Gall. Flandr., I, 22. A
Comilles, 4. (2) Reclierc1tesSI/r les sim de