//img.uscri.be/pth/7f7af381cbea190861ed3702102067d2c7d6d1a1
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,15 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

JUSTICE ET VÉRITÉ POUR LA BOSNIE-HERZÉGOVINE

De
144 pages
La première partie de cet ouvrage retrace la chronologie de la guerre en Bosnie: l'enjeu n'était pas de prendre parti pour un peuple contre un autre, mais de s'opposer à une invasion fasciste dont la politique planifiée de terreur et de massacres répondait à la définition du génocide en droit international. La deuxième partie souligne la complicité écrasante de l'État français avec les envahisseurs, à partir des décisions du général français Morillon, prototype de la classe politique et militaire française…
Voir plus Voir moins

Andrée Michel

JUSTICE ET VERITE POUR LA BOSNIE-HERZEGOVINE

,

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Sociologie de lafamille (3e édition).

-

et du mariage, P.U.F., 1986

- Vaincre le sexisme dans les /ivres pour enfants et les manuels scolaires, Unesco, 1986. - Le Féminisme, Collection Que Sais-Je? P.U.F., 2001 (7e édition).
- Surarmement, Pouvoirs, Démocratie, - avec Floh : Citoyennes militairement l'Harmattan, 1999. L'Harmattan, incorrectes, 1995.

Sous la direction d'A. Michel:

- Femmes, sexisme, sociétés,

PUF,1977.

- Les Femmes dans la société marchande, PUF,1978. - Femmes et Multinationales, Karthala, 1981. (avec Agnès Fatoumata Diarra et Hélène Agbessi-Dos Santos).

Andrée Michel

JUSTICE ET VERITE POUR LA BOSNIE-HERZEGOVINE

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Illustrations

Dessin: Sur la couverture de l'ouvrage, sous le titre: Caricature de Floh : « Quel massacre? »

Cartes:

- Cartel:

« Les républiques

et provinces

autonomes de la

fédération yougoslave» (1945-1991)) in Xavier Bougarel : Bosnie, Anatomie d'un conflit, Paris, La Découverte, 1996, p. 9. - Carte 2 : "Le plan américain approuvé à Dayton», in Xavier Bougarel, Bosnie, Anatomie d'un conflit, opus cité, page 149.

L'auteure de cette étude remercie celles et ceux qui lui ont fait part de leurs observations et critiques lors de la sortie de la première version de ce document.

(QL'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1753-5

PREMIERE PARTIE

SARAJEVO, SREBRENICA
Souviens-toi

(Essai pour rendre intelligible une guerre que beaucoup de Français ont renoncé à comprendre)

Paris, juin 1996

Préambule

Le but de ce document est d'offrir des informations et une réflexion permettant d'aller à contre-courant de cette "perte du sens" des enjeux d'une guerre où ont sombré bon nombre de Français soit par ignorance, soit par paresse intellectuelle ou alignement sur fIlaraison d'Etat". Avec le concours des médias, cette raison d'Etat a été dissimulée sous la rhétorique de la "neutralité" et du "maintien de la paix" et les Etats occidentaux l'ont légitimée par des accords qui n'ont jamais fait qu'entériner le fait accompli de la conquête territoriale et de la purification ethnique. "En négociant le non-négociable", ils ont provoqué le désarroi des citoyens européens qui n'avaient ni le temps ni les moyens de s'informer pour identifier les enjeux et les responsabilités dans la guerre contre la Bosnie. Ce phénomène, particulièrement accusé en France, a généré "le phénomène classique mais pervers du mélange voire de l'inversion des responsabilités... A la confusion, consciente ou non, des responsabilités s'ajoute celle des symptômes et des causes: on ne fait plus la différence entre un nationalisme épurateur, délibéré, de sinistre mémoire et les réactions amères de certains habitants de Sarajevo que ne veulent plus, après deux ans de siège, de société pluriculturelle... Hanna Arendt le disait à sa manière à propos de ceux qui assistaient sans rien faire à un génocide. Comme c'est impossible à assumer, ils ne leur restent plus qu'à le nier" (1). Les révisionnistes n'existent pas qu'après coup. Pour ceux/celles qui ont vécu la guerre d'Algérie, il suffit de se rappeler les polémiques sans fin sur les exactions du F.L.N. de la part des intellectuels d'un pays qui, pendant 130 ans, avait utilisé la terreur, le massacre et la torture pour soumettre un peuple chaque fois qu'il se révoltait contre la domination colonialiste. C'était là une Il

bonne diversion pour renvoyer dos à dos les deux belligérants et tolérer l'intolérable, à savoir la poursuite d'une politique de répression sous l'égide d'une armée d'occupation, composée de 500 000 militaires bien équipés. Malgré le discours dominant concernant la guerre contre la Bosnie, il y a eu un agresseur et des agressés, une idéologie, des antécédents impliquant une planification et l'utilisation délibérée par l'agresseur des moyens de terreur, tous éléments, généralement passés sous silence mais dont la mise en évidence pennet d'identifier l'enjeu principal de ce conflit non seulement pour la paix dans cette région du monde mais aussi pour l'avenir de l'humanité toute entière.

12

Agresseurs et agressés L'image de"belligérants", renvoyés dos à dos pour la responsabilité de la guerre par la diplomatie occidentale et reprise par des médias, permet d'éluder la responsabilité de l'Etat serbe dans l'agression des Républiques slovènes, croates et bosniaques. Même si les grandes puissances ont eu une responsabilité évidente dans le démantèlement de l'ancienne République de Yougoslavie, il serait trop facile de s'en tenir là, comme certains le font. Ce n'est pas parce que la France et l'Angleterre ont eu une responsabilité énorme dans la venue d'Hitler au pouvoir qu'il ne fallait pas désigner par son nom l'ennemi à abattre, à savoir le fascisme et la politique génocidaire pratiquée par les nazis. Au début de la deuxième guerre mondiale, des arrièrepensées ont certainement hanté l'esprit des dirigeants des Etats-Unis en envoyant des armes à l'Anglerre, écrasée sous les bombes allemandes, et à l'Union Soviétique, sans moyens suffisants au début pour repousser l'invasion nazie. Ce n'est pas pour autant qu'il aurait fallu que ces deux pays refusent cette aide et livrent ainsi leurs peuples respectifs et toute l'Europe à la domination fasciste. Pour plaire aux stratèges en chambre dissertant sur l'intention des Etats-Unis ou des pays arabes de lever l'embargo sur les armes au profit de la Bosnie, fallait-il que, pour résister au fascisme des tchetniks, les Bosniaques, écrasés par les bombes et les massacres, refusent les aides militaires qui leur parvenaient, quelle qu'en ait été la provenance? C'est d'ailleurs au mépris des conventions internationales signées par eux que les Européens ont, par l'embargo, laissé les Bosniaques désarmés face à l'agression de l'Etat de la Serbie et des tchetniks, entérinéant ainsi le droit du plus fort et "la purification ethnique". Il convient donc de procéder aux clarifications qui s'imposent.

13

Si dans les guerres contre hl Slovénie et la Croatie sur lesquelles on n'instera pas ici, il n'y a eu qu'un agresseur, l'Etat de la Serbie et ses milices, dans la guerre contre la Bosnie il y a eu deux agresseurs, les chefs politiques et militaires et leurs milices tchetniks de la République de Serbie et les chefs politiques et militaires de la République de Croatie et leurs milices oustachis. Le premier agresseur de la République de BosnieHerzégovine est constitué par le gouvernement de la Serbie, présidé par Milosevic. Obligé de reconnaître l'indépendance des républiques de Slovénie et de Croatie, à la suite de l'intervention de la commuanuté internationale, Milosevic reporte son ambition de réaliser la "Grande Serbie" sur les territoires de Bosnie-Herzégovine. Au contraire de la Slovénie et de la Croatie qui revendiquaient leur indépendance depuis longtemps, le Président de la République de Bosnie-Herzégovine avait tout fait pour rester dans l'ex-Yougoslavie. Mais il fallut se rendre à l'évidence: après les massacres et les destructions de Vukovar et de sa région lors de la guerre menée par l'Etat de la Serbie contre la Croatie, après l'annonce dès septembre 1991 par le dissident tchetnik, Radovan Karadzic, fondateur du SDS (Parti démocratique serbe), de la création d'une "république serbe de Bosnie-Herzégovine" dont il exigeait le rattachement à la nouvelle République de Yougoslavie, les autorités de Bosnie-Herzégovine comprirent que le maintien de cette République dans l'ancienne Fédération yougoslave signifiait l'annexion au sein de la "Grande Serbie" et la perte de toute autonomie. A ce moment, il était encore temps pour la communauté internationale de prévenir la guerre en envoyant sur le terrain des Casques bleus à la frontière séparant la Serbie de la Bosnie-Herzégovine. Au lieu de cela, renonçant à sa mission de prévention de la guerre et ayant déjà opté pour la suprématie de la Serbie, la communauté internationale exigea que les autorités de Bosnie-Herzégovine procèdent à un référendum, en vue de consulter la population 14

sur l'indépendance. Les 29 février et 1er mars 1992, 99% des électeurs de la République de Bosnie-Herzégovine (sur une participation de 63,4% des électeurs inscrits) se prononcèrent pour l'indépendance par rapport à "la nouvelle République yougoslave", les tchetniks de Bosnie refusant de participer au vote. Ces élections entrainent la reconnaissance de l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine par la communauté internationale et l'exigence du retrait de l'armée yougoslave hors de la Bosnie-Herzégovine. Refusant cette injonction, quelques jours plus tard, des éléments de cette armée, appuyés par les milices tchetniks, créées par la nouvelle République autoproclamée de Pale, sous l'instigation de son chef, Radovan Karadzic, font régner la terreur sur les populations civiles des territoires occupés de Bosnie-Herzégovine et engagent les hostilités contre la toute nouvelle armée bosniaque, dépourvue de moyens militaires. Un mois plus tard, en avril 1992, les mêmes agresseurs commencent le siège de Sarajevo et bombardent la ville (2). Il est donc clair que, selon la loi internationale de la guerre, il y a eu un agresseur et des agressés, des envahisseurs et des envahis, des assaillants et des assiégés et non pas fIdesparties belligérantes", ayant une responsabilité égale dans le déclenchement de la guerre contre le Bosnie. Le second agresseur est constitué par l'Etat croate dont le Président Tudjman utilisa les milices oustachis de Bosnie-Herzégovine (le HVO) afin de réaliser la "Grande Croatie" en s'emparant des territoires situés dans cette République. Ces derniers prirent le relai des Serbes pour chasser les Bosniaques, dits Musulmans, de la région de Mostar et de cette ville, celles-ci étant considérées comme partie intégrante de la Croatie alors que, dans la ville de Mostar, 41% de personnes qualifiées de "Musulmanes" coexistaient avec 40% de Croates. Avant le déclenchement de cette guerre, Milosevic et de Tudjman avaient conclu un accord sur le découpage de la Bosnie, accords qui 15

furent relayés par des rencontres dès 1992 entre les chefs des milices tchetniks et oustachis (3). Tandis qu'à la tête des premiers, Karadzic proclama la Republika Srpska (dite encore République de Pale), Mate Boban, à la tête des seconds à l'ouest de la Bosnie, créa la République de l'Herzeg-Bosna. Les agressés sont les Républiques de Slovénie et de Croatie d'abord, de Bosnie-Herzégovine ensuite, dont les frontières ont été reconnues par la communauté internationale. A l'exception de la Slovénie, dans ces républiques, tantôt les Serbes constituent une minorité plus ou moins importante de la population (Slavonie, villes bosniaques), tantôt une majorité comme en Krajina ou dans certaines régions rurales de Bosnie. Dans les deux cas, la devise de l'Etat de Serbie "là où est une tombe serbe, là est le territoire serbe", lui permet de légitimer l'annexion par la force des régions de Bosnie où vivent des Bosniaques d'origine serbe. Idéologie des nationalistes de Serbie sur la supériorité de "l'ethnie" serbe. Toute référence à l'ethnie est ici non pertinente comme dans la totalité de ce texte, puisque il est bien connu que Serbes, Croates et Bosniaques appartiennent tous à la même ethnie slave et ont une langue commune dont les variations sont minimes. C'est par ambition politique que Milosevic et sa nomenklatura ont joué la carte du nationalisme auprès du peuple de Serbie. Ils ont déclenché une guerre de conquête pour réaliser "la Grande Serbie", en envahissant des territoires appartenant aux républiques voisines. Ce faisant, ils ont rejeté les idéaux d'égalité et d'amitié, prônés par l'ancienne Ligue des communistes pour souder les six républiques et les deux régions autonomes au sein de la Fédération de l'ex-Yougoslavie, ils ont prôné une politique de

16

la haine, développant dans le peuple de Serbie un délire de persécution pour légitimer "le nettoyage ethnique". L'idéologie dont s'inspirent les dirigeants de l'Etat de la Serbie auprès de leur concitoyens pour légitimer les invasions des pays voisins est celle de la supériorité des Serbes sur les autres composantes (Croates, Bosniaques dits "musulmans", Albanais etc) habitant les différentes Républiques de l'ex-Yougoslavie. En conséquence, l'Etat de la Serbie a le droit de purifier de ses éléments inférieurs les régions revendiquées, de les conquérir par la force, même quand celles-ci sont situées dans des républiques indépendantes: "le regroupement de tous les Serbes sur des terres ethniquement 'nettoyées' était le but de guerre de l'armée serbe, dès la guerre de Croatie en 1991, bien que l'expression ne fût pas encore employée, puis en Bosnie" (4). Il faut d'ailleurs remarquer que plus qu'une expulsion de population, "le nettoyage ethnique" fut une ''purification ethnique" pratiquée par les tchetniks par l'extermination physique des personnes considérées comme indésirables. L'enjeu principal de cette guerre contre la Bosnie ne correspond pas aux raisons généralement invoquées pour masquer l'enjeu principal: ambition des Etats-Unis de s'assurer une tête de pont dans cette région du monde, ambition des fondamentalistes musulmans de s'installer en Europe, rivalités dans les sphères d'influence de la RFA, de l'Angleterre et de la France dans les Balkans, solidarité des Russes avec les Serbes orthodoxes, etc. La réflexion sur ces enjeux ne manque pas d'intérêt mais n'est pas l'essentiel. Enjeux et Enjeu Laissons les spéculations aller bon train et les futurs historiens démêler quelles étaient les motivations des acteurs extérieurs à la guerre entre les Serbes et les Bosmaques. Il ne faut pas que l'arbre masque la forêt, que la 17

spéculation sur les enjeux fasse disparaître la vérité de l'enjeu principal. Or l'enjeu principal, c'est le droit d'une ville, d'un peuple, d'un(e) individu( e), de vivre sans être inquiété( e) sur un même territoire au sein d'une société pluraliste, multinationale, multiethnique, multiculturelle, multiconfessionnelle, etc. C'est ce qu'avait initié, d'ailleurs imparfaitement, le gouvernement de l'ex- Yougoslavie, dirigée par Tito, qui avait eu le grand tort de désigner par le concept de "Musulmans" les hommes et les femmes composant un peuple bosniaque où une majorité d'habitants de confession musulmane et de laïcs coexistait de façon pacifique, depuis des siècles, avec des non musulmans (Juifs, Serbes orthodoxes, Croates catholiques, Albanais musulmans, Tziganes, etc.), les laïcs et les non pratiquants l'emportant sur les dévôts dans la plupart de ces composantes. C'est ce melting pot, cette expérience et cette espérance unique de coexistence pacifique et de paix dans cette région du monde et plus particulièrement à Sarajevo et dans les villes bosniaques que l'armée serbe et ses milices fascistes ont voulu anéantir par la guerre, les bombardements, les tortures, les camps de concentration, les viols et les assassinats de la "purification ethnique'~ avec la complicité des grandes puissances, toujours prêtes à en découdre dès qu'il s'agit de peuples déclarés "musulmans" alors que le peuple bosniaque est plutôt penché vers la culture occidentale. Avant l'éclatement du conflit en effet, alors que Milosevic inaugurait la guerre des médias pour inciter le peuple serbe à la haine de l'Autre non serbe et le préparer la guerre, "Sarajevo était un refuge pour les journalistes de Belgrade et de Zagreb, une ville où les journaux indépendants et la première télé indépendante ont vu le jour. Sarajevo était également le berceau des mouvements pacifistes animés par les médias indépendants. Dans tous les coins de Bosnie-Herzégovine, ils organisaient des manifestations pacifistes à l'occasion desquelles on chantait et portait des banderoles prônant la paix et la tolé18