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HISTOIRE DU TEXAS

@L'Harmattan,1996 ISBN: 2-7384-4572-1

Maurice EZRAN

HISTOIRE DU TEXAS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur: Une colonisation douce: les missions du Paraguay, Paris, L'Harmattan, 1989 L'Abbé Grégoire, défenseur des Juifs et des Noirs, Paris, L'Harmattan, 1992 Bismarck, démon ou génie? Paris, L'Harmattan, 1994

Pour Hélène, Marie et Ohana

A la Société Schlumberger, je lui dois beaucoup.

INTRODUCTION
Pays mythique, pays de légende, le Texas occupe une place à part dans cette fédération américaine de 50 Etats. Il exerce une sorte de fascination et véhicule tout un imaginaire. Qui n'a jamais rêvé de cette terre de contrastes et d'aventures? Pays de grands espaces, des belles chevauchées, des cow-boys et des Indiens ou pays des milliardaires avec leur pétrole? Vastes étendues de pâturages avec leur bétail dans leurs immenses « ranches» ou centres d'entraînement pour astronautes? Quel est donc cet Etat qui a donné des présidents à l'Union et a vécu le drame de l'assassinat de l'un d'entre eux? L'idée habituelle que s'en font les habitants du « Vieux Monde» est celle d'un pays à demi-sauvage, peuplé de pionniers. Ils ont vu à la télévision l'image de Dallas à « l'univers impitoyable» avec ses hommes d'affaires à la fois audacieux entrepreneurs du monde du pétrole et aventuriers sans scrupules, n'hésitant pas à assassiner qui se met en travers de leur chemin. Ils ont la vision d'un pays aux vastes étendues semi-désertiques où la loi et le droit des gens ne sont que des concepts théoriques. Beaucoup de citoyens des Etats-Unis, surtout les bourgeois intellectuels des grandes cités de la côte atlantique, se font une idée du Texas et de ses habitants qui n'est pas très différente de celle des Européens. Pour eux le Texan est un homme de grande taille, à l'esprit entreprenant mais au savoir-vivre approximatif. Jusqu'au milieu du xxe siècle, aller s'installer au Texas pour un Européen et même souvent pour un Américain, c'était aller à l'aventure avec une mentalité de pionnier. Il ne fallait pas avoir peur de rompre ses attaches familiales et sociales, partir pour cet étrange pays, affronter les rudes conditions climatiques et les hors-la-loi. Il était nécessaire de 9

travailler avec acharnement pour extraire du sol ou du sous-sol tous les produits et richesses commercialisables. Les gens étaient incités à partir, à oublier leurs racines, car cette contrée offrait des possibilités quasi infinies de développement et d'enrichissement. L'image du Texas ne peut se limiter à ces clichés réducteurs. Son histoire prestigieuse lui donne une spécificité propre. Les Texans se différencient, par certains aspects, de l'ensemble de la population américaine. On serait tenté de dire qu'ils constituent une « nation dans la nation ». Il est facile de dire de quelqu'un que c'est un Texan, il est plus difficile de dire d'un autre qu'il est Oklahomien ou Oregonnais. C'est cette «distinction» dès la naissance, cette «citoyenneté» texane, ses bases historiques, la façon dont elle s'est développée et maintenue au sein du grand «melting pot» unificateur américain qui est passionnante à découvrir et à analyser dans tous ses détails. Les raisons de cette spécificité sont multiples:
-

La première est de nature géographique. Situé très au sud, sur le

30e parallèle, c'est l'Etat de l'Union le plus proche de l'Equateur. De plus, placé très à l'ouest, au fond du golfe du Mexique, bien au-delà du méridien des Grands Lacs, c'est un pays isolé, qui est resté loin de tous

les courants migratoires des
-

XVIIe

et

XVIIIe siècles,

ayant peuplé la côte

atlantique du continent Nord-Américain et y ayant introduit les valeurs de la civilisation européenne.

La deuxième raison est d'ordre social. Mis à part les Indiens, deux

ethnies différentes ont cohabité au Texas: celle des Latino-Américains du Mexique, les premiers explorateurs et colonisateurs de cette région et celle des Anglo-Américains venant du Nord avec leur irrésistible dynamisme envahisseur. Deux religions: le catholicisme intolérant des Espagnols et le protestantisme puritain des Anglo-Saxons ont dû s'affronter. Les tensions entre ces deux croyances n'ont pas cessé de nos jours. Elles ont évolué vers des modes de pensée et d'action moins agressifs que par le passé et ont contribué à donner cet aspect multiculturel à ce pays.
-

La troisième raison est historique. L'histoire du Texas ne se
XIXe siècle.

confond pas avec celle des Etats-Unis. Elle ne s'y rattache totalement que

dans la deuxième moitié du

Sept drapeaux se sont succédé

dans le ciel de ce lumineux pays. Le premier fut le drapeau espagnol, le Texas étant une province de la Nouvelle-Espagne, ce joyau des colonies d'outre-Atlantique de l'empire de Charles Quint et Philippe II. L'étendard 10

à fleur de lys du roi de France a flotté pendant quelques années sur les rivages du golfe du Mexique. Le drapeau du Mexique devenu Etat indépendant remplaça celui de l'Espagne pendant une courte période. Il fut suivi par celui à une étoile de la république du Texas. Celle-ci s'étant volontairement rattachée aux Etats-Unis, c'est la bannière étoilée qui lui succéda. Lors de la guerre de Sécession, le Texas ayant opté pour les Etats du Sud esclavagistes, c'est le drapeau Confédéré qui prit la relève pour être ensuite définitivement remplacé par celui des Etats-Unis avec ses 50 étoiles qui y flotte encore de nos jours. C'est cette passionnante et tumultueuse aventure, fort différente de celle des autres Etats de l'Union, qui explique partiellement la spécificité texane. D'ailleurs tous les Texans sont fiers de l'histoire de leur pays. Ce qui rend le passé du Texas encore plus exaltant, c'est que ce pays a été le lieu de rencontre et de choc brutal entre deux civilisations, d'origine européenne mais radicalement différentes: les civilisations espagnoles et anglo-saxonnes toutes deux transplantées dans le Nouveau Monde. La première des deux, toute fière de ses exploits passés, de la conquête de son immense empire colonial, de son origine prestigieuse, se figea par la suite au Mexique en un conservatisme médiéval, maintenu de force par l'accord tacite de trois groupes sociaux: l'armée, l'Eglise, les grands propriétaires. Elle donna naissance à une société stratifiée en castes se différenciant par la couleur de la peau sans aucun passage possible de l'une à l'autre. Il était évident que, dans cet ensemble immobile, tout remous social dégénérait rapidement en explosion. Cela explique l'instabilité chronique, caractéristique de la société mexicaine, qui se maintient à l'état endémique jusqu'à nos jours. La seconde civilisation, issue d'une révolution et d'une guerre de libération anticoloniale, a eu pour fondement original un esprit démocratique et l'idée que la politique de l'Etat devait être basée sur des principes moraux. Elle ne donna naissance à l'origine ni à une société entièrement démocratique, ni à un Etat menant une politique conforme aux règles de l'éthique comme nous les définissons de nos jours. Mais les prémices étaient sains. Cet esprit démocratique, la participation des citoyens à la solution des problèmes de la cité, permirent une évolution sans heurts et un dynamisme économique sans précédent dans l'histoire. Comme l'affirme Henry Kissinger dans son dernier ouvrage intitulé « Diplomacy» :
Il

« Bien que d'autres républiques [que celle des Etats-Unis] aient existé, aucune n'a été aussi consciemment créée pour soutenir l'idée de liberté politique. Jamais la population d'un autre pays n'a choisi d'aller à l'assaut d'un nouveau continent et d'apprivoiser son immensité au nom de la liberté individuelle et de la prospérité pour tous (1). »

Comment ces deux civilisations ont-elles pu se succéder, après une période de cohabitation conflictuelle? Il était prévisible que celle des Anglo-Américains finirait par avoir le dessus. Il est même surprenant qu'elle n'ait jamais réussi à submerger tout le Mexique jusqu'à l'isthme de Panama. Cette confrontation nous prouve une fois de plus que le meilleur moteur du développement économique et de la prospérité d'un pays est l'établissement d'un régime basé sur le consensus social, poussant à la participation des citoyens à la vie de la cité et accordant l'égalité des chances à tous dans la poursuite du « bonheur », en d'autres termes: la démocratie. A travers son histoire, le Texas pourra nous apparaître dans sa réalité, débarrassé des vieux clichés simplificateurs, images induites par le cinéma hollywoodien. Celle-ci ressemblera à une aventure hors du commun, faite d'une succession de régimes politiques, de civilisations et de cultures, avec des péripéties parfois sordides ou barbares, parfois comiques, souvent exaltantes et héroïques. Ses habitants, dans leur immense majorité, retrouveront une dimension humaine: ni aventuriers sans scrupules, ni bâtisseurs ou meneurs d'hommes aux intuitions géniales. C'est à force de travail, de persévérance et d'acharnement que cette population texane a pu progresser et passer d'une ère de pionniers à demi sauvages au voisinage d'Indiens hostiles et de hors-la-loi, dans un dénuement quasi total, à celle de la civilisation industrielle moderne. Alors que certains pays croupissent actuellement dans un sousdéveloppement sans espérance malgré d'immenses richesses du sol et du sous-sol, ce développement du Texas constitue un exemple de ce qu'il est possible d'entreprendre. L'histoire du Texas nous montre que les conditions géographiques défavorables, un climat subtropical souvent très chaud et très humide, ne peuvent être donnés ailleurs comme des causes de sous-développement. Elle met bien en évidence ce que peut être l'action de l'homme sur la nature. Les contrées arides, comme les terres promises où « coule le lait et le miel» ne sont que les résultats des entreprises humaines. Ce sont les i2

habitants d'un pays qui en font une contrée prospère ou qui créent un nouveau désert. On ne le soulignera jamais assez, le Texas était à l'origine pour les Européens, une contrée lointaine. Pour s'y installer, il fallait affronter déserts et marécages, tempêtes et tribus indiennes. Il n'est pas étonnant donc que ce pays soit resté à l'abandon pendant trois siècles alors que son sol est fertile et bien arrosé et que son sous-sol recèle d'immenses richesses. Ce sont les Texans qui ont su apporter civilisation et prospérité dans ce pays initialement voué au sous-développement. Il est donc assez légitime qu'ils en tirent orgueil, même si parfois ils clament leur fierté d'une façon quelque peu excessive ou démesurée. L'Histoire du Texas comprendra trois parties:
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Le Texas latino-américain, depuis sa découverte par les

conquistadors, sa longue somnolence à l'époque coloniale et mexicaine jusqu'à l'épopée de la révolution texane qui ouvre la voie à l'indépendance.
-

Les débuts difficiles de cette petite république dans son immense

pays, son mariage d'amour et de raison avec son puissant voisin du nord et, après les dures épreuves des guerres contre le Mexique et de la guerre de Sécession, son entrée dans le monde moderne.
-

Le Texas du xxesiècle, son prodigieux essor économiquebasé sur

l'agriculture et le pétrole. A partir de là, prenant du recul nous pourrons proposer quelques réflexions sur le Texas moderne. Comprendre le Texas, c'est l'accepter tel qu'il est: terre de violence et de générosité, de préjugés tenaces et d'esprit d'ouverture, d'étendues arides et de cités modernes. Aimer le Texas, c'est réaliser que le charme de ce pays réside dans ses paradoxes, dans ses immenses étendues désertiques à la splendeur sauvage où l'on trouve des centres techniques et scientifiques de réputation mondiale. Visiter le Texas c'est se rendre compte que dans cette contrée où peuvent cohabiter sans difficultés mœurs primaires et civilisation contemporaine existe un Etat qui n'est pas comme les autres!

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Je tiens ici à exprimer toute ma reconnaissance à M Roland Genin pour ses suggestions et critiques lors de la préparation du chapitre sur le pétrole au Texas, à M Claude Elisar pour sa vigilante et minutieuse correction du manuscrit, à Mme M Gaudin pour sa compétence et son dévouement dans la mise en forme définitive de l'ouvrage et à ma femme pour sa constante et patiente collaboration lors de la rédaction. Ce travail n'aurait pas pu être achevé sans leur précieux concours.

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PREMIÈRE PARTIE LE TEXAS LATINO-AMÉRICAIN

CHAPITRE I LA DÉCOUVERTE DU TEXAS
Le nom Texas a une origine indienne, il vient du mot Tejas qui signifie amis ou alliés. C'est en 1686 qu'un explorateur espagnol Alonso de Leon entre en contact avec la tribu indienne des Caddos sur la côte du golfe du Mexique. Les Indiens, de nature pacifique, se lient facilement d'amitié avec les Espagnols. Leur territoire est désigné par la suite comme « le royaume des Tejas ». La voyelle gutturale « j» des Espagnols évolue rapidement en un « x» anglo-saxon, d'où le nom Texas universellement admis de nos jours. Ce n'est qu'en espagnol que cet Etat continue à être désigné sous le nom « Tejas ».

1 - Géographie du Texas (Fig. 1)
Le Texas actuel a une superficie de 692000 km2, supérieure à celle de la France (550000 km2). C'est un des plus grands Etats de l'Union, il n'est dépassé que par l'Alaska et ne se rapproche en dimensions que de la Californie. Ses frontières ont subi de nombreux changements au cours des siècles. Au début de la colonisation espagnole ce n'était qu'une petite contrée située près de la Louisiane, il s'est étendu progressivement jusqu'à atteindre des proportions démesurées à l'époque de son indépendance: il englobe alors une partie du Nouveau-Mexique et du Colorado. Aujourd'hui, ramené à des dimensions raisonnables, il est délimité en grande partie par des frontières naturelles: au nord par la Red River affluent du Mississippi, à l'est par le fleuve Sabine le séparant de la Louisiane et par la côte du golfe du Mexique. La frontière sud et ouest 17

entre le Texas et le Mexique se matérialise par le Rio Grande, grand fleuve prenant sa source dans les montagnes Rocheuses. La seule limite qui ne soit pas naturelle, au nord-ouest, est une excroissance rectangulaire nommée Panhandle ce qui signifie « manche de poële », c'est une bande de terre délimitée par les 1OOe l03e méridiens. et Géographiquement, le Texas constitue la partie sud de la longue et immense pente du continent Nord-Américain, descendant des montagnes Rocheuses jusqu'au bassin du Mississippi. C'est pour cela qu'on le divise en trois régions à reliefs différents: la plaine côtière du golfe du Mexique, les grandes plaines centrales et les hautes plaines et montagnes de l'ouest. Cette diversité de relief et d'altitude, ainsi que la latitude méridionale créent une grande variété de climats. - La plaine côtière du golfe du Mexique est une immense étendue plate à climat chaud et humide. C'est la région idéale pour la culture du coton et du riz. Elle se prolonge vers l'est jusqu'à la Louisiane par une région boisée, extrémité de la grande forêt de pins de la partie orientale des Etats-Unis. Malgré le climat débilitant, de grandes villes s'y développent, Houston, Corpus Christi, Galveston (Fig. 5). - Les Grandes Plaines centrales des Etats-Unis, constituant ce que l'on appelle le « Middle West» et se terminant au sud sur les bords du Rio Grande, forment la partie centrale du Texas. Région au relief plus accentué que sur la côte, le climat y est plus sec. C'est également la partie la plus peuplée du Texas avec des villes comme Dallas, Fort Worth, Waco, San Antonio et Austin la capitale. Vers l'ouest commence la région des savanes propice à l'élevage de millions de têtes de bétail. - Les Hautes Plaines occidentales sont le prolongement des montagnes Rocheuses. Région très aride, avec quelques pâturages où vivaient les bisons, remplacés aujourd'hui par des chèvres et des moutons, elle devient désertique à l'extrême ouest avec paysages de cactus semblables à ceux du Mexique. C'est une belle région montagneuse et touristique avec le célèbre parc national du Big Bend, peu habitée avec quelques villes d'importance moyenne comme Abilene, Amarillo et surtout El Paso à l'extrême ouest sur les bords du Rio Grande. Le relief du pays conditionne le réseau fluvial qui est très dense, composé de fleuves parallèles coulant tous du nord-ouest au sud-est en suivant la pente du terrain. Cet ensemble de fleuves irrigue bien le pays mais leur faible débit et leur régime irrégulier empêchent leur utilisation 18

comme voies navigables de pénétration à l'intérieur des terres sauf dans leur extrémité côtière. En plus des grands fleuves frontières que nous avons déjà cités il faut noter du nord au sud les Neches, Trinité, Brazos, Colorado passant par la capitale Austin, San Antonio arrosant la ville du même nom et Nueces. A l'ouest le Pecos est un grand affluent du Rio Grande. Le Texas constitue donc un immense pays d'accès facile, ayant beaucoup de ressources naturelles, au sol fertile. Il n'avait dû son état d'abandon qu'à son éloignement géographique des grands pôles de civilisation du continent américain.

2 - Le Texas précolombien

(Fig. 1 A)

A la veille de l'arrivée de l'homme blanc, le Texas, comme tout le continent américain, est peuplé d'Indiens. Ce nom, nous le savons, est impropre, il est la conséquence de la confusion régnant dans l'esprit des premiers navigateurs abordant le Nouveau Monde, s'imaginant qu'ils débarquaient aux Indes. Le terme employé de nos jours pour désigner cette population est Amérindiens, compromis entre la réalité géographique et le poids des habitudes (1). L'origine asiatique de ces populations n'est plus contestée de nos jours. Elles seraient venues d'Asie il y a 50000 ans, traversant à pied le détroit de Behring, large de 60 km à l'époque glaciaire. Elles progressent par la suite vers le sud et l'est à la recherche de terrains de chasse et de cueillette. Leur parenté physique avec les Mongols semble aujourd'hui bien établie. Cette théorie est d'ailleurs confortée par le fait qu'il existe des espèces animales et végétales identiques en Asie extrême-orientale et dans l'oliest de l'Amérique du Nord. Prenant pied sur le continent américain, ces tribus, en quête de climats moins rigoureux que ceux du Grand Nord, se dispersent sur ces immenses étendues. Isolées les unes des autres, elles évoluent chacune à sa manière, s'adaptant à la nature environnante pour pouvoir survivre. Nous comprenons donc l'origine de cette énorme diversité de cultures, de langues, de croyances et de modes de vie de toutes ces tribus qui deviennent rapidement étrangères les unes aux autres, ne pouvant se comprendre et parfois se faisant la guerre. Il est très difficile de chiffrer la population totale de l'Amérique du Nord avant l'arrivée des Espagnols. La première estimation l'évaluait à un 19

million ce qui était très faible. De nos jours des méthodes archéologiques modernes permettent d'estimer à 8 ou 10 millions la population indienne sur le territoire des Etats-Unis. Il sera sans doute difficile d'obtenir des recensements plus précis. On évalue à près d'un millier le nombre de langues parlées par ces tribus qui ne pouvaient avoir que de rares contacts culturels entre elles. On essaye de les classer en groupes plus importants en tenant compte des similitudes entre les dialectes. La difficulté de l'opération s'accroît avec la mobilité de ces tribus qui se sont déplacées parfois sur le continent avant l'arrivée des Blancs, suivant des itinéraires migratoires peu faciles à repérer. L'histoire de ces différentes tribus est peu connue car elles ont laissé peu de vestiges. Elles ne créent pas des villes monumentales comparables à celles des Aztèques du Mexique. Seuls les Indiens pueblos du Colorado laissent des habitations troglodytes sur des falaises que l'on peut visiter de nos jours. Toutes ces tribus sont d'une civilisation primitive, ignorent l'écriture, la métallurgie du fer et la roue. Elles savent cultiver le maïs, les haricots et le potiron et domestiquent le chien, le dindon et l'abeille. Selon les conditions naturelles, elles adoptent un mode de vie nomade, semi-nomade ou sédentaire. Nous pouvons dire que la préhistoire existe sur le continent Nord-Américain jusqu'à l'arrivée de l'homme blanc. Le choc des civilisations est donc très rude et l'incompréhension totale. Au début du XVIesiècle la population indienne du Texas se chiffre à quelques dizaines de milliers d'âmes. Il est possible de les classer en tribus ou fédérations de tribus vivant dans les différentes régions du pays. - Dans l'Est Texas (Fig. 1 A), les Caddos et les Haïnai habitent une vaste région boisée. Cette population de 3 000 à 5 000 personnes, la plus avancée socialement de la région, vit dans des maisons en forme de dôme couvert de boue ou de branches. Ils s'habillent de peaux de bisons ou de tissus grossiers, savent fabriquer des paniers d'osier de différentes formes. Bons agriculteurs ils chassent le cerf ou l'ours et pratiquent un commerce de troc avec d'autres tribus du voisinage. Leur société se structure avec ébauche de classes sociales, des chefs de tribus et des grands prêtres. - Plus au nord et à l'ouest vivent les Wichitas, semi-nomades, cultivateurs et chasseurs. Fiers guerriers et jaloux de leur indépendance, leur territoire de chasse se situe sur les bords de la Red River, affluent du Mississippi.
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-

Au sud, dans la plaine côtière du golfe du Mexique, les

Karankawas, très primitifs, subsistent par la chasse, la pêche et la cueillette de baies et de fruits, surtout des figues de barbarie. Cannibales, ils ont l'habitude de s'enduire le corps d'huile de poisson qui dégage une odeur insupportable. Il n'est pas étonnant que les premiers Espagnols les prennent en horreur et les exterminent jusqu'au dernier. A l'intérieur des terres les tribus Tonkawas mènent une existence semblable.
-

Sur les grandes plaines du centre, extrémité méridionale du

Middle West américain, s'étend le vaste territoire des Comanches, migrants du Nord. Fiers guerriers, nomades, ils deviennent de superbes cavaliers lorsqu'ils maîtrisent le cheval importé par les premiers explorateurs. Ce sont ceux qui causent le plus de difficultés aux occupants européens de ces territoires, harassant Espagnols, Mexicains puis Anglo-Américains jusqu'en 1875. Médiocres cultivateurs de maïs et de haricots, bons chasseurs, tacticiens avisés, ils lancent des raids éclairs sur les villages de colons, volant bétail et chevaux, brûlant les habitations et scalpant les malheureux habitants. Ils constituent le principal obstacle à l'expansion territoriale des Blancs vers l'ouest.
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Dans le Texas occidental, sur la rive gauche du Rio Grande

vivent les Apaches. Fiers nomades, ils se déplacent en suivant les troupeaux de bisons dont ils tirent toute leur subsistance, se nourrissant de leur viande, utilisant leur peau pour se vêtir, les cornes et les os servant à confectionner leur outillage et leurs armes. Ce sont de cruels pillards, très difficilement abordables. Tous les missionnaires espagnols qui essayent de les sédentariser et de les civiliser échouent totalement. L'organisation tribale demeure fort simple. Chaque tribu se divise en clans descendant d'un ancêtre commun par filiation patrilinéaire ou parfois matrilinéaire. Elle désigne son chef par consensus, souvent le guerrier le plus valeureux, la transmission héréditaire du commandement restant l'exception. Des tribus acceptent parfois de se confédérer surtout en cas de menace de guerre et se placent alors sous la conduite d'un seul responsable. La tâche la plus importante dans la tribu étant la quête de la nourriture, les hommes partent à la chasse ou à la pêche, les femmes plantent les légumes ou font la cueillette des fruits. Les unions restent le plus souvent monogames mais fragiles, les séparations et remariages pouvant arriver à tout instant. Les enfants, élevés durement, apprennent rapidement à se protéger des dangers de l'environnement et à contribuer
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OKLAHOMA

NEW MEXICO

LOl'ISIANE

GOLFE DU MEXIQUE

MnIQUE

(A) LE TEXAS

PRÉCOLOMBIEN

OKLAHOMA

MEXIQUE

GOLFE DU MEXIQUE

CORONADO.. .........

JlOSCOSO___

(B) LES CONQUISTADORS

FIG.l

aux travaux de la famille. Dans certaines tribus, devant les réalités de l'existence et les pénuries alimentaires, des vieillards ne pouvant plus se déplacer et devenant une charge pour la communauté sont mis à mort. Dans toutes ces populations règne une énorme diversité de religions. Les Indiens croient en un monde dominé par des forces supérieures se manifestant par la foudre, les orages et autres catastrophes. Certaines tribus adorent le Soleil, la Lune ou des Esprits protecteurs. Le culte demeure très primitif avec des danses rituelles, parfois ordonnancées par un sorcier faisant office à la fois de prêtre, de guérisseur et de prophète. Les premiers contacts entre Indiens et Blancs ne sont pas tous hostiles. Les explorateurs ou naufragés reçoivent un accueil plein de curiosité mais sans animosité. La présence de tribus indiennes sur le trajet de voyageurs ou d'immigrants leur sauve parfois la vie. Dans certains cas ils enseignent aux premiers colons européens leurs méthodes de chasse ou de culture adaptées à la nature ambiante. Ce n'est que lorsque les Blancs prennent des attitudes conquérantes, leur disputant leurs territoires de chasse ou essayant de les asservir que les guerres indiennes débutent. Les Indiens tirent profit du contact entre les deux cultures. Ils adoptent de suite le cheval, surtout dans les tribus nomades. Celui-ci révolutionne leur mode de vie, ils deviennent rapidement d'excellents cavaliers et acquièrent une grande mobilité. Le cheval sert à la chasse, permettant aux cavaliers de poursuivre les bisons et les cerfs avec beaucoup de facilité. Il est utilisé pour la guerre permettant les raids surprise sur les implantations ennemies, les vols de bétail et de chevaux. Les Blancs apprennent aux Indiens à consommer de l'alcool. Ceux-ci ne le connaissaient pas avant l'arrivée des premiers colons. Leur organisme n'étant pas habitué à ces boissons fortes, l'alcoolisme fait des ravages dans leurs tribus. Des négociants sans scrupules troquent des boissons frelatées contre des peaux ou fourrures. Certains Indiens vivent alors dans une ivresse quasi permanente. Plus dangereuses que l'alcool, les maladies contagieuses, amenées par les Blancs, se répandent chez les autochtones aux faibles défenses immunitaires. Des épidémies de variole, rougeole, choléra déciment ces tribus, les personnes contaminées décédant presque à coup sûr. Les tribus finissent par considérer ces maladies comme une calamité inévitable, une punition surnaturelle. Les premières tentatives des Espagnols pour les christianiser échouent totalement. Les tribus nomades, jalouses de leur liberté, 23

n'acceptent pas de se soumettre, préférant garder leurs croyances et leurs sorciers. Les missionnaires implantés au Nord-Est font de nombreuses tentatives auprès des Caddos pour les faire rentrer dans leurs institutions, ils n'arrivent jamais à les garder bien longtemps. L'attrait des grands espaces et de la vie au contact de la nature sauvage étant le plus fort. De cette culture indienne d'Amérique, il reste fort peu de choses dans le Texas contemporain, la plupart des tribus ayant été chassées au XIXesiècle par l'armée fédérale et concentrées dans de misérables réserves dans l'Oklahoma et les déserts de l'Ouest. Pour les descendants des rares tribus qui purent demeurer au Texas, l'acculturation est totale. Convertis au christianisme, ils se dispersent au sein de la population. Il ne subsiste de cette période que des noms de lieux, ou de villes comme Waco, Wichita, Nacogdoches.

3 - L'ère des conquistadors

(Fig. 1 B)

Dès le début du xv{ siècle, les Espagnols devançant les Français et les Anglais prennent possession des archipels des Caraïbes et du golfe du Mexique. A partir de Cuba ils commencent l'exploration des côtes voisines du continent américain. De hardis navigateurs, dont la légende nous est parvenue par leurs récits de voyages, s'élancent à la conquête du Nouveau Monde. Ils sont connus sous le nom espagnol de « conquistadores». En 1513 c'est Ponce de Leon qui découvre la Floride, suivi en 1519 par Heman Cortés qui débarque sur la côte du Mexique et après une fabuleuse épopée s'empare de l'empire Aztèque. Il découvre dans la capitale, la future Mexico, une civilisation somptueuse et des trésors inestimables. C'est Charles Quint, souverain d'Espagne et de toutes ses possessions outre-Atlantique, qui installe dans ce pays nommé NouvelleEspagne un vice-roi, doté des pleins pouvoirs pour le gérer et dominer les autochtones. Le but de cette conquête est avant tout la recherche des métaux précieux devant alimenter les caisses de l'Etat espagnol, l'évangélisation de la population locale et l'accroissement de la puissance et du prestige de la monarchie. Pour les conquérants ayant traversé l'Atlantique, il est de s'enrichir et de s'élever rapidement dans la hiérarchie sociale. En 1519, Alvarez de Pineda, partant de la Jamaïque, débarque sur la côte du Texas. Il explore la plaine de cette région, il trouve la terre fertile 24

et entre en contact avec les tribus du voisinage qui lui fournissent des vivres. Il constate que les Indiens sont pacifiques, accueillants et mentionne dans ses mémoires l'existence parmi eux de pygmées et de géants. Durant la décennie qui suivra, de 1520 à 1530, peu d'explorateurs s'intéressent au Texas. Quelques chefs militaires s'aventurent au nord du Rio Grande mais ne vont pas bien loin. Les vice-rois s'intéressent surtout à l'administration de la Nouvelle-Espagne d'où ils tirent de gros revenus pour leur souverain. C'est à partir de 1534 qu'à la suite d'un concours de circonstances inattendues, commence la première longue exploration du Texas. C'est l'odyssée d'un Espagnol, personnage peu connu mais fort aventureux: Alvaro Nunez Cabeza de Vaca. Il est né vers 1490 dans une famille de la noblesse espagnole. Il porte un nom étrange: Cabeza de Vaca qui signifie « tête de vache». Ce nom lui vient de sa mère qui le tient d'un de ses valeureux ancêtres. En 1212, les souverains espagnols poursuivent la conquête du sud de leur pays occupé par les Maures. L'armée chrétienne doit traverser la Sierra Morena dans sa route vers Grenade. Les cols sont gardés par l'ennemi. Un berger, connaissant un passage libre, l'indique à l'armée espagnole en y plaçant un poteau surmonté d'un crâne de vache. Le 12 juillet 1212, les chrétiens déferlant par ce chemin sur les Arabes remportent la victoire de Las Navas de Tolosa. L'héroïque berger, récompensé par son souverain, est anobli et portera, ainsi que tous ses descendants, ce nom à la fois ridicule et glorieux: Cabeza de Vaca (2). En 1527, Alvaro Nunez quitte l'Espagne avec l'expédition dirigée par Pânfilo de Narvaez ayant pour but la conquête de la Floride. Il y occupe le poste de trésorier du roi. La force navale se compose de cinq navires avec 600 hommes. Alvaro Nunez se joint à cette aventure dans le but de s'enrichir rapidement. Après un hivernage à Cuba, les bateaux arrivent au large des côtes de Floride. Pânfilo de Narvaez et 300 hommes ainsi que leurs chevaux forment l'expédition terrestre. Les malheurs s'abattent sur cette troupe, elle perd de vue les cinq bateaux. L'amiral de cette flotte, après un an de vaines recherches, retourne à Cuba en disant que tous les hommes débarqués ont péri. Pendant ce temps l'expédition terrestre poursuit son périple sur une terre hostile, marécageuse et insalubre, ne rencontrant que de misérables villages indiens avec nulle trace d'or ou de métaux précieux. La troupe est décimée par la faim, la maladie et l'agressivité de certaines peuplades. 25

Pânfilo de Narvâez décide alors de faire construire cinq chaloupes pour y embarquer les survivants et les amener jusqu'aux rivages du Mexique en longeant les côtes. Ils tuent tous leurs chevaux pour se nourrir de leur chair, confectionner des outres avec leurs peaux et emmagasiner de l'eau pour leur voyage. C'est en 1528 que les fragiles esquifs prennent la mer, la navigation est périlleuse, la mer agitée et les bateaux se dispersent. Au bout d'un mois, deux d'entre eux abordent avec 15 hommes dont Cabeza de Vaca sur une île. C'est la future île de Galveston, aujourd'hui située aux environs de la ville de Houston au Texas. Ils sont tous nus, au bord de l'épuisement total. Ils nomment cette île : l'île de Malhado c'est-à-dire l'île du Malheur. Heureusement pour eux, les Indiens de la région sont bienveillants, ils leur portent secours et leur donnent des provisions (Fig. 1 B et 5). Cabeza de Vaca reste six ans dans cette région, il est malade et ne suit pas ses compagnons qui partent rejoindre le Mexique. Guéri, il est réduit en esclavage par ses Indiens et vit parmi eux en effectuant de petits travaux et en explorant la région. Au bout de cette période, il s'évade, longe la côte, arrive à une grande baie connue de nos jours sous le nom de baie de Matagorda où il trouve les trois derniers rescapés de la troupe l'ayant quitté six ans auparavant, les autres sont tous morts. Lui et ses compagnons: Alonzo del Castillo, Andrea Dorantes et Estevanico (un Maure) sont les seuls rescapés des 300 hommes de l'expédition. En septembre 1534, accompagné des trois naufragés, Cabeza de Vaca commence son long périple à travers le Texas qui le mènera à Mexico. Sur de vagues informations recueillies auprès d'Indiens, ils repartent à l'aventure à l'intérieur des terres à la recherche des Espagnols. Quittant la plaine côtière, ils pénètrent dans les plaines centrales, atteignent le Rio Grande et de là rejoignent les provinces occidentales du Mexique. Leur voyage dure deux ans pendant lesquels ils errent de tribu en tribu, se nourrissant de figues de barbarie et de gibier donné par les Indiens. Ils observent le pays, les habitants, la flore et la faune. Ils rencontrent pour la première fois des bisons. Ce qui est extraordinaire durant ce voyage, c'est que rapidement ils acquièrent la réputation de guérisseurs miraculeux et leur notoriété dans ce domaine les précédera dans leurs déplacements. Dès son départ Cabeza de Vaca doit, sous contrainte, essayer de guérir un malade par l'imposition des mains et la bénédiction divine. Ce traitement ayant 26

réussi, il est obligé par la suite de l'appliquer partout où il va. Quittant un village sous escorte après avoir fait preuve de ses talents, il arrive au hameau suivant où les malades l'attendent. Après leur guérison, il repart avec ses compagnons et une suite d'Indiens porteurs de provisions. C'est par cette succession d'étapes qu'il peut poursuivre son voyage, dans des conditions relativement convenables à travers ces pays désertiques ou hostiles. Cabeza de Vaca racontant ses aventures de « Médecin malgré lui» explique comment il est arrivé à guérir un homme passant pour mort :
« Quand j'arrivai près de leur cabane [des Indiens] je m'aperçus que le malade était déjà mort.. beaucoup de monde était dehors et versait des larmes... Je trouvai que cet Indien avait les yeux retournés, on ne sentait plus le pouls. Je suppliai le Seigneur le mieux que je pus de rendre la santé à cet homme, je le bénis plusieurs fois et soufflai plusieurs fois sur lui. Le soir les Indiens revinrent et dirent que le mort que j'avais soigné devant eux s'était levé bien portant, qu'il s'était promené, qu'il avait parlé et mangé avec eux, ce qui répandit la plus wande admiration dans le pays (3). »

Finalement en 1536, les quatre compagnons avec leur escorte rencontrent une troupe d'Espagnols dans la province mexicaine du Sonora donnant sur le golfe de Californie. C'est une rencontre malheureuse, ce sont des chasseurs d'esclaves qui, malgré leurs promesses, capturent les pauvres Indiens qui avaient amené les quatre voyageurs au contact de la civilisation. Cabeza de Vaca est révolté par cette attitude à l'égard d'une ethnie qu'il avait fini par aimer et respecter. Il a honte d'appartenir à ce peuple d'exploiteurs. Cabeza de Vaca arrive à Mexico, il y est reçu par le vice-roi à qui il raconte ses aventures et lui fait part des rumeurs colportées par les peuplades rencontrées sur sa route, de l'existence de villes fabuleuses regorgeant d'or et d'argent, quelque part au nord du Mexique. Il embarque pour l'Espagne en 1537 et y rédige le récit de son voyage intitulé « Relation ». Il est adressé à l'empereur Charles Quint. On y retiendra cette phrase capitale:
« Pour convertir tous ces gens [les Indiens] et les amener à se soumettre à Votre Majesté impériale, il faut les traiter avec douceur,' c'est un moyen très sûr et c'est le seul (4). » 27

Cabeza de Vaca, grand conquistador au cœur généreux, ne devait pas se reposer sur ses lauriers. Dès 1540, après avoir été pressenti par l'Empereur, il est nommé gouverneur du Paraguay et y part pour une nouvelle série d'aventures qu'il racontera par la suite dans un deuxième ouvrage intitulé « Commentaires ». C'est un infatigable conquistador! (5) Les récits de voyages et ces légendes confortent le vice-roi Mendoza dans son idée qu'au Texas et au Nord du Mexique, il pourrait découvrir des civilisations richissimes à conquérir et y gagner gloire et fortune. Dès 1537 il charge le frère Marcos de Niza, accompagné d'Estevanico le fidèle compagnon de Cabeza de Vaca, d'explorer la région au nord du Rio Grande, d'y rechercher les sept villes d'or dont la première est Cibola. Après de nombreuses difficultés, l'expédition arrive à ses abords, Estevanico y est tué, Niza n'y pénètre pas, bat en retraite et retourne à Mexico parlant de murs décorés de turquoises, tapissés d'or et d'argent. Le vice-roi charge alors Francisco Vasquez de Coronado gouverneur de la région Nord de commander une expédition forte de 250 cavaliers et de plusieurs centaines de Noirs et d'Indiens. La troupe part en 1541, pénètre au Texas par le Nouveau-Mexique, explore le Nord-Ouest. Il arrive à conquérir Cibola, mais ce n'est qu'un village misérable. Les Indiens parlent toujours d'une cité fabuleuse nommée Quivira avec des poissons grands comme des chevaux et où l'or est abondant. Coronado poursuit la recherche de cette ville dans les hautes plaines du Texas. Il y arrive, elle est probablement située dans cette région du Texas actuel nommée Panhandle, c'est un village sans trace d'or ou d'argent. L'expédition retourne au Mexique (Fig. 1 B). En 1542 Luis de Moscoso explore l'Est du Texas, il fait partie de l'expédition de Hernando de Soto parcourant Floride et Mississippi. Après la mort de De Soto, à la tête de la troupe, Moscoso traverse la Louisiane et pénètre au Texas, il y explore tout l'Est et le Centre à la recherche de l'or mais, ne trouvant rien, il retourne sur ses pas et, revenu dans le delta du Mississippi, il y construit les bateaux lui permettant le retour au Mexique. Ces explorations infructueuses ont cependant le mérite de donner au vice-roi des informations importantes sur le Texas, ses populations et ses ressources. Les Espagnols sont alors convaincus que le Texas, pays fertile, au bon climat, ne recèle aucun métal précieux. Dès lors il n'intéresse plus la Couronne espagnole. A quoi bon coloniser et cultiver ce pays lointain alors que les terres fertiles existent en abondance autour 28

de Mexico et n'attendent que les bras pouvant les mettre en valeur? Le Texas reste ainsi à l'abandon pendant 150 ans, n'étant parcouru que par de rares détachements militaires rappelant qu'il demeure une terre espagnole. Il faut noter que la façon de penser des vice-rois de la NouvelleEspagne n'est pas irrationnelle. Des cités fabuleuses sont découvertes au Mexique et au Pérou, avec des métaux précieux en abondance. Les conquérants y avaient été conduits par des guides locaux. Les Espagnols en déduisent que des découvertes semblables sont possibles au Texas. Leur déception est donc énorme, après tant d'espoirs et d'efforts d'exploration. Les hardis conquistadors ne peuvent pas se douter que la terre qu'ils foulent de leurs pieds au Texas recèle un trésor bien plus fabuleux que celui dont ils rêvent, cet Or Noir, enfoui à quelques centaines de mètres sous terre et qui fera la fortune des Texans quatre siècles plus tard, donnant naissance à l'Age du Pétrole.

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