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L'Alphabétisation au Sénégal

De
256 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 335
EAN13 : 9782296291737
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L'ALPHABÉTISA TION AU SÉNÉGAL

MANFRED PRINZ

L'ALPHABÉTISATION AU SÉNÉGAL

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

L'auteur Manfred F. Prinz est né 1951 à Düsseldorf (Allemagne). Études en lettres romanes et germaniques à Cologne, Nancy et Coimbra, Thèse de 3e cycle sur "Le motif du voyage dans l'oeuvre de Blaise Cendrars" (Genève 1985). 1984-1988 lecteur d'allemand à l'Université de Dakar (Sénégal), 1987-1988 Conseiller technique au ministère de la Culture à Dakar, à partir de 1988, chercheur à l'IFAN-CheikhAnta-Diop (Dakar) et auprès du C.N.R.S. allemand (DFG) à Bayreuth. 1992 Thèse d'état sur la littérature et la culture sénégalaises. Professeur titulaire de didactique des langues romanes à l'Université de Giessen. Domaines de recherche: allemand langue étrangère, littératures francophones et lusophones. Principales publications: L'image du Noir dans les manuels de lecture à l'usage des élèves allemands en R.FA., ou: pour un nouveau départ dans l'enseignement de l'allemand (1985); L'enseignement de l'allemand au Sénégal - le bilinguisme wolof-français comme situation de départ dans un pays multilingue (1986); - Maïmouna d'Abdoulaye Sadji tradition et oralité (1987);

-

-

- Maïmouna

-

d'Abdoulaye

Sadji

(1987);
Publics du Sénégal

- roman

initiatique

et féministe
par-

- Visages

- JO personnalités

politiques

lent (L'Harmattan 1990); - Institutions culturelles au Sénégal (Breidenbach 1992); Littérature francophone au Sénégal et la culture de la majorité silencieuse (IKO 1995).

-

En couverture: Alphabet wolof imagé: écrire sa langue connaître soi-même

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~ L'Harmattan 1996 ISBN :2-7384-2650-6

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Alphabet wolof imagé: écrire sa langue

- se connaître soi-même.

6

SOMMAIRE
Préface.
INTRODUCTION: LANGUES NATIONALES L ANGUE OFFICIELLE I.

...11

.13 19

DE L'ÉPOQUE COLONIALE À L'INDÉPENDANCE

A. Système colonial d'enseignement(Jean Dard, Abdoulaye Sadji, Missions catholiques, évangéliques etc.) B. Premiers projets de promotion des langues nationales avant les décrets gouvernementaux 10 Projets d'éducation de base des années 50 (Amadou Mahtar M'Bow)- deuxième période "des illusions" 20 F.E.A.N .F ./1 ib Oulof jj 30 C.L.A.D./ I.F.A.N. - Travaux de recherche 40 Organisations internationales 50 Projets des premières ONG (ARP, Caritas, USE) 60 Projets de partis politiques C. Les décrets fIXant la transcription et l'orthographe des langues nationales 10 Décrets gouvernementaux post-indépendances 20 Premières initiatives appliquant les décrets a) La recherche et les publications au sujet des langues nationales b) Initiatives gouvernementales 1- La Direction de l'Alphabétisation et de l'Education de Base (DAEB) 2- Classes pilotes en langues nationales à partir de 1978 c) I.S.E.F.I./P.D.S.-Initiatives d'un parti politique ...19 25

27 39 44 49 56 58 59 59 62 62 64 .64 67 72

7

II.

SITUATION ACTUELLE AU SÉNÉGAL Situation Générale 1°Caractéristiques générales de la situation actuelle sur le continent africain durant les 30 dernières
années.

77 77

A. Chiffres

-

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

2° La situation au Sénégal B. Cadre général: médias, bibliothèques, institutions 1° Le niveau du discours (CNREF, Charte Culturelie)

78 80

. . . . . . . . . . . . . . . . .. .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . 80 ','

2° Le niveau de la pratique a) Les médias et leurs langues de communication b) Editions et bibli<,thèques,Centres d'animation
culturelle.

84 84

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89

C.

Projets en cours (exemples)

93

10 Projets d'ONG et projetsgouvernementaux
2° Projets d'organismes internationaux 3° Projets non-enregistrés dans un secteur non formel 4° Méthodes d'alphabétisation

93
97 100 101

D. Projets éventuels 103 1° Commission Nationale de Réforme de l'Education et de la Formation (C.N.R.E.F.), 1981-1984...103 2° Projets commencés à l'occasion de l'Année Internationale de l'Alphabétisation (partis politiques, organismes internationaux etc.) 107 III. ENQUÊTEET CONCLUSION A. Conditions de l'enquête B.Réflexions évaluatives 111 111 114 116 120

C. Conclusions générales D. Post-scriptum

8

IV. BmLIOGRAPHIE

123

A. Syllabaires et Manuels / Matériel didactique

1 Wolof
0

20 Pulaar 3 0 Di 0la
40 Soninké

123 ~ 123 .....
127 132

. .. .. . . . . . . . . . . . .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 132

50 Sérère 60 Mandingue B. Bibliographie de Serge Sauvageot

134 135 135

C. Littérature spécialisée: Alphabétisation, Langues nationales ... ...139

D. Littérature spécialisée: ONG, Rapports ONG, Rapports de Projets, Rapports des IREE et

IDEE..
E. v. Littérature sur des thèmes divers ANNEXES

...

.148
153 157 157

A. Résultats détaillés de l'enquête sur le terrain

10 Organismes/ Encadreurs
a) Organismes intervenant dans le domaine de
l'alphabétisation.

157

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 157

b) Questionnaires adressés aux organismes et institutions (Type I) c) Questionnaires adressés aux responsables (Type II) 20 Alphabétiseurs a) Questiom1aires adressés aux alphabétiseurs (Type III)
30 E lèves.

165 186 198 199

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211

a) Guide d'entretien pour l'enquête auprès des élèves (Type IV)
40 N éoaI p habètes

211

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223

a) Guide d'entretien pour l'enquête auprès des néoalphabètes (Type V) B. Documents

223 230

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Carte indiquant par astérisque les centres d'alphabétisation visités dans les régions 10

PRÉFACE
Cette étude a été réalisée dans le cadre d'un séjour de recherche au Sénégal de janvier à juin 1990 grâce à une subvention de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG, équivalent allemand du CNRS en France) et de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique. La rédaction de l'étude a suivi deux colloques ayant eu lieu à Dakar en décembre 1990, consacrés à
la problématique de l'alphabétisation et des langues nationales.
*

Ce travail n'aurait pas pu se faire sans le soutien, l'encouragement, la solidarité et la confiance de beaucoup d'amis et de collaborateurs sénégalais. Il m'est impossible de les énumérer tous ici. J'exprime ici mes sincères remerciements à tous, notannnent à ceux qui ont consacré un maximum de leur temps pour me conseiller et me renseigner durant ce travail de recherche. J'adresse ma reconnaissance particulière à M. Frédéric Badiane, Directeur de l'Alphabétisation de l'Education de Base, et à tous ses collaborateurs, qui ont toujours été disposés à nous fournir les renseignements indispensables pour notre étude, - au Père Paco Garcia de Haro du Réseau d'Alphabétisation Communautaire (RAC) et à ses collaborateurs dans les différents centres qui ont contribué en grande partie à la réalisation de l'enquête,

-

*

Il s'agit de la "1ère Biennale des Lettres" du 12 au 18 décembre

1990 et du colloque international "Des langues et des villes" organisé par le CLAD du 15 au 17 décembre 1990. Les deux manifestations ont fait le point sur des questions traitées dans cette étude et j'ai présenté deux communications lors des deux colloques: dans l'atelier sur La problématique des littératures en langues nationales de la Biennale avec une intervention à propos
de Alphabétisation et création littéraire en langues nationales", et
It

lors du colloque du CLAD sur "Stratégies et méthodes d'alphabétisation en milieux rural et urbain au Sénégal".
Il

à M. Michel Sagna, assistant social, qui m'a assisté avec M. Samba Kor Sarr durant l'élaboration des questionnaires et l'enquête, à MM. Kourouma et Diop du BREDA pour leurs conseils, leur disponibilité et les services rendus, à Mme Susan Murzinski et à M. Gordon Williams de la SIL ainsi qu'à tous les responsables au niveau des structures que nous avons pu interroger et qui nous ont fourni les renseignements demandés, notamment à Fily Kanté de la SODEFITEX et à Gabriel Diam, Secrétaire Général de l'Enseignement Catholique Privé, - à MM. Cheikh Kounta, Papa Diaga Seck, Ibrahima Lo et à tous les responsables dans .les Inspections Régionales et Départementales qui n'ont ménagé aucun effort pour nous montrer les activités en alphabétisation dans leurs régions, à M. Mbaye Niang du CONGAD, qui m'a fourni une documentation remarquable et qui m'a assisté par ses précieux conseils, à MM. Alassane Ndawet Jacques Bugnicourt qui m'ont donné des conseils et orientations importants en ce qui concerne la documentation pour ce travail, - à mes amis Moustapha Tambadou, conseiller technique au ministère de la Culture et de la Communication, et au professeur Louis-Jean Calvet pour m'avoir encouragé à faire ce travail, à Tamsir Anne pour avoir corrigé le manuscrit,

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et surtout - à tous les alphabétiseurs et apprenants dans les centres qui, par leur engagement et leur sens du sacrifice, ont essentiellement soutenu et renforcé ma foi dans l'alphabétisation. Nota: les chiffres entre parenthèses ou non (figurant aussi bien dans le texte que dans les notes explicatives) reportent à la page de l'ouvrage dont il est question. Exemples: Note 2 p. 15; (6) = page 6 de la préface de M. Bow; textes p. 19, 67 = p. 67 de l'ouvrage de Sadji paru en 1964.

12

INTRODUCTION: LANGUES NATIONALES LANGUE OFFICIELLE

-

Lorsque nous parlons d'alphabétisation au Sénégal, il nous faut tenir compte d'un ensemble de faits patmi lesquels l'historique de l'enseignement colonial en général, depuis son introduction au 1ge siècle jusqu'à la réforme récente de l'Ecole Nouvelle, l'enseignement religieux dans le cadre du catéchuménat aussi bien que dans les écoles coraniques, et tout ce qui est lié à l'existence du français dans son rapport avec les langues nationales africames. Les premières tentatives d'enseignement peuvent être considérées comme les premières "campagnes d'alphabétisation": il s'agit des cours donnés dans les écoles primaires coloniales autant que dans les missions catholiques. Alors que l'enseignement laïque privilégiait le français, les cours d'enseignement religieux et la lecture de la Bible dans les missions se faisaient plutôt dans les langues nationales. Bien après l'installation du système éducatif colonial qui ne s'adressa qu'à une élite1 la question de l'analphabétisme fut posée d'une façon systématique par l'UNESCO qui, après sa

1 Les missionnaires tenaient dès le début, à côté de l'évangélisation de la population, des écoles d'enseignement général, qui recrutaient, comme le constate Camara pour le cas de Saint-Louis et les deux écoles des soeurs de St-Joseph-de-Cluny, surtout "les demoiselles, ces fameuses signares". (Camara, Camille: Saint-Louis du Sénégal, 1968) Deux ouvrages scientifiques fondamentaux ont été écrits au sujet de l'enseignement en Afrique noire et au Sénégal auxquels je renvoie ceux qui cherchent de plus amples renseignements: Colin, Roland: Systèmes d'éducation et mutations sociales Continuité et discontinuité dans les dynamiques socio-éducatives Le cas du Sénégal, LiIle/Paris 1980 (Thèse, Paris V, 2 tomes); Capelle, Jean: L'éducation en Afrique noire à la veille des Indépendances, Paris (ACCTfKarthala) 1990. 13

-

création en 1945, devint un des promoteurs principaux des campagnes contre l'éradication de l'ignorance et de l'analphabétisme. Au Sénégal, on a donc connu tout d'abord, à l'époque coloniale, une période d'enseignement général, destiné à une élite assimilée, intermédiaire et interprète des intérêts des colons auprès des "indigènes". Plus tard, dans les années 50, on a vu les premières tentatives d'éducation de base, destinée à une population plus large, inspirée par les idéaux des droits de l'homme, prônés par les organismes internationaux, tentatives qui, de nos jours, ont conduit à diverses activités dans le secteur non-formel de l'éducation s'adressant principalement aux adtiltes analphabètes des régions rurales. La généralisation de l'éducation de base et du secteur non-formel a amené à un plus grand impact des langues nationales, pratiquement le seul moyen de communication dans les projets de base, tandis que l'enseignement formel fonctionne jusqu'à nos jours en langue française, qui est restée malgré plusieurs recommandations faites en faveur de l'introduction des langues nationales dans le secteur formel, l'unique langue véhiculaire du CP jusqu'à la Terminale. Au Sénégal, où l'on compte une vingtaine de langues, le français s'est imposé comme langue officielle pendant la colonisation, pour continuer à jouer son rôle de langue dominante après les indépendances de telle sorte que ce pays figure parmi les disciples les plus fidèles de la francophonie, mouvement réunissant depuis quelques années une quarantaine de pays à travers le monde. L'histoire politique et culturelle du Sénégal en tant qu'ancienne colonie française explique le statut du français. Parallèlement et souvent comme force culturelle de résistance contre les influences venant de l'Europe, l'islam et la culture arabe ont laissé leur empreinte dans la société sénégalaise de telle sorte qu'on y compte une majorité musulmane de plus de 80% de nos jours. Cette influence se manifeste, entre autres, dans la foi religieuse, l'écriture et dans des institutions d'éducation et de formation à tous les niveaux. La transcription des langues africaines en caractères arabes de textes littéraires, profanes et religieux, a une longue tradition au Sénégal. Ce champ d'écriture, certes, est resté très marginalisé, à l'ombre de la communication en lettres latines, favorisée par le colonialisme français et les gouvernements postcoloniaux, bien qu'il touche, à plus d'un titre, la majorité des locuteurs des langues africaines. 14

Finalement, nous insistons sur l'impact des langues africaines dans ce double système d'influences extérieures: elles ont toujours été une réalité incontournable, car elles constituaient le seul moyen de communication de la grande masse. Parmi la variété des langues africaines, six ont obtenu, après l'indépendance du pays, la consécration de langues nationales, officiellement reconnues: le wolof, langue majoritaire, le pulaar, le sérère, le diola, le mandingue et le soninké. Pour décrire leur impact, il faut tenir compte d'une multitude de facteurs socio-culturels qui donnent, selon des contextes bien précis, à chaque langue sa place. Ainsi, le wolo£: représentant avec 36,7% du point de vue ethnique seulement une majorité relative de la population (voir annexe), joue, en tant que langue véhiculaire, un rôle tout à fait dominant dans l'ensemble du pays. Ceci varie, certes, selon les régions, les groupes d'âge, les milieux urbains ou ruraux et l'identité culturelle du locuteur. Parmi les jeunes élèves, le wolof s'impose partout au Sénégal, notamment là où père ou mère le parlent à la maison comme première langue (voir annexe). Les pourcentages de wolophones dans les régions de population à majorité non-wolof montrent un contraste entre la ville et la campagne (par exemple à Ziguinchor/département 17,33%, et Ziguinchor/ville 80,04% de wolophones). Il y a donc des facteurs comme l'âge, le milieu urbain, les médias et autres qui mènent vers une "glottophagie" à l'intérieur du champ linguistique africain et vers une wolofisation à long terme de la société sénégalaise, tout en maintenant un caractère foncièrement plurilingue. Dans l'évolution historique du Sénégal et notamment dans le contexte colonial, les stratégies de politique linguistique ont, avant tout, favorisé la promotion du français. Cependant, l'histoire de "l'enseignement en Afrique francophone", telle que l'a décrite Joseph Gaucher en évoquant surtout l'école coloniale de Saint-Louis du Sénégal, ne concerne plus uniquement l'enseignement du français2, mais particulièrement la problématique
2 Dans la Préface, Amadou Mahtar M'Bow, caractérise l'ouvrage de Gaucher comme une "étude ressuscitant l'enseignement en français au Sénégal" (6), bien que la "méthode mutuelle" conçue par Jean Dard ait consisté essentiellement dans la promotion du wolof face au français, méthode qui lui causait bien des difficultés 15

de son enseignement dans un envirom1ement non-français africaIn. Nous ne pourrons évoquer ici que quelques aspects de l'histoire liée à la promotion des langues nationales et de l'alphabétisation. L'histoire de l'alphabétisation ne concerne pas uniquement l'histoire de la promotion des langues nationales, car les premières tentatives d'éducation de base et d'alphabétisation avaient été menées en français, sous le régime colonial dans les années 50, par le même Amadou Mahtar M'Bow qui fut trente ans plus tard Directeur Général de l'UNESCO. Notre travail se divisera en quatre parties principales: - I.A. Dans une première partie analysant l'histoire, nous allons retracer le chemin de l'enseignement fonnel et l'impact des langues nationales dans le système d'enseignement colonial, laïque ou religieux, en commençant par les premières expériences de l'instituteur Jean Dard, au début du 1ge siècle, pour finir par la reconnaissance officielle des langues nationales par les décrets présidentiels .des années 70, reconnaissance qui est loin d'être entière et qui a laissé malgré tout la place prédominante à la langue française. - I.B. L'histoire de la recherche en matière de langues nationales constituera un deuxième chapitre de l'étude historique. Tant les missionnaires que les chercheurs linguistes des institutions universitaires telles que l'IFANet le CLAD3 se sont occuavec les autorités administratives françaises à l'époque, en dépit de son intention de continuer à s'inscrire dans la ligne générale de la politique coloniale. (Cf. Gaucher, 1968, 58 s). 3 LF.A.N.-Cheikh-Anta-Diop: Institut Fondamental d'Afrique Noire, qui fut fondé en 1936 et porta le nom d'Institut Français d'Afrique Noire avant les indépendances. C.L.A.D.: Centre de Linguistique Appliquée de Dakar. Fondé en 1963, il a comme vocation d'étudier les langues nationales afin d'uniformiser transcription, grammaire et lexique des langues africaines parlées au Sénégal. Le CLAD a également élaboré une méthode d'enseignement du français appelée Pour Parler Français (PPF), méthode fort contestée et sans longue durée d'application. (cf. Pierre Dumont: L'Afrique ftloire peut-elle encore parler français? Paris 1986). 16

pésde répertorier le vocabulaire des langues africaines dans des dictionnaires, de systématiser leurs grammaires et d'élaborer des méthodes pour leur apprentissage. Ces recherches ont directement ou indirectement mené aux décrets gouvernementaux des années 60 et 70 et aux premières expériences d'enseignement des langues nationales. En même temps, les premiers projets d'alphabétisation se réalisent sous l'égide de l'administration coloniale. - II.C. La 2e partie sera consacrée à ces projets-pilotes de l'enseignement des langues nationales émanant des nouveaux décrets et à la consécration des six langues nationales. Ces projets, comme par exemple celui de la Télévision Scolaire (TSS), sont devenus entre-temps une partie de l'histoire. - III. La 3e partie de l'étude sera consacrée à l'actualité la plus immédiate: la carte du Sénégal contemporain en matière d'alphabétisation. Comme, dans le courant des décennies, deux tendances se sont confirmées, l'enseignement formel en langue française et l'enseignement non-formel, en plus grande partie dans les langues nationales, nous n'y aborderons que l'alphabétisation telle qu'elle se réalise dans les multiples projets de développement. L'enseignement formel, l'école sénégalaise, n'a malheureusement pas encore donné sa contribution concrète à la promotion des langues nationales malgré les intentions bien précises énoncées dans les recommandations de la Commission de la Réforme de l'Education et de la Formation (C.N.R.E.F.) (III.D.l°.). Une des questions à aborder dans ce contexte, sera celle des différentes transcriptions, en alphabets latin et arabe; les deux types de transcription4 existent et continuent à exister parallèlement, reflétant, une fois de plus, les intérêts différents et divergents qui entrent en jeu dans le domaine de l'alphabétisation. - IV. Avant de tirer des conclusions générales (IV.C) nous présenterons l'évaluation d'une enquête qui a été menée en mai 1990 auprès d'encadreurs, de moniteurs, et d'apprenants dans des centres d'alphabétisation dans plusieures régions du
4 Le terme transcription sera appliqué à l'alphabet latin, arabe ou autre servant à transcrire les langues. Pour le système de règles fixant la graphie dans ces alphabets, nous emploierons le terme orthographe. 17

Sénégal (IV.A. et IV.B.). L'enquête complétera la partie précédente par des données empiriques recueillies auprès des agents directement concernés et impliqués dans le champ de l'alphabétisation. - V. Après une bibliographie des ouvrages et manuels utilisés dans les différentes langues et projets (V.A) nous ajouterons en annexe les résultats détaillés de l'enquête.

18

I.
DE L'ÉPOQUE COLONIALE A L'INDÉPENDANCE

A. Système colonial d'e.nseignement (Jean Dard, Abdoulaye Sadji, Missions catholiques, évangéliques etc.)
Abdoulaye Sadji, romancier et pédagogue (1910-1961), fut un des premiers à avoir retracé dans Education Africaine et Civilisation (1964) l'histoire du système éducatif africain depuis ses débuts: il se réfère aux ouvrages de Georges Hardy, l'inspecteur général de l'enseignement en A.O.F., notamment L'enseignement au Sénégal de 1817 à 1854 (Sadji, 1964, 67). Sadji regrette l'absence d'une véritable école en Afrique, où les rapports entre colonisateur et colonisé se réduisent à des "échanges commerciaux". L'établissement de la première école coloniale, en 1817 à Saint-Louis, est lié au nom du premier instituteur désigné, Jean Dard, de Dijon. Dard essaya, dès sa nomination, d'introduire une école "typiquement africaine" qui se réclamait de la méthode directe. Appelée "enseignement mutuel", elle était inspirée par la pédagogie des Anglais Bell et Lancaster qui préconisaient une forme d'école capable de s'autogérer avec un minimum de personnel formé: un seul instituteur responsable de l'école encadre un groupe de moniteurs qui "n'étaient autres que les élèves les plus avancés" (Sadji, 68). Très rapidement, Dard fut critiqué et éliminé de l'enseignement par le préfet apostolique Giudicelli, qui lui reprochait de manquer à sa responsabilité de pédagogue. A part la mauvaise gestion de l'école de Saint-Louis, Giudicelli reprochait surtout à Dard d'avoir utilisé la langue

19

wolof dans ses cours, comme le cite Sadji d'après les textes historiques tirés de l'ouvrage de Georges Hardy: «La seconde cause de cette désertion, c'est que le sieur Dard, pour s'instruire lui-même de la langue du pays (Jargon informe), au lieu de la langue française, fait apprendre et continuellement parler ouolof à ses élèves. D'ailleurs, le 20 Octobre dernier, la boiserie pour l'Enseignement mutuel n'avait pas encore été faite.» (Sadji, 69) Ayant constaté l'impossibilité des élèves africains d'assimiler le français de la même façon que les écoliers métropolitains, il conçut avec son équipe de moniteurs une méthode destinée en même temps à respecter les particularités culturelles du milieu africain et à transmettre la culture française. L'usage de la langue wolof, au début un pis-aller dans l'impasse pédagogique et méthodologique où se trouvait l'instituteur face au manque de moyens et de personnel, devint, avec le temps, un élément principal du combat contre le colonialisme et pour l'installation d'une école africaine. Ainsi, Dard s'est-il appliqué à apprendre la langue wolof et à la transcrire, et il fut le premier à rédiger un vocabulaire et une grammaire. Joseph Gaucher caractérise l"'Ecole Wolof-Française" de Dard comme expérience d'un enseignement interculturel, oeuvre réellement pionnière et bien des décennies en avance sur les méthodes habituellement appliquées au début du 1ge siècle: «Pratiquement, à l'école, les maîtres n'utiliseront plus comme langue véhiculaire. que le wolof et les élèves apprendront d'abord à lire, à écrire et à compter en cette langue par la méthode de l'enseignement mutuel. Ensuite, grâce aux tableaux de vocabulaire, où aux mots et expressions en wolof correspondent les mots et expressions en français, les élèves, par traduction, feront l'apprentissage du français, que les plus avancés perfectionneront par la pratique dans les classes supérieures.» (Gaucher, 1968, 58) S'inspirant de Mithridate de J.-Ch. Adelung (18061817) et de l'Atlas ethnographique d'A. Balbi (1826), Jean Dard

20

écrivit les deux premiers ouvrages fondamentaux sur les langues wolof et bambara, et il est généralement reconnu comme le premier savant français à s'être engagé en tant que pédagogue et linguiste, dans le domaine des langues africaines du Sénégal.5 La démarche de Jean Dard fut donc culturelle, linguistique, pédagogique et politique en même temps: Joseph Gaucher, son biographe, décrit les objectifs de son enseignement en résumant: «- il démontrait scientifiquement que le wolof est une langue à structure de communication; il donnait un outil de libération à l'holnme noir, qui aurait désormais un moyen d'expression écrite et pourrait devenir apte à bénéficier des bienfaits de la morale évangélique universelle et répandre à son tour la parole de paix; il facilitait la tâche civilisatrice de l'homme blanc en Afrique, qu'il soit missionnaire, explorateur, négociant ou instituteur...

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5 La reconnaissance de l'oeuvre pionnière de Jean Dard est générale: il est cité par les premiers historiographes du Sénégal, tels que l'abbé David Boilat, métis de Saint-Louis et un des premiers prêtres sénégalais, lui aussi un des premiers auteurs d'une grammaire wolof. Il cite Dard dans Esquisses Sénégalaises (1853) au même titre que le missionnaire Mgr Kobès, du Petit Séminaire de Ngazobil, premier religieux-enseignant à avoir écrit dictionnaires et grammaires de la langue wolof. L'abbé Boilat résume ses réflexions en disant: «Les bons religieux, (...) vivant en milieu des Noirs, n'entendant parler que le wolof, ayant entre leurs mains des grammaires, des dictionnaires et des catéchismes wolofs, ils seront bientôt à même d'enseigner la religion. Mgr Kobès a fait imprimer à Dakar des catéchismes et des prières; il se propose aussi de publier dans ce moment un dictionnaire; j'ai fait une grammaire très explicative des principes de la langue, je me suis attaché spécialement à en simplifier les règles, afin de rendre cette étude plus facile. En attendant que ces deux derniers ouvrages soient imprimés, on pourra leur donner la grammaire et le dictionnaire de M. Dard, et les recherches philosophiques sur la langue woloffe, par M. le baron Roger.» (Esquisses Sénégalaises, 486) 21

enfin, par l'école wolof-française dont il préconisait une rapide expansion, il fonnait des jeunes hommes noirs moralement capables, selon leurs aptitudes, de contribuer efficacement à la prise de conscience par l'homme noir de sa dignité d'homme, et de participer par leurs connaissances pratiques au plan de développement économique du pays.» (Gaucher, 59) Tout en s'inscrivant dans la mission civilisatrice de la France coloniale, Dard fut un des premiers promoteurs des langues africaines, car il leur attribuait la même valeur qu'aux langues européennes; en en faisant les catalyseurs d'un développement culturel et économique, il fut en même temps un des porteparole de l'idée d'un développement autocentré et endogène. A part Jean Dard et l'enseignement laïque qu'il représentait, A. Sadji cite aussi dans Education Africaine et Civilisation, des expériences pédagogiques faites dans l'enseignement catholique par Mme Javouhey, la supérieure générale des soeurs de Saint-Joseph, et les frères de Ploërmel. Progressivement, dans leur combat contre des préjugés sur le retard congénital des Africains, ils convainquirent les autorités françaises d'introduire un enseignement technique et pragmatique à Saint-Louis et à Gorée en 1841/43 et d'envoyer les jeunes élèves en stage pour une formation spécialisée en France. C'est dans cette mouvance que David Boilat, séminariste chez les frères du Saint-Esprit, fut envoyé, avec une vingtaine de jeunes Mricains, à Limoux pour "compléter leurs études et pouvoir dans la suite effectuer des explorations dans l'intérêt de la science, dans celui de la civilisation et de l'extension des relations commerciales... "(Sadji, 75) Ces premières tentatives vers un enseignement africain, adapté aux besoins des apprenants, ne représentèrent, certes, que des tâtonnements et la réalité scolaire visait, jusqu'aux indépendances, principalement à l'assimilation des Mricains par un enseignement à l'européenne, mais ces premiers promoteurs d'un système pédagogique en Afrique se montraient particulièrement prévoyants dans leurs tentatives d'adaptation et leur analyse du milieu. Leur démarche marquait déjà à l'époque la direction à prendre dans le travail de "développement", à savoir un développement autocentré et intégré, tenant compte des besoins de base.

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Toute formation devait se réaliser en fonction des réalités du pays dont une des premières est le moyen de communication. L'histoire de l'enseignement au Sénégal commença par la période de l'école mutuelle qui, par rapport aux années ultérieures, peut être appelée une période d'un véritable renouveau, correspondant à un nouveau mouvement pédagogique en Europe, dénommé la méthode "Bell et Lancaster". Mais ce nouveau départ fut freiné. Joseph Gaucher divise l'histoire de l'enseignement dans les colonies françaises en trois grandes périodes: La première de 1816 à 1841 vit la création de la première école élémentaire à Saint-Louis et le drame de son existence sous la conduite d'instituteurs venus de France; nous la nommerons, d'après le mode d'enseignement alors pratiqué, "l'Ecole Mutuelle", et dirons que ce fut "le temps des illusions". -la seconde -de 1842 à 1905- fut celle du développement pénible et lent de la scolarisation au Sénégal sous la direction et l'action de congrégations religieuses, en particulier de la "Communauté des Frères de la doctrine chrétienne de Ploërmel", arrivés à Saint-Louis à la fin de l'année 1841: ce fut "le temps des confrontations". - La troisième période sera "le temps des réalisations": l'impulsion fut donnée au développement de l'enseignement à partir de 1905 par le Gouverneur général Camille Guy,(...) et reprise par un autre universitaire,M. Georges Hardy, Inspecteur général de l'Enseignement en A.O.F.; son action conduira à la rédaction de l"'Arrêté de mai 1924", texte fondamental de l'école primaire qui, remanié et complété en 1945, ouvrira la voie à l'enseignement secondaire puis à l'enseignement supérieur. (Gaucher, 12 f) Les difficultés d'introduire un système d'éducation nouveau et mieux adapté ne furent pas moindres: les expériences de Dard étaient très contestées et ne durèrent que quelques années6; trois seulement des vingt élèves envoyés en France par Mme Javouhey revinrent vivants, les autres n'ayant pas supporté le climat européen. Il faudrait, pour notre analyse, retenir deux

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6 Le premier séjour de Jean Dard à Saint-Louis ne dura que de 1817 jusqu'à 1820. En 1832, il retourna faire un deuxième séjour au Sénégal pour reprendre la direction de l'école mutuelle à SaintLouis, où il mourut un an plus tard, le 1er octobre 1833. 23

aspects de l'expérience pédagogique des premières années du 1ge siècle. A la lumière des expériences modernes, on peut y voir, en genne, des projets d'un développement plus adapté: Jean Dard mettait déjà l'accent sur l'enseignement mutuel en langues africaines afin de réaliser ce que, de nos jours, les experts appellent un projet endogène et d'entraide; Les promoteurs de l'enseignement religieux privilégiaient une fonnation pratique et technique, pennettant aux jeunes de mieux maîtriser leur environnement.

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Sans vouloir nous pencher en détail sur l'histoire du système éducatif dans les années à venir, nous retiendrons les principaux titres d'une soixantaine d'ouvrages concernant les langues nationales écrits depuis Dard jusqu'à la période proche de l'indépendance, date du début des études universitaires dakaroises proprement dites. Nous évoquons la bibliographie de Serge Sauvageot7, premier linguiste français, affecté en 1952 à l'IFAN, Institut Français d'Afrique Noire, installé à Dakar, fondé en 1936. Cet inventaire nous pennet de nous faire une idée des
travaux sur les langues nationales

- notamment

le wolof

- avant

leur reconnaissance officielle comme langues nationales. Il s'agit surtout de travaux issus des missions catholiques, des institutions d'enseignement et de recherche, et des associations estudiantines. Il ne s'agit que d'un extrait des bibliographies de Sauvageot dont j'ai tiré 60 ouvrages environ écrits et publiés avant 1960. Nous renvoyons le lecteur aux deux bibliographies de Sauvageot pour obtenir de plus amples renseignements. Certains titres seront commentés ou cités (comme le ljjib v%f) à nouveau dans le chapitre suivant de notre étude où nous traiterons des premiers essais de promotion des langues nationales avant leur reconnaissance fonnelle par les décrets gouvernementaux.
7 La bibliographie (voir chap. IV. B p. 130) est tirée des ouvrages: Sauvageot, Serge: Description synchronique d'un dialecte Wolof Le Parler du Dy%f, Dakar 1965 et du même auteur: Le Wolofin: Perrot, Jean: Les langues dans le Inonde ancien et 1110derne(2 parties), Paris 1981, 33-53. Les données bibliographiques de Sauvageot ont été complétées par celles de la bibliographie commentée de J.L. Doneux: Etat des études sur les langues du ,Sénégal- une bibliographie c011l1llentée, akar (CLAD) 1975). D 24

Dans la liste que nous venons de citer, figurent essentiellement cinq genres de textes dont les auteurs étaient des Européens, français et anglais, missionnaires, philanthropes ou ethnolinguistes: - dictionnaires bilingues (langues africaines/langues européennes) grammaires de langues africaines - syllabaires et méthodes d'apprentissage pour les étrangers

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- études linguistiquesconcernant des aspects ponctuels
des langues africaines parlées au Sénégal collections de textes bibliques ou ethnographiques.

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Parmi les six langues nationales, le wolof a toujours joué un rôle prioritaire, non seulement en ce qui concerne son expansion sur le territoire national du Sénégal, mais aussi dans les préoccupations des chercheurs. C'est pourquoi la plupart des titres cités sont consacrés à la langue wolof. A propos de notre étude il faudra retenir qu'aucun des ouvrages mentionnés n'était destiné à l'alphabétisation ou à être utilisé dans le système éducatif ou scolaire. Ainsi, nous n'y identifions pas des méthodes d'alphabétisation fonctionnelle ou d'alphabétisation de masse. Les ouvrages en question étaient surtout destinés aux lecteurs européens pour qu'ils comprennent mieux le monde africain et puissent mieux remplir leur «mission civilisatrice».

B. Premiers projets de promotion des langues nationales avant les décrets gouvernementaux
Les premières tentatives de tenir compte de la situation linguistique complexe du Sénégal remontent, comme nous l'avons vu, au début du 1ge siècle. Les expériences des premiers pédagogues comme Jean Dard, devenu un véritable personnagesymbole dans le combat pour les langues africaines et leur prise en compte dans l'enseignement général, n'ont pas trouvé la reconnaissance des autorités administratives coloniales. Celles-ci n'avaient ni la volonté politique pour la scolarisation et l'éducation de la population africaine en général ni, a fortiori, l'intérêt de 25