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HISTOIRE DU MULTIPARTISME AU CONGO-BRAZZAVILLE

De
336 pages
Dans ce deuxième volume, l'auteur rend compte des péripéties d'une transition manipulée, inefficace et plutôt inachevée ; de la périlleuse mission d'organisation des différentes élections ; de la faiblesse des nouvelles institutions, d'où un état faible. La classe politique lui sert plutôt une crise qui réveille les vieux démons : conflits tribaux et régionaux, course au pouvoir exclusif, pendant que l'extérieur jette l'huile sur le feu !
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Collection Etudes AfricainesGaston-Jonas KOUVIBIDILA
HISTOIRE DU MUL TIP ARTISME
AU CONGO-BRAZZAVILLE
Volume II
Les débuts d'une crise attendue
1992-1993
Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris@ L'Harmattan, 2000
ISBN: 2-7384-8690-,8'
4AVANT -PROPOS
L'histoire de la deuxième expérience du multipartisme au
Congo-Brazzaville est à la fois exaltante, dense et triste.
Longue, complexe et débordante. Quoique balbutiante, elle
s'inscrit dans la dynamique de toute société inachevée. A la
recherche de ses repères. Cette histoire ne s'achève pas au
terme du premier volume. Elle y plonge plutôt ses racines.
Après avoir présenté le contexte endogène et exogène de cet
"ancien-nouveau" système, signe des temps, puis la remuante
et incertaine transition, dans un pays qui n'a que trop souffert
de la pensée unique - détour nécessaire pour mieux comprendre
les raisons de ce corne back -, un deuxième volume s'est avéré
nécessaire. D'autant qu'après l'explication de la pénible
gestation, il fallait évoquer la difficile, lancinante et sombre
gestion du système que la majorité des Congolais a appelé de
tous ses vœux.
Cependant, l'identité du titre ne signifie pas identité de
contenu. Dans ce deuxième volume, il s'agit plutôt de la suite
logique de cette histoire. Celle d'un multipartisme qui se
répète. En d'autres temps. Sans se ressembler. Avec des
conséquences multipliées de façon exponentielle. Avec des
acteurs, témoins passifs ou actifs de la première expérience.
Pétris d'idéologies et de philosophies tueuses, ils ont enseveli
l'âme de ce système au nom de l'unicité de la pensée et de
l'action. Au nom d'une Paix illusoire! Ce multipartisme est
également celui des jeunes acteurs, faussement redresseurs de
torts parce que initiés, enrôlés et envoûtés par les idéologues du
crime, de la faim et de la négation de la contradiction.
Ce deuxième volume qui n'a pas non plus la prétention de
circonscrire toute l'histoire du multipartisme, montre comment
5le peuple, véritable détenteur du pouvoir politique - dont il est
régulièrement spolié -, réapprend à le redistribuer, par voie
élective, à ceux qui aspirent à le gérer, en son nom, à divers
niveaux. Comment il se choisit un chef de l'Etat qu'il souhaite
être le garant de l'unité nationale, le protecteur des biens et des
personnes. Conformément à la nouvelle Constitution de mars
1992. Mais tout dérape. Dangereusement!
Le deuxième volume se poursuit donc avec la présentation
des tumultes de l'immaturité des Congolais en matière de
démocratie. Il retrace les péripéties d'une classe politique
divisée et aveuglée par les mirages du pouvoir. Une classe
politique qui sacrifie le peuple sur l'autel de ses intérêts
subjectifs. Une classe politique manipulée par les magnats de la
haute finance et par les sociétés pétrolières. Le pétrole, richesse
nationale autour duquel devaient se fédérer toutes les énergies
contre les prédateurs étrangers, constitue au contraire, la
véritable source des conflits internes, attisés par l'entretien des
mythes construits sur des pensées parfois surréalistes. Favorisés
par un coup d'Etat permanent contre le Congo et les Congolais.
Ainsi, tels des chiffonniers, des dindons de la farce, les
hommes politiques congolais, toutes tendances confondues, ne
savent plus lire la Constitution. Ils l'appliquent d'autant moins
que les contradictions de forme et de fond, les contestations et
revendications - aussi farfelues les unes que les autres - à n'en
plus finir, le refus des résultats des urnes, font justement le lit
de ceux qui excellent dans l'art de semer la graine de la haine
pour asseoir leur suprématie séculaire.
Ces oppositions perverses, rarement des idées convergentes,
cette haine viscérale cristallisant les rancœurs, favorisant,
progressivement, le glissement vers une bestialité sans nom,
constituent également la toile de fond de ce deuxième volume.
Il s'agit là des prémisses d'une étape encore plus violente.
Plus dramatique où plusieurs maux s'entremêlent: distribution
illégale d'armes de guerre; torture; assassinats; épuration
ethnique; pillage; viols; destruction des maisons. Bref,
l'horreur apocalyptique.
6I. LES MISSIONS DE LA TRANSITION
71. LA TRANSITION EQUIVOQUE
Le 15 juin 1991, le Premier ministre André Milongo rend
public son gouvernement dit d'union nationale: vingt quatre
membres au total dont dix huit ministres, un ministre délégué et
cinq secrétaires d'Etat. Personne n'a appartenu au
gouvernement précédent et aucun militaire n'en fait partie. Ce où l'on note cependant une forte proportion de
personnalités du Pool, la région d'origine du Premier ministre -
histoire de satisfaire ses amis politiques et sa base subjective -,
doit conduire une transition de douze mois. Voici comment il se
présente:
Le premier Gouvernement de Transition
(15 juin 1991)1
Premier ministre, chef du gouvernement ministre de la
Défense nationale,
ministre des Mines et de l'énergie. . . . . . . . . . . . . . ... .André Milongo
Ministre de l'Economie, des Finances
et du Plan. . .. . . . . .. . .. . . . .. . . .. . . . . .. . . . . .. . . . . .. . .Edouard Ebouka Babakas
Ministre de l'Intérieur et de la décentralisation. . . .. .. . . . . ..Alexis Gabou des Affaires étrangères
et de la Coopération Jean-Blaise Kololo
1
Marchés Tropicaux n° 2380, 21 juin 1991.
9Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé
des réformes administratives ...Jean-Martin M'Bemba
Ministre de la Communication, chargé des relations avec
le Conseil supérieur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... Guy Menga
Ministre de l'Industrie
et du Tourisme ... ... ... ... ... ....Herbert Kakoula-Kadi
Ministre du Travail, Sécurité sociale
et Ressources humaines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .François N' Guimbi
Ministre du Commerce et des Petites
et Moyennes Entreprises .Clément Mierassa
Ministre des Transports et de
Aviation civile. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . .. . .. . .. . .. . .. . . . . .J acques Okoko
l'
Ministre de l'Agriculture
et de l'Elevage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... Célestin N' Koua
Ministre des Travaux publics,
Construction et Urbanisme .Jean-Félix Demba Tello
Ministre de la Santé publique. . .. . . . . .. . .. . . . . .. . .. . .Paul N'Douna de l'Enseignement supérieur,
Science et Technologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..Mandzengué Y ounous
Ministre de l'Economie Forestière, Pêche
et Environnement. . . . . .. . . . . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . . . . .Marcel Boula
Ministre de l'Enseignement primaire
et secondaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Anaclet Tsomambet
Ministre de la Culture et des Arts Antoine. . Letembet-Ambily de la Jeunesse et des Sports ..Jean-Pierre M'Béri
Ministre des Affaires sociales. . . . . ... .Philomène Fouty-Soungou Délégué, Mines et Energie. . . . . . . . . . . . . . ....Camille Délo
Secrétaires d'Etat
Economie et plan Dieudonné Diabatantou-Boukambou
Emploi, Formation professionnelle et Solidarité
auprès du ministre du Travail. . . . . . . . .. . .. . .. . .. . .. . .Andely Beeve
Décentralisation auprès du ministre
de l'intérieur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Michel Kongo
Science et Technologie auprès du ministre
de l'Enseignement supérieur .Martial de Paul Ikounga
Budget auprès du ministre de l'économie... ...Jean-Luc Malekat.
10Ce gouvernement a deux principales missions: relever le
niveau économique et social du pays, ce qui est une gageure et
organiser les différentes élections dans les douze mois à venir.
Tâche difficile pour un gouvernement composé d'hommes sans
expérience politique. Tâche difficile aussi, tant la conjoncture
politique et sociale n'est pas favorable. A cela s'ajoutent de
sérieux problèmes de cohabitation entre hommes, partis
politiques, régions et ethnies. C'est une réalité bien africaine
qu'on ne saurait occulter, loin s'en faut! Cela donne un
mélange souvent explosif qu'il a été nécessaire de présenter
séparément, pour une meilleure compréhension. Aussi, ce
chapitre se limite-t-il à la première mission. Il traite aussi
d'autres problèmes politiques émaillant la transition. La
deuxième sera analysée dans les chapitres suivants.
L'arrivée de André Milongo aux affaires coïncide avec un
heureux événement, peut-on dire. En effet, deux jours
auparavant, le 13 juin 1991, le PDG de la compagnie pétrolière
Elf-Congo (filiale d'Elf-aquitaine), André Tarallo, lui annonce
personnellement la confirmation de la découverte d'un nouveau
gisement de pétrole, à 60 km au large de Pointe-Noire. Appelé
" Nkossa ", ce gisement a été découvert en 1984. Ses réserves
sont estimées à plus de 60 millions de tonnes1 (soit environ 150
millions de barils). Ce gisement pourrait livrer ses premiers
barils en 1996. Selon les prévisions2 la production de ce pétrole
de qualité supérieure (équivalente à celle du Brent de la mer du
nord) tournera autour de 120 000 barils par jour sur une période
de trente ans, soit environ 5 millions de tonnes par an3.
A propos de la dénonciation par la Conférence nationale des
conventions qui lient le Congo et les compagnies pétrolières,
André Tarallo estime qu'il s'agit de "décisions des sages", et
précise que Elf-Congo est disposée à les appliquer avec le futur
l
" Le pétrole qui rend fou ", in L'Autre Afrique, du 22 au 28 octobre 1997.
2
"Pétrole, L'offshore profond aiguise les appétits ", in Jeune Afrique Eco-
nomie, n° 254, du 15 déco 1997 au 4 janvier 1998.
3
Marchés Tropicaux, n02380, op. cit.
Ilministre des Mines et de l'énergie. Faux-semblant? En tout
cas, les Congolais prennent date.
La joie de André Milongo ne sera finalement que de courte
durée. Très tôt, les difficultés commencent. Il va devoir s'y
frotter, et il lui faut beaucoup de courage. Après sa prise de
fonctions, la situation économique atteint un seuil critique: le
pays est en "cessation de paiements". Les salaires des
fonctionnaires du mois de juin ne peuvent être payés que fin
juillet, annonce-t-on au gouvernement. Motif? Le Trésor
Public n'a recouvré jusqu'au 4 juillet qu'une somme de 3,5
milliards, alors que 12,53 milliards de francs CFA sont
nécessaires pour payer tous les agents de l'Etat. Le
gouvernement met en cause l'équipe précédente. Le Président
Sassou Nguesso est également accusé personnellement d'avoir
indûment perçu, avec la complicité d'un proche, le trésorier
payeur général Luc Dzia, des allocations annuelles
réglementaires de 1,529 milliards de francs CFA au lieu de
1,412 milliards, soit un dépassement de 117 millions. Luc Dzia
lui a même accordé un crédit de 831 millions de francs CFA
après l'épuisement de ses crédits de l'année 1991, ce qui a
naturellement grevé le budget de l'Etat. Le gouvernement
précise par ailleurs que le déficit des recettes budgétaires
estimé, pour 1991, à 177 milliards passera tout de même à 158
milliards grâce au renforcement des mécanismes de contrôle et
de recouvrement des recettes douanières et fiscales. Toutefois,
les dépenses prévisionnelles sont évaluées à 335 milliards.
Comme s'il n'y avait pas assez de problèmes, les premières
difficultés sociales commencent dès le 5 juillet. Une centaine
de jeunes enseignants volontaires tentent d'empêcher la tenue
d'un Conseil des ministres; ils demandent leur titularisation
dans la fonction publique. Ces signes sont suffisamment
inquiétants pour que le Premier ministre se penche sur ces
problèmes. Mais où trouver l'argent? Paris est sollicité. André
Milongo envisage de s'y rendre du 9 au 13 juillet afin
d'examiner les problèmes financiers du Congo avec les
responsables de l'Elysée et de Matignon. En clair, il va tenter
de demander une aide financière parce que le pays s'enfonce
12davantage dans la crise. Il ne faut plus attendre. Une somme de
50 milliards de francs CFA d'aide budgétaire est nécessaire, un
véritable ballon d'oxygène pour essayer d'arrêter la dérive
économique du Congo. L'obtiendra-t-il ?
A Paris les négociations sont assez serrées. Le Premier
ministre Milongo ne sait pas qu'il est mené en bateau. Un
accord de principe est semble-t-il obtenu. Dans un appel qu'il
lance, le 15 juillet, dans la capitale française, il prévient: "Le
processus de démocratisation que nous avons engagé ne doit
,,1.
pas être mis en péril par des difficultés financières Histoire
de rappeler à la France que c'est son devoir, et c'est le moment
de penser à la fameuse "prime à la démocratisation" ou "prime
La Baule ". Il faut surtout une aide immédiate pour résoudre les
difficultés de trésorerie auxquelles le gouvernement est
confronté.
Les experts poursuivent également les négociations en ce
qui concerne l'aide de la France à la restructuration des
entreprises publiques, notamment le Chemin de fer Congo
Océan (CFCO), la Société nationale de distribution d'eau
(SNDE), la Société nationale d'électricité (SNE) et Hydro-
Congo ainsi qu'à l'organisation des élections de 1992. Pour
autant, il ne faut guère espérer grand-chose des résultats de ces
négociations plutôt décevantes.
Très vite, la délégation congolaise comprend que le message
du Premier ministre n'est pas bien passé auprès des autorités
françaises. Ces dernières exigent la présentation d'un
programme précis des réformes avant l'examen de la demande.
La pierre d'achoppement est sans nul doute la réduction de la
masse salariale des fonctionnaires. La France demande, en
effet, au Premier ministre congolais de licencier une partie des
fonctionnaires. Décision difficile à prendre, et André Milongo
déclare: "Si nous envisageons de revoir les dossiers de
recrutement, nous ne pouvons raisonnablement licencier en une
seule fois la moitié de la fonction publique "(cf. MT du 19
1
Marchés Tropicaux du 19 juillet 1991.
13juillet 1991). La France va trop loin, tant elle sait que
l'application de cette mesure peut provoquer une effervescence
telle que la transition s'arrêterait net.
A propos de la dette extérieure, le Premier ministre plaide
en faveur d'une remise équivalente à celle qui vient d'être
accordée aux pays les moins avancés (PMA). La France
s'engage, sans plus, à présenter ce dossier au même titre
d'ailleurs que celui des trois autres pays à revenus
intermédiaires, c'est à dire le Cameroun, le Gabon et la Côte-
d'Ivoire, au sommet du G7 dont les travaux se déroulent à
Londres du 15 au 17 juillet 1991. Le Premier ministre français,
Edith Cresson, le Président François Mitterrand ainsi que
certains chefs d'entreprises, y compris ceux d' Elf-Aquitaine,
qui rencontrent brièvement la délégation congolaise, ne se
montrent pas particulièrement disposés à aider le Congo.
L'accueil froid qui lui est réservé est un signe qui ne trompe
pas. Au sujet de la renégociation des accords pétroliers, André
Milongo a déclaré à Paris qu' "un audit allait être réalisé et
qu'en fonction de ses conclusions, une réforme de la fiscalité
serait ou non être envisagée ". Une erreur de trop? Force est de
constater que son voyage est un fiasco, malgré la volonté de
faire du Congo un pays démocratique. Pourquoi? A-t-il mis la
main dans un plat très chaud! En tout cas, l'attitude des
autorités françaises surprend plus d'un observateur et intrigue
une partie de la presse parisiennel.
A Brazzaville, c'est la désillusion. Le voyage de Paris a été
un échec total, un espoir déçu! Que veulent les Français en
définitive, tant le discours de juin 1990, à La Baule, raisonne
encore comme une invitation et une mise en garde lancée aux
Africains. L'aide des pays riches et des organismes
internationaux dépendra désormais de la volonté des dirigeants
1 Guy Menga alors Ministre de la Communication écrira plus tard: Le Quo-"
tidien de Paris a fini par poser la question. QUE VEUT LA FRANCE EN
AFRIQUE? Le Point croit savoir que Milongo s'est vu fermer la porte de la
prime à la démocratie parce que la France n'a pas été associée à la préparation
et au déroulement de la Conférence nationale". Cf. Congo La Transition
escamotée, L'Harmattan, Paris, 1993, p. 59.
14africains de libéraliser leurs régimes. Et François Mitterrand de
poser clairement l'équation: " démocratie = aide". Dans le cas
contraire, rien ne serait fait. Or le Congo a beaucoup fait! Plus
que certains pays modérés du pré carré. Pourquoi la France a-t-
elle donc mal accueilli la troisième personnalité de ce pays qui,
avec le Bénin, servent désormais de locomotive dans la
démocratisation des pays africains? L'analyse du journal Le
Point est-elle crédible? Pourtant, selon Guy Menga, on y croit
dans ce qu'il appelle" les milieux autorisés" à Brazzaville et
l'on" s'empresse d'ajouter que Paris n'a pas digéré que ladite
conférence ait dépouillé Denis Sassou Nguesso de l'essentiel
de ses prérogatives de chef d'Etat ". Devrait-on alors admettre,
dans ces conditions, que notre conduite nous soit toujours
dictée par ce pays! Quelles qu'aient pu être les plaintes de la
France, les Congolais qui paient tous les jours le prix fort du
monolithisme politique n'avaient pas à demander l'avis de ceux
qui, par certains côtés, soutiennent les dictateurs qui" soignent
leur image" et garantissent leurs intérêts.
Voilà le nœud gordien du problème, car qu'est-ce que la
France avait à gagner à participer à la préparation et au
déroulement de la Conférence nationale congolaise? A
l'évidence, ce problème ne pouvait être pour les Français que
ce que sont les affaires corse et basque pour les Congolais!
Pourtant l'irritation de la France ne fait aucun doute. La raison
qui semble plutôt crédible, celle qui montre pourquoi la France
trouve des subterfuges pour maquiller son refus d'aider le
Congo, c'est la décision de la Conférence nationale de vouloir
renégocier la convention pétrolière signée avec les régimes
précédents. Décision que le Premier ministre Milongo veut ou
plutôt doit appliquer! Le fait que ce dernier n'ait pas pris des
gants pour annoncer, à Paris, que la Banque mondiale allait
"auditer " Elf-Congo et Agip-Recherches, est considéré, ni plus
ni moins, comme un crime de lèse-majesté! C'est cela la cause
du " Niet " français. Guy Menga écrit:
" On ne soutient que ce qu'on contrôle. Alors pas question
d'encourager une bonne volonté démocratique, qui dès le
départ, affiche son intention d'essayer de comprendre de quels
15ingrédients économiques et financiers est donc fait l'or noir
sur le continent noir. Chèque en blanc! Les Congolais ont pris
acte. Ils ont compris que des limites avaient été placées à leur
insu à la belle promesse de La Baule (...) Pas de prime à la
démocratie (...) pour ceux qui s'aviseraient de revoir certaines
petites choses. Démocratie ne signifie pas remise en cause de
certaines situations acquises de longue date sous le
,,1.
monopartisme
Désormais, André Milongo sait à quoi s'en tenir. Il faut
compter sur les maigres recettes de l'Etat plutôt que sur l'aide
de la France si tant est qu'on puisse l'appeler aide. Peut -être
faut-il déjà s'attaquer à l'application de certaines décisions de
la Conférence nationale, plutôt que de continuer à faire les
geignards et à perdre du temps avec des gens dont on connaît
déjà les intentions.
Pendant que le secrétariat général du gouvernement prépare
des dossiers à déposer sur la table du Conseil des ministres du
19 juillet, un incident regrettable se produit au ministère de la
Communication, trois jours plus tôt.
Prenant la plupart de ses directeurs centraux de court, le
ministre Guy Menga décide d'affecter dans ce qu'il appelle les
"provinces" - décidément, le long exil du ministre aux bords de
le Seine lui a fait perdre certains repères, car ce que sont les
provinces en France sont des régions au Congo -,
24 journalistes de la presse audiovisuelle officielle. Le mot
province choque d'abord les Congolais qui sont stupéfaits
d'apprendre l'information le 16 juillet aux journaux
radiotélévisés du soir. Elle soulève un tollé général dans tous
les médias, même si dans le fond, le problème de la
déconcentration des services que pose la décision du ministre
est moins contestable. La radio et la télévision regorgent en
effet de journalistes qui ne travaillent pas régulièrement.
L'information nationale se limite souvent à l'actualité politique
de Brazzaville, l'intérieur du pays n'étant pas couvert parce
qu'il n'y a pas de correspondants ou des stations relais dans
toutes les régions. A ce propos, le ministre ne se trompe pas.
1
Guy Menga, Congo: La Transition escamotée, op. cil. , pp 61-62.
16D'autant qu'il est évident que Brazzaville n'est pas le Congo et
vise versa. Pourtant, il dérape quand même et beaucoup de
professionnels se demandent comment ils peuvent être dirigés
par un ministre issu de la corporation, mais totalement
déconnecté de la réalité du pays. Entouré des directeurs des
médias publics qui passent, auprès la population, pour des
complices - ce qui est loin d'être le cas, excepté peut-être (!) le
directeur de la radio -, le ministre prend sur lui la responsabilité
de provoquer une situation largement commentée et exploitée à
des fins politiques.
Des journalistes, particulièrement de niveau III, et
majoritairement proches de l'Alliance nationale pour la
démocratie (AND) soutenant Pascal Lissouba et du PCT, parti
du Président Sassou Nguesso, sont curieusement mutés dans
des régions et localités dépourvues d'infrastructures
professionnelles et administratives. Les journalistes proches
des partis soutenant le Premier ministre ne sont pas touchés par
cette mesure très impopulaire. Or si ces journalistes ne peuvent
pas exercer leur métier dans ces localités, et étant donné le
subjectivisme entourant ces mutations, cela donne à penser
qu'il s'agit, non seulement d'une mesure arbitraire et
discriminatoire, mais aussi d'une sanction qui, de loin, tend à
priver certains leaders politiques de leurs" perroquets ". Elle
est perçue comme un signe de rétablissement de la censure
politique dans les médias publics et de démobilisation. D'autant
qu'elle ne touche majoritairement que des journalistes des Pays
du Niari ou du Nibolek et ceux du Nord du pays. Les états-
majors politiques ne tardent pas à s'en saisir comme d'une
arme pour stigmatiser le régionalisme voire le tribalisme du
ministre Guy Menga. Quelques mois auparavant, il avait fait
l'objet de la même critique à la Conférence nationale. Pourtant
l'homme ne laisse pas totalement transparaître un tel
comportement, car quelques-uns des directeurs d'organes de
presse qu'il nomme fin juin 1991, ne sont ni de sa région ni du
même bord politique que lui.
Il s'agit particulièrement des directeurs du Quotidien
national d'information Mwéti (Kouvibidila Gaston-Jonas) et de
17l'hebdomadaire sportif Le Stade (Madouaba Hubert),
originaires de la Bouenza. Les raisons ne manquaient pas pour
qu'il retienne les noms qu'on lui proposait dans son milieu
subjectif! "Ce ne sont pas des médias stratégiques comme la
radio et la télévision, et puis, il fallait faire semblant de penser
nation ", murmure-t-on dans les milieux de l'AND. C'est tout
simplement de l'exagération, même si, comme d'autres, Guy
Menga peut avoir cette faiblesse. Il est difficile d'être au-dessus
de tout soupçon, tant les motifs qui y conduisent sont parfois
légion.
En réaction à cette décision, pas tout à fait dénuée de tout
fondement, mais certainement mauvaise quant à la façon de la
mettre en scène, beaucoup de journalistes de l'Agence
congolaise d'information (ACI) et de la RTC créent un syndicat
indépendant: le Syndicat national des journalistes du Congo
(SNJC); il reçoit le soutien du Président Sassou Nguesso.
Dirigé par Joseph Bitala-Bitemo, lui-même promu à une «belle
carrière» à l'intérieur du pays, ce syndicat menace de lancer un
préavis de grève de 48 heures. Nul doute qu'elle serait soutenue
par la FETRASSEIC, la plus puissante des fédérations de la
CSC, dont le chef est un enseignant, Jacques Bombète, un
homme apparemment tranquille mais irascible, militant
inconditionnel du PCT.
A cause des violentes réactions des journalistes et des
hommes politiques, le ministre Guy Menga revient sur sa
décision le 19 juillet. La radio, commentant cette annulation,
affirme que le ministre poursuit des" ambitions politiciennes",
et entend" écarter les journalistes qui dénoncent les erreurs et
dérapages" du nouveau régime!.
Ce 19 juillet, le Conseil des ministres prend des mesures
relatives à l'application des décisions de la Conférence
nationale. Le gouvernement décide d'une part de rappeler
immédiatement tous les ambassadeurs qui ne rendent compte
qu'au Président Sassou Nguesso et d'autre part de dissoudre le
bataillon autonome de la garde et de la sécurité présidentielle.
1
Marchés Tropicaux du 26 juillet 1991.
18Le chef de l'Etat conserve néanmoins sa sécurité rapprochée en
attendant la création de la garde républicaine. C'est dans le
même ordre d'idées que le Conseil Supérieur de la République
(CSR) réaffirme son rôle alors que certains hommes politiques
réclament son arrestation. Ainsi, le CSR autorise, le 2 août, le
gouvernement à engager des poursuites contre les membres de
l'ancien gouvernement qui auraient acquis des biens
frauduleusement. C'est dans ce cadre que Maurice Nguesso,
frère du chef de l'Etat et Lekoundzou Itihi-Ossetoumba, ancien
numéro deux du PCT sont arrêtés et jetés en prison. Le
gouvernement est aussi préoccupé par l'article 018,
probablement un faux, qui accorderait l'amnistie aux hommes
politiques de l'ancien régime. Un autre problème, sans grande
importance, suscite des contradictions: l'ordre de préséance
des autorités de la transition. Il s'agit de réglementer cet ordre
officiel entre le Président de la République, le Président du
Conseil Supérieur de la République, le Premier ministre, chef
du gouvernement, le bureau du Conseil Supérieur de la
République et le gouvernement de transition, écrit Alexis
Gabou.
Le Conseil des ministres décide, par ailleurs, de ramener la
masse salariale de 135 milliards à 100 milliards de francs CFA,
ce qui devrait également entraîner la réduction de l'inflation qui
ne cesse d'augmenter. Cependant, cette mesure n'entrera en
application qu'à l'issue des négociations avec la CSC. Le
gouvernement ne peut se dérober parce que c'est une exigence
des organismes internationaux et des bailleurs de fonds dont la
France, étant donné que le Congo est en cessation de paiement
et donc dans l'impossibilité de payer les salaires. Jusqu'au 2
août, le Trésor Public n'a pu recouvrer que 761 millions de
francs, or les salaires mensuels des fonctionnaires s'élèvent
maintenant à plus de 12 milliards de francs CFA par mois.
Pour réduire la masse salariale, il y a deux possibilités:
baisser les effectifs des fonctionnaires ou diminuer leurs
salaires. Mais le gouvernement traîne les pieds; il craint de se
heurter au refus de la CSC, promotrice des augmentations
salariales de 50 % et du déblocage des primes et indemnités
19ayant entraîné un surcoût mensuel d'environ 5 milliards de
francs CFA.
Le 17 août, Guy Menga, annonce l'arrestation prochaine
d'autres dignitaires de l'ancien régime. Ces arrestations" ne
sont que le début d'un long processus. D'autres interviendront
encore ", dit-il. Quarante trois partis et associations regroupés
au sein d'une alliance appelée" Forces du changement ",
proches du gouvernement lui auraient soumis une liste d'une
centaine de personnes à arrêter pour d'autres malversations.
Lekoundzou, lui, aurait détourné un prêt public de
13,5 milliards de francs CFA accordé par la Bank of credit and
commerce International (BCCI) en 1987, pendant qu'il occupait
le portefeuille des finances. Quant au frère du Président Sassou
Nguesso, on lui reprocherait d'avoir perçu frauduleusement des
primes d'assurances d'un montant de 9 millions de francs CFA
avec usage de faux. Probablement à cause de cette double
arrestation, le Président Sassou Nguesso refuse de prendre part
è
au défilé militaire marquant le 31 anniversaire de
l'indépendance du Congo. Au gouvernement on pense que c'est
parce que les honneurs militaires doivent être rendus au
Premier ministre en sa présence, ce qui est, semble-t-il,
frustrant. Oscar Samba, porte-parole de la Présidence de la
République, indique plutôt que la sécurité du président n'est
pas assurée et que le gouvernement a refusé toute forme de
collaboration avec lui. Qui dit la vérité? Toutes les raisons sont
valables. Le Président Sassou Nguesso a raison de se méfier,
car plusieurs personnes des Forces du changement et de l'AND
"veulent sa peau" et ce n'est pas la population qui le
regrettera, après douze ans de calvaire
Juste après la déclaration du porte-parole du gouvernement,
le bureau politique du PCT qualifie d'" arbitraires" ces
arrestations. Elles" visent à entraver la campagne électorale"
des candidats du parti à différentes élections prévues en 1992.
Il met en garde le gouvernement contre" tout dérapage et les
risques d'affrontements" qui pourraient compromettre la période
de transition. Pourquoi cette menace revient-elle comme un
leitmotiv, plus dans les discours et déclarations des
20responsables du PCT que dans ceux des autres leaders
politiques? A l'heure où l'on parle démocratie, pourquoi des
mots comme" affrontement", des phrases comme" le sang
risque de couler" et le rappel des atrocités de 1959 reviennent-
ils très souvent dans les déclarations des dirigeants du PCT ? A
n'en point douter, cela induit l'idée de guerre civile alors qu'on
parle désormais de justice! La propension à la violence y
serait-elle plus élevée qu'ailleurs? On ne saurait l'affirmer!
Cependant, en règle générale, certains types de réactions ou de
mœurs exposent plus facilement certaines populations soit à la
violence soit à la tempérance, à l'humilité. S'inscrivant dans la
durée, ces réactions peuvent forger un état d'esprit, un
comportement spécifique caractérisant finalement ces
populations. Elles risquent fort, dans ces conditions, d'être
identifiées comme potentiellement violentes ou non violentes à
partir de ce comportement devenu récurrent. L'appréciation
peut être fausse dans certains cas, c'est pourquoi il faut éviter le
jugement de valeur. Néanmoins, on constate que la coïncidence
entre déterminisme et propension à la violence chez les
responsables du PCT, à quelque rang qu'ils appartiennent, est
assez troublante.
Si Messieurs Nguesso Maurice et Lekoundzou sont
soupçonnés d'avoir posé des actes inciviques, pourquoi ne pas
faire amende honorable en acceptant la sanction de la justice, si
sanction il doit y avoir? D'autant qu'ils savent que toute
personne est présumée innocente tant qu'il n'a pas été apporté
la preuve de sa culpabilité! De plus, devrait-on avoir peur de la
justice si l'on est sûr de son innocence? Un démocrate ou tout
au moins celui qui le revendique, ne peut réagir autrement. La
violence est l'arme des personnes incapables de se défendre
autrement que par les armes, quelles qu'elles soient; pire, celle
de ceux qui ont usurpé le pouvoir au peuple. Et à force
d'imposer cette violence pour le soumettre, cela devient un état
d'esprit, un comportement immanent. Lorsqu'on croit être un
démocrate, on ne peut que privilégier la justice dont le rôle est
de faire respecter les lois, à condition que cette justice soit
21exempte de toute influence, d'où qu'elle VIenne et quelle
qu'elle soit!
Cependant, les Forces du changement qui ne font rien pour
calmer le jeu, au risque d'exacerber ce type de comportements,
demandent au gouvernement de ne pas céder aux pressions du
,,1.
PCT dont les" membres sont habitués à l'impunité Si les
anciens dignitaires s'y étaient accoutumés, ils doivent
comprendre que les règles du jeu politique ont changé. On entre
dans ce qu'on appelle un Etat de droit où la justice peut
demander, à tout moment, des comptes à chacun des citoyens.
Mais seule une justice débarrassée de tout obstacle pouvant
infléchir sa position et sa force, peut juger utile ou non
d'interpeller un citoyen.
Il va sans dire qu'il faut avoir les coudées franches pour
dominer et résoudre tous les problèmes qui se font déjà jour
depuis le début de la transition. Le Premier ministre André
Milongo s'en sortira-t-il? Au mois d'août 1991, il est tout à fait
hasardeux de risquer un pronostic. D'autant que la trêve sociale
dont il devait bénéficier, recommandation de la Conférence
nationale, n'a pas eu lieu. Dès le mois de juillet, en effet, les
mouvements sociaux ont repris. En face il y a un gouvernement
à peine installé, presque désarmé et sans moyens. Il doit
pourtant croiser le fer avec les partis politiques, les travailleurs
et les syndicats. Il doit également lutter contre les injonctions,
l'influence venant des Forces du changement.
Le 8 août, les employés du ministère de l'intérieur (15 000
dont la plupart travaillent à Brazzaville) entament une grève
illimitée. Ils protestent contre la nomination, le 4 août, des
maires et des préfets appartenant à des partis politiques. Le
mouvement risque de s'étendre aux régions si le ministre de
l'intérieur, Alexis Gabou, refuse de négocier avec le syndicat.
A Pointe-Noire, les agents de certaines sociétés de pêche se
mettent aussi en grève. Un peu partout les travailleurs
s'organisent en association ou en syndicats autonomes pour
mieux défendre leurs droits, etc.
1
Marchés Tropicaux du 23 août 1991.
22Dans la deuxième quinzaine d'août, les tensions politiques
se cristallisent. Mgr Kombo qui assiste placidement à cette
escalade est obligé d'interrompre le semblant de repos qu'il
voulait se donner après les chauds épisodes de la Conférence
nationale. Il dénonce, le 22 août, "le tribalisme, l'exclusion,
l'intolérance et la violence politique". Comme pour essayer d'y
apporter une solution, si elle peut être acceptée par tous, il
invite le chef de l'Etat et le Premier ministre à " tout mettre en
œuvre pour que les objectifs essentiels définis par la Conférence
nationale soient préservés en vue d'un aboutissement heureux de la
transition"!. Le message de Mgr Kombo intervient au moment
où le gouvernement tend de plus en plus à marginaliser le
Président Sassou Nguesso dans la prise des décisions au niveau
de l'Etat. Par exemple dans un domaine dit privilégié du chef
de l'Etat, les Affaires étrangères, le ministre Jean-Blaise Kololo
décide, lors d'un séjour en France, et en parfait accord avec le
Premier ministre, du rétablissement des relations diplomatiques
avec Israël; relations interrompues par Marien Ngouabi en
1973 lors de la guerre du Kippour, en signe de solidarité avec
les états arabes.
Inquiet, Mgr Kombo qui tient une réunion à huis clos, le 23
août, avec le commandement des forces armées et le ministre
de l'intérieur, demande que les arrestations ne soient plus
opérées pour "éviter toute effusion de sang" durant la
transition. Les Forces du changement s'y opposent. Ils font
pression sur le prélat pour que le gouvernement autorise
d'autres arrestations. D'un point de vue normatif, il n'y a pas de
raisons à ce que la justice ne continue pas à interpeller des
personnes susceptibles de rendre des comptes pour des actes
qu'elles auraient commis, puisque que la Conférence nationale
a souhaité rétablir le troisième pouvoir. Mais la conjoncture le
permet-il? Les dirigeants d' hier acceptent -ils? Evidemmentl'
non! Conscients de la gravité de leurs erreurs de gestion, ils
craignent une lourde peine de prison au fort parfum de
revanche. Le Président Sassou Nguesso en a tellement peur
1
Marchés Tropicaux du 23 août 1991.
23qu'il préfère se cabrer. Il brandit la menace de l'affrontement.
Mgr Kombo se laisse prendre à ce jeu antidémocratique, ce que
n'apprécient pas les Forces du changement. Cette Alliance lui
fait d'ailleurs remarquer qu'il se substitue trop à l'exécutif qui
perd ainsi sa notoriété. Elle lui reproche notamment d'avoir
effectué un voyage à Libreville, le 22 août, et discuté avec les
autorités gabonaises d'un projet de route entre Franceville et le
Nord-Est du Congo alors que cela est du ressort du
gouvernement. On lui reproche surtout d'avoir indiqué à la
presse, après un entretien avec le président Bongo, qu'il" était
venu profiter de l'expérience acquise par le président dans le
,,1.
domaine politique et dans celui des affaires internationales
N'étant ni chef du gouvernement ni ministre, Mgr Kombo
n'avait pas le droit de faire ce voyage et de tenir ces propos.
Pire, il n'hésite pas à critiquer, à l'étranger de surcroît, l'action
du gouvernement, écrit A. Gabou. Il soutient en effet, " qu'il ne
doit plus y avoir, en vertu du prétendu Acte 018 de la
Conférence nationale, d'interpellations des auteurs des
scandales économiques et financiers puis des propriétaires des
biens mal acquis ". Le gouvernement n'apprécie pas du tout ces
propos. Il le fait savoir dans sa déclaration du 24 août 1991,
précisant, du reste, que le fameux Acte 018 «n'a été ni discuté
ni adopté en séance plénière de la Conférence nationale
souveraine2. Son adoption aurait d'ailleurs, été, selon cette
déclaration, contraire à l'esprit de la Conférence nationale et à
l'Acte numéro 227 ordonnant la communication, au
gouvernement, des dossiers des biens mal acquis et scandales
économiques et financiers et prescrivant des poursuites contre
les auteurs de ces crimes ». Ce que ne semble pas très bien
comprendre le prélat, c'est qu'il faut un Etat fort pour faire
1Marchés Tropicaux du 30 août, op. cil.
2 Le Procureur Général, Placide Lenga, reconnaît, le 2 septembre 1991, que
c'est lui qui a rédigé le projet de l'Acte 018, sur ordre de son chef hiérarchi-
que, Jean Ganga Zanzou. Ce projet n'a cependant pas été soumis, à la sur-
prise générale, aux débats de la sous-commission Justice pour être adopté.
Probablement dissimulé par des gens qui craignaient son rejet en sous-
commission, il a été ressorti une fois l'ensemble d'Actes adoptés.
24respecter les règles de la démocratie, car les Congolais, les
anciens dirigeants en premier, étaient habitués à ignorer la loi,
sauf lorsqu'elle les arrangeait.
Ce voyage est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Par
ailleurs, les prises de position de Mgr Kombo en faveur du
Président Sassou Nguesso irritent souvent les leaders des
Forces du changement. Le prélat a choisi son camp, estiment-
ils. Il y a donc une crispation croissante des relations entre le
président du CSR et cette Alliance. Le Premier ministre André
Milongo, subissant lui également, de fortes pressions des
Forces du changement doit, à leur initiative, procéder à un
réaménagement technique du gouvernement. Il lui est conseillé
de réduire le nombre de ministres de 25 à 15 et de limoger les
ministres leaders des partis politiques. Jean-Martin Mbemba,
Clément Mierassa, Célestin Nkoua alias Gongarad et
Mandzengue Younous sont concernés.
Un autre problème sur lequel le Premier ministre réfléchit,
c'est la remise en cause" des conditions fiscales" des
conventions de coopération pétrolière avec Elf-Congo et Agip-
Recherches. Ces conventions, signées en 1968, accordaient aux
filiales des sociétés française Elf-Aquitaine et italienne Agip,
un régime fiscal particulier sur une période de 25 ans. Ce
régime concerne, en fait, l'exonération totale de toutes les taxes
fiscales, dans la mesure où le Congo est partie prenante des
activités d'exploitation, c'est à dire actionnaire. Les Français et
Italiens possédant, eux, la technologie et la matière grise, ont
subtilement proposé aux Congolais - trop malléables et
corruptibles à souhait -, bien que propriétaires des sites, cette
exonération leur permettant de faire entrer gratuitement leur
matériel. Ces conventions prévoyaient également la cession, par
le Congo, des titres d'exploitation pour une durée de 50 ans.
Celle-ci fut ramenée à 30 ans, renouvelables, en 1982.
Véritable arnaque!
Ce régime fiscal particulier, outrageusement avantageux,
devait expirer en octobre 1993 pour Elf et novembre de la
même année pour Agip-Recherches. Mais en 1989, sentant le
vent démocratique arriver, le gouvernement congolais et les
25compagnies concernées ont décidé, dans le plus grand silence,
de proroger cette spoliation jusqu'à l'an 2005.
Ce marché de dupes a été dénoncé par les participants à la
Conférence nationale. Ils ont demandé de mettre en cause ces
conditions fiscales, parce qu'elles ne sont pas avantageuses
pour le Congo. Comment, en effet, peut-on tolérer que ces
compagnies pétrolières ne puissent verser à l'Etat congolais, à
titre d'impôt sur les sociétés, qu'un modique pourcentage de
17,5 % sur la production qu'elles déclarent elles-mêmes? Entre
1979 et 1990, Elf-Congo et Agip-Recherches n'ont versé à
l'Etat congolais qu'une somme de 724,2 milliards de francs
CFA 1. "Ces impôts ne reflètent pas la production réelle de ces
compagnies pétrolières ", précise le gouvernement, par rapport
aux pactoles qu'elles encaissent au Congo et ailleurs, ce qui
justifie la construction des tours de verre à Bordeaux et à la
Défense à Paris.
Floué, le gouvernement congolais souhaite donc organiser
avant fin septembre 1991 des audits. Sous la supervision de la
Banque mondiale, ils devraient être réalisés par une firme
américaine déjà sélectionnée. Le choix des Américains se
justifie par le fait qu'ils sont plus expérimentés que les Français
et les Italiens en matière d'exploitation pétrolière. Les
ne peuvent se permettre de tromper les techniciens venus de
chez l'oncle Sam comme ils le font royalement devant des
Africains ne maîtrisant ni les techniques de recherche et
d'exploitation, ni celles de production et de gestion pétrolière.
D'ailleurs pour pérenniser ce déséquilibre scientifique et
économique, et non intellectuel, aucun ingénieur ou autre
technicien congolais ne peut percer les secrets des services
stratégiques. Les Congolais ne voient que les chiffres que Elf et
Agip veulent bien leur montrer. Ils ne voient pas ceux qui sont
transmis à Paris en ce qui concerne le nombre réel de barils
produits par jour et le nombre de tonnes par an. Même les
directeurs généraux adjoints complaisamment nommés par la
1
Marchés Tropicaux du Il septembre 1991.
26partie congolaise, à Pointe-Noire dans ces deux compagnies, ne
voient que du feu.
C'est un peu ce micmac que le gouvernement congolais
voudrait découvrir. Une gageure! Une telle décision fait mal,
très mal! Elle énerve les Français, ils ne souhaitent pas créer
un précédent en Afrique. Ceci ne semble pas concerner, pour le
moment, les neuf nouvelles compagnies qui venaient de
s'installer, dans le cadre de la diversification des partenaires en
matière d'exploitation de pétrole au Congo. Il y a parmi elles
les compagnies américaines Amoco et Conoco.
Malgré les difficultés auxquelles il est confronté, le Premier
ministre André Milongo bouscule les symboles et certaines
habitudes acquises sous le monopartisme. Ainsi, après avoir
déclaré la guerre au monstre français, Elf-Aquitaine, il veut
parachever le travail de libéralisation de la vie des Congolais.
Cette question est donc inscrite à l'ordre du jour du Conseil des
ministres du 28 août 1991. Le gouvernement prononce par
conséquent plusieurs mesures: levée et interdiction des
barrages routiers permanents ou occasionnels; restauration de
la liberté d'aller et venir; libre circulation des personnes et des
biens sur l'ensemble du territoire; levée des interdictions de
photographier et de filmer des sites, panoramas, édifices et
manifestations d'intérêt touristique.
Pendant que le gouvernement tente d'appliquer,
difficilement, les décisions de la Conférence nationale et
s'empêtre dans des contradictions politiques internes, la
Banque mondiale annonce, le 6 septembre, sa décision de
considérer comme créances douteuses les prêts accordés au
Congo, ce qui empêche cette institution financière
internationale d'accorder de nouveaux crédits à ce pays dont le
retard de paiements monte maintenant à six mois. Quant à la
dette à l'égard de la Banque mondiale, elle s'élève à 150,9
millions de dollars et ses arriérés atteignent 12 millions de
dollars. Le Congo figure désormais sur la liste" noire ", de la
Banque mondiale. La crise économique que connaît le pays
entraîne également une baisse tendancielle du volume des prêts
de la Caisse centrale de coopération économique (CCCE)
27française. Et comme il fallait s'y attendre, le budget de l'Etat,
exercice 1991, est effectivement réajusté mi-août à la baisse
(15,9 %). Il se monte maintenant à 302,3 milliards de francs
CFA, dont 281,9 millions au titre des dépenses de
fonctionnement et 20,3 milliards seulement au titre des
dépenses d'investissement. Peut-on développer un pays avec un
tel budget?
Comme si ces problèmes ne suffisaient pas, un grave
accident ferroviaire, jamais connu dans l'histoire du Congo et
du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO), se produit dans la nuit
du 12 au 13 septembre à Vougounti (30 km environ au sud de
Dolisie) : un train Express du CFCO et un train transportant le
manganèse de la Compagnie minière de l'Ogooué (COMILOG)
de la République gabonaise se percutent. Plus de cent
personnes y trouvent la mort. Cet accident va brouiller les
relations politiques entre les deux pays parce que les autorités
congolaises sont persuadées que l'accident serait dû à des freins
défectueux sur le train de COMILOG. Cela irrite les Gabonais
qui menacent de ne plus faire transiter leur manganèse par le
CFCO. Une menace qui, si elle était mise à exécution,
entraînerait un manque à gagner de 732,9 millions de francs
CFA par an pour le Congo. De plus, 900 Congolais perdraient
leur emploi sans possibilité de reconversion ou de réembauche
au CFCO. Quel gâchis au moment où le pays connaît une crise
financière sans précédent! Le ministre des Transports et de
l'Aviation civile, Maître Jacques Okoko, y voit une" main
noire", c'est à dire" des ennemis du peuple congolais qui ne
1veulent pas que la transitionréussisse ".
Le 16 septembre, Mgr Kombo ouvre les travaux de la
première session du Conseil Supérieur de la République. Ils
sont consacrés au programme d'action économique du
gouvernement, portant essentiellement sur la restructuration des
entreprises d'Etat (SNE, SNDE, Hydro-Congo et ATC). Le
président du CSR insiste, dans son discours, sur la
collaboration qui doit exister entre le président de la
1
Marchés Tropicaux du 13 septembre 1991.
28République, le gouvernement et son institution, "afin de jeter
les bases d'un développement durable. Les problèmes
économiques et sociaux sont trop importants pour que nous
nous épuisions dans des querelles politiciennes". Quant au
rapatriement des fonds placés par les anciens dirigeants du pays
dans les banques occidentales, Mgr Kombo souhaite que cela se
fasse avec "diplomatie", il demande au gouvernement de
" respecter le statut d'homme public des anciens responsables
qui ne doivent pas être acculés à la mendicitél". Avec de telles
prises de position, Mgr Kombo prend chaque jour un peu plus
de distance vis-à-vis des Forces du changement qui, elles,
incitent le gouvernement à sanctionner les dirigeants de
l'ancien régime, à commencer par le Président Sassou Nguesso.
L'AND2 n'est pas en reste. Cette alliance dénonce par la voix
de son secrétaire général, Maurice-Stéphane Bongo-Nouarra, la
connivence des Forces du changement avec le gouvernement. Il
exige d'ailleurs un remaniement parce que ce gouvernement ne
se soucie pas de l'unité nationale.
Ces querelles de clocher ne semblent pas ébranler le moral
et la détermination du Premier ministre. Il annonce, le 16
septembre, l'allégement progressif des effectifs de la fonction
publique, de manière à baisser les charges annuelles de l'Etat
au titre du paiement des salaires. Cette décision s'inscrit bien
sûr dans le cadre de l'application des recommandations des
organismes financiers internationaux.
La France qui pourrait être condamnée pour non-assistance
à ancienne colonie" pourvoyeuse de tirailleurs et de matières
premières en dérive" - alors qu'elle se montre très active avec
ses pairs du Nord dans la création d'une banque qui aiderait
1Marchés Tropicaux du 20 septembre 1991.
2
Parce que l'AND s'oppose à la moralisation de la vie publique et à l'action
judiciaire contre les anciens dirigeants du régime, le RDPS de Thysthère
Tchicaya quitte cette Alliance en novembre 1991. Il intègre les Forces du
Changement et du Progrès. Jean Itadi, proche de Pascal Lissouba, y trouve la
raison de quitter le RDPS. Il crée le Mouvement Africain pour la Renaissance
Sociale (MARS). Ce parti entre naturellement à l'AND.
29leurs frères d'Europe de l'Est à sortir du chaos économique -
continue à poser les mêmes conditions qu'en juillet, avant
d'" apporter une aide à long terme" au Congo: présenter un
programme de réformes politiques, économiques et sociales
" prioritaires". Voilà le discours que Dominique de Combles
Nayves, directeur de cabinet du ministre français de la
coopération tient à Brazzaville le 17 septembre. Il souligne que
le Congo" ne doit pas se dire qu'un chèque arrive
incessamment de la France, car l'aide est un processus qui
durera plusieurs années ". La France veut dire par-là qu'elle ne
veut pas accorder un chèque en blanc au gouvernement de
transition. Ce pays a-t-il posé, par le passé, ces conditions aux
" marxistes" qui étaient au pouvoir? On croit savoir qu'il
fermait plutôt les yeux sur toutes les incohérences du régime,
tant que ses intérêts étaient protégés. La France exerce-t-elle un
chantage? Cela en a tout l'air, car l'émissaire français a la
hardiesse d'indiquer, après un entretien avec le Premier
ministre Milongo, que son pays est disposé à soutenir" les
dossiers" du Congo auprès de la Banque mondiale, dirigée par
son compatriote Camdessus et du Fonds monétaire international
(FMI), à condition que ces réformes touchent l'électricité, les
transports ferroviaires, ainsi que la sacro-sainte production du
pétrole. N'y a-t-il pas là, une volonté inavouée de créer les
conditions d'une grande crise sociale qui emporterait le
gouvernement de transition? D'autant que les Français savent
pertinemment que le renvoi de près de 30 000 fonctionnaires,
sans politique de reconversion, n'aboutirait qu'à une crise de
confiance entre le peuple et le gouvernement de transition! Les
Français auraient-ils alors une idée derrière la tête? On ne peut
s'empêcher d'y penser. La «provocation» de Milongo au sujet
des audits a laissé des marques indélébiles. Cela donne à penser
qu'à Paris, on regrette les largesses antipatriotiques du régime
précédent. Plus d'un observateur est en effet surpris par
l'attitude de la France, ce que l'on ne manque pas d'interpréter
comme la mise en place subtile des conditions politiques
nécessaires à un corne back politique. Après tout, au nom des
intérêts économiques et stratégiques, les occidentaux ne vont-
30ils pas jusqu'à soutenir des despotes et faire tuer des milliers
d'Africains!
En parlant de la réforme de l'ATC, Dominique de Combles
n'ignore pas que l'un de ses maillons, le CFCO, venait comme
de recevoir un coup de massue avec l'accident de Vougounti
dont les conséquences économiques et sociales seront terribles.
En fait, il ne se passe que deux jours entre le moment où
l'émissaire français évoque la question en tête-à-tête avec le
Premier ministre Milongo et celui où la décision gabonaise, tant
redoutée, tombe: le ministre des transports, Jérôme Ngoua
Békalé, décide de suspendre, à compter du 19 septembre, le
transit du manganèse de la COMILOG par le CFCO. Comme
prévu, le ministre gabonais justifie sa décision par le fait que
son homologue congolais, Jacques Okoko, a rendu la
COMILOG responsable de la collision entre les deux trains. Le
Président Bongo qui sait que son beau-père, le Président Sassou
Nguesso, n'a même plus l'honneur d'inaugurer les
chrysanthèmes, la dernière prérogative qui lui restait, n'hésite
pas à arrêter les activités de la société qui faisait vivre plus de
900 familles congolaises. C'est une catastrophe!
Ce grave problème qui perturbe les relations entre le Congo
et le Gabon est au centre des conversations tripartites, le 16
octobre, entre le Président Sassou Nguesso, le président du
CSR, Mgr Kombo et le Premier ministre Milongo. Les trois
hauts responsables du pays qui se rencontrent pour la première
fois depuis le début de la transition, s'accordent pour envoyer
une délégation du gouvernement à Libreville afin d'entamer des
négociations. Ce n'est pas une sinécure, car les Congolais
savent que les Gabonais cherchent depuis quelques temps un
alibi pour mettre un terme à ce contrat qui n'a que trop duré. Ils
vont ultérieurement faire passer leur manganèse par Port-
Gentil, grâce à leur nouveau chemin de fer, le Transgabonais.
Ainsi, COMILOG va cesser toute activité sur le sol congolais.
Les trois hommes d'Etat discutent également de la
" situation socio-politique " du pays qui se dégrade de jour en
jour. Il va sans dire que les rapports se sont fortement
détériorés, d'une part entre les Forces du changement et le
31président du CSR. Celui-ci est accusé de privilégier le président
du PCT, semble-t-il parce qu'il souhaiterait obtenir le soutien
de son électorat à l'élection présidentielle au cas où, bien sûr le
leader du Nord ne serait pas candidat ou serait éliminé au
premier tour. Rien ne va plus, d'autre part entre l'AND et les
Forces du changement que l'on dit avoir remplacé" l'Etat-
PCT " parce qu'elles ignorent que le Congo est un tout. Cette
alliance accuse Mgr Kombo, le 14 octobre par la voix de
l'universitaire Lecas Atondi Momondjo, de vouloir faire un
"coup d'Etat constitutionnel". On lui reproche d'avoir
organisé une réunion avec les représentants des régions, dont
l'objectif était, selon le prélat, de décrisper la situation très
tendue du pays. Il est vrai en effet qu'à ce niveau, Mgr Kombo
aurait fait l'économie d'une crise de plus en appliquant tout
simplement l'Acte fondamental. On trouvait ainsi la solution
aux divers problèmes. Les représentants des régions n'ayant
aucun pouvoir sur le fonctionnement des institutions du pays,
on se demande si le choix de cette stratégie n'est pas un calcul
électoraliste ou simplement une inconséquence politique! De
plus, le président du CSR n'est plus en odeur de sainteté avec le
gouvernement qui lui reproche de torpiller son action en flirtant
avec le Président Sassou Nguesso, un homme qui n'a pas
bénéficié en quelque sorte de la rémission de ses fautes et qui
continue de représenter un danger et pour les nouvelles
autorités et pour le pays. ..
Le gouvernement ne ménage aucun effort pour essayer de
sortir le pays de la crise socio-politico-économique. Il met en
place, avec l'appui des organismes internationaux, un plan de
restructuration des entreprises à redresser, il s'engage aussi à
alléger la fonction publique. Ce plan prévoit, entre autres, la
privatisation de plusieurs entreprises publiques et la réduction
du nombre de fonctionnaires de 80 000 à 55 000 d'ici 1995. Il
est soumis au CSR pour examen et avis, mais d'ores et déjà, la
CSC fait savoir qu'elle s'y opposera. Elle court-circuite ainsi
les Conseillers de la République dont la décision risque d'être
influencée. Des Conseillers qui montrent tout de même leur
perspicacité avec l'abrogation, le 25 octobre, d'un acte de la
32Conférence nationale amnistiant la plupart des infractions
commises auparavant. Cette abrogation votée par 77 voix
contre 2 et 36 abstentions a été demandée par le gouvernement
afin qu'il puisse poursuivre les anciens responsables qui se
seraient enrichis illégalement ou qui seraient impliqués dans
des scandales financiers ou économiques. Le CSR montre par
cette décision, qu'elle peut prendre d'autres mesures
importantes, quitte à heurter la sensibilité des syndicalistes.
Histoire de dédramatiser aussi ses relations avec les Forces du
changement et le gouvernement.
Toutefois, c'est non sans hésitation et sans pincement au
cœur que Mgr Kombo accède à la demande du gouvernement.
A la vérité, il subit la loi démocratique, c'est à dire celle du
nombre, car il n' y est pas tout à fait favorable. Ille fait sentir en
mettant en garde les Conseillers contre" les risques de
désunion et de dérapage" que pourrait entraîner cette décision.
Son attitude est-elle justifiée simplement par la peur de voir le
pays basculer dans la violence ou au contraire elle s'inscrit
dans ce qui devient un comportement quasi-normal: donner
l'impression de protéger le PCT et ses dirigeants, ce qui lui est
souvent reproché avec fermeté par le gouvernement et les
Forces du changement. La similitude des positions entre les
deux institutions politiques n'est plus à démontrer! La peur du
président du CSR corroborerait-elle finalement l'idée selon la
quelle le PCT serait plus enclin que d'autres partis - peut-être
en concurrence avec les Forces du changement - à provoquer
une guerre civile à cause de la collusion entre l'excentricité de
leur discours politique et l'immanente violence dans leur
comportement! Cette mesure intervient au moment où
Lekoundzou-Itihi Ossetoumba est jugé publiquement. L'enjeu
de ce procès qui s'ouvre le 25 octobre est tel que le PCT a misé
gros pour le défendre. Il s'est payé les services de huit avocats,
dont quatre Congolais, trois Français et un Sénégalais. Leur
choix n'est pas fait au hasard, il s'agit d'abord du célèbre
avocat Jacques Vergès puis de Maîtres Michel Aurillac et
Francis Szpiner, du barreau de Paris et Thiam Yerlin du barreau
de Dakar. Ces avocats plus ou moins habitués à dire le droit
33