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Histoire du roman grec des origines à 1960

De
304 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 211
EAN13 : 9782296325708
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HISTOIRE DU ROMAN 'GRECDe Henri TONNET:
Manuel d'accentuation grecque moderne, Paris, Klincksieck, 1984
Recherches sur Arrien. Sa personnalité et ses écrits atticistes,
2 volumes, Amsterdam, Hakkert, 1988
Histoire du grec moderne, Paris, L'Asiathèque, 1993 (traduit en grec
sous le titre Ia'fop{a 'f1}ç vÉaç EM1}VL1CryÇ yÂroaaaç, Athènes,
Papadimas, 1995)
Méthode de grec (en collaboration avec Georges GALANES),
2 volumes, Paris, L'Asiathèque, 1995-1996
(Ç)L'Harmattan, 1996
ISBN: 2-7384-4639-6Henri Tonnet
HISTOIRE DU ROMAN GREC
des origines à 1960
L'Harmattan Inc.L'Harmattan
55, rue Saint-Jacques5-7, rue de l'École Polytechnique
Montréal (Qc)75005 Paris - FRANCE - CANADA H2Y lK9Collection
"ETUDES GRECQUES"
dirigée par Renée-Paule Debaisieux
La collection "Etudes grecques", créée en 1995, est consacrée au domaine
néo-hellénique, et se donne pour objectif de publier:
"introuvables" : ex : textes de voyageurs français des- des
XVIlle et XIXe siècles,
ouvrages bilingues: textes anciens, composés en grec- des
moderne, assortis de leur traduction et de
commentaires,
textes contemporains (d'auteurs français) de critique- des
littéraire, d'histoire, d'histoire de l'art, de géographie,
traductions d'ouvrages grecs de référence (critique- des
littéraire, histoire...).
Ouvrages parus:
Edmond ABOUT, La Grèce contemporaine (1854) [présenté et annoté par
J. Tucoo-Chala]
Renée-Paule DEBAISIEUX, Le Décadentisme grec (1894-1912)
Mario VITTI, Introduction à la poésie de Georges Séféris
A paraître:
VINCOURT, Paul Calligas et lafondation de l'EtatMarie-Paule MASSON -
grec
Paul CALLIGAS [oeuvres traduites, présentées et annotées par M.P.
Masson- Vincourt]
Thanos Vlécas
Réflexions historiographiques
Des Prisons
Voyage à Syros, à Smyrne et à Constantinople.
Joëlle DALEGRE, La Thrace grecque (Populations et territoire)
BERGADIS, Apokopos, 1509 [édition bilingue]The long tradition o.f r0111anCe
"Yvritingin greek is lnuch 1110re
hOlnogeneous [...] than has
previously been realised.
Roderick BEATON, The Medieval Greek R0111.(lnCe
I. Introduction
Le rOInan est l'objet d'une abondante bibliographie.
On s'interroge sur les problèmes théoriques qu'il pose! et l'on
retrace son évolution dans le cadre des littératures nationales.
Certains mên1e tentent d'en1brasser le roman européen dans
son enselnble2. Il est rare cependant qu'on s'arrête aux
origines grecques du genre, plus rare encore qu'on envisage
le devenir du roman à l'intérieur de la lit.térature grecque.
Sans doute y a-t-il à cela des raisons théoriques. La
littérature grecque est trop souvent limitée à ses origines
1 Là-dessus, voir par exelnple Roland llOURNEUF & Réal OUELLET,
L'Univers du r0l11an, Paris, PUF, 1972, Pierre CHARTIER, Introduction aux
grandes théories du RO/Ilan, Paris, Bordas, 1990. On trouvera une
intéressante anthologie sur ce sujet dans I-lend COULET, Idées sur le ronzan.
)(XeTextes critiques sur le r0l11an français. XIIe siècle, Paris, Larousse-
1992.
2 Pour le l'OInan au 1110yen âge, voir par exelnple, Michel ST ANESCO &
Michel ZINK, Histoire européenne du rOllla11 nlédiéval, Paris, PUP, 1992.
Pour le XXe siècle on lira avec profit R.-M. ALDÉRES, Histoire du 1"Olllan
111oderne, Paris, Albin Michel, 1962.
7antiques3 et conçue seuleIllent comIlle une source
prestigieuse des Iittératures européennes4. Les littératures
byzantine et post-byzantine, qui n'ont pas exercé d'influence
sensible sur nos lettres, sont considérées COIllme affaires de
spécialistes et, somme toute, de moindre importance. Quant à
la littérature grecque moderne, elle est parfois abordée
comme une littérature balkanique se réduisant à une
thématique folklorique et à de puissantes influences
euro péennes.
Nous nous plaçons ici dans une perspective historique
plus naturelle; nous considérons la littérature grecque en
elle-même et dans sa plus grande extension. Les Grecs lettrés
ont toujours eu un accès direct à ce qui s'était conservé de la
littérature antique, qu'ils lisaient à travers le prisme du
Christianisme. Et le peuple n'a cessé, dans la chanson, le
conte et la légende, de reprendre sous des formes diverses
des mythes héroïques qui viennent du fond des temps. Cela
n'a pas manqué de donner aux productions grecques de
toutes les époques une unité et une relation de faIlliliarité
avec la tradition grecqueS que l'on n'observe pas ailleurs. En
3 Il est caractéristique qu'en Europe les lnanuels de littérature grecque ne
concernent que la littérature ancienne et s'achèvent avec la période
rOlnaine. Voir, par exenlple, Alfred et Maurice CROISET, Histoire de la
littérature grecque, Paris, de Boccard, 5 vol., 1928-1935, Albin LESKY,
Geschichte der griechischen Literatur, Berne, Francke, 1963 et Fernand
ROBERT,La. littéra.ture grecque6, Paris, PUF, "Que sais-je ?", 1967.
4 Les histoires de la littérature européenne qui ont été publiées récelnment
consacrent un chapitre initial à la littérature grecque antique considérée
COlll1nele bien C0l111nUn de toutes les littératures européennes, cependant
que l'unité de la littérature grecque de l'antiquité à nos jours est rarelnent
indiquée. Voir par exelnple, Précis des littératures de la COl1llllunauté
européenne, Magnard, 1993, "La littérature grecque", p.15-20 et Lettres
Européennes. Histoire de la littérature européenne, I-Iachette, 1992, "La
Grèce préclassique", "l'Athènes classique", "Le n10nde hellénistique", p.28-
37. A noter que dans la perspective de ce livre la littérature grecque
ancienne n'est pas abordée en elle-lnêlne, 111aisseulement COl111lle source
d'inspiration pour les écrivains européens postérieurs; voir, par exelnple,
le chapitre "De Sophocle à Sartre", p.33.
5 Sur la question du Inythe "lnythologique" ou plus proprelnent littéraire
dans les lettres européennes et néo-helléniques on peut lire Inaintenant la
8Occident, au contraire, on a, à plusieurs reprises, redécouvert
et réinterprét.é6 la littérature grecque ancienne, sans jamais
cesser de se situer par rapport à elle dans un rapport
d'absolue extériorité.
La question de savoir si l'interprétation grecque
médiévale et moderne de la litt.érature classique nous
rapproche ou nous éloigne du véritable "sens" de celle-ci
n'entre pas dans notre perspective. Les lectures des œuvres
du passé, arbitraires ou plus légitin1es, se succèdent à travers
le temps et constituent, avec les œuvres originales qui leur
ressemblent, une littérature nationale en constante évolution.
C'est cet ensen1ble inextricable et changeant de passé
déforlné par le présent que nous voudrions explorer à
propos du genre romanesque en langue grecque.
Nous n'envisageons pas ici la question de la qualité
absolue ou relative des œuvres grecques de toutes les
périodes ni celle de leur originalité. Chen1in faisant nous
ferons bien des rapprochen1ents avec des œuvres étrangères,
en particulier françaises, dont les écrivains grecs se sont
souvent inspirés de très près. Cette in1pression de "déjà lu" ne
doit pas nous arrêter. ElIe doit plutôt nous inviter à chercher
COll1mentces corps étrangers s'intègrent dans une littérature
qui depuis la fin de l'Antiquité a toujours considéré
l'in1itation féconde (Mt~Lll(Jtç7)C01l1111e une pratique littéraire
én1inemment légitin1e.
synthèse en grec de Z.I.SIAFLÉKIS, La Vérité fragile. Introduction à la
théorie du I1zythe littéraire ['H Eü8paucr'tll àÀ.118Eta. EicraYU)Y1lcr'tll 8€.U)pia
'to\) À.OYO'tExvtlCO\)~l'Û8ou], Athènes, 1994. On y trouvera de nornbreuses
références aux Inythes dans la littérature grecque Inoderne, en particulier
dans la troisièlne partie: "Le IIIYthe littéraire et les genres de la littérature",
p.47 à 99.
6 Il suffit pour se convaincre de la variété des approches de la littérature et
de la civilisation grecques dans notrc pays de c0111parer, par exelnple,
l'hellénislne de Ronsard, à ceux de Racine, de Leconte de Lisle ou de Calnus.
7 Sur la MiJnèsis chez les prosateurs du IIc siècle après .I.-C., lire Jacques
BOMPAIRE, Lucien écrivain. IInitation et création, Paris 1958, p.63 et
suiv., "La doctrine de la Milnèsis", et B.P. REARDON, Courants littéraires
9La littérature grecque est un ensemble complet auquel
l'elnploi d'une seule et lnême langue confère sa cohérence;
avant d'être jugée, à supposer qu'il faille le faire, cette
production doit être décrite et cOlnprise.
Nous voudrions que cette étude ne soit pas une simple
juxtaposition de monograpllies sur des œuvres significatives
de diverses époques. Malgré la relative rareté des documents,
surtout dans les époques anciennes, il est possible
d'apercevoir, au-delà de la singularité des créations
indi viduelles, des problélnatiques et des thélnatiques
COmll1uneSqui à chaque InOll1ent de l'évolution constituent
l'esprit et la sensibilité littéraire d'une époque.
Nous serions satisfait si par cette étude nous avions
contribué à faire connaître une littérature européenne encore
éclipsée par l'éclat de ses pren1iers feux. Car contrairen1ent à
l'image splendide évoquée par Chortatsis à la fin d'Erophili8,
la littérature grecque ne fut pas:
une flalnbée qui s'achève
d'autant plus vite qu'elle a poussé plus haut
ses flammes.9
*
Le texte qui suit n'est pas une histoire de toute la prose
grecque et ne se lin1ite pas à l'étude des textes de prose. Une
monographie con1plète sur ce sujet devrait conduire le
lecteur jusqu'à nos jours; car le genre rOll1anesque connaît
en Grèce une floraison ren1arquable en cette tIn de siècle.
grecs des lIe et Ille siècles après J.-C., Paris 1971, p.3-11, "Paideia et
M in1èsis" .
8 Erophili est une tragédie crétoise du XVIIe siècle. Edition philologique
récente du texte grec par Stylianos ALEXIOU et Martha ApOSKITI, 'Epro$lÀll,
'tpaî'ro8la r£{Opî'lOU XOP'tâ'tcr11, E1tqlÉ£ta L'tuÀtavàç 'A£slou, éd. Stign1i,
1988.
9 v. 673-674. :.. ~tà Àa~pa 1to\>'t£Â£Hov£t 't6cra î'oPî'à ocro 1tÀtà 'V11Àà'tcrt
À6X£ç cr111Crov£t.'to'll
10Nous avons pourtant considéré que l'évolution générale du
genre apparaîtrait suffisan1lnent si nous placions dans les
années 60 l'aboutissen1ent de notre voyage à travers la fiction
grecque. L'étude de la fin du siècle pourra faire l'objet d'un
nouveau livre.
On trouvera dans les histoires de la littérature grecque
moderne1o un bien plus grand nombre de titres d'ouvrages
que dans cette courte étude. En revanche, le lecteur français,
peu fall1i1ier des œuvres mentionnées, risque de se perdre
dans ces llistoires con1plètes.
Cela nous a conduit à choisir certaines œuvres plus
si gnificati ves qui nous paraissent caractéristiques de
l'évolution du genre ron1anesque. Cette dernière distinction
est importante, car le lec.t.eur averti peut s'étonner de ne pas
trouver 111entionnés, résumés et analysés beaucoup de
rOlnans qui ont assurén1ent leur place dans la littérature
grecque, mais qui, au 1110lnentoù ils parurent, quelles que
soient leur perfection et leur réussite, n'apportaient rien de
nouveau au genre rOlnanesque grec.
Il nous a sen1blé aussi qu'il fallait faire une place
importante aux citations d'extraits traduits. Bien sûr, ces très
courts passages ne sauraient remplacer une anthologie
complète de la nouvelle et du rOlnan grecs en français, qui
100n peut lire en français deux grandes Inonographies : l'Histoire de la
Littérature néo-hellénique des origines à nos jours de C. Th. DIMARAS,
Athènes, Collection de l'Institut Français d'Athènes, 1965, traduite de la
VEOE).,,).,,11vUC11Çdeuxièlne édition de l'IO"'fopia 'tl1Ç )."o'Yo'tExviaç, 1953, du
lnêlne auteur et l'Histoire de la Littérature grecque /11oderne de Mario VITTI,
I-Iatier, 1989, traduction par R.-P. DEBAISIEUX de deux originaux italien et
grec, respectiveu1ent Storia della Letteratura Neogreca, R0111e, Edizioni RAI
Radiotelevisione ltaliana, 1971 et I a!opi a !17Çv£O£ÀÀ17VlK'ljÇÀorO!£xvtaç,
Athènes, Odysséas, 1978. Pour une présentation plus rapide, voir les "Que
sais-je ?" intitulés La Littérature grecque IIloderne par André MIRAMBEL
(1953) et Denis KC>I-ILER (1985). L'infonnation devrait être cornplétée par la
lecture des Inunuels grecs suivants: !lias P. VOUTIÉRIDIS, Histoire abrégée
de la littérature grecque IIl.or/erne (1000-1930) [LUV'tOJl11 iO"'topia 'tlïç
2, Athènes, Papadirnas, 1966,YEOE).,,).,,11vl Klïç )."o'Yo'tExviaç, 1000-1930]
Linos POLITIS, Histoire de la littérature grecque 1110derne ['IO"'topia 'tlïç
2, Athènes, MIET, 1979.VEOE).,,).,,11vlKlïç )."o'Yo't£xviaç]
Il'reste à écrirell. On nous pardonnera de faire quelques
coupures dans les textes cités, principalell1ent dans ceux du
lnoyen âge, car la concision n'est pas la qualité n1aîtresse des
romanciers grecs lnédiévaux. Le texte grec des extraits n'est
donné en notel2 que lorsque la forn1ulation exacte du
passage peut présenter un intérêt pour les hellénistes. Pour le
reste, malgré quelques rares citations de mots grecs dans le
texte principal, nous faisons en sorte que cette histoire soit
accessible à des lecteurs ignorant le grec.
Nous essayons aussi par un très rapide résumé de
donner au lecteur français une certaine idée des sujets de ces
textes difficilell1ent accessibles. Chaque fois qu'une
traduction existe dans notre languel3 nous l'indiquons en
note; une référence à une édi tion grecque récente est
égalen1ent fournie.
Les ouvrages dont nous nous occupons ne sont pas
exclusivelnent en prose. En effct, durant le 1110yenâge, aussi
bien en Grèce qu'en France, les ron1ans s'écrivaient en vers.
Cette pratique s'est poursuivie chez les Grecs jusqu'au XVIIIe
siècle. Cela ne signifie pas que ces romans étaient
particulièrel11ent poétiques, l11ais simplement que la forme
versifiée favorisai t la n1éll1orisation des textes par des
auditeurs qui ne savaient pas lire.
Il On peut signaler cependant, lnais sans traduction française,
l'Anthologie de la. prose néo-hellénique (1884-1948) d'André MIRAMBEL,
Paris, Klincksieck, 1950.
12 A ce sujet nous devons à nos lecteurs grecs et hellénistes une
explication concernant l'accentuation des textes cités. Nous avons voulu
respecter à la fois la réalité linguistique et la volonté des auteurs.
L'accentuation Inonotonique est appliquée aux textes Inédiévaux et aux
œuvres récentes lorsque leurs auteurs l'elnploient. L'accentuation
polytonique est utilisée pour le grec ancien, le grec savant et la dén10tique
récente si l'original est accentué ainsi. Cette façon de faire reflète bien,
croyons-nous, la situation instable qui règne aujourd'hui en cette lnatière.
13 Le guide le plus sûr pour connaître les traductions françaises est
l'ouvrage réce111111ent ren1is à jour édité par l'Institut français d'Athènes, La
Grèce en français, Athènes, Collection de
1993.
12Nous n'avons pas voulu établir de distinction nette
entre la nouvelle et le roman. Notre objet est la fiction
grecque telle qu'elle se ll1anifeste dans des ouvrages plus ou
moins longs. Jusqu'à une date récente les textes de fiction
grecs étaient en moyenne plus brefs que les r0l11anS
occidentaux14 ; cela ne doit pas conduire à écarter du genre
romanesque des textes qui ont toutes les caractéristiques de
courts rOlllans.
Il nous faut égalelnent expliquer le terme de roman
"grec" que nous donnons au genre que nous allons présenter
à grands traits. L'adjectif "grec" est justifié par le fait que les
textes étudiés sont tous écrits en grec. Il n'est pas nécessaire
de préciser qu'il s'agit de grec moderne, car nous nous
référons aussi à des r0111anS écrits en grec ancien ou
ll1édiéval. Du reste, la langue écrite et parlée par les Grecs
d'aujourd'hui Inérite d'être appelée grecque sans autre
qualification, de ll1ên1e que le français 1110derneest le plus
souvent désigné C0l11111e du français.
Une petite histoire du rOIllan grec est aussi
nécessaire111ent une petite h.istoire de la Grèce; il est peu de
pays où l'h.istoire nationale et l'idée que l'on s'en fait aient à
ce point conditionné les consciences. Et puis, les conditions
souvent très diffici1es de vie, ou plutôt de survie du peuple
grec se reflètent nécessairel11ent dans la littérature, allant
11lêlllejusqu'à provoquer à certaines époques la disparition
presque c0l11plète de celle-ci. Les quelques notations
historiques que l'on trouvera chen1in faisant dans cet essai15
14 En revanche on distingue actucllclncnt une tendance nctte à publier des
r01l1ans longs. Par exclnple le livre de Nikos BAKOLAS, La grande place['H
JlE'Yc1Â11 1tÂa'tEla], 1987, C0111pte 553 pages, celui de MiInika KRANAKI,
Philhellènes, [CDtÂÉÂÂ11vEÇ],1992, 445 celui de Zyrana ZATÉLI, Et
q)WÇils reviennent entre chien et loup [Kai JlÉ 'tO 'toi) Â,UKOU
È1tavÉpxov'tat], 1993, qui est un prelnicr r0111an, 667 pages et celui de Maro
DOUKA, Un bonnet de pOlupre [Evaç cncouq)oÇ ano 1topQ)upa], 1995, 509
pages.
15 Pour acquérir des connaissances plus précises en histoire grecque
médiévale et 1110derne, on pourra consulter en français, Paul LEMERLE,
Histoire de Byzance, Paris, PlJF, 1943, Nicolas SVORONOS, Histoire de la
13n'ont pour but que d'éclairer un peu les destinées du genre
rOlnanesque dans un pays pétri d'histoire.
Grèce J11.oderne, PUF, 1953, Constantin TSOUCALAS, La Grèce de
l'Indépendance aux Colonels, Maspéro, 1970.
14II. Le roman grec antique16
Bien qu'il ne porte pas un nom grec1?, le roman est
une création grecque au mêlne titre que l'épopée homérique,
la tragédie, la c0111édie,la philosophie ou l'histoire.
Mêlne si, dans la littérature grecque, d'Homère à
Hérodote, et de la Cyropédie de Xénophon aux intrigues de
la Nouvelle COlnédie, les thèn1es et parfois les formes
romanesques sont partout présents18, le rOInan n'apparaît que
très tard COll1me genre constitué dans l'histoire de la
littérature grecque. Cela explique qu'Aristote n'en ait pas
parlé dans sa Poétique. La chose est. regrettable, car le
philosophe nous aurait sûrelnent éclairés sur les origines et la
signification profonde de ce genre appelé bien longtemps
après à détrôner tous les autres.
Aujourd'hui, nOllS S0111111eS rédui ts à des conjectures
quand nous cherchons à deviner les intentions de ceux qui à
l'époque hellénistique, vers le Ille siècle avant .I.-C., ont les
premiers rédigé en prose ces histoires d'an1our et de voyages.
Voulaient-ils récrire l'Odyssée en prenant pour protagonistes
des personnages ordinaires? Il est certain que la plupart de
16 Sur ce sujet la Ineil1eure référence reste le livre de TOInas HÂGG, The
Novel in Antiquity, Oxford, Basil Blackwell, 1983. Il en existe une
traduction grecque par Yoryis Y ATROMANOLAKIS,Le rOl1tan grec ancien [To
àpxalo Mu8tcr'top1lpa], Athènes, MIET, 1992. On pourra aussi consulter
les essais suivants: f\1assÎlno FUSILLO, Naissance du rontan, Paris, Seuil,
1991 et Alain BILLAULT, La création r0l11.anesque dans la littérature grecque à
l'époque iJnpériale, Paris, PUF, 1991. Présentation rapide Inais suggestive
dans Suzanne SArD, La Littérature grecque d'Alexandre à Justinien, Paris,
PUF "Que sais-je ?", 1990, p. 54-61.
17 C0111111e on sait, le n0111"roInan" a été donné au Inoyen âge à des textes
rOInanesques en vers, COIn111eceux de Chrétien de Troyes, parce qu'ils
n'étaient pas écrits en latin, Inais en langue vulgaire, en rOInan. Pour une
histoire du r0111an français depuis les origines on lira par exeInple
l'excellent ouvrage d'I-Ienri COlJLET, Le RO/llan jusqu'à la Révolution,
Arn1and Colin, 1967.
18 Sur ce sujet du "roInan avant le rOInan" voir 'rOInaS I-IÂGG, op. cit., "The
Literary Pedigree of the Novel", p.l09-124.
15ces romans cOInportent des navigations dangereuses et des
naufrages et que les héros revenant à leur point de départ y
rejoignent la personne aimée, comme Ulysse retourne à
Ithaque et y retrouve Pénélope.
Mais la siInple transposition de l'Odyssée ne rend pas
compte de tout le rOInan antique. Il y a aussi dans le roman
des époques hellénistique et rOIllaine des éléIllents originaux
qui le rapprochent du genre historique. L'épopée, comIlle du
reste le conte, lllet en scène des personnages différents du
commun des mortels et les fait évoluer dans un monde
mythique. Au contraire, le rOlllan a ceci de conlmun avec
l'histoire qu'il pose le lieu et le tenlps de l'action comme
réels. Les personnages, eux, ne sont ni entièrement
mythiques ni entièrement historiques. Ils sont simplement
vraiselnblables. COln111ele lecteur de rOlllan, le personnage
de rOIllan n'a pas les pouvoirs surnaturels du héros du conte
ou du mythe, ni la célébrité de ce dernier. Il est, certes,
idéalisé, plus beau et plus fidèle que le COlnmun des lecteurs.
Mais cela ne va pas au point que l'on ne puisse absolument
s'identifier à lui (ou à elle). Ce séduisant n1élange
d'imaginaire et de réel qui constitue le romanesque n'est pas
la moindre des inventions grecques. I3ien sûr, il n'est pas
exclu que l'invention soit le produit d'une collaboration
égypto-grecque ou chaldéo-grecque et que des légendes
historiques ou religieuses de couples idéaux COll1111e ceux
d'Isis et Osiris ou Sén1iralnis et Ninus19 aient constitué le
noyau initial des prelniers r0111anS,C01l111le la légende de
Dionysos avait été à l'origine du théâtre. Mais en l'état de nos
connaissances, la laïcisation et la banalisation de ces Inythes,
qui ont transfornlé le légendaire en rOIllanesque, semblent
être dues à des écrivains de langue grecque.
Nous savons que des rOll1ans ont été écrits en grec dès
le Ille siècle avant .I.-C., 111aisnous n'en possédons pas les
textes cOlnplets. Les rOll1anSconservés - ils n'atteignent pas
19 De très courts fraglnents d'un ROJ1lande Ninus du lIe_le siècle nous sont
conservés; pour la publication de ces fraglnents, voir TaBlas I-IÂGG,op.
eit., p.238.
16la dizaine20 - datent pour l'essentiel des lIe et Ille siècles
après J.-C.
Dans cette production, telle qu'elle nous apparaît on
distingue deux cat.égories inégalement représentées, des
romans sentin1entaux, de loin les plus nombreux, et des d'aventures réalistes et satiriques qui ont déjà certains
traits des futurs rOll1ans picaresques. Dans les deux
catégories, les voyages, et en particulier les voyages
circulaires où les héros reviennent à leur point de départ,
consti tuent la structure narrati ve de base.
C'est ici Inanifestelnent l'Odyssée qui a servi de modèle.
Cette forll1e, qui suit un schéll1a de conte universel, est aussi
parfaitement conforlne au génie grec. L'histoire des
all10ureux séparés puis réunis à la fin satisfait la logique et
les sentiments. La fiction ouverte par le déséquilibre d'une
séparation se referll1e quand l'équilibre et le bonheur sont
réalisés. Cette conclusion du récit est définitive. Elle ne
cOll1porte aucune ouverture sur une suite quelconque. Le
bonheur dont il s'agit est uniquell1cnt de ce monde et, ll1ê111e
en restant dans ce d0l11aine, le r0111ancier n'envisage ni sa
poursuit.e ni sa prolongation dans les enfants. L'apparition du
rOInan grec est certes conte111poraine de l'effacement de
l'univers collectif et religieux de la cité antique et de la
découverte du salut individuel - d'où l'absence de référence
aux ancêtres et aux enfants. Mais quelles que soient les
influences orientales qu'on y discerne, le roman reste grec
dans sa conception de la perfection. Le bonheur auquel
parviennent les alnoureux trouve son achèvelnent dans ses
Ii111 ites 111 ê111 es. En rai t,le sujet duro 111 ann' es t pas ce
bonheur 111ais les vicissitudes qui précèdent.
Il n'est pas dans nos intentions de conduire à nouveau
une analyse du r01l1an grec ancien qui a été fort étudié21,
20 On peut lire C01111nodé1nent la plupart de ces textes en traduction
française dans Pierre GRIMAL, R0/11anS grecs et latins, Paris, GalliInard, "La
Pléiade", 1958.
21 On trouvera dans Mikhaïl BAKHTINE, Esthétique et théorie du rOlllan,
1975, traduction française, Paris, Gallilnard, 1978, dans le chapitre
intitulé, "Fonne du tcn1ps et du chronotope dans le r01nao" (Essai de
17mais seulement de présenter, en prenant nos exemples dans
l'un d'entre eux, les caract.éristiques générales de ce genre
afin de 111ieuxc0111prendreses évolutions ultérieures.
Celui que l'on tient aujourd'hui pour le plus ancien
rOIllan grec conservé, Chéréas et Callirhoé22 de CI-IARITON,
est peut-être du lIe siècle avant J.-C. Son intrigue est tout à
fait caractéristique du genre. L'action se déroule dans un
cadre historique, en Sicile au début du IVe siècle avant J.-C.
Callirhoé, l'héroi'ne, est la fille du sicilien Herl110crate qui
vainquit les Athéniens en 413. Chéréas et Callirhoé sont
beaux COIllIlle des dieux et très vertueux. Dès qu'ils se
rencontrent, ils tOlnbent al1l0UreUX l'un de l'autre. Ce coup de
foudre est caractéristique de presque toutes les intrigues de
rOlnans antiques. Mais les fanlilles des jeunes gens
appartiennent à deux partis politiques opposés. L'affaire est
port.ée devant l'Asse111blée du peuple qui contraint les
falnilles à consentir à cette union. Cependant les prétendants
évincés persuadent Chéréas que Cal1irhoé a eu un alnoureux
avant son l1lariage. Furieux, Chéréas frappe Cal1irhoé qui
tOl1lbe a!J!J{[rel1'unelltlnorte. Ce 1110tifde la 1110rtapparente
sera partout présent dans le rOInan grec antique et 111édiéval,
voire Inê111edans le r0111an1110derne.
C0111prenant, trop tard, que Callirhoé est innocente,
Chéréas veut se tuer. Il en est e111pêchépar son alni intime et
con11dent Polycharnle. Ceci aussi est un épisode comIllun dù
rOl1lan sentinlental qui se retrouvera dans des œuvres
postérieures. Cependant on dépose Cal1irhoé dans un
tOIllbeau S0l11ptueux près de la mer. La jeune femme se
réveille dans ce lieu où elle est à la fois Illorte et vivante.
Cette ambiguïté nous ra111èneau thènle de la lnort apparente,
poétique historique), "Le r0111an grec", p. 239-260, à côté de quelques
affinnations contestables, beaucoup de vues pénétrantes sur le te111pS et
l'espace dans le rOll1an grec qui constituent une intelligente présentation
d'enselnble pour un public non spécialisé.
22 Tà Ka'tà XatpÉav Kat KaAAtp611V ÈpCù'ttKà OUrfllJla'ta. Texte grec et
traduction française récente par Georges MOLINIÉ dans la Collection des
Universités de France, 1979. La traduction seule figure aussi dans Pierre
GRIMAL, RO/Han grecs, p.385-513.
18ce qui est peut-être un rappel lointain des origines religieuses
du rOIllan, transposition des aventures de l'âme après la
mort23.
Un pilleur de tOll1bes, Théron, enlève Callirhoé et la
vend en Phénicie au riche Dionysios qui veut l'épouser.
Callirhoé, persuadée que Chéréas est mort, lui élève un
cénotaphe près de la 111er. Cependant elle se découvre
enceinte de Chéréas et décide d'épouser Dionysios, pour
donner un père à son enfant.
Parti à la recherche de sa fell1111e,Chéréas est fait
prisonnier par des pirates et devient esclave. Une guerre
éclate entre les !:)erses et les Egyptiens. Dionysios est du côté
perse, Chéréas avec les Après la victoire des
Egyptiens, Chéréas retrouve Callirhoé parmi les captives
perses. Sous le coup de l'éIllotion les deux jeunes gens
s'évanouissent.
COll1Illeon le voit, ce prell1ier rOIllan grec est un roman
d'aventures, à la fois sentin1ental et historique, ce qui contient
en germe beaucoup de développeIl1ents uHérieurs du genre
rOll1anesque.
A ses débuts le rOIl1an grec n'est que "timidell1ent"
24his tor i que . La" gr ande his toi re" n'yap par aît
qu'épisodiquelllent dans la ll1esure où el1e infléchit le cours
de la petite histoire du couple d'aIlloureux qui, elle,
concentre l'intérêt de l'écrivain et du lecteur. L'histoire qui
sépare d'abord les héros puis les réunit à la suite d'une
guerre, joue le ll1êll1erôle que les divinités courroucées ou
an1icales dans l'épopée hOlTIérique.
TIi en que le r0 IIIans 0its en ti 111 en tal et que 1es
expressions lyriques de la passion ll1alheureuse y constituent
une bonne part du texte, les sentin1ents aITIOUreUX n'y
23 La curieuse parenté des intrigues de rOlnans avec les Inythes cultuels des
religions à Inystères a été soulignée par R. MERKELBACH,RO/Ilan und
MysteriuIIl in. der Ant(ke, Munich et Bcrlin, 1962.
24 Sur ce caractère historique des pren1iers r0111anSgrecs, on peut lire de
TOlnas HÂGG, The Beginnings of the Historical Novel dans The Greek
Novel AD 1-1985, édité par Roderick BEATON,Londres, 1988, p.169-181.
19constituent ni un objet de subtile analyse ni le moteur de
l'intrigue. Apparaissant soudain par inspiration di vine,
l'alnour n'est. pas susceptible ici de degrés ou de nuances25.
On pourrait. dire que si les corps des amoureux sont ballottés
sur toutes les mers, leurs cœurs restent bien ancrés dans le
port d'un alnour réciproque.
Quant à leurs aventures elles sont liées à la séparation
des all1ants et aux efforts constall1111entdéçus qu'ils font pour
se rejoindre. Ce sont les aventures ordinaires des voyageurs
de l'Antiquité: enlèvelnents, captivité, guerres.
Le r0l11an grec ancien tel qu'il nous a été conservé ne
fait que peu de place à la sensualité; on doit cependant citer,
dans ce domaine, l'œuvre à la fois sentin1entale et érotique de
Longus, Da/J!zllis et Chloé26 .
Le sujet du livre est très siInple. Il s'agit de l'initiation
progressive à l'an10ur de deux bergers au contact des
anin1aux et de la nature. Avec Da/Jhllis et Chloé un monde
bien différent de celui de la bourgeoisie des villes fait son
apparition dans le rOlllan grec, celui de la calnpagne et des
bergers. La nature décrite par Longus n'est pas sauvage; elle
nous fait penser à VirgiJe et à la peinture pOl11péïenne.
25 Lire là-dessus, M. 13AKHTINE,op. cil. , p.242.
26 nOt~lEVlKà 'tà Ka'tà ~a$vtv Kal XÀ.6'1V. Ce petit chef-d'œuvre a été
souvent traduit en français, nota111111entpar Jacques Alnyot et Paul-Louis
Courier. On trouve le texte grec, établi par Georges DALMEYDA, dans la
Collection des lJniversités de France, 1934.
20III. La nouvelle et le roman à l'époque byzantine27
La période qui suit le triomphe du Christianisme, celle
de l'époque r01l1aine tardive et de Byzance jusqu'au VIlle
siècle environ, n'est pas favorable à l'in1aginaire romanesque.
La désaffection pour le roman paraît avoir plusieurs
raisons. La principale sen1ble être que ces histoires d'amours
profanes, malgré leur chasteté, étaient alors tenues pour
ill1ffiorales. Le Christianislne les rejette, parce qu'elles
exaltent l'an1our charnel des créatures et sont liées aux cultes
païens d'Aphrodite, d'Eros, d'Isis ou d'Hélios. Avec le
contrôle des lettrés par l'Eglise et leur concentration à
Byzance le rOll1an disparaît en ll1ên1e ten1ps que la
bourgeoisie gréco-ron1aine païenne et souvent provinciale
qui le "COnS0I11Inait.".
Certains motifs ron1anesques apparaissent, nous al10ns
le voir, dans les vies de saints. Mais ces vies édifiantes de
personnages supposés avoir existé s'opposent, dans
l'approche de leur objet, au rOInan dont les personnages
principaux, sinon tous les personnages, sont in1aginaires.
Cependant, pendant toute cette période, certains clercs
continuent à lire des r01l1ans, l11ên1es'ils en stig1l1atisent à
l'occasion l'in1Inoralité. C'est ce que 1110ntrentles résulnés de
r01l1ans perdus contenus dans la Bibliothèque du Patriarche
I=>hotius (IXe siècle)28.
Mais, à ce que nous savons, on cesse d'écrire des
rOlnans originaux jusqu'au XIIe siècle.
27 Sur ce sujet on consu1tcra l'excellcnte étude de Roderick BEATON, The
Medieval Greek R0I11.ance, Calnhridge University Press, 1989.
28
'H M\)pt6~tr)Â.oç. Edition René I.IENRY dans la Collection Byzantine de
l'Association Guil1au111c Budé, 1960.
211. Histoires venues d'Orient: les prelnières
1l.ouve lies""
L'Antiquité avait connu, avec les "fables milésiennes"
d'Aristide de Milet29, qui vécut autour de l'an 100 avant J.-C.,
des nouvelles lestes dont l'histoire à conservé la réputation
n1ais non le contenu exact. On suppose que ces nouvelles
étaient organisées dans un récit-cadre du type de celui du
Déc(l/nérOll de Boccace. La 111atièrede ces nouveIIes, COlnme
celle de la "veuve d'Ephèse", a pu passer, à travers des
traductions latines3o,dans les rOlnans de Pétrone et d'Apulée.
Il est i111possiblede savoir si ces rustoires, qui sont liées
à l'Asie Mineure et à Milet, représentent une tradition orale
qui aurait pu se poursui vre par la suite.
Les échanges de Byzance avec l'Orient provoquent la
renaissance de la nouvelle; ce genre se 111anifest.e,dans la
période qui s'étend du VIlle au XIe siècle, dans des écrits de
tons très divers.
L'i111agination orientale vient revivifier une littérature
officielle alors très austère. Peut-être doit-on évoquer à ce
propos la pression de la littérature orale des contes, dont la
fantaisie dépasse de beaucoup celle du r0111an.Le passage
dans la littérature grecque d'anecdotes de toutes sortes paraît
avoir été assuré, vers le VIlle siècle, par des Chrétiens
connaissant le grec et le syri aque.
L'ouvrage d'édification en prose attribué à Saint JEAN
DAMASCÈNE (env. 650-env. 750), Varl([(/ln et Joasaph31, se
29 Lire sur l'auteur des MlÀ,110'taKa, Qu. CANTAUDELLA, La novella. greca,
1957, p. 131 et suive
30 On Inentionne le nOll1 du traducteur Lucius Cornelius Sisenna. L'histoire
de la veuve ou de la Inatrone d'Ephèse, souvent reprise par la suite, est celle
d'une veuve éplorée qui veut 1110urir dans le tOInbcau de son Inari, 111aisfinit
par se consoler avec un fossoyeur; elle en vient à se débarrasser du cadavre
de son 111aripour sauver la vie à son aInant. Voir 'ro111as I-fAGG,The Novel in
Antiquity, p. 172.
31 Le titre c0l11plet de l'ouvrage est Var/a(.llll et loasaph, histoire édifiante
apportée dans la Ville sainte de l'arrière-pays des Ethiopiens qu'on appelle
22situe à mi-chen1in entre la vie de saint ron1ancée et le recueil
d'anecdot.es morales venues d'Orient. La critique hésite entre
une datation basse de la fin du Xe siècle et une datation haute
du VIlle siècle.
Ce gros Iivre contient un exposé de la doctrine
chrétienne. Mais ce qui a dû séduire ses lecteurs ce sont les
aspects ron1anesques de l'ouvrage. On a soutenu avec
beaucoup d'exagération qu'il y avait là "un des lneilleurs
romans de l'époque byzantine"32.
Le titre, qui associe deux naIns propres, évoque les
rOll1ans sentin1entaux antiques. L'histoire suit en gros le
schén1a narratif classique: les deux personnages se
rencontrent, sont séduits J'un par l'autre puis séparés avant de
se retrouver dans un ern1ilage du désert où ils resteront
jusqu'à leur 1110rt.Il y a de plus, au début de l'ouvrage, un
motif de conte qui vient de la vie légendaire du Bouddha33.
Le roi indien Abenner, qui persécute les Chrétiens, s'afflige
de ne pas avoir d'enfant. Après la naissance de Joasaph, son
père veut l'elllpêcher de percevoir le tragique de la condition
humaine, ce qui l'an1ènerait à se convertir au christianisme.
Aussi l'enfern1e-t-il dans une sorte de cage dorée.
Naturellelllent Joasaph échappe à ses gardiens et découvre la
souffrance, la ll1aladie et la Inort. Joasaph devient Chrétien,
convertit ses sujets, abandonne son royaullle et se fait lnoine.
On voit apparaître ici, pour la prelnière fois, la forn1e
narrative du récit-cadre dans lequel s'ell1boîtent différents
apologues il1ustratifs, C0111I11e par exeI11ple ilLe frère du roi et
Indiens par le I1loine Jean, hOl/l/lle honnête et verlueux du couvenl de Saint
Savas, contenant la vie des bienheureux Varlaal/l ef loasaph de glorieuse
/11.é/110ire ['Icr'topia ~ruxcoq)£Â.liç ÈK tilÇ ÈvôotÉpaç tWV Ai8té1tcoV xcopaç, tlïç
'I vôwv £rO~lÉV11Ç, 1tpaç t11V 'Ariav 1téÂ.t V ~l£t£V£xe£lcra ôtà 'Icoavvo\>
~ovaXO\), cXvopaç tt~io\> Kat ÈvapÉ'to'U ~ovilç 'to\) 'Ario\> La~a' Èv 1J 6 ~ioç
BapÂ.aâ~ Kat 'Icûâcra<p tCOv àOtoi~cov Kat ~aKapicov]. Edition par G. R.
W OODART et I-I. MATTINGLY, dans la Loeb Classical Collection, Calnbridge
Massachussetts-Londres, 1914.
32 Article "Barlaan1 unci Joasaph" du TUSCU/UI11 Lexikon griechischer
auloren des AIle/11lI/IS und des Millelallers, 1963, p.67.
33 Le 110111 de Joasaph est une défonnation de Bodhisattva> arabe Budasaf >
Joclasaph, qui devient Joasaph, par influence du 110111 biblique Josaphat.
23la trompette de la mort"(VI, 41), la "Fable du chasseur et du
rossignol" (X 79-81), "Histoire de l'homn1e qui avait trois
amis dont le n1eilleur était celui qu'il lnéprisait" (XIII, 114-
116) ou le "Conte de l'enfant qui n'avait rien vu jusqu'à l'âge
de douze ans" (XXX, 268-269).
Le n1êlne procédé d'inclusion d'llistoires indépendantes
dans une narration d'ensen1ble est repris de façon
systén1atique dans un autre texte adapté d'un original
oriental, SyntilJQS le philosOl)he, traduit par Michel
ANDRÉOPOULOS, à la fin XIe siècle. La version grecque se
trouve au bout d'une chaîne de traductions qui commence
avec un original en pehlevi34.
Dans la structure par inclusion du SyntÎIJ{lS la
proportion est inversée par rapport au Varla{l/n. Ici, COlnme
dans les Mille et une nuits, le récit-cadre n'est qu'un prétexte.
Les nouvelles sont développées pour elles-Inê1l1es et peuvent
être ajoutées à volonté sans nuire le llloins du monde à
l'éconolllie de l'ense1l1ble.
Le roi de Perse, Cyrus, a sept femmes, sept conseillers
et un fils qui, grâce à son précepteur Syntipas, fait de très
rapides progrès en science et en sagesse. Le jour où le fils du
roi doit rendre visite à son père, Syntipas découvre dans son
horoscope qu'il court un danger de mort s'il parle pendant
les huit jours qui suivent. COInn1ela cour s'étonne du silence
de l'enfant, une des felllIlles du roi se fait forte d'obtenir ses
confidences. En fait, elle projette de se faire épouser et de
s'en1parer du pouvoir après avoir fait assassiner le roi.
Com1l1e le jeune h01l1111erefuse, la fen1111edéchire ses
34 Cet original est perdu, 111ais nous en possédons des versions en persan
dont celle de Zahiri de Sat11arkand, sous le titre de Sendbâdnal11eh, traduit en
français par Dejan BOGDANOVIC, Le Livre des sept vizirs, 1975. Le texte
pehlevi a été traduit en arabe par Musa ben Isa al Kesrawi, cette version a
été à son tour traduite en syriaque avant d'être rendue en grec. On dispose de
plusieurs édi tions reposant sur di vcrs l11unuscrits: celle de J. F.
BOISSON ADE, De SYl1tipa et Cyri .(ilio Al1dreopuli narratio, Paris, 1828,
celle d'Alfred EBERHARD, Fabulae ROlllancl1ses graece cOl1scriptae, 1872 et
celle de V. JERNSTEDT, Michaelis Andrcopuli liber Syntipae, S t
Petersbourg, 1912.
24vêtements et prétend que le fils de Cyrus a tenté de lui faire
violence. Le roi veut faire périr son fIls. COll1111e celui -ci reste
muet, les sept conseillers du roi vont tour à tour se faire ses
avocats en racontant des histoires qui dél110ntrent qu'il ne
faut pas se décider trop vite et que les apparences sont
souvent trOll1peUses. De son côté la fel11111edu roi
développera à l'aide d'autant d'anecdotes le point de vue
selon lequel on ne doit jall1ais se fier aux donneurs de
conseils.
Les récits, contes et fables rassemblés dans le livre
tranchent par leur ton avec la 111atièrenarrative développée
dans le rOll1an sentill1ental antique. Mais ils ne sont pas sans
rapport avec certaines anecdotes rapportées par Hérodote
C0111111e celle de la fen1111e de Candaule (Histoire, I 7,8-12,2) ;
bien des 1110tifs de cette histoire C0111me celui des
propositions 111alhonnêtesde la fC1l1111e du souverain et celui
du personnage qui voit sans être vu pourraient figurer dans
le Synti[){[s.
Certains des contes du Syntij){[s se distinguent par une
relative crudité dans le sujet et l'expression, sans que le
narrateur paraisse s'en apercevoir. Ces récits sont grossiers,
111aisétrangers à la gauloiserie allègre de Rabelais ou à la
présentation spirituelle de La Fontaine dans les Contes. On
peut s'en rendre C0111ptepar le résull1é de la nouvelle
suivante35 où nous relevons les phrases les plus
caractéristiques de la grossièreté sans finesse du livre traduit
par Andréopoulos :
"Un prince était si gras que la graisse
l'ell1pêchai t de voir ses parties." Au bain, l'employé
lui fit ren1arquer qu"'il n'avait pas les parties d'un
hOll1111e. Con1111entpourrait-il s'unir à une fell1111e ?"
Le prince, sur un ton désolé, lui avoua qu'il avait lui
aussi des doutes à ce sujet et qu'il aill1erait bien s'en
assurer. II donna donc une somn1e d'argent au
garçon baigneur afin qu'il lui procure une fen1111e. Ce
35 P.48-49 de l'édition Doissonadc.
2Sdernier se dit que c'était là une bonne affaire pour sa
propre épouse, qui de toute façon ne courait aucun
risque. Sur le 111atin,le Inari vint observer par un trou
de la porte où en étaient les choses. Et il fut bien
forcé de reconnaître que les apparences sont parfois
troIllpeuses : "Il aperçut le prince qui tel un cheval en
rut s'unissait à sa fem111e avec de grands
hennisse111ents."
Mais le Ineilleur du SyntÎIJ(l.Sfigure dans les anecdotes
qui illustrent la ruse fén1inine, un thèn1e traditionnel du conte
populaire figurant aussi dans nos fabliaux et dans Boccace.
On trouve là des personnages de maris naïfs et de vieilles
entren1etteuses qui, venus de la Nouvelle C0111édieet peut-
être de l'atel1ane latine, traversent. la littérature gréco-latine
pour aboutir, à travers Plaute, Térence et la C0111.1ne {Iia
{fell 'arte, aux c0111édiesdu XVIIe siècle crétois. La nouvelle
suivante dont nous traduisons l'essentiel est caractéristique de
ce ton:
"11Y avait une fe111111e qui avait pour an1ant un
des soldats du roi. Un jour ce soldat envoya son
serviteur lui den1ander s'il pouvait lui rendre visite en
l'absence de son 111ari.Mais cette fen1111elubrique
t0111baaIl10ureuse du serviteur et le força à coucher
avec ene. COIl1I11e celui-ci tardait à revenir apporter la
réponse, son 111aîtrealla le chercher. Ce que voyant la
fClllI11edit au serviteur: - "Entre dans la pièce de
l'intérieur". Ceci fait, le 111aîtrearriva et coucha avec la
feI11111e. COlnn1e ils se Iivraient tous deux au pl aisir,
[...] voici que le I11ariarrive inopiné111ent. La feInme
adultère ne pouvait faire entrer son alnant dans la
pièce intérieure, car il allait y voir son serviteur. Elle
trouva une autre façon de s'en sortir. Elle dit à son
aIl1ant : "Tire ton épée, fais selnblant d'être en colère,
injurie-1110i et sors de la 111aisonsans dire un mot à
Il
1110n 111ari. [.. .] Le 111aîtrede la maison demanda à sa
fe1l1Il1e: IIQue signifie la venue de cet étranger chez
nous, ces injures et cette épée? Alors la fen1me lui
26répondit: "Ce serviteur s'est réfugié chez nous
terrorisé et craignant d'être tué. Je l'ai caché, mais son
maître voulait le reprendre par la force. Comme je
l'elnpêchais de pénétrer à l'intérieur de la 111aison,il
s'est n1is à n1'injurier C0l11metu l'as vu. "36
Certaines de ces nouvelles, avec leurs iInbroglios et
leurs quiproquos, sont de petits chefs-d'œuvre d'invention
drôle qui font parfois penser à notre théâtre de boulevard.
C'est le cas de l'histoire suivante37, Une felnlne et son mari se
jurent fidélité, au 1110111ent où le Inari part en voyage. Le jour
fixé pour le retour de l'époux, tandis que la fel11111e l'attend
avec ill1patience, un jeune h0l11111e l'aperçoit et en tombe
all10ureux. Une vieille entrell1etteuse trouve un stratagèl11e
pour convaincre la fe111111e de tr0l11per son 111ari.Elle met du
poivre dans les yeux de sa chienne et rend visite à la jeune
fell1me avec l' anilTIal "en pleurs". Puis elle raconte à la
crédule épouse que la chienne est sa fine métalTIorphosée à la
suite des 111alédictions d'un jeune h0111meauquel elle s'est
refusée. La jeune fen1lTIe,craignant de subir le 111ê111e sort,
den1ande à la vieille d'aller chercher le jeune hOll1me. Mais
celle-ci ne le trouve pas et, pour ne pas perdre l'affaire,
propose la fel11111e au pren1ier venu. Or c'est précisément le
ll1ari qui voit qu'on le conduit chez lui pour un rendez-vous
galant avec sa propre felTIIne. Celle-ci, qui pour être crédule
n'en est pas pour autant naïve, réagit avec une rel11arquable
présence d'esprit. Elle accable de reproches son mari qui
s'apprêtait à la tr0111per.Ene a, dit-eUe, inventé ce stratagèll1e
pour le 111ettreà l'épreuve et n'acceptera de lui pardonner que
quand il lui aura offert un vêtelnent brodé d'or ...
On est bien loin ici des a1110UrSidéales du r0l11an
traditionnel! Il s'agit d'un autre versant de l'in1aginaire grec,
surtout populaire, qui trouvera à s'alin1enter jusqu'au XIXe
36 Ibid., p. 29.
37 Ibid., p.5i-57.
27siècle dans les versions modernes de ce texte38, ainsi que
depuis le XVIIIe siècle, dans la traduction d'une version
italienne d'une œuvre du n1êlne genre mais autrement plus
abondante, Les Mille et Vne lluits, intitulée Recueil de contes
arabes ou, plus fal11ilièrement Les Contes de HalÙna39,
d'après le nOIn qu'on y donne à Schéhérazade.
2. Les rO/flans en langue savante
Au XIIe siècle, avec la renaissance du goût pour
l'Antiquité, des érudits grecs reprennent la tradition du
roman antique. C'est là une n1anifestation de ce mouvelnent
constant de retour aux sources qu'on a déjà constaté dans le
don1aine linguistique et littéraire au lIe siècle avec l'atticislne
et qui va se poursuivre jusqu'à l'époque moderne avec divers
classicislnes et divers archaïsl11cs4o.
Cette production41 en langue très archaïque était
destinée à un public savant. Mais le très grand n0111brede
111anuscrits où figurent ces œuvres de qualité littéraire
111édiocre 1110ntre à l'évidence qu'il existait alors dans la
bonne société byzantine une "dclnande" pour le roman.
Il n'y a guère d'origina1ité dans ces ouvrages qui sont
essentiellen1ent des pastiches des rOlnans antiques dans ce
qu'ils ont de plus contestable avec leurs intern1inables
descriptions et leurs développelnents lyriques tout pleins de
3 8 Voir par exclnple, panni d'autrcs, une version en grec 1110derne éditée à
Venise, en 1805, chez Nicolas Glykis, intitulée Mu8oÀ-oytKOv LUvtt1ta
toD <!>lÀ-OcrO<t>ou tà 1tÀ-Etcrta 1tEpt£PYov ÈK tl;Ç nEpcrtKl;Ç rÀ-Wtt11Ç
Jl£ta<l>pacr8Év. Ce texte, rcpris sur l'édition véniticnne dc 1848, est toujours
disponible dans le COJ1llncrce en Grèce.
39 L'original du texte grec cst une vcrsion italicnne de la traduction
française d'A. Galland (1704-1717). On dispose Inaintenant de l'édition
récente de Georges KEHAYOGLOU, Ta napaj.I1J81a 'r17ÇXaÂlj.ulç. ApafJl1(6v
Mv8oÂoYl1fOV, Athènes, Ennis, 1988-, 5 volulnes.
40 Sur l'atticislne grec 1110dcrne, on lira C01111110délnentle petit livre de K.
A. TRYPANIS, L'Al1icislJle et notre qu.estion de la langue, ['0 àtttKlcrJlOÇ Kat
tO yÀ-rocrcrlK6J.1aç Ç11t11~la],Athènes, 1984.
41 Il n'y a pas à notre connaissance de traduction française récente de ces
rOlnans. Leurs textcs figurent dans l'édition déjà ancienne de Rudolf
I-IERCHER, Scriptore.r; erotici gracci, Leipzig, Teubner, 1859.
28la rhétorique la plus artificielle. Les histoires sont en général
simples et servent de prétextes à de longs monologues des
an10ureux séparés.
On trouve cependant dans la plupart de ces romans une
in1portante innovation formelle. En dehors d'Hyslniné et
Hys111.inias, ils sont tous écrits en vers. Cela correspond au
renforcelnent de l'aspect lyrique du genre. Mais cela doit
tenir aussi à la confusion qui existait alors entre les romans et
les textes théâtraux dont on ignorai t qu'ils étaient destinés à
être joués; théâtre et r0l11anSsont alors tenus pour des sortes
de poèn1es. D'où vient que les rOlnans soient alors parfois
appelés ôpcipa'ta42. Précisons que ces vers n'ont rien à voir
avec ceux de la chanson populaire qui au Inêlne n10Inent
développe des thèl11es silnilaires ; ce sont des vers antiques
reposant sur l'alternance régulière de syllabes longues et
brèves, alors que les quantités ont disparu dans la
prononciation du grec depuis les premiers siècles de l'ère
chrétienne43.
Voici une très rapide présentation de ces textes où l'on
peut voir tout ce que leur thél11atique doit au rOInan antique.
HY111.iné et Hysl11.inÎas44 d'El] STATI-IIOS MAKREMYO-
LITIS45est le seul de ces ouvrages qui soit en prose COInn1e
ses n10dèles antiques. C'est dans cette production le r0111anle
plus sensuel46 et le plus réussi. Un jeune h0l11111e et une jeune
fille riches de cités différentes se rencontrent au cours d'une
42 Pur exc111ple, E'Ùcr1aeio'U cDtAocroq)OU'tà Kae"YcrJ..ttV11VKat 'Ycr~llviav
ôpà~a.
43 Là dessus voir I-I. TOI\TNET,Histoire du grec Ill.oderne, Paris, L'Asiathèque,
1993, p.26.
44 Tà Kae' 'Ycr~liV11VKat 'Ycr~llviav. Ce rOInan qui, à notre connaissance,
n'a pas été traduit en français, figure dans Rudolf }-IERCHER, Erotici
scriptores graeci, II, p.159-286.
45
E'Ùcr'tâelOÇ MaKpE~lpOAi 'tllÇ. Sur cet uuteur et son œuvre voir I-Ierbcrt
I-IUNGER,Die Hochsprachliche profane Litcratur der Byzantiner, II, Munich,
Beck, p.137-142. Traduction grecque, 1992, p.548-555.
46 Sur l'érotisIne de ce livre voir I-I. TONNET, "" Sensualité et érotisInc dans
le r0111an grec des origines à lu guerre de '14", Cahiers Balkaniques 18,
p.41-58.
29ambassade, tOlnbent alnoureux l'un de l'autre et s'enfuient
ensemble. Survient une tenlpête. La jeune fille est jetée à la
iller par les marins, mais elle est sauvée de la noyade par un
dauphin. Le jeune homllle est capturé par des pirates. Les
deux jeunes gens se retrouvent en captivité. Eustathe nous
fait remarquer l'indéfectible fidélité du jeune homme.
"Même au IniIieu de ces si grands malheurs je n'oubliai pas la
jeune fine que j'ailllais."47
Rlzollalltlzé et Dosiclès48 de Théodore PRODROMOS est
un long poènle en neuf Iivres où l'inlitation des rOlnans
antiques, en particulier ce11edes ElhiolJiques d'Héliodore, est
partout sensible. Deux jeunes gens s'enfuient ensemble et
sont séparés à la suite d'une attaque de pirates. La jeune fine
est vendue COllll11e esclave à Chypre. Dosiclès risque d'être
offert con11ne victinle aux dieux. L'oracle de Delphes avertit
les parents des all10ureux. Tout se termine par un lllariage.
Drosilla et Chariclès49 de Nicétas ElJGÉNIANOS est une
iInitation du r0l11an précédent, égalenlent en neuf livres. Le
"boniInent" qui inaugure le livre peut servir de présentation
de la thél11atique de tout le rOlnan grec jusqu'au XIXe siècle:
"[Vous trouverez ici] la fuite de Drosil1a et de
Chariclès, leurs errances, les tenlpêtes, les enlèvements,
les violences, des bandits, des prisons, des pirates, des
nlorts de fainl, des cavernes terribles et son1bres toutes
pleines de ténèbres alors que le soleil luit [dehors].
Terrible et I11alheureuse séparation de deux jeunes
gens, l11ais aussi à la fin chan1bre nuptiale et
lnariage. "50
47
o.ÂÂ' où8' È:v JlÉ<JOtç OÜ'tco 8£tvo"iç 'Y<JJltVllÇ Â11811v 1tap8évov <t>iÂ11ÇÈ:J.1f1ç
Ë1ta80v. Le lecteur français ne Inanque pas de faire le rapprochelnent avec le
refrain de Candide "n'oubliant .laInais 111ac1eInoiscl1c Cunégonde"(ch. III).
48 Tà Ka'tà ~PoôaVe11v Kat ~o<JtKÂÉa. Edition dans R. I.IERCIIER, Erotici
scriplores g rai/ci, TI, p.287 -434. Sur ce rOIl1an lire Hcrberl I-lUNGER, op. cil.
II, p. 132-136. (trae]. grecque. il, p.537-543).
49 Tà Ka-rà ~po<JiÀÂav Kat XaptKÂÉa. Ed. dans }-IERCHER,il, p.435-552.
50
AÙ10'Û ~pocriÂÀ11Ço.ÂÂà Kat XaptKÂÉoVÇ
Q)\)'Y11, 1tÂcXV1r KÂUÔCOV£ç' ap1tQ'Yai' piat'
Â1.l<J'tat' q>vÂaKat' 1t£tpa'tai' Âlpa'Yx6vat'
JlÉÂa8pa 8Et và Kat KatEÇo<t>copÉva
Èv liÂtcp Âci~l1tOv-rt J.1£-rà 'to\} <JK6-rouç' [...]
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