INDONÉSIE LA NOUVELLE DONNE

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En Indonésie, le temps de l'harmonie semble appartenir au passé et il apparaît que celui du " choc des civilisations " soit davantage au goût du jour dans cet archipel de plus de 210 millions d'habitants. Que reste-t-il de l'Etat indonésien de Suharto ? Que reste-t-il de l'unité indonésienne ? Quels sont les foyers de tensions ? Qu'en est-il des différents conflits en cours ? Allons-nous vers une issue sanglante généralisée. Enfin, l'Indonésie va-t-elle sombrer dans " l'islamisme " ? Autant de questions abordées dans cette esquisse récapitulative.
Publié le : vendredi 1 décembre 2000
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EAN13 : 9782296427433
Nombre de pages : 216
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Indonésie:
la nouvelle donne

@L'Hannattan, 2000 ISBN: 2-7384-9982-1

Philippe RAGGI

Indonésie. la nouvelle donne

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Je dédie ce livre à ma femme et à notre enfant qui va naître...

"Je suis ensorcelé par ces îles l" lança-t-il tout à coup. y avait-il là. en effet, quelque Et peut-être espèce d'enchantement. On pourrait, en ce qui concerne Heyst, traiter de magique un cercle dont le rayon de huit cent mille environ aurait eu pour centre un point situé dans la partie nord de Bornéo. Ce cercle touchait juste à Manille, et Heyst y avait été vu. Il touchait juste à Saigon, et on l'y avait vu de même une fois. Peut-être faut-il croire, de sa part, à des tentatives pour rompre le cercle. Dans ce cas, ee furent des échecs. L'enchantement devait être de ceux qu'on ne brise pas.
Joseph CONRAD. Une victoire.

INTRODUCTION
Après un passage à la Une des médias, certains faits de politiques étrangères passent régulièrement soit à la rubrique "en bref" soit disparaissent totalement de l'actualité. Et cette "loi" s'applique d'autant plus quand les évènements en question se passent loin de notre continent, en Asie du Sud-Est par exemple, dans un pays qui fait plus penser aux vacances de cartes postales (Bali, pays Toraja, Borobudur, etc.) qu'à un Etat d'une importance stratégique majeure (Georges Kennanl). Mais pourquoi l'Indonésie devrait-elle retenir notre attention aujourd'hui? En quoi la situation devrait-elle nous amener à nous pencher sur ce pays? Tout d'abord parce que c'est le quatrième au rang mondial pour sa population (216 millions), car il occupe une situation géostratégique clé, parce qu'il dispose de très grandes ressources minières (or et cuivre notamment), d'hydrocarbures2, mais aussi forestières (dont le bois de teck), agricoles, etc. Ensuite, parce que ce pays recèle des potentialités historiques et culturelles pour faire vivre en harmonie
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2

Le père de la doctrine américaine de l'endiguement.

C'est le plus gros exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, et la firme Total ne s'y est pas trompé en devenant le premier producteur de gaz de ce pays, où il emploie près de 2000 personnes.

différentes communautés religieuses, à l'instar d'un Liban d'avant 1973, et servir de modèle à certains autres pays à population majoritairement musulmane. Aujourd'hui, le temps de l'harmonie semble appartenir au passé, et il semblerait que celui du "choc des civilisations" soit davantage au goût du jour. Mais faut-il pour autant souscrire à cette nouvelle approche du monde et l'entériner? N'oublions pas que la vision huntingtonnienne du monde n'est pas indépassable, loin de là, et qu'elle s'intègre avant tout dans une approche géopolitique américanocentrée. Etat archipélagiqué, l'Indonésie est située sur la route des grands pétroliers en route pour le Japon, et il est le passage obligé entre les océans Indien et Pacifique. Si l'on ajoute à cela le fait que ce pays est très majoritairement musulman, une convergence d'intérêts nous fait tourner nos regards vers cette République du Sud Est asiatique. Et pour bien appréhender dès le départ la "donne" indonésienne, sachons que dans le détail, nous y trouvons 87,2% de musulmans, 9,6% de chrétiens, 1,8% d'hindous, 1% de bouddhistes, et 0,3% pour le reste [source mars 2000 : Ie BPS Badan Pusat Statistik, Data Dissemination Division]. Au mois de novembre 1999, le quatrième Président de la République d'Indonésie a été élu, et il est le premier à l'avoir été démocratiquement. Ce Président est Abdurrahman Wahid, familièrement appelé "Gus Dur" par ses concitoyens; le surnom est une pratique habituelle en Indonésie, et même un Président n'y échappe pas. Gus Dur, prononcé Gousse Dour, est un surnom typiquement javanais de l'Est, signifiant "le frère aîné Dur" ("Dur" étant l'abréviation d'Abdurrahman). L'arrivée au pouvoir de "Gus Dur" est intervenue après le court intérim (17 mois) de son prédécesseur Baccharudin Yusuf Habibie, lui-même succédant aux trente années de règne de Suharto (il quitta le pouvoir le 21 mai 1998). Arrivé au pouvoir en 1965, par un coup d'Etat militaire, le Général
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Cf. "Géopolitique de l'Extrême-Orient" 12

de François Joyaux (Editions

Complexe).

Suharto remplaçait pour sa part le premier Président de l'Indonésie - le Général Sukarno - qui prit les rennes de la République en août 1945. Jusqu'en 1997, l'Indonésie était prometteuse économiquement parlant, filant dans le sillage des "dragons du Sud-Est asiatique". Mais avec la chute du Bath thaïlandais, la baisse des indices boursiers de Hong Kong, s'en est suivi par ricochet et effet d'entraînement, une récession dans tous les pays de la région, écroulement dont la logique insondable se trouve dans les arcanes de la dite "science économique". L'Indonésie a été frappée durement et de plein fouet par cette crise asiatique, et elle a été ramenée en quelques mois au statut de pays pauvre; on peut dire aujourd'hui que c'est cette crise économique qui a marqué la fin de l'ère Suharto. La crise monétaire y est désonnais l'objet incantatoire de toutes les récriminations, à tel point qu'elle s'est mutée, dans le langage populaire indonésien, en une entité monstrueuse: la "krismon,,4. En mars 1999, le gouvernement indonésien annonçait la fermeture de trente-huit banques; la crise devenait bientôt visible dans les rues, avec ses innombrables commerces fennés. Arrivée sur le devant de la scène médiatique avec la crise du Timor oriental, l'Indonésie est retombée dans l'oubli rapidement, après l'intervention des forces de l'ONU (l'UNAMET puis l'UNPKF) pour garantir l'intégrité de la zone et apaiser les tensions dans cette partie de l'île de Timor suite au vote des timorais de l'Est pour l'indépendance. Mais l'arbre timorais cachait la forêt moluquoise et acehnaise, sans compter que le nouveau Président engageait dès son arrivée une réfonne politique historique qui laisse toujours en question l'avenir et la stabilité de l'Indonésie... L'Indonésie est marquée par différents conflits épars géographiquement; secouée par une crise interne de ses institutions, la vie politique est en pleine restructuration. Après
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Cf. Etude du CERI sur l'Indonésie; 1999. 13

un régime Suharto connu pour son népotisme et sa poigne de fer, les restructurations et les réformes engagées par le nouveau Président ne se font pas sans mal ni sans craintes, et la solution aux conflits des îles de la périphérie tarde quelque peu. Gus Dur doit aujourd'hui non seulement faire face à des opposants politiques sérieux mais également à des institutions comme l'omnipotente armée, à une corruption endémique, à une culture politique peu au fait des pratiques "démocratiques", enfin à une soif de liberté de son peuple. Et force est de constater que le gouvernement de coalition, mis en place en novembre 1999, semble sans grandes ressources malgré la popularité indéniable du chef de l'Etat. Mais la popularité a-telle jamais suffit à un Président pour mener à bout une politique ambitieuse et sérieuse? Un certain discours caricaturant la situation a pu apparaître parfois sur ce qui se passe dans l'archipel indonésien, mais celui-ci s'apparente plus à une vision "idéologique" qu'à une approche rationnelle et tant soit peu objective de la réalité. En effet, le critère auquel se réfère l'idéologue n'est pas l'adéquation de la pensée au réel, mais la cohérence interne de son propre discours idéologique; ainsi va-t-il ne plus voir la réalité telle qu'elle est, et recréer un monde en totale harmonie avec sa grille de lecture. Ainsi l'islamiste et l'anti-islamiste se rejoidront, par-delà leurs objectifs et leurs volontés, dans une communion dans l'idéologie. Par ailleurs, le critère de distinction du vrai et du faux n'étant plus le même entre l'idéologue et le non-idéologue, c'est ce qui pourra distinguer, à titre d'exemple, un discours tenu par un anti-islamiste de celui d'un observateur pragmatique. Loin de se résoudre uniquement à un affrontement entre minorités chrétiennes face à des hordes de musulmans fanatiques, cela en suivant un processus paradigmatique, ce qui se passe en Indonésie mérite une approche plus complète et précise des motifs multiples des conflits locaux, et une mise en lumière non seulement du caractère foncièrement hétérogène de la société indonésienne mais encore des faiblesses structurelles 14

de cette dernière, accélérées par les bouleversements que ce pays subit depuis maintenant quelques années. Certes, il y a des régions d'Indonésie où les affrontements recouvrent cette polarité confessionnelle, mais ce n'est pas le cas sur l'ensemble de l'archipel. Le plus souvent, les conflits regroupent plusieurs motifs à la fois, tant ethniques que politiques, mais aussi sociaux, et si l'élément religieux est une des composantes, il recoupe parfois celle du nationalisme. Par ailleurs, s'il existe des partis politiques "musulmans", des courants "verts" au sein de l'Année, nous ne sommes cependant ni au Soudan ni en Afghanistan. L'Indonésie, pays fort singulier, peut apporter malgré tout la preuve de l'inanité de certaines thèses séduisantes autant que réductrices sur l'islam et son unité, comme sur sa menace globale pour l'Europe5 ou le monde. II est clair que la menace islamique peut-être aujourd'hui raisonnablement écartée6, et l'on peut donc avoir un regard clair et objectif sur l'Indonésie. Que reste-t-il de l'Etat indonésien de Suharto? Que reste-t-il de la devise du pays? ? Quels sont les foyers de tensions? Qu'en est-il des différents conflits en cours? Sur quoi portent les réfonnes entreprises par le gouvernement Wahid ? Comment se présente la classe politique indonésienne? AlIonsnous vers l'apaisement de la situation ou un agravement et une issue sanglante généralisés? Enfin, l'année acceptera-t-elle la diminution de ses prérogatives? Autant de questions que nous essaierons d'aborder dans cette esquisse récapitulative.

5 Pour autant que l'Islam demeure une religion minoritaire. 6 Cf. Jihad, expansion et déclin de l'islamisme. Gilles Kepel, Gallimard. 7 "Bhinneka Tunggallka", adage javanais signifiant "[Is sont nombreux, ils sont un", approximativement "Unité dans la diversité". 15

GEOGRAPHIE ET NATURE DES CONFLITS

Les différents conflits existants actuellement en Indonésie sont loin d'avoir la même nature. Non seulement les acteurs n'ont pas les mêmes motifs, mais le type même de confrontation diffère; d'autre pal1, les buts à atteindre par les acteurs sont également variés. Ainsi, sans vouloir reprendre une typologie à la Bouthoul8, la nature pourra être religieuse, ethnique, sociale, politique, économique, territoriale, etc. et souvent elle sera plutôt un composé. Quant au type de confrontation, il sera de type guérilla, émeutes, pillages, saccages d'édifices représentants l'autorité soi régionale soi centrale (Jakarta), attaques de villages avec volonté d'extermination, attaques sur des représentants de l'autorité (militaires, policiers, fonctionnaires divers), etc. Les buts à atteindre seront là aussi hétéroclites; ainsi, nous aurons ceux qui veulent l'indépendance totale et radicale vis à vis de Jakarta, d'autres voulant une simple autonomie, d'aucuns une meilleure redistribution des richesses, certains voulant l'application de lois spécifiques (comme la loi coranique), il y a aussi des groupes ethniques souhaitant une réappropriation de certaines parties de ce qu'ils considèrent comme leurs terres, etc. ; et bien entendu, la plupart du temps, ces buts sont loin d'être uniques. Au total, il est difficile de faire la part des choses dans l'approche des conflits qui secouent l'Indonésie et il faut donc une l'extrême prudence pour les qualifier. Un élément de classification peut être utilisé ici, ne serait-ce que pour juger de l'écart existant entre l'ampleur d'un conflit et ses retombées médiatiques, et il fait apparaître trois types de conflits: les conflits de haute intensité (CHI) qui laissent plus de I 000 victimes par an, les conflits de faible intensité (CFI) qui eux font entre 100 et 1 000 morts, et enfin les conflits politiques violents (CPV) lesquels font moins de
8

Cf Gaston Bouthoul, Traité de polémologie; sociologie des guerres. Payot,
scientifique, 1991.

Bibliothèque

cent victimes par an. C'est une classification reconnue, et qui nous pennettra de distinguer d'entre les différents points de tensions en Indonésie. Dans les CHI, seules les Moluques ont le triste privilège de s'y reconnaître; dans les CFI, nous trouvons non seulement les conflits qui ont cours au Nord de Sumatra (Province d'Aceh), mais aussi celui du Timor Oriental et enfin les troubles récents de Célèbes. Dans la troisième catégorie, les CPY, nous trouvons ceux de Kalimantan (Bornéo), d'Irian Jaya et de Riau (Sud de Sumatra). Sans se lancer ici dans un bilan macabre, force est de constater que seul un conflit (celui du Timor) a fait la Une des médias tout en masquant les autres. Enfin, il est intéressant de noter que dans l'ensemble des conflits qui ont cours dans l'archipel, ne prennent une coloration religieuse exclusivement ceux qui se déroulent dans des zones où le pourcentage entre musulmans et chrétiens est sensiblement équivalent. Dans des zones où l'une ou l'autre communauté est fortement majoritaire, il apparait que l'élément religieux n'entre pas du tout en ligne de compte.

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AU NORD DE SUMATRA
LA PROVINCE D'ACEH
Dans l'extrême Nord de l'île de Sumatra, dans la province d'Aceh, et ce depuis plus de vingt ans, un mouvement pour l'indépendance combat le gouvemement central de Jakarta, armes à la main; il s'agit du GAM (Gerakan Aceh Merdeka, le Mouvement Aceh Libre) et de son bras armé, l'AGAM, commandé par Tengku Abdullah Syafiie. Le GAM a été crée en 1976 par Hassan Tiro, un descendant présumé d'un célèbre héros acehnais qui s'opposa aux hollandais à la fin du XIXème siècle. L'objectif des combattants actuels est une indépendance totale de la province d'Aceh, et non une simple autonomie; toutefois, les modalités de cette indépendance sont objets de controverses parmi les acteurs. Cette province d'Aceh, très riche en pétrole et en gaz naturel, compte 4,2 millions d'habitants sur les quarante que compte l'île de Sumatra (située à 1 750 Km au Nord-Ouest de la capitale indonésienne). Le pourcentage de musulmans y est de 63,2%, celui des protestants de 28,0%, les catholiques de 5%, les hindous de 0,2%, les bouddhistes de 3,3% et les autres de 0,2% [source BPS, mars 2000]. On y trouve une dizaine d'ethnies, dont les principales sont les Achenais, les Gayo, les Alas, les Tamiang, les Simelu, les Kluet, les Aneuk Jame, les Singkil, etc. Rappelons que le mouvement indépendantiste achenais est très fortement influencé par les idées islamistes. Déjà, au XYlème siècle, les quelques navigateurs européens en route 21

pour les îles aux épices (Moluques), qualifiaient ces populations de vindicatives et de violentes comparativement aux autres rencontrées dans les parages9. Cette province est également connue sous le nom de " véranda face à la Mecque" par certains indonésiens. Le mouvement séparatiste acehnais comporte trois factions clairement identifiables: une faction combattante (fidèle à Hassan Tiro et à l'idéal d'une restauration du Sultanat), une faction propagandiste, composée de jeunes étudiants islamiques fonl1és en Malaisie (Université Antarabangsa Islam de Kuala Lumpur) qui entretiennent des relations étroites avec les organisations de jeunesses islamiques 10, enfin une faction idéaliste, composée d'étudiants et de professeurs réfonnistes des universités locales. Cependant, les deux premières factions s'opposent quant à l'importance que chacun donnerait à l'islam dans une entité politique acehnaise indépendante; si les thuriféraires d'Hassan Tirol! s'accommoderaient d'une diversité religieuse dans un sultanat établit sur les modèles des XYlème et XYIIème siècle, les propagandistes voudraient pour leur part l'établissement d'une théocratie "dure"l2. Pour autant, le conflit dans cette province n'est pas de nature religieuse, ni vraiment ethnique; c'est une rébellion ayant des racines historiques lointaines!3 , agrémentée de soubassements politiques (la lutte contre l''' impérialisme" javanais). Il apparaît de plus en plus que les séparatistes cherchent la tenue d'un referendum sur l'autodétennination sous l'égide de l'ONU, comme cela s'est passé au Timor Oriental. Nous sommes des guerriers engagés dans une guerre
9

Cf. les relations de voyages de Fernand Mendez-Pinto, des frères

Parmentier, le journal de bord du Bailly de Suffren, les Mémoires d'Augustin de Beaulieu, etc 10tel l'ABIM, Angkatan Belia Islam Malaisia. \I en exil à Stockolm depuis 1979. 12 Cf. Romain Bertrand. Etude du Centre d'Etudes et de Recherches Internationales.CERI "Indonésie: le défi du changement de l'Etat dans la continuité de la nation".I999.
IJ

Ce sont les premières terres islamisées de l'Asie du Sud-Est au XIIIème
22

siècle.

sainte dans la tradition de la Jihad, laissent entendre certains séparatistes. A Sumatra, les réfugiés qui fuient les violences dont Aceh est le théâtre sont de plus en plus nombreux; à Médan, comme le signale Eglise d'Asie!", l'Eglise catholique subvient aux besoins de 20 000 d'entre eux, des musulmans originaires de Java, chassés de chez eux par les hommes du GAM. Au total, c'est près de 50 000 réfugiés qui se sont établis dans les zones "plus calmes" d'Aceh ou bien dans d'autres provinces de Sumatra; ainsi, ne trouve-t-on pas moins de 20 000 réfugiés au "Point A" de l'aéroport d'Exxon-Oil situé à Tanah Luas (Nord d'Aceh) et 25 000 autres dans le Sud d'Aceh. Ces derniers, nous dit le coordinateur de l'Association des Etudiants du Sud d'Aceh (HAMMAS) Darwi, comptent 4 000 malades qui nécessitent une assistance immédiateI5. D'autres réfugiés (au nombre de 3 071) en provenance de six villages du district de Manggeng, fuyant les zones d'insécurité, se sont regroupés près du complexe de la mosquée Jamik de Manggeng et de l'école élémentaire Meurandeh le 28 juillet dernier. D'après les témoignages des déplacésl6, leur fuite est due aux différents "raids" opérés par les forces de l'ordre sur les six villages et les environs. Ce qui a radicalisé le mouvement acehnais dans les dernières décennies est l'instauration durant neuf ans de la loi martiale; le district d'Aceh était classé Zone d'Opérations Militaires (Daerah Operasi Militer ou DOM). En septembre 1998, le Général Wiranto, vice-Président de la République Indonésienne, levait le statut martial d'Aceh et présentait des excuses publiques aux habitants pour "les exactions commises par le passé"; toutefois, la rupture était déjà entamée. Dès son arrivé au pouvoir en novembre 1999 le Président Wahid avait lancé l'idée d'un référendum concernant cette province rétive. Non sans joie, les indépendantistes
14 lor avril 2000. n° 306 du 15 Jakarta Post, 19 juin 2000. 16 Tempo, 29 juillet 2000.

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