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INFORMATION (DE L') A LA PUBLICRATIE

De
256 pages
Profession omniprésente et constamment prise à partie, le journalisme est mal connu. Le but de ce livre est de faire connaître aux clients des médias ce qu'est exactement l'information journalistique, son cheminement qui va de la quête des événements à leur traitement dans les médias. Il est aussi de leur expliquer les problèmes que les journalistes rencontrent dans les missions qui leur incombent.
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DE L'INFORMATION À LA PUBLICRATIE

Du même auteur

Les espoirs et les déceptions des communistes à 1958, Temps modernes, 1958. Les autoroutes de la communication

chinois, de 1911

«Crise », PUF, 1996.

L'intégrisme 1997.

islamique:

Mythe ou réalité?,

L'Harmattan,

En préparation: Le monde musulman a-t-il une politique étrangère?

(Ç) L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8300-3

Jacques LOCQUIN

DE L'INFORMATION À LA PUBLICRATIE

Profession:

journaliste

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

-FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Remerciements

A Christiane Solignac, sans laquelle ce livre n'aurait pas été écrit. A Virginie de Gozlain, Pascal Crop, J.-.P. Freylon, J. Bony. A John Kyser, président de la Fondation Kyser de Washington, dont les critiques ont été précieuses A David Nguyen qui m'a aidé à sortir des complexités de l'Informatique et de l'Internet. Ainsi qu'à tous ceux qui ont bien voulu me parler de leurs expériences professionnelles.

À la mémoire des journalistes qui ont donné leur vie au service de l'information d'actualité.

AVANT-PROPOS

Il est peu de professions qui soient plus omniprésentes et plus critiquées dans la société contemporaine que celle de journaliste.. Elle est aussi parmi les plus mal connues.
A l'origine, la presse de Renaudot n'était qu'une sorte de lettre publique au service de la Royauté, faite par des épistoliers et quelques amis. Puis, en gagnant une certaine indépendance, elle s'est constitué une clientèle souhaitant «être tenue au courant de ce qui se passait autour d'elle, aux fins, disait V oltaire, de susciter une émotion commune aux intérêts de tous» . C'était le début d'une société de l'information qui allait jouer un rôle capital dans le siècle des Lumières, la Révolution, l'Empire, la République... Des cinq cents lecteurs du temps de Renaudot, la clientèle passait à 30.000 en 1830 et à 10 millions, un siècle plus tard. D'artisanat, l'information allait devenir une science et une industrie dont l'histoire et l'enseignement sont superbement traités dans des ouvrages remarquables. (*) Le propos de cet ouvrage n'est pas de se substituer à eux, ni d'expliquer comment est fabriqué un journal ou comment fonctionnent les stations de radio ou de télévision. Les pages qui vont suivre ne sont consacrées qu'à cette matière première nécessaire à la vie médiatique qu'est l'information et à son traitement par les journalistes, à leurs moti vations, leurs difficultés ainsi qu'aux critiques qu'ils rencontrent.

Longtemps centrée sur la seule information d'actualité, la profession a été, à partir du XXème siècle, obligée de répondre aux besoins de communication d'une société nouvelle dans laquelle la consommation et la publicité jouent un rôle capital. Alors que, dans la presse d'antan, la publicité ne représentait qu'environ 15 % de ses ressources, l'arrivée de la télévision et de ses trente millions de clients, à la fois consommateurs et téléspectateurs, a renversé les données économiques acquises. Elle a introduit l'information dans une économie de marché. Les médias ont été obligés, pour survivre, de se soumettre aux besoins de la publicité. Au début, leurs relations reposaient sur un partage équitable entre deux indépendances ou chacun avait sa place. Les bases essentielles du traitement de l'information n'auraient pas souffert de cette cohabitation, si les développements de la publicité, dans toutes les activités consuméristes, n'avaient pas obligé les annonceurs à imposer de nouvelles exigences aux médias et s'il n'était pas venu à leur esprit d'associer, d'une façon ou d'une autre, la publicité au traitement de l'information.. Ce processus a donné naissance à une forme nouvelle de publicité, la publicratie, qui modifie en profondeur dans tous les médias le sens et la valeur propre de l'information sans que le public ait conscience du danger que cela représente. La publicratie est d'autant plus dangereuse qu'elle intervient au moment ou la profession de journaliste doit multiplier ses efforts pour affirmer sa crédibilité, tout en tenant compte des progrès du numérique, de la mondialisation, de l'Internet. Elle n'en reste pas moins fidèle à sa double mission que l'on va retrouver au cours de toutes les pages de cet ouvrage.

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PREMIÈRE PARTIE De l'information

Voltaire disait de l'information qu'elle devait être une réponse à une curiosité. Un siècle plus tard, le Guide pour le choix d'un état, paru en 1890, on pouvait lire « pour les uns, le journalisme est un métier: ils louent leur plume au plus offrant. Pour les autres, c'est une tribune pour exprimer et propager leurs convictions et se rendre utiles au pays ». Pendant des années, une presse faite de gazettes, de feuilles d'avis et de bulletins rédigés par leurs propriétaires et quelques amis justifiait cette analyse car elle ne concernait que quelques milliers de lecteurs. A partir du milieu du XIXème siècle et répondant aux besoins d'une société en pleine évolution, les rares clients de 1830 sont passés à cinq millions en 1914, à 10 millions en 1930 avec l'arrivée de la radio et à trente millions en 1970 avec la télévision. Du coup, la société civile fait du journaliste son homme à tout faire. Il est, tour à tour, un médiateur, un observateur, un enseignant, un justicier, un contre-pouvoir nécessaire à la défense de la démocratie. Dans la grammaire, la réalité est plus simple: la société attend simplement du journaliste qu'il s'informe (verbe pronominal) afin de mieux informer..(verbe transitif) Toute l'activité du journalisme tient dans cette bivalence qui est capitale, bien que trop souvent ignorée du public. Le journaliste commence par s'informer et ce n'est qu'après s'être correctement informé qu'il juge s'il y a lieu ou non d'informer.

S'informer

La première tâche dujoumaliste étant de s'informer, c'est à lui qu'il appartient de découvrir ce que le langage professionnel appelle « l'événement ». Le monde est constitué de milliards de faits inconnus. Pour qu'ils deviennent des événements, il faut que quelqu'un les remarque comme sortant de l'ordinaire avant de le faire savoir. C'est la première mission du journaliste, définie par le sociologue A. Moles (*) dans la formule célèbre dans le monde de la presse: « C'est à lui, dit-il, qu'il appartient de repérer les variations et les écarts entre données anciennes et nouvelles, entre ce qui est banal et original et d'en faire des événements médiatiques -c'est-à-dire être perçus en fonction du temps (son immédiateté), en fonction du lieu (sa proxémie) et de son sens (intérêt, curiosité, émotion) ». C'est le fait brut bien connu des écoles de journalisme et résumé dans la formule que l'on prête à Cicéron: une information n'est complète que si elle répond aux quatre questions « qui, quand, où, comment? » La théorie de Moles fait dépendre l'information de la notion d'actualité. Mais cette priorité est complétée par le rôle donné aux " medium" (les médias) par le sociologue américain Mac Luhan.(*) Pour lui, " l'information est un message qui ne prend de valeur qu'en fonction du medium qui la communique. " L'on se trouve en face de deux types d'informations: celles de l'actualité et celles de la communication qu'il faut impérativement différencier.

Chapitre 1 Les deux informations

~ L'information

d'actualité

Selon la théorie de Moles, « est actualité tout événement remarquable, en fonction d'un déroulement temporel qui le place dans un environnement social, humain.. .et qui répond à une incertitude ». En d'autres termes, l'actualité n'existe qu'en fonction de la mémoire, soit que celle-ci la compare à des événements antérieurs, soit qu'elle y trouve un fait nouveau qu'elle va enregistrer. Le traitement de l'événement transforme le présent en un passé mémorisé qui va à son tour servir de référence à un événement ultérieur.. Partons de l'exemple banal d'une journée ordinaire, au cours de laquelle, soudain, à 15 heures, un ministre annonce qu'il vient de remettre sa démission au Président de la République. Cela n'a d'importance que dans la mesure ou personne ne s'attendait à une telle décision. Elle est « événement» dans la mémoire que l'on a d'une vie politique dans laquelle les ministres ne démissionnent pas tous les jours. Et c'est en cela que la place de l'information d'actualité est essentielle dans la vie citoyenne. Elle enrichit sa mémoire collective pour mieux l'associer à ses problèmes. De ce fait, le traitement de l'information d'actualité se construit sur un effort de mémoire, qui relativise l'événement lui-même. Dans les deux tiers des cas, l'effet surprise de l'événement d'actualité est généré à partir du rappel du passé. C'est la formule banale « cela ne s'est jamais passé »... ou...

« cela fait tant d'années que cela a eu lieu. » C'est par sa relativité avec le temps que le caractère d'actualité est perçu par le public qui lui donne immédiatement une valeur brute de référence. Ce n'est qu'ensuite que vont intervenir les détails, les réactions, les commentaires, qui vont étoffer l'événement d'un traitement personnalisé, subjectif, c'est-à-dire qu'il devient une information de communication.

~ L'information

de communication

A l'origine, c'était une information de complément qui accompagnait l'événement. Elle était à la base de cette définition du journaliste par Chateaubriand « un érudit qui se tient au courant de ce que peut signifier l'actualité ». Ce n'est qu'après le développement d'une société de masse, très éloignée des circuits fermés qui avaient marqué les relations sociales jusqu'à la fin du Second Empire, que l'information de complément, de voisinage, n'a plus suffi. Le journaliste n'était plus seulement l'homme de l'actualité. Il devait répondre aux besoins d'une société civile qui voulait être informée de tout ce qui se passait dans un monde nouveau et s'ouvrant sur une meilleure connaissance des autres que de grands reportages (Albert Londres, Kesse1...) lui faisaient découvrir. L'information d'actualité s'est alors dédoublée. Elle est devenue information de communication qui, dans ses débuts, était préparée par la rédaction. Mais elle s'est ouverte très vite à des apports externes.. Ce sont alors des plats cuisinés, préparés, produits et emballés par les attachés à la communication ou les services de presse des utilisateurs ou des annonceurs. A cela s' ajoute tout ce qui est institutionnel: les textes et les communiqués officiels, ceux destinés aux seuls médias, les messages des partis politiques, des entreprises, des oeuvres de charité, des syndicats, des ONG et autres journées nationales qui sont des communications.

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Il ne faut pas non plus perdre de vue, enfin, le rôle que joue la communication utilitaire quotidienne c'est-à-dire les programmes de spectacles, la Bourse, les petites annonces, les faire-part, les nécrologies, la météo, les offres d'emploi que Mathien(*) définit « comme cet ensemble de données quotidiennes nécessaires à la fidélisation d'une clientèle sensible aux variations rejetables du stock de ses connaissances pratiques».. . Le sociologue Wolton(*), lui, pousse l'analyse plus loin « en partant d'une situation de fait, la communication est la relation omniprésente qui associe dans un échange permanent d'informations les membres d'une même société ou de sociétés entre elles, sur laquelle certains sociologues contemporains ont construit leur théorie de la communication qui est devenue à la fois une industrie et une mode, un leurre, un droit... et la valeur centrale de la société de demain ». Il estime que la communication restera le grand délire politico-scientifique de ces trente dernières années, aboutissant à faire croire à une nouvelle révolution, qui remplacerait enfin les erreurs de la révolution industrielle. «En généralisant l'emploi en commun d'un moyen de transport médiatique, la théorie de la communication est devenue le mot clef rassembleur d'activités disposant chacune de leur territoire». Elles ont toutes en commun l'utilisation des mass-media comme champ de manœuvre qu'elles s'efforcent de présenter comme le traitement de produits d'actualité. Du coup tous leurs auteurs, qui sont des communicants ordinaires, sont convaincus, à tort ou a raison, qu'ils contribuent, d'une façon ou d'une autre, à l'information du public. Ils en profitent pour attirer sur eux-mêmes une attention qu'ils considèrent comme justifiée par leurs mérites, mais qui est aussi génératrice de profits. Relèvent aussi de l'information de communication les tables rondes, les talk-show et les conférences de presse. S'il en

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sort un événement cela devient une actualité. Sinon, c'est une communication. Mais si l'on compare les médias de cette fin du XXème siecle à ceux d'avant la Grande Guerre, il est évident que la communication offre un volume d'informations infiniment supérieur à celui de l'actualité et a tendance à la noyer, ce dont le public ne se rend pas compte. Pour lui, ces distinctions entre informations événementielles..., d'agenda,.., utilitaires.., de communication lui paraissent un exercice gratuit de sémiologie. Et cependant, elles relativisent les différents traitements de l'information en général que vont leur donner les journalistes. Dissociées du rappel du temps et du lieu,les informations de communication se différencient, en effet, de la précarité de l'actualité, en ce sens qu'elles vivent en conservant la même valeur, le même intérêt, un mois ou un an plus tard..Quand il leur arrive de faire croire qu'elles sont plus ou moins en relation lointaine avec l'actualité, ce n'est qu'un alibi rédactionnel. L'information de communication est en effet intemporelle et facultative. Elle est subjective et sa destination est de proposer un complément d'information. Le commentaire, qui va expliquer en détailles raisons qui ont conduit le ministre cité en exemple à démissionner, sera peut-être d'une neutralité absolue. Il sera peut-être un chef-d'œuvre d'analyse. Mais, ce faisant, il portera la marque de son auteur qui personnalise son traitement de l'information, même s'il précise qu'il existe d'autres points de vue que le sien. Il s'agit là d'une règle qui devrait être impérative. Une information d'actualité est anonyme. Une information de communication doit être signée. Tout l'avenir de l'information d'actualité tient dans cette « signature» d'une source (A.F.P CNN..., Rédaction...) ou d'un nom, l'un ou l'autre authentifiant l'information en en responsabilisant les auteurs. Il reste toutefois à la rendre obligatoire!

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Le problème est que l'opinion publique a pris 1'habitude de mélanger l'information d'actualité et l'information de communication et que les médias s'en servent de plus en plus pour répondre aux besoins de la publicité, c'est-à-dire mélanger information et promotion. C'est perdre de vue la mission impérative du journaliste. Il n'a pas à vendre ou à promouvoir. Il a d'abord à s'informer, c'est-à-dire à trouver l'information là ou elle se cache.

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Chapitre 2 La collecte de l'information

Elle repose sur plusieurs facteurs: la quête, les sources, le tri et les critères.

~ La

quête

Pour le grand public, l'information tombe comme un fruit mûr entre les mains du journaliste, alors que la mission la plus passionnante qui lui soit confiée, est de la trouver. A l'exception des événements imprévisibles majeurs, c'est à lui de chercher à connaître tout ce qui est susceptible d'être notable pour ses clients, du plus petit détail à l'information importante. Il doit avoir, sans arrêt, une curiosité en éveil qui met en mémoire tout ce qui se passe autour de lui, dans son environnement, dans son métier. Cette universalité dans la curiosité est ce qui distingue le journaliste du spectateur ordinaire qui, soit par état d'esprit, soit par nonchalance, a tendance à se cantonner dans le classique:« cela ne me concerne pas ». Tout concerne le journaliste, car tout peut constituer une information utilisable. Cela ne se limite pas à son observation personnelle mais s'étend à tout ce qui peut avoir été observé et mis en mémoire par des témoins ou des parties prenantes à des situations qui justifient une attention. L'on a souvent comparé le travail du journaliste à celui d'un policier chargé d'une enquête où le moindre indice peut permettre les recoupements nécessaires pour qualifier l'information. Il peut aussi être à la source d'un scoop. Mais cette inlassable curiosité que l'on trouve chez tous les grands

journalistes a ses limites. Le journaliste doit choisir, c'est-à-dire à se soumettre de lui-même à un certain nombre de règles. La première est qu'il ne peut faire état d'une information qu'à trois conditions, soit qu'il en connaisse la source, soit qu'il l'ait lui-même vérifiée, soit qu'il en laisse la paternité à des tiers, qui en prennent la responsabilité. Ces conditions éliminent les intuitions, les imaginations, les fausses nouvelles et les ragots. Mais cela ne restreint pas le champ de l'activité rédactionnelle du journaliste. Il peut se défausser. A partir de l'instant où il annonce publiquement qu'il n'est pas en mesure de nommer sa source, il met en garde son lecteur sur la précarité de son information: cela donne des formules que le public connaît bien du type: « selon certains milieux» ou « de sources bien informées» ou... « dans l'entourage de X ou Y le bruit court.» Cela devient une recommandation de prudence à l'intention du lecteur. Il faut d'autre part relativiser la source et c'est en cela que la mission première du journaliste: « s'informer» prend tout son sens. Non seulement il doit chercher à savoir, mais aussi il doit donner une cotation à la qualité informative de la source». Dans quelle mesure l'information dont il va se servir pour « informer» ses lecteurs est-elle valable? Dans quelle mesure peut-il faire confiance à son correspondant, à son envoyé spécial, à un collègue? Et quelle est l'importance de la place qu'elle doit prendre quand il la présente «brute» à la conférence de rédaction. Heureusement, il n'est pas tout seul et l'AFP est là pour l'aider.

~ La

collecte des sources et l'AFP

Troisième agence mondiale de presse, l'AFP n'est que sommairement résumée dans les quelques lignes en annexe (* 230), mais l'on ne saurait trop insister sur la place qu'elle tient dans le monde de l'information d'actualité. 20

Sa première mission est la collecte de l'information. C'est par elle, en effet, qu'arrivent les quatre cinquièmes des informations qui vont être mises à la disposition des médias dans les dix secondes qui suivent leur arrivée sur les ordinateurs centraux de l'Agence. Elle met ainsi à leur disposition la couverture universelle de l'information d'actualité. Elle commence par éliminer les canulars et les invraisemblances. Elle fait suivre la dépêche flash (*) d'une dépêche de vérification. Puis, dans les 10 à 30 minutes qui suivent, des compléments, des commentaires, le tout faisant l'objet au bout d'une heure ou deux d'un résumé général: le round up. C'est aux médias abonnés et non au personnel de l'AFP qu'il appartient de faire le choix correspondant à leurs besoins dans cet énorme fleuve qui,24 heures sur 24, apporte flashes, dépêches, informations, articles qui vont s'ajouter à la production des services de la rédaction. Un exemple en quelques chiffres: En 1999, le 10 Février, un jour très ordinaire où l'actualité était calme, la rédaction d'un grand quotidien national trouvait, à cinq heures du matin, toutes les productions des différents services de l' A.F.P. qui s'étaient accumulées dans la nuit. Il y avait 60 feuillets du service France, 88 du service Europe, 95, du service Amérique et 115 de l'Asie.... Cinq heures plus tard, avant la conférence de rédaction du matin, ces chiffres avaient triplé puis à nouveau s'étaient multipliés par deux, avant le bouclage de 21 heures, soit des milliers de lignes d'ordinateurs, à lire et à trier en partant de la règle que, sauf circonstances exceptionnelles, tout a été vérifié. A cela, il faut ajouter les productions de son personnel, ainsi que de nombreuses autres sources, celles des grandes agences internationales, Reuter, AP, ABC, CBS, Bloomberg et, le cas échéant, les agences nationales et les ragots d'Internet, sans oublier les informations, documents et images fournies par le réseau international d'échange des grandes télévisions (les EVN), ainsi que celles de CNN, d'Euronews et d'Eurosport, les photos du service photo de l'Agence sans oublier les informations en provenance de ses collègues et concurrents. Le 21

tout représente, pour un quotidien, plus de 40 fois ce dont il a besoin et, pour une chaîne de télévision, plus de 200 fois ce dont elle se servira. Il est évident qu'il est matériellement impossible de tout vérifier et c'est là qu'intervient le second rôle capital des grandes agences de presse et, pour la France, celui de l'Agence France Presse. Non seulement elle assure le suivi permanent de l'actualité tant locale que nationale ou internationale, mais elle est une sorte de garantie contre un oubli ou une erreur et une sorte de bureau de vérification couvrant toutes les informations d'actualité. Il n'est pas de dépêches circulant dans le monde qui ne soient pas identifiables et vérifiables en quelques instants par le réseau de l'Agence et c'est banal dans une salle de rédaction d'entendre poser la question « Tu as vérifié à l'AFP ?» et,dans les couloirs de l'Assemblée: « As-tu lu le démenti du gouvernement que vient de passer l'agence? » Troisième rôle de l'Agence: son statut équivoque d'entreprise dans laquelle, hélas, l'Etat entre à 50 % par le biais d'abonnements aussi fictifs que les emplois à la Mairie de Paris en fait un instrument de communication quasi officielle, entre les mains du pouvoir, ce qui, dans certaines circonstances, restreint son indépendance et fait de la plus petite erreur dans le secteur des officiels un drame effroyable d'atteinte à leurs majestés républicaines. Dernière mission, enfin: la vocation de l'AFP est de se consacrer à la seule information. Elle doit donc veiller à ce que des débordements publicitaires ne s'introduisent pas dans le texte des informations. Elle est à ce titre l'un des instruments les plus puissants contre les excès de la publicatie, qui sera analysée plus loin.

~ Les

critères

Il n'est pas un cours de journalisme qui n'enseigne comme règle impérative que toute information doit être sélectionnée en fonction de ces deux critères de la vérité et de l'objectivité qui 22

sont une sorte de tarte à la crème à destination du grand public. C'est le plus parfait exemple d'un vœu pieux. D'abord, en ce qui concerne la vérité: Depuis longtemps les philosophes reconnaissent qu'il y a deux vérités: la vérité de fait qui est « plurielle» et la vérité de raison, née de l'idéal d'un monde où la vérité serait une. Qui peut en conscience affirmer qu'il détient la vérité « vraie» quand Descartes pense que l'on doit douter de la vérité des choses sensibles et que l'on retrouve dans la phrase historique du fondateur du Canard enchaîné, Maréchal: « nous ne publierons après rigoureuses vérifications que des nouvelles rigoureusement inexactes. Chacun sait que la presse française depuis le début de la guerre (1914) ne publie que des nouvelles implacablement vraies» ? La vérité de fait, au contraire, est la conjugaison de ces facteurs, l'instant, les personnes, l'environnement. qui vont « colorer» une perception furtive. Et quand Baudrillard (*.. )écrit que la quête de la vérité passe par le respect honnête de la réalité dans ce qu'elle a d'authentique et de saisissable, il donne le lien qui unit une vérité virtuelle à ce critère d'objectivité qui fait l'objet de tant de controverses. Le rêve de tout journaliste est, en effet, de se présenter comme le paladin d'une objectivité comparable à celle du scientifique. Bien que Beuve-Méry (*..) ait souvent dit que, «dans la presse, il n'y a pas de place pour l'objectivité, » sémantiquement parlant, elle existe: ce n'est pas un dogme canonique mais un cheminement de l'information qui, selon J.M.Ferry(*), passe par« l'exactitude d'une constatation, la justesse d'une prescription et l'authenticité d'une expression ». A ce titre, l'objectivité n'est ni une idéologie ni la poursuite d'un absolu. Elle est l'étiquette d'appellation contrôlée de l'observation honnête et impartiale des choses comme elles sont et non comme l'on voudrait qu'elles soient. Elle exige un recours quasi permanent à la mémoire qui donne la mesure de la nouvelle information. Mais cette « mémoire» est en soi un danger. A force de voir se répéter des événements, le journaliste qui, à l'origine, a 23

laissé parler son émotivité, tend à devenir blasé, état d'esprit qu'il transfère involontairement à ses clients. Honnêteté et Impartialité sont les qualités fondamentales qui devraient présider à la qualification d'un événement pour participer aux opérations fondamentales de la seconde mission du journaliste qui est d'« Informer ».

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INFORMER

Une fois réunies toutes les informations d'actualité ou de communication, il reste à les trier, à les habiller et à les diffuser dans le cadre de la ligne éditoriale arrêtée par les dirigeants, la rédaction en chef et les actionnaires Mais il ne saurait être question, ici, de faire un cours sur les mille façons de traiter rédactionnellement l'information, pas plus qu'il ne sera question du personnel et des techniques mis en œuvre pour imprimer ou diffuser les informations, une fois qu'elles ont été traitées. Des livres et des enseignements remarquables (*) le font avec autorité. Et la consigne que donnait Lazareff à ses jeunes stagiaires est toujours valable. Comparant le journaliste à un artisan en poterie, il disait: « l'information c'est une glaise dont nous allons faire des pots, des plats, autant d'occasions d'exprimer votre talent. Mais, ajoutait-il, vous ne travaillez pas pour vous seul, mais pour être lu, entendu ou vu par des millions de gens qui ont chacun une attente différente. Les uns veulent être émus, d'autres irrités ou étonnés. C'est ensuite une affaire d'intuition de leur donner de quoi satisfaire le plus grand nombre. Mais cela implique la connaissance et le respect des structures, des règles qui sont communes à tous ».