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HISTOIRE DU VENEZUELA

De
399 pages
Le Venezuela n'a jamais fait, en français, l'objet d'une véritable synthèse dans le long terme. Il est pourtant l'Eldorado des temps modernes, symbole jusqu'à une période récente d'une modernité et d'une réussite économique exceptionnelles sur le continent latino-américain, et d'une démocratie non moins atypique. Cet ouvrage constitue une référence indispensable pour qui s'intéresse au devenir de ce pays et de l'Amérique latine dans son ensemble.
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HISTOIRE DU VENEZUELA
DE LA CONQUÊTE À NOS JOURS

Collection Horizons Amériques Latines dirigée par Denis Rolland, Joëlle Chassin Pierre Ragon et ldelette Muzart Fonseca dos Santos
Déjà parus

ABBAD Y LASIERRA L, Porto Rico, (1493-1778). Histoire géographique, civile et naturelle de l'île, 1989. BALLESTEROS Rosas L., La femme écrivain dans la société latino-américaine, 1994. GRUNBERG B., Histoire de la conquête du Mexique, 1996. LECAILLON J.-F., Résistances indiennes en Amériques, 1989. LECAILLON J.-F., Napoléon III et le Mexique. Les illusions d'un grand dessein, 1994. MINAUDIER Jean-Pierre, Histoire de la Colombie. De la conquête à nos jours, 1996. ROINAT C., Romans et nouvelles hispano-américains. Guide des oeuvres et des auteurs, 1992. ROLLAND D. (ss la dir.), Amérique Latine, Etat des lieux et entretiens, 1997. ROLLAND D. (dir.), Les ONG françaises et l'Amérique Latine, 1997. SARGET M..-Noëlle, Histoire du Chili de la conquête à nosjours, 1996. SEQUERA TAMAYO I., Géographie économique du Venezuela, 1997. CAMUS Michel Christian, L'lie de la tortue au coeur de la flibuste caraïbe, 1997. ESCALONA Saul, La Salsa, un phénomène socio-culturel, 1998. CAPDEVILA Laura, La dictature de Trujillo, 1998. BOHORQUEZ-MORAN Carmen L., Francisco de Miranda. Précurseur des Indépendances de l'Amérique latine, 1998.

@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7432-2

Frédérique Langue

mSTOIRE DU VENEZUELA
DE LA CONQUÊTE À NOS JOURS

L'Harmattan 5-7, rue de.l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A la mémoire de ma mère

Introduction

Malgré son nom à l'accent enchanteur, la « petite Venise» d'Amérique, ainsi nommée par l'un des compagnons du « découvreur» Ojeda, le cosmographe Juan de la Casa, n' a pas suscité, une fois passée l'émotion des premiers débarquements en quête de l'Eldorado - les enthousiasmes et mirages coutumiers en Nouvelle-Espagne ou dans le HautPérou. Point d'attrait de mines d'argent par la vertu desquelles, pour reprendre l'expression du franciscain Arlegui dans sa chronique de la Province de Zacatecas, l'Évangile pouvait, grâce à 1'« écho sonore de l'argent », être présent. Tout au plus des aventuriers et quelques banquiers du moment, ceux-là même qui fréquentaient la cour de Charles Quint, les Welser, y avaient-ils pris pied; limité dans l'espace, puisqu'il ne concernait que les îles de Margarita et de Cubagua, le négoce des perles connut un déclin marqué dès les années 1520. Dans ces conditions, il était plus que légitime de considérer cette région de l'Empire espagnol comme l'une de ses marges, bien partiellement incorporée aux échanges commerciaux, humains et tout aussi peu propice au développement d'un imaginaire local, même si l'une des facettes du mythe de l'Eldorado devait y prendre naissance (Manoa). L'inhospitalité initiale d'une grande partie des lieux, l'existence de rivages semi-désertiques ou au contraire de forêts tropicales d'accès difficile l'expliquent aisément. En dépit de quelques circonstances initiales relativement flatteuses, le territoire dans son ensemble retomba donc rapidement dans l'oubli, ou peu s'en fallut, jusqu'à ce XVIIIe siècle qui vit la prospérité généralisée s'installer dans la région, et celle-ci s'inscrire dans le cadre de 1'« économie-monde» décrite par Immanuel Wallerstein. Ceci grâce au premier or noir du Venezuela: le cacao. Au
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terme de cette évolution devait cependant s'affirmer, et paradoxalement s'imposer, une révolution d'Indépendance parmi les plus violentes du continent. Cet oubli s'inscrit dans une certaine mesure dans la longue durée, si l'on considère la manière dont est abordée - de nos jours encore - l'histoire du Venezuela. Trop souvent, l'histoire du pays dans son ensemble est occultée au profit exclusif de sa capitale, Caracas, de même d'ailleurs que l'étude des processus historiques l'est au profit de quelques personnages mythiques et d'une hagiographie non tempérée, comme l'a souligné à maintes reprises German Carrera Damas à propos du mythe bolivarien. L'essor de l'histoire régionale au cours des dix dernières années compense fort justement ce phénomène. Il reste que la topographie des lieux se prête à ce genre d'équivoque. Soulignée par maints historiens ou sociologues avant la lettre, ce territoire est présenté et perçu par les contemporains comme une « mosaïque ». Il est vrai qu'à l'époque coloniale, et même, au XIXe siècle, il était plus facile de se rendre d'un point à l'autre de la côte par cabotage. Aujourd'hui encore, le procédé ne semble pas dénué d'intérêt: le lieu symbole de la production cacaotière, l'ancienne hacienda de Chuao, n'est-il pas accessible, certes par voie de terre, depuis Turmero et les vallées d'Aragua, mais aussi par voie de mer depuis Puerto Colombia (Choron!), du moins lorsque les conditions météorologiques le permettent? Plus qu'un combinat ou un agrégat de régions économiques, le Venezuela reste en effet - et cela est d'autant plus vrai à l'époque coloniale en raison du faible niveau des communications une juxtaposition de régions. Entre deux régions vénézuéliennes, peu ou pas de relations, à la différence de la situation qui prévaut au même moment en Nouvelle-Espagne ou plus au sud du continent. Les contacts établis le sont en fait avec 1'« extérieur» pour reprendre le terme consacré: Caracas et sa région avec les îles qui lui font face, les Antilles, la «Méditerranée des Caraïbes»; le commerce atlantique se développe, celui des objets, des produits d'exportation, mais aussi celui des idées, ainsi à la veille de la Révolution française, de Veracruz à... Philadelphie, ou vers les Canaries et l'Europe. De la ville rivale de Caracas, aussi bien dans le domaine économique que politique, Maracaibo, il est presque
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devenu un lieu commun dans l'historiographie régionaliste de rappeler qu'elle avait alors pour hinterland la « NouvelleGrenade» et la vallée du Magdalena; quant aux régions andines, la similitude de leurs conditions naturelles, de leurs activités économiques et de leur mode de peuplement les associaient tout naturellement aux contrées néo-grenadines qui allaient donner naissance à la Colombie. Quant à Cumana, cette cité portuaire possédait elle aussi ses propres courants d'échanges avec les îles voisines et les Canaries, voire l'Europe. C'est dire que l'introduction à cette étude ne procède pas d'une équivoque, ou encore d'une quelconque soumission à une historiographie locale volontiers hégémonique et comme telle remise en question par les historiens régionalistes (parfois avec les excès contraires) 0u d'une impasse, voire d'une facilité d'écriture. La «Province de Caracas» (selon la dénomination administrative en usage pendant la période coloniale mais sous laquelle on tend à regrouper, abusivement compte tenu de ce qui précède, l'entité territoriale aujourd'hui connue sous le nom de Venezuela) se présente bel et bien comme une «région historique », autonome dans bien des domaines, et doit donc être appréhendée dans sa spécificité. A la connaissance de cette réalité, historique certes, mais aussi profondément actuelle, ont contribué un grand nombre de collègues et d'amis, sans lesquels cette synthèse n'aurait pas de raison d'être. L'essentiel de ma dette intellectuelle va en ce sens à Federico Brito Figueroa, pour le rôle fondamental qu'il a joué dans cet apprentissage de l' histoire du Venezuela et l'acquisition d'une expérience (universitaire en particulier) in situ, ainsi que pour ses suggestions lors de l'élaboration de ce volume. Je tiens également à remercier Atalhualpa et Diana Lichy, dont les contributions littéraires ou filmographiques, en faisant une part à ces sources exceptionnelles mais souvent oubliées de l'histoire et des historiens que sont la littérature et le cinéma, ont permis de rendre moins austère la formulation définitive de cet ouvrage; Nikita Harwich Vallenilla et Astrid Avendano, pour leurs précieuses indications bibliographiques et leurs subtils conseils; Denise Mendez, Nidia Cardenas et Ronny Velasquez, pour leur soutien de longue date voire une 9

collaboration chamanique de tous les instants, Irene et Hector Tavera pour leur «appui logistique» et leur salutaire «réalisme magique », et enfin, Pedro Calzadilla, lecteur attentif et avisé, dont les remarques ont accompagné la phase de rédaction finale. A l'ensemble de ces compagnons de recherche et de débats renouvelés, collègues ou complices d'une autre histoire, vécue celle-ci, et inspirateurs essentiels de ce livre, qui ne peuvent tous être mentionnés ici, cet ouvrage est dédié. Le recensement de mes dettes serait toutefois incomplet si n'y étaient également inclus Pascal Cristofoli pour sa collaboration technique, et les responsables de la collection «Amérique Latine », en particulier Denis Rolland et Pierre Ragon, qui nous ont permis de faire connaître un «territoire historique» méconnu, au-delà du rôle essentiel qu'ils jouent avec cette collection dans la «rencontre de deux mondes ».

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Limites d'États

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Limites de Régions

Capitates d'États

Capitales deRégions et d'ÉtatS
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I . Région Capitale, Région du Zulia,

IV- Région des Andes. V. Région
Centre-oueSt, VI . Région Nord-est, VII . Région Insulaire. des Llanos, IX. Région VIII Région Guayana. X. Région Sud-ouest

Carte 1 - Régions et divisions administratives du Venezuela (Source: M. Pouyllau, Le Venezuela, Paris, 1992)

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I Découverte, conquête et colonisation (1498-1567)

C'est lors du troisième voyage de Colomb (1498), dans leur quête des «Indes Orientales », que les Européens parvinrent sur cette terre qui allait devenir le Venezuela. Plusieurs expéditions allaient d'ailleurs compléter cette première découverte: celle de Alonso de Ojeda tout d'abord, de Rodrigo de Bastidas ensuite. Lors de ses deux premiers voyages, Christophe Colomb et ses compagnons d'aventure avaient en effet exploré la partie insulaire des Caraïbes. L'arrivée en ce qui allait devenir pour la postérité la Terre Ferme (Tierra Firme) initiait par conséquent les contours d'une nouvelle expérience en terre américaine. Une première étape sur le continent américain, hautement symbolique de ce fait, et totalement inédite de par les paysages ethniques et géographiques rencontrés. Après la découverte le 12 octobre 1492 d'une île de l'archipel des Lucayas baptisée par les Indiens Guanahani - rebaptisée San Salvador par son découvreur - avaient été reconnues successivement les îles de Santa Maria de la Concepci6n, la Fernandina et la Isabela. Vinrent ensuite Cuba (Juana), La Espanola, où fut édifié le premier fort espagnol, prélude à une conquête offensive, avant le retour triomphant à Lisbonne le 4 mars 1493, puis à Barcelone où Indiens, oiseaux et autres objets «exotiques », ainsi que les premiers récits de voyage, furent offerts à la curiosité de tous. La deuxième expédition quitta Cadix en septembre 1493. Elle parvint le 3 décembre à la Dominique, qui constituera le point de départ de la découverte des petites Antilles: Marie-Galante, Guadeloupe, Montserrat, Santa Il

Maria la Antigua, jusqu'à la Jamaïque. Revenu à Cadix le Il juin 1496, auréolé de prestige, Colomb y obtint l'approbation des Rois Catholiques et la confirmation de ses pri vilèges.

1. La découverte de la « Terre de Grâce» et de... la petite
Venise

Ce n'est qu'en avril 1497 que l'on commença à préparer ce troisième voyage qui allait mener les découvreurs sur les côtes vénézuéliennes. Le peu d'enthousiasme manifesté par le Trésor Royal (Real Hacienda) et la mauvaise volonté manifeste du secrétaire du Conseil des Indes (Rodriguez de Fonseca, ancien archidiacre de Séville, qui devait superviser les affaires des Indes occidentales pendant plus de deux décennies) à l'égard de l'Amiral retardèrent le départ de la flotte. Deux envoyés de la Cour, Pedro de Margarit et Fernando Boit, venaient seulement de rentrer du deuxième voyage (1593-1596). La description peu flatteuse qu'il firent de la situation de la Isla Espanola ne contribua pas peu à temir l'image de l'Amiral, d'où les réticences émanant désormais des monarques. Passée l'ivresse du premier retour, l'impression dominante restait celle d'un échec: nul métal p.récieux, nulle épice gage de richesses n'avait en effet été signalé aux regards avides des voyageurs. D'où l'obsession qui anime Colomb: il fallait trouver à tout prix les « Indes », et organiser l'exploitation de la population (fût-ce en recourant à 1' esclavage) malgré l'opposition exprimée sur ce point par Isabelle la Catholique. En dépit de ce contexte peu favorable, Colomb obtint un certain nombre de garanties et privilèges, ainsi le titre d'Adelantado pour son frère Bartolomé, l'autorisation de fonder des majorats ou encore l'entrée à la cour de son fils Hernando. Quant à la Couronne, malgré sa méfiance à l'égard de ces aventuriers d'un nouveau genre (c'est seulement par la suite que seront établies des capitulations, contrats stipulant les conditions matérielles voire le cadre juridique de l'expédition entreprise), il n'était pas envisageable pour elle de renoncer à 12

utiliser les capacités de Colomb en matière de navigation, une expérience exceptionnelle acquise sur la route des alizés. Huit navires furent donc armés. Cette fois, soldats et marins étaient accompagnés de paysans, d'artisans et compagnons aux compétences diverses. De même projetait-on d'introduire dans ce Nouveau Monde, à la faveur de ce voyage et moyennant des répartitions de terres à effectuer ultérieurement entre les colons, diverses cultures, au nombre desquelles figurait la canne à sucre, promise à la postérité que l'on sait. Soucieux par ailleurs d'éloigner l'Amiral de La Espanola, les rois catholiques ordonnèrent le départ de deux premiers navires vers l'île; les six autres, placés sous le commandement de Colomb lui-même, ne devaient lever l'ancre que plus tard, et tenter d'effectuer d'autres découvertes. Les doutes ne manquaient pas quant à la position exacte des îles identifiées, lesquelles ne concordaient pas avec les descriptions transmises par Marco Polo en Extrême-Orient. L'autre sujet d'interrogation portait sur les modalités géographiques du partage du monde établi quelques années auparavant entre la Castille et le Portugal, lors du traité de Tordesillas (1494) : en vertu de ce traité, qui succédait à celui d'Alcaçobas, tout territoire se trouvant à l'est d'un méridien passant à 370 lieues à l'ouest de l'archipel du Cap- Vert serait portugais. Le départ de ce troisième voyage, pour lequel nous disposons de la source fondamentale qu'est le Journal (Diario) de Colomb, se fit à Sanlucar de Barrameda le 30 mai 1498. Après une escale aux Canaries, la flotte se divisa et trois navires regagnèrent la Espanola, Colomb et les deux caravelles restantes poursuivant leur route plus au sud, suivant vraisemblablement les conseils du cosmographe catalan Jaime Ferrer, qui situait les gisements aurifères dans les régions équatoriales torrides. La terre fut en vue le 31 juillet: c'était en fait l'île de Trinidad, dont l'Amiral compara les parages aux huertas de Valence, tant abondaient jardins, maisons et gens se consacrant à cet office. Les découvreurs croisèrent une grande pirogue dont les occupants les accueillirent avec des flèches. Depuis la pointe d'El Arenal (actuellement Icacos), Colomb aperçut le delta d'un grand fleuve (l'Orénoque) et les côtes du continent sud-américain, la «terre de grâce» (tierra de 13

gracia) décrite dans son Journal. Surpris de la puissance et de l'impétuosité de ce fleuve, des remous formés à son embouchure, Colomb le compara au Guadalquivir en période de crue et n'osa s'aventurer plus avant. Le groupe se contenta de braver les vagues et de passer le détroit qui reçut le nom de Boca de Serpiente avant d'arriver dans des eaux plus calmes, à proximité de la péninsule de Paria. Symboliquement, c'est d'ailleurs l'un des rares toponymes colombinos à avoir été conservé, avec la Boca deI Drago, Margarita ou l'archipel voisin, dit des Testigos.

Primeras rutas y recursos naturales del Encuentro

1498 -1500

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de la découverte

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siècle

(Source: P. Cunill et alter, Los tres primeros siglos de Venezuela, Caracas, 1991).

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Le premier contact avec la « terre ferme» proprement dite
eut lieu le 5 août 1498. Hernando Colomb se rendit à terre. Tout d'abord effrayés, les occupants des lieux se rapprochèrent peu à peu des étrangers qui avaient jeté l'ancre dans les baies avoisinantes, à Macuro, parfois appelé Amacuro (sur le site de l'actuel Puerto Macuro, dans l'Etat de Sucre qui n'aurait été fondé qu'en 1738). L'Amiral descendit-il à terre? L'histoire veut qu'en réalité, ce fut à Pedro de Terreras et à quelques autres marins que revint le privilège de fouler le sol du continent et de goûter aux offrandes d'indigènes à la peau claire: fruits, casabe, boissons fermentées... Mû par la quête des métaux précieux, l'Amiral poursuivit sa route vers l'ouest, malgré les avertissements des habitants des lieux selon lesquels vivaient dans ces parages des tribus suspectes de cannibalisme. Il gagna ainsi le bien nommé - mais par anticipation - golfe des Perles, d'après la carte qui accompagne en 1511 l'œuvre de Pedro Martir de Anglerfa, ou golfe de Paria, ou encore golfe de la Baleine. Longeant une côte à la végétation exubérante et au réseau hydrographique dense, il laissa au loin les îles de Margarita, Coche et Cubagua. Est-ce le paradis terrestre? L'insularité de Cuba ne faisant plus de doute, Colomb est désormais convaincu qu'il s'agit là d'une terre « ferme », d'une terre nouvelle, peut-être de l'Asie et d'une quelconque avancée de Cipango ou de Cathay sur la route des épices. Le 15 août, il mit le cap sur La Espanola, laissant derrière lui ce qui allait devenir le Venezuela. L'exploration complète pour ne pas dire minutieuse de la côte allait être l'œuvre de l'un de ses compagnons d'aventure, Alonso de Ojeda, qui avait déjà participé en 1493 au deuxième voyage. Sur ordre de l'Amiral, celui-ci explora la Guadeloupe, puis, après autorisation (licencia) obtenue grâce à l'évêque de Palencia, Juan de Fonseca, s'en fut parcourir les îles et la « terre ferme» en vue de commercer avec ses occupants. Seule restait en dehors de ses attributions La Espanola. L'expédition de Ojeda quitta Puerto de Santa MarIa vers le 20 mai 1798; dans l'équipage figuraient le cartographe Juan de la Cosa et Américo Vespucci. La route suivie par la caravelle de Ojeda fut légèrement différente de celle qu'avait choisi Colomb. Longeant la côte africaine, elle obliqua certes à la latitude des Canaries, mais suivit un cap 15

plus orienté au sud-ouest. Ojeda parvint ainsi à l'embouchure du fleuve Dulce (Esequibo) et de l'Orénoque, après être passé par Trinidad, le Golfe des Perles, les péninsules de Paria et d'Araya, jusqu'au golfe de Cariaco et la côte de Maracapana (alors appelée Curiana). Il débarqua alors à Margarita. A Chichiriviche, l'hostilité manifeste des Indiens le dissuada de débarquer; à la Vela de Caro et aux abords de Curaçao, les navigateurs, en proie aux mirages conjugués du Nouveau Monde et d'un surprenant relief de dunes (médanos), crurent voir des géants. Longeant la péninsule de Paraguanâ, il parcoururent ainsi l'actuel golfe du Venezuela, qui fut baptisé Coquivacoa. En 1502 fut fondée Santa Cruz de Coquivacoa, d'ailleurs rapidement abandonnée (Ojeda ayant été fait prisonnier par ses propres compagnons), dont la localisation exacte suscite aujourd'hui encore nombre d'interrogations. C'est en voyant les palafitos, ces maisons bâties sur pilotis construites par l'ethnie Afiu (ultérieurement dénommée Paraujanos, mais certains chroniqueurs, tel Juan de Castellanos, évoquèrent tout aussi bien les Onotos, Zaparas, Toas, Sinamâicas et autres groupes indigènes) et que le voyageur d'aujourd'hui a encore le loisir de contempler sur les rives du lac de Maracaibo (à Santa Rosa de Agua, mais surtout, vers la lagune de Sinamaica), que le souvenir paisible et réconfortant de Venise leur vint à l'esprit, et que cette terre fut appelée la « petite Veni se ». Telle est en effet l'origine, à la fois affectueuse et nostalgique selon le philologue Angel Rosenblat, du nom Venezuela. Mais le même auteur signale toutefois la possible origine indigène de ce nom. Pour la petite histoire, et pour la postérité sans nul doute, le Veneçuela apparaît pour la première fois sur la carte que dessina en 1500 Juan de la Cosa, de retour du voyage qu'il venait de réaliser sous les ordres d'Alonso de Ojeda. Le cosmographe souhaitait ainsi désigner le golfe qui s'étendait entre les péninsules de Paraguanâ et de la Guajira. Le navigateur italien Américo Vespucci, également membre de l'expédition, aurait également quelques droits à revendiquer la paternité de cette découverte, si l'on en croit les spécialistes de la question. Dans ses Cuatro Navegaciones, imprimées en latin en 1507, celui-ci compare en effet les villages sur pilotis à Venise sans 16

toutefois utiliser l'expression de « petite Venise ». Mais ce fut Juan de la Cosa qui l'inscrivit sur sa carte des lieux. En 1528, dans la capitulation par laquelle Charles Quint accordait aux Welser l'exploitation des terres comprises entre le Cabo de la Vela et Maracapana, se trouvent ainsi mentionnées « les terres de Venezuela et ses provinces ». De sorte que Ambrosio Alfinger devint dès son arrivée le premier gouverneur en titre du Venezuela. Consacré dans une bulle de Clément VII le 21 juin 1531, lors de la création de l'évêché de Coro, le Venezuela avait des limites pour le moins imprécises. En outre, on évoquait tantôt la Gobernacion, tantôt la Province, du moins pendant les XVIe et XVllc siècles. Bien qu'ayant localisé l'entrée du lac de Maracaibo (qu'il appela alors San Bartolomé), Ojeda ne s'aventura pas plus avant, rejoignant le Cabo de la Vela et la péninsule aride, voire semi-désertique de la Guajira, achevant ainsi sa course le long des côtes de Terre Ferme. Le 30 août, il partit pour La Espanola. Le voyage avait duré en tout et pour tout trois mois et demi, entre le départ de Puerto de Santa Maria et le retour à la Espanola. Trop peu pour que Colomb lui-même fut convaincu d'avoir trouvé la Terre Ferme. Malgré une moisson de perles, quelques pépites d'or et des esclaves, le bénéfice était, en termes économiques, bien mince. Ojeda fut toutefois nommé gouverneur de Coquivacoa en juin 1501, ce qui lui laissa le loisir de préparer une autre expédition, en compagnie de deux associés et pourvoyeurs de fonds, Juan de Vergara et Garcia de Ocampo. Quatre navires levèrent l'ancre en janvier 1502, via les Canaries et les îles du Cap Vert, qui gagnèrent le golfe de Paria et Margarita. Leur objectif était simple: ranchear 0 rescatar, en d'autres termes obtenir des indigènes, de gré ou de force, par des opérations qui tenaient davantage du troc que de l'échange institutionnalisé, cet or mythique et ces perles qui feront la renommée de l'île toute proche de Margarita. Les associés se séparèrent, et Ojeda tenta sans succès de fonder la première colonie de Terre Ferme. Dénoncé par ses compères pour ses abus et son absence de scrupules, il fut mis aux fers et envoyé à Saint-Domingue en mai 1502, contretemps dont il sortira toutefois indemne. Il effectuera même un autre voyage vers le golfe d'Urabâ (à l'extrémité occidentale de la Colombie). Au nombre des navigateurs célèbres qui parcoururent ces 17

côtes de Terre Ferme, figure Américo Vespucci, Florentin célèbre pour avoir donné son nom à l'ensemble des terres découvertes. Une autre expédition, celle de Alonso Nino et de Cristobal Guerra, contribua à donner quelque consistance au mythe de l'exploitation des perles. Quelques mois suffirent aux deux associés pour parcourir les parages de Paria puis la côte jusqu'à Puerto Cabello, amasser des perles en quantité respectable - à défaut de l'or convoité - et faire route à nouveau vers l'Espagne au début de l'année 1500. Dans le même ordre d'idées, d'autres voyages à finalité commerciale, pour ne pas dire lucrative, sont à signaler dans ces années, et un nombre équivalent, pourraiton dire, de péripéties maritimes: ceux de Cristobal Guerra, Vicente Yafiez Pinzon, compagnon de route de Colomb lors du premier voyage et naufragé involontaire, ou encore celui de Diego de Lepe qui suivit lui aussi la route tracée par Pinzon vers le Brésil avant de mettre le cap sur le golfe de Paria. Le cycle des expéditions proprement vénézuéliennes prend fin avec celle, réalisée là encore à des fins commerciales, du sévillan Rodrigo de Bastidas. Parti de Cadix en octobre 1500 en compagnie de Juan de la Cosa et de Vasco Nunez de Balboa, sur la route du troisième voyage de Colomb, il parcourut la côte vénézuélienne d'est en ouest, de Boca de Serpiente et de la côte nord de Paria au golfe tout aussi désertique de Coquivacoa et au Cabo de la Vela, avant de poursuivre vers ce qui sera la côte colombienne. Ce n'est qu'un an plus tard que Colomb en personne allait revenir en ces lieux, lors de son quatrième voyage, mais en longeant la côte en sens inverse. Qu'il nous soit permis de revenir ici sur l'une des premières dénominations attribuées à cette région d'Amérique, tant furent diverses, géographiquement imprécises et parfois chargées d'imaginaire, les appellations qu'elle devait connaître tout au long de l'époque coloniale, à l'image des paysages ethniques et géographiques que rencontrèrent les conquérants. La première d'entre elles, celle de Terre Ferme (Tierra firme), voire de «Tierra firme deI mar océano », ou encore « Costa firme », renvoit en fait à l'ensemble de la côte septentrionale du continent et correspondrait aujourd'hui aux côtes du Venezuela et de la Colombie. Au début du XVIe siècle, l'expression est utilisée 18

pour désigner le littoral caraïbe, de l'extrémité orientale de la péninsule de Paria jusqu'au golfe d'Urabâ, actuellement en territoire colombien. Progressivement, l'intérieur des terres est englobé dans cette appellation, plus ou moins orientée vers le nord du continent et l'Amérique centrale selon le cas. En témoignent les cartes de l'époque, ainsi celle de Sanson d'Abbeville (1656) ou encore de Robert Dudley (1647). Plus précis, le missionnaire jésuite Felipe Salvador Gilij, dans son Ensayo de Historia Americana (paru à Rome de 1780 à 1784), y englobe les provinces de l'Orénoque, de la Nouvelle-Andalousie (Nueva Andalucia), de Caracas, jusqu'au Darién, par conséquent vers l'actuel Etat de Panama. Une définition que confirme en 1793-1802 le cartographe Joaquin Fidalgo, qui situe les côtes de Terre Ferme entre 53°45 et 75°50 de longitude ouest. C'est avec la création de l'Intendance en 1776 (lntendencia de Ejército y Real Hacienda) et de la Capitainerie générale du Venezuela en 1777 (Capitania General de Venezuela) qu'est formellement établie l'unité administrative et juridique de cet ensemble territorial. Bien qu'incorporées précédemment dans d'autres ensembles politico-administratifs, l'Audience de Saint-Domingue ou la vice-royauté de Nouvelle-Grenade, ce sont donc bien les provinces vénézuéliennes qui portaient cette dénomination, celle-là même recueillie par Humboldt. Ajoutons enfin que Colomb lui-même n'avait pas hésité, lorsqu'il avait vu se dessiner au loin le relief de la péninsule de Paria, lors de son troisième voyage (début août 1498), à l'appeler Tierra de gracia, terre de grâce, tant cette première vision ressemblait pour les navigateurs au paradis terrestre. C'est d'ailleurs à cette occasion que l'Amiral prit connaissance de l'existence du maïs, plante américaine par excellence. Ultérieurement, les références à cette «terre de grâce» resteront toutefois dans le champ littéraire.

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2. La conquête de Terre Ferme, ses rythmes et ses acteurs

Le processus de conquête, en d'autres termes l'occupation et la mise en valeur par les colons espagnols du territoire de l'actuel Venezuela, inclut des éléments aussi divers que la création de noyaux de peuplement destinés à former la trame d'un réseau urbain, les relations établies avec les peuples autochtones, en vue de l'évangélisation «conquête spirituelle» de ces derniers, ou leur exploitation, parallèlement à l'implantation d'institutions et de modes de vie importés de la Péninsule. En ce début du XVIe siècle, les circonstances et les modalités de l'entreprise de colonisation varient sensiblement d'une région à l'autre de l'Amérique. La conquête du Venezuela n'a en ce sens que peu de points communs avec la conquête du Mexique ou du Pérou, riches de leurs civilisations pré-hispaniques à caractère urbain. En Terre Ferme, de la côte caraïbe aux contreforts des Andes, point de grande ville, encore moins de capitale pouvant rivaliser avec la splendeur de Tenochtitlan et en organiser l'espace environnant, mais des tribus disséminées, formées pour l'essentiel de chasseurs et de nomades. D'où la difficulté inhérente à cette colonisation, voire son caractère ingrat dans une nature tropicale exubérante mais fort peu accueillante pour l'aventurier européen. Point de mine génératrice de richesses: l'utopie de l'Eldorado ne devait pas survivre à ces quelques décennies, comme l'indiquait Andrés Bello en soulignant cette équivoque qui retarda quelque peu la mise en valeur agricole de ce territoire. Le XVIIe siècle apparaît en revanche comme le siècle des remises en question, d'un nouveau départ qui confère enfin un sens aux faits, voire aux légendes nées de la conquête, grâce à l'entreprise missionnaire bien sûr, mais aussi à l'affirmation d'une capitale régionale, Caracas, dont la fondation définitive aura lieu en 1567. Les trois siècles d'histoire coloniale sont cependant et avant tout le temps des métissages biologiques et culturels: trois races participent à cet égard d'une même géographie et influeront sur la formation du «caractère national» prélude à la «nationalité» mise en exergue par BolIvar dans son discours d'Angostura, le 15 février 1819. L'unité physique 20

de l'ensemble du territoire, sa maîtrise géopolitique se fait attendre en revanche jusqu'au XXe siècle, comme le montre la découverte tardive des sources de l'Orénoque. On considère cependant qu'au début du XVIIe siècle, la colonisation était en bonne voie, notamment sur le plan juridique. Les principales villes avaient été créées, la résistance opposée par les principaux groupes indigènes vaincue, à l'exception des Caraibes de l'Orénoque et des Jiraharas de la région de Nirgua. La voie suivie pour la conquête, puis la colonisation de l'ensemble vénézuélien fut cependant celle des armes. Aux velléités de «conquête spirituelle» des missionnaires s'opposa la soif de richesses des conquistadors. Plus que les expéditions militaires organisées, ce sont les entreprises menées par des particuliers qui donnèrent le ton. Les premières ont d'ailleurs bénéficié d'une postérité cinématographique non dépourvue d'intérêt (voir à cet égard la saga de Lope de Aguirre). Quant aux deuxièmes, elles débouchèrent sur des capitulations en bonne et due forme, à l'exemple des Welser. Ceci explique notamment l'installation de comptoirs de troc et de commerce des perles dans l'île de Cubagua, création spontanée qui devait donner naissance à la ville de la Nouvelle Cadix (Nueva Cadiz). L'imprécision des limites géographiques, et par là-même des pouvoirs effectivement conférés par les «capitulations », explique par ailleurs les désaccords intervenus non seulement entre les conquistadors eux-mêmes, mais aussi entre les instances administratives telles que les Audiences de Santo Domingo ou de Santa Fe, dont dépendait la Terre Ferme. Ces tribunaux avaient en effet la faculté d'y autoriser des expéditions. Telles furent les conditions dans lesquelles le métis Francisco Fajardo entreprit, à son compte, les premières expéditions sur la côte de Caracas (1555, 1557-1558), et fut contraint, pour la troisième (1559-1560), de se rendre à Saint-Domingue afin d'obtenir l'autorisation correspondante.

21

Antécédents

et voies de la conquête

Les voies de pénétration en Terre Ferme furent grosso modo au nombre de quatre. La première, initiée dans la partie orientale du pays, depuis les îles de Margarita et Cubagua avant de s'étendre à la côte de Cumana, remonte à la deuxième décennie du XVIe siècle. La deuxième se situe plus à l'est, dans les Antilles hollandaises (Curaçao, Bonaire, Aruba) à partir de 1520. Elle a pour protagoniste Juan de Amples, dont l'un des gendres fondera Cora en 1527, après être entré en contact avec Manaure, cacique des caquet{os. Avec l'arrivée de Ambrosio Alfinger et des autres gouverneurs allemands nommés par les Welser, commence véritablement l'exploration du territoire: c'est la fondation de Maracaibo en 1529 et d'autres villes (poblaciones) sur la côte de Rfo Hacha, au-delà du Cabo de La Vela et, en 1545, celle de El Tocuyo, par l'Espagnol Juan de Carvajal. C'est de El Tocuyo située à l'intérieur des terres, que partira la conquête de Barquisimeto, Valencia ou Trujillo. Quelques années auparavant, l'un des gouverneurs allemands, Nicolas de Federman, parti de Coro, était parvenu en 1539 à la Sabana de Bogota, où l'avait précédé Gonzalo Jiménez de Quesada, fondateur de Santa Fe de Bogota. La troisième voie de pénétration sur le territoire de Terre Ferme fut beaucoup plus tardive. Ouverte à la fin des années 1550 à partir de la Nouvelle-Grenade (Tunja et Pamplona), elle parcourt donc les Andes vénézuéliennes et est à l'origine des villes de Mérida, San Cristobal, La Grita et Altamira de CâcereslBarinas. La quatrième voie nous entraîne déjà à la fin du XVIe siècle. Elle descend, là encore, des hauts-plateaux de Nouvelle-Grenade, vers les plaines (llanos) du Meta et de l'Orénoque, grâce aux expéditions d'Antonio de Berrio. Dans des circonstances aussi chaotiques, il n'était guère surprenant que les différents groupes se trouvent parfois confrontés les uns aux autres, dans des conditions plus proches de l'affrontement armé que du dialogue pacifique. Au cours des années 1540, les occupants (vecinos) de Cubagua, ayant épuisé les ostrales, se déplacent en effet vers le Cabo de la Vela et Coro en quête de gisements de perles inexplorés. A la fin des années 1550, c'est entre Mérida et Trujillo que s'affrontent les conquistadors venant de Caro, 22

de El Tocuyo et des Andes. En 1561, devant la menace que représente le « tyran» Lope de Aguirre, les vecinos des trois premières voies de pénétration unissent leurs forces. Lors de la conquête des vallées centrales, celles de Caracas, les margariteiios de Francisco Fajardo et les tocuyanos emmenés par Diego de Losada convergent simultanément. Quant à Antonio de Berrio, déjà mentionné, il parviendra jusqu'à l'embouchure de l'Orénoque avant de s'installer à Margarita.

Des perles du littoral à la quête de l'Eldorado, Coro

d'Oriente

à

Le principal foyer de diffusion de la conquête reste toutefois l'île désertique et stérile de Cubagua, tout du moins en ce qui concerne l'est du territoire communément appelé « orient» (Oriente) de nos jours encore. C'est là, en effet, que se retrouvèrent aventuriers, trafiquants et négociants venus d'Espagne ou des Antilles, attirés par la production de perles. Dès les années 1513-1515 sont recensés plusieurs établissements se consacrant à cette activité (rancherias), sortes de pêcheries qui, dès 1520, acquièrent un caractère plus définitif, se transformant en petites villes. Amenés de force depuis Margarita, la côte voisine, ou encore des lointaines îles Lucayas, les indigènes plongeaient depuis des canots pouvant contenir 6 à 8 personnes (ce chiffre sera rapidement porté à une quinzaine de pêcheurs), accompagnés dès 1527 par des esclaves africains. L'utilisation de ces derniers ne se généralisera que dans la deuxième moitié du XVIe siècle. La pêche commençait à l'aube et ne prenait fin qu'à la nuit tombée. A l'occasion, on utilisait des filets (chinchorros, mandingas), dont certains étaient utilisés pour draguer les fonds marins (red barredera, rastra), contribuant de ce fait à l'épuisement des fonds. La production perlière atteignit son apogée en 1527: quelque 1300 marcs de perles furent alors récoltés, avant que ne commence le déclin de Cubagua et de la Nueva Cadiz, progressivement abandonnées. En 1545, il ne restait à Margarita que deux ou trois canoas et une multitude de 23

pirogues. L'exploitation de ce filon se poursuivit néanmoins et reprit avec une intensité nouvelle en 1574, lorsque furent découverts les gisements de l'île de Coche. L'autre crise survint à la fin du siècle, lorsque les gobernaciones de Margarita et de Cumana se disputèrent l'exploitation des perles de Cubagua, conflit que seule l'intervention de la Couronne parvint à résoudre au moyen d'ordonnances récompensant à l'avenir les découvreurs de semblables richesses et réglementant l'accès à certains sites (1586). Les premières avaient été établies en 1537 et inclues dans celles, générales, de la Nueva Cadiz. Une sorte d'échange s'établit entre les pêcheries et le continent ou les îles voisines. A Cubagua par exemple, l'eau et le bois arrivaient du continent, le maïs et le casabe (sorte de galette de yuca) de Margarita. Au début du XVIIc siècle, les techniques s'étaient quelque peu diversifiées (on utilise désormais plusieurs sortes de filets, la palangra, les trasmallos, ou encore la nasa qui serait originaire de l'Inde). Les embarcations étaient placées sous le commandement d'un capitaine ou chef de bord, généralement un esclave particulièrement habile, et d' un pilote espagnol. Au XVIIIc siècle, les capitaines d'embarcations (mayorales) sont des Noirs. A cette date, l'exploitation s'est déplacée des gisements traditionnels de Margarita et Coche vers Araya, le golfe de Cariaco et Cumana. Mentionnons pour la petite histoire que les pêcheries de perles ne disparurent pas, malgré un phénomène d'épuisement relatif. Après l'Indépendance, une entreprise britannique, Rundell, Bridge and Russell, s'y intéresse de fort près, affrétant navires et machines; jusqu'en 1902, où, sous le gouvernement de Castro, de nouvelles tentatives seront faites, là encore avec la participation de capitaux étrangers. L'épopée des perles ne prendra fin qu'en 1969, une fois constaté l'épuisement définitif de ce filon. Vers 1515, un autre type de conquête se fait jour. Les missionnaires, dominicains et franciscains confondus, s'installent sur le littoral, en face des îles perlières. Les excès des chasseurs d'Indiens provoquent cependant une révolte en 1520, à la suite de laquelle les couvents seront détruits et cette tentative de conquête spirituelle réduite à néant. De même, la fondation par Gonzalo de Ocampo de la Nouvelle-Tolède en amont du Manzanares (ancien rio Cumana) se traduit par un 24

échec. En revanche, une forteresse sera fondée en 1522 par Jacome Castellon, à l'embouchure du fleuve. Telles seraient les origines de la ville de Cumana. En 1528, la prospérité de Cubagua, celle des perles mais aussi du commerce transatlantique avec la péninsule, et, dans une moindre mesure, avec les Antilles voisines, est telle, que la Nueva Cadiz reçoit de Charles Quint le titre de ville (ciudad) en 1528. Signe qui ne trompe pas: ces commerçants qui tiennent salon dans l'île de Margarita organisent diversions musicales et littéraires, possèdent des esclaves noirs, censés surveiller les Indiens. Ils auraient même, luxe suprême, des esclaves morisques. .. Les missionnaires franciscains décident de fonder à nouveau un couvent, toujours à Margarita. Mais cette prospérité fait naître des convoitises: corsaires et pirates - français essentiellement - font de la frange littorale leur terrain d'opération. L'épuisement des perles met un terme provisoire à ce commerce florissant, une partie de ses bénéficiaires se repliant sur des activités agricoles, de pêche ou d'élevage. Les vecinos organisent des expéditions afin de localiser de nouveaux ostrales, qu'ils trouveront effectivement, mais aux environs du Cabo de la Vela, où nombre d'entre eux décident d'émigrer dans les années 1540. A la fin de 1541, un raz-de-marée met un terme définitif à la splendeur de la Nouvelle-Cadix qui retombe dans l'oubli, de même d'ailleurs que la forteresse édifiée par Castellon sur le rivage. Rodrigo de Bastidas, évêque de Puerto Rico, écrit en 1550 que les églises de cette contrée ont purement et simplement disparu, par manque d'habitants. Ce déclin de la Nouvelle-Cadix marque l'échec de la première colonisation de Terre Ferme à partir de l'Oriente. En 1530, un ancien compagnon de Cortés au Mexique, Diego Ordaz, obtient de la couronne d'Espagne une capitulation afin d'explorer les rivages de la péninsule de Paria, l'embouchure de l'Orénoque (en compagnie de Jeronimo de Ortal), mais il ne parviendra pas à remonter les fleuves (l'Orénoque et l'Uyapari) sur une longue distance, compte tenu des courants. Ce fut toutefois la première incursion espagnole en Guayana, et l'une des origines probables du mythe de l'Eldorado. Certains indigènes auraient en effet mentionné l'existence, au-delà du Meta et des montagnes lointaines, d'un richissime royaume aux 25

nombreux habitants. Jeronimo de Ortal, devenu gouverneur de Paria en 1532 après la disparition de Ordaz, envoya son lieutenant Alonso de Herrera sur les traces de la première expédition (1534). L'entreprise se traduisit pas un échec, puisque les Indiens s'emparèrent de Herrera et l'exécutèrent. D'autres expéditions furent organisées ultérieurement, en particulier celles de Antonio Sedefio, mais sans plus de succès. Pendant les années 1530-1550, la présence espagnole dans la région se concentra par conséquent dans l'île de Margarita, dont les habitants, les Guaiquer{es, ethnie experte en matière de pêche et de plongée, avaient accueillli favorablement les Espagnols dès l'arrivée de ceux-ci. En 1525, l' oidor de l'Audience de Saint-Domingue, Marcelo Villalobos obtient de Charles Quint l'autorisation de coloniser et de gouverner l'île. Sa fille mineure lui succéda dans cette entreprise placée sous la tutelle de sa mère Isabel Manrique de Villalobos. Bien qu'aucune des deux femmes n'aient directement exercé à un moment ou à un autre le gouvernement de l'île - ce furent des parents ou lieutenants de gouverneur qui l'assumèrent -, cette dynastie contrôla l'île jusqu'à la fin du XVIe siècle, lorsque le gouverneur Juan Sarmiento, arrière petit-fils de Marcelo Villalobos, mourut en 1593 en combattant des pirates. Ses successeurs, tenientes de gobernador envoyés depuis Saint-Domingue par l' oidor Villalobos - décédé en 1626 - décrétèrent la construction d'une forteresse ainsi que d'une église sur la côte méridionale, symboles par excellence de l'imposition d' un ordre nouveau. Telle serait l'origine du premier noyau de peuplement hispanique sur l'île, «Pueblo de la mar », littéralement le «village de la mer », qui allait devenir Porlamar, capitale de nos jours encore de l'île de Margarita. La ville fut baptisée en mars 1536 du nom de Villa deI Espiritu Santo par le père Francisco VilIacorta, visiblement préoccupé d'unir la conquête spirituelle des lieux aux profits strictement économiques. Pendant ces années de mise en place du système colonial, le destin d'Isabel et de Aldonza ne fut d'ailleurs pas de tout repos. Confrontées à la rapacité des vecinos de Cubagua, elles durent en effet se battre afin de faire reconnaître leurs droits sur Margarita. Le mariage d'Isabel avec le commerçant Pedro Ortiz de Santoval contribua à ce succès. La population de l'île se partagea dès 26

lors entre les Créoles et les Espagnols; les uns et les autres se consacrant à l'agriculture, s'appuyant à l'occasion sur quelques encomiendas dans lesquelles les autochtones ne furent cependant pas incorporés compte tenu de leur qualité de «vassaux du Roi» d'Espagne. En 1545, le pueblo de Santa Lucia était suffisamment solide. Il deviendra au cours. du temps la capitale de la Nueva Esparta, La Asuncion (Ascension), dont le patronage fut étendu à l'ensemble de l'île. La deuxième des grandes voies de pénétration en Terre Ferme, celle de l'occident, fut un peu plus tardive puisqu'il y est généralement fait référence à la fin des années 1520. Elle fut toutefois à l'origine d'un certain nombre de fondations de villes. Le point de départ de cette voie occidentale fut l'intérêt manifesté par le fonctionnaire royal (factor real) Juan de Ampiés pour les îles appelées Los Gigantes (Les Géants) à savoir Curaçao, Aruba et Bonaire (aujourd'hui Antilles hollandaises). En 1520, il obtint du gouverneur Rodrigo de Figueroa la charge d'assurer la sécurité de cellesci et de les peupler aussi bien d'Espagnols que d'Indiens. En 1521, l'amiral et vice-roi Diego Colon le confirma dans ses prérogatives, tout en interdisant aux Espagnols de réduire en esclavage les Indiens relevant de ce seiiorio (sorte de seigneurerie). En 1526 furent promulguées à cet effet une série de mercedes reales (grâces, décrets de la Couronne d'Espagne en faveur de tel ou tel vassal, en général à titre de récompense pour les services rendus). Toujours installé à Santo Domingo, le factor dirigeait les opérations, envoyant navires et marchandises, agents et commerçants. Dans les îles des Géants, ses envoyés coupaient du palo brasil et tentèrent d'y installer des Indiens caquetios (parfois des esclaves amenés de Santo Domingo et libérés à cette occasion) et autres indigènes que la crainte d'être réduits en esclavage avaient contraints à prendre la fuite. Cette politique de pacification lui valut l'estime du cacique local, Manaure. En 1527, le factor n'hésita pas à envoyer son fils, également prénommé Juan de Ampiés, avec des hommes et des chevaux. Juan établit une sorte de petit fort, de casemate, qui faisait en même temps office de comptoir. En juillet de la même année, la fondation de Santa Ana de Coro vint couronner cette politique habile de rapprochement avec les 27

indigènes. Santa Ana de Coro présenta d'entrée la particularité de faire coexister Espagnols et indigènes. Elle n'eut pas tout de suite le caractère de fondation officielle, symbolisée par l'existence d'un cabildo, mais elle fut bel et bien la résultante d'une véritable symbiose entre les deux communautés. En 1528, Juan de Ampiés se présenta en personne, accompagné d'une cinquantaine d'Espagnols au nombre desquels figuraient des prêtres. Le cacique Manaure fut baptisé à cette occasion, recevant le nom de Martin. Mais le 28 février 1529, l'arrivée du gouverneur allemand Ambrosio Alfinger, représentant des Welser, lesquels avaient obtenu le 27 mars 1528 une capitulation leur confiant le soin de peupler et d'exploiter la Province de Venezuela (la gobernacion fut fondée à cette occasion), sonna le glas de cette coexistence. Ampiés se retira, non sans avoir goûté à la prison. Le cacique Manaure fut quant à lui contraint de se replier vers l'intérieur des terres. Coro fut formellement édifiée comme ville espagnole, nantie d'un cabildo dont le premier alcalde fut Bartolomé Zarco, et d'une administration des finances royales (Real Hacienda). Deux ans plus tard, en 1529, les vecinos décidèrent de la fonder à nouveau sur le site initialement choisi par Ampiés. Siège à partir de 1531 du premier diocèse du Venezuela, dont le titulaire fut Rodrigo de Bastidas, Coro commença lentement à se développer comme centre urbain et fut le point de départ d'expéditions vers l'intérieur. L'une des premières donna lieu à la fondation par Alfinger de la première Maracaibo en septembre 1529, sur la rive occidentale du lac. En 1535, le successeur d'Alfinger (tué par les indigènes), Federman, l'un

des « découvreurs » de Bogota en 1539 à la suite de Gonzalo
Jiménez de Quesada, en déplaça la population, femmes et enfants compris, vers le site de Nuestra Senora de los Remedios, sur la côte occidentale de la Guajira. Coro eut donc pendant de longues années le privilège d'être la seule ville espagnole de l'occident vénézuélien. Les gouverneurs allemands et les agents envoyés par les Welser, au nombre desquels figuraient des mineurs allemands, s'étaient en effet mis à la recherche de mines d'or et du mythique Eldorado. Rescate de oro, opérations de troc plus ou moins consenti, réduction des indigènes en esclavage, le bilan des nouveaux arrivants ne comporta guère de 28

fondations urbaines stables, alors même que les termes de la capitulation accordée par Charles Quint obligeait ses bénéficiaires à fonder deux villes dans un délai de deux ans, à établir des forteresses en nombre suffisant (au moins trois), à armer quatre navires (en fait, treize parvinrent sur les côtes vénézuéliennes entre 1529 et 1532, dont sept directement d'Espagne) et un nombre conséquent de soldats et marins, ainsi que cinquante mineurs allemands qui devaient se disperser dans toute l'Amérique. Toujours aux termes de cette capitulation, la Couronne leur accordait le droit d'introduire des chevaux aux Indes, les dispensait de certaines taxes et impôts, ainsi sur le sel ou encore l'almojarifazgo, traditionnellement perçu à l'entrée dans un port sur les marchandises convoyées. De même étaient-ils autorisés à réduire des indigènes en esclavage, à condition toutefois que ceux-ci aient été rebelles, ou encore d'introduire des esclaves africains. Les Welser avaient également la faculté de nommer des gouverneurs, sous réserve de confirmation de ces nominations par la Couronne, qui resteraient placés sous l'autorité de l'Audience de Santo Domingo, alors tribunal suprême des Amériques. La première ville fondée dans ces conditions, par Juan de Carvajal, fut El Tocuyo en 1545. Celui-ci entra d'ailleurs rapidement en conflit avec les représentants des Welser, qu' il fit appréhender et exécuter. Lui-même jugé pour cette décision expéditive qui met fin à la période des Welser par un juge envoyé à cette fin depuis Saint-Domingue (juez de residencia), Juan Pérez de Tolosa, il fut exécuté à la fin de 1546. Que dire de cette période contrastée des débuts de la colonisation? Juan de Carvajal ne fut pas le seul opposant à la politique des Welser. Le cabildo de Coro prit fait et cause contre ces derniers, ce qui motiva l'envoi par l'Audience de Saint-Domingue de Rodrigo de Bastidas (futur évêque de Cora) nanti du titre de gouverneur et surtout de juge de la commission chargée d'enquêter sur les faits qui leur étaient reprochés, notamment dans l'administration des Caisses royales. L'extrême vigilance de la Couronne se trouvait justifiée a posteriori par la rentabilité des entreprises allemandes. La fonte de l'or, mirage des Welser et de leurs pairs allemands tout au long de leur séjour, rapporta en effet 29

les bénéfices les plus conséquents enregistrés pendant la période coloniale, et ce màlgré l'absence de mines d'importance. L'année de leur arrivée à Coro, 1 116 pesos furent recueillis à ce titre. En 1533, 39 225 pesos, un record pour la province. De 1529 à 1538, un total de 89 080 pesos d'or étaient passés par les fonderies allemandes. 1005 indigènes avaient été capturés - réduits en esclavage et emmenés pour certains d'entre eux à Saint-Domingue pour une valeur initiale de 7 500 pesos. Pendant dix années de règne, les Welser introduisirent pour 77 285 pesos de marchandises, versant quelques 5 046 pesos de taxes au Trésor royal. Cette vieille famille aristocratique s'était illustrée par ses activités de négoce en Espagne, aux côtés d'autres émigrants allemands passés à la postérité, les Fugger. Passés maîtres dans le commerce des épices ou encore du sucre rapporté de Madère, mais aussi des tissus importés d'Angleterre (lin, laine) ou d'Italie (velours, coton), ils étaient devenus des banquiers avant la lettre, fonctionnant telle une société de commerce dont les apports seraient constitués par les capitaux provenant d'autres familles de marchands. Dès 1539, les Welser avaient créé des plantations de canne à sucre aux Canaries (La Palma), le négoce du sucre étant l'une de leurs meilleures activités de rapport. Sous le règne de Charles Quint, à qui ils consentirent des prêts substantiels, ils se transformèrent en armateurs, depuis Séville ou Saint-Domingue. De 1'« île espagnole» à la Terre Ferme, bruissante de rumeurs sur la richesse de l'Eldorado, il n' y avait qu'un pas, que les appuis politiques permirent de franchir aisément. Les gouverneurs allemands furent un autre élément, tout aussi décisif, de cette implantation en Terre Ferme. Le premier d'entre eux, Ambrosio Alfinger, fondateur de Coro, avait acquis une première expérience américaine en travaillant pour les Welser à Saint-Domingue. L'un de ses successeurs, Nicolâs de Federman, tenta de réaliser à son compte une expédition. D'où le congé qui lui fut signifié par Alfinger à son retour de Saint-Domingue. Celui-ci se lança alors dans une autre expédition, censée découvrir le passage vers le Pacifique via les vallées andines, où il perdra la vie lors d'un affrontement avec les indigènes. Cette absence forcée est à l'origine de la «révolte de Coro », que l'historiographie vénézuélienne désigne
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volontiers comme la «révolution de Coro », en 1533. Lorsque fut connue la nouvelle de la mort du premier gouverneur nommé par les Welser, les désaccords commençèrent à se faire jour quant au gouvernement de la province. En l'absence d'Alfinger, le gouvernemept avait été confié a Bartolomé de Santillana - Bartolomé Sailer selon certaines sources -, teniente de gobernador et Capitaine général de la Province, ceci dès l'année 153 1. Santillana se refusa a abandonner sa charge, provoquant l'ire du cabildo de Coro qui le fit jeter en prison sous l'accusation de fraude au profit des Welser. Cette arrestation, ainsi que la dénonciation envoyée par deux officiers de finance (oficiales de Real Hacienda) au Conseil des Indes, marque le point de départ de la «révolution ». Elle traduit dans les faits la volonté des colons de consolider le régime municipal afin de mettre un frein au pouvoir absolu des Welser, et d'exercer les prérogatives habituellement imparties aux cabildos américains (répartition conjointe de terres/solares avec les oficiales reales, visites hebdomadaires de la prison, délibérations du cabildo etc...). D'où l'importance des premières mesures prises, ainsi l'élection d'autorités municipales. La révolte comporta deux phases. Dans la première fut élu comme alcalde ordinaire Francisco Gallegos, dans la seconde, Santillana fut déchu de ses fonctions et un juge gouverneur provisoire nommé avant que la Couronne ne pourvût à nouveau à la nomination d' un gouverneur. En janvier 1538, deux procureurs quittèrent Coro pour l'Espagne afin d'informer la Couronne de la suite donnée à ces événements. Le 4 mai et le 14 juillet, l'Audience de Santo Domingo et la Couronne nommèrent successivement Rodrigo de Bastidas comme gouverneur et le chargent d'instruire cette affaire. Cette révolte eut des conséquences non négligeables pour l'histoire politique de la province. La nomination du gouverneur pressenti, Nicolas de Federman, fut suspendue, et Jorge Spira provisoirement désigné, ainsi qu'un lieutenant-adjoint originaire de Castille... Quant aux Welser, la Couronne se contenta de garantir la sécurité de leurs personnes et de leurs biens. L'approvisionnement de la province ne fut plus exclusivement entre leurs mains, de même la répartition des indigènes par encomienda, et le gouverneur fut désormais 31

tenu de s'abstenir de participer aux réunions d'un cabildo réorganisé et renforcé dans ses prérogatives, chaque fois que sa fonction serait en jeu. Le cabildo de Cora s'empressa de désigner deux alcaldes intérimaires, Francisco Gallegos et Pedro de San Martin, jusqu'à l'arrivée en 1534 de Rodrigo de Bastidas, lui-même remplacé l'année suivante - pour cause de maladie - par Alonso Vazquez de Acuna, puis par un nouveau gouverneur allemand, Jorge Hohermuth, également connu sous le nom de Jorge Spira. Lequel organisa une expédition vers Barquisimeto, Acarigua et le fleuve Apure. Nanti de quelque or mais avec une troupe décimée par les fièvres tropicales, il trouva à son retour un autre gouverneur provisoire et juez de residencia envoyé de Saint-Domingue, Antonio Navarro. La valse des gouverneurs (en raison de rivalités politiques ou simplement des circonstances: décès des titulaires) se poursuivit, puisque la Couronne désapprouva le principe de cette nomination de Navarro au bénéfice de Spira, qui devait décéder peu après. C'est donc Rodrigo de Bastidas, nouveau gouverneur intérimaire désigné par l'Audience, qui devint en 1542 capitaine général et supervisa l'expédition vers le Casanare. Entre-temps fut désigné comme gouverneur l'Allemand Enrique Remboldt, facteur des Welser, qui décéda en 1544 et fut remplacé par les alcaldes de Coro, Bernardino Manso et Juan de Bonilla, puis par le juge de l'Audience de Saint-Domingue, Juan de Frias, qui se rendit immédiatement à Margarita. En son absence, son lieutenant Juan de Carvajal fit exécuter les chefs de l'expédition, Felipe de Hutten et le jeune Welser (1545), avant d'être lui-même jugé par ses supérieurs. Le contrat de 1528, déclaré caduc, resta cependant en vigueur jusqu'en 1557, lorsque les Welser et leurs descendants renoncèrent à poursuivre le litige engagé devant la cour d'Espagne quant à la restitution du gouvernement du Venezuela. Point de départ de maintes expéditions vers l'intérieur des terres et jusqu'en Nouvelle-Grenade, Coro vit son rôle colonisateur relayé par la petite ville de El Tocuyo. Ainsi fut fondé le centre urbain de Borburata, situé dans les environs immédiats de l'actuelle Puerto Cabello. Nuestra Senora de la Concepcion de Borburata fut fondée par Juan de Villegas, lieutenant de Pérez de Tolosa, en 1547. Mais le site ne fut 32

véritablement occupé qu'en 1549, par Pedro Alvarez, qui s'y installa avec plusieurs femmes d'origine espagnole. Villegas en personne en organisa le cabildo en 1551. L'exemple de Borburata, pratiquement abandonnée vingt ans plus tard, montre bien qu'il n' y eut pas coïncidence parfaite entre le moment de la fondation des premières villes vénézuéliennes, l'installation effective de leurs premiers habitants et la rédaction de statuts juridiques. La fondation de la Nueva Segovia de Barquisimeto (1552) par le même Juan de Villegas obéit à des principes quelque peu différents, à savoir la localisation de veines aurifères aux environs immédiats du fleuve Buna. Un campement de mineurs s'y établit rapidement. Ce sera San Pedro de Buna, dont partira ultérieurement la révolte du negro Miguel. Même si elle changea à plusieurs reprises de site, Barquisimeto eut tout de suite le titre de ville, disposa formellement d'un cabildo et fut régie par des ordonnances. La troisième ville fondée à partir de El Tocuyo fut Valencia (1555), sur les rives du lac du même nom, appelé Tacarigua par les indigènes regroupés en village aux cahutes caractéristiques (bohios). D'après le chroniqueur José de Oviedo y Banos, son fondateur aurait été Alonso Diaz Moreno, vecino de Borburata, sur les instances du gouverneur en titre, alors Alonso Arias de Villasinda. Le processus en aurait été toutefois plus complexe et le débat demeure quant à l'identité du fondateur de la ville. Dès 1551, le capitaine Vicente Diaz Ferreira, vecino lui aussi de Borburata, avait fondé en ces lieux, près de Valencia, une hacienda d'élevage (hato). Sur la base du noyau de peuplement qui s'y développa dans les années suivantes, et selon cette version de l'histoire, ce serait donc le gouverneur Arias de Villasinda qui aurait fondé en 1553 la ville de Valencia. En 1557, une autre expédition quitta El Tocuyo, sous la direction de Diego Garcia de Paredes, qui devait faire une tentative de fondation, celle de la ville de la Nueva Trujillo, immédiatement remise en question par l'hostilité permanente des indigènes. Trujillo fait, là encore, partie des villes qui ont « migré» au début de leur fondation, passant d'un site à l'autre et changeant de nom à l'occasion, avant de se fixer définitivement dans les vallées de Bocono en 1559.

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Autres tentatives motivées par la recherche de l'Eldorado et la recherche des métaux précieux, celles qui conduisirent à la fondation de reales de minas, centres miniers éphémères, en raison des incertitudes présidant à cette activité, mais aussi de la présence des Indiens jiraharas. Quelques exemples: Las Palmas, Villa Rica/Nueva Jerez ou encore Nirga/Nirgua, pour n'en citer que quelques-uns. Ce n'est qu'au XVllc siècle que l'entreprise de colonisation sera consolidée. Il reste que la conquête spirituelle de la région ne s'appuyait paradoxalement que sur un petit groupe de missionnaires, malgré le fait que Coro, dotée d'une petite cathédrale et siège théorique du nouvel évêché, l'ait été aussi de la gobernacion. De nombreux gouverneurs choisissent en effet de résider dans l'intérieur, à El Tocuyo ou à Barquisimeto, de même les officiers de finances, qui préfèrent demeurer à proximité des lieux d'extraction de l'or afin de prélever les taxes royales qu'il leur incombait de percevoir... La quête de l'Eldorado, de ses palais dorés, de ses pierres précieuses et autres joyaux, de ses lagunes abritant le métal convoité et inépuisable, allait en fait se prolonger pendant plus de deux siècles. Conquistadors et missionnaires, aventuriers et voyageurs, allaient indistinctement se faire les colporteurs d'une légende que l'on retrouve jusque dans les chroniques ou les ouvrages des voyageurs européens, tel Walter Raleigh qui dans sa Discovery oj the large rich and beautiful empire oj Guayana prête une oreille complaisante à ces rumeurs dont l'une des variantes sera celle de Manoa. Jusque dans les œuvres des écrivains contemporains, tels Arturo Uslar Pietri (El Camino de El Dorado, Manoa), Miguel Otero Silva (Lope de Aguirre, principe de la libertad) ou Abel Posse (Diamon), survit le mythe de l'Eldorado.

des

Tierra adentro : la consolidation « villes transhumantes»

de la conquête et le rôle

1550: à cette date est installée à Santafé de Bogota l'Audience du Nouveau Royaume de Grenade (Nuevo Reina de Granada). Des expéditions, préparées par des vecinos de Pamplona (fondée en 1549) et de Tunja, furent envoyées 34

vers le Venezuela, toujours dans le but de découvrir des mines d'or et de soumettre les indigènes des «Sierras Nevadas ». La jonction entre le noyau initial des conquistadores de l'occident vénézuélien et les colons de Nouvelle-Grenade s'était effectuée peu de temps auparavant, lorsque Juan de Villegas avait envoyé des émissaires depuis le Tocuyo afin de nouer des relations commerciales. Comme le voulaient les usages juridiques, le cabildo de Pamplona avait à cet effet concédé la faculté aux alcaldes de la ville d'explorer la zone montagneuse comprenant les Etats actuels de Tachira et de Mérida. A la suite de ces expéditions, l'un d'entre eux, Juan Rodriguez Suarez, fondera ainsi Mérida (octobre 1558), en compagnie de Juan Varela. L'absence de métaux précieux était compensée par la qualité des terres découvertes, particulièrement aptes aux activités agricoles, et par l'existence de communautés indigènes à même de fournir des bases à la constitution d'encomiendas. Un autre de ces alcaldes, Juan de Maldonado, transfèrera ultérieurement la ville de Mérida sur le site où elle se trouve actuellement, avant de fonder en mars 1561 la Villa de San Cristobal. La rencontre du nouveau maître des lieux avec le capitaine Francisco Ruiz sera l'occasion de parvenir à un compromis. La fixation des limites juridictionnelles de l'Audience de Santa Fe et de la Gobernacion de Venezuela trouvera à cette occasion une solution provisoire. Ayant atteint ses limites andines et corianas, la conquête du Venezuela se renforce désormais, progressant vers l'intérieur des terres. Il faut rappeler à cet égard que l'un des obstacles qui retardèrent la progression vers l'intérieur, préservant l'autonomie des caciques locaux, fut la cordillère côtière. Un métis originaire de Margarita, Francisco Fajardo, fils d'une Guaiqueri, parvint cependant à prendre pied dans la région en 1555. La première prise de contact se fonda sur l'échange, le rescate ou troc avec des indigènes peu accueillants. La deuxième, qui le mènera en 1557-1558 dans les environs de Chuspa, sur le littoral central, sera réalisée en compagnie de sa mère, la cacique Isabel, de onze Espagnols et d'une centaine d'Indiens. Fajardo obtint du gouverneur Gutiérrez de la Pefia, installé au Tocuyo, l'autorisation de fonder un centre urbain, ce qu'il fit dès 1559, ou plutôt tenta de faire. L'hostilité manifestée par une grande partie des 35

indigènes le contraignit en effet à se replier sur Margarita. La troisième expédition, menée sous les auspices de l'Audience de Saint-Domingue, commença elle aussi par une rencontre pacifique entre Espagnols, métis et Indiens, rencontre qui conduit Fajardo jusqu'à Valencia. Le nouveau gouverneur du Tocuyo, Pablo Collado, l'autorisa là encore à fonder des villes, et lui fournit des hommes armés. II le nomma également Teniente General (lieutenant général) de la conquête de la «province des Caracas ». En 1569, Fajardo aurait effectué une fondation dans la vallée de San Francisco (donc dans les vallées de Caracas), puis celle, attestée, de El Collado, dans les environs de Caraballeda, une fondation qui comporta un cabildo dont les premiers alcaldes furent Lazaro Vaquez et Martin de Jaén. Ce fut la plus importante avant la fondation de Caracas par Diego de Losada. Un parallèle notoire à cette expansion vers l'intérieur fut la consolidation de la présence espagnole sur l'ensemble du littoral et la réactivation de celle-ci sur le littoral oriental. Dès les années 1550, Rodrigo Pérez de Navarrete, vecino espagnol de Margarita, avait incité les religieux dominicains à reprendre la conquête spirituelle de la région et à tirer parti de la rivalité opposant les Indiens caribes aux Aruacos. En 1559, Fray Francisco de Montesinos quitte l'Espagne avec douze de ses coreligionnaires (dont six nonnes) destinés aux couvents de Saint-Domingue. Accompagné de résidents de Puerto Rico et Margarita, Espagnols, Créoles et Indiens confondus, il débarqua sur le rivage de Maracapana en juillet 1561. Alors que Montesinos poursuivait sa marche vers le Manzanares dans l'intention d'effectuer une autre fondation urbaine, le «tyran» Lope de Aguirre, de retour d'une expédition sur l'Amazone, prit Margarita, se dressant ouvertement contre la Couronne d'Espagne. Appuyé par les Maraftones, ainsi nommés pour avoir accompagné le « tyran» depuis sa descente du fleuve Marafion, Aguirre tenta de soumettre Montesinos, mais un épisode pour le moins surprenant survint alors: ces Maraftones, au nombre desquels figuraient des vétérans des guerres européennes, prirent le parti de celui-ci et de son associé, Fray Alvaro de Castro. Les religieux donnèrent l'alerte (Montesinos regagna même Santo Domingo en toute hâte), pendant que le « tyran» poursuivait sa progression, soumettant
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successivement la Villa deI Espiritu Santo, Borburata, puis Valencia, avant d'être défait à Barquisimeto en octobre 1561 par les différentes forces envoyées depuis les villes récemment fondées. De retour sur la côte de Cumana, Montesinos abandonna le site initial de Maracapana, en raison de dissensions internes, et fonda la NouvelIe-Cordone 1562 avec l'appui de 29 vecinos espagnols, créoles et métis. En revanche, dans la région centrale, Francisco Fajardo ne parvint pas à consolider ses acquis. Confronté à une révolte indigène, il ne put en venir à bout, le soulèvement de Lope de Aguirre requérant la présence des troupes espagnoles. Les sites de San Francisco et de El Collado durent ainsi être abandonnés sous la pression des indigènes et de l'un de leurs caciques, Guacaipuro. Fajardo regagna donc Margarita sans autre trêve de procès, mais fut exécuté en 1564 à son arrivée à la Nouvelle-Cordoue, sur ordre d'Alonso Cobos, justicia mayor de la ville, l'un de ses rivaux les plus acharnés pour des questions de juridiction territoriale. De sorte que la région centrale du Venezuela, aussi bien la côte que les vallées et sierras de l'intérieur, schématiquement entre Cumanâ et Valencia, demeurait aux mains des aborigènes, de Guacaipuro, Guaimacuare, Paramaconi et autres caciques révoltés. Philippe II ordonna par conséquent la conquête de la région. Mais ce n'est qu'en 1567 que Diego de Losada, sur ordre du gouverneur Pedro Ponce de Leon, se lancera dans une aventure qui culminera avec la fondation de Caracas. Cet hidalgo originaire de Zamora, parvenu en Terre Ferme dans la troupe du cruel Antonio Sedefio et devenu ultérieurement l'un des chefs de cette expédition puis alcalde de la Nueva Segovia de Barquisimeto et encomendero, avait quitté El Tocuyo (dont il fut à la fois regidor et alcalde) en janvier, récupérant une partie de ses troupes à Barquisimeto: plus de cent trente hommes en armes devaient donc l'accompagner dans cette aventure. Le 25 juillet 1567, après avoir vaincu la résistance des Indiens, il fonda Santiago de Leon de Caracas. La protection de l'apôtre se révéla incertaine, tout au moins dans ses débuts. A plusieurs reprises les Indiens tentèrent d'assiéger la ville et ils ne furent pas les seuls: corsaires et pirates se joignirent à

(future Cumana), dont le cabildo fut constitué le 1cr février

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cette entreprise qui ne parvint cependant pas à détruire la future capitale. Dans le même temps, Losada avait gagné le littoral et fondé en septembre Nuestra Seiiora de Caraballeda, sur l'emplacement même où Fajardo avait précédemment fondé El Collado. En ce sens, on peut considérer que l'entreprise colonisatrice de Losada fut la continuation de celle de Fajardo, et le prolongement tout à la fois. D'anciens compagnons de Fajardo figurèrent d'ailleurs parmi les premiers vecinos. Un détail révèle toutefois l'importance croissante accordée par la Couronne à ces fondations: alors que les villes fondées par le métis margaritefio avaient le titre de villas, celles fondées par Losada reçurent en revanche un statut juridique beaucoup plus enviable puisqu'elles eurent celui de ciudades, dotées par conséquent d'un cabildo. Mais leur fondateur n'obtint jamais la récompense escomptée, à savoir la charge de gouverneur de la province, après la disparition du titulaire Ponce de Leon en mai 1569. La croissance de Caracas fut de loin supérieure à celle de sa rivale côtière. De plus, la découverte dans les environs, à Los Teques, de mines d'or, attira les colons, comme le souligna dès 1567 le gouverneur Ponce de Leon, des colons dont la grande majorité s'installa à Caracas. En 1574, on y recensait « plus de 40 vecinos espagnols, encomenderos et plus de 100 soldats espagnols », si l'on en croit l'évêque Pedro de Agreda. En revanche, Caraballeda ne comptait à cette date qu'une douzaine de vecinos. Dans les années qui suivirent leur fondation, les deux villes ne connurent cependant qu'une tranquillité relative. Seule la mort de Guacaipuro, tué par les Espagnols dans son village de Suruapay au début de 1569, permit de diminuer quelque peu la pression créée par les indigènes, pendant que Caraballeda subissait par ailleurs les attaques des Caribes. En 1571, les cabildos des deux villes parvinrent à un accord afin d'attaquer conjointement le cacique Guaimacuare, réfugié dans la cordillère côtière d'El Avila, ce qui portait un préjudice considérable aux communications entre la côte et les vallées de Caracas. La même année, Pedro Alonso Galeas, ancien Marafion, et l'Espagnol Garc! Gonzalez de Silva luttèrent contre les Mariches. Garc! Gonzalez parvint à soumettre les Tarmas en 1573. Peu à peu, les zones d'influence directe de Caracas et 38

de Caraballeda furent pacifiées et les premières encomiendas s' y établirent. En d'autres termes, la consolidation de la conquête du Venezuela couvre les années 1560-1570. C'est le moment où des villes comme Barquisimeto ou Trujillo s'installèrent sur leur site définitif. Barquisimeto était restée peu de temps sur le site choisi en 1552. Considéré comme malsain par les vecinos, il justifia le choix d'un autre lieux. Incendiée par Lope de Aguirre en 1561, Barquisimeto renaquit de ses cendres en un peu plus loin, sur le site dit de Las Damas, toujours à proximité de la rivière Barquisimeto, dont le nom indigène signifierait «rivière de cendres », «eaux troubles ». Son dernier transfert eut lieu en 1563, pendant le gouvernement de Alonso Pérez Manzanedo. Quant à Trujillo, fondée par Diego Garcia de Paredes, elle demeura dans les vallées de Bocono de décembre 1559 jusqu'à 1563, date à laquelle le cabildo décida son transfert en des lieux plus propices. En 1565-66, une partie de ses habitants porta son choix sur un site voisin, et la ville fut rebaptisée sous le nom de Trujillo de Medellin. En 1570, Nuestra Senora de la Paz de Trujillo fut installée sur son site définitif, sur les rives du Castano Depuis la deuxième moitié du XVIe siècle, une préoccupation tout à fait autre s'était faite jour. Pirates et corsaires, français, hollandais ou anglais, assaillaient et mettaient régulièrement à sac les centres urbains situés sur le littoral ou à Margarita. L'année de la fondation de Caracas, Cora et Borburata furent ainsi attaquées et pillées. Borburata cessera d'ailleurs d'exister à la suite de l'une de ces attaques même si son port continua à être utilisé (actuellement Puerto Cabello). Rappelons à cet égard que les attaques constantes de la Villa deI Espiritu Santo (à l'origine de Porlamar) furent à l'origine du déplacement de la ville vers l'intérieur, sur le site de La Asuncion. En novembre, la Villa de la Asuncion obtint le titre de ciudad. Un nouveau théâtre d'opérations fut ouvert dans ces années troubles. En 1568, le capitaine espagnol Diego Fernandez de Serpa obtint de Philippe II l'autorisation d'entreprendre depuis Cumana la conquête de ce qui allait devenir la Nouvelle-Andalousie (Nueva Andalucfa), vers la Guayana et la région de l'Amazone. En octobre 1569, Fernandez de Serpa donna son nom définitif à cette 39