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IMMIGRANTS COREENS AU QUEBEC

De
272 pages
Comment la communication interculturelle se fait-elle ? Comment les immigrants envisagent-ils leur avenir ? Comment s'intègrent-ils à une société d'accueil majoritairement francophone, séduisante et troublante à la fois en raison de ses ambiguïtés socio-politiques ?
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IMMIGRANTS CORÉENS AU QUÉBEC

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Howard S. BECKER, Propos sur l'art, 1999. Jacques GUILLOU, Louis MOREAU de BELLAING, Misère et pauvreté, 1999. Sabine JARROT, Le vampire dans la littérature du XIX' siècle, 1999. Claude GIRAUD, L'intelligibilité du social, 1999. C. CLAIRIS, D. COSTAOUEC, J.B. COYOS (coord.), Langues régionales de France, 1999. Bertrand MASQUELIER, Pour une anthropologie de l'interlocution, 1999. Guy TAPIE, Les architectes: mutations d'une profession, 1999. A. GIRÉ, A. BÉRAUD, P. DÉCHAMPS, Les ingénieurs. Identités en questions,20oo.

Seong-Sook YIM

IMMIGRANTS CORÉENS AU QUÉBEC
La question de la communication interculturelle

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) . CANADA H2Y IK9

@ L'Harmattan, 2000

ISBN: 2-7384-9042-5

À mon mari Jian

INTRODUCTION

~
Émigrer n'est pas résoudre le problème de la vie, c'est le poser sur une page blanche. De toutes les entreprises humaines, il n'en est pas de plus compliquée, de plus Périlleuse, il n'en est pas qui vende plus ciJer ce que l'on croit qu'elle donne.. elle ne permet le succès qUflux résolus, aux énergiques et aux patients.. la légende seule lui prête des aspects séduisants. Émile Daireaux, 1889

La vie et les mœurs à la Plata

e Canada est un pays d'immigration, et il le sera sans doute pour encore une longue période. Qui dit immigration dit diversité (clanique, ethnique, culturelle, religieuse, etc.) et intégration. Aussi le Canada représente-t-il un champ d'observation par excellence pour ceux qui s'intéressent à l'étude des phénomènes et des enjeux liés aux immigrants sous divers rapports, d'autant plus que ce sont là des sujets qui préoccupent énormément les politiciens et qui alimentent régulièrement les médias. Ainsi, certains auteurs comme M. Labelle, P.-A. Linteau et J. Berthelot ont décrit les différents aspects de l'histoire de l'immigration du Canada et du Québec dans des travaux sociologiques; d'autres, tels que J-P. Rogel, V. Satzewich et P. S. Li, ont analysé les enjeux politicoéconomiques ou sociodémographiques de l'immigration en mettant l'accent sur les mesures prises à l'égard des nouveaux arrivants; d'autres encore, comme K. V. Ujimoto, K. V. Chandra, P.-A. Tremblay, J. Berry, J. Porter,1. Driedger, P. Cappon et 1. Bonhomme, se sont intéressés soit au problème de la discrimination ethnique, soit aux relations interethniques et à l'égalité sociale dans le multiculturalisme canadien, soit, enfin, aux

L

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conflits interethniques entre les néo-Canadiens et les francophones. On trouve aussi des travaux, ceux de]. Langlais, P. Laplante et L. joseph, ceux de G. Caldwell et ceux de D. Helly, pour ne citer que quelques exemples, qui offrent un aperçu des enjeux de l'intégration socioculturelle et linguistique des communautés culturelles pour l'avenir du pluralisme au Québec. Par ailleurs, chez les auteurs commeA. B.Anderson,]. S. Frideres,j. Berry, K.V: Ujimoto, F. E. Aboud, M. Labelle, R. Vandycke', etc., on trouve également des réflexions sur la question d'« ethnicité »et sur l'intégration

des immigrants appartenant aux « minorités visibles» au Canada et au
Québec. On peut remarquer que, le plus souvent, les auteurs abordent les sujets de l'immigration et de l'intégration d'un point de vue « macrosociologique », examinant les structures et les impacts sociopolitiques et économiques de l'immigration envisagée à un niveau global plutôt qu'individuel, que ce soit sous l'angle historique, économique, politique, démographique ou socioculturel. De plus, lorsque certains auteurs, tels que]. H. Chung, se mettent à étudier des aspects plus concrets de la vie des immigrants, ils adoptent presque toujours une approche quantitative. Or, depuis l'apparition de l'ethnométhodologie dans le domaine des études sociologiques, il s'est avéré possible et instructif de mener des recherches d'un point de vue « microsociologique » sur les phénomènes sociaux tels que l'intégration des immigrants à la société d'accueil, c'est-à-dire à l'environnement socioculturel et politique déterminé par la population majoritaire et dominante du pays receveur des immigrants. Les chercheurs qui se réclament de cette école délaissent les hypothèses, indicateurs et chiffres pour observer les détails quotidiens des acteurs sociaux afin de comprendre le pourquoi et le comment de leur dire et de leur faire. Un autre aspect qui nous paraît essentiel au sujet de l'immigration et de l'intégration mais qui ne semble pas avoir été traité suffisamment dans les recherches, c'est celui de la « communication interculturelle », également appelé en anglais« cross-culturalcommunication» ou « transcultural communication », c'est-à-dire la communication entre des personnes issues

Pour les travaux des auteurs

cités, se rapporter

à la bibliographie

en fin d'ouvrage.

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INTRODUCTION

de cultures différentes. En effet, c'est à travers les communications de tous les jours où s'affrontent leurs cultures, perspectives et intérêts plus ou moins divergents, parfois même conflictuels, que les immigrants d'une part et, d'autre part, les natifs, en l'occurrence la population francophone et anglophone habitant le territoire canadien depuis plusieurs générations, parviennent à construire ou à renouveler un équilibre homéostatique, c'està-dire un ordre social et un cadre de cœxistence acceptables et profitables pour tous moyennant des changements et des transformations de part et d'autre. Compte tenu des constatations précédentes, il nous a paru nécessaire, pourle présent ouvrage, de construire d'abord un nouveau cadre théorique en exploitant la complémentarité de différentes théories et approches telles que l'ethnométhodologie, la réception active, l'approche constructiviste et l'approche ethnographique, afin d'aborder plus adéquate ment la problématique d'intégration des immigrants. À titre d'étude de cas, nous allons ensuite observer et interpréter, conformément à ce cadre théorique, les pratiques communicationnelles des immigrants coréens de Montréal dans leur processus d'" intégration» à la société québécoise. Par intégration », nous entendons l'aboutissement d'un processus continu " qu'un immigrant doit accomplir quotidiennement à travers un ensemble de pratiques sociales. Étant donné que ces pratiques le mettent constamment en interaction avec un nouvel environnement où il doit réorganiser sa vie et dont les fondements culturels peuvent présenter plus ou moins de différences par rapport à ceux de son pays d'origine, nous pouvons concevoir ces pratiques comme autant de pratiques de la communication interculturelle. ~ensemble des accomplissements de ces pratiques peut être perçu et décrit en termes d'" intégration ». En ce sens, l'intégration n'est pas un processus déterminé par un seul côté intégrant» OU" intégrateur ", rôle habituellement réclamé par la société " d'accueil. Bien qu'ils se trouvent souvent en position d'" objets» ou de récepteurs, les immigrants n'en jouent pas moins un rôle actif dans la détermination du sens de ce processus. Le présent ouvrage se divise en deux parties. La présente les éléments d'encadrement de nos recherches: théorique, design et méthodologie. La deuxième partie l'interprétation des données de nos enquêtes. Dès le chapitre I, nous allons situer notre objet immigrants coréens au Québec, dans un tableau général l'immigration au Canada et au Québec. Ce tableau, II première partie contexte, cadre est consacrée à d'étude, soit les et historique de nécessairement

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sommaire puisque notre but n'est pas celui d'un historien, vise à mettre en évidence la problématique générale de l'intégration des immigrants, à savoir comment envisager, gérer et vivre, à différents niveaux, la diversité ethnique et culturelle découlant des mouvements migratoires des populations humaines. Nous passerons en revue certaines politiques et recherches à cet égard, notamment en ce qui concerne l'assimilation américaine, la notion d'intégration, le multiculturalisme canadien et, surtout, le pluralisme québécois avec ses paradoxes et ses défis particuliers liés à la situation sociopolitique du Québec majoritairement francophone au sein du Canada majoritairement anglophone. Notre cadre théorique, qui sera présenté au chapitre II, fait référence à des concepts de l'ethnométhodologie, de la théorie de la réception active, et des théories de la culture et de la communication interculturelle. I.:ethnométhodologie fournit des paramètres épistémologiques et méthodologiques avec ses concepts clés de pratique et accomplissement, d'indexicalité, de réflexivité, de description et de membre; et ces concepts justifient la pertinence de l'approche qualitative pour l'étude des faits sociaux qui nous intéressent. La théorie de la réception active permet de mieux appréhender la signification de la communication en mettant au premier plan la dynamique du rôle du récepteur. Celui-ci agit et réagit non seulement selon sa définition de la situation, mais aussi et surtout sous l'influence peu contrôlable de sa culture de niveau primaire, qui joue un rôle d'autant plus significatif que les deux parties de la communication ont des cultures d'origine éloignées, cé qui est précisément le cas des immigrants coréens vis-à-vis des natifs francophones et anglophones du Québec. Ce cadre théorique facilite la présentation, au chapitre III, du design de notre recherche: objectifs, questions opérationnelles, application des théories et démarche méthodologique. Ainsi, à partir de notre définition de l'intégration en tant qu'aboutissement des pratiques d'interaction des immigrants, nous nous intéresserons à la question centrale suivante: comment les immigrants organisent-ils quotidiennement leurs pratiques communicationnelles dans leur nouvel environnement? Cette question nous amènera de plus à nous demander comment les immigrants décrivent leurs pratiques dans leur propre langage, et comment ils conçoivent la notion d'« intégration» selon leur propre raisonnement. En vue de trouver des éléments de réponse à ces questions, nous adopterons une démarche qualitative pour mener des enquêtes sur le terrain. Par cette démarche, nous ne chercherons pas à distribuer des valeurs à des variables hypothétiques, mais à appréhender les significations que les immigrants 12

INTRODUCTION

coréens attribuent à leurs interactions avec les divers membres natifs de la société québécoise. Puisque notre travail vise à explorer des rapprochements théoriques, nous discuterons aussi dans ce chapitre, à l'aide d'exemples d'application, la pertinence de notre cadre théorique pour les recherches en matière d'intégration des immigrants. Suivant une démarche qualitative, nos enquêtes s'appuient principalement sur des entrevues en profondeur semi-dirigées et sur l'observation participante pour laquelle nous bénéficions d'une condition privilégiée en tant que membre de la communauté coréenne et chercheur à la fois, qualités essentielles selon les principes méthodologiques retenus. Nos entrevues se déroulent autour de cinq thèmes qui sont: expériences d'interaction interculturelle, réseau de communication interpersonnelle, transformation de la culture d'origine, mode de consommation des médias dominants et des médias ethniques, et définition des caractéristiques d'une intégration réussie. Pour ce dernier thème, il s'agit de savoir comment nos informateurs définissent une intégration réussie, c'est-à-dire ce qu'ils jugent indispensable pour atteindre leur objectif d'immigration, ce qu'ils souhaitent pour eux et pour leurs enfants afin d'être pleinement satisfaits de leur nouvelle vie dans l'environnement du Québec. Ce type de questions s'inspire des concepts de descriptibilité (accountability) et de réflexivité empruntés à l'ethnométhodologie, et permet de comprendre comment nos informateurs, en tant qu'acteurs sociaux et « sociologues profanes ", raisonnent autour d'un concept qui leur était peut-être extérieur au départ mais qui est rendu intelligible et descriptible pour tous par les discours de description et d'argumentation qu'ils sont amenés à faire ou à entendre à ce sujet dans divers contextes. Pour une meilleure compréhension des données de nos entrevues, nous présenterons, au début de la deuxième partie, un bref aperçu historique de l'émigration des Coréens, ainsi que le profil de la communauté coréenne au Québec avec ses caractéristiques démographiques et organisationnelles. Ensuite, dans les sept chapitres qui suivent, nous présenterons les données recueillies au moyen des entrevues avec nos 42 informateurs répartis en sept groupes et sous-groupes qui sont: investisseurs; entrepreneurs, sous-divisés en exploitants de dépanneurs, commerçants de produits coréens, et autres commerçants; travailleurs salariés et professionnels; jeunes; et personnes âgées à la retraite. Au cours de nos travaux, nous avons procédé, pour chaque groupe, à une description en profondeur des discours au moyen de la contextualisation et de l'interprétation des arguments des informateurs. Cette description suivait
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l'ordre des cinq thèmes d'entrevue, à savoir: expériences d'interaction interculturelle j réseau de communication interpersonnelle j transformation de la culture d'origine j mode de consommation des médias dominants et ethniques; et définition d'une intégration réussie. Pour faciliter la lecture, nous présenterons ici seulement la synthèse des discours par groupe ou sous-groupe. Cette présentation des discours permet de constater des aspects saillants du processus d'intégration chez les immigrants coréens, aspects que nous allons récapituler et commenter en appliquant le cadre théorique adopté. Ces aspects sont: la perspective de nos informateurs en matière d'immigration et son influence sur leur processus d'intégration j l'intervention de la culture d'origine dans leurs pratiques communicationnelles j le lien entre l'identification des membres et la constitution des réseaux interpersonnels ; l'usage respectif des médias dominants et des médias ethniques; enfin, l'enjeu de la compétence linguistique. I.:intégration des immigrants est un sujet complexe, délicat, controversé et chargé de connotations ethnoculturelles et sociopolitiques. Une petite liste non exhaustive de termes et expressions que nous avons relevés au hasard dans les médias, dans les textes politiques ou législatifs, ou tout simplement dans des conversations courantes, pour la désignation des immigrants peut illustrer cet aspect. Ainsi, il existe des termes et expressions faisant allusion à l'ancienneté du séjour (nouvel-arrivant, néoQuébécois ou néo-Canadien, immigrant de la 1ère génération, immigrant de la génération « 1,5»,immigrant de la 2egénération, Coréen né au Québec ou au Canada), des termes et expressions faisant allusion à l'appartenance (membre d'une communauté ethnique, membre d'une communauté culturelle, membre d'une minorité ethnique, Québécois d'une communauté culturelle, étranger), des termes et expressions faisant allusion à l'origine (Asiatique, Coréen, Québécois ou Canadien d'origine asiatique ou coréenne, descendant d'une famille coréenne), des termes et expressions faisant allusion aux traits physiques (les jaunes, les yeux bridés, membre d'une minorité visible), des termes et expressions faisant allusion à la compétence linguistique (allophones par opposition aux anglophones et francophones, les immigrants français étant, en revanche, des membres d'une minorité audible), des termes et expressions utilisés pour le classement administratif (immigrant investisseur, immigrant indépendant, immigrant de réunion familiale, parrainé, réfugié politique, revendicateur d'asile politique, etc.).

14

INTRODUCTION

nntégration des immigrants, c'est aussi un sujet incontournable et capital pour un pays d'immigration. En fin d'analyse, les immigrants et les natifs partagent les mêmes intérêts fondamentaux, possèdent les uns et les autres des valeurs spécifiques et complémentaires, et doivent, pour cette raison, être en mesure de cœxister de manière égalitaire et harmonieuse dans une société démocratique et prospère et, à une plus vaste échelle, dans un monde à double tendance d'internationalisation et de localisation. Or, la création de cette harmonie dans la diversité des ethnies et des cultures passe nécessairement par une communication interculturelle efficace et constructive qui, elle, requiert un esprit de tolérance envers ce qui est différent et une bonne compréhension des valeurs des autres cultures. Il en ressort ainsi que le présent ouvrage comporte deux aspects essentiels: aspect théorique (constitution, justification et application de notre cadre théorique, qui met conjointement en valeur différentes théories et approches, pour étudier la problématique d'intégration des immigrants sous l'angle communicationnel), et aspect social (présentation des données issues de nos enquêtes, description et interprétation des perspectives, des discours et des comportements des immigrants coréens). Si le rapprochement des théories favorise aussi un rapprochement des ethnies et cultures en permettant, en l'occurrence, une meilleure compréhension des immigrants coréens au Québec, membres d'une minorité dite « visible» mais jusqu'ici plutôt invisible en pratique, le but du présent ouvrage sera atteint.

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PREMIÈRE

PARTIE

~

ENCADREMENT

DES RECHERCHES

CHAPITRE I

~
CONTEXTE DE LA RECHERCHE

ous ne pouvons présenter une recherche au sujet des immigrants coréens au Québec sans poser préalablement, ne serait-ce que sommairement, la toile de fond qu'est la réalité historique de l'immigration au Canada et au Québec. C'est sur cette toile de fond que la problématique globale d'immigration et d'intégration dont nous allons traiter va se détacher avec toute sa clarté et sa gravité.
IMMIGRATION AU CANADA

N

Au commencement du Canada, il y avait une immense terre déserte avec des forêts, des lacs et des créatures de la Nature. Puis, il y a 28 000 ans selon les uns, 20 000 ans selon les autres, vinrent les « premiers immigrants» sibériens, qui avaient emprunté le trajet Sibérie-Alaska en franchissant le détroit de Behring pour chercher de nouvelles ressources de vie. Plus tard, à partir de 1534, les descendants de ces « premiers immigrants »,appelés maintenant «Amérindiens» ou « autochtones »,ont assisté à l'arrivée d'autres « immigrants »,cette fois-ci des Français d'abord et ensuite des Britanniques qui, eux, avaient traversé l'Atlantique en bateau.

Ces « nouveaux immigrants »,grâce à leurs canons, à la Bible, à l'alcool et,
inconsciemment, aux microbes d'un monde plus civilisé, sont parvenus à assimiler, intégrer ou éliminer, bref, à dominer les « habitants natifs» de ce vaste territoire, établissant ainsi leurs colonies sur le nouveau continent de l'Amérique du Nord. Entre ces colons français et britanniques, après la conquête anglaise en 1760, il Yeut aussi des tentatives d'assimilation des

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vaincus par les vainqueurs, mais en vain, ou presque. Aussi parle-t-on, à l'occasion, de deux peuples fondateurs distincts du Canada. D'autres immigrants de ces deux peuples arrivèrent encore au cours des années qui suivirent, à partir du continent européen ou des États-Unis, lors de la Révolution américaine, par exemple, qui a poussé des Loyalistes à émigrer vers le Nord. Mais à cette époque, la notion d'immigrant n'était pas nécessairement associée à celle d'étranger, puisqu'il n'y avait pas de différences au niveau de la langue, de la culture, de la religion, de la conception sociale ou du mode économique, abstraction faite de la distinction entre les Français et les Anglais, bien entendu, qui s'intégraient d'où l'appellation de « Canadien français» et « Canadien

naturellement et respectivement à la « société d'accueil ),francophone ou
anglophone, anglais ».

Entre 1820 et 1850,poussés par les guerres, les catastrophes naturelles et les famines, des Écossais et des Irlandais sont arrivés en grand nombre au Canada. Ils différaient sous bien des aspects des anciens colons français et britanniques: mode de vie et de travail, religion, conception de valeurs, parfois même usage de langues. Le Canada commençait alors à connaître des « immigrants étrangers» et, avec ceux-ci, la problématique de l'intégration. Par la suite, les immigrants étrangers allaient susciter des manifestations de ressentiment, de peur, d'intolérance, de xénophobie et de discrimination. En effet, afin d'éviter les problèmes causés par les différences ethniques, la politique d'immigration du Canada a favorisé, pendant longtemps, une immigration homogène, privilégiant les ressortissants de certains pays. La sélection était contrôlée suivant un ordre de préférence à trois niveaux: d'abord Britanniques, Américains, Français, Belges, Hollandais, Scandinaves, Suisses, Finlandais, Russes, AustroHongrois, Allemands, Ukrainiens et Polonais j ensuite Italiens, Slaves du Sud, Grecs et Syriens, qui étaient considérés comme étant moins

assimilables, donc moins désirables j enfin, Juifs, Asiatiques, Gitans et
Noirs, qui étaient pour ainsi dire indésirables. Mais les immigrants étrangers allaient continuer d'arriver en nombre croissant et à partir d'une plus grande variété de sources: Chinois, Japonais, Coréens, Indiens, Pakistanais, Sri Lankais, Noirs des Caraibes et Latino-Américains, Arabes du Moyen-Orient, etc., en dépit de quelques périodes marquées par des attitudes, des événements, et même des lois gouvernementales entachées de discrimination raciale et de xénophobie (par exemple, la loi adoptée en 1942 par le gouvernement de Mackenzie King et appliquée à des citoyens 20

CONTEXTE

DE LA RECHERCHE

canadiens ayant certaines origines, dont la japonaise). Notre propos n'étant pas de faire une recherche sur l'histoire et la politique de l'immigration, nous nous dispensons de relater en détailles événements concernant, par exemple, les Indiens à bord du Komagatamaru refoulés en 1914 après des mois d'attente sur la côte de Vancouver, les Noirs de l'Oklahoma qui se voyaient refuser l'entrée au Canada sous le prétexte de raisons médicales, les Chinois à qui on voulait fermer la porte après avoir fini de construire les chemins de fer et ce, par un droit d'entrée excessif et des mesures discriminatoires qui ont duré jusqu'à la fin des années 1940, les Canadiens d'origine japonaise à qui on a infligé les tribulations du camp de concentration, sans parler des millions de Juifs et d'Allemands anti-hitlériens à qui on (le Canada et d'autres pays de démocratie) aurait pu sauver la vie si on avait pu les accepter comme immigrants ou réfugiés politiques. Une nouvelle loi fédérale est entrée en vigueur en 1978. Cette loi marque un point tournant dans l'histoire de l'immigration du Canada sous plusieurs rapports: elle a posé des principes de planification et de contrôle en matière d'immigration sur la base de la non-discrimination et de la coopération entre tous les paliers de gouvernements afin d'atteindre des objectifs démographiques, économiques, socioculturels, humanitaires et internationaux (convention des réfugiés). C'est ainsi qu'en 1979-80, par exemple, le Canada a pu ouvrir ses portes aux réfugiés asiatiques, les boat people vietnamiens, laotiens et cambod~iens et, deux ans plus tard, aux réfugiés polonais fuyant la loi martiale. A la différence des Etats-Unis qui tendent à fermer la porte à l'immigration, le Canada est peu à peu perçu comme une terre promise par des habitants des pays pauvres qui aspirent à une vie meilleure. Bien entendu, cet aspect philanthropique ne représente qu'une perception du côté des immigrants à l'égard des pays d'accueil. D'un autre point de vue, ceux-ci ne sont « généreux» dans ce processus que pour les éléments riches et instruits des pays pauvres, les autres étant admis selon un principe d'ouverture et de fermeture du robinet en fonction de l'état de leur économie. Quant aux immigrants asiatiques au Canada, leur histoire remonte au milieu du XIxe siècle, à commencer par les Chinois et les Japonais qui arrivèrent à l'Ouest, en Colombie-Britannique. Immigrants temporaires venant chercher fortune, beaucoup d'entre eux s'y sont ensuite installés de façon permanente pour diverses raisons. Le portrait des immigrants asiatiques au Canada à travers l'histoire peut être tracé, très schématiquement, en quelques grandes lignes: main-d'œuvre employée pour la construction du chemin de fer, immigrants laborieux vivant en marge de la société, population parfois perçue comme une menace au monde 21

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occidental en souvenir du péril jaune, étrangers cibles de l'intolérance et de la discrimination raciale, boat people fuyant le communisme ou la pauvreté, enfin, pour terminer par une touche d'actualité, riches investisseurs qui achètent des maisons en argent sonnant sans se soucier du prix, pour le plus grand malheur des habitants natifs.
IMMIGRATION AU QUÉBEC

La province de Québec représente une société nord-américaine qui, de par son origine française et sa population majoritairement francophone, aspire à un statut distinct par rapport à d'autres provinces au sein du Canada. Pendant plus d'un siècle (de 1840 à 1960), le Québec a assisté à l'arrivée des immigrants au Canada, mais presque toujours au profit de la communauté anglophone. Pour faire face à ces vagues migratoires qui, à la longue, risquent de détruire l'équilibre démographique entre les francophones et les anglophones au Canada et d'entraîner la disparition graduelle de la communauté francophone, le Québec pouvait seulement compter sur un taux de natalité très élevé sous la pression d'une idéologie nationaliste soutenue par le clergé. Après la Révolution tranquille, à la suite d'une série d'ententes bilatérales signées par les gouvernements canadien

et québécois, notamment l'entente Cloutier-Lang de 1971qui autorise la
présence d'agents québécois à l'étranger pour donner des renseignements aux candidats, et de l'entente Bienvenue-Andras de 1975 qui porte sur l'obligation de consultation du Québec en matière d'immigration, il a été conclu, en 1978, un accord d'une importance particulière, soit l'Accord Couture-Cullen, qui confère désormais au gouvernement du Québec des pouvoirs réels en matière de sélection des immigrants. Le Québec peut ainsi exercer un grand contrôle sur l'immigration et met progressivement en place un appareil étatique moderne pour appliquer une politique d'immigration et d'intégration. Depuis les années 1980, chaque année le Québec accueille environ 15à 20 % du nombre total des immigrants admis au Canada, comme le montre le tableau suivant:

22

CONTEXTE

DE LA RECHERCHE

Taux d'attraction

Tableau LI des immigrants au Québec

Année

Québec

Canada

Taux d'attraction du Québec % 15,7 16,4 17,6 18,4 16,6 17,7 19,6 17,6 15.9 17,8 18,8 17,5

1980
1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 199° Total 1980-199°

22 538 21 063 21331 16374 14 641 14 884 19 459 26 822 25789 34 171 40 082 257154
1992, p. 20.

143 II7 128 816 121147 89157 88239 84302 99 219 152098 161929 192001 212 109 1471936

D'après

MCCI,

1991a, p. 18 ; MCCI,

Entre 1980 et 1990, le nombre total des immigrants que le Québec a reçus représente plus de 20 % de sa population d'immigrants reçue depuis la Seconde Guerre mondiale, la période d'après-guerre étant marquée par la fin du critère discriminatoire pour la sélection des immigrants d'une part et, d'autre part, par l'émergence d'une politique québécoise autonome en matière d'immigration. Le Québec a reçu surtout des immigrants d'origine des pays de l'Europe tels que Français, Anglais, Italiens, Polonais, Ukrainiens, Tchèques, Hongrois, Lituaniens, Estoniens. Cependant, le nombre de ces immigrants d'origine européenne diminue d'année en année. Selon les chiffres de MCCI et de MAlI CC, du nombre total de 34 171 immigrants admis au Québec en 1989, 22,2 % ont déclaré avoir pour dernière résidence le continent européen, tandis qu'en 1993 ce taux est descendu à 19,7 % des 44 385 immigrants admis au Québec. En contraste avec le nombre décroissant des immigrants d'origine européenne, les immigrants d'origines asiatique, africaine et latinoaméricaine sont de plus en plus nombreux à arriver au Québec. Par exemple, les immigrants provenant de l'Asie en 1982 étaient de 4 238, soit 26 % du nombre total de 16 300 immigrants reçus au Québec, tandis qu'en 1989 ils
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étaient 16 959 sur 34 171,soit 49,6 % de la population immigrante totale admise au Québec pour cette année. Cette proportion a été maintenue jusqu'en 1993 où les Asiatiques représentent 49 % du nombre total des immigrants admis, soit 21764. Parmi ces 21764 immigrants d'origine asiatique, 17,1% sont de l'Asie orientale, c'est-à-dire des Chinois ou des Coréens, tandis que le reste est venu d'autres régions de l'Asie.
PROBLÉMATIQUE D'IMMIGRATION ET D'INTÉGRATION

Dès le début, l'immigration est liée aux enjeux économiques et sociopolitiques ; et dès le début les différences ethniques dérangent et provoquent parfois des réactions violentes, et ce, même dans des sociétés soi-disant démocratiques et civilisées à une époque plus récente. Ce type de réactions révèle ce qu'il y a d'égoïste et d'injuste dans la nature humaine. Mais, avec le temps, on semble en arriver à admettre, du moins en principe, que la diversité culturelle introduite par les différentes ethnies en mouvement migratoire est une source d'enrichissement. Au lieu d'appliquer des mesures discriminatoires envers les immigrants qui different par la race, la couleur, la religion, la conception sociale, la langue maternelle, les habitudes culinaires, le mode vestimentaire, les pratiques rituelles, etc., on commence à penser qu'il vaut mieux chercher à les assimiler ou à les intégrer à la société d'accueil: les Droits de l'Homme obligent autant que la paix et la prospérité sociales exigent. En bref, l'immigration pose depuis toujours une problématique d'intégration, au sens large du terme, où il s'agit de savoir comment envisager,gérer et vivre les différences ethniques à divers niveaux; mais l'attitude de la société d'accueil ainsi que la conscience qu'ont les habitants natifs et les immigrants des enjeux de cette problématique ont considérablement changé au fur et à mesure <tuela société a évolué et que la réalité de l'immigration s'est transformée. A ce sujet, un aperçu de certaines politiques gouvernementales et des recherches en sciences sociales permet d'avoir une juste compréhension de cette réalité multidimensionnelle.

i7tlèlting-pot

américain et les dlfinitions

de l'intégration

Pour des raisons géographiques, historiques et politiques, les pratiques et les réflexions des Américains en matière d'intégration des immigrants, notamment le fameux melting-pot qui a été abondamment étudié, critiqué 24

CONTEXTE

DE LA RECHERCHE

ou admiré, servent souvent de référence, positive ou négative, aux chercheurs et politiciens au Canada et au Québec et même en France. Très schématiquement, le concept de melting-pot est fondé sur l'hypothèse que les nouveaux immigrants, quelles que soient leur ethnie et leur culture d'origine, une fois arrivés aux États-Unis, assimilent « naturellement» la culture des habitants qui étaient là avant eux, tels des éléments hétéroclites qui fondent dans un creuset pour former un corps unique. C'est un concept qui se veut démocratique, du moins en théorie, puisque tous les immigrants semblent égaux et que nul ne peut imposer sa culture d'origine comme la culture nationale, à ceci près que le modèle initial est tout de même anglosaxon. En constatant l'incapacité de la théorie du melting-potà rendre compte de nombreux problèmes et phénomènes sociaux reliés aux immigrants et à leur rapport avec la société d'accueil, tels que la défense des identités culturelles, la discrimination raciale et les conflits interethniques, les chercheurs commencent à élaborer d'autres concepts et approches pour étudier les immigrants et leur intégration au nouvel environnement. On en arrive ainsi à observer la vie des immigrants comme un processus à multiples étapes, et à prêter une grande attention à ce qui se passe au niveau de leur culture d'origine tout au long de ce processus. Le concept d'intégration est omniprésent dans les études reliées à la question de l'immigration et de la relation entre les immigrants et la société d'accueil. Suivant les auteurs, le concept se distingue ou se rapproche d'autres concepts tels que l'acculturation, l'adaptation, la transculturation et l'assimilation.

J. Haas

et W Shaffir considèrent

l'intégration

comme un processus

de taillage de l'identité culturelle. eidentité culturelle d'un individu n'existe pas en tant qu'entité objective; c'est une entité à la fois subjective et intersubjective. Subjective, parce que l'identité est le soi que la conscience humaine construit et reconstruit par rapport à la situation spatiotemporelle où il se trouve. Intersubjective, parce que le sentiment d'identité change en fonction du rapport qu'un individu établit avec son interlocuteur. Étant une entité si virtuelle, l'identité culturelle d'un individu ne peut se révéler que dynamique et non statique. Le processus d'intégration implique nécessairement l'identité culturelle. En ce sens, il est peu pertinent de concevoir une assimilation totale qui représente une étape finale du processus. Ce point de vue, qui rejette la théorie du melting-pot, s'appuie sur des recherches empiriques, dont celle de F. Frazier menées en 1939 sur le processus d'assimilation des Noirs américains, et montre que les éléments culturels qu'un être humain acquiert, possède et met en pratique 25

COMMUNICATION

INTERCULTURELLE

ET IMMIGRANTS

CORÉENS AU QUÉBEC

ne sont pas un « objet entièrement remplaçable mais un « sujet " progressivement transformable Il. Chez R. E. Park et E. W. Burgess, qui s'intéressent aux relations interethniques, le processus d'intégration des immigrants est étudié sous le rapport de l'adaptation à un environnement. Représentatifs de l'École de Chicago, laquelle est née en 1910 à la suite d'une crise sociale causée par l'immigration à Chicago, (ce qui explique l'intérêt à la fois sociologique et social que les membres de cette école portent au sujet de l'immigration, en raison de la nécessité de socialiser et d'intégrer la population vivant en marge de la société), R. E. Park et E. W. Burgess considèrent l'environnement comme le point d'équilibre entre l'habitat, un espace géographique localisé, et les habitants, une qualification technologique des individus qui y vivent. En examinant l'adaptatabilité des immigrants au nouvel environnement qui peut influencer l'équilibre environnemental régnant dans la société d'accueil dans un sens négatif ou positif, ils remarquent que l'adaptation est un phénomène de mutation sociale et culturelle qui « représente l'effort que doivent faire les individus et les groupes pour s'ajuster aux situations sociales créées par la compétition et le conflit Il, Et ceux qui se trouvent à l'étape d'adaptation sont souvent caractérisés par la « marginalité Il. Cadaptation étant un état provisoire s'achève nécessairement avec l'assimilation au nouvel environnement. Les immigrants qui sont arrivés à cette dernière étape se distinguent avant tout par leur maîtrise de la langue de la société d'accueil. Notons toutefois que R. E. Park a modifié plus tard cette théorie du cycle en précisant que celui-ci ne s'achève plus par l'optimiste assimilation des immigrants, mais plutôt par l'une des trois issues possibles, soit l'assimilation complète, l'apparition d'un système de castes comme en Inde, et la survie d'une minorité raciale comme les Juifs en Europe. Milton Gordon considère l'assimilation comme un processus décomposable en plusieurs étapes successives. Il essaie d'identifier les caractéristiques de chacune de ces étapes qu'il dénomme, le cas échéant, avec un terme spécial. Le tableau de synthèse suivant présente clairement sa vision de l'assimilation:

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CONTEXTE

DE LA RECHERCHE

Tableau 1.2 Étapes de l'assimilation et leurs caractéristiques

Sous-processus Adoption

ou Condition

Étape d'assimilation Assimilation culturelle ou

Terme spécial Acculturation

du modèle culturel de la société

dominante
Large représentation et institutions dans les associations, clubs

comportementale Assimilation structurelle

Aucun

de la société dominante du groupe primaire

au niveau

Grand nombre de mariages mixtes Développement du sentiment d'appartenance

Assimilation Assimilation

maritale d'identité

Amalgamation Aucun

exclusive au peuple de la société dominante Absence de préjugés Absence de discrimination

Assimilation Assimilation

d'attitude

réceptive

Aucun Aucun

de comportement réceptif

Absence

de conflits de valeur et de pouvoir

Assimilation

civique

Aucun

D'après

Milton

Gordon

1964,

p. 71.

Dominique Schnapper conçoit l'intégration comme divers processus par lesquels les immigrants comme l'ensemble de la population réunie dans une entité nationale participent à la vie sociale telle que l'activité professionnelle. Cette conception d'intégration met l'accent sur la dimension sociale et a une certaine affinité avec celle de S. Beaud et G. Noiriel. Ceuxci définissent l'intégration comme un concept qui comprend les dimensions d'adaptation et d'insertion. Autrement dit, l'intégration est, d'une part, un processus psychosociologique consistant à intérioriser les paradigmes dominants tels que les normes et, d'autre part, un processus socioéconomique consistant à accéder et à participer à la vie collective du monde du travail. Mais D. Schnapper remarque qu'il ne faut pas confondre l'intégration et l'acculturation. C'est que le concept d'acculturation s'emploie de façon neutre pour désigner un processus au cours duquel les individus immigrés ou non - acquièrent, perdent, renouvellent, élaborent, 27

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INTERCUL1URELLE

ET IMMIGRANTS

CORÉENS AU QUÉBEC

interprètent et réinterprètent des éléments divers du milieu auquel ils veulent participer. En ce sens, l'intégration est un concept spécifiquement lié au contexte d'immigration, mais qui comporte une dimension d'acculturation. C'est à travers le processus d'acculturation que les immigrants adoptent ou refusent certains comportements explicitement ou implicitement souhaités par le milieu dominant. Comme Dominique Schnapper, Young-yun Kim définit aussi l'acculturation comme un processus dans lequel un individu acquiert quelques éléments (mais pas tous) du schème culturel du milieu dominant. Cacculturation résulte de l'apprentissage d'une autre culture mais sans trop influencer les valeurs et croyances traditionnelles. Dans d'autres travaux, par exemple ceux de C. Dodd en 1982 et ceux de'W: B. Gudykunst et Y:Kim en 1992,le concept d'acculturation est également employé pour décrire un processus d'apprentissage de certaines structures de la nouvelle culture et un processus de transformation des comportements initialement appris sur le plan des techniques de survie comme les comportements relatifs au travail, à l'alimentation, aux loisirs et aux relations interpersonnelles. Le concept d'acculturation suppose une restructuration de la culture d'origine confrontée à un autre environnement culturel, et un rapport de symbiose entre les deux cultures. Il se peut donc qu'un immigrant ayant vécu longtemps dans la société d'accueil conserve encore certains éléments de sa culture d'origine. Y: Kim distingue l'acculturation de l'adaptation en définissant celleci comme un processus de changement dans le temps, qui apparaît chez l'individu ayant complété le processus de la première socialisation dans une culture et qui a ensuite un contact continu et prolongé avec une nouvelle culture non familière. Autrement dit, l'adaptation est un terme plus général pour désigner l'ensemble des processus au cours desquels les
« étrangers
>l,

inconnus et différents de ceux du nouvel environnement

culturel, vivent l'expérience de la transformation interne, afin de se rendre compatibles au nouvel environnement culturel et, par conséquent, fonctionnels. SiY: Kim s'intéresse à la transformation psychophysique chez

les « étrangers

>l,

généralement au moyen d'un processus dynamique de

stress-adaptation-développement, les chercheurs tels que I. Yoon, 'W:Hurh et K. Kim étudient plus spécifiquement le processus d'adaptation des immigrants suivant leur ajustement aux changements sur les plans cognitif, mental et émotionnel. Selon eux, le niveau d'ajustement est mesurable au moyen de paramètres subjectifs, reliés à la relation interpersonnelle avec les membres natifs de la société d'accueil, ou de paramètres objectifs, reliés 28

CONTEXTE

DE LA RECHERCHE

à la compétence linguistique évaluée par l'enquêteur et à des caractéristiques démographiques telles que le statut professionnel, le revenu et le logement. Au cours du processus d'adaptation, chaque étranger organise à sa manière l'expérience de vie dans un nouvel environnement en fonction de ses besoins (allant de la sécurité physique et de la santé jusqu'aux loisirs en passant par le travail et les relations), ce qui exige une capacité de surmonter les malaises psychologiques et physiques, attribuables entre autres à la différence culturelle entre le milieu d'accueil et le milieu d'origine.

De son côté, Ortiz propose le terme « transculturation' » afin de
mettre l'accent sur l'aspect dynamique de la culture d'origine face à la nouvelle culture. Ortiz définit la transculturation comme « un ensemble de transmutations constantes » : c'est un processus créatif et irréversible, un processus d'échange où on est à la fois donneur et receveur et où les deux parties s'en trouvent modifiées et transformées. Au sens d'Ortiz, la culture d'un individu dans un nouvel environnement culturel devient donc une entité intersubjective. Par exemple, l'intégration d'un immigrant entraîne progressivement une modification de sa culture et de celle de la société d'accueil. On peut dire que l'intégration est un processus qui résulte d'une interaction bidirectionnelle, si bien qu'il en émerge une nouvelle réalité originale, indépendante et qui n'est pas une simple mosaïque de cultures. En examinant le cycle de l'assimilation des immigrants japonais de la deuxième génération aux ÉtatsUnis, E. Bogardus constate que le cycle ne finit pas systématiquement par une assimilation qui transforme complètement la culture d'origine. S'appuyant sur l'analyse des récits de vie fournis par ses informateurs, E. Bogardus identifie un cycle de l'assimilation composé de sept étapes chronologiques que les relations entre la communauté d'accueil et celle des immigrants doivent traverser: observation avec curiosité, embauche à bas salaire, ressentiment contre

les « étrangers »,réclamation des loisanti~immigration,contre-attaque des
démocrates libéraux, diminution de l'hostilité en échange de lois antimigratoires et, à la dernière étape, avec les immigrants de la deuxième

génération,
recomposition

naissance d'un « hybride culturel », c'est-à-dire

une

de la culture d'origine et de celle de la culture américaine.

1.

Ortiz emploie le terme « transculturation » surtout dans « Por la integracion cubana de blancos y negros », conférence prononcée en 1942 et publiée par la revue Ultra (La Havane) en janvier 1943 ; cité dans Lamore, 1987.

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