Histoire de l'émigration kabyle en France au XXème siècle

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296347687
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Karina SLIMANI -D IRECHE

mSTOIRE

DE L'EMIGRATION

KABYLE

EN FRANCE

AU XXe SIECLE

Réalités cultuI"elles et politiques et réappropriations identitaires

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ Éditions l'Harlnattan, ISBN: 2-7384-5789-4

1997

"J'ai fini par acquérir la conviction que l'acculturation vue ou subie par les acculturés, on ne saurait probablement jamais ce qu'elle est exactement. Quand par hasard, un de ceux qui en sont l'objet est en mesure d'en parler, c'est qu'il a déjà passé la barre. Quand un indien peut décrire l'acculturation de sa tribu et la contester énergiquement, c'est qu'avec lui, le projet de l'acculturation est achevée; c'est au moment de mourir que le cygne chante."

(MOULOUD

MAMMERI)

A tous ceux qui ont cru à un ailleurs prometteur A Sabri, afin qu'il n'oublie pas.

LISTE

DES SIGLES

UTILISES

ACB: Association Culturelle Berbère AEB: Association des Étudiants Berbères AJB: Association des Juristes Berbères AML: Amis du Manifeste de la Liberté BEB: Bulletin des Etudes Berbères CGT: Confédération générale des Travailleurs CNRS: Centre National de la Recherche Scientifique CM: Commune Mixte COA: Compagnie des Ouvriers auxiliaires CPE: Commune de Plein Exercice EHESS: Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ENA: Etoile nord-africaine FACAF: Fédération des Associations Culturelles Amazigh de France FAS: Fonds d'Aide Sociale FFS: Front des Forces Socialistes FIC: Fonds d'Intervention Culturelle FLN: Front de Libération Nationale GCE: Groupement Communiste Emigré GEB: Groupement d'Etudes Berbères GCA: Gouvernement Général d'Algérie INA: Institut National de l'Audiovisuel INALCO: Institut National de Langues et Ci vilisations Orientales INED: Institut National d'Etudes Démographiques INSEE: Institut National de Statistiques et des Etudes Economiques MCB: Mouvement Culturel Berbère MTLD: Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques PPA: Parti Populaire Algérien PUA: Parti de l'Unité Algérienne SFIO: Section Française de l'Internationale Ouvrière SMA: Scouts Musulmans Algériens RCD: Rassemblement pour la Culture et la Démocratie UPA: Union du Peuple Amazigh

PREFACE
Même si leur existence et leur identité propre ne sont pas toujours clairement perçues par l'opinion et les observateurs français, les Kabyles constituent l'une des plus importantes et des plus anciennes communautés d'origine étrangère en France. Confondus dans l'ensemble de l'immigration maghrébine, les Kabyles (et les autres berbérophones) font partie, dans la catégorisation courante, de la population dite "arabe" (ou maintenant "beur"). L'instrument juridique de la nationalité tend évidemment à accentuer cette indistinction puisqu'ils sont décomptés comme Algériens ... ou Français. Et les recensements de la population en France ne s'intéressent pas ~ la langue maternelle des enquêtés. Les Kabyles sont ainsi l'une des nombreuses populations fantômes qui peuplent la France. D'autant que les Kabyles, comme leurs homologues maghrébins, ont longtemps été presque exclusivement des travaill~urs. De ce fait, l'émigré/immigré appartenait avant tout, pour l'Etat français, le patronat et les sciences sociales, au genre Homo oeconomicus. ç'est d'abord en tant que force de travail se déplaçant entre deux Etats qu'il a longtemps été appréhendé. Et pourtant, les Kabyles sont nombreux en France et ils y sont depuis longtemps! Car c'est la Kabylie qui a fourni les premiers contingents d'émigrés nord-africains en France. Le mouvement migratoire commence après l'écrasement de l'insurrection kabyle de 1871 et devient significatif au début du xxème siècle. En 1914, on compte déjà 13 000 Algériens en France, dont plus de 10 000 sont originaires de Kabylie. Le patronat français est alors très vite friand de cette main-d'oeuvre docile et acharnée au travail; en 1906-1907, on fait venir des Kabyles pour briser la grève des ouvriers italiens (!) dans les huileries et les savonneries de Marseille. La première guerre mondiale, par la mobilisation et la réquisition des travailleurs coloniaux, va accélérer cette mobilité.

L'émigration algérienne atteindra 212 000 personnes en 1954, dont plus de la moitié est kabyle. Après l'indépendance de l'Algérie, le mouvement migratoire va s'accélérer; de 350 000 personnes en 1961, on atteint près de 900 000 personnes environ en 1975, après les décisions algérienne (1973) et française (1974) d'arrêter l'émigration/immigration. On sait qu'après 1962, l'émigration algérienne devient de moins en moins kabyle. Les Kabyles continuent à quitter la Kabylie, mais plutôt pour aller s'installer dans les grandes villes du pays, à Alger surtout: l'émigration traditionnelle externe est ainsi remplacée par une émigration interne. Sans qu'il soit possible d'être trop précis dans l'évaluation, on peut néanmoins être sûr qu'actuellement, entre 30 à 40% de la population d'origine algérienne installée en France est kabyle. Si l'on tient compte des différents segments de cette population (résidents algériens + Français d'origine algérienne), il est probable qu'il y a en France autour de 800 000 Kabyles. Un chiffre énorme et, pourtant, nous n'en savions que peu de choses! Ainsi le livre que nous propose Karima Direche-Slimani manquait indiscutablement dans l'abondante bibliographie consacrée à l'émigration/immigration en France. Certes, la documentation dans le domaine de l'immigration d'origine maghrébine s'est considérablement enrichie et diversifiée depuis une trentaine d'années au point qu'il existe désormais des instruments bibliographiques spécialisés. Certes, la Kabylie et les Kabyles dans le phénomène migratoire ont déjà bénéficié d'observations et d'études particulières. Mais il ne s'agissait jusqu'à présent que de coups de projecteurs partiels, d'études focalisées sur un ~spect, un canton particulier, de témoignages sur des expériences individuelles. En fait, le livre de Karima Direche-Slimani offre la première approche historique solidement et précisément documentée, de l'émigration kabyle en France. Son cheminement est méthodiquement articulé en trois grandes parties qui proposent chacune une synthèse sur l'émigration en France: - Les Kabyles dàns le flux migratoire (histoire, géographie et quantification); - Les groupements politiques kabyles en émigration: analyse de discours et pratiques berbéristes; 2

- Les données actuelles: la vie associative, les jeunes générations et la culture berbère, avec notamment des enquêtes originales auprès d'une population de lycéens et dans le milieu associatif. Comme on le voit, il ne s'agit pas seulement d'un travail d 'histoire sociale, mais aussi d'une histoire culturelle des Kabyles en France: qu'est devenue l'identité berbère en France, comment les générations successives l'ont-elles gérée, quels discours les intéressés produisent-ils sur eux-mêmes?... Je soulignerai donc l'importance et l'utilité du livre deKarima Direche-Slimani. D'autant que le champs d'investigation était difficile, et l'accès aux sources souvent problématique. Sa rédaction lui a imposé des recherches longues et aléatoires dans les archives officielles françaises, dans les archives associatives et partisanes, presque toujours tronquées, évanescentes et peu fiables; le recueil de témoignages individuels aussi, souvent imprécis et/ou orientés... car le terrain étudié est encore un lieu d'enjeux idéologiques et politiques très âpres, tant du côté français que du côté algérien. Et, bien sûr, il supposait une approche pluridisciplinaire, à la fois historique et sociologique. Les résultats obtenus, l'ampleur et la diversité du travail de dépouillement et d'enquête effectué, sur des terrains parfois très sensibles, sont, je crois, tout à fait remarquables. Le champ couvert était donc vaste et innovant par rapport aux travaux antérieurs consacrés à l'immigration maghrébine. Et les résultats sont à la hauteur des ambitions car pour la première fois, on nous propose un panorama très complet de l'immigration kabyle dans son rapport à la langue et à la culture berbères, c'est à dire dans ce qui fait qu'elle est une entité socioculturelle spécifique. Karima Direche-Slimani a, pour reprendre I 'u~e de ses formulations, largement réussi à "reconstruire le puzzle" d'une immigration presque totalement occultée jusque-là, fondue dans le grand ensemble indistinct de l'immigration maghrébine (et "arabe" !). Assurément, Karima Direche-Slimani a accompli là un travail de défrichage et de désoccultation d'un très grand intérêt. Son livre sera, à n'en pas douter, une référence pour quiconque voudra savoir qui sont les Kabyles en France. Salem Chaker (INALCO, Paris)

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INTRODUCTION Tout semble avoir été dit et écrit sur l'immigration algérienne en France. Ces dernières années ont vu apparaître sur le marché de l'édition un foisonnement d'ouvrages, d'études, de travaux universitaires, d'essais éclairant la question sous différents aspects (économique, juridique, sociologique, culturel, politique, historique, psychosociologique...)__ La question de l'immigration algérienne paraît avoir été décortiquée, disséquée, examinée avec un soin minutieux dans toutes les disciplines et sous tous les éclairages possibles par des chercheurs, universitaires, politiciens, psychanalystes et autres. Les références bibliographiques sont multiples, les colloques et séminaires universitaires abondent, les rapports gouvernementaux sont publiés régulièrement et des centaines d'associations éditent depuis des années fascicules et revues. L'émigration algérienne a donc donné lieu à une abondante littérature et, nombreux, sont les spécialistes reconnus de ce domaine. Lorsqu'on souhaite aborder plus particulièrement la complexité culturelle et linguistique de cette immigration, lorsqu'on s'interroge sur les aspects identitaires que les différentes vagues migratoires ont pu revêtir, on se heurte à la rareté voire à l'inexistence de travaux sérieux et de documents d'archives. On se heurte également à un silence étonnant; silence des documents, silence des auteurs qui ont tant travaillé sur les mouvements migratoires, silence des immigrés euxmêmes. Comme si travailler sur la complexité culturelle des hommes était ressenti comme un acte non orthodoxe et anticonformiste, à la limite comme une bizarrerie intellectuelle. Silence des sciences sociales qui montre à quel point les émigrés ont longtemps été considérés comme une société invisible, comme un bloc monolithique d'individus soudés par la nationalité d'origine, perçue comme le seul repère discriminant de reconnaissance. Comme si la simple formulation de la nationalité pouvait suffire à aborder et à comprendre ces dizaines de milliers d'hommes venus grossir des flux migratoires toujours plus importants. Le travail sur les minorités culturelles émigrées en France et les manifestations et relations interculturelles qu'elles
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génèrent, est une tendance récente de la recherche anthropologique française. Longtemps l'indifférence sinon l'ignorance de ces phénomènes a été de rigueur. La construction de ce champ d'études et de l'élaboration d'un savoir critique,! en dehors des courants classiques du fonctionnalisme, du structuralisme et du marxisme n'est pas une entreprise aisée. Car ce type de travail nécessite forcément une démarche transversale, c'est à dire une mise en place de techniques de travail qui traversent plusieurs champs d'études et de disciplines. L'étude des minorités culturelles a été stimulée dans les années 80 par l'impact très médiatique de S.O.S Racisme et par l'explosion des associations émigrées (grâce au remaniement en 1982 de la loi sur les associations étrangères). Le début des années 80 a été une période d'effervescence interculturelle où le cosmopolitisme, le droit à la différence, la mosaïque des cultures, les réaffirmations identitaires étaient autant d'expressions et de manifestations d'un mouvement jeune et profond, d'une vitalité jusqu'alors inégalé.e. Ces années ont mis en place une dynamique sociale et culturelle de l'émigration qui ne pouvait pas laisser indifférents les chercheurs et universitaires spécialistes des mouvements migratoires. Des interrogations multiples, des problématiques diverses ont ouvert un nouveau champ d'études, en insistant sur la complexité de l'interculturalité. Travailler aujourd'hui sur I'histoire de l'immigration kabyle et principalement sur I'histoire de son sentiment identitaire (et des manifestations qu'il a pu revêtir dans le temps) peut paraître une entreprise difficile, à la limite une gageure, tant le terrain d'étude semble insaisissable et les données difficilement perceptibles. Pourtant, nous sommes partis d'un constat simple et établi depuis longtemps, par notre simple expérience d'enfant d'émigrés kabyles: l'importance quantitative de cette émigration en France et sa non-représentation ou tout simplement son occultation dans un discours officiel (aussi bien français qu'algérien) qui désigne tout émigré algérien ou maghrébin comme arabe. Discours qui balaie volontairement une
1 Voir l'article de P.l. Simon, "L' etuœ des problèmes de mioorités et des relations interethniques dans 1'anthro}X)logieet la ~ciologie françaises", revœ PLURIEL, 1982/1~3, n032133,Minorités, ethnicité, mouvements natiooalitaires 5

complexité linguistique réelle et qui annihile ainsi toutes les spécificité culturelles des mouvements migratoires. Ce constat, essentiel déjà pour la simple conscience identitaire que l'on a de soi, est révélateur d'une réalité historique trop longtemps occultée: celle d'une culture marginalisée progressivement dans le pays d'origine par un Etat-Nation autoritariste et jacobin. Marginalisation qui ~e reproduit et se poursuit de façon étonnante en émigration (en accentuant de façon inéluctable le processus de fragilité) et qui ne fait qu'illustrer ce que Mouloud Mammeri disait: "Longtemps, la culture berbère a éfé une culture sans voix". Culture sans voix, sans représentant, sans porte-parole, totalement diluée dans une uniformisation volontariste des populations maghrébines en France: "cultures de ce type à fois précieuses et évanescentes parce qu'elles sont souvent le fait de groupes marginalisés, et exprimées dans des langues minoritaires" (M. Mammeri). Nous aurions pu nous limiter à ce constat, en soupirant tristement sur nos racines perdues et sur la destinée d'un peuple privé de son histoire. Mais comme tout fait historique n'est jamais neutre et ne reste quasiment jamais sans prolongement et sans conséquences sur la vie des hommes, nous nous sommes aperçue que l'occultation de la dimension démographique berbère des émigrés algériens a aujourd'hui des effets étonnants auprès des jeunes issus de cette émigration. Il existe en effet depuis quelques années, en France, une émergence du sentiment identitaire kabyle et une réappropriation d'un patrimoine culturel et linguistique. Patrimoine fragile, en situation d'urgence, revendiqué avec autant de force que les parents ont eu à le taire. Ces jeunes (qui sont nés pour la plupart en France) s'exprimant auj0l1:rd'hui à la place de leurs parents et souhaitant être leur porte parole, mettent en valeur un certain nombre de repères identitaires kabyles qu'ils désirent (pQur un certain nombre d'entre eux) préserver de toute atteinte d'altérité. Ce mouvement de réappropriation est étroitement lié avec une remise en cause de sa propre identité culturelle car celle-ci est directement confrontée avec les exigences impérieuses de l'intégration qui impose un modèle extérieur et dominant. C'est ce mouvement actuel de valorisation identitaire (qui se manifeste par un réseau associatif extrêmement actif et par une participation de plus en plus grande à l'option berbère du baccalauréat) qui nous a permis d'aller plus loin dans notre
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réflexion sur l'histoire de l'immigration kabyle et d'y consacrer notre travail de doctorat. Historiquement, les Kabyles puis les Soussis marocains furent les premiers, au début du siècle, à franchir la Méditerranée pour venir travailler en France. L'importance et la régularité de la main d'oeuvre kabyle dans le temps est indéniable et nous en trouvons de nombreuses traces dans les archives et documents coloniaux (notamment dans les nombreux rapports administratifs consacrés aux mouvements migratoires des travailleurs coloniaux). Dans les années 20, la Kabylie était la principale pourvoyeuse de main d'oeuvre pour la Métropole. En 1934, elle fournissait les 3/4 des émigrés et en 1950, 50 à 60% des travailleurs partis en France étaient d'origine kabyle. L'indépendance de l'Algérie n'a pas entraîné de profonds bouleversements et n'a surtout pas arrêté l'émigration vers la France (l'influence coloniale donnant encore une préférence d'émigration aux anciennes colonies). Mais la part de la Kabylie n'est plus aussi importante, l'émigration s'étant étendue à d'autres régions de l'Algérie notamment aux zones arabophones: I'Oranie, les hauts-plateaux constantinois... C'est dire à quel point l'émigration est une donnée économique et sociologique essentielle de la Kabylie. C'est dire également à quel point une partie de la population d'origine maghrébine en France est rattachée par un fil ténu, à des origines spécifiques, lointaines et complexes. Cette émigration kabyle, qui a été la manifestation la plus évidente du sous-développement économique et du déséquilibre des structures traditionnelles et rurales (la paysannerie ayant été la principale pourvoyeuse de main d'oeuvre) est donc prédominante dans l'émigration maghrébine vers la France. Nous aborderons plus particulièrement l'histoire culturelle et identitaire de cette émigration au cours du xxème siècle; histoire qui revêtira des aspects multiples et parfois étonnants. Le choix de ce sujet est motivé en grande partie par le caractère souvent douloureux que l'émigration a revêtu et que nous avons eu l'occasion de constater dans notre entourage, dans la littérature, dans la tradition orale et dans la musique (l'exil a été un thème privilégié de la chanson kabyle). Les sentiments d'arrachement, de rupture et de peine sont fréquents dans la représentation de soi en émigration et dans la perception de la culture d'origine. Ce simple constat nous a permis de nous poser les questions suivantes: Que peut représenter une
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spécificité culturelle et linguistique quand celle-ci est vécue ailleurs que dans son cadre traditionnel? Qu'est-ce qui pouvait (et qui peut) distinguer l'émigration kabyle en France des autres émigrations de travail? Quelles sont les possibilités en émigration de faire vivre et de pérenniser des modèles culturels et de civilisation qui sont intrinsèques à toute dynamique culturelle? Les réalités sont très différentes pour les successives générations: les réponses ne seront pas forcément les mêmes quand on s'adresse à un émigré installé en France depuis 30 ans et quand on discute avec un jeune de 25 ans, né en France et issu de cette émigration. Ce type d'approche de l'émigration kabyle est complexe car la difficulté essentielle réside dans la façon d'aborder le sujet. Difficulté d'autant plus grande que nous tenons à la perspective historique de ce travail. La question déterminante que nous nous posons au début de cette étude est la suivante: comment peut-on aujourd'hui, aborder un sujet aussi mouvant, difficile, complexe que la culture et l'identité kabyles (et ses différentes manifestations) dans l' histoire de l'immigration algérienne en France du début du siècle à nos jours? Le choix de notre suj et d'étude nous posera inévitablement des problèmes méthodologiques. Lorsqu'on travaille aujourd'hui, en tant qu'historien, sur des problèmes culturels et identitaires, on est nécessairement confronté à ce que l'on appelle l' interdisci plinarité. Il est impossible d'approcher actuellement ce type de sujet d'étude sans faire appel à plusieurs éclairages et à la démarche transversale que nous avons déjà évoquée au début de cette introduction. Travailler sur l'émigration et sur sa complexité culturelle et identitaire suppose une confrontation sans cesse renouvelée d'éléments, de façteurs et de paramètres en interaction; et il est obligatoire, pour aborder ces problèmes, d'avoir ce type d'approche interdisciplinaire et globalisante. Pour aborder ce sujet d'étude, il nous a semblé important de lui accorder trois axes prioritaires de recherche: 1/- Replacer l'immigration kabyle dans le flux migratoire vers la France. Cette première étape de travail nous permettra de cerner les aspects essentiels à la fois historiques, chronologiques et statistiques des migrations kabyles, particulièrement dans la première moitié du xxème siècle.

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2/- Travailler sur l'organisation et l'installation des groupes dits berbéristesl, en France, à partir des années 60 et sur la production de Jeur discours politique et culturaliste2. Ce mouvement berbériste est un élément caractéristique de l'émigration kabyle et il est fondamental dans le phénomène de réemergence identitaire en Algérie mais aussi en France. L'émigration kabyle a été dès la fin des années 40, un terrain privilégié d'organisation et de lutte pour les mouvements nationalistes (E.N.A, M.D.A, P.P.A-M.T.L.D, F.L.N), pour la diffusion de leurs idées politiques, et un lieu de repli pour les déçus de la révolution algérienne et pour les mouvements d'oppositIon. Travailler sur ce mouvement, à la fois associatif et politique, permet de nous détacher de la vision réductrice d'une émigration de travail anonyme et non politisée. Les mouvements migratoires génèrent, heureusement, d'autres dynamiques que celles exclusivement tournées autour du travail. 3/- Etudier le phénomène de réappropriation culturelle et identitaire auquel on assiste aujourd'hui chez certains jeunes issus de l'immigration. Cela nous permettra de faire notamment le point sur les spécificités traditionnelles du sentiment identitaire kabyle et sur ses capacités à s'adapter mais aussi à se modifier en émigration. Ces trois axes prioritaires sont en réalité les trois uniques possibilités qui s'offraient à nous pour appréhender concrètement (par le biais d'archives, de documents et d'informations diverses, d'enquêtes sur un terrain délimité...) et sur une longue durée (près d'un siècle) des situations historiques différentes. Ils composeront également les trois parties de notre travail. Le développement de ces trois axes prioritaires, au cours de ce travail, .ne prétend pas à une synthèse historique de l'émigration kabyle en France ni à apporter des solutions
1Le rerbérisme est un mouvement d' op}X>sitioo politiqœ né de ]a confrœtation avec la terrlaœe arabo-islamiqœ devenue majoritaire dans le mouvemeIt national algérien Le mouv ement rerbériste est issu de ]a crise berbère de 1949 qui s est déroulée au sein du P.P.A-M. T.L.D. Opérant très ~uveJt en c1anœstinité, il a souvent pris des é5pects radicaux et dévelowé un activisme militant trèsinteme. 2Le mouvement culturaliste est uœ des tendances du rerbérisme. Il se caractérise par des options de défense et œ prdectiœ du patrimoiœ culturel et historique berbère. Cette tendance culturaliste, qui s'est manifestée particulièrement dans la "deuxième génération" berbériste et au sein cfintellectuels, d' miversitaires et d'artistes, a développé me activité militaIte très im}X>rtanteet a bénéficié dun echo non œgligeable au sein de populations œrbérophones. 9

définitives. Il prétend modestement à une meilleure compréhension de certains faits historiques et peut-être plus généralement à une meilleure approche de la complexité culturelle et linguistique des migrations maghrébines. Notre objectif est de tenter de nous défaire des caricatures, des images éculées (qui ont la vie tenace, même en sciences sociales) et des discours unifonnisants. C'est pourquoi, aborder l'immigration par une de ses spécificités démographiques (les kabyles) peut ouvrir aujourd 'hui des perspectives intéressantes sur certains phénomènes qui surgissent aujourd'hui dans la société française et qui découlent directement du fait migratoire: revendications identitaires, intégration, identités plurielles, pluri/multiculturalité, cosmopolitisme... La première partie de ce travail est fondée sur une approche chronologiqu~ de l'émigration kabyle. Nous l'avons construite volontairement ainsi pour cerner dans le temps les principales étapes migratoires et pour mieux comprendre la logique migratoire. Logique née dans un premier temps du dénuement qui a suivi le choc colonial, et d'une paupérisation progressive d'une économie traditionnelle; puis dans un deuxième temps, prise en main et maîtrisée par les autorités coloniales et métropolitaines. Eclairer par le passé cette masse de main-d'œuvre émigrée puis immigrée (avec l'installation familiale) est le passage obligé pour mieux aborder ses aspects culturels et identitaires. Nous regrettons seulement de ne pas avoir eu à notre disposition, des archives et des documents plus abondants et surtout plus prolixes sur le sujet. La deuxième partie sera consacrée 'à l'installation et à l'organisation, au sein de l'émigration kabyle, de groupes militants développant un activisme politique et un discours idéologique dont. l'impact se fait sentir jusqu'à aujourd'hui. Cette activité politique va être centrée, dès sa naissance, autour d'un discours sur la langue et sur la culture berbères. Travailler sur les mouvements berbéristes en France peut sembler marginal lorsqu'on étudie l'émigration kabyle dans ses dimensions culturelles et identitaires. Mais il apparaît que c'est une donnée fondamentale dans la compréhension du phénomène identitàire qui ressurgit en Algérie et dans les générations actuelles d'enfants issus de l'immigration. Même si ces mouvements ne sont pas représentatifs de l'émigration ouvrière traditionnelle car ils ont concerné des minorités agissantes tournées exclusivement vers l'Algérie, nous ne pouvons pas faire l'impasse sur l'impact 10

de leurs actions politiques et sur leur importante production intellectuelle et universitaire. L'émigration n'est pas seulement un bloc monolithique d'ouvriers venus vendre leur force de travail; elle est diverse et mouvante. La troisième partie de ce travail abordera plus particulièrement le phénomène de réemergence identitaire auprès des jeunes issus de l'émigration kabyle. Par le biais de questionnaires remis aux candidats à l'option berbère du baccalauréat, nous avons eu la possibilité, pendant trois années1 de travailler avec près de 213 jeunes d'origine kabyle et âgés entre 17 et 23 ans. Nous nous sommes attachée à étudier

particulièrementles rapports qu'ils entretenaient avec la langue
kabyle et l'idée qu'ils pouvaient avoir de leur culture d'origine. Il semble qu'évoquer, aujourd'hui, une spécificité culturelle kabyle ou berbère semble être pour beaucoup de ces jeunes une démarche identitaire valorisante. La question qui se pose à nous peut se décomposer ainsi: Comment et sur quelles bases se font aujourd'hui, en France, la reconstruction de l'identité et la réapropriation du patrimoine berbère? Pourquoi est-ce au moment où la rupture avec le pays d'origine semble consomméé (l'installation en France est définitive et irréversible) qu'apparaît un besoin de ré-enracinement et de quête des origines? Pourquoi ces jeunes, nés pour la plupart d'entre eux en France, et qui ne remettent pas du tout en cause le processus d'intégration, revendiquent-ils un certain nombre de repères identitaires et une spécificité culturelle? Ces questions nous mettent face à une relation complexe: altérité-intégration-rupture/reconstruction d'identité. Relation paradoxale qui renvoie à une série de paramètres et de situations complexes. Nous travaillerons essentiellement sur cette relation qui sera le fil conducteur de toute cette troisième partie. Cette reélaboration de l'identité va se faire principalement autour d'un travail de récupération de la langue et par une action associative intense. Nous verrons également qu'il existe des terrains de durcissement culturel et de crispation identitaire, notamment celui de l'endogamie. Pour illustrer cette quête identitaire confrontée aux exigences de l'intégration, nous reprendrons l'expression du psychanalyste Daniel Sibony: "le paradoxe de l'origine est simple et terrible:

11~8,

1989, 1990 Il

il nous faut une origine, et elle est vouée à être perdue. Il nous faut une origine à quitter, une d'où on puisse partir"l. Au terme de cette introduction, nous nous apercevons que le choix de notre sujet d'étude n'engage pas à une entreprise aisée. Notre tentative de reconstruire I'histoire de l'émigration kabyle en abordant ses spécificités identitaires et culturelles peut s'apparenter à un travail de puzzle. Nos questions sont nombreuses et nos objectifs sont ambitieux. Toutefois, ce travail ne prétend pas apporter de solutions ni même traiter le problème à fond. Il propose certains éléments d'analyse et une démarche susceptible de mener à une étude plus précise des faits. Tout au long de ce travail, nous nous efforcerons de penser la différence et le mouvement. Car tout phénomène migratoire entraîne forcément des bouleversements dans la vie des gens, une évolution dans les mentalités et une remise en cause des sociétés qui génèrent les vagues de départs comme celles qui reçoivent les migrants. L'émigration n'est pas linéaire, rigide et anonyme; elle est mouvante, complexe, étonnante parfois. Et c'est cette pluralité qu'il nous faut considérer.

1 D. Sioony, "Effets dentre-deux-Jangues et exils dorigine", psydlanaIyse et islam, page 81, Editioos Alef, 19~ 12

Intersignes, Entre

PREMIERE PARTIE LES KABYLES DANS LE FLUX MIGRATOIRE VERS LA FRANCE

Quand on fait l'inventaire bibliographique (inventaire qui apparaît à première vue très important) des travaux historiques en matière d'ém/immigration algérienne, on est surpris par la médiocrité et la rareté des ouvrages consacrés à l'émigration spécifiquement berbère. Pourtant les mentions de cette main d'œuvre kabyle et de son importance quantitative sont nombreuses; on les retrouve régulièrement dans d'anciens rapports administratifs et dans certains documents d'archives comme cette lettre adressée au Gouvernement Général par un syndicat des fabricants d'huile datée du 23 Décembre 19141: "Il s'agit du retour en Afrique de nombreux kabyles qui remplaçaient de plus en plus dans nos huileries la main d'œuvre italienne et dont les services étaient particulièrement appréciés par nos ressortissants. Dans plusieurs usines, les Kabyles formaient plus de la moitié du personnel ouvrier, ... Le retour de ces travailleurs dans notre port est d'autant plus vivement désiré par les industriels qui les occupaient, que les ouvriers italiens ont pour la plupart regagné leur pays au début de la guerre, à la suite de la fermeture générale des usines, fermeture qui s'est prolongée d'un mois. Or, beaucoup de ces ouvriers italiens sont restés dans la péninsule, de sorte que le besoin de main d'œuvre se fait particulièrement sentir dans l'huilerie marseillaise". Cette mention est typique de celle que l'on retrouve un peu partout. Les travaux de Laroque et Olive, de Rager ou de Muriaccole qui sont les classiques de l'époque en matière d'émigration2 abondent d'exemples de ce genre. Pourtant il n'existe nulle part un essai de synthèse et d'analyse du phénomène migratoire kabyle et du rôle qu'il a joué dans I'histoire de l'émigration algérienne vers la France. Jusque dans les années 40, la Kabylie a gardé le quasimonopole de l'envoi de main d' œuvre vers la France. Et pendant longtemps, elle a pratiqué une émigration temporaire, composée presque exclusivement d'hommes jeunes et célibataires. On peut faire remonter jusque sous l'empire turc, les pratiques migratoires des Kabyles vers les grandes villes d'Algérie; il existe d'importantes communautés kabyles
1Correspondance et documents de la Chambre de Commerce; texte cité par B. Viala dans L'émigration maghrébine des Bouches-du-Rhône, mémoire de maîtri~, 1976, pige 76. 2 Voir la hibliographie. 14

installées depuis très longtemps à Alger, Oran, Constantine, la Vallée du Chellif... Ce n'est qu'à la fin des années 40, que vont être touchées, de façon importante, par l'émigration, d'autres régions d'Algérie comme les Aurès, les plateaux constantinois et certaines oasis du Sud. Ce caractère berbère se retrouve également dans l'émigration marocaine. Sur les 20.000 travailleurs marocains recensés dans les années 50, 95% d'entre eux sont originaires de régions berbères comme le Sous, le Rif, le Maroc Oriéntal... Tenter de faire l'histoire de l'émigration kabyle et la replacer dans 1'histoire des mouvements migratoires algériens vers la France n'est pas une entreprise aisée. En effet, les spécificités culturelles et identitaires de l'immigration n'ont jamais été perçues en tant que telles par les chercheurs qui ont mis l'accent sur l'uniformité des masses migratoires en tenant compte uniquement du critère de distinction qu'est la nationalité d'origine, le paramètre linguistique1 n'entrant pas en considérati on. En règle générale, l'immigration d'origine berbère a toujours été confondue dans l'immigration dite arabe2, il est difficile de distinguer, à travers les documents et les textes dont nous disposons, la dimension kabyle des migrations vers la France (nous verrons dans les chapitres suivants comment nous procéderons). Il nous a semblé intéressant et urgent de faire I'historique de cette émigration et surtout de tenter une évaluation statistique de la communauté kabyle émigrée pendant quelques périodes bien précises. Sortir des lieux communs, se détacher des estimations vagues et approximatives, cerner certains aspects historiques et chronologiques, et surtout objectiver avec des éléments scientifiques le terrain si controversé de cette émigration, voilà ce que nous nous proposons de faire dans cette première partie.

1L'instnnnentlinguistique aurait été un moyen efficace pour estimer correctement en chiffres cette population ber~rophooe mais, malœureœement, il n'a jamais été ronsidéré comme \IDcritère de base sérieux dans les recensements. 2Ncter le transfert qui s'exerce entre la ~rception œ l'Algérien et de l'Arabe. Car tout Algérien est désigné comme arabe même s'il est berœre. 15

CHAPITRE UN: L'EMIGRATION APRES 1871. DE LA PREMIERE EMIGRATION VERS LA TUNISIE AUX GRANDS DEPARTS DES ANNEES 20 AI- "La migration du refus et de l'exil" vers la Tunisie L'insurrection de 1871 fut le dernier grand épisode armé de la politique de pacification de la France en Algérie. La Kabylie toute entière, de Bordj-Ménaiel à Bougie, y participa de façon active mais paya tragiquement les conséquences de sa rébellion. Elle fut d'abord frappée dans ses ressources et dans ses terres car l'impôt de guerre et le séquestre furent les premières mesures prises à l'encontre des insurgés. L'impôt de guerre fut particulièrement élevé sous prétexte de "trésors enfouis" (Ageron) dans le sol kabyle. La Grande Kabylie paya à elle seule plus de 10 millions de francs (soit dix fois l'impôt annuel). Les terres furent frappées de séquestre et
on estima à 574.000 hectares le total des terres confisquéesl

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L'Assemblée Nationale avait d'ailleurs projeté de libérer 100 000 hectares dans la vallée de la Soummam et sur les plateaux de Sétif et de Constantine pour y installer les émigrés Alsaciens et les Lorrains, principales victimes de la guerre de 1870. Sur 306 collectivités, il fut prélevé en 18762: 516 hectares (de terres cultivables surtout) 614 hectares (de parcours) 461 hectares (de terres de culture et de vergers). Par la suite l'Amiral de Gueydon autorisa les indigènes à racheter des terres mais avec paiement immédiat du cinquième de leur valeur. .Ces rachats de séquestre leur coûtèrent 63 millions de francs. Ces séquestres ont été une véritable catastrophe pour la Kabylie où la terre, déjà fort morcelée, suffisait à peine à nourrir une population dense et concentrée sur des espaces exigus. Comme l'a écrit Ageron "Le séquestre n'était pas une mesure de répression militaire à l'échelle des événements mais le premier acte politique traduisant la victoire des colons
1JULIEN (CH A), Histoire de l'Algérie contem[XJraine,PUF, 1%4. 2 AGERON (R), Les Algériens 11Ulsubnanset la France, PUF, 1er volume, pages 30 et31. 16

algériens"; ce qui se traduisit par l'élimination des djema'a, et par la suppression des Bureaux Arabes haïs des colons algériens, remplacés par une administration directe composée de fonctionnaires français. La Kabylie fut donc frappée dans ses ressources et dans ses institutions mais elle fut également traumatisée par la répression sanglante qui suivit l'insurrection. Les exécutions sommaires, les jugements arbitraires, les condamnations hâtives et sans appel restèrent gravés dans les esprits et la poésie kabyle garda longtemps le souvenir de la violence et de la cruauté des mesures de répression: Le monde vient d'enfanter De toute espèce de maux qui fondent sur nous Les prophéties sur ce siècle déjà s'accomplissent De l'Orient à l'Occident Le pays tout entier est bouleversé La mâle engeance y pullule Ermites, venez à notre secours Nous sommes tous ébahis A moins que les Saints ne nous assistent? (Si Mohand1). C'est également la perte d'un style de vie, l'écroulement des structures sociales et politiques et la désagrégation des valeurs traditionnelles qui perturbent une population de paysans pauvres, privée de ses biens par l'impôt de guerre et qui circule dans des conditions difficiles, à la recherche d'emplois pour subsister. Là encore, la poésie populaire met l'accent sur ce bouleversement:

1 Mohand ou Mhand Aït Amadouch est né en 1845 à Icheraouien, un des hameaux qui composent Tizi-rached (à 20 km de Tizi-Ouzou). Il fut le type de poète à la fois élu et damné et libéré des canons de conduite communs. Il fut à la fois le témoin et l'acteur d'un siècle tragique où l'agression et la violence coloniales ont bouleversé une société traditionnelle. Il a été le poète des valeurs ancestrales, de la déchéance de l' homme, et de la terre ancestrale à jamais perdue. 17

Le monde pour tous a explosé C'est une vérité bien établie Les canailles ont changé de conduite Tous les hOlnmes bien nés Dans la forêt se sont perdus Nus, sans nul vêtement de laine Ainsi Dieu a-t-il voulu ce siècle Où englués dans l'inquiétude A chaque pas nous butons. (Si Mohand) Dans cette situation de violences militaires et d'expropriations massives, malheureusement trop souvent oubliées, le départ et même l'exode semblent inévitables à certains. Je le jure de Tizi-Ouzou Jusqu'à l'Ak/adou Nul d'eux ne me commandera Plutôt rompre que plier Plutôt être maudit Dans un pays où les chefs sont des entremetteurs L' exi lm' est prédestiné Par Dieu, j'aime mieux l'exil Que la loi des Pourceaux (Si Mohand). La Tunisie a recueilli un certain nombre de réfugiés kabyles et en 1876, on estimait à 7000 ceux qui s'y étaient fixés définitivement. Cette migration" du refus et de l' exif'l fut renforcée progressivement en 1881, lors de l'occupation de la Tunisie par les troupes coloniales françaises, par des contingents de soldats kabyles qui s'y installèrent.

ITAlliA (Larbi), "Immigration ct)ioniale et émigration des coloniaux", A,A,N, 1981, JXlge22. 18

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