Histoires d'écrire

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Un après-midi d'écriture à Limours. L'objet de ce recueil est de faciliter, à partir de techniques simples, l'expression de ce que chacun porte en soi pour découvrir le plaisir de l'écriture. Cet ouvrage se veut être le reflet d'un atelier d'écriture dans l'esprit de "Vivre et l'écrire" pour qui "Tout être humain est porteur d'une parole" avec deux maîtres mots : écriture personnelle spontanée et écriture plaisir.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
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EAN13 : 9782296333130
Nombre de pages : 191
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histoire(s) d’écrire

histoire(s) d’écrire

Vivre et l’Écrire Limours

Avant propos

“Un après-midi d’écriture à Limours” Pour faciliter à partir de techniques simples, l’expression de ce que chacun porte en soi et pour découvrir le plaisir de l’écriture. Ce recueil n’a aucune prétention littéraire ou didactique. Il se veut être le reflet d’un atelier d’écriture, dans l’esprit de ”Vivre et l’Écrire”, pour qui “Tout être humain est porteur d’une parole”, avec deux maîtres mots : écriture personnelle spontanée et écriture plaisir. Il est issu de notre expérience, du vécu de notre association à Limours depuis quelques années. Notre souhait bien sûr est que ce livre intéresse le plus grand nombre, mais surtout, qu’il permette, à ceux qui seraient tentés, de se lancer à leur tour dans l’écriture spontanée. Au fil des années, cette forme d’expression, qu’elle soit témoignage, fiction ou imaginaire, nous a apporté la joie des mots, les émotions et les petits bonheurs liés à la découverte de l’autre et au partage de nos ressentis du plus léger au plus profond, du plus sérieux au plus farfelu. Que ce recueil enfin soit pour le lecteur le témoignage d’une grande bouffée d’amitié partagée autour de l’écriture. Voilà pourquoi, après Sénèque, nous continuons à dire : “Ce n’est pas parce qu’écrire est difficile que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’écrire est difficile”
Marie-Thérèse Albert

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En guise de préface
Textes extraits du livre : une trace des Associations pour le XXIème siècle

Quand, il y a une dizaine d’années, à 7 heures du matin, à l’arrêt de bus du C.E.S., j’ai rencontré Marie-Thérèse qui partait à Orléans, et qu’elle m’a parlé de cette nouvelle association Vivre & l’Écrire dont elle était responsable à Limours, le mot “écrire” m’a fait dresser l’oreille et un frisson m’a parcourue, comme un chien de chasse qui a flairé une bonne piste. La piste, depuis, je ne l’ai plus quittée, les ateliers succèdent aux ateliers, l’effectif des fidèles se renforce. Il y a les accros, il y a les amateurs, il y a les oiseaux de passage, il y a les observateurs, il y a les stagiaires : certains viennent de loin, il y en a même qui ne sont jamais arrivés jusqu’à Limours, perdus dans les immensités de la Beauce, ou égarés par les complexités des réseaux de TER et RER. Mais le petit noyau, le petit groupe est toujours là, et Marie-Thérèse règne sur nos ateliers d’écriture. Il faut nous voir empoigner nos stylos après l’énoncé de différentes propositions. La perplexité se lit sur certains visages, le doute, l’interrogation. Les regards se font aigus ou bien vagues, se perdent au loin, remontent dans le temps, et puis, après quelques minutes d’hésitation, penchés sur leur feuille, tous les participants écrivent, écrivent ; ils sont lancés, rien ne peut plus les arrêter. Ils sont les maîtres de l’histoire qu’ils construisent, ils tirent les ficelles, ils sont tout puissants. Entre l’écriture et la lecture des textes, le temps passe trop vite. Pour ma part, il y a toujours le plaisir de prolonger ces moments en particulier ; puisque le pli a été pris d’écrire, pourquoi se limiter aux ateliers ? N’hésitons pas, lançons-nous, que chaque événement marquant du quotidien ou de la vie familiale devienne l’occasion d’un poème ou d’une courte nouvelle. Pimentons-les d’un peu de fantastique, lâchons la bride à notre imagination, nous sommes dans le domaine du rêve, il faut aller dans toutes les directions. Oui, en ce froid matin d’hiver, une porte s’est ouverte sur un jardin bien agréable à parcourir et dont nous n’avons pas encore exploré toutes les perspectives !
Christine Treps, l’un des fidèles jardiniers.

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Pourquoi suis-je venu ?

Pourquoi ai-je accepté de neutraliser un bout de mon week-end pour m’enfermer et m’astreindre à gratter du papier au lieu de vagabonder parmi toutes les tentations de cet avant Noël ? Cette question, il y a toujours une petite voix de la paresse qui me la ramène : écrire ?… à quoi cela peut bien servir ? Et pourtant, ce moment privilégié où l’on va me lire ou m’écouter, j’en ai envie ; j’ai le désir secret de me faire plaisir, j’ai l’espoir de retenir votre oreille attentive, et même un peu de votre admiration. En me concentrant pour écrire ces quelques lignes, j’espère aussi sortir de mon silence intérieur, de ce silence bourdonnant où l’on ressasse sans cesse les mêmes idées. Ici, ces idées, je vais essayer de bien les lisser pour vous les faire entendre, moi qui n’ai ni l’à-propos, ni la spontanéité de refaire le monde sur le comptoir du Café du Commerce, ici j’ai vu ce petit créneau pour être écouté. Oui, je suis venu avec l’espoir secret d’être un jour imprimé avec mon nom ; et aussi une sincère espérance d’être lu un jour par un flâneur anonyme qui ressentirait la même solitude que moi, et qui, dans son for intérieur, m’approuvera et m’applaudira de tout son cœur. Écrire, il y a là un passage souterrain possible vers les générations futures, une méthode facile pour montrer qu’on avait raison, un artifice pour se camper vis-à-vis de sa descendance en un personnage lucide et avisé. Voilà 3 minutes que vous m’écoutez avec attention, ceci me réconforte, me donne confiance, c’est un indice sérieux. Je sens que le succès, la célébrité pourraient jaillir au bout de mon paragraphe. Vous m’avez demandé pourquoi je suis venu. Vous ne m’avez pas demandé pourquoi je ne suis pas toujours modeste…
Gérard Chevalier

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Une association qui “conte”…

Vivre & l’Écrire. Une bien drôle de façon de se confronter à la page blanche. Mais quoi de plus facile que d’écrire sur un sujet que l’on connaît mieux que n’importe quel autre, sa vie ; pas forcément une vie romanesque ou une vie d’aventures, mais une certaine vision que l’on a de sa propre vie, de sa propre expérience. Créatif ou récréatif, le loisir d’écrire se perd, alors qu’il ouvre des horizons bien plus vastes que la communication par téléphone, aujourd’hui plus répandue. Les phrases éphémères de nos conversations bi-directionnelles sont remplacées par quelques mots bien pesés que l’on pourra faire partager à nos proches ou à nos compagnons d’écriture. Et quand je parle de bien peser ses mots, l’écriture permet de le faire sans concessions. Et à l’association, on ne se gêne pas pour en faire des tonnes. Mots d’humeur, souvenirs, pures fictions se croisent au gré des sujets et d’exercices de styles variés. Le cérémonial est réduit au strict minimum : exposition d’un thème, le silence de la réflexion et de la rédaction, ponctué par les frottements des stylos sur le papier et tour de table des petits textes, lus à haute voix pour l’assemblée, qui y trouvera toujours matière à sourire, rire, pleurer, admirer ou simplement prendre plaisir à écouter une bonne histoire. Ces réunions m’étonnent toujours par l’ambiance de bonne entente qui s’en dégage alors qu’à priori, rien, à part ce désir de coucher sur le papier des bribes de notre existence, ne rassemble spécialement les participants. Vivre & l’Écrire ; chacun peut s’y mettre, chez lui, s’il en éprouve le besoin. Mais se réunir pour passer un après-midi studieux à se lancer le défi de raccorder son expérience personnelle à un sujet imposé, ouvre des perspectives nouvelles. Sans parler de la convivialité et de la richesse de nos rencontres. Car c’est aussi cela l’association : on y vient pour écrire, et le vivre.
Stéphane Berland

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et l’Écrire Vivre
Vivre et l’Écrire

Vivre et l’Écrire

Déroulement d’une séance - Méthodologie
Les lignes qui suivent n’ont de méthodologie que le nom. La méthode en effet, est le simple résultat d’une pratique de plusieurs années à Limours, “méthode” dans l’esprit de “Vivre & l’Écrire” et de l’expression personnelle par l’écriture spontanée (voir page 5). Pour la grande satisfaction des participants, une séance se présente comme un repas entre amis, comme un jeu. Nous jouons, nous bricolons, nous nous exprimons et nous construisons avec les mots (oraux ou écrits) ; en lisant la progression d’une séance, on comprend que chaque “écrivant” forge sa plume petit à petit ; un atelier d’écriture est un laboratoire. Comme un repas entre amis. 1) On se retrouve avec une petite mise en bouche par les nouvelles, les infos des uns et des autres. 2) Le plat de résistance : Quelques incipit (donnons dans le vocabulaire littéraire…). Ce sont des possibilités de démarrage d’écriture, pour aiguiser notre appétit des mots (cf. amorces et réflexions) débuts de nouvelle, faits d’actualité, réflexions permettant de donner son sentiment, de s’interroger ; ou encore un ou deux vers d’un poème, pour ceux qui se sentiraient l’âme poétique, des cartes postales ou des photos étalées sur la table, pour s’aventurer à partir d’images. Un temps d’écriture est fixé mais il se prolonge parfois jusqu’aux derniers crissements de stylo sur le papier. Vient ensuite un temps de lecture. Chacun lit son texte, sans obligation et sans jugement de la part des participants. Ce respect mutuel n’empêche pas les rires francs et les émotions qu’on ne peut contenir. C’est là que résident la magie et la richesse de ces moments d’écriture partagée : on se découvre, on découvre l’autre, on partage avec respect et empathie, on s’enrichit. 3) Un deuxième temps d’écriture… le dessert. Nous avons toujours voulu ce deuxième temps plus ludique, pour décompresser par rapport au temps précédent, parfois lourd d’évocations, de souvenirs, de ressentis. Là encore, l’éventail est sans cesse renouvelé : brainstorming, histoires tournantes, cadavres exquis, mots-valises (que nous appelons “crépusculottes”), pourquoi-parce que, jeux de mots, etc. Temps d’écriture, temps de lecture, de rire, de plaisir.
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…et déjà le temps a passé, on se sent bien, un peu “vidé” parfois mais on recommencera, on prend date. Chacun garde ses écrits, les livre tels quels ou encore les peaufine à loisir chez soi. Chaque année, un petit dossier reflétera notre “travail” d’une saison, avant d’arriver, qui sait ? Et en toute modestie, à notre “chef-d’œuvre” : le livre de nos après-midi d’écriture, satisfactionbonheur ou couronnement-honneur, de l’écriture-plaisir partagée à Limours, au futur lecteur d’en juger…
Marie-Thérèse Albert Merci à tous ceux à qui nous avons emprunté des techniques, tout en les “accommodant” à notre façon.

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En annexe, quelques témoignages “d’écrivants” qui nous conviennent bien, extraits de “Écrire en Atelier. Pourquoi ?” Mémoire d’Ingrid Mazure - URF de sciences Sociales Maîtrise C.M.O.P.C. Université Paris VII 2000 - 2001

“Un atelier où les “écrivants” aiment • écrire et échanger • proposer des clins d’œil à notre société et à ses travers • avoir de l’humour • ne pas se prendre au sérieux” “C’est un lieu où chacun peut s’exprimer sans crainte d’être jugé, catalogué et où l’animateur sait, par ses propositions parfois inattendues, vous faire réfléchir et aussi vous faire vous amuser ; le côté ludique est très important.” “Un lieu de rencontre où on se divertit, non pas pour le seul savoir mais surtout par l’imagination dans l’écriture et ce, sans viser la gloire du prix Goncourt, encore que…!”

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Q
Première partie

Quelques mots pour un départ et réflexions
Des débuts de phrase, des réflexions, des faits divers, un début de poème… Quelques mots qui se croisent dans les

textes et engagent à poursuivre l’écriture…

Devant une gravure…
Assis à ma table, je regarde ce doux paysage qui s’offre à mes yeux. deux barques sont côte à côte et remuent l’une après l’autre, bercées qu’elles sont par le courant de la rivière. L’eau est claire, calme, impression de douceur. Quelques petits arbustes ont jailli ici et là à travers l’eau et amènent à cette couleur bleu-blanc un peu de vert. Sur la berge de mon côté, un arbre donne un peu d’ombre à ce paysage ; de l’autre côté, au loin, le petit village se reflète dans le ruisseau, impression de pureté. On peut y voir le clocher de l’église qui vient dominer de sa grandeur le reste des maisons. Ces dernières, plus ou moins au bord de l’eau, sont accolées les unes aux autres, impression familiale. Quant au ciel, je ne peux vous le décrire, le peintre a omis de le signaler sur ce beau tableau qui se dessine devant moi, impression de vacances…
Cyrille Jaouen - Expo lire en fête

Je me suis acheté des ailes…
Samedi, au supermarché, j’ai acheté des ailes en plastique très dur, pour voler dans les airs. Ce matin, je suis montée au troisième étage et j’ai sauté par la fenêtre pour les essayer mais je suis tombée sur le nez et bien sûr, il était cassé “mon nez”. - sapeurs-pompiers - hôpital. Malheureusement, ce n’était pas un rêve mais la réalité !
Jeannette Mahé

C’est vrai que j’ai toujours eu envie de voler, de m’envoler. Il m’arrive, certaines nuits, de rêver que je m’envole. Au début, c’est comme les cygnes sur le lac d’Annecy : un vol lourd, dur, pénible. Et une fois que je suis à une certaine hauteur, je plane : c’est délicieux. Alors un jour, j’ai été trouver mon psy, celui qui depuis bien des années
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m’aide dans mes moments difficiles, je lui ai décrit mes rêves et je lui ai demandé de me les expliquer. Il m’a répondu : “C’est au fond de vous qu’il y a la clef. C’est à vous de trouver”. J’étais tellement furieux qu’en partant, je suis allé à Auchan. J’ai cherché et j’ai trouvé, pour pas cher, une paire d’ailes. Vous ne pouvez pas savoir mon bonheur. En voiture, je suis monté à la cime des Cornettes. Je me suis attaché mes ailes et j’ai regardé le vide. J’ai la trouille. Une de ces peurs ! Et si je me tuais ? Je n’éprouvais pas du tout la sensation de mes rêves : le bonheur de voler, de planer. Alors, je me mets à penser très fort à l’amie Dominique, monitrice de parapente, qui m’a dit un jour : “Je t’emmènerai voler”. Je voudrais bien qu’elle soit là. Je cours un peu sur la pente, puis de plus en plus vite et je sens le vent s’engouffrer. Je suis pris à mon propre piège. Je suis parti. Je n’ai plus les pieds sur terre. Et là, c’est le grand silence. Calme. Plus rien ne compte. Je suis seul, heureux d’être seul. Je domine le monde, enfin ! Combien de temps dans le ciel suis-je resté ? Une éternité et je me suis redis tranquillement ces mots : - Ça fait une éternité que je plane, ça fait une éternité que je plane. C’est ça l’éternité ? C’est agréable, c’est doux. Je ne peine pas. Je suis bien dans mon corps. Mais, je suis seul, c’est affreux. Je ne veux pas d’une éternité dans la solitude. Eh ! mes amis, où êtes-vous ? Retenez-moi. J’ai besoin de vous. Et je me mets à lancer face à l’univers entier un cri, cet appel à mes amis : j’ai besoin de vous ! - Eh bien cher monsieur, vous en dites des choses intéressantes aujourd’hui ? me dit mon psy en me prenant la main. Ça fait 500 francs. Revenez la semaine prochaine. L’expérience de l’éternité pour 500 balles : c’est quand même pas si cher !
Pierre de Givenchy

Je me rêve en animal…
Il m’arrive souvent, au gré de ma route, de ma vie, de me croiser dans un miroir. Pas la petite glace que l’on possède tous dans notre salle de bains ; celle qui sert à se voir encore à moitié endormi le matin, les cheveux tout ébouriffés. Non, ce dont je veux parler, c’est ce bon vieux miroir que l’on
16 Pourquoi pleurer quand mon cœur est toujours gai ?

trouve par hasard au fond d’un grenier et dans lequel on peut se regarder de la tête aux pieds, dans lequel on peut pénétrer pour partir, partir… La dernière fois que je me suis retrouvé face à face avec ce miroir, j’ai commencé par fermer les yeux, de peur, peut-être, de voir une personne que l’on n’aimerait pas avoir en face de soi. C’est difficile à expliquer, mais c’est comme l’enfant, après qu’il ait fait une bêtise, qu’on met devant une glace pour qu’il voie, pour qu’il se voie “comme il est ”. Et puis, un œil après l’autre, j’ai regardé, je me suis regardé pour avoir la conscience tranquille en quelque sorte, afin d’avoir le reflet de l’être qui m’anime. Et là, quelle surprise de voir un doux plumage me recouvrir, des milliers de plumes blanches qui s’alignaient les unes aux autres. Mes jambes avaient la forme de petites pattes fines, de couleur rose-orange et mes pieds avaient laissé place à une série de quatre orteils que prolongeaient des griffes. Mes yeux perçants regardaient ce tableau, ou plutôt le miroir et n’en revenaient pas. Dans le doute, je dépliais mes ailes pour pouvoir toucher l’objet qui me rendait cette image. Mais c’était bien moi, ce bel oiseau figé sur place qui ne cessait de se regarder. J’avais beau chercher à comprendre le pourquoi du comment, rien à faire. il me fallait bien me faire à l’idée que cette colombe, cet être tant espéré ne faisait plus qu’un avec mon corps. Il ne me restait plus qu’à m’envoler pour répandre autour de moi cette nouvelle, quand, tout à coup, une douce voix vint m’arrêter dans mon envol. Et elle me disait : “Mais non, t’es pas moche, allez dépêche-toi, on va être en retard…”
Cyrille Jaouen

Tourner, virer Tourner, virer Dans ce bassin étroit. Étroit comme l’esprit de mes geôliers Qui vendent ma vie, ma joie Qui commercialisent mes exploits Même si je dois en crever.
17 Parce que le ciel est bleu et la mer est verte.

Le delphinarium va fermer. Je fais ma dernière cabriole Devant les sourires ébahis des familles Complices obligées de la barbarie du loisir. Un jour, j’irai voir la mer Mais combien seront disparus ? Piégés, capturés, vendus. Dauphins de cirque, armes secrètes, vedettes de l’éphémère. Mes amis, vous me manquerez. Stop ! La pause est terminée. Oubliés l’océan et les beaux rêves de liberté. Demain, c’est les vacances scolaires, Le calvaire va recommencer.
Stéphane Berland

Il fait froid encore pour ce début de printemps, je suis dehors depuis 13 heures, l’heure où elle est partie. Cette fois je l’ai reconnue, j’en suis sûre, je me trompe rarement. Elle s’arrête devant la grille pour l’ouvrir, remonte dans la voiture, en redescend, ferme la grille. Depuis longtemps, j’ai entendu, mieux, reconnu le ronronnement du moteur de la 205. Je peux donc me présenter à la grille sans risque de me tromper sur qui j’accueille. Il fait encore nuit mais cela ne me gêne en rien, ses phares m’éblouissent un peu. Je me roule sur le dos histoire de lui prouver mon attachement et combien moi, je l’attends depuis toutes ces heures. Ça y est, elle s’est garée, je suis là contre ses jambes, il faut qu’elle m’entende, c’est qu’elle en met un temps avant d’ouvrir la porte. Cette maudite porte s’ouvre et je me précipite à l’intérieur, elle me suit. Bon, ça commence mal, j’ai une faim de loup et rien à me mettre sous les crocs, le pire c’est qu’elle n’a pas l’air pressé de s’occuper de moi. Elle se
18 Pourquoi les oiseaux chantent-ils ?

déchausse, ôte son manteau et comme d’habitude se précipite sur cet engin maudit qu’ils appellent répondeur. Je n’ai décidément pas de chance, il semble y avoir des messages. Ça risque de durer longtemps, elle va rappeler et moi j’ai faim. Alors je sors le grand jeu, je me rends envahissante, me faufile partout où elle est, contre ses jambes, quitte même à la faire trébucher. “Pousse-toi de là”, répète-t-elle sans cesse, est-elle assise que je m’installe aussitôt sur ses genoux, s’agirait qu’elle pense à moi, sans blague. A force, je sens bien que je l’énerve, ça y est elle craque, la porte magique s’ouvre, elle saisit la boîte convoitée et daigne enfin m’apporter de quoi me rassasier. Qu’elle s’estime heureuse elle va pouvoir téléphoner à loisir, c’est pas moi qui viendrai la déranger, trop faim. Ah ! ça va mieux. Je me dirige maintenant vers mon canapé histoire de goûter enfin un repos bien mérité. Pas gênée, la place est prise, ma place est prise. Qu’à cela ne tienne je m’incruste, et me voici rampant jusqu’à elle et commençant à pétrir ses genoux de mes pattes griffues. Elle déteste ça ; résultat, je ne tarde pas à me retrouver catapultée sur la moquette. C’est décidément pas son jour. Tant pis, je boude et reste prostrée là. Ces humains j’y comprendrai jamais rien. Le jour commence à se lever, la maison est encore tout endormie, je m’étire en tous sens, hum ! Cette journée s’annonce bonne. Bien, il faut sortir au plus vite. Pour cela, que cette maudite porte s’ouvre ! En 2 temps, 3 mouvements je suis sur le lit et j’y vais de ma petite chanson interne : “ron ron ron ron ”, un petit coup de langue râpeuse sur la main qui dépasse. Elle bouge un peu mais ça n’est pas suffisant. Alors je vais plus loin et mordille doucement le flanc de la main. La réaction ne se fait pas attendre, je suis poussée doucement mais fermement au bas du lit dans un grognement sorti de dessous la couette. Je reviens aussitôt à la charge et commence à pétrir allègrement ce corps endormi, encore engoncé sous les couvertures. Je veux sortir, c’est pourtant clair. Le réveil semble se faire de plus en plus net. D’un coup d’un bond elle se lève du lit en grommelant à mon égard quelques incompréhensibles compliments. Euréka ! Elle se dirige vers la porte maudite, tourne la clé et hop ! À moi la liberté. Vous avouerez, quelle vie que cette vie de chat !
Catherine Albert 19 Parce que j’aime me lever tard le week-end et croire que je profite de ces quelques heures de répit.

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