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L'Afrique Noire et la différence culturelle

De
224 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 330
EAN13 : 9782296326866
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L'AFRIQUE NOIRE ET LA DIFFERENCE CULTURELLE Roland LOUVEL
L'AFRIQUE NOIRE
ET
LA DIFFERENCE CULTURELLE
L'Harmattan L'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques 5-7, rue de l'École Polytechnique
Montréal (Qc) - CANADA H2Y 1K9 75005 Paris - FRANCE
L'AUTEUR
Roland LOUVEL, né en 1944, travaille en Afrique
noire depuis plus de 25 ans. Son expérience s'est
développée dans le domaine des combustibles domestiques
et de la lutte contre la déforestation, de l'électrification
rurale décentralisée, de l'hydraulique villageoise, de la
valorisation de l'artisanat traditionnel et de l'enseignement
des sciences. Après avoir été successivement volontaire,
consultant indépendant et prestataire pour des bureaux
d'études dans une douzaine de pays du continent ainsi qu'à
Madagascar et en Haïti, il occupe actuellement, au sein
d'une administration africaine, un poste d'assistant
technique au titre de la Coopération française.
Du même auteur :
QUELLE AFRIQUE POUR QUELLE
COOPERATION ?
L'Harmattan, 1994
PHOTO ALIOLIN1 BA
© L'Harmattan, 1996
ISBN : 2-7384-4699-X 1
C'EST L'AFRIQUE !
Est-il permis d'entamer notre réflexion sur la
différence culturelle en commençant par une histoire drôle
qui ne fait plus beaucoup rire les familiers de l'Afrique ?
Un jour, donc, le scorpion supplie l'hippopotame de
lui faire traverser la rivière sur son dos contre ferme
promesse de loyauté absolue. Au beau milieu du fleuve, le
scorpion, fidèle à sa nature, ne peut s'empêcher de planter
son dard dans l'hypoderme du pachyderme, qui se récrie :
mais pourquoi fais-tu ça ? Tu sais bien que nous allons
périr tous les deux ! Et pour toute explication, le scorpion
lui lâche : c'est l'Afrique !
On pourrait croire que l'hippopotame personnifie
l'Afrique, victime trop confiante, qui eut l'imprudence de
laisser l'étranger franchir ses fleuves et ses forêts. Or pour
l'Occidental, c'est toute l'ingratitude du colonisé qui
récompense de son venin le "fardeau" supporté
courageusement par l'hippopotame civilisateur. Cette
histoire à double entrée, racontée par un développeur
désabusé, exprime d'abord son désarroi devant l'échec,
déclenchant le réflexe de considérer comme aberrant tout
ce qui défie son entendement. Quand des blocages
inexpliqués entravent la bonne exécution des projets les
mieux conçus et que les populations "bénéficiaires" se
dérobent, le doute légitimement s'installe. Comment des
villageois peuvent-ils négliger d'entretenir des équipements
qui améliorent sensiblement leurs conditions d'existence ?
Comment les maigres revenus d'un ménage ou d'une
communauté villageoise, péniblement gagnés, peuvent-ils
se dilapider en dépenses improductives ? Ces mécomptes seraient pour tout dire à l'image d'un continent
foncièrement irrationnel, imprévisible, ravagé par
d'effroyables tueries génocidaires, par des luttes
endémiques dont les enjeux nous échappent, mis en coupe
réglée par des tyrans dont la mégalomanie n'a d'égale que la
sanglante loufoquerie. Les ténèbres de la sorcellerie
pèseraient encore sur ces contrées livrées aux puissances
occultes, secouées de convulsions incontrôlables. Terre
d'arriération et de barbarie jusqu'à ce que la colonisation n'y
dépinie s‘fn oeuvre civilisatrice, l'Afrique serait toujours, a
nos yeux, prisonnière de ses pulsions "primitives". Devant
tant de situations qui nous échappent, la tentation est
grande d'incriminer les "mentalités" ou la nature profonde
de ces sociétés, autrement dit leur culture. Ces
comportements déroutants seront donc mis sur le compte
de la "différence culturelle" - une notion commode pour
expliquer les problèmes des banlieues comme les échecs du
développement dans le tiers-monde.
De nos jours, notre scorpion invoquerait
probablement sa différence culturelle en guise de réponse
au pauvre hippopotame. Ne cherchons plus à comprendre
c'est l'Afrique ! C'est dans sa nature ! C'est la différence
culturelle ! Or que recouvre une telle notion ? Procède-t-
elle d'une observation objective ou n'est-elle qu'un sous-
produit de l'idéologie communautariste ? Ce qui nous
différencie des Autres est-il fondamental au point de
remettre en question toutes nos valeurs fondées sur des
principes d'universalité ?
Enfin, sur quelles bases peut-on coopérer avec des
gens qu'on nous décrits et qui parfois se présentent eux-
mêmes comme étant "différents" ? Jusqu'où doit-on
prendre en considération cette "différence", au nom du
respect des particularismes, sans justifier pour autant les
discriminations de l'apartheid ?
L'empressement des médias au chevêt du mal des
banlieues, la flambée des intégrismes dans le monde ou les
soubresauts périodiques de la question raciale outre-
Atlantique relancent le débat sur les rapports entre les
6 cultures. Au crépuscule de ce siècle, l'ombre de l'Autre
grandit dans notre imaginaire. La Différence est donc plus
que jamais parmi nous et sans doute pour encore
longtemps... C'est à l'échelle planétaire qu'elle sévit
désormais, si l'on en croit le professeur américain Samuel
P. Huntington, directeur de l'Institut des Etudes
Stratégiques à Harvard et qui, dans Clash of Civilisation,
avance "l'idée que les conflits à venir n'auront plus pour
cause première l'idéologie ou l'économie mais les
différences culturelles". "Le monde sera dans une large
mesure façonné par les interactions de sept ou huit
civilisations majeures à savoir les civilisations occidentale,
confucéenne, japonaise, islamique, hindouiste, slave
orthodoxe, latino-américaine et peut-être africaine"(1). On
notera au passage le "peut-être" qui en dit long sur le sort
incertain de l'Afrique.
La différence : une explication de rechange
L'idéologie du développement postulait que le
modèle occidental pouvait servir de guide pour l'ensemble
de la planète. Sous la conduite éclairée d'une science
universelle, dans le cadre élargi d'une économie
mondialisée, les différences culturelles ne seraient bientôt
plus que résidus anecdotiques de l'histoire, quasiment de
l'ordre du folklore. Or non seulement le développement
généralisé n'a pas eu lieu mais les résistances qu'il rencontre
se durcissent et ne se laissent plus désarmer par l'espérance
lointaine d'un progrès des plus hypothétiques. Fin d'une
illusion universaliste et prise en compte obligée de blocages
qu'on impute - bien hâtivement - aux particularismes
ethniques et aux spécificités culturelles.
Le développement ne se résumant plus à une
arithmétique de croissance purement quantitative, on
attribue désormais la stagnation à des facteurs qualitatifs,
d'où le regain d'intérêt pour les cultures. Mais on risque
ainsi de voir de la "différence culturelle" en lieu et place de
phénomènes qui ne sont jamais que des formes de
7 résistance aux offensives conjuguées de la technique, de
l'économie et de l'idéologie occidentales.
Pour le coopérant, le volontaire ou tout opérateur
engagé dans une action de développement (en bref, le
"développeur", pour user d'un néologisme qui n'a que le
mérite du raccourci), il est tentant de recourir à la
"différence culturelle" comme on se jette sur une bouée de
sauvetage pour expliquer le naufrage des projets les mieux
conçus. Car on ne peut plus, comme jadis, imputer ces
manque échecs à des circonstances malencontreuses, à un
de connaissances ou de moyens ni à des carences
momentanées qui n'entamaient pas notre optimisme :
encore un petit effort de formation et d'assistance et tout
va s'améliorer ! Aujourd'hui, après trente-cinq années de
coopération, il nous faut prendre acte de résistances
durables et nous interroger sur les causes profondes de ces
échecs persistants. Les temps sont mûrs pour une
explication de rechange. La différence culturelle ?
Comme les bénéficiaires présumés de nos projets ne
peuvent pas ne pas souhaiter un mieux-être, s'ils s'obstinent
dans leurs refus incompréhensibles, c'est forcément le fait
d'une "différence culturelle" qui surgit à point nommé pour
nous proposer une formule de divorce par consentement
mutuel. Voilà, on a tout essayé mais c'est l'échec : nous
sommes trop différents pour nous comprendre. C'est dû à
nos incompatibilités de cultures sinon d'humeurs. C'est la
différence culturelle !
Or cette trouvaille idéologique n'est que l'habillage
conceptuel d'un aveu d'impuissance en forme de
redondance : si la greffe occidentale ne prend pas, c'est
qu'elle est rejetée par l'organisme receveur. Imputer le rejet
à la différence culturelle n'explique ni le pourquoi ni le
comment - pas davantage que la "vertu dormitive de
l'opium" n'expliquait jadis les propriétés du pavot. Or tout
indique, bien au contraire, que la greffe prend pour de bon
mais sous des formes que nous ne sommes pas capables de
reconnaître ou qui ne sont pas tout à fait à notre
convenance. D'où le malentendu.
8 Différences ou décalages ?
Il n'en demeure pas moins que les blocages,
déphasages et décalages de tous ordres, d'où naît le
sentiment de la "différence", sont des réalités quotidiennes
sur le terrain du développement. Mais avant de les mettre
sur le compte de la "différence", il faudrait connaître
l'origine de ces décalages et s'assurer de ce qu'ils
recouvrent.
Prenons l'exemple de la création d'un point d'eau
par forage, suivie de l'installation d'une pompe dans un
village de la zone sahélienne. Le service rendu est
indéniable et l'amélioration des conditions de vie -
notamment sanitaires - est inestimable. Une eau saine qui
éliminera les diarrhées infantiles souvent mortelles, un
allègement de la corvée de puisage, un meilleur
abreuvement du bétail, l'irrigation d'un potager qui
enrichira les rations alimentaires tous ces bienfaits sont
manifestes et qui pourrait les contester ? Il reste que le
progrès comporte ses contreparties. Les équipements ont
un coût et même s'ils sont initialement financés par quelque
donateur, il faut pouvoir assurer leur entretien et prévoir
dès aujourd'hui leur renouvellement dans quelques années.
Il faudra donc bien, d'une manière ou d'une autre, respecter
une logique économique qui veut que le coût de revient de
l'eau soit au moins couvert par des recettes équivalentes.
Le développeur, pour la bonne cause, sera donc amené à
instituer un système de redevance forfaitaire ou de
paiement de l'eau au volume. Ce faisant, il contribuera à la
monétarisation progressive de l'économie rurale
traditionnelle, largement auto-subsistante, et à son
intégration par étapes dans un système économique
mondial dont on connaît les inégalités.
Or payer l'eau est effectivement ressenti comme une
révolution dans ces villages où la gratuité (du moins
apparente) était jusqu'à présent la règle. A vrai dire, le
service de l'eau n'était pas monétarisé mais le puisage a
9 toujours été une lourde tâche, donc coûteuse mais pas
toujours de manière égale pour tous. Et ceux qui hurlent au
sacrilège en disant que l'eau est un don de Dieu sont
parfois ceux qui, tout simplement, craignent le moindre
changement ! Or le développeur a longtemps cru qu'une
pédagogie appropriée et qu'une bonne "sensibilisation"
permettraient de "faire passer le message". Ce fut un
cuisant échec pour la bonne raison que c'est faire injure à
l'intelligence des villageois que de s'imaginer un seul instant
e au qu'ils ne voient Das les avantages concrets d'un point d'
bien aménagé.
Les résistances au paiement de l'eau ne sont pas
liées au manque de compréhension du problème ni à
l'indigence pécuniaire mais au fait que les rapports sociaux
de pouvoir ou les intérêts économiques se trouvent
modifiés au sein du village, du fait même de l'introduction
de la pompe. Car "il est, en effet, peu d'exemples que le
progrès technique n'ait été une nouvelle source d'inégalités
dans les sociétés où il est introduit"(2). Et le développeur
qui installe sa pompe en toute bonne conscience est dans
l'incapacité d'en mesurer toutes les conséquences sociales
en termes de pouvoir local. Pour commencer,
l'emplacement de la pompe n'est jamais neutre. Les
géophysiciens déterminent sa localisaiton - qui ne
correspond que rarement au centre géographique ou social
de la communauté - d'où résurgence fréquente de litiges
fonciers ou de luttes de prééminence entre quartiers plus
ou moins bien desservis. La presse africaine se fait
quotidiennement l'écho de ces différends qui se règlent
parfois à la machette ou au fusil de traite " Les autorités
sont périodiquement confrontées à des règlements de
compte entre communautés villageoises, entre familles, ou
entre individus, sans qu'une solution définitive soit trouvée
pour autant aux différends. Assez souvent, les
protagonistes, faute de voir résolu le problème,
"observent" une trêve qui peut se rompre à tout moment et
entraîner des excès"(3).
lo La mise en service de la nouvelle pompe affecte
également la fréquentation des autres points d'eau et peut
modifier le parcours du bétail - donc l'équilibre des
rapports entre éleveurs et agriculteurs sédentaires, surtout
si l'accroissement du cheptel s'accompagne d'une
sédentarisation dont on imagine les conséquences
désastreuses sur un écosystème déjà fragile.
Une ressource accrue en eau permettra, par
exemple, l'introduction du maraîchage - ce qui, tout en
améliorant la diététique ou les revenus de quelques uns, ne
manquera pas de perturber l'ordonnancement des travaux
agricoles ni la répartition antérieure des tâches entres sexes
et classes d'âges. La gestion de la pompe procure en outre
des revenus et du pouvoir à ses gérants qui, le plus
souvent, doivent être alphabétisés pour tenir les livres de
comptes. Ils ne sont donc jamais recrutés au hasard dans
n'importe quelle famille. Même les rapports entre hommes
et femmes s'en trouveront modifiés, surtout s'il s'agit d'un
système de pompage moderne, techniquement sophistiqué
(pompe solaire ou à moteur diesel), dont on confiera
l'exploitation à des hommes alors que l'eau était
traditionnellement l'affaire des femmes, tout comme la
mouture des grains. D'où cette publicité qui nous montre -
barrée d'un "Adieu au pilon !" retentissant - un groupe de
femmes reléguées à l'arrière-plan autour de leurs mortiers
tandis qu'en avant-scène s'affairent des hommes hilares, en
bleu de travail, autour d'un moulin à céréales motorisé.
Pour finir, il n'est pas rare qu'un petit groupe
d'individus parvienne à s'approprier, progressivement, le
monopole de l'exploitation de la pompe. Malgré toutes les
précautions prises - protocoles d'accord, engagements
solennels des bénéficiaires, contrats, procès-verbaux
d'Assemblée Générale, règles de gestion "démocratiques"
prescrites par le projet en matière de transparence des
comptes, de consultation des usagers ou de participation
des femmes - ces consignes seront difficilement respectées
et les garde-fous ne pourront longtemps contenir les
convoitises et les tensions. Car derrière cette façade
1 1 consensuelle, vont progressivement se manifester les
résistances liées aux conflits d'intérêts et les perturbations
induites par l'introduction de la pompe peuvent
compromettre l'exploitation du point d'eau jusqu'à
provoquer sa fermeture. L'intervenant extérieur, le
"développeur", sera décontenancé, voire scandalisé, par ces
blocages "incompréhensibles" qui peuvent mettre en péril la
distribution d'un bien collectif aussi précieux que l'eau.
Devra-t-il se contenter de la "différence culturelle" pour
toute explication ?
Trois niveaux de décalage
Le projet de développement, comme le théâtre
classique, réalise une unité de lieu, de temps et d'action qui
en fait l'endroit idéal où les dysfonctionnements se
cristallisent en "différence culturelle". La thèse avancée au
fil de cette analyse considère que cette métamorphose -
cette production de différence culturelle - masque des
divergences d'intérêts ou traduit des décalages de
perceptions qu'il serait abusif de réduire à des phénomènes
culturels. Toute la difficulté consiste à sérier les différentes
causalités qui se superposent dans une telle situation où
l'on peut, en première analyse, distinguer trois niveaux de
décalage :
1°) Les décalages liés aux représentations
collectives mutuelles
2°) Les décalages structurels internes aux deux
sociétés
3°) Les décalages imputables aux comportements
individuels.
Les premiers se rapportent aux représentations
collectives qui, dans chaque société, façonnent les
mentalités à travers le milieu familial, l'éducation ou la
religion suivant un certain nombre de valeurs dans
lesquelles l'individu se reconnaît et qui codifient ses
comportements sociaux. Et parmi ces conditionnements
figure en bonne place la représentation que chaque société
12 se fait de l'Autre - sa façon de considérer les étrangers. On
peut méditer longuement avec Blaise Pascal pour savoir si
vraiment "tous les hommes se haïssent naturellement l'un
l'autre" mais le fait est que l'ethnocentrisme est la règle
générale et que le racisme est l'une des choses au monde
les mieux partagées.
Il faut reconnaître que les civilisations, dans la
plupart des cas, ne se sont pas rencontrées pacifiquement,
c'est le moins qu'on puisse dire. C'est particulièrement vrai
de la pénétration européenne en Afrique noire.
L'esclavagisme, la traite, la colonisation ont laissé des
traces indélébiles dans la mémoire des peuples et
l'humiliation se poursuit de nos jours à travers les inégalités
qui s'accroissent entre le Nord et le Sud, sous le poids
écrasant d'une civilisation occidentale qui impose sa
domination en s'appuyant sur une puissance matérielle
inégalée. Les comportements sont donc imprégnés de ce
passé dont le souvenir ressurgit spontanément en cas de
conflits d'intérêts, les sociétés colonisées ayant toujours
développé des stratégies de résistance que la mémoire
collective a parfaitement conservées. Ses héritiers l'ont
intériorisée dans leurs comportements et cette même
résistance passive ne manque jamais de se manifester
chaque fois que les individus se sentent culturellement
dominés. Cette attitude se traduira souvent par un décalage
systématique entre ce qu'on agrée verbalement et ce qu'on
accepte vraiment, entre ce qui est dit et ce qui sera fait, par
un double jeu où l'on acquiesce momentanément pour
ensuite pouvoir faire à sa guise. Dans ce cas, le malentendu
n'en est plus un puisqu'il n'y a pas plus sourd que celui qui
ne veut ni entendre, ni comprendre ni accepter sa
subordination à un ordre qu'il récuse profondément. Peut-
on alors parler de "différence culturelle" devant ce décalage
voulu qui traduit un rapport de forces ?
Ce n'est donc pas la compréhension du
comportement d'autrui qui est réfractaire à notre analyse,
c'est son comportement-même qui est réfractaire à notre
volonté d'hégémonie. S'agit-il d'une différence culturelle ou
13 d'une résistance sous couvert de différence culturelle ? Si,
au cours d'une scène de ménage, vous brisez vous-même
l'objet précieux auquel vous tenez, c'est irrationnel au
premier dégré mais parfaitement efficace pour atteindre le
partenaire. Ainsi la différence culturelle demeure-t-elle
souvent incompréhensible tant qu'elle n'est pas décryptée
dans le contexte d'un rapport de forces. Une lutte
idéologique se livre ainsi quotidiennement à travers les
représentations collectives que chaque société élabore pour
définir son rapport à l'Autre. Concrètement, chaque
partenaire au sein du projet de développement reste
largement conditionné par les stéréotypes que chaque
culture emmagasine au fil des siècles, depuis la traite
esclavagiste jusqu'à nos jours. Dans ces conditions, le
respect de la différence revient à entériner les idées
préconçues qui figent l'Autre dans notre imaginaire sous
l'éclairage d'un passé lourdement chargé de souvenirs qui
ne prédisposent guère à l'objectivité.
Le second niveau de décalage épouse des lignes de
fracture internes, propres à chaque société, suivant des
clivages sociaux générateurs de luttes de pouvoir entre
clans, familles, castes ou classes d'âges. Historiquement,
depuis l'intermède colonial, des lois et des systèmes
d'organisation à l'occidentale coexistent avec des règles de
droit coutumier, par exemple en matière de propriété
foncière ou d'héritage. Les religions monothéistes
conquérantes (islam et christianisme) n'ont pas davantage
éliminé le vieux fond de spiritualité animiste, d'où
l'apparition de syncrétismes qui marient ces influences sans
les fusionner complètement. Ces superpositions d'apports,
parfois difficilement compatibles, créent des hiatus qui sont
à l'origine de beaucoup de dysfonctionnements que les
groupes sociaux en compétition vont tenter d'exploiter à
leur profit.
Mais si certains de ces groupes se réfèrent aux
traditions et aux valeurs ancestrales et mettent ainsi en
avant leur "différence culturelle", ce n'est pas
nécessairement dans un esprit de conservatisme ni pour
14 revenir en arrière. Il s'agit bien souvent d'un moyen de se
positionner socialement, de se démarquer de certaines
catégories plus acculturées, de capitaliser le malaise d'une
population qui perd ses repères. En définitive, loin d'être le
signe d'un repli sur le passé, cette exploitation du ressort
identitaire peut très bien être une stratégie, plus ou moins
consciente, de promotion sociale et d'intégration au
processus de la modernisation. De la même manière, les
revendications nationalistes avant l'indépendance n'ont
contesté la mise en valeur coloniale que pour mieux
prendre le relais et servir objectivement la cause d'un
développement toujours synonyme d'une certaine
occidentalisation. S'il y a désaccord, c'est sur la répartition
des charges et des dividendes, non sur le processus lui-
même. Un tel paradoxe n'a rien d'aberrant et sa
compréhension reste à la portée de tout observateur
curieux du fonctionnement de sociétés africaines que nous
avons trop longtemps considérées comme simples parce
que "primitives".
Symétriquement, du côté européen, une série de
contradictions liées aux ambiguités de notre aide ne
manqueront pas de faire apparaître le décalage entre les
intentions généreuses et les actes. Devant certains projets
qui améliorent théoriquement les conditions de vie des
populations à grands renforts d'équipements sophistiqués
mais importés (électrification, téléphonie, pompage,
services médicaux), on peut se demander si l'objectif était
d'accroître le bien-être des populations ou de tester du
matériel en donnant un coup de pouce à nos exportateurs,
à moins qu'il ne s'agisse d'une opération de communication
sur la scène médiatique en métropole. Le tout à la fois,
diront les plus optimistes qui se hâteront de conclure que
chacun y trouve légitimement son compte - ce qui serait
une bonne politique autant qu'un facteur de réussite. Mais
le doute reste permis et peut expliquer certaines réticences
des populations, sans que la "différence culturelle" soit
mise en cause.
15 Comme nous sommes dans l'incapacité de justifier,
de façon convaincante, notre présence en Afrique, nous
entretenons l'ambiguité qui naît de nos hésitations
perpétuelles entre l'aide et l'intérêt, à la recherche d'un
impossible "dialogue entre le Coeur et la Raison"(4). Et
nos comportements se ressentent de ces porte-à-faux qui
contribuent, pour une part importante, à entretenir le
malentendu et à sécréter la suspicion qui entoure nos
interventions.
Enfin, le troisième et dernier niveau de décalage est
aussi le premier puisque dans un projet, ce n'est pas la
France et l'Afrique qui coopèrent mais des individus dont la
personnalité ne se réduit pas au profil administratif d'un
Chef de Projet flanqué de son Homologue. Leur tandem
connaîtra fatalement les malentendus et les conflits qui sont
le lot de toute cohabitation. Sans verser dans le mélodrame
- on pense au film La Chaîne où deux prisonniers
enchaînés l'un à l'autre, un Noir et un Blanc, s'évadent
ensemble et doivent donc "coopérer" par la force des
choses - il leur faudra s'accommoder des frictions
inévitables entre personnes qui sont appelées à collaborer
quotidiennement dans le cadre d'une activité commune .
Dans L'Acteur et le Système (5), Michel Crozier
analyse le comportement réel des individus oeuvrant dans
des systèmes d'action concrets où ils développent des
stratégies personnelles au prix de nombreux écarts entre
leur rôle officiel et leur conduite effective. Autrement dit,
le décalage serait inscrit dans la trame de toute activité
humaine. Le comportement de l'homme au travail dans nos
sociétés industrielles - le "facteur humain" dans la
production - montre bien qu'il ne respecte jamais à la lettre
les instructions qui lui fixent les procédures à suivre. On
constate toujours un "décalage entre organisation du travail
prescrite et organisation du travail réelle... Car travailler, ce
n'est pas seulement accomplir des actes techniques, c'est
aussi faire fonctionner le tissu social... "(6). Dans les
interstices de la norme se glissent des adaptations
personnelles faites de raccourcis, de ruse et de tricherie
16 mais aussi d'innovation et d'ingéniosité - le tout faisant le
"coup de main" du bon ouvrier et constituant son véritable
savoir-faire. Ainsi le "facteur humain" introduit-il
constamment un écart entre la règle prescrite et la pratique
effective - souvent pour le meilleur. Car le strict respect
des normes n'aboutirait probablement qu'à une paralysie
comparable aux effets d'une grève du zèle le décalage est
donc autant nécessaire que le "jeu" dans les rouages d'une
mécanique.
Dans le déroulement d'un projet, chaque
protagoniste développera naturellement des stratégies
personnelles en fonction de ses intérêts immédiats et de son
plan de carrière. Aussi grandioses et enthousiasmantes que
soient les perspectives du Projet, il ne faudrait pas idéaliser
le comportement prévisible de ses acteurs, Noirs ou
Blancs, qui sont rarement des militants désintéressés. La
plupart y verront d'abord des opportunités pour
s'approprier des parcelles de pouvoir et servir leur carrière.
Pour les Africains, il ne s'agit même pas de cynisme mais
d'une logique de survie dans un contexte où les emplois
sont rares et les perspectives de carrière très aléatoires. Il
en résultera des distorsions parfois importantes entre les
objectifs du projet et les pratiques de son personnel. A
moins d'être masochiste, ce dernier sera donc peu disposé à
reconnaître ses défaillances - d'où la tentation de "traiter"
les statistiques pour obtenir des résultats présentables ou
d'influencer l'avis des "bénéfiaires" pour finalement rédiger
des rapports dont les descriptions s'éloignent sensiblement
de la réalité. Par un effet d'adaptation réciproque, qui
rejoint d'ailleurs leur propre stratégie d'évitement, les
populations seront elles aussi amenées à biaiser avec des
projets dont elles encouragent les dérives internes pour en
tirer profit.
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de cette
succession de décalages dûs aux comportements prévisibles
des acteurs. A vrai dire, les projets sont faits pour être
détournés si on souhaite vraiment que les communautés
visées se les approprient véritablement, c'est à dire qu'elles
17 les intègrent à leur propre logique de fonctionnement et les
mettent au service de leurs intérêts plus ou moins
immédiats - lesquels diffèrent souvent des présupposés du
développeur. La seule question qui vaille, c'est de savoir à
qui profite l'écart, à quelles couches sociales, à quels
groupes d'intérêts particuliers - d'où la nécessité d'une
analyse sociale et politique dont la "différence culturelle"
ne peut faire l'économie.
Une fois démêlée l'imbrication de tous ces
décalages, que reste-t-il de la différence culturelle ? Bon
nombre de différences supposées recouvrent en fait des
stratégies d'intérêts divergents ou des résistances dont
peuvent rendre compte de classiques analyses
sociologiques. Appellera-t-on alors "différence culturelle"
ce paravent qui permet de masquer des enjeux de pouvoir ?
Le piège de la différence
C'est donc abusivement qu'on passe d'un simple
décalage sociologique à une véritable différence de nature
qui serait inscrite, sinon dans les gènes, du moins dans la
profondeur du corps social et dans sa permanence .
S'agissant de la "différence culturelle", il y a lieu de
distinguer ce qu'elle est réellement (son contenu
sociologique) et ce qu'elle sert à exprimer (sa fonction
idéologique). Il y a des réalités sociales et il y a ensuite ce
que les hommes en font. En l'occurence ils peuvent
produire une idéologie de la différence capable de justifier
le respect comme le rejet des autres .
Les Assemblées générales des Nations-Unies,
l'UNESCO et quelques autres instances tout aussi
prestigieuses sont prodigues en discours solennels qui
prônent le respect de la diversité culturelle des peuples.
L'ethnologie elle-même s'est beaucoup dépensée pour nous
faire connaître, et donc nous faire respecter, les cultures
différentes de la nôtre. Mais derrière ce pluralisme de bon
aloi, se profile une conception bien négative de la culture.
La notion de différence culturelle est en effet dangereuse
18 dans la mesure où elle établit une équivalence de fait entre
culture et différence. Et en se focalisant sur ce qui nous
différencie des autres, elle laisse à l'arrière-plan tout ce qui
pourrait nous en rapprocher.
C'est ainsi qu'en France, la Différence se trouve
défendue par les deux frères ennemis de l'antiracisme et de
l'extrême-droite xénophobe qui partagent les mêmes
valeurs différentialistes. Le courant de pensée issu de la
Nouvelle Droite tout comme l'antiracisme mettent
pareillement l'accent sur la reconnaissance des identités
ethniques et des communautés - ce qui conduit Pierre
André Taguieff à dénoncer l'erreur qui consiste à fonder
l'antiracisme sur la défense de "différences culturelles"
érigées en valeurs absolues. La différence se met au service
d'un racisme différentialiste à base culturelle pour les
premiers et au service d'un culte du métissage pour les
seconds. Mais "au nom de la lutte contre l'abstraction
dévorante de l'universel se met ainsi en place un intégrisme
de la différence"(7).
Qu'on le veuille ou non, cette notion de différence
ouvre la porte à une hiérarchisation de fait. A partir du
moment où sont relevées des différences, il devient
impossible, ne serait-ce qu'implicitement, de ne pas
comparer, pour finalement classer puis hiérarchiser. Avec
Louis Dumont, il faut donc souligner "le caractère illusoire
de la prescription, reçue sans critique, de "l'égalité dans la
différence" : car il n'est pas de différence qui, dans les
cadres culturels d'une société humaine quelconque, ne
s'interprète comme différence de valeur, donc comme
hiérarchie"(8). Autrement dit, derrière une présentation
valorisante, la "différence culturelle" peut n'être qu'une
formule détournée pour évoquer la "différence raciale". Au
lieu de considérer que les traits culturels reflètent une
configuration de la société à un moment donné de son
Histoire, elle les érige en caractères intrinsèques et
immuables, du même ordre que des caractères de
différenciation raciale. Avons-nous beaucoup progressé
depuis qu'Emmanuel Kant écrivait en 1764 : "Les noirs
19 sont extrêmement vaniteux, à la manière des noirs, et si
bavards qu'il faut les disperser à coups de bâtons"(9) ? Le
grand philosophe avait compris l'essentiel : la spécificité
culturelle, pour un Noir, ce n'est pas tellement d'être
vaniteux ou quoi que ce soit d'autre, c'est de l'être "à la
manière des noirs".
Si, en France, l'antiracisme tient le même discours
identitaire que l'extrême-droite, on ne s'étonnera pas
davantage que le nationalisme noir le plus anti-occidental
se réclame lui aussi des mêmes valeurs différentialistes -
chacun pensant que, dans cette hiérarchie de différences, il
est naturellement le mieux pourvu. Ceci pour dire que la
"différence culturelle" se prête aux récupérations les plus
inquiétantes - la principale découlant du glissement de sens
qui nous conduit insidieusement de la "différence
culturelle" à la "différence raciale"...
La différence culturelle est au goût du jour, à la
faveur d'un courant de pensée néo-libéral qui fait confiance
aux lois du marché pour opérer les sélections qu'impose
une sorte de darwinisme social et qui, sous couleur de
liberté individuelle et de pluralisme démocratique,
s'accommode d'une société à deux, trois ou quatre vitesses.
Aussi bien intentionné qu'il puisse paraître, ce respect de la
différence pourrait n'être qu'un alibi pour justifier les
inégalités sociales en Europe et, dans le reste du monde,
une rupture entre le Nord qui continuerait de progresser
dans l'opulence et le Sud qu'on abandonnerait à son
marasme. La démocratie occidentale ne serait plus
exportable et les droits de l'homme seraient considérés
comme un luxe inaccessible aux trois-quarts de l'humanité.
L'apartheid, en son temps, ne disait pas autre chose à son
niveau. Car derrière un discours qui fait valoir, à juste titre,
que le développement doit prendre en compte des facteurs
qualitatifs, se profile une justification des inégalités
économiques qui seraient compensées par des valeurs de
société qui n'ont pas de prix. Certains pourront donc
continuer à comptabiliser leurs revenus en dollars pendant
que d'autres devront se contenter de gratifications plus
20 "qualitatives" qui ne nourrissent pas son homme mais qui
tiennent chaud au coeur.
Par ailleurs, il n'est pas sûr que le repli sur les
valeurs traditionnelles soit garant d'un meilleur avenir pour
l'Afrique. De nombreux intellectuels africains - et pas
seulement les détracteurs de la Négritude - dénoncent
depuis longtemps le danger qui consiste à cultiver les
mythes de l'Afrique éternelle, rappelant ainsi "à des
consciences africaines pétrifiées dans des raideurs
identitaires post-coloniales que le passé seul n'a jamais suffi
à régler les problèmes d'une civilisation"(10). Les Africains
savent aujourd'hui ce que masquaient les grands discours
politiques sur l'authenticité et l'usage qu'en ont fait les
nouvelles bourgeoisies d'Etat au lendemain des
indépendances. Comme le note un commentateur des
Fleurs du Congo de Gérard Althabe, "la bourgeoisie et la
bureaucratie étatique ont besoin, pour assurer la cohésion
sociale, de maintenir des pratiques traditionnelles : il suffit
qu'elles soient dominées et évoluent dans une situation
constante de caducité et d'insuffisance" (11). C'est bien le
Maréchal Mobutu Sesse Seko, l'homme au couvre-chef en
peau de léopard, qui avait interdit le port de la cravate
parce qu'elle était le signe d'une acculturation...
Si le respect des particularismes peut être considéré
comme une reconnaissance de l'Autre, il s'agit toujours
d'une reconnaissance limitée à des caractères particuliers
qui se trouvent définis une fois pour toutes, ce qui
constitue, en somme, un déni d'universalité. Reconnaître
l'Autre à travers ses particularités, c'est risquer de lui
assigner une place et un rôle - mais pas nécessairement de
premier plan. C'est aussi perpétuer le mythe d'une Afrique
éternelle, stéréotypée, figée dans ses invariants, en un mot
sans Histoire. Ce n'est donc pas forcément lui rendre
service. Mais depuis quand serait-ce le but effectivement
recherché ?
On dira que le problème n'est pas de s'inquiéter de
l'usage qui peut être fait de la "différence" mais de savoir si
elle existe objectivement ou non. Il ne servirait à rien, pour
21 des raisons de prophylaxie, de nier les différences raciales
si leur matérialité pouvait être établie scientifiquement. Que
le sujet soit tabou, c'est l'évidence. Mais il y a de quoi
s'inquiéter quand un développeur de bonne foi, pétri de
valeurs humanistes, incorpore cette notion de "différence
culturelle" dans sa rhétorique pour contourner les obstacles
qu'il rencontre sur le terrain. C'est d'autant plus pernicieux
que les intentions sont louables : se mettre à la portée des
gens, leur tenir un langage qu'ils comprennent, respecter
leurs coutumes, leur proposer des technologies
"appropriées". Le développeur risque alors de tomber à son
tour dans le piège où s'enferrent déjà les militants de
l'antiracisme : plus ils prêchent le respect de la différence et
plus ils confortent les racistes qui défendent le même point
de vue.
Le double tranchant du concept apparaît dans toute
son ambivalence quand l'éditorialiste Albert Du Roy
parvient à exprimer la même idée que Pierre-André
Taguieff en écrivant exactement le contraire :
"Nationalisme et intégrisme se retrouvent dans le même
refus de la différence. Au nom de l'unicité, l'un et l'autre
recherchent l'uniformité"(12). Si nous inversons les termes,
le sens reste inchangé : "Nationalisme et intégrisme se
retrouvent dans le même refus de l'universalité. Au nom de
la différence, l'un et l'autre recherchent la pluralité". Les
deux contenus sont identiques. Leur principe commun :
l'exclusion de l'Autre. Bien entendu, ceux qui demandent
l'uniformité à l'intérieur d'une communauté sont obligés de
promouvoir la différence à l'échelle planétaire. Chacun chez
soi ! Mais quand le même concept peut se retourner
comme un gant tout en gardant le même sens, il y a lieu de
s'interroger sur sa pertinence !
La notion de "différence culturelle" n'est qu'une
proposition par défaut, un aveu d'ignorance, une facilité de
langage, un terrain vague de la pensée, l'empreinte d'une
lacune comblée par l'idéologie. Elle masque notre
impuissance et traduit, comme le dit si bien Bernard
Mouralis, une "incapacité - pour le moins, une difficulté - à
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