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Industrialisation, communication et rapports sociaux en Turquie et en

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432 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 85
EAN13 : 9782296289055
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INDUSTRIALISATION, COMMUNICATION ET RAPPORTS SOCIAUX
EN TURQUIE ET EN MEDITERRANEE ORIENTALE

INSTITUT FRANÇAIS D'ETUDES ANATOUENNES VARIA TURCICA
] I. Bernard LORY. Le sort de I1luitoge 011011/011en Bulgarie. L'exemple des ,.;I/es bulgorr:s. 985. 235p. jours. His. II. Gérard GROC et Ibrahim ÇAè1LAR. La presse fro"'i0ÎSe de Turquie de 1795d"os to~ et cawlogue. 1985. 261 p. III. L'Empi~ Ot/Oman, la Rtpublique de Turquie et 10 Fronce. éd. H4mit BATIJ el Jean.Louis BACQUÉ.GRAMMONT. 1986. 712 p. (épuisé). IV. Camire International d'laides Prt.Ottomolles et Ottomones. Proceeding of /he vI' Sympo.
sium,

BACQUÉ-GRAMMONT et Emeri van Cambridge, u'K.. r'-.t' July 1984. éd. Jean-Louis DONZEL. 1987. 304 p. V. Hemy LAURENS. Les origines i/llel/ecmelles de l'cxpI!dition d'É~'Pte. L'orientalisme islallli-

santen Fronce (/698./798J.

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VI. L'accession de la Turquie a la cMlisotiol/ industrielle. Factcun i/llenles Colloque d'Istanbul, 1-4 d«emb~ 1985. éd.Jacques THOnIE cr Jean.Louis MONT, 1987, 236 p.

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et

socio-CIIlmrelle

de l'Elllpi~

ot/Olllal/

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jeul/e-tltrqlle.

éd.

Edhem

ELOEM.

1991.503

p.

XIV. 1iuquie, Mo;.'t:II.()riClI~ COII/mllllaUre Eul'Oplbl/le. ACtes du CoI/oqIIe de C1l11f1ti~\ /5-/7 SC/WlIIm 1987, éd. Jacques THOBlE et Salgur KANçAL. &lilions l'Harmaltan. Paris. 1989. 398 P. XV.llr Con~ on /he F.Cl>llOlllic alld Social HistOf)' ofTurfce)', PriIlCeton, 1-1-26August 1983. éd. Heath W. LOWRY el Ralph S. HA TIOX. co-édilion avec \'Institule oCTurkish Sludies Inc.. Washingron. D.e.. 1990. 421 p. XVI. De 10 Rtt'OllIlÎlHI frollçoise a la TI/rqllic d'AlOtiirk. La lIIodel7lisotion politiqlle et sociale. Lcs Lettres, les Sciences et les Ans. Actes des C alloqlles d' ISlol/bul (10-12 moi 1989). éd. Jean-Louis BACQUÉ-GRAMMONT el Edhem ELDEM. 288 p. Tllrqllic et en Méditemm« oriell/ole. éd. Jacques Tl-IOXVII. Le cOllple ogriclllnm:-Îl,dllstrie "" BlE. Roland PEREZ el Salgur KANÇAl~ 1992.509 p. XVIIl. Naqshbmldis. CIICllliI/CIIIClIL~ ~'Isinlolil'" oCR/clle d'un ordre 1n)'SIique mllsll11110ll. Actes de la TobleRolldedcSèon:s.1-41110i 1985.éd. Marc (jABORlEAU. AJexandrePOPOVIC et Thierry ZARCONE. 1990. 750 p. XIX. MélongesojfC1'tSa LOllis Bavl/por .f<'Sdi.rciples. coll~esetomis. éd.Jean-Louis BACQUÉGRAMMONT. Rémy DOR. FI't.'d~ric HITZEL et Aksel TIBET. Édilions rHarmallan. Paris.

1992. 53p. 3
XXI. Stéphane de TAPIA. L'impuct régiollol CIl Tllrqllie des i",.estismnents industricls des 11'0vaillcun tmigrts. L 'exclI/Jllcde ¥OlgOl(sous presse). XXIII1. Jean-Louis BACQUÉ.GRAMMONT. Sinan KUNERALP el Frédéric HITZEL. ReptismlOrtlS pemrol/tmts dc/a Frallcc CIl Tllrqllic (/536-/99/) et de/a Turquie en FraI/ce (17971991 J, 1991.166 p. XXIII. Presselllrquccl presse de Turquic. éd. Nalhalie CLA YER. Alexandre POPOVIC CI Thierry ZARCONE. 1992. 3(>6 p. XXIV. Les lroniellsd'ISIl1llbul. 77le lrouiolls of Istal/blll. Bibliolhèque Iranienne 39. éd. TIlierry ZARCONE el Fariba ZARINEBAF-SHAHR (sous presse).
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I.F.É.A..

P.K. 54.80072

BEYOè1LU.

ISTANBUL

VARIA TURCICA XX

Jacques THOBIE et Salgur KANÇAL

INDUSTRIALISATION,

COMMUNICATION
ORIENTALE

ET RAPPORTS SOCIAUX
EN TURQUIE ET EN MEDITERRANEE

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole:-Polytechnique 75005 Paris

@ L'HARMA Tf AN, 1994 ISBN: 2-7384-2504-6

VARIA TURCICA XX

INDUSTRIALISATION, COMMUNICATION ET RAPPORTS SOCIAUX
EN TURQUIE ET EN MEDITERRANEE ORIENTALE

Actes du Colloque de PARIS-UNESCO

27, 28 et 29 mai 1991

Edités par Jacques THOBIE et Salgur KANÇAL
en collaboration avec Aksel TIBET et Frédéric IIITZEL

et publiés sous les auspices du Groupe de Recherche (GDR) 832 du CNRS, du Centre Jean Bouvier (CHESEI) de l'Université de Paris-S, de l'Equipe de Recherche sur le Système Industriel (ERSI) de l'Université de Picardie, du Centre Interdisciplinaire de Recherche de Relations Internationales au Moyen-Orient (CIRIMO) de l'Université de Rennes-2, de l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes d'Istanbul (IFEA) et de l'Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (IAMM) du Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM)
avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique, de la Délégation permanente de la Turquie auprès de l'UNESCO, de l'Université de Paris-S, du ministère de l'Education Nationale (DAGIC), du ministère des Mfaires Etrangères (DDCSTE), de l'Association pour le développement de l'Histoire économique (ADHE) et de l'Association "Amitiés Franco-Turques"

L'HARMATTAN Paris

1994

PRESENTATION
Voici donc les Actes du quatrième colloque international du Groupe de Recherche du CNRS 832 sous le titre "Industrialisation, communication et
rapports sociaux en Turquie et en Médite"anée orientale depuis un siècle". Cet ouvrage se situe dans le sillage des Actes du colloque d'Istanbul en 1985 ("L'accession de la Turquie à la civilisation industrielle", Ed. Isis, IstanbulParis, 1987, 234 p.), de Chantilly en 1987 (''Turquie, Moyen-Orient, Communauté européenne", Ed. L'Harmattan, Paris, 1989, 408 p.), d'Adana en 1989 ("Agriculture et industrialisation en Turquie et au Moyen-Orient", Ed. L 'Harmattan, Paris, 1992, 520 p.), tous publiés dans la collection "Varia Turcica" de l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes d'Istanbul. Il en sera de même des Actes du cinquième colloque qui s'est déroulé à Istanbul en septembre der-

nier.
Pour l 'heure, continuant d'explorer les diverses facettes du développement industriel en Turquie et au Moyen-Orient, le GDR 832 intitulé "Industrialisation et nouveaux rapports de force au Moyen-Orient depuis un siècle" s'attache ici à analyser, dans une optique pluridisciplinaire, la nature des relations qui se tissent entre les acteurs économiques, sociaux et politiques, dans le processus d'industrialisation; la communication et les rapports sociaux sont donc au cœur de ces études que nous pouvons regrouper sous cinq rubriques: industrialisation et société globale, industrialisation et médias, cultures d'entreprises, évolution du mouvement social, industrialisation et comportement de la société civile. Le rapport à la société globale implique les relations entre les pouvoirs, notamment l'Etat, mais aussi toutes institutions ayant des responsabilités publiques et les structures économiques, donc les entreprises, dans le processus d'industrialisation. Au sein de cette relation gît la question des stratégies de développement et des choix qui y sont rattachés. Six communications abordent, sous des angles divers, cette question. La première souligne l'importance des choix stratégiques d'industrialisation, mais note que, croissance équilibrée ou avantage économique dynamique renvoient inévitablement au facteur humain, instituant au premier rang des préoccupations les problèmes d'éducation, de formation, d'apprentissage, de santé, où le rôle de l'Etat et d'associations diverses tendent à se compléter. Que l'Etat soit lui-même entrepreneur ou qu'une place croissante soit ménagée à l'initiative privée, c'est au niveau de l'entreprise que se développent l'esprit d'innovation, la gestion efficace, la discipline industrielle et la mise en place de normes sociales acceptées par les acteurs économiques. A l'Etat cependant doit revenir te choix des grandes priorités. Ces différents points sont illustrés par cinq papiers qui nous mènent de la période mandataire en Syrie aux choix turcs très contemporains. La crise du textile alépin offre un exemple de dégradation industrielle dans l'indifférence

II
presque totale du pouvoir mandataire. Deux communications analysent le cas de la Turquie, dans les années 1980, avec les problèmes posés par le passage du presque tout Etat à une large ouverture sur l'économie de marché, ce qui n'implique nullement le désistement de l'Etat en matière de choix économiques stratégiques. Cependant, l'importance grandissante des exportations entraîne une transformation structurelle de l'industrie et des entreprises, les signaux du marché prenant de plus en plus de place dans le choix des entrepreneurs. Les deux études concernant l'Irak et le Liban sont instructives dans leurs principales conclusions, qui illustrent bien l'impossibilité de proposer une recette générale pour l'ensemble de la région: les obstacles au développement industriel semblent essentiellement dus, à trop d'Etat pour l'Irak, à pas assez d'Etat pour le Liban. Cinq papiers abordent le thème difficile des relations entre industrialisation et médias. Ici le mot "communication" est pris dans le sens plus indirect de relais, puisque les médias sont naturellement en question à travers le rôle qu'ils jouent face aux courants d'opinion et aux problèmes qui agitent les sociétés en voie d'industrialisation. A travers la proposition d'une typologie de la famille turque contemporaine, le rôle des médias, et notamment celui de la publicité télévisée, est mis en valeur dans l'évolution des idéologies et des représentations familiales, dans le cadre d'une mutation liée à la transformation progressive de la cellule familiale d'unité de production en unité de consommation et de subsistence. Un autre papier souligne, à l'aide de nombreuses données chiffrées, les évolutions de la presse, de la radio et de la télévision turques dans les années 1980. Encore sur la base de l'exemple turc, nous est présenté un essai de théorisation de l'impact de la télévision sur une société en mutation et où reste encore indéterminée la place d'une télévision privée. Un regard sur un journal libanais francophone souligne surtout le peu de place que ce quotidien consacre à l'économie au début des années 1960. Après une analyse circonstanciée, dans un cadre économique, de l'information sous toutes ses formes dans le monde arabe, et tout spécialement de la publicité, le constat est sombre: le système fonctionne en grande partie au profit de firmes étrangères et l'omniprésence du pouvoir, dans la quasi totalité des pays arabes, entrave toute évolution.

L'unité de production du processus industriel, l'entreprise, organise son fonctionnement selon des spécificités qui expriment ce qu'on appelle la culture d'entreprise. Six communications examinent comment les différents partenaires s,Ociaux,les chefs d'entreprises et leurs collaborateurs, les porte-parole des personnels, tendent à la création d'un environnement, d'un état d'esprit, visant à la réalisation d'un objectif commun, la prospérité de l'entreprise,. cette culture, du reste, pouvant s'exprimer sur une base consensuelle ou momentanément conflictuelle. La première de ces communications propose des éléments méthodologiques permettant d'aborder et de surmonter les difficultés découlant de la dialectique selon laquelle la culture d'entreprise est à la fois facteur d'efficacité productive etproduit social. L'auteur s'attache alors à distinguer, à travers une analyse des caractéristiques des sociétés des pays méditerranéens, des traits

III
communs aux cultures d'entreprises médite"anéennes, sans oublier les dynamiques évolutions qui les poussent incessamment à la transformation. L'exemple des manufactures textiles, durant le XIxe siècle ottoman, nous éclaire sur pratiquement toutes les formes d'organisation, et aussi de contestation, qui peuvent naître autour de ce type de structure industrielle, concernant les personnels, hommes et femmes, l'environnement, les interventions extérieures, et créant ainsi une significative et mouvante culture d'entreprise. Les grandioses perspectives ouvertes, au tournant du siècle, par le groupe sucrier Say en Egypte, nous mettent en rapport avec un type d'entreprise, entraînée par une forte personnalité, dans des aventures industrielles qui se heurtent à l'environnement politique, économique et culturel de l'Egypte, et contrainte finalement d'abandonner la dimension internationale. Instructive également cette présentation du rôle des femmes dans la filature de soie libanaise à la fin de la période ottomane: pourtant majoritaires, elles n'en subissent pas moins un statut inférieur, dont elles ne peuvent se dégager. C'est au contraire la réussite qui caractérise la montée en puissance de jeunes groupes turcs, de surface moyenne, mais qui témoignent de l'esprit d'initiative d'entrepreneurs partis tous de situations modestes,. et l'enquête détaillée apporte des informations mais pose aussi une problématique dans le champ prometteur de la recherche sur les cultures d'entreprises. Enfin, la Bourse des valeurs constitue également une entreprise d'un type particulier, révélatrice de l'état du marché financier. Le renouveau de la Bourse d'Istanbul présente un mode de fonctionnement qui témoigne des bouleversements industriels liés à l'ouverture de l'économie turque sur l'extérieur, et aussi de tâtonnements et d'à-coups, apanage inévitable de la jeunesse.

La prise en compte de l'évolution des acteurs sociaux, de leurs discours, de leurs attitudes, de leurs conflits, soit à l'intérieur de l'entreprise, soit sur le marché du travail, à travers le passage des antiques corporations au syndicalisme moderne, fait l'objet de cinq communications. Les vicissitudes de la célébration du 1er mai en Turquie, éclaire, à travers péripéties et drames, le chemin parcouru depuis près d'un siècle: changement d'échelle et diversification d'une gauche toujours potentiellement sensible au discours révolutionnaire. C'est à la fin de l'Empire ottoman que les Jeunes-Turcs tentent d'accompagner l'abolition des corporations - qui se reconstituent sous d'autres formes - de la création d'entreprises modernes, aptes à la constitution d'une bourgeoisie nationale, base de l'Etat-nation. Mais il ne suffit pas de légiférer, et on en reste encore très largement au niveau d'un discours, souvent contradictoire, sur la démocratie politique, la démocratie sociale, la question des classes, la réforme ou la révolution. Il faudra attendre le début des années 1960, pour que le droit de grève obtienne en Turquie une reconnaissance constitutionnelle. On constatera pourtant comment une loi d'application peut très largement vider de son contenu l'affirmation solennelle d'un principe, sans entraîner, au demeurant, de réactions de la part des dirigeants :.yndicaux. On notera les raisons pour lesquelles, dans l'entre-deux gue"es, le passage du corporatisme au syndicalisme commence, au Levant, par le Liban. Plus surveillé par la puissance mandataire, le syndicalisme en Syrie mettra plus de temps à s'organiser, mais la liaison estplus forte avec le mouvement national.

IV
Enfin, la vision américaine de l'évolution des syndicats libanais, au début des années cinquante, fournit une intéressante base d'information et souligne le souci américain d'apporter une aide économique significative, apte à provoquer le recul des syndicats contrôlés par les communistes, obstacle au développement, au temps de la guerre froide, de la politique des Etats-Unis dans la

région.
Enfin les réflexions et analyses relatives à l'évolution des comportements de la société civile, comme conséquence de l'industrialisation, occupent six communications. La première propose une réflexion sur la façon dont les sociétés de Méditerranée orientale voient et accueillent le système de valeurs occidentales véhiculées à travers le processus de modernisation. Il y a, à la fois, acceptation et rejet avec toutes les nuances intermédiaires. L'adoption des techniques et du libéralisme occidentaux n'implique pas l'adoption par la société civile de toutes les valeurs qui s

y

trouvent,

bon gré mal gré, attachées.

Aussi convient-il de distinguer modernité et modernisation: la modernisation développe inexorablement son "éconotechnie", mais la modernité reste partielle et défigurée. Finalement, les sociétés de l'Est méditerranéen, comme du reste les sociétés occidentales, doivent penser leurs modernités respectives comme une dynamique à inventer. C'est sur la base d'études agraires que nous sont présentées les évolutions sociales de l'Egypte et dé la Turquie, pour dégager les spécificités de chaque société à l'époque contemporaine. L'omniprésence de l'Etat ne s'exerce pas de la même façon en Egypte, où le passage du tout Etat à l'investissement privé en est encore à se rechercher, et en Turquie où, avec la libéralisation des années 1980, le pouvoir tend à passer, à la campagne, de l'Etat aux notables locaux, sans que la paysannerie en retire le moindre profit. De nouveaux équilibres sont à trouver dans ces sociétés en mouvement. On s'aperçoit qu'en 1950, la société turque est beaucoup plus complexe que ne laisse entendre le discours officie~ et les années 1960 marquent un premier épanouissement de l'opinion publique qui recevra deux coups durs: l'un en 1970, le populismerefuge conduisant à la violence et au chaos, l'autre en 1980. Pourtant, contre toute attente, on voit, à partir de 1984, réapparaître une opinion publique liée à la reconstitution de la société civile, c'est-à-dire d'une société qui parle. La multiplication des sondages fait apparaître les priorités: la liberté autorisant dialogue conflictuel et consensus démocratique, la question kurde, la femme. Certaines décisions du pouvoir montrent qu'il sait devoir compter avec l'opinion publique, mais celle-ci reste encore trop peu sûre d'elle-même pour s'imposer aux décideurs politiques: c'est encore la fragilité qui l'emporte. Le développement en Turquie de l'affairisme pragmatique et d'un néoconservatisme renforcé par l'islamisme et le nationalisme est directement lié à la perte de vitesse du kémalisme, la démocratie devenant ainsi l'enjeu principal des affrontements politiques internes à la société. L'auteur montre comment les principes fondateurs de la République se sont transformés en interdits lourds à terme d'implosions sociales) et ilplaide pour une laïcité conforme aux principes démocratiques. C'est une autre issue que proposent les partisans de

la synthèse turco-islamique, idéologie sous-jacente de la politique turque de-

v
puis 1980. Vouloir faire coexister le progrès technique et économique avec le conservatisme social et politique aboutit à un langage parfois incohérent,.Hui exprime assez bien, selon l'auteur, l'écartèlement du parti de M Turgut Ozal entre libéralisme et conservatisme. Cette navigation difficile entre traditionnalisme social et modernisme ne serait peut-être pas loin des sensibilités de la Turquie profonde. Enfin, comprendre les rapports de la société civile et de la société militaire revient en fait, outre les données d'ordre historique, à analyser leur vision respective du rôle et de la nature de l'Etat. Il n y a rien de surprenant dans le fait que les bourgeoisies naissantes adoptent des solutions politico-militaires, avec adhésion populaire, pour atteindre à la stabilité gouvernementale. Par ailleurs, le complexe militaro-industriel exprime l'intégration de l'armée dans le système économique. Cela a entraîné une évolution idéologique des élites militaires, vers la rencontre avec la société civile montante. Nul doute que ces vingt huit études sont d'un apport précieux. pour une meilleure connaissance des évolutions et bouleversements sociaux. consécutifs aux développements de l'industrialisation en Turquie et dans l'Est méditerranéen. Mais l'on peut aussi se demander si elles ne posent pas au moins autant de questions qu'elles n'en résolvent. Et depuis 1991, les temps ont passé... Pourtant, il est raisonnable de penser que cet ouvrage aidera à mieux. appréhender ce que doivent et à la conjoncture économique et aux. logiques étatiques la mise en route et l'évolution des processus d'industrialisation engagés dans plusieurs pays de la région,. à mieux. situer le rôle d'accoucheur des médias, au moment où, sous le choc de l'industrialisation, les sociétés dites traditionnelles se délitent, se différencient, sans oublier certains effets inattendus ou pervers,. à nous demander si les entreprises industrielles des pays de la Méditerranée orientale ne peuvent être que de simples imitatrices ou si, au contraire, elles sauront tirer de leur substrat culturel une nouvelle et spécifique intelligence de la production,. à aborder avec prudence et nuance la question, qui reste primordiale, des rapports entre les partenaires sociaux. au sein et en dehors de l'entreprise, à travers des formes d'organisation qui se remettent en cause dans plusieurs secteurs de la région,. enfin à comprendre les évolutions complexes et contradictoires de la société civile, thème qui n'a été abordé, et ce n'est probablement pas un hasard, que pour la Turquie. Il ne fait pas de doute que la question du renouveau islamique, qui n'a pas été étudiée en soi, est sous-jacente dans toutes les communications qui traitent du rapport à la société civile. Preuve supplémentaire qu'un colloque ne peut avoir que des ambitions limitées.

Jacques THOBIE et Salgur KANÇAL

Nous tenons à remercier tout particulièrement Marthine THOBIE coordinatrice de l'organisation du colloque et sa collaboratrice, Micheline VATIN

I. INDUSTRIALISATION ET SOCIETE GLOBALE

Z.Y. HERSHLAG

THE CHALLENGE OF INDUSTRIALISATION TO THE MIDDLE EAST SOCIETY*
PART ONE: THE GLOBAL ASPECT A. Industrialisation as the critical development stage

Since two centuries industrialisation has been considered as the catalyst of modern economic growth and upgrading of social welfare. Adam Smith's promoting of "round-about methods of production" (Smith, 1837) reflected the onset of the industrial revolution, which gradually has spread throughout the western European continent and penetrated the ascending entity of the United States of America. In the first half of the 19th century, Friedrich List (1841) drew on the concepts and experience of the first industrial revolution and developped a model of a trinity of "infancy, adolescence and manhood", indicating the consecutive periods in the developpement of economies and societies. For List, the target was the achievement of the highest level by the German economy, then united only in the framework of the Zollverein. Modern economic theoreticians submitted a number of definitions, basicaly reflecting the same trend. Fisher (1939), Clark (1951) and Kuznets (1966) formulated a model of "primary, secondary and tertiary sectors", with secondary representing mainly modern industry, and the tertiary referring to the predominance of modern services. Walt Rostow (1960 & 1963; Hershlag, 1969) originated the concept of "stages of growth", with the critical "take-off towards self-sustained growth", and industry as the "leading sector" generating forward, backward and laterallinkages. The centrality of industrialisation in the process of economic growth was elaborated by Rosenstein-Rodan and other development economists, but it was incorporated in centralmandatory planning mainly in the Soviet five-year plans, as from the early 1930s, and, on a lesser scale, in Turkey. In particularafter World War II, with the emergence of previous colonial or semi-colonial areas as independent political entities, faith in rapid industrialisation has become the backbone of development strategies, as a guarantee of both economic and political independence.
References in the text are designed no pages are specified.

.

to reflect the focal views of the sources;

therefore

4

Z.Y. HERSHLAG

The challenge of industrialisation poses the question; what are the main conditions and/or components of this stage of development. The experience of the North (or, the West) points to a combination of a number of parameters. Among them are: 1. Domestic and foreign raw materials (including traditional and modern energy sources). 2. Cheap labour, prevailing in the colonial and other dependent ànd underdevelopped areas, but, in the past, also characteristic of the West itself for quite a longperiod of time. 3. Growing human ingenuity, inventions, innovations and entrepreneurship, the outstanding Schumpeterian notion (Schumpeter, 1934), organisational capacity, improved public order and general and economic administration. B. Strategies in action In due course, controversial views arose on the desirable development and industrialisation strategies on the heels of accumulating experience. (Bauer, 1976.) On the one hand, setbacks and disappointments visited many LDCs, and on the other hand, a significant success was registered in the NICs (newly industrialising countries). The controversies, while admitting the strategiè importance of industrialisation in the process of structural change, as a condition of sustained growth and greater international equality, raised a number of methodological issues and of policies in carrying out the developmentprogrammes. Here are some ofthe crucial challenges facing the the LDCs (Cf., i.a., Balassa (1982); Myrdal (1969». Should the concept of "industry first" be adopted as the chief target of growth strategies? Should not preference be given to the concept of "balanced growth", which would take care of a more harmonious investment and development of all major, and complementary sectors, such as agriculture, industry, services, and physical and social infrastructure, if real structural change is aimed at? Since resources are scarce, according to which priorities should they be allocated? What would be the short-term and long-term impact of the policies adopted by the decision-makers? Howwill modern industrialisation affect, in the shorter and longer run, the critical issues of employment and greater equality in income distribution? In this context, what are the lesssons of the industrial revolution in the West?

THE CHALLENGE

OF INDUSTRIALISATION

5

Last not least, is central mendatory planning and direct public entrepreneurship, as in the past in the Soviet Union, in Muhammed Ali's Egypt, in étatist Turkey and in a number of LDCs, leading to an optimal allocation of resources? Is it the best way to achieve the desired goals ofrapid industrialisation, or, perhaps in framework of indicative planning, the main task should be left to the market forces and the price mechanism, which will take care of the optimal allocation of the scarce resources? Some of these issues will be dealt with in due course, with reference to the experience of countries which underwent the process of industrialisation. In general, the impact of this process was very favourable in the longer run, even if short-run difficulties and imbalances have been encountered. Historical experience has shown that, except troughs in business cycles, greater job opportunities have been created both in industry an in other sectors favourably affected by forward, backward and laterallinkages. One of these sectors was agriculture, for three main reasons: 1. Urban and industrial development significantly increased effective demand, and therefore also prices and efficiency of agricultural produce for direct consumption; 2. The secondary (industrial) sector enhanced the development of agro-industry, processing agricultural raw materials on a peftuanently increasing scale; 3. An additional positive factor deriving from industrialisation was the creation of new urban employment outlets for existing and potential rural open and/or disguised unemployment, in the wake of the penetration of modern, labour -saving technology in agriculture itself. Structural diversification of production and employment, as well as of services and trade, offered greater flexibility in balancing domestic and foreign accounts. Those structural transformations rendered feasible the accumulation of increasing value added in all sectors of the economy, thus contributing to greater real income and savings for further investment. As already indicated, after World War II, economic development, mainly through modern industrialisation, has become the focus of the hectic drive for political and economic independence of the Third World countries. Initially, import substitution and autarky dominated the development strategies of the LDCs, side by side with demands for international free or low-cost international assistance in capital, technology and know-how, despite the fear from neo-imperialism. To secure independent future development, and following the example of the Soviet Union, many LDCs embarked on founding heavy industry considered as the key to autonomous modern technology and growth. An outstanding instance, in that period, was India in its five-year Mahalanobis development plan (apart from the earlier cases of étatist Turkey and, partly, Iran under Rlza Shah).

6 C. Strategies revised

Z.Y. HERSHLAG

Only in the two recent decades outward-orientation on the international market largely replaced the earlier strategies ofimport-substitution and inward-orientation. This conceptual transformation came on the heels of disenchantment with the early strategies, which resulted in high cost and inefficiency of many enterprises, largely subsidised, and their low life expectancy in a closed economy detached from the international market and price mechanism, and falling short of international quality standards. The changing trend in development thinking put back on the agenda the classical concept of comparative advantage, in particular as applied to industrial strategies. Availability of domestic raw materials in combination with cheap labour seemed to be an essential precondition of the success of industrialisation. In the past, western industrialising economies, some of them devoid of vital raw materials, were able to compensate for prevalent shortages by cheap supplies from the colonial or other dependent areas. Contemporary LDCs do not enjoy the "advantage" of the colonial powers, and, when faced by poor endowment in both raw materials and physical and human capital, their standard comparative advantage is limited to mainly agricultural produce (frequently inadequate) and, in a restricted number of countries, a few minerals, as well as unskilled cheap labour. The specific case of oil industry in the "have" countries, including both crude oil and refining processes with by-products, largely bears out the comparative advantage argument. Still, this is qualified by the vulnerable dependence of the whole economy and foreign trade on one single very sensitive sector, as well as by the lopsided socia-political structure and income distribution in the countries concerned. Modern technology and industrial organisation may, under special conditions, defy static comparative advantage, and make possible to trans~ gress Tinbergen's requirement (Tinbergen, 1981), that the countries' industries should have "the same factor mix as the country is endowed with". The experience of Japan (Vogel, 1979) and the NICs (OECD,1979) makes this requirement controversial, due to such specific factors as prevalence of discipline and propensity to acquire skills and efficiency in modern but rather standardised technology. These additional endowment factors give rise to a dynamic comparative advantage under which complementary imports of missing raw materials are economically feasible. While physical capital and technology can and should be imported, as they actuallywere even in the industrial pioneer, England, and even more so in France, Germany and the United States of America, the issue of human capital is more complex (Kuznets, 1966; Singer, 1975; Hershlag, 1984). The latter implies not only skills and training ie., know-how, which can to a certain degree be transferred or transplanted from abroad, but also social structure in the widest sense. This includes such areas as : structure, quality and competence of government and administration on national, provincial and municipallevels; managerial capacity, individual discipline; mutual

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relations between the individual and society; cultural, educational and health standards; and one of the focal ingredients of modern industrialisation - entrepreneurship and innovative spirit. Entrepreneurship may be partly imported from abroad, largely by the spreading multinational companies, or by multilateraland bilateral assistance, but most of the other ingredients, of domestic nature, more often than not constitute major bottlenecks in the process of modernisation and industrialisation. An additional factor, related to the issue of human capital and to the rates of real industrial and overaIl ecomomic growth, is demography. With the onset of modernisation and mechanisation, both in agriculture and industry, and the danger of decreasing marginal returns involving underemployment, excessive net population growth adversely affects real per capita growth and results in serious social tensions. The LDCs at large, including the Middle East, have registered a long-term average rate of2 to 3 percent net increase of population. If this is discounted from the average rate of economic growth on to 5 percent (quite an optimistic assessment), it brings down real per capita growth to 0 to 3 percent annuaIly, and in some cases in Africa even results in a faIl in real income. Therefore population policies, aimed at the reduction of upward demographic trends, have become a proclaimed target of overaIl development strategies. The difficulties encountered in carrying out these policies, and the persistent population pressures proved, time and again, that only a comprehensive improvement in the widely conceived human capital will render possible the achievement of the desired strategic targets. The issue of factor endowment largely relates to the supply side of development strategies, which must, however, respond to the effective demand of the society according to its standards and priorities. In contradiction to the marxist approach, which gives priority to the producer goods, Hofman (1958) submits, historicaIly tenable, four stages. The first one provides consumer goods output which is about five times larger than the net output of capital and producer goods; following a gradual shift to the latter, the fourth stage reaches the opposite proportion. Hofman's concept is, of course, qualified by Rostow's stage of "mass consumption". Recent developments in the communist countries show, that Hofman may be right not only in his historical analysis, but also in the domain of the desired strategic targets. Out of necessity and domestic pressures, industrial and development strategies have lately shifted to meeting the major demands of the developing societies, centered on consumer, including durable, goods, rather than on heavy industry. This requires new sets of priorities and the choice of adequate instruments, which would serve the combined challenge of growth, employment and redistribution ofincome (Hershlag, 1991). The factor endowments, with the clear predominance of labour, cannot be disregarded. A gradual improvement in skills and efficiency, and specialisation in certain traditional and mainly, though not exclusively, labour-intensive sectors, may accord also the LDCs the dynamic comparative advantage.

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This combination of targets and means confronts the industrialisation strategies with the choice of some individual or allied scenarios. Among them are: Large- versus small-scale enterprises; Outward(export-drive) tion; Labour- versus capital-intensive enterprises; Heavy industry - modernised traditional crafts - agro-industry, all new ventures with new employment potentials. The focal issue of military industry and heavy costs of arms imports in most LDCs cannot be overlooked, but despite its economic and social burden, it remains cheafly a matter of political, domestic and international decisions. PART TWO : THE MIDDLE EAST RESPONSE TO THE CHALLANGE OF INDUSTRIALISATION A. A glimpse at the past The first serious attempts at industrialisation in the Middle East were initiated 160 years ago by Muhammed Ali in Egypt, formally still under Turkish Ottoman sovereignty. In Turkey itself, military industry, based on European experience, had already taken roots, and the following Tanzimat period registered further central industrial entrepreneurship also in the civilian sector, though limited in scope. Muhammed Ali's targets were more ambitious, and, in addition to the industrial militaryventures - such as guns and navy - they embraced also large-scale civil industrial plants, including textiles based on the growing cotton sector. Estimated industrial investments reached an impressive figure of about 12 million English pounds. As from the 1870s, domestic and, in particular, foreign private entrepreneurs resumed industrial activity in Egypt and the Empire, as well as in Persia, and despite setbacks and failures some of them survived until industrialisation attempts were resumed after World War I. In the 19th century, the protracted regime of Capitulations, more specifically the 1838 agreement between Great Britain and the Ottoman Empire, with strict limits on import duties, and, later on, Cromer's policy in Egypt, dealt a serious blow to ambitious industrial ventures. In the course of the 19th and early 20th centuries, the influx of cheap goods from the industrialised West to the international and Middle Eastern markets, adversely affected also the traditional oriental manufacturers which enjoyed high reputation in areas such as textiles and clothing, metal and wood products. Even if frequently the quality of those foreign, machine-made commodities versus inward(import-substitution) orienta-

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lagged significantly behind similar traditional regional ones, preference was given to much cheaper foreign goods, thus leading to a continuous decline of indigenous crafts, except for oriental carpets welcomed by the growing middle and higher classes in the West. The decline ofhandicraft led to the gradual destruction of th famous guilds (esnaj), which, in the past, performed all-important economic and social functions. (Hershlag, 1964) Despite some early attempts at industrialisation, the Middle East in the 20th century representd industriallatecomers vis-à-vis the West. Although transfer of modern technology and know-howwas fastly growing, it has not been easy for the latecomers to make up for the lost time and to face the challange of the mature competitors in production, efficiency, prices and marketing. Aftertheshort period 1941-1945, duringWorld War II, with industrial activity in the region enjoying "hothouse" conditions, the moment of truce, namely, facing the challenge of an open world market, re-appeared.(Hershlag, 1979) An all-embracing comprehensive strategy of industrialisation for the whole Middle East does not seem feasible. Substantial differences between its various countries exist in areas such as factor endowments, population structures, attitudes, and particular internal problems and interests. In the short term, at least, the specific national regimes set their own targets and policy decisions. On the whole, there is a widespread tendency to conspicuous spending and conspicuous investment on the part of the governments, mismanagement bordering on corruption and nepotism, serving vested interests. B. Industrial potentials The Middle East is endowed with a number ofpotentials, which, if properly utilised, may lead to fundamental changes and advance in its economic and social structure. One of the paramount issues, long neglected, is the poor: rich ratio, both intra-domestic and intra-regional. In this regard, the concept of modern industrialisation can be certainly helpful, if interpreted in terms of the area's requirements and potentials. Similarly to the early stages of industrialisation in the West, agriculture, for the sake of the sector itself and as an important source of domestic capital accumulation, must undergo a radical technological transformation, integrated with adequate social and institutional re-organisation. New technology means not only mechanisation, but also modern crop rotation and diversification, widespread application offertilisers, and more efficient irrigation methods, in particular in an area characteristic of extensive arid territories, inadequate precipitation and limited and unequally distributed water resources. Advanced and diversified agriculture renders possible another stage of industrialisation, namely, agro-industry, which offers more employment, more consumer- and other processed goods (to serve as inputs in other sectors), and greater supply of growing domestic and foreign demand. This is a typical instance of utilising dome-

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stic factor endowments within the framework of comparative advantage. Moreover, increasing local demand for agricultural machinary, fertilisers, storage and transportation facilities, opens newvistas before domestic production of machines, vehicles, spare parts, chemical industry, construction, and various allied services. The renowned oil sector in the Middle East accounts for more than half of total world oil reserves, and constitutes the greatest single asset of the area, even though unevenly distributed between the countries of the region. This is of serious concern to the political and social stability in the Middle East, and to the issue of income distribution and wealth within and between the region's societies. However, it also offers immense opportunities for various industrial outlets, better remunerated employment, and a vast source of capital funds for investment in physical and human infrastructure. This issue of human resources is of critical importance to sustained industrial growth, efficiency and competitivity in developing countries, including the Middle East, in particular with the spreading outward-orientation. Again and again comes to the mind Muhammad Ali's reference to the importance of modern industrial discipline and thinking, outweighing practical achievements themselves. One hundred years later, Atatürk's similar contention sounded like a distant echo of Muhammad Ali's position. The difficulties encountered by the étatist 5-year development plans in Turkey in the 1930s, purpose of his development drive was to mold a modern thinking of an industrial man. Even though this may be interpreted as an excuse for achievements falling short of targets, in the course of time the growing recognition of the predominant importance of the human factor and human capital for an irreversible development process has justified the inherent value of Muhammad Ali's and Atatürk's assesments. C. Present trends and dilemmas of strategies Generalisations on the state and direction of Middle East industry can be misleading, at least as long as the area has not become politically and economically integrated, in similarity to Western Europe or even some less integrated regions. For the foreseeable future prospects are not very encouraging. Only the trend towards industrialisation may be applicable to all countries in the area, and this is of importance. However, if comperative measurements of the respective industrial shares in GNP, employement, and exports are considered, wide discrepancies are found between most of the individual economies, in particular between the oil countries and the rest. Turkey and Israel have in common a similar share of industrial goods in exports, around 75 percent; however, their respective shares in GNP are 20 and 35 percent, and in employement - 12 and 30 percent. Egypt's industry registered about 20 percent in the three magnitudes referred to, if the oil sector is excluded. The situation in Syria and Jordan (with phosphates excluded) is similar.

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The preponderance of the oil sector among the "haves" can be misjudged. Even though the residual of those economies shows little industry in all three relevant dimensions, the oil industry itself is not only important per se, but is also, significant for its diversification and linkages, whether in the process of refining the crude, or in petrochemicals, pharmaceutics, construction, transportation and related services. Of course, the extreme dependence of national income and the balance of payments on one single sector conceals serious dangers for the relevant economies. By the mid-1980s, some countries of the Middle East have reached a certain degree of industrial diversification. Apart from Israel, this applies to the three biggest countries ofthe region, excluding Saudi Arabia, namely Egypt, Turkey and Iran. In these economies, processed food and other agro-industry, constituted 20, 20 and 13 percent, respectively, in total industrial production; textiles 27, 14 and 22 percent, respectively; machines and cars 13, 15 and 22 percent, resp.; chemicals 10, 8 and 7 percent, resp.; others 31, 43 and 36 percent, resp. (World Bank (1989), Table 8). Industrial strategy and scenarios in the Middle East cannot be determined bywishful thinking or over-ambitious targets based on theories and attitudes disproved by past and contemporary realities. Fundamental economic principles hold true also in developing countries, but, as elsewhere, if adapted to the potentials and prevailing conditions in those economies. As in other developing areas, dynamic comparative advantage is feasible, if adequate potentials exist and are properly utilised. Among the dynamic factors are economies-of-scale, based on market research, a combination of traditional, intermediate and large-scale industries, as well as of capital - and labour-intensity - all according to prevailing and potential factor endowments. Necessarily, technical production functions for each enterprise and sector must be taken into consideration, and the right proportion set for outward and inward orientation according to optimal economic criteria. Here we encounter the issue of streamlining the investment allocation and the task of the government and public sector, envisaging also security considerations, vis.à-vis the market mechanism, largely represented by the private sector. Although experience with public activity has not been very encouraging economically, also private initiative frequently has proved equivocal. In the Middle East, in the past as well as in the more recent periods, public entrepreneurship has been a widespread phenomenon. Deficiency in,private capital and entrepreneurship, as different from the conditions in the early-industrial western economies, served as an argument for allocation of resources by the State in many countries of the region, such as, for instance, Turkey, Iran, or Egypt. In fact, the very character of centralistic regimes largely dictated this strategy. Already under the Ottoman Empire, in particular under the Young Turcs period during World War I, with regard to Armenian private enterprises, and later on i'D. he countries ment tioned, as well as in Syria and Iraq, central authorities nationalised private foreign and domestic industries. This undercut existing and potential pri-

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vate initiative and investment, and undermined efficiency, rentability and management standards. Intermittemt official attempts at encouragement of private entrepreneurship in industry, remained mostly ineffective until the recent decade, on the heels of the growing tendency to outward-orien. tation and privatization. Despite those recent serious attempts at transition to outward orientation and greater involvement of foreign and domestic private capital, which meantime gained in strength, the economies of these countries are still dominated by extensive state activity. Still, thanks to greater openness ofthe economies and the transition from mandatory to indicative planning, the governments are assuming gradually chiefly co-ordinating tasks and concentrate on public utilities and social welfare, while promoting, through legislation and other incentives, industrial ventures by private, foreign and domestic, and/or mixed enterprises. Regional integration and division oflabour are officially cherished and intermittently even initiated, but so far they have mainly remained in the area ofwishful thinking. Paradoxically, the lopsided distribution ofwealth and resources, which might under genuine integration policies serve the needs ofboth the 'haves' and 'have-nots', through streamlining investments (and not necessarily outright grants), perpetuates the present unsatisfactory state of affairs. In the Middle East, at least in the past, foreign and even domestic entrepreneurs, have looked for quick returns on their investments, largely because of regional instability and the potential threat of expropriation of foreign interests by the domestic authorities (the outstandig example of which was Iran's Mossadeq policies). In the West, during the industrial revolution, entrepreneurs were ready for a gestation period and delayed returns, mostly to be re-invested. The decision-making of would- be-investors in the private sector is done on the basis of the political and economic life-expectancy of the relevant projects. We already referred to the political angle. The economic aspect is reflected in the efficiency and the competitivity of the production unit. The latter can be measured in terms of unit per hour or per worker, and it is usually compared with more efficient western standards. If labour costs are taken into consideration, they make up for lower efficiency, though this compensation may be only partial. Moreover, industrialisation is a dynamic process and forthcoming changes are reflected in several areas, including labour costs, which are on a gradual increase, in nominal terms due to inflation (which, in turn, pushes wage demand up) or in real terms resulting from real growth of industry and the economy at large, as well as from the ongoing organisation of labour and trade unions. The gradually acquired skills and better efficiency performance compensate for the increase in the wage bill, and bring the quality standards of the product closer to those of the more experienced and advanced economies, thus rendering competitivity feasible. Still, even the NTCs are already faced with

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higher wage claims, and therefore growing unit costs, and tend to transfer enterprises to lower-paid neighbours, where advanced labour-intensive industries can be efficient enough, built on semi-skilled and still relatively cheap labour. Capital-intensive modern industry, with adequate and full utilisation of capacity, is labour-saving and may increase the net returns to the entrepreneur. However, in consideration of externalities and dis-economies, this private rentability may also result in a reduction of social income due to possible, at least transitional, increase ofunemployment, including disguised rural enemployment, turning, under new conditions, into an open urban one. Also, some modern ventures replace traditional and small enterprises, possibly leading to a loss of jobs, one of the diseconomies indicated above, reduced national income, and greater burden of social welfare on the shoulders of the government and other public authorities. Dynamic comparative advantage, so important under conditions of limited factor endowments in the region (except for oil in a number of countries) depends on the exploration of new patterns of production functions; on new lines of demand for consumer and capital goods, including greater access to foreign markets to compensate for the limited aggregate domestic demand, and thus to enjoy the benefit of economies of scale; on the application of intermediate, more easily accessible, technology to available resources. All these largely amounts to raising the standards of human resources. The importance of the latter gained wide recognition by all LDCs' development strategists, and the very process of industrialisation undoubtedly contributes to a gradual improvement in these resources. However, the main issue remains setting priorities in overall allocation of rather limited resources of the underdeveloped economy, and balancing of social and economic infrastructure with direct productive activity, as recommended by G.Helleiner (1980). This task mainly belongs to the government, even under conditions of a market economy. An adequate process of industrialisation requires a spirit of innovation, entrepreneurship, efficient management, industrial discipline and upgraded social standards, all of them still in short supply in the developing areas. In the Middle East, the centrality of the State prevails in most countries for a number of reasons. It is largely inherited from the past; it partly stems from a proclaimed ideology of étatism or a specific form of socialism; partly it derives from attempts to block the threat offoreign interest; it tries to offset the deficiency in domestic private entrepreneurship; it provides the resources and the direction of physical and social infrastructure; and, even upon the adoption of the principle of an open market economy, it offers protection for infant and other industries, by means of duties and quantitative restrictions, subsidies or monopolies. The dilemma of State activity is how to minimise its interference with market forces, designed to encourage efficiency and competitivity, and maximise its contribution to the de-

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velopment of human resources through education, training, health facilities, family planning and other social amenities. Perhaps the greatest challange is the upgrading of the quality of the government itself. The case of Japan is instructive with regard to the mutual relations of the public and the private sector (an interesting and relevant instance also for the western economies); however, at the same time, Japan's case points out the critical differences in the mentality, attitudes and capacities of human resources, which in the Middle East, and even more in Africa, have not proved so far a sufficient degree of adaptability to the requirements of modern industrialisation. Political sovereignty in the Middle East, as in many LDCs, preceded an advance in social and economic consciousness, and even if this process has been set in motion, it has not yet proved its irreversibility. Moreover, attempts to skip certain stages of growth by massive mobilisation of national energy and large-scale ambitious projects, frequently ended in failure and frustration. The main bottleneck was the absence or fragility ofthe human capital, in its widest sense, able to support and solidify structural, changes and a truly idustrial society. Footnote on Defence Industry The defence industry, which constituted the nucleus of attempts at modern industrialisation in Egypt and the Ottoman Empire in the previous century, has become a substantial ingredient of contemporary Middle eastern industry. However, major modern weaponry and spare parts are being imported from abroad, and their costs weigh heavily on foreign indebtedness, current accounts and availability of resources for vital consumer and capital imports. The domestic military production does generate employment and linkages, and in some countries even exports, but apart from being largely clandestine and difficult for cost-benefit assessments, it certainly adversely affects alternative uses of resources. For these reasons, we abstain from discussing this sector in the general framework of industrialisation. Statistically, it may be integrated in certain comprehensive industrial data. Z.Y.H.

Philippe GEORGEAIS

LE TEXTILE ALEP lN DURANT LES ANNEES TRENTE
"De tout temps l'industrie du tissage a été l'activité préférée et rémunératrice de l'ouvrier et du capitaliste alépin..."l. ALEP CENTRE TEXTILE EN CRISE

Dans l'entre-deux guerres, Alep est la première ville de Syrie par la taille de sa population, elle est le centre commercial et industrielle plus important du pays, fameux pour son industrie textilé.
Après un déclin engagé au milieu du XIXe siècle, Alep avait retrouvé à la veille de la guerre son dynamisme passé; plus de dix mille métiers traditionnels employaient entre cinquante et soixante-dix mille personnes3. La guerre et l'avènement du Mandat, en coupant la ville de son arrière-pays ottoman, vont porter un coup terrible au textile: "plus de dix mille métiers avant la guerre, cinq mille trois cents en 1928, six mille cinq cents en 192931"\ "plus de soixante mille ouvriers du textile en 1913 mais seulement trente et un mille en 1929,,5; les données fournies par la puissance mandataire à la commission de la S.D.N. en 1929, si elles diffèrent dans l'absolu, traduisent le même déclin: trois mille métiers en 1929 contre quinze mille en 1914, dix mille ouvriers contre quarante mille en 1914; "le nombre des
1) "Industrie du tissage à Alep" inBulletin économique de [a chambre de commerce d'Alep, 1947. 2) Voir: J.C. David, "Alep" inLa Syrie d'aujourd'hui, Paris, 1980; E. Longuenesse "Commentaires sur Hama et Alep" dans les actes du colloque: "Etat, Ville et Mouvements sociaux...", Paris, 1986; P.S. Khoury, Syria and the French Mandate, Princeton, 1987. 3) Les estimations varient énormément d'une source à l'autre, bulletins économiques, rapports officiels de la puissance mandataire, rapports aux services techniques du Haut Commissariat à Beyrouth, articles de journaux; l'une des explications de ces différences tient dans la difficulté d'appréhender une production dont nous verrons qu'un des traits essentiels est son irrégularité. Mais toutes les sources sont unanimes sur un point; le déclin considérable du nombre de métiers et de travailleurs entre 1913 et la fin des années 20. 4) M. Assouad, "Industrie textile à Alep", inBulletin de ['Union Economique de Syrie, n° 14, 10 année, Juin-Septembre 1931 et E. Longuenesse, "L'industrialisation et sa signification sociale", in La Syrie d 'aujourd 'hui, op. cil. 5) "Industries et corps de métiers alépins", in Bulletin de ['union économique de Syrie, n° 7, 8e année, 1929.

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ateliers a décru considérablement même si le bon marché de la main-d'œuvre permet malgré tout à l'industrie de survivre,,6. La crise des années trente touche une ville dont l'activité principale a été durement atteinte durant la décennie précédente; mais le textile y conserve toujours et de loin la première place: en 1931,65 % des ouvriers et artisans sont employés dans le textile et parmi ceux-ci 70 % sont des tisserands? Secteur premier mais qui a subi la perte du marché turc, l'évolution du goût et la faveur croissante en milieu urbain pour le costume européen, les troubles politiques, l'instabilité monétaire... et qui doit affronter la concurrence redoutable des Japonais dans cette deuxième moitié des années vingt. Surtout, le dépècement de l'Empire ottoman a été le coup le plus rude pour une activité largement exportatrice et dont l'Anatolie et les régions turques constituaient le principal marché (avant 1914, 80 % de la production était exportée: 60 % vers l'Anatolie et les régions turques, 10 % en Irak et en Mésopotamie, 10 % en Egypte et en Palestine"s). La "tentation turque", que souligne Peter Slugett, à Alep, après la cession de la Cilicie par la France se comprend dans une ville où près de la moitié de la population vit directement ou indirectement du textile. Au cours de la grande révolte de 1925-26, Alep fait "le choix de la Syrie"9. Dès lors l'artisanat textile alépin organise son développement ou la résistance à son déclin, dans le cadre nouveau de la Syrie mandataire. Fort de son savoir-faire, dans le cadre de ses structures traditionnelles, Alep redéploie son activité exportatrice, notamment vers la Palestine où les produits syriens sont admis en franchise et où un marché en expansion devient le débouché principal pour les producteurs syriens; la vi11econtinue de vendre à des clients traditonnels, Egypte, Irak, Hedjaz et l'on voit des tissus alépins toucher des pays lointains comme Java! Mais ce dernier exemple relève de l'anecdote tout en témoignant du souci de vendre à l'ex-

térieur qui anime les patrons du textile 10.
TRADITIONS ET INNOVATIONS Des innovations sont introduites, "des moteurs à huile lourde et électriques... des métiers mécaniques", mais les méthodes de production comme les rapports de production restent traditionnels et en 1947 Alep comptera encore six mille métiers à bras à côté de mille cents métiers mécaniques, l'ensemble occupant vingt-cinq mille ouvriersll.
6) Rapport à la Société des Nations sur la situation en Syrie et au Liban en 1929. 1931. 7) Bulletin de l'U.E.S, na 14-15, Juin-Septembre 8) Idem. 9) P. Slugett, "Urban dissidence in mandatory Syria", actes du colloque: "Etat, Ville et Mouvements Sociaux au Maghreb et au Moyen-Orient" -Colloque C.N.R.S-E.S.R.C, 23-27 mai 1986, Paris, l'Harmattan, 1989. 10) Sur la capacité de résistance de l'artisanat, voir D. Chevallier, "Un exemple de résistance technique de l'artisanat syrien aux XIXe et XXe siècles. Les tissus Ikatés d'Alep et de Damas" in Syria n° 39 (1962). Il) Art. Bulletin économique de la chambre de commerce d'Alep. op. cit.

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Des artisans travaillent dans des ateliers familiaux où la femme prépare la trame que tisse son époux; des ateliers regroupés dans des bâtiments à cour carrée au cœur de la ville (Qassiryâ) sont le cadre où des ouvriers et des artisans travaillent "à la pièce" une matière première fournie par leur patron. Entre le patron et l'employé, un intermédiaire: le contremaître ou "rayes" continue de jouer un rôle durant toute la période, mais de plus en plus difficilement, compte tenu des rapports qui iront se dégradant entre fournisseurs de travail et travailleurs12. Un patron peut faire travailler plusieurs centaines d'ouvriers réunis dans un "Qassiryâ". (cf. notes de la Sûreté d'Alep à la Sûreté générale à Beyrouth : "le 24.1.1935, 300 ouvriers travaillant au service de Yahia Kadid se sont mis en grève.." " le 11.10.1931, cent tisserands au service de Ahmed Namouneh, quartier Kadi Ascar, se sont mis en grève..")13. Quelques établissements modernes sont établis à partir des années 1927 -1928: "sept pour le tissage et huit pour le tricotage en 1930, neuf pour le tissage et sept pour le tricotage en 1931", mais ces établissements" ne présentent pas le caractère moderne de grandes usines,,14.Le nombre d'employés y est souvent réduit, ainsi dans la fabrique dont une note de la sûreté au début du mois d'août 1936 nous apprend que "les quarante ouvriers, majoritairement arméniens, se sont mis en grève contre une baisse de 25 % de leur salaire...". La seule exception notable est la Société Syrienne de filature et tissage, société anonyme constituée en 1933 pour une durée de cinquante ans, qui apparaît dans la liste des principales sociétés anonymes du Bulletin de la Banque de Syrie et du Liban en 1938. Elle est fondée par un groupe d'industriels parmi lesquels le Dr Kayyali, leader du Bloc Nationaliste et futur ministre de la Justice et de l'Instruction du gouvernement formé en 1936, qui en est le vice-président. L'usine, située rue Ain El TaI à Alep est achevée au second trimestre 1936 et fonctionne à plein en 1937 ; elle compte 5.000 broches et c'est un établissement que l'on peut comparer à l'usine libanaise "Arida Brothers" de Tripoli (11.000 br.).
12) Le rapport à la S.D.N. sur l'année 1937 donne un aperçu de l'organisation professionnelle des tisserands d'Alep "consacrée par la tradition" : "...les patrons se concertent sur les questions intéressant leur industrie. Les tisserands, de leur côté, ont des chefs (rayes) qui connaissent et les coutumes et les conditions particulières convenues pour l'exécution du travail. Quand un ouvrier est en conflit avec son patron, il s'adresse à son rayes et le charge d'aller plaider sa cause; si la plainte de l'ouvrier est justifiée et que le patron s'obstine à ne pas lui donner satisfaction -ce qui est assez rare.- le rayes en informe tous les tisserands travaillant pour le compte de ce patron; le travail est arrêté aussitôt; les chaînes sont coupées et restituées... aussi le rayes est-il craint des patrons. Le rayes ne travaille pas sur le métier; son rôle se borne à visiter les tisserands et à leur demander s'ils n'ont pas de sujet de plainte. Les rayes sont au nombre de huit à Alep; ils ont un chef, cheik-el-rias. Ils n'ont pas de bureau, mais ils entretiennent une permanence dans un café de la ville. Ils perçoivent des ouvriers une taxe d'un franc par mois; mais la majeure partie ne paye pas ou ne paye qu'un mois sur trois.", pp. 27-28. . nous verrons que cela devient de plus en plus fréquent! 13) Notes de la süreté d'Alep à la süreté générale de Beyrouth. Fonds Beyrouth, Cabinet politique du Haut-Commisariat, cartons na 1545 et 1546. Archives M.À.E. Nantes. 14) Rapports à la S.D.N, 1930 et 1931.

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Comme cette dernière, elle adjoindra un atelier de tissage pour travailler les filés de coton produits (200 métiers à tisser, les frères Arida avaient installé 350 métiers). Le succès de cette filature est suivi de l'installation d'une seconde avant la guerre: la société des Entreprises industrielles Chabarreh et Hammani. Une usine d'encollage de soie artificielle est créée (en 1938, le capital de la Société Syrienne de filature est de 100.000 fT. or, 50.000 actions de 2 fT. or avec 7 % de la valeur nominale de l'action distribuée en dividende en
1938)15.
.

Mais cet établissement reste marginal dans un ensemble dont le trait dominant est le caractère artisanal, à l'image de l'ensemble des activités secondaires à Alep: "en 1937, Alep compte 6.665 ouvriers dans des industries dites "modernes" contre 38.005 ouvriers et artisans dans les vieilles industries,,16. J. C. David rappelle qu'en 1938 près des trois-quarts des tissus produits est le fait de métiers manuels, et qu'en 1955 les structures auront peu évolué17. Les artisans dépendant d'un patron, mais propriétaires de leur outil de travail, ne disposent pas dans la plupart des cas des sommes suffisantes pour investir et innover, innovations pourtant limitées et s'inscrivant dans le cadre traditionnel de l'atelier. L'usage de la navette volante lancée de droite et de gauche par une corde que tire le tisserand tend à se généraliser, quelques métiers modernes apparaissent (une vingtaine achetés à Lyon en
15) BuJletins de la Banque de Syrie et du Grand Liban, de 1930 16) Rapport à la S.D.N 1937, pp. 218-219 :
à 1939

(buJletins

annuels).

nbre artisans et ouvr. hommes Vieilles industries 44.889 25.527 1913 Vieilles industries 38.005 24.227 1937 3.869 Industries nouvelles 6.665 1937 Musulmans Chrétiens Vieilles industries 34.255 10.352 1913 Vieilles industries 25.828 11.605 1937 4.029 5.576 Industries nouvelles 1937 Par centre de Travail à l'atelier à domicile Vieilles industries 34.364 10.525 1913 Vieilles industries 32.480 6.525 1937 17) J.C. David, op. cit.

femmes 9.390
4.780 1.356 Israelites 312 572 60

enfants 9.972
8.998 1.440 Autochtone 44.349 30.727 4.522

rémunération journée tâche 16.228 28.661
16.251 3.225 21. 754 8.440 Immigrès 540 7.228 2.143

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1928...), dans les tissus genre Jacquard l'usage du carton troué utilisé dans les métiers mécaniques remplace le gamin qui tirait les fils à la main pour les nouer... on voit les limites de la "modernisation" au début des années trente. Les mécaniques modernes sont d'ailleurs souvent fabriquées sur place par des artisans menuisiers (une anecdote révélatrice: en 1938, un fileur arménien se plaint auprès des autorités françaises du comportement de ses collègues musulmans qui ont bloqué chez un artisan menuisier un "bobinoir moderne" qu'il a déjà payé 3.000 F. Dans une période de crise, les autres fileurs par la menace contraignent le fabricant à ne pas honorer son contrat; anecdote révélatrice des limites de l'innovation et aussi de tensions entre communautés dans des périodes difficiles). En 1928, l'installation d'une centrale électrique par la "société d'électricité d'Alep" permet la diffusion de moteurs électriques entraînant les mécaniques, mais l'étude de la consommation d'électricité à Alep montre que celle-ci est plus le fait de particuliers que d'établissements ou d'ateliers (la consommation / abonné tend à baisser durant la période)18. C'est dans le cadre de structures peu transformées que l'industrie alépine entreprend la conquête de marchés extérieurs et la conservation des marchés syriens. Mais en 1928 les tisserands n'exportent plus que 36 % de leur production, 240.000 fT. or sur 650.000 fT. or19. Le marché palestinien, nous l'avons dit, va être le débouché privilégié pour les produits syriens et notamment textiles, dès 1929 la Syrie fournit 31 % des tissus importés en Palestine et elle occupe le second rang des importateurs juste après l'Egypte et au même niveau que l'Angleterre. Ce marché privilégié, le premier pour la Syrie, ne sera pas sans risque compte tenu des problèmes internes de la Palestine2o. EVOLUTION DE LA PRODUCTION L'adaptation de la production à une situation de crise va passer par l'utilisation de nouvelles matières premières, ainsi la soie artificielle qui permet de produire à bon marché des tissus pour une demande locale et populaire et qui est utilisée dans la confection des tissus en soie et coton traditionnels. L'utilisation de la soie naturelle régresse irrémédiablement; l'impératif est de produire aux prix les plus bas.

L'analyse quantitative de la production (cotonnades-tissus traditionnels en soie pure ou mélangée, "hatatas"et "lafahas"-tissus"sayatte",chaîne
18) Archives M.A.E. Nantes, fonds Beyrouth, cabinet politique, service sociétés concessionnaires, carton 379. nOS, 8e année, 1929. 19) Bulletin de l'UES, 20) E. Achard, "Etats sous mandat français et commerce palestinien", in B.U.E.S, n° S, 8e année, 1929.

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en soie pure puis essentiellement artificielle...) à partir des Bulletins économiques mensuels des Etats sous mandat français permet de mettre en évidence une période de récession de 1926 à 1934 : pour les cotonnades, au second trimestre 1934 le point le plus bas est atteint, puis une courte période de reprise où on ne retrouve pas les niveaux passés et à partir du troisième trimestre de l'année 1937 à nouveau une récession. Le fait remarquable est l'essor de la production des tissus en soie artificielle produits sur des métiers traditionnels à partir du second trimestre de 1934, la soie remplaçant alors le coton comme matière ouvrée; cependant cette production conserve un caractère essentiel du métier alépin : son extrême irrégularité et sa dépendance à l'égard d'un marché instable et sensible aux aléas (bonne ou mauvaise récolte, troubles politiques...). La fabrication de crêpes de Chine sur des métiers mécaniques ne cesse de progresser durant toutes les années 1930, lentement jusqu'en 1936 avec, durant cette année, un recul aux deux premiers semestres dû aux événements de Palestine, de façon remarquable à partir de la fin 1936 ; utilisation de tissus bon marché et mécanisation constituant une réponse à la crise. On note aussi le développement de la production d'articles de bonneterie (bas et chaussettes en soie artificielle) et de confection (jerseys, blouses, pulls) en coton, soie artificielle et coton mélangé, soie artificielle; ces articles entraînant une demande qui soutient l'activité des tissages à la fin de la période. La production des "Aghabani" (pièces de tissus pour les turbans), tissus traditionnels dont Alep avait la quasi-exclusivité au Moyen-Orient, est en déclin dès 193021. Les années trente, si l'on s'en tient à la quantité de tissus produits, ne marquent pas un recul et deux phases peuvent être mises en évidence, avant et après 1934. Mais le fait majeur est la substitution de produits "pauvres" à des matières plus nobles. Le tisserand payé à la pièce va faire les frais de cette évolution, contraint de produire plus dans un marché appauvri, le résultat sera double: baisse du nombre des producteurs et baisse du revenu de ceux qui restent en activité. Dès avant la crise du début des années 1930, il faut souligner que c'est l'ouvrier qui subit les fluctuations de la demande: l'activité des métiers d'un mois sur l'autre, d'une année sur l'autre, se caractérise essentiellement par son irrégularité (ainsi en 1926, 2.200 métiers en activité en janvier, 6.000 en août; en 1927,58.000pièces de cotonnades "ghazlié" tissées en mars, 18.000 en juillet, 12.000 en décembre... 6.500 en décembre 1928...). Cette irrégularité, cette instabilité de la demande sont gérées par le patronat alépin grâce aux structures de la production, grâce à

21) L'ensemble des données qui nous ont permis de présenter cette évolution de la production textile à Alep proviennent du dépouillement des chiffres offerts par les "Bulletins économiques mensuels (puis trimestriels) des Etats sous Mandat Français". Les courbes annexées à cet article sont construites à partir de ces statistiques qui doivent évidemment être prises avec beaucoup de réserves mais qui ont le mérite de nous faire appréhender des tendances.

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une surcapacité de production qui se traduit par un sous-emploi d'une nombreuse population artisanale, la pénurie de travail étant partagée par les artisans dans le cadre de structures collectives (difficile d'apprécier dans un tel contexte l'ampleur du chômage qui dépasse de toute façon les évaluations officielles..). Cette souplesse de la production alépine ne suffira cependant plus lorsque la Syrie est touchée par la crise mondiale, lorsque des politiques protectionnistes se mettent en place et que les tissus asiatiques envahissent le marché moyen-oriental. Le déclin atteint le point limite, l'insupportable, pour les artisans en 1932 ; leur faculté d'adaptation et la dégradation de leur niveau de vie ont assuré jusque-là la survie du textile alépin, quand survient la crise de 1932. MOUVEMENTS SOCIAUX, RAPPORTS DE LA SURETE D'ALEP Les rapports de la sûreté générale d'Alep à la sûreté de Beyrouth, transmis au cabinet politique du Haut-Commissaire, constituent une source précieuse pour prendre la mesure des effets de crise. Trois cartons du fonds Beyrouth aux archives du M.AE. à Nantes regroupent les notes transmises par les différents agents de la sûreté des territoires sous mandat22. Tous les mouvements sont étudiés dans le détail à partir de 1930 ; pour la période allant de l'occupation française à la fin de l'année 1929, un relevé chronologique sommaire des différents mouvements, des causes, du déroulement et des résultats est présenté. Jusqu'en 1929, une dizaine de mouvements de grève sont signalés dans le secteur textile, le plus touché par les mouvements sociaux qui y prennent la forme la plus dure (15 jours de grève des tisserands d"'aladja" en mai 1926, augmentation de 40 % obtenue; grève des ouvriers travaillant pour le patron Mahmoud Yahia du 11.1.1927 au 8.4.1927, augmentation de 5 % obtenue...). Ces mouvements aboutissent généralement à une solution de compromis où les "rayes" ou contremaîtres réussissent à obtenir satisfaction. Ainsi en 1930, les tisserands alépins se mettent en grève en février pour protester contre la dépréciation de leur salaire; celui-ci, payé en monnaie d'argent, subit la dépréciation du "medjidié" par rapport à la £T. or ; après deux jours de grève ils obtiennent le paiement de leur salaire sur la base de 13 medjidiés la livre turque-or (cette dernière ayant atteint la valeur de 16,5 medjidiés au 17 janvier... Rappelons que c'est seulement au

22) "Mouvements sociaux et grèves", Fonds Beyrouth, cabinet politique du Haut-Commissariat, cartons 1545, 1546, 1547, Archives, M.A.E. Nantes. Une abondante documentation constituée par les notes au jour le jour, les rapports hebdomadaires, les télégrammes, les communications téléphoniques transcrites, provenant des agents de la sareté ou des services de renseignements â destination du Haut-Commissariat â Beyrouth, est contenue dans ces trois cartons, que nous avons largement utilisés pour analyser les conséquences de la crise sur le textile alépin. Cette source est particulièrement intéressante dans la mesure où les agents de la sareté sont fort attentifs â tout événement susceptible de "troubler l'ordre public". La sareté d'Alep a son propre service de renseignements mais recourt également aux sources de la Police. Les notes des services de renseignement (SR) constituent une faible part de ce fonds.

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mois de juin 1932 que patrons et ouvriers se mettront d'accord pour que les salaires soient payés en livres libano-syriennes à Alep). L'année 1930 va marquer un tournant avec des mouvements sociaux qui prendront désormais une forme plus radicale où l'intransigeance patronale altère l'efficacité des structures traditionnelles où se réglaient les conflits; avec la baisse des prix, les mouvements de grève sont provoqués par des tentatives patronales de baisse des salaires; du 4 juin au 7 juillet un mouvement de grande ampleur contre une baisse des salaires amène 2000 ouvriers à cesser le travail. L'ampleur du mécontentement et les risques de troubles provoquent l'intervention du chef de la police qui participe aux négociations ouvriers-patrons, qui doivent alors composer. LA CRISE DE 1932 Mais c'est en 1932 que les effets de la crise sur le textile sont révélés spectaculairement. Dès le mois de juin, des troubles se produisent à propos du paiement en £LS des salaires, et le 19 cinq mille grévistes sont dans les rues d'Alep, des menaces sont proférées contre des "jaunes" qui continuent à travailler dans un "Qassiriya" ; là encore, sous la pression de la police et pour éviter de graves désordres, les patrons s'engagent à respecter les accords signés. C'est dans ce climat tendu qu'éclate la crise d'août 1932 : elle sera l'occasion d'un répit entre patrons et ouvriers et un front uni se constitue alors "contre la concurrence déloyale Japonaise commencée il y a trois ans sur les cotonnades: le "dull" a chassé le "dîma" .et toutes ses variétés, il a tué cinq mille métiers à Alep". Cette concurrence touche désormais les tissus de soie artificielle et l'annonce d'un renvoi à Beyrouth de popeline "surpris en Egypte par l'élévation des taxes douanières" entraîne un lock-out par les patrons alépins. Le chef de la sûreté à Alep rapporte le 10 août "qu'un tisserand qui touchait 15 F pour une pièce tissée avec l'aide de sa femme en douze heures de travail ne recevait plus à la veille du lock-out que 4 F, et 4 F même pour de pauvres gens sont insuffisants, encore ce maigre salaire a-t-il disparu depuis quelque temps...". Les patrons alertent le Haut-Commissaire Ponsot : "Nous vous supplions d'avoir pitié des 20.000 artisans pressés par la faim et d'éviter une catastrophe en édictant immédiatement des mesures tarifaires assurant la protection, etc". La situation est grave, "des risques d'émeutes.. de troubles de l'ordre... une solution hâtive s'impose", constate le chef de la sûreté dans son rapport du 10 août. Dans les faits, compte tenu de la gravité de la crise, il y a peu de désordres ; six tisserands seront déférés au parquet durant ce mois d'août à la suite de violences contre des marchands de tissus japonais (tissus lacérés) qui se produisent le 8 août: trois sont condamnés à huit mois de prison,

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deux à six mois et un malheureux tisserand est condamné à sept jours de prison pour... avoir mangé du pain pillé dans une boulangerie! Pendant cette crise, patrons et riches de la ville mettent en œuvre la solidarité avec les tisserands, dons de farine, quêtes organisées, la charité est une des réponses à la crise et un moyen d'éviter qu'elle ne dégénère. La ~auvaise administration de la puissance mandataire est dénoncée et les autorités françaises vont s'inquiéter du parti que les nationalistes pourraient tirer de la situation, l'activité du Dr. Kayyali étant plusieurs fois soulignée dans les rapports de la sûreté durant le mois d'août. ." LE MANDATAIRE ET LA CRISE La France va réagir très rapidement et dès le 11 août un arrêté est pris par le Haut-Commissaire afin de protéger les "tissus et autres ouvrages en soie artificielle, pure ou mélangée", suivi le 25 août de nouvelles mesures sur les tissus de coton et filés de coton dits "job" (les filés "job" étaient des filés de médiocre qualité faiblement taxés, des importateurs utilisaient cette dénomination pour faire entrer du fil de coton sans avoir à payer de fortes taxes; cette mesure fut prise en partie pour protéger la filature "Arida" évoquée précédemment). La réaction est d'autant plus rapide qu'elle est faite avec le souci de "ménager l'exportation française en établissant un tarif spécifique"22. Le Haut-Commissariat prend donc des mesures "pour empêcher les exportateurs japonais de soieries de submerger le marché syrien, élévation des droits de 25 à 50 %, puis pour protéger l'industrie co~onnière sans compromettre la filature, élévation des droits de 25 à 40 % et suppression de la nomenclature des filés dits "job"... les répercussions sur l'industrie française ne sauraient être que minimes en raison de la place malheureusement réduite que la France OCCUpe"22. La France donne partiellement satisfaction au patronat alépin, d'autant plus rapidement que le maintien de l'ordre est en jeu, que les discours nationalistes reçoivent un écho favorable (durant les manifestations d'août la société d'électricité d'Alep est mise en cause et la presse syrienne insiste sur le manque d'intérêt manifesté par la France aux souffrances du peuple) et que... les intérêts français ne sont pas lésés. En 1931 les importations de cotonnades en piastres libano-syriennes proviennent:

- Japon - Angleterre - Italie - Tchécoslovaquie: - Belgique - France - Autres

: 239.455.108 : 233.044.354 : 138.740.366 27.569.117 : 21.882.027 : 13.554.485 : 34.219.876

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Le secteur cotonnier français occupe effectivement une placè modeste dans un marché qui ne lui est pas "réservé,J23. C'est par une politique classique de modification des droits à l'entrée que la France manifeste son attention aux problèmes de l'industrie alépine, politique à courte vue dont les limites apparaissent immédiatement avec la fermeture du marché égyptien du fait de l'élévation des droits et de la concurrence japonaise qui s'y fait plus dure encore, ajoutons l'entrée en contrebande des tissus étrangers par la Transjordanie et la perte substantielle de consommateurs bédouins pour compléter cette appréciation réservée des mesures prises24. Mesures qui mécontentent d'autres secteurs d'activité dans les territoires français du Levant; ainsi les sériciculteurs libanais dont la production régresse irrémédiablement et qui s'inquiètent de mesures de rétorsion (le Brésil vient d'élever ses droits sur la soie) et reprochent aux industriels alépins d'avoir délaissé la soie naturelle pour tisser des fils importés. La presse libanaise se fait l'écho de ce mécontentement en se démarquant de celle de Damas ou Alep qui, tout en relevant le caractère tardif de ces mesures, n'en souligne pas moins l'utilité25. Ces mesures sont aussi l'occasion de quelques opérations spéculatives dénoncées par le journal Le Commerce du Levant qui souligne "qu'un curieux hasard a vu les commerçants d'Alep enlever à Beyrouth 80.000 pièces de Dull à la veille de la promulgation de l'arrêté du 11.8,,26.Le délégué du Haut-Commissaire à Damas, dans une lettre du 2.9.1932 à la délégation générale à Beyrouth, souligne "le côté fâcheux de l'insinuation..et..fait troublant... ce n'est pas la première fois que ce genre de délit se produit". De fait, aucune mesure n'est prise pour remédier aux causes profondes de la crise du textile révélées à l'été 1932 : archaïsme des méthodes de production, incapacité pour un secteur tourné vers l'extérieur d'échapper aux conséquences des mesures protectionnistes prises durant la dépression qui touche le monde entier, étroitesse d'un marché syrien et libanais qui se rétracte. Alep est doublement handicapée, par la structure de sa production et par la conjoncture mondiale.

23) Lettre du Haut-Commissaire à Diplomatie Paris, 6.8.1932. 24) Délégué général du H.C. â son excellence le Président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères, 2.9.1932. 25) Rapport à la S.D.N. pour l'année 1931. 26) Rapport du Congrès des chambres de commerce de Syrie et du Liban, tenu en mars 1933, qui souligne les différences tarifaires entre les territoires sous mandats français et anglais: Syrie tarif/valeur Palestine cabot japonais et cotonnades anglaises 40% 17% 40% satin et doublures 12% drill et oxford 40% 12%

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Les rapports des autorités françaises insistent souvent sur le fait que la crise touche moins lourdement l'économie levantine parce que les activités y sont traditionnelles; l'exemple alépin démontre le contraire, et l'on pourrait citer, pour confirmer notre propos, l'impact négatif des fluctuations monétaires durant les années trente:

- en 1931 la dévalorisation de la livre sterling a handicapé les exportations syriennes face à des produits anglais, égyptiens et japonais rendus plus compétitifs;
- en 1936 les dévaluations successives du franc ne profitent pas aux exportations alépines dans un espace où des barrières douanières se sont élevées, mais elles entraînent une élévation du coût de la vie provoquant un resserrement du marché intérieur.
Dans ce contexte, le mandataire n'a pas contribué à moderniser et à rendre compétitive la production syrienne, sinon par des mesures de franchises douanières accordées au matériel industriel de première installation, mais dans l'industrie, comme dans les autres secteurs, le principal handicap sera le manque de capital (cf. les limites de l'extension de la culture du coton malgré l'intérêt un moment porté par l'association cotonnière coloniale et le textile mulhousien ; un effet bénéfique toutefois avec le développement de la variété américaine "lone star" qui remplace le coton "baladi" de moindre qualité, mais il est notable que ce projet cotonnier ne se soit pas développé autour du pÔle alépin mais dans le territoire alaouite; contraintes d'ordre physique? Sans doute, mais l'économie de ce projet prenait-il en compte l'intérêt du premier centre textile du pays ?i7. PATRONS ET OUVRIERS FACE A FACE: TENSIONS ACCRUES La puissance mandataire va laisser face à face les patrons et les ouvriers et ceux-ci, dans une production qui fait le choix de produits à bon marché, vont payer le prix de l'adaptation à la nouvelle conjoncture. Après le bref intermède consensuel de l'été 1932, les tisserands devront affronter des tentatives patronales de réduction des salaires; le 8 décembre 1932, deux mille tisserands sont en grève pour protester contre la décision de baisser de 10 % les salaires. Le consensus n'aura duré qu'un été. Les années trente furent marquées par une intensification des luttes entre patrons et ouvriers et les notes des services de sûreté et des services policiers permettent d'en dégager certains traits caractéristiques. Le secteur le plus touché est celui du tissage où les producteurs, tout au long de la période, verront le prix de leur

27) Le rapport ci-dessus où les chambres de commerce proposaient une série de mesures pour remédier à la crise fut transmis au Haut-Commissaire le 26.5.1933 ; la réponse du secrétaire général J. Helleu est édifiante quant à l'état d'esprit des autorités françaises et à leur souei de prendre en compte les intérêts locaux: "J'ai le regret de devoir vous informer qu'il m'a été impossible d'en assurer la remise à sa haute destination, car un Haut-Commissaire de la République Française ne reçoit, de qui que ce soit, d'injonction comminatoire l", fonds Beyrouth, carton 717. M.A.E. Nantes.

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travail remis en cause par les patrons: juin 1930 ; janvier, avril, octobre 1931 ; 1932; mai 1934 ; février 1935 ; mars, avril 1936 ; mars 1937; mars, octobre 1938; juillet 1939...
Ces mouvements concernent parfois un ou deux patrons, mais mettent souvent en jeu une large partie des tisserands; du 9 au 15 mai 1934, quatre mille tisserands protestent contre une baisse de 20 % de leur salaire, que les patrons justifient par un état de surproduction; en 1938, du 5 au 9 mars, puis en octobre, ils sont trois mille en grève, contre la décision de baisser de 30 % les salaires, "comme chaque année suite à la saison morte et à la crise économique" note le chef de la sûreté. De fait, le scénario se répète avec une remarquable régularité: annonce de baisse-menace de grève-baisse-grève-négociations où souvent l'ancien salaire est maintenu mais où parfois le patron impose son point de vue (ex: en avril 1936, baisse de 10 %). Ces jours chômés permettent aux patrons d'écouler leurs stocks, en gérant d'une certaine façon la surcapacité de production du textile alépin. Cette stratégie patronale de pression sur le travail, ce comportement intransigeant (des accords, à peine signés, sont souvent dénoncés: ainsi, en 1938, après que les mouvements aient pris un tour particulièrement violent avec de véritables émeutes de la faim à Alep, des souks sont pillés, les patrons à la demande des autorités gouvernementales et de membres du bloc nationaliste, inquiets de la tournure des événements, signent des accords le 9 mars.. qu'ils dénoncent un mois plus tard I). Ce comportement n'est pas sans risque, car il entraîne une prise de conscience ouvrière. Jusqu'en 1935-1936, les agents français sont surtout attentifs à l'activité des nationalistes et Alep est une ville où le Bloc Nationaliste a acquis de fortes positions et les Alépins Hananu, al-Jabiri et Kayyali sont des personnalités marquantes du mouvement nationaliste; les obsèques de Hananu en novembre 1935 et les manifestations de janvier 1936 témoignèrent de cette influence. P. Slugett fait cependant remarquer que dès ces manifestations de janvier les leaders nationalistes eurent du mal à contrôler certains débordements28. A partir de 1936, après la constitution d'un gouvernement dirigé par al-Jabiri (où Kayyali est ministre), avec l'aggravation de la situation du fait des dévaluations du franc, les rapports de la sûreté accordent une place de plus en plus importante à l'activité des communistes alépins. Les Français avaient essayé de développer des pratiques corporatistes en favorisant la création d'associations professionnelles où se retrouveraient tous les membres d'un même métier; ils cherchèrent à favoriser l'élection de modérés aux bureaux de ces associations.

28) P. Slugett, lac. cit; voir aussi P.S. Khoury

"Syria and..".

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Ils furent doublement déçus, d'une part, parce que dès la fin de l'année 1935, à la suite de la publication du décret n° 152 sur les associations professionnelles, les nationalistes menèrent une intense campagne à Alep pour occuper ces bureaux, d'autre part, parce que le projet corporatiste était irréaliste compte tenu des rapports existant entre patrons et ouvriers et l'exigence des ouvriers était que se mettent en place de véritables syndicats29. DEFENSE OUVRIERE : SYNDICATS Les hausses de prix à la fin de 1936 -le prix du pain augmente de 50 à 100 %- provoquent une radicalisation de la situation. En avri11937, dans un Qassirya du quartier Askol, mille ouvriers tisserands de métiers mécaniques (le secteur le plus moderne) et des contremaîtres du métier décident de constituer un syndicat des tisserrands. Des militants communistes sont chargés d'en établir les statuts. Face à ces mouvements ouvriers, l'attitude des nationalistes est ambiguë et les liens entre le patronat et des leaders du Bloc déterminent des politiques partisanes; le souci de maintenir l'ordre amène le gouvernement al-Jabiri à interdire les syndicats à Alep. Cette décision ne semble pas avoir fait l'unanimité (si on se fie au rapport du délégué français du Haut Commissaire à Damas qui souligne les réserves du Dr. KayyaIi quant à l'opportunité de cette mesure). L'épreuve de force est néanmoins engagée et trois syndicats à Alep maintiennent leur siège ouvert: l'union des tailleurs, l'union des cordonniers et celle des tisserands de métiers mécaniques; des interventions policières enveniment un climat tendu et le 2.10.1937le gouvernement doit céder. La détérioration des relations entre une partie de la population et le Bloc nationaliste se traduit par des tensions au sein de celui-ci; un exempie: un raid contre des fours de boulangers est mené le 9.10.1937 par un chef de quartier nationaliste d'Alep contre l'avis des dirigeants du Bloc (note sûreté d'Alep 9.10.1937). L'éditorial du journal alépin Nazip, quelques mois plus tard (10.3.1938), rend compte de la situation: "Alep est un centre de tissage de
29) Nous avons noté l'organisation particulière des tisserands alépins, qui n'est plus satisfaisante en 1937 pour une partie d'entre eux, qui vont réclamer la mise en place de véritables syndicats. Quant aux associations professionnelles établies conséquemment au décret de 1935, le rapport à la commission des mandats de 1937 en dresse le tableau suivant: "La corporation, sous le régime ottoman groupait les patrons et leur permettait de veiller aux intérêts et au bon renom de l'industrie...l'association professionnelle a détruit tout cela, car ses membres sont recrutés parmi toutes les personnes exerçant un même métier; le patron et son ouvrier en font, par conséquent, partie au même titre et jouissent,des mêmes droits. Dans ces conditions et comme il fallait s'y attendre la prépondérance des ouvriers a mécontenté les patrons qui se sont tenus à l'écart. Les réunions de ces associations ne diffèrent guère aujourd'hui des réunions syndicales des ouvriers en France..", p. 27.

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10.000 métiers avec 50.000 ouvriers-tisserands, apprêteurs, remetteurs, etc., les ouvriers et leurs familles représentent près du tiers de la population et ce tiers est entre les mains de quelques centaines de patrons arbitraires" (le rapport à la Société des Nations pour l'année 1937 recense cinquante patrons tisserands et dix mille ouvriers tisserands). L'évolution des relations patrons-ouvriers résulte de la dégradation des conditions de vie des travailleurs, tout au long de la période mandataire mais plus particulièrement dans les années trente avec une aggravation de la situation à partir de septembre 1936, moment où la monnaie française est dévaluée. Les statistiques des autorités mandataires sont édifiantes; dans le rapport à la S.D.N. de 1937 nous pouvons lire les lignes suivantes: "L'étude qui a été faite dans diverses régions de la Syrie et du Liban permet d'mdiquer avec une approximation suffisante, les proportions dans lesquelles s'est modifié le prix de la vie depuis la fin du régime ottoman et d'examiner si la pro~ression des salaires a évolué parallèlement à l'augmentation du cout de la vie".
Décembre 1913 montants globaux des dépenses mensuelles d'une famille ouvrière Décembre 1937

à Beyrouth à Damas à Alep à Beyrouth à Damas à Alep

70,60 F or 64,65 " 58,55 " 3,24 F or 2,96" 2,45 "

663,20 F 505,60 " 502,60 " 14,00 F 10,70 " 10,50 "

salaires moyens

"Il s'ensuit que pour une même quantité de denrées de première nécessité et de qualité égale, l'ouvrier devait travailler en 1913 : 58,55:2,45 ==23,89 jours en 1937: 502,60:10,50 ==47,86 jours." Ces données qui ne prennent en compte, ni la taille des familles qui pouvait varier, ni surtout le fait que le travail se fait de plus en plus rare (jours chômés), montrent que le pouvoir d'achat ouvrier a au moins diminué de moitié et l'année 1937 fut catastrophique, puisque le même rapport indique que "en prenant l'indice 100 pour la période annuelle ayant précédé la dévaluation de septembre 1936, on atteint un indice du coût de la vie de 204 à Alep, tandis qu'entre ces deux dates les salaires n'ont pas bénéficié de relèvements supérieurs à 12,5 %" (en fait à Alep les tisserands ont dû se battre contre des baisses de salaire). Triste bilan du mandat, période noire pour le monde du travail qui, par ses sacrifices, assura la survie d'un secteur où l'innovation fut marginale et

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consacrée à un accroissement de la productivité de biens "bons marché", dont le travail était de moins en moins rémunéré; l'abondance de la maind'œuvre immigrée (3.000 arméniens et 6.480 syriaques à Alep en 1937), était un frein à l'innovation en offrant au patronat la possibilité de faire pression sur les salaires pour maintenir ses profits. Il est d'ailleurs significatif que durant cette période les ouvriers fileurs, peu nombreux, engagèrent des luttes pour obtenir des hausses de salaire, tandis que leurs camarades tisserands luttaient contre des baisses, significatif que le secteur de la filature fut aussi celui où des formes véritablement modernes de production apparurent; les patrons doivent composer avec les travailleurs d'un secteur où il n'existe pas de surcapacité de production, et ils s'adaptent en modernisant la production. Ailleurs le patronat poursuit une politique rigoureuse avec l'appui des autorités (cf. notes de la sûreté d'Alep -"29.4.1938 : le directeur de la Police a convoqué les patrons des syndicats professionnels pour les prévenir de grèves possibles début mai et leur a conseillé la fermeté et le licenciement des fauteurs de troubles, les assurant de sa protection -20.6.1938 : le Mohafez convoque le directeur de la Police et lui transmet de sévères instructions à propos de la tenue de réunions non autorisées, attirant son attention sur les ouvriers et notamment sur les ouvriers communistes"). Ce comportement des autorités rend la position des militants du Bloc Nationaliste difficile à tenir dans une ville sinistrée économiquement, et ils sont amenés à donner des gages; ainsi, au début du mois de février 1938, c'est dans le bureau du Bloc et sous la présidence d'Hassan Fouad qu'une assemblée se réunit pour former une union des syndicats ouvriers à l'instar de celle de Damas; et c'est un communiste, président du syndicat des cordonniers, qui est élu... (à l'issue de cette élection, le P.c. déciderait à Alep de collaborer avec le Bloc Nationaliste -note du chef de la sûreté, 4.2.1938). -Les années trente ne furent pas marquées par une "industrialisation" du secteur textile, le marchand-entrepeneur continue à faire travailler "une série d'artisans dans une production marquée par l'individualisation du geste productif'30 (deux métiers ne se réunissent pas dans une même main, dit le proverbe syrien). Les formes modernes de production étaient limitées à des secteurs marginaux où le faible nombre d'artisans et l'éventualité de profits incitèrent des capitalistes alépins à investir. La production textile alépine resta intégrée aux circuits commerciaux internationaux, mais dans des conditions qui s'étaient dégradées après 14-18 et qui s'aggravèrent du fait de la dépression. Pour conserver des marchés, locaux et étrangers, on fabrique à bas prix selon les techniques traditionnelles ou en essayant de répondre aux goûts nouveaux de la clientèle. Le savoir-faire d'artisans d'Alep était toujours apprécié. Mais ils firent les frais de cette évolution avec une baisse de leurs rémunérations.
30) D. Chevallier, "De la production E.S.C., 21,1966., pp.59-70 lente à l'économie dynamique en Syrie", inAnnales

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Philippe GEORGEAIS

La dégradation de leur condition alla de pair avec l'installation du mandat et la mise en cause de la puissance mandataire nourrit un puissant courant nationaliste à Alep; mais le textile n'entrait pas en concurrence avec des produits français d'où l'impossibilité pour un patronat local lié aux dirigeant nationalistes, et donnant certains chefs au mouvement, de se dérober aux revendications ouvrières qui s'amplifiaient au fur et à mesure que les conditions de vie et de travail se dégradèrent. La fin de la période est marquée par de véritables affrontements de classes aux intérêts antagoniques. La France, dont les intérêts économiques n'étaient pas en jeu, se contenta de mener une politique relevant de la police et du maintien de l'ordre; aucune véritable mesure n'est prise pour aider un secteur en péril alors que le Haut-Commissaire de Martel a engagé "une grande politique économique". Mais pouvait-il y avoir industrialisation quand les structures de production assuraient au moindre risque des profits aux entrepreneurs et que ces structures constituaient en elles-mêmes "un frein à la modernisation et au développement" dans un marché rétréci et instable? P.G.

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