Interdépendance villes-campagnes en Afrique

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296315990
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INTERDÉPENDANCES VILLES-CAMPAGNES EN AFRIQUE
Mobilité des hommes, circulation des biens et diffusion des modèles depuis les indépendances

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4068-1

Ouvrage coordonné par Catherine Coquery- Vidrovitch, Hélène d'Almeida-Topor etJacques Sénéchal

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INTERDEPENDANCES VILLES-CAMPAGNES EN AFRIQUE
Mobilité des hommes, circulation des biens et diffusion des modèles depuis les indépendances

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, Saint-Jacques Montréal - (Qc) CANADA H2Y lK9

Ouvrage coprdonné par Catherine Coquery- Vidrovitch, Hélène d'Almeida-Topor, et Jacques Sénéchal

Interdépendances

villes-campagnes en Afrique:

Mobilité des hommes, circulation des biens et diffusion des modèles depuis les indépendances

Hélène d'ALMEIDA-TOPOR François LIDJI Adrien BENGA Issiaka MANDE Mireille BOUTHIER Serge NEDELEC Maxime COMP AORE Claire OLLIVIER Catherine COQUERY -VIDROVITCH Lucile RABEARIMANANA Sophie DULUCQ Jacques SENECHAL BoureÏma GADO Tshingi KUENO Françoise GUITART Guy Evariste André ZOUNGRANA Françoise IMBS

Cet ouvrage a été réalisé avec le concours du ministère de la Coopération et du Développement, de l'Université Paris 7-Denis Diderot et du CNRS par le Laboratoire Tiers-Monde Afrique «Dynamique des Sociétés en développement» de l'Université de Paris 7-Denis Diderot, CNRS.

PRÉSENTATION

MOBILITÉ DES HOMMES, ÇIRCULATION DES BIENS ET DIFFUSION DES MODELES ENTRE VILLES ET CAMPAGNES D'AFRIQUE NOIRE

Hélène d'ALMEIDA. TOPOR, Catherine COQUERY-VIDROVITCH et Jacques SÉNÉCHAL

La question sous-jacente à cette étude est celle que s'est posée une équipe de chercheurs, historiens et géographes travaillant de concert sur l' espacetemps africain: ne serait-il pas nécessaire de remettre en question une idée classique mais peut-être dépassée, selon laquelle, en Afrique, le rural l'emporterait sur l'urbain? L'agriculture africaine va mal, on le sait; le pronostic est d'autant plus sévère que l'on préjuge, implicitement, que la campagne est en charge de faire vivre les villes; entendez: qu'il est normal que les paysans nourrissent les citadins, puisque la plupart de ces derniers sont, quasi par définition, coupés du secteur productif vivrier; ils sont devenus consommateurs, face aux agriculteurs producteurs. Or ceux-ci sontils en état de nourrir les villes? Ou bien, plutôt, ne serait-ce pas les citadins, toujours proches de leur famille restée souvent au moins en partie à la campagne, qui portent à bout de bras des paysans affaiblis, incapables, surtout en périodes de sécheresse (celles-ci se sont multipliées depuis une trentaine d'années), de couvrir ne serait-ce que leurs propres besoins? Bref, ne faudrait-il pas adapter la problématique et mesurer le solde des flux entre ville et campagne? Quelques sondages permettent en effet d'émettre des doutes sur la capacité des ruraux qui, sauf exception, ne sont pas encore entrés en phase de « révolution verte », à satisfaire le marché qui leur est offert par la croissance urbaine. Ce manque à gagner explique en partie la faiblesse persistante des revenus de la majorité des agriculteurs. C'est ainsi

qu'en Côte d'Ivoire, depuis la chute des cours du cacao et du café, les
planteurs ne s'étant guère reconvertis vers le vivrier marchand, ce sont les membres de la famille vivant à Abidjan, fonctionnaires, enseignants, membres du tertiaire urbain, qui se cotisent, chaque fois que « cela va mal» -c'est-à-dire souvent - pour aider leurs parents restés à la campagne. Ce sont les salariés, pour la plupart citadins, qui décident de construire une maison, souvent (mais pas toujours !) dans leur village d'origine. Ce sont les citadins qui reçoivent les jeunes ruraux, leurs neveux et nièces en quête d'école ou d'apprentissage; mais, a contrario, les adolescents et les fillettes ainsi accueillis fournissent un travail domestique ou artisanal plus ou moins « invisible» directement issu de la campagne: qui est gagnant?
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Le travail qui suit est né principalement

de ce questionnement.

Il

correspond à un thème central privilégié par l'équipe « Afrique noire» du
laboratoire «Tiers-Mondes, Afrique» de l'Université Paris 7 Denis Diderot (Unité associée au CNRS). Il a été rendu possible par un financement heureusement accordé par le ministère de la Coopération, dans le cadre de l'appel d'offres SAAUF; ces fonds ont permis de mobiliser nos chercheurs en petites équipes diversifiées sur le terrain mais unies par un projet commun, associant d'un même élan chercheurs expérimentés et chercheurs plus jeunes, chercheurs extérieurs et chercheurs nationaux: tous les contributeurs à ce rapport, Africains comme Français, sont membres titulaires ou associés du laboratoire «Tiers-Mondes, Afrique ». Tous ont répqndu à la même problématique: analyser les flux ville-campagne non seulement à travers l'espace, mais aussi, le plus souvent, sur une profondeur suffisante de temps - de l'ordre d'une génération. Car seule cette combinaison permet de saisir, avec la tendance, ses facteurs explicatifs. On trouvera ci-dessous les conclusions provisoires de nos travaux. Provisoires, car nous n'avons pas la prétention d'apporter des réponses définitives, mais d'ouvrir des pistes de recherches, dans un champ où les études sont moins nombreuses qu'on ne pourrait le croire: beaucoup se situent d'ordinaire soit en ville, soit à la campagne, et ne s'intéressent à l'autre extrémité de la chaîne qu'en bout de course, pourrait-on dire. Or l'objet, ici, délibérément, a été le flux, dans un sens ou dans l'autre: flux des gens, flux des produits, flux de l'argent et des investissements, flux des modèles et des idées. Cet objet mobile est difficile à saisir, mais il est essentiel: on ne peut plus aujourd'hui considérer « en soi» ni la ville ni la campagne, mais dans leurs échanges réciproques étroitement imbriqués; les gens se déplacent sans arrêt, les produits s'échangent dans les deux sens (y compris les biens de consommation, produits ruraux ou importés), les nouvelles et les idées circulent, et rien ne dit que ce soit toujours et pour tout dans la même direction. Bien qu'il soit parfois arbitraire de distinguer entre les trois thèmes de l'étude (mobilité des hommes, circulation des biens, diffusion des modèles), surtout dans le cas d'analyses de terrain ponctuelles telles que se présentent plusieurs de nos chapitres, il a paru efficace, pour la clarté du propos, de distinguer, suivant le schéma annoncé, le thème sinon exclusif, du moins dominant, de chacun des rapports particuliers. On sentira néanmoins combien chaque thème est lié aux deux autres et réagit avec eux. En s'appuyant sur l'étude approfondie de situations locales, la comparaison met au jour bien des similarités dans les comportements, malgré une certaine diversité des réponses liée à la variété des environnements. Le propos débute par quelques considérations méthodologiques. Il était hors de question de faire ici la revue exhaustive des travaux susceptibles de nous aider: les banques de données existent pour ce faire, et nous les avons largement utilisées. Mais il s'agissait plutôt d'apporter de l'inédit, à propos de sources méconnues ou pas encore exploitées. C'est l'objet de nos deux premières communications. Posant les problèmes de façon générale, Jacques Sénéchal a cherché à extraire des fonds du CIRAD (Montpellier) et de l'Institut Royal des Tropiques (Amsterdam) ce qui est exploitable sur la mobilité des hommes: continuité de l'exode rural, absence de retour à la 8

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terre, niveau inégal de suffisance alimentaire locale, désenclavement progressif dû aux progrès des communications; il s'interroge sur les sources permettant d'accéder aux flux de vivres (pour les citadins) et de revenus (pour les ruraux) ; l'objectif proclamé d'« autosuffisance alimentaire» paraît de plus en plus illusoire; la consommation alimentaire a évolué sous la pression des prix, qui augmentent localement plus vite que pour l'importation, en dépit d'une certaine « résistance» de quelques produits comme le manioc et le gibier en Afrique centrale. Il conclut à l' insécu~ité des flux du commerce liée, dans ce secteur, au désengagement de l'Etat résultant des politiques d'ajustement structurel. Le tout aboutit à une complémentarité insuffisante, et à une compétition pour les vivres entre villes et campagnes. La valorisation de la production agricole locale demeure lourdement grevée par l'importation des céréales qui, à travers les villes, gagnent de plus en plus les campagnes. Bref, on a là la confirmation d'une tendance déjà ancienne qui ne semble pas devoir s'inverser à court terme malgré les efforts récents de rééquilibrage de certains pays. Travaillant aussi à partir de sources émanant de spécialistes de l'agriculture, Hélène d' Almeida-Topor, après une enquête dans les archives du siège de la FAa à Rome, souligne l'intérêt et les limites des rapports des experts de l'organisation. Ces derniers répondent en effet à des objectifs déterminés, parfois éloignés de notre propos, mais leurs enquêtes apportent des informations précieuses au chercheur qui sait les interroger. Les premières investigations font apparaître des comportements diversifiés des ruraux en face de la demande citadine: adaptation de la production et changements des modes de consommation, d'autant plus rapides qu'on est plus près des villes. Il a paru constructif de dégager deux grands axes de réflexion: celui des acteurs et agents de la 1)1obilité (mobilité migratoire individuelle, migrations du travail, rôle de l'Etat, action des associations), et celui des modalités qu'ils ont suivies dans les échanges. La première section, qui observe la mobilité des hommes et ses effets, s'ouvre sur un rapport démographique de Mireille Bouthier sur les relations villes-campagnes au Burkina Faso. Le déséquilibre des revenus entre villes et campagnes continue de favoriser l'exode rural; les courants observés au début des années 1960 ne font que s'accélérer. Le freinage des migrations transnationales vers la côte a provoqué le renforcement de la migration des campagnes vers les villes à l'intérieur du pays. Les investissements des migrants de retour de l'étranger se sont accrus tant à la campagne que dans les villes. On constate que plus la diversité des rapports ville-campagne est grande, plus les flux sont intenses entre les deux pôles. L'exemple privilégié de Bobo-Dioulasso et de ses rapports avec l'arrière-pays est explicite. Le village est aussi mobile que la ville: les gens en partent, mais ils y reviennent aussi, si bien que la mobilité oblitère, en fin de compte, les différences entre « citadins» et « ruraux» : tout le monde est à la fois l'un et l'autre, successivement et parfois conjointement. L'origine «ethnique» ne joue guère comme facteur de différenciation, même si les Bobo, population locale d'origine, sont légèrement plus stables. Mais ces différences s'estompent face au complexe « rurbain» qui se met en place: ruraux comme urbains ont tendance à investir davantage en ville qu'au village. Les liens sont étroits entre eux grâce à des associations où l'on retrouve, aussi bien en ville qu'au village, un peu les mêmes: ce sont, en ville, les 9

« ressortissants de Samandéni » (le village privilégié par l'enquête) et au village le « groupement» paysan. Quant à la consommation alimentaire, vestimentaire, et même de loisirs, elle se «modernise» dans les deux cas presque au même rythme. Bref, on retrouve ici l'interdépendance villecampagne, de plus en plus nette, même quand il s'agit d'une petite ville et de villages éloignés. Guy-Evariste Zoungrana complète cette enquête par une étude fouillée des mouvements ville-campagne dans la région centrale du pays mossi du début des années 1960 à la fin des années 1980. Partant d'une étude des mouvements de popylation comme dans le rapport précédent, il s'attache à mesurer le rôle de l'Etat dans la« modernisation» de la zone et la promotion des investissements aussi bien en ville qu'en campagne. L'aide aux agriculteurs équivaut en définitive à l'apport des fonctionnaires et commerçants citadins pour expliquer la transformation de la région. Mais la diffusion limitée du crédit agricole et les crises de subsistance n'en contribuent pas moins à favoriser comme ailleurs les migrations: ce sont elles, en définitive,qui permettentaux campagnesde « tenir ». Un traitement particulier a été accordé, dans le travail, à un type d'acteur important, sinon essentiel, des relations villes-campagnes, déjà évoqué cidessus: les associations. Celles-ci, en effet, constituent une courroie de transmission fondamentale entre les deux. Le cas est fréquent de ressortissants d'une région rurale regroupés en ville, qui s'attachent à promouvoir le développement de leur zone d'origine en y apportant aide matérielle, pratique et personnelle. Cela signifie que non seulement ils financent le programme, mais qu'ils s'y investissent en y venant souvent, et qu'ils fournissent les modèles culturels qu'ils ont forgés en ville: ces associations d'« originaires », sont l'objet de l'étude d'Issiaka Mandé. Il montre le rôle essentiel qu'elles ont joué dans le développement régional entre 1959 à 1982, c'est-à-dire là encore en durée conjoncturelle. Un autre type d'association est évidemment celui des ONG (Organisations Non Gouvernementales) spécialisées dans le développement rural. Or celles-ci ont souvent leur siège en ville; elles dépendent de plus en plus d'une direction nationale qui dépasse de beaucoup le cadre rural dans lequel elles sont supposées fonctionner: c'est le travail de Mireille Bouthier qui analyse de près l'impact d'une ONG installée à BoboDioulasso, la «Six S », sur une association du village de Samandéni : c'est une réalisation exemplaire, où l'on saisit particulièrement bien le canal de transmission du modèle urbain-rural et l'action/réaction entre les deux. Un cas auquel on songe moins, et qui pourtant tisse le quotidien des familles, est celui des associations de parents d'élèves, groupements qui jouent un rôle de premier plan dans la migration progressive des jeunes: de l'école locale vers le centre d'enseignement secondaire du petit centre urbain, et de là dans la grande ville. Maxime Compaoré analyse de près le fonctionnement de ce type de réseau à partir de l'exemple des élèves et du fonctionnement de deux écoles de la petite agglomération de Ziniaré au Burkina-Faso. Quant aux modalités des relations villes-campagnes, elles sont repérées à l'aide de trois prismes: les lieux, les flux financiers et les modèles. Quel lieu de contact plus exemplaire que le marché? Les marchés urbains s'approvisionnent auprès des marchés ruraux, les paysannes viennent 10

proposer leurs produits aux commerçantes des villes. Marchandes des campagnes et des villes se connaissent, se mêlent, s'échangent. L'équipe constituée par Boureima Gado et Françoise Guitart étudie l'influence de Niamey sur les campagnes animées par deux gros marchés hebdomadaires: celui de Kollo, dans la vallée du Niger, à 30 km en aval de Niamey, et celui de Baleyara, dans le Dallol Bosso, à 100 km au nord-est de la capitale, où se rencontrent sédentaires et nomades. Ces deux bourgs d'environ 6.000 habitants sont chacun reliés à Niamey par une route goudronnée activement fréquentée par une flotte de minibus les jours de marché. L'arrondissement de Kollo est devenu récemment le premier arrondissement producteur de riz au Niger, grâce aux aménagements de l'Office National des Aménagements Hydro-Agricoles. Les citadins de Niamey et de Kollo n'ont guère investi dans les services publics: ils ont préféré acquérir des rizières, des motopompes, des batteuses et. .. tout à la fois assurer leur prestige ici-bas et leur avenir lointain en finançant la construction de mosquées villageoises. Dans le Dallol Bosso et plus généralement au Niger, l'investissement citadin en direction de la campagne se fait surtout dans le cheptel, et avec une ampleur souvent insoupçonnée puisque, selon nos auteurs, « 60 % du cheptel nigérien appartient à des sédentaires, surtout aisés, qui ont leurs activités en ville ». Outre des capitaux, la grande ville diffuse des modèles et des modes de consommation: parmi les nouveautés récentes on peut citer la distribution vers la campagne, via les marchés ruraux, de cassettes de reggae et de « médicaments» (souvent des antalgiques et des amphétamines utilisées par les jeunes paysans pour se doper pour les travaux agricoles). Il convient cependant de souligner que flux de capitaux et flux culturels entre villes et campagnes du Niger n'ont pas du tout le même solde. On peut estimer que grosso modo les flux culturels sont à sens uniques (de la ville vers la campagne), tandis que les flux de capitaux se font dans les deux sens: les commerçants et fonctionnaires des bourgs ruraux investissent plus volontiers en ville qu'à la campagne. Quant aux habitants de Niamey, ils privilégient, eux aussi, l'investissement dans la capitale (avant tout pour le logement), mais on a vu qu'au niveau national leurs investissements pèsent lourd dans le domaine de l'élevage: un comportement qui nous rappelle que cheptel et capital sont, linguistiquement, des doublets! Quant à Françoise Imbs, elle étudie les rapports que les paysans Lela des environs de Réo et de Koudougou (Burkina Faso) entretiennent avec les villes. Sa conclusion est que les agglomérations de province et même la capitale attirent les ruraux de cette région beaucoup moins qu'on ne le pense souvent, la diversité de l'offre de marchandises sur les marchés ruraux étant suffisante pour la plupart des besoins. Finalement, c'est l'espace social qui prime sur l'espace économique: les déplacements de personnes sont plus liés aux relations familiales qu'aux nécessités économiques immédiates. Enfin, Lucile Rabearimanana nous entraîne à Madagascar pour y analyser les relations, depuis 1950, entre villes et campagnes de l'Imerina, à travers deux monographies comparées: celle d'un village proche d'Antsirabe (ville d'un peu plus de 100.000 habitants à 170 km au sud d'Antananarivo), et celle d'un village deux fois plus proche de la capitale, vers l'ouest, mais qui ne bénéficie pas, comme le premier, de la proximité d'une autre ville, et dont la route d'accès, dans les derniers kilomètres, est une route en terre difficilement praticable en saison des pluies. Dans les deux Il

cas l'auteur a enquêté aussi en ville auprès des citadins originaires de ces villages. Dans un contexte général marqué pat: une forte poussée démographique et par l'intervention désastreuse de l'Etat dans le commerce du riz entre 1974 et 1983, les rapports villes-campagnes varient dans le temps: à une migration sélective de villageois aisés vers la ville, dans les années 1950, a succédé, dans les années 1970, un exode rural massif lié à la paupérisation des campagnes: bas prix d'achat du riz au producteur, réduction des surfaces disponibles par exploitant, baisse des rendements, sous-emploi de la main d' œuvre par manque de terre cultivable... Dans la première phase le commerce, les études et la fonction publique absorbaient la plupart des migrants; dans la seconde phase c'est le chômage ou les petits métiers du secteur informel qui attendent la grande majorité de ceux qui ont fui la campagne. On assiste cependant, depuis la libération de la commercialisation du riz en 1984, à une amélioration sensible des conditions de vie des ruraux. Mais la situation actuelle est très variable selon les lieux: autour d' Antsirabe, grâce au dynamisme industriel de cette ville, grâce à des opérations de développement bien menées (financées par le ministère français de la Coopération), grâce enfin à des investissements privés (comme ceux de Nestlé), on observe un remarquable dynamisme des campagnes: amélioration des rendements du riz, développement du maraîchage, de l'élevage bovin laitier et de l'élevage porcin, intégration plus grande de l'élevage à l'agriculture. Rien de semblable dans l'autre village: certes il y a eu les investissements de l'association des originaires (installés dans la capitale) pour l'entretien de la route et ceux de l'église protestante pour doter chaque hameau d'une fontaine, mais ils ne valent évidemment pas ceux dont a bénéficié le Vakinankaratra de la part de la puissance publique et de la part du privé. L'étude des flux financiers, dans trois cas choisis à dessein contrastés, souligne la modestie des apports de capitaux des villes aux campagnes. C'est en ville que les citadins investissent en premier lieu, et d'abord parce qu'ils n'ont pas le choix. Tshingi Kueno le montre bien à propos de l'arrière-pays de Kinshasa où les paysans n'ont à offrir que leurs légumes; ces ventes suffisent à peine à acquérir quelques biens de consommation immédiate; quant aux kinois, s'ils n'ont pas beaucoup plus et n'aiment guère retourner au village, ils réussissent néanmoins, grâce aux tontines plus qu'à leur maigre salaire, à y construire un peu ou à acheter quelques lopins de terre. Pour sa part, Ndiouga Adrien Benga décèle chez les «citadins fonctionnaires» dakarois un certain détachement des campagnes: c'est qu'ils ont d'abord l'obligation de se loger; ce n'est qu'après avoir« assuré leurs arrières» immobiliers en ville qu'ils vont songer au village, mais celuici n'est pas oublié. C'est ce que démontre aussi Claire Ollivier sur le cas des enseignants burkinabé de Ouagadougou: plus le fonctionnaire est « petit» (cas des instituteurs), plus il veut investir au village; mais les «gros» (professeurs de lycée, voire d'université), sans renoncer au village, font leur effort majeur en ville. Toutes les communications ont souligné le primat du modèle urbain de consommation et d'identité. Mais les deux dernières lui consacrent l'essentiel de leur attention. L'étude que fait François Lidji du milieu rural ivoirien démontre la priorité absolue du modèle urbain dans tous les domaines; ce sont les citadins qui investissent, ce sont eux surtout qui 12

introduisent et popularisent dans les campagnes leurs modèles de consommation: l'alimentation, sous leur influence, passe du manioc au riz et de la sauce-feuilles au concentré de tomates; le pagne ou la tunique sont volontiers remplacés par le pantalon de même que la pièce de coton tissée localement cède la place au wax venu de la ville. C'est, pour les habitants des villages, le signe incontestable de leur marche vers la « modernité ». Il a, enfin, paru utile de faire place, en fin de parcours, à l'image que ruraux et citadins ont, ou plutôt reçoivent d'eux-mêmes par ceux des citadins qui les mettent en scène: quel art, en effet, plus « moderne» en Afrique, et surtout plus urbain que le cinéma? Cinéma africain, s'entend, car l'image véhiculée par les Occidentaux, si elle est prégnante, est trop banale pour qu'on s' y attarde ici. Mais le cinéma africain, depuis le début des années 1950, a désormais une histoire assez longue pour que l'on puisse s'interroger sur le message qu'il diffuse à propos du thème ici débattu: celui des rapports ville-campagne. C'est l'objet de l'étude de Sophie Dulucq. Tous les cinéastes africains actuels sont nés de parents ruraux. Mais tous sont des citadins, parfois de longue date. Malgré le rêve rural, on constate une indéniable évolution en trente ans: l'image positive de la campagne s'estompe à mesure que l'on avance dans le temps. Le discours anti-urbain, faisant de la ville un lieu de corruption et de perdition, connaît son apogée au début des années 1970 (époque de l'urban-bias, le «mal urbain »), mais il s'essouffle ensuite. Il est curieux de constater, dans la fiction, la même myopie que dans la recherche scientifique: campagne et ville sont vues le plus souvent comme des mondes séparés, voire hostiles. Le contact entre les deux n'est présenté que sous l'aspect migratoire. Les solidarités villecampagne sont ignorées, voire niées, y compris dans les œuvres documentaires, et la question des influences réciproques est traitée sur le mode figé du divorce ou de l'opposition irréductible. L'école cinématographique la plus sensible à la thématique ville-campagne est peut-être celle du Burkina Faso. On trouve, en définitive, au niveau de l'art, le reflet réel des préoccupations dominantes de la recherche. Nos remerciements vont à nos organismes financeurs, au premier chef le ministère de la Coopération, qui a pris l'initiative de cette incitation à la recherche et a permis de conduire le travail de terrain pendant deux ans, associant dans un même élan chercheurs confirmés et doctorants dont plusieurs ont soutenu leur thèse depuis lors. L'université Paris 7-Denis Diderot et le laboratoire associé au CNRS «Tiers-Mondes, Afrique », aujourd'hui « Dynamique des Sociétés en Développement », ont aidé à la publication. Serge Nedelec s'est acquitté avec soin de la tâche ingrate de préparer et toiletter le manuscrit pour l'édition.

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Chapitre 1 SOURCES ET PROBLÉMATIQUES

QUELQUES ASPECTS DE LA PROBLÉMATIQUE ACTUELLE DES RELATIONS VILLES-CAMPAGNES EN AFRIQUE NOIRE
Jacques SÉNÉCHAL

Introduction:

les lieux de recherche

Notre contribution au projet se situe au niveau de l'actualisation de la problématique: en géographes nous nous intéressons aux problèmes du monde actuel et en ruralistes nous avons choisi de mettre à profit les ressources humaines et documentaires du Parc Scientifique Agropolis de Montpellier qui est l'une des bases majeures de la recherche et de la documentation en agronomie tropicale lata sensu. Il est bon de savoir que presque tous les Départements du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) ont transféré leur documentation à Montpellier et que, donc, cette documentation n'est plus disponible en région parisienne, sauf pour l'IEMVT et le Département Forêts qui n'ont pas encore achevé leur «délocalisation ». C'est pourquoi nous avions demandé une courte mission à Montpellier afin d'y rencontrer quelques chercheurs africanistes et d'en rapporter le matériel documentaire nécessaire à notre étude. Cette mission a eu lieu du 19 au 29 juin 1992. Malgré l'ample moisson documentaire faite à Montpellier, nous n'étions pas satisfaits: nous savions que nous n'avions eu accès qu'à un nombre insuffisant de références en langue anglaise et cela risquait de nous laisser ignorer une part importante de la problématique en question, celle qui concerne les pays anglophones: pour combler cette lacune nous avons fait une mission complémentaire aux Pays-Bas du 6 au 10 juin 1993 car ce pays abrite, à l'Institut Royal des Tropiques (KIT), la base de données sans doute la plus complète du monde sur l'agronomie tropicale: TROPAG. Le présent rapport a été fait à partir du dépouillement d'une partie des fiches bibliographiques et de notre expérience personnelle de terrain; il doit être considéré comme l'état de notre travail à ce jour sur ces questions; il ne prétend pas à l'exhaustivité, ni même couvrir l'essentiel du sujet, d'où son titre; mais le capital d'informations amassé grâce à nos missions permettrait une mise au point bien plus complète si le temps nous en était donné. . .

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La mobilité des hommes entre villes et campagnes Dans la documentation que nous avons explorée, nulle référence au fameux « retour à la terre» ; ce fut une surprise pour nous. Ce renversement de tendance tant souhaité par certains ne semble donc pas se produire... ou pas à une échelle suffisante pour intéresser les agronomes lato sensu dans le domaine de qui nous avons mené nos recherches. Quelques études récentes s'intéressent au cas de ceux qui sont venus en ville mais ne peuvent y survivre ou y prospérer qu'en continuant d'exercer des activités de type rural: on pense ici, par exemple, aux caféiculteurs de la ville de Wamba dans le Haut-Uélé (Zaïre), qui s'organisent en groupes pour accroître la productivité de leur travail, ou aux éleveurs d'ovins des villes du Nord-Cameroun, à qui l'on conseille de recourir largement aux tourteaux et aux coques de coton, qui sont très bon marché et sans inconvénient sanitaire, pour l'alimentation de leurs bêtes. En revanche nous n'avons pas trouvé d'étude sur ceux qui ne vivent pas vraiment dans la ville tout en gravitant le plus souvent à sa périphérie comme des satellites précaires prêts à regagner leurs steppes ou leur forêt en cas de contrariété ou d'opportunité économique: nous pensons ici par exemple aux campements touareg des alentours d'Agadez (Niger) et aux quartiers pygmées de quelques petites villes du Congo. L'essentiel des travaux sur la mobilité des hommes entre villes et campagnes s'intéressent toujours à l'exode rural, qui demeure donc le trait majeur de ces mouvements de population. La poursuite de cette ponction démographique pose quelques problèmes: 1. L'exode rural et le développement trop rapide des villes sont invoqués comme facteurs des famines et de la malnutrition (par exemple au Forum Agro-Alimentaire de Rouen en 1986). 2. Même dans les pays au taux d'urbanisation encore modeste, l'intensité actuelle des flux migratoires et leur concentration excessive vers un trop petit nombre de grandes villes, au premier rang desquels vient presque toujours la capitale administrative, introduit un déséquilibre jugé préoccupant et, outre le problème humain de la malnutrition évoqué cidessus, pose celui, d'ordre économique et politique, de l'auto-suffisance alimentaire: comment, avec une agriculture encore si peu productive et avec un rapport rapidement déclinant entre ruraux et citadins, réussir à nourrir ces foules de citadins? 3. Le désenclavement progressif obtenu par la construction de routes et de voies ferrées intègre une part grandissante des pays dans la zone d'influence directe des grandes villes et accroît généralement le pouvoir d'attraction de la capitale politique: un bon exemple en est donné par le Cameroun où Yaoundé s'est ouverte davantage aux migrations venant du nord, par le chemin de fer Transcamerounais, et des hautes terres de l'ouest par la construction du pont de la Sanaga et le bitumage de la route YaoundéBafoussam par Bafia : les montagnards bamiléké, bamoun et « grassfield », qui avaient peuplé Douala et le véritable couloir urbain descendant des
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hautes terres à Douala dans le département du Moungo, le long de l'ancienne Nationale 2, sont de plus en plus attirés par la capitale et le « plateau» sudcamerounais. Les Bamiléké, qui se sont déjà « emparés» de Douala, comme le dit Guy Mainet, vont-ils bientôt se rendre maîtres de la capitale par l'afflux de migrants et par leur dynamisme économique? Nous connaissons des ressortissants de la région de la Lékoumou, au Congo, qui se sont opposés à tout projet de construction d'une route directe vers la capitale par crainte du dynamisme démographique, commercial et culturel d'une ethnie de la capitale (les Lari). . . 4. La continuité d'un exode rural important sur une longue durée finit par menacer l'avenir même des bastions démographiques comme le plateau koukouya et le pays beembé au Congo, ou comme les hauts plateaux de l'ouest du Cameroun. Comment retenir la population dans les campagnes? A l'évidence la réponse est: en y rendant la vie plus attrayante. Mais audelà, de quoi s'agit-il? d'accroître le revenu des agriculteurs? Un des moyens qui semble a priori le plus facile est d'améliorer le matériel végétal utilisé par l'introduction de semences améliorées: c'est ce qui est tenté sur le plateau koukouya par le Centre national des semences améliorées du Congo; mais nous savons, par l'échec d'un essai d'introduction de semence améliorée de coton en pays gourmantché, au Burkina Faso, qu'en réalité même cela est très complexe, à cause des modifications du calendrier agricole que cela peut imposer et de la plus grande fragilité des variétés à haut rendement. Mais l'amélioration du revenu des agriculteurs suffirait-il à enrayer l'exode rural? On peut en douter car si les migrants fuient la campagne, ce n'est pas seulement, ni même sans doute principalement, pour des raisons économiques. Une enquête récente en pays bamiléké montre que les paysans souhaitent bien un développement de leur région, qui leur épargnerait l'émigration, mais qu'ils conçoivent ce développement surtout en termes d'emplois non-agricoles, d'infrastructures scolaires, d'essor des activités de loisir et, plus généralement, d'amélioration du village. C'est pour répondre à une demande populaire de même type que l'état congolais avait opté lors de son premier plan quinquennal (1982-] 986) pour la politique des « villagescentres », dont la réalisation a malheureusement été entravée par la chute concomitante du prix du pétrole et de la valeur du dollar. Retenons ceci des exemples camerounais et congolais: si l'on veut retenir la population dans les campagnes, il est aussi important d'y développer des activités nonagricoles que d' Yaméliorer les performances de l'agriculture.

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Les échanges villes-campagnes: flux de revenus pour les ruraux La production alimentaire

flux de vivres pour les citadins et

L' auto suffisance alimentaire est proclamée comme un objectif prioritaire par la plupart des gouvernements africains: en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Congo, par exemple, où l'on disait vouloir l'atteindre « en l'an 2000 ». En effet dans ce pays les citadins se plaignent de la hausse des prix des vivres « locaux », c'est-à-dire produits au Congo ou venant du Zaïre voisin; B.M. Mengho attribue cette hausse des prix aux intermédiaires: elle ne profite pas aux producteurs et ne stimule donc pas la production; elle est due à la divergence entre une demande en croissance rapide et une production qui ne suit pas... Elle ne suit pas aussi et surtout parce que la population paysanne vieillit et ne s'accroît guère: le refus du travail de la terre par l'immense majorité de la jeunesse est un des moteurs de l'exode rural, responsable de la diminution de la force de travail dans bien des campagnes congolaises. L'essor de la production alimentaire pourrait certes se faire avec moins de bras si des systèmes de production plus efficaces étaient utilisés, mais tant d'obstacles s'opposent à une telle évolution qu'elle est improbable, au moins à court terme. Pour faire face à cette situation les citadins assurent eux-mêmes une partie de la production alimentaire nécessaire à la ville d'où l'existence d'une agriculture urbaine et périurbaine ; le pouvoir politique a tenté sans grand succès de résoudre le problème par la création d'un réseau de fermes d'état dont le fleuron était et demeure le complexe agro-industriel de Mantsoumba, dans la vallée du Niari, chargé de produire de la farine de manioc (foufou). Si l'agriculture congolaise est surtout tournée vers l'approvisionnement des villes du pays, il n'en est pas de même en Côte d'Ivoire et au Cameroun où l'agriculture d'exportation joue un rôle majeur dans l'économie. La surproduction mondiale de cacao, en particulier, a entraîné une forte baisse des prix d'achat au producteur (40 % au Cameroun) et des revenus des planteurs. Il est probable, malgré une légère hausse récente du cours mondial, que cette crise du cacao sera durable: les causes les plus directes en sont la montée en puissance des producteurs asiatiques voire américains et le vieillissement du verger africain; certes il y a des marchés de consommation à fort potentiel de développement comme l'Europe de l'est et l'Asie de l'est, où certains pays, comme la Chine, élèvent rapidement leur niveau de vie, mais on ne peut attendre à court terme un essor important de la demande de ces pays et du reste cet essor n'est même pas certain: le chocolat est un produit culturel dont l'adoption n'est nullement garantie même quand le niveau de vie s'élève. Cette crise de l'agriculture d'exportation constitue-t-elle une chance pour l'agriculture vivrière et la politique d'autosuffisance alimentaire? Ce n'est pas certain: dans le département d'Agboville, dans le sud-est de la Côte d'Ivoire, les vivres sont largement un « sous- produit» des plantations de café et de cacao: si l'on ne crée plus de plantations la production de vivres stagne; on observe bien une timide reconversion de l'agriculture locale vers le vivrier commercial, mais l'on n'a pas l'impression pour l'instant que s'installe un dynamisme nouveau. Pour ce qui est du Cameroun, B. Losch 20

estime que les alternatives à la cacaoculture sont encore peu nombreuses: pour stimuler la production de vivres, il faudrait en faciliter davantage le commerce, en améliorer les conditions de stockage et susciter la création d'unités de transformation de ces produits; la promotion de l'élevage exigerait une aide technique et financière aux éleveurs.
La consommation alimentaire

Dans bien des pays la consommation alimentaire a évolué notamment sous la pression des prix, qui ont le plus souvent connu une tendance divergente: hausse des prix des produits locaux liée à une production qui n'a pu suivre une demande en croissance rapide, elle-même conséquence de l'urbanisation et du maintien d'une forte natalité; et maintien à des prix relativement bas d'aliments importés (farine de bl~, riz, viande et poisson congelés) souvent grâce à des subventions de l'Etat soucieux, pour des raisons politiques, d'assurer une alimentation à coût supportable pour la population urbaine. C'est ainsi qu'en Côte d'Ivoire, malgré une politique officielle d'autosuffisance en riz, les importations n'ont jamais cessé. Au Congo le pain est devenu l'aliment de base pour le petit déjeuner et sa part dans les autres repas de la journée ne cesse de s'accroître au détriment du manioc; de même le poisson et la viande surgelés ont conquis une place importante dans l'alimentation des citadins congolais aux dépens du gibier et des formes traditionnelles de consommation du poisson (fumé pour le poisson d'eau douce, salé pour le poisson de mer). A ces aliments majeurs il conviendrait d'ajouter que l'essentiel de l'huile alimentaire, le sel, la sauce tomate, le laurier et les arômes culinaires (on dit: «la Maggi », prononcé comme magie), qui sont d'un usage généralisé, sont aussi importés. Malgré cette évolution largement dictée par l'évolution des prix, on observe une certaine « résistance» du manioc et du gibier, due à des raisons culturelles: pour satisfaire leur goût affirmé pour ces aliments la majorité des citadins sont prêts à y mettre le prix... quand ils le peuvent. Notons aussi que, selon l'étude de J.-c. Torreilles (du CIRAD), la consommation de légumes-feuilles, qui abondent dans presque toutes les sauces au Congo, n'est pas freinée par les variations saisonnières de leur prix. Ce qui vient d'être dit pour Brazzaville et les villes congolaises est à peu de choses près valable pour Kinshasa, à la différence cependant que la substitution d'aliments importés aux vivres locaux y est nettement moins prononcée.
Le commerce des vivres

Pour tenter d'assurer une certaine organisation dans le commerce des vivres, garantissant aux populations urbaines en croissance rapide une alimentation suffisante et à priJCsupportables, de nombreux gouvernements avaient décidé d'impliquer l'Etat dans cette filière économique: on peut citer comme exemples le Burkina Faso avec l'Office National des Céréales (ONACER) et le Congo avec l'Office des Cultures Vivrières (OCV) ; l'utilité de ces interventions est discutée: au Burkina Faso elle peut 21

apparaître comme régulatrice du marché céréalier limitant la spéculation sur les grains, même si certains Burkinabè dénoncent des dysfonctionnements et des dérives regrettables. Au Congo l'OCV n'a certes pas accumulé les bénéfices et il est vrai que les paysans se sont toujours plaints de ses retards et de ses carences; mais il est vrai aussi qu'il assurait bon an mal an quelques revenus dans des villages enclavés où aucun commerçant privé ne serait venu vu l'état des routes, la longueur du trajet et les maigres quantités produites. Mais dans des pays (ou des régions) plus densément peuplés (où la production commercialisable par kilomètre de route est bien plus forte), ou plus accessibles (meilleure rentabilité du transport) et où le secteur privé est plus dynamiq\}e, on peut davantage mettre en cause l'intérêt d'une intervention de l'Etat dans ce domaine: c'est le cas au Congo dans les régions proches des voies ferrées ou des routes nationales I et 2 et c'est le cas au Cameroun, bien sûr 1. D'une manière générale d'ailleurs les politiques d'ajustement structurel imposées par l~s institutions financières internationales ont pour effet de désengager l'Etat du commerce, ce qui, du reste, pose de nouveaux problèmes: dans les régions enclavées où le commerce des vivres est peu rentable pour le secteur privé, il risque d'y avoir effondrement des revenus et de la production, ce qui peut accroître les difficultés d'approvisionnement des villes d'un côté et réactiver l'exode rural de l'autre. La sécurité alimentaire des grandes villes d'Afrique repose largement sur l'activité des commerçants privés nationaux, qui sont souvent des femmes (au Togo, au Bénin, au Congo par exemple) et s'appuie sur le réseau des centres urbains secondaires qui sont souvent la véritable interface entre le monde rural et le marché de consommateurs de la grande ville, non seulement comme lieu d'échanges, mais aussi comme lieu d'« apprentissage» du métier de commerçant de vivres en raison de la présence à proximité immédiate des lieux de production d'un petit marché de consommateurs aux besoins plus diversifiés et au pouvoir d'achat plus élevé que ceux de la population rurale 2. Le Laboratoire d'économie des filières du Département des cultures annuelles du CIRAD s'est intéressé particulièrement au commerce des légumes à Brazzaville; il anime une équipe de recherche pluridisciplinaire comprenant plusieurs géographes et associant des chercheurs de la Direction Générale de la Recherche Scientifique et Technique du Congo et d'Agricongo (une filiale « agricole» d'ELF-Congo dont le but est la modernisation de l'agriculture). Les premiers résultats sont fort intéressants. L'étude montre par exemple comment les contraintes de temps et les coûts de la commercialisation empêchent nombre de maraîchers citadins de vendre directement leurs produits aux consommateurs; à cela s'ajoutent des facteurs d'ordre sociologique: l&quasi-monopole de fait des femmes dans le

1. Defo, T., « Organismes publics face au secteur libre dans la commercialisation des produits vivriers: le cas du Cameroun », Économie Rurale, 1989, na 194, pp. 23-28. 2. Lancon, P., « Centres urbains secondaires et commercialisation des produits vivriers au Togo », Économie rurale, 1989, na 190, pp. 33-39. 22

commerce des légumes décourage l'initiative masculine dans ce domaine 1.
Un autre enseignement de ces études c'est la souplesse de l'adaptation de l'offre à la demande, qui se fait de plusieurs manières: 1) variation saisonnière des prix de l'unité de vente (le tas, la botte, la paquet.. .), mais le plus souvent avec seulement un prix pour la période d'abondance et un prix pour la période de pénurie; 2) variation permanente de la quantité de légumes proposée par unité de vente (selon l'heure de la journée, selon le quantième du mois, selon la saison) pour adapter l'offre à l'état de fraîcheur de la marchandise, à l'évolution mensuelle de la situation financière des ménages de fonctionnaires et à l'abondance de la production; et 3) réajustement après la vente du prix d'achat au producteur en fonction des recettes effectives, grâce aux relations de confiance établies par les deux parties et au fait que la production est souvent enlevée à crédit par la Brazzaville, et, au-delà d'elles-mêmes, beaucoup de familles, mais il ne mène pas à la fortune: d'abord parce que les marges bénéficiaires et les quantités vendues sont souvent faibles; ensuite parce que le mode de vie urbain brazzavillois requiert: 1) des dépenses de séduction (pagnes wax, produits de beauté, bijoux) ; 2) des dépenses sociales (boisson, cotisations familiales relatives à la mort ou à la maladie) ; et 3) des investissements pour le logement (achat d'une parcelle, puis construction) ; toutes ces dépenses entravent l'accumulation de capital et détournent les bénéfices de l'investissement pour l'expansion de l'activité commerciale.
Complémentarité campagnes insuffisante et compétition pour les vivres entre villes et

commerçante 2. Le commerce des légumes fait vivre beaucoup de femmes à

Hors de la zone sahélienne les conditions écologiques ne peuvent guère être mises en cause pour expliquer le déficit vivrier des pays africains: un pays comme le Cameroun, par exemple, a évidemment les ressources naturelles nécessaires pour s'autosuffire en maïs et même pour exporter; mais le fait est que les campagnes ne produisent pas assez et que les brasseries et les usines d'aliments pour animaux sont obligées de s'approvisionner sur le marché international; la production des campagnes n'arrive même pas à satisfaire la demande des ménages urbains, en croissance rapide en raison et de l'exode rural et du croît naturel élevé des populations urbaines. Les paysans se rendent-ils compte qu'il y là un marché intérieur à reconquérir? Si oui, qu'est-ce qui les empêche de mieux répondre

à la demande?

3

1. Ofouémé, Y., « Stratégies des acteurs et organisation de filières de commercialisation des légumes à Brazzaville », in Économie des filières en régions chaudes, Actes du Xe séminaire d'économie et de sociologie (1989, Montpellier), CIRAD, 1990, pp. 585-595. 2. Moustier, P. et Naire, D.L., « Performance du système de commercialisation des légumes à Brazzaville: un essai d'évaluation socio-économique », ibidem pp. 567-580. 3. Douya, E., « Des dynamiques des filières maïs au Cameroun », in Griffon, M. (éd.), Économie des filières en régions chaudes, Actes du Xe séminaire d'économie et de sociologie (1989, Montpellier), CIRAD, 1990, pp. 419-437. 23

Les campagnes congolaises, comme les malgré des conditions écologiques favorables, maïs pour les besoins des villes et notamment péri-urbains, qui sont obligés bien souvent

campagnes camerounaises, ne produisent pas assez de pour les élevages modernes de se fournir en maïs à

l'étranger: ainsi la SOC~VILOU, société avicole fondée par M. Doumeng 1
en collaboration avec l'Etat congolais, et qui avait jusqu'à récemment une grosse exploitation dans la banlieue de Pointe Noire, importait l'essentiel de son maïs du sud-ouest de la France. Pour protéger les consommateurs urbains contre les hausses des prix alimentaires, dues ou non à l'insuffisance de la production, bien des gouvernements africains ont mis en place des prix imposés et un système de contrôle: au Congo ce furent les « mercuriales» affichées dans les marchés et les interventions répressives des miliciens: elles n'ont eu d'autre effet que de décourager encore un peu plus les paysans de produire. Au Togo de même les mesures administratives prises par Togograin pour stabiliser les prix du maïs, du petit mil, du sorgho, des haricots et du riz n'ont pas donné les résultats escomptés et ont même, dans certains cas, provoqué une hausse

des prix 2.
La demande urbaine en vivres peut représenter un danger pour la sécurité alimentaire et, plus généralement, pour la bonne alimentation des populations rurales: en voici des exemples pris au Congo et au Zimbabwé : au Congo, où l'aliment de base est le manioc, c'est dans les campagnes les moins enclavées que le problème de la sous-alimentation se pose: l'attrait pour l'argent fait que l'on préfère vendre pour la ville plutôt qu'à son voisin; cela s'explique ainsi: il y a un prix pour la ville, supérieur au prix pratiqué au sein du village; la morale interdit de vendre à un voisin au prix de la ville... mais n'oblige pas à lui vendre; ainsi les familles nonproductrices (ménages de fonctionnaires) ou dont la production alimentaire est insuffisante (à cause d'une maladie ou de l'âge etc.) ont du mal à s'approvisionner sur place; ajoutons que le problème de la malnutrition peut même se poser dans les ménages qui produisent des quantités de vivres bien supérieures à leurs besoins mais qui en vendent une trop grande partie pour satisfaire des besoins ou des désirs non-alimentaires. Au contraire dans les régions enclavées il y a surproduction de vivres faute d'écoulement par le commerce, mais la population est mieux nourrie... Au Zimbabwé si l'organisation actuelle du marché des céréales a stimulé la production et élevé les revenus des petits producteurs dans les campagnes à fort potentiel de production, en revanche cette organisation est en partie responsable de l'insécurité alimentaire que connaissent les ménages pauvres des régions semi-arides: en effet l'Office de commercialisation des céréales draine vers les villes des quantités croissantes de grains, qui manquent ensuite dans les campagnes où .les ménages sont contraints, quand ils sont
1. Homme d'affaires français, aujourd'hui décédé, et qui était connu sous le surnom de « milliardaire rouge» en raison de ses liens d'affaires avec les pays marxistes-léninistes; de 1970 à 1990 le Congo a été une République populaire officiellement marxiste-léniniste. M. Doumeng était notamment spécialisé dans le commerce des grains et plus particulièrement dans l'exportation de maïs. 2. Agbodan, M.T., «Prix officiels et prix d'équilibre des denrées alimentaires: le cas du maïs et du mil à Lomé », Afrique et Développement, v. 14 (4), 1989, pp. 83-93. 24

dans le besoin, d'acheter bien plus cher de la farine de maïs provenant des villes (où sont les minoteries) ; c'est là un effet pervers de la politique de commercialisation agricole en matière de prix et d'organisation des marchés. Les universitaires auteurs de cette étude proposent pour y remédier une restructuration du système de commercialisation des céréales qui favorise le commerce de campagne à campagne; ils pensent que cela permettrait à la fois d'accroître les revenus des ménages ruraux les plus pauvres et de
diminuer les coûts de transport et de stockage à la charge du gouvernement
1.

Les importations de céréales et les relations villes-campagnes Le commerce des vivres nécessaires aux villes africaines n'est pas seulement national: on a évoqué plus haut à diverses reprises la question de l' « autosuffisance alimentaire» et les importations. Ces importations, qui sont constituées surtout de produits céréaliers (grains ou farines), sont faites en principe pour remédier à l'insuffisance de l'offre de vivres sur le marché national; mais ne contribuent-elles pas à cette insuffisance? ne sont-elles pas nuisibles au développement de l'agriculture nationale? et, au bout du compte, n'aggravent-elles pas à terme le problème qu'elles sont censées résoudre à court terme? Ce problème a été étudié par des chercheurs du Département d'économie agricole de l'Université de Guelph (Canada) ; leur conclusion est que dans la majorité des cas c'est bien l'urbanisation qui est le moteur des importations et non l'inverse; mais ils trouvent aussi que quand ces importations se sont faites sous forme d'aide alimentaire, alors elles ont accéléré l'urbanisation 2. Pour limiter ces importations de céréales, il faut accroître la production locale en valorisant les céréales locales afin que le développement des villes entraîne le développement des campagnes. Pour ce faire il convient d'abord d'observer les comportements alimentaires: c'est ce qu'a fait une équipe de chercheurs du CIRAD, qui a présenté au Congrès sur les Politiques céréalières dans les pays sahéliens (Mindelo, Cap Vert, 1986) un rapport décrivant la grande variété des recettes à base de céréales locales et plaidant pour la préservation de cette variété 3. Conscients de l'importance économique et politique de la valorisation des

céréales africaines, le CILLS et le Club du Sahel ont lancé le « Programme
régional de promotion des céréales locales au sahel» (PROCELOS) auquel adhèrent 5 pays de l'Afrique de l'ouest: Sénégal, Gambie, Mali, Burkina Faso et Bénin. Au cours de la phase préparatoire une dizaine d'expériences
1. Jayne, T.S. et Chisvo, M., «Unravelling Zimbabwe's food insecurity paradox implications for grain market reform in southern Africa », Food Policy (U.K.), v. 16 (4),1991, pp. 319329. 2. Tabi, J., Howard, W.H. et Phillips, T., «Urbanization and food imports in sub-saharan Africa », Agricultural Economics (Netherlands), 1991, v. 6 (2), pp. 177-183. 3. Sautier, D, Odeye, M. et Bricas, N., «Transformation et commercialisation: la valorisation des céréales locales sahéliennes », Rapport principal, OCDE/Club du Sahel, Paris, 1987, 240 p. 25

ont été menées: fabrication de farine infantile, essai d'un décortiqueur à mil et à maïs, création de mini-minoteries, diffusion de moulins à traction animale etc. Pour la phase opérationnelle les spécialistes du CIRAD proposent un programme en six points parmi lesquels on peut retenir la diffusion de décortiqueurs, la fabrication de farines infantiles et la création de mini-minoteries 1. La diffusion de mini-minoteries est aussi à l'ordre du jour à l'autre bout de l'Afrique: au Botswana, dans ce qu'on pourrait appeler le Sahel austral: là aussi on a constaté que le sorgho et le petit mil, céréales bien adaptées aux régions à courte saison des pluies, ont été négligés par la recherche agronomique et par les politiques agricoles. Des chercheurs ayant montré que le coût du décorticage et de la mouture du sorgho poussait les femmes à acheter de la farine de maïs et du riz importés, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada y a lancé un projet de diffusion de mini-minoteries; en 1986 il y en avait 25 qui fonctionnaient pour l'ensemble du pays, dont près de la moitié (11) appartenaient à des privés. Mais la concurrence devint dure et le marché urbain fut bientôt contrôlé, pour l'essentiel, par 4 ou 5 meuniers seulement: pour lutter contre cette tendance monopolistique le gouvernement a dû adopter une politique de limitation de la taille des entreprises de meunerie et d'autorisation

préalable 2.
La nécessité économique de valoriser les céréales locales concerne aussi le Cameroun: dans une communication au Colloque international de technologie organisé à Ngaoundéré en 1988 par l' AUPELF-UREF et l'OUA, un groupe de chercheurs a souligné combien l'évolution des habitudes alimentaires des citf.dins africains depuis 20 ans a déséquilibré les balances commerciales des Etats et aggravé l'exode rural en pénalisant l'agriculture vivrière locale, qui subit la concurrence des grains importés dans des conditions n'ayant rien à voir avec l'économie de marché; ils proposent de trouver des solutions à ce problème en valorisant dans les villes les produits des campagnes environnantes: pour le Nord-Cameroun, par exemple, ils proposent l'introduction de farines de sorgho et de maïs au pain; ils estiment que l'opération serait rentable. .. mais reconnaissent que le procédé envisagé n'est pas tout à fait au point. . .3 La valorisation de la production agricole locale est une piste de recherche et comporte certainement des solutions pour r avenir des campagnes et des villes africaines, mais ce n'est pas la seule: on pourrait aussi améliorer la compétitivité des céréales africaines en minimisant les pertes au champ et après récolte: lutte contre les insectes ravageurs du petit mil, du sorgho, du maïs et du riz, qu'il s'agisse des insectes volants (comme les criquets) ou de
1. Bobo, L., Bricas, N. et Muchnik, J., Promotion des céréales locales au Sahel: initiatives locales et environnement macro-économique, Altersial/GRET/PROCELOS, Paris, 1988,61 p. 2. Schmidt, O.G., «Sorghum processing, Botswana », in The greening of aid: sustainable livelihoods in pratice, Earthscan Publications, Londres, 1988, pp. 128-133. 3. Truchetto, V., Imbs, G., Kayen G.J. et Parmentier, M., « Valoriser les céréales locales en grande consommation, une nécessité pour l'économie des pays africains », in Parmentier, M. et Foua BI, K. (éd) : Céréales en régions chaudes: conservation et transformation, Colloque international de technologie (Ngaoundéré, Cameroun, 1988), John Libbey Eurotext, Paris, 1989, pp. 309-325. 26

l'entomofaune du sol; lutte contre les oiseaux et les rongeurs dans les champs; lutte contre les maladies des plantes; amélioration du stockage pour protéger la récolte contre la moisissure, les rongeurs et les insectes térébrants. On mesure ici toute l'importance des recherches en phytopathologie (quand il y a lieu) et de l'application des techniques de lutte (quand elles sont déjà connues). Deux autres pistes encore, parmi d'autres, sont à emprunter pour accroître la compétitivité du travail paysan en Afrique: l'amélioration des rendements par l'utilisation d'engrais (encore très faible) et l'emploi de semences ou de boutures améliorées (relativement répandu pour le coton, l'arachide, le riz, le maïs, mais guère pour le sorgho, le petit-mil, le manioc, l'igname, la banane plantain.. .). Ces deux directions supposent, pour se développer, des structures de soutien: usines d'engrais, fermes semencières et réseaux de distribution.

Conclusion

Parmi les problèmes que posent actuellement les relations villes-campagnes en Afrique noire il y a encore et toujours l'exode rural, responsable du vieillissement et de 1'« écrémage» de la population active agricole; cette population parvient de moins en moins bien à satisfaire la demande des villes, que ce soit celles des ménages ou celles de l'industrie alimentaire pour les hommes et pour l'élevage; les politiques de commercialisation ont généralement favorisé les consommateurs urbains; mais le plus grave est peut-être que les importations de vivres pour satisfaire la demande urbaine se font dans des conditions qui ne sont même pas celles du marché et constituent une concurrence pour les agricultures nationales. La tension sur les marchés des vivres à l'intérieur des frontières, à cause de la demande urbaine, entraîne dans certaines régions rurales une raréfaction des aliments et une hausse de leurs prix qui peut avoir pour conséquence une sousalimentation d'une partie de la population dans les campagnes. Pour remédier à ces problèmes les solutions envisagées sont le développement d'activités non-agricoles dans les campagnes (nécessaire pour freiner l'exode rural), la valorisation des productions vivrières locales, la remise en cause des politiques d'importation de vivres et l'accroissement des rendements grâce à l'application des résultats de la recherche agronomique lato sensu. En ce gui concerne la commercialisation des vivres locaux, le désengagement de l'Etat, préconisé par les institutions financières internationales, peut avoir un effet stimulant dans les régions bien accessibles, mais risque de se révéler désastreux pour les campagnes les plus mal reliées aux villes qui bénéficiaient, avec les offices de commercialisation, de clients certes imparfaits, mais qui avaient le mérite d'exister et de venir enlever la production au village sans considération de rentabilité. Ces régions risquent d'être de plus en plus désertées.

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CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE DES RELATIONS VILLES-CAMPAGNES: LES RAPPORTS DES EXPERTS DE LA F.A.O. Hélène d'ALMEIDA-TOPOR
Le fonds documentaire très abondant consultable au siège de la FAO\ à Rome, contient une mine d'informations susceptibles de contribuer à la connaissance des relations villes-campagnes dans les domaines répondant à la vocation de l'organisation internationale et, par voie de conséquence, dans tous les secteurs d'activité qui lui sont liés, de près ou de loin. Au chercheur d'y trouver sa manne... Dans cette optique, nous avons surtout consulté les rapports d'experts en alimentation et nutrition. Il s'agissait, en effet, d'étudier les conséquences de l'urbanisation à la fois sur l'évolution de la production agricole vivrière et sur celle des modèles de consommation alimentaire dans les campagnes. La brièveté de notre mission nous a conduit à limiter nos investigations dans le temps (à partir de la fin des années 1970) et dans l'espace (les pays francophones). Nous ne présentons donc ici que la première étape d'une recherche destinée à être étendue et approfondie.

Des documents liés à une stratégie de développement rural Les rapports des experts répondent à des objectifs précis dont la détermination constitue la première démarche du chercheur. Il nous faut situer leurs auteurs dans l'organigramme de l'organisation, connaître le but de leur mission: exposer une situation d'ensemble, proposer une expertise préliminaire à l'élaboration d'un projet particulier, rendre compte du déroulement d'un programme etc. Il est non moins indispensable de
1. Nous tenons à remercier ici, pour leur aide, les conservatrices de la Bibliothèque centrale de la FAO ainsi que celles de la section de Nutrition. 2 Il peut s'agir de rapports rédigés par des représentants permanents de la FAO dans un pays, de rapports de mission d'experts ou de consultants, de comptes-rendus de conférences par thèmes ou par régions, de séminaires ou d'ateliers. Certains rapports comprennent des bibliographies et des annexes détaillées. Citons, à titre d'exemple, Oshaug Anne, Pedersen Jon etalii, Bibliographie sur la sécurité alimentaire, la nutrition et les femmes dans le Sahel, annexe n° 5 au rapport d'étape, sécurité alimentaire/femmes, juin 1992. (cote PAM 612.39). 29

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