L'ART TIKAR AU CAMEROUN

De
Publié par

Cet ouvrage est une innovation dans le domaine précis de l'étude de l'art tikar du Cameroun et notamment l'art du bronze. Il est une bonne référence pour aborder l'histoire de la société tikar à travers son art. L'art tikar en bronze est un véritable langage qui permet de comprendre la société tikar, son organisation sociale hiérarchisée, la vie quotidienne, sa cosmogonie et ses croyances religieuses.
Publié le : jeudi 1 juin 2000
Lecture(s) : 1 909
Tags :
EAN13 : 9782296415096
Nombre de pages : 300
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

L'ART TIKAR AU CAJ\tIEROUN

Collection Études Africaines

Dernières parutions

Yao ASSOGBA, Jean-Marc Ela, Le Sociologue et théologien africain en boubou. Oméga BAYONNE, Jean-Claude MAKIMOUNA T-NGOUALA, CongoBrazzaville: diagnostic et stratégies pour la création de valeur. Albert LE ROUVREUR, Une oasis au Niger. Samuel EBOUA, Interrogations sur l'Afrique noire. Constant VANDEN BERGHEN et Adrien MANGA, Une introduction à un voyage en Casamance. Jean-Pierre YETNA, Langues, média, communautés rurales au Cameroun. Pierre Flambeau N'GA YAP, L'opposition au Cameroun. Myriam ROGER-PETITJEAN, Soins et nutrition des enfants en milieu urbain africain. Pierre ERNY, Ecoliers d'hier en Afrique Centrale. Françoise PUGET, Femmes peules du Burkina Faso. Philippe BOCQUIER et Tiéman DIARRA (Sous la direction de), Population et société au Mali. Abdou LATIF COULIBAL Y, Le Sénégal à l'épreuve de la démocratie, 1999. Joachim OELSNER, Le tour du Cameroun, 1999. Jean-Baptiste N. WAGO, L'économie centrafricaine, 1999. Aude MEUNIER, Le système de soins au Burkina Faso, 1999. Joachim OELSNER, Le tour du Cameroun, 2000. B. Alfred NGANDO, L'affaire Titus Edzoa, 2000.

Joseph-Marie ESSOMBA Martin ELOUGA

L'ART TIKAR AU CAMEROUN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Couverture:

Le roi guerrier Njougwong

~ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9311-4

REMERCIEMENTS

Nous remercions M. TAPTCHE NSANGOU, antiquaire collectionneur, qui a servi comme principal guide à travers les chefferies prospectées. Il est également important de souligner la très grande disponibilité des chefs Tikar et des chefferies d'origine Tikar à qui nous adressons nos vifs remerciements. Nous tenons aussi à remercier Maître Emmanuel MBIAM pour nous avoir mis en rapport avec le Dr. SEGHERS et aussi, permis de faire pour la première fois la connaissance des objets du Musée des Arts Bantus de Yaoundé et ceux d'Atlanta en 1996. Nous sommes également reconnaissants envers M. Paul Sternberg, expert en évaluation des œuvres d'art qui nous a encouragés tout au long de nos recherches et pour la publication de cet ouvrage. Nous remercions aussi M. Ronnie Thiveatt, photographe de Temple (Texas), pour sa contribution au travail des illustrations. Au Dr. SEGHERS, toute notre reconnaissance pour cette action de collecte des œuvres d'art pour la sauvegarde et tout l'appui apporté à nos recherches et à la publication du présent ouvrage.

INTRODUCTION

GÉNÉRALE

Le présent ouvrage est le résultat des recherches de terrain effectuées en pays Tikar, dans les chefferies Bamoun d'origine Tikar, et aux Etats-Unis dans le cadre du projet intitulé: "Sur les traces de l'art Tikar". En 1993, Victor SEGHERS, cardiologue travaillant aux Etats-Unis, s'est intéressé à la culture des Tikar : l'art tikar et leur mode de vie. Son intérêt a également porté sur l'art Fang: masques et statues. Victor SEGHERS s'est davantage intéressé à l'art Tikar, et plus particulièrement aux objets en bronze. C'est ainsi qu'il lance une opération d'envergure de collecte des objets d'art Tikar, en bronze, en bois et en céramique, avec une préférence particulière pour les œuvres en bronze. Des antiquaires-collectionneurs et vendeurs d'objets d'art ont participé à cette opération. Cette action de M. SEGHERS a abouti à la collecte de nombreux objets d'art en bronze, globalement considérés comme des œuvres d'art Tikar, mais dont les origines et l'appartenance à la civilisation Tikar n'étaient scientifiquement pas établies. Il s'agissait donc ici d'un véritable problème à résoudre pour une meilleure exploitation et valorisation de ces objets d'art collectés sans aucune référence aux approches d'étude scientifique reconnues - répertoire normalisé - étude morphostylistique et anthropologique des objets. En 1996, des objets de cette collection ont servi de fonds pour l'ouverture de deux musées: un à Yaoundé le 2 mai 1996

7

sous l'appellation de "Musée d'Arts Bantus", au quartier Bastos, ouvert sous les auspices de Maître MBIAM Emmanuel, l'autre à Atlanta (USA), sous les auspices du Dr. SEGHERS en août 1996, et sous l'appellation de "Musée des Arts Tikar", en présence du ministre de la Culture de l'époque, Isaïe TOKO MANGAN. Ayant pris part à l'ouverture des deux musées, nous avons décidé de mener une étude scientifique pour mieux comprendre ces réalisations artistiques qui étaient imputées aux Tikar. Les résultats de cette étude entamée en 1997 font l'objet de cette publication intitulée "Sur les traces de l'art Tikar". Elle s'articule autour d'une problématique clairement définie: - Prouver l'appartenance des objets en bronze de la "Collection SEGHERS" dits "Objets d'art Tikal''' à la culture Tikal', compte tenu du fait que, lors de leur collecte, aucune information sur les origines, la chronologie, les caractéristiques morphologiques, stylistiques et anthropologiques n'avait été fournie. Autrement dit, il s'agissait de démontrer que ces objets en bronze étaient d'origine Tikal', ou qu'ils appartiendraient à l'aire d'influence de la civilisation Tikar. Des recherches pour répondre à ces questions ont été effectuées en deux phases et suivant une méthodologie caractérisée par la transversalité des approches morphologique, historique, anthropologique, stylistique et esthétique. 1°) Première phase: opérations de terrain - Identification et répertoire d'objets d'art en bronze dans les chefferies Tikal' et Bamoun d'origine Tikar. Cette phase s'est déroulée autour des principaux points suivants: a) L'enquête de terrain: prospection, identification, répertoire et cartographie des sites de collecte des objets dans l'aire de civilisation ou d'influence culturelle Tikal'. b) L'enquête ethnologique sur la gestion des objets en bronze dans les chefferies: les lieux de conservation, leur mode de transport, leurs origines, leur ancienneté.

8

c) L'étude morpho-typologique et anthropologique des objets trouvés dans les chefferies: étude stylistique et caractéristiques culturelles des objets dans une perspective identitaire et sociologique de l'art et de la civilisation du bronze chez les Tikar. Au cours de la première phase des travaux de novembre 1997 à février 1998, les recherches ont été effectuées dans les chefferies Tikar ou d'origine Tikar suivantes: . dans la plaine Tikar : chefferies Tikar de Ngambe Tikar, et NDITAM. . dans l'Adamaoua: chefferie Tikar de BANKIM. dans le Noun: les chefferies Bamoun d'origine Tikar de MFOYET, MATOUFA etMACHATOUM.

.

D'autres chefferies Tikar et Bamoun d'origine Tikar, d'un intérêt particulier pour la question, restent encore à étudier: MAGBA, MALENTOUENG, MANTOUM, KONG, MANGHOUOT, MABOUO, etc. Les enquêtes ont été menées jusqu'à Bamenda, aire d'extension de la civilisation Tikar. Cette première phase de recherche a eu pour résultats: - de rassembler des informations sur les lieux de collecte des objets, qui sont essentiellement les chefferies Tikar (BANKIM, NGAMBE- TIKAR, NDIT AM) et les chefferies Bamoun d'origine Tikar dont les familles attestent l'origine directe Tikar des objets en bronze qu'elles conservent. - d'apporter des précisions sur l'origine de la technique du bronze à la cire perdue et l'ancienneté des objets. A ce jour, toutes les dynasties reconnaissent que les Tikar ont fabriqué des objets en bronze depuis des siècles, bien longteIpps avant l'arrivée des Allemands ail Cameroun, et que beatlcoup d'objets conservés sont antérieurs au XIXe siècle.

- concernant la typologie des objets, les œuvres étudiées se différencient en statues, lances, clochettes, et bracelets en bronze. Les grandes statues et trônes royaux ont été répertoriés 9

et étudiés dans les chefferies Bamoun d'origine Tikar (MATOUFA, MFOYET, MACHATOUM) qui reconnaissent l'origine Tikar de ce patrimoine ainsi que son ancienneté qui remonte au-delà du XIX. siècle. Cette première phase de la recherche a donc constitué la base d'un travail comparatif qui devait s'effectuer à la deuxième phase avec l'enquête sur l'origine Tikar des objets en bronze de la Collection SEGHERS et leur étude comparative, sur les aspects morphologique, stylistique, esthétique, anthropologique, chronologique avec les objets conservés dans les chefferies Tikar étudiées. 2°) Deuxième phase: Etude comparative des objets de la Collection SEGHERS avec ceux conservés dans les chefferies
Cette deuxième phase a été consacrée à l'étude morphologique, stylistique, esthétique et socio-culturelle comparée des objets dits Tikar de la Collection SEGHERS conservés au Cameroun, et aux Etats-Unis avec les objets étudiés dans les chefferies Tikar ou d'origine Tikar. L'objectif visé restait bien celui présenté plus haut: - identifier l'origine des objets. - procéder à l'analyse morpho-stylistique des objets en vue de leur éventuelle intégration dans le style et le contexte sociologique des œuvres d'art Tikar en bronze étudiées dans les chefferies. - de situer les œuvres de la Collection SEGHERS dans une échelle de temps précise.

Ce travail d'analyse comparative a commencé par une partie des objets de la collection de Yaoundé. II s'est poursuivi par les objets conservés aux Etats-Unis. D'une manière générale, les résultats ont été satisfaisants. Avec l'aide des antiquaires-collectionneurs, les zones de provenance ont été déterminées. L'étude stylistique, morphologique et esthétique de ces œuvres a permis, grâce à l'approche comparative, d'en situer 10

une bonne partie dans la catégorie des œuvres d'art Tikar, dans le contexte de la civilisation Tikar, ou dans une aire culturelle d'influence Tikar. Le présent ouvrage présente la démarche suivie au cours des travaux et les résultats obtenus. Ces résultats sont satisfaisants dans une large mesure par rapport à la problématique établie, à savoir prouver l'appartenance des œuvres d'art en bronze de la Collection SEGHERS à la civilisation Tikar. L'ouvrage est structuré en trois grandes parties, outre l'introduction générale, la conclusion et les annexes: - La première partie présente le pays Tikar : le contexte géophysique et écologique, le contexte historique, humain et socio-culturel. - La deuxième partie présente les résultats des études effectuées sur les œuvres en bronze dans les chefferies Tikar et chefferies Bamoun d'origine Tikar. - La troisième partie présente les résultats obtenus à l'issue de l'étude comparative des œuvres en bronze de la Collection SEGHERS au Cameroun et aux Etats-Unis, avec les objets des différentes chefferies Tikar et Bamoun d'origine Tikar.

Il

CD

to
t iv~~rQ.{.i1~07 """.J // -' /-'

"'''' 3~èii /'-'/i I I I I I
r

~g
0

CI;üJ

~~

~:;!

.[~
w>:;0 ~,..:
~

",
" /

/

1/

~ O <L u::J II: ~~~
.!1

"" "g s ~w j8"g :;:
:;;::> . _ 10

'y

~~1~
::~~~ ~ .. a. "

q: cri

\ \ \.
'-, \,

~\

~\ \II S\

g ."

~
~

1.

~ a

"

o M

o

:':? f;!
~ ~

E

" ~ "
« ~ zï= o UJ -..J f-....
0::

~ 1::
~ BI!

, ~~I.
.
~f~~:f

@
I

~
~I

!lil'I i! Il\\1\\\1\ l, il
\

I

I
I

«w

~
r

::>0:: t::::> <nfw _J Q::> wU f-W 0::0::

;j~

.... W Q

~
.
.
.

~ .~ ..

1'"" 0o!-:
~~b-

';;;:

~

"

v

~ 1i-g:5~E H~g~~~ ;=:1j:;;~{:2e~

~ cE:::.!!;: ~._"

~

~

~~~~];';~
:;~~, iJE~:J-'.~u~~.~ ~ ,."'~."".>u

~H~]e:~5&ii:~ ~~~t)ou._

CHAPITRE I PRÉSENTATION DU PAYS THUR

A. CONTEXTE GÉOGRAPHIQUE

(Carte I)

L'approche géographique suivie ici consiste à décrire succinctement le cadre environnemental dans lequel se sont installés les Tikar, et qui a été exploité pour produire les cultures matérielles qui font l'objet de cette étude. Le territoire actuellement occupé par les Tikar ne forme pas une unité géographique, ni administrative. Sur le plan administratif, les Tikar sont disséminés dans les provinces de l'Adamaoua, d'Ouest, du Centre et du Nord-Ouest. C'est dans cette dernière province que leur concentration est importante, alors qu'ils sont minoritaires dans les trois autres. L'état d'extrême dispersion de ce peuple, que nous expliquons par les soubresauts d'une histoire précoloniale tourmentée, ne permet pas de donner des limites exactes à l'espace qu'ils occupent. A l'évidence, c'est un territoire très étendu, marqué par la diversité de son milieu. Au plan topographique, le pays Tikar est un ensemble de plaine (plaine Tikar au Sud des Mambila), de bas plateaux dominés par des massifs isolés (moyen Mbam) et de hauts plateaux de l'Ouest, et du Nord-ouest et de l'Adamaoua. Ce relief diversifié a joué un rôle important de canalisation des migrations historiques des Tikar. Dans le contexte de guerres tribales perpétuelles au cours de la période du XVe au XVIIe siècle, et de raids esclavagistes dont l'objectif était d'alimenter la traite européenne active sur la côte atlantique, et la traite arabe qui drainait les Camerounais du Sud vers le Nord, les massifs isolés, et les hauts plateaux ont servi de refuge par excellence aux populations Tikar. L'élément topographique devra donc être perçu dans sa dimension géographique, mais aussi historique; celle-ci permettant de mieux expliquer la position de certaines chefferies encore en place - ou abandonnées. Le territoire d'habitat des Tikar se caractérise aussi par la diversité climatique. Il est soumis à la fois aux influences du climat soudanien d'altitude (Adamaoua), du climat équatorial de 14

transition (nord de la Sanaga), du climat guinéen ou camerounien d'altitude - Grassfield ou hauts plateaux de l'Ouest - (OLIVR Y, 1986). Cette diversité climatique est à l'origine de la variété des unités phytogéographiques qui s'individualisent du nord au sud du territoire d'habitat des Tikar en savanes arbustives, soudano-guinéennes dans l'Adamaoua; végétation post-forestière congo-guinéenne et savanes soudano-guinéennes de transition dans le Mbam et le Kim; formation d'altitude humide et îlots sub-alpins dans les grassfields (OLIVRY J.c., 1986). Le dynamisme actuel du paysage végétal de la région se traduisant par une transgression forestière sur la savane (ELOUGA M., 1995), modifie sensiblement la physionomie des unités phytogéographiques ainsi présentées, et influence beaucoup la culture Tikar actuelle, voire celle des ethnies voisines comme les NDJANTI, les YASSEM, les BALOM, les VOUTE. Cette transgression forestière remonte à quelques décennies par rapport à l'installation des Tikar dans la région (Communication personnelle de LEMBO WANE et NGANDJ1 AHMADOU). Il est donc certain que les Tikar migrant vers le sud ont occupé un territoire relativement ouvert présentant des îlots forestiers et des savanes incluses. Un tel paysage phytogéographique les exposait aux ambitions hégémoniques peules, donc aux assauts successifs des cavaliers pilleurs qui razziaient sans peine les chefferies des savanes de la région. Les tranchées qui ceignent les royaumes Tikar - (BANKIM, NGAMBE, KONG, NDIT AM) - représentent des barrières anthropiques aux chevauchées peules, et plus tard aux attaques Bamoun, la barrière naturelle qu'est la forêt dense faisant défaut. L'implication des paysages phytogéographiques dans l'histoire du groupe Tikar est édifiante et permet dé comprendre que le passé de ce peuple ne peut être mieux appréhendé que sur la base d'une approche globale et transdiciplinaire. La présentation du réseau hydrographique, mais surtout son impact sur la migration historique et la formation des rameaux Tikar nous apportent des pièces à conviction supplémentaires. 15

Le pays Tikar est suffisamment drainé. Les principaux cours d'eau de la sous-région: Mbam, Kim, Noun, Mapé, Mentchum, Katsena - Ala et Donga dans le Nord-Ouest, tributaire de la Benoué et de la Sanaga - participent au drainage des bassins du Niger et de l'Atlantique. Trois cours d'eau de ce réseau ont particulièrement marqué l'histoire migratoire récente des Tikar : le Mbam, le Kim et la Mapé. Ces fleuves et rivières, voies de communication naturelles, saisonnièrement inutilisables, ont orienté les courants migratoires des Tikar contraints de longer leur cours au lieu de passer d'une rive à l'autre. La concentration des royaumes et des chefferies dans le couloir que délimitent le Mbam et le Kim en est une preuve irréfutable. Il est aussi arrivé que les peuples Tikar, essaimant le moyen Mbam, passent d'une rive à une autre de ce cours d'eau (MOHAMADOU E. 1986), pour se mettre à l'abri des attaques des royaumes plus puissants ou d'envahisseurs lointains comme les Peuls. Le relatif isolement consécutif à ces logiques et stratégies de défense a été renforcé par les cours d'eau franchis et favorisé la ramification des Tikar. Le milieu naturel Tikar ainsi décrit, est en pleine transformation, notamment du point de vue des paysages phytogéographiques. Il frappe par sa diversité, mais davantage par la marque qu'il a imprimée à l'histoire des Tikar du moyen Mbam et des grassfields, histoire qui commence autour du lac Assom pour se dénouer à la charnière des provinces actuelles du Centre, de l'Adamaoua, de l'Ouest et du Nord-Ouest.

B. LES PEUPLES: LEUR HISTOIRE ET CIVILISATION

1. Aperçu historique sur les origines et les migrations récentes La question des origines ou de la formation des différents groupes Tikar ne peut mieux être débattue que dans le contexte global des mouvements de populations ayant eu lieu du xve au 16

milieu du XIXe siècle, et dont l'un des pôles de dispersion a été l'Adamaoua. Ces migrations, véritable facteur de dispersion et de différenciation linguistique ou socio-culturelle, ont largement contribué à l'émergence d'entités ethniques, mais surtout tribales, nouvelles. C'est dans cette dynamique sociohistorique qu'il faut situer l'apparition du groupe Tikar issu des Mboum, actuellement fixé dans l'Adamaoua (MVENG, E. 1963; MOHAMADOU, E. 1986).

Origine La littérature disponible (E. MOHAMADOU 1986, MVENG E. 1963 ; BEEMSTER, B. 1992, CHIL VER E. M. ; KABERRY P.M. 1971 ; PRICE D. 1979 ; JEFREYS MDW, 1964), ainsi que les données orales que nous avons recueillies sur le terrain au_ cours de nos recherches (Communication personnelle de NGANDJI Charles, LEMBO WAWE AHMADOU et CHIMI Basile) apportent et éclairent sur les origines du peuple et des royaumes Tikar; origines parfois énigmatiques et controversées au regard de la diversité des traditions, légendes et mythes présentés d'un rameau Tikar à un autre. Il faut reconnaître le caractère légendaire de cette origine, et chercher à se rapprocher le plus possible de la vérité historique par une analyse et une interprétation critiques des versions présentées par les différents groupes Tikar, comme l'a fait E. Mohammadou.

17

L'ethnogenèse des Tikar est liée à une légende qu'ils reconnaissent tous, même si elle est diversement présentée d'une chefferie à une autre. Cette légende explique la naissance de leur peuple à partir d'une querelle entre le chef (ou Belaka) des Mboum (à l'Est de Ngaoundéré) et l'un de ses fils, appelé «KLO», accusé d'avoir fait l'amour avec une des épouses du roi. En apprenant cette honte, le Belaka aurait dit à KLO : «Tikàlà jè», en Mboum «sors d'ici», condamnant ainsi son fils et quelques-uns de ses amis à une vie de vagabondage sur les hauts plateaux de l'Adamaoua. Avec le temps, le petit clan de KLO s'était multiplié et était arrivé sur la rive gauche du Mbam en traversant le fleuve et avait envahi le pays des TUMU à BANKIM pour les soumettre et finir par s'intégrer à eux. La littérature comprend d'autres versions dont les éléments recoupent celle qui vient d'être présentée. Eldrige MOHAMADOU en expose trois dans lesquelles l'origine Mboum des Tikar est clairement mise en évidence. L'une des versions de cette tradition d'origine est la suivante: «Dans l'étude des indigènes aujourd'hui dénommés Tikar, il apparaît comme certain, indéniable, que ceux-ci sont des Mboum. Ils habitaient jadis, à une époque lointaine, plusieurs villages disséminés autour du lac Assoneu (lac Assom sur la carte de Tibati au 1/200000), probablement aujourd'hui lac Atsoum, entre Tibati et Ngaoundéré. Chacun de ces villages était commandé par le représentant d'un chef unique dont la résidence à Fomassoun était la principale agglomération». «La bonne entente semble avoir régné entre toutes les populations jusqu'au jour où un chef de Fomassoun, jaloux de l'affection que les habitants avaient pour l'un de ses frères, dit à celui-ci au cours d'une violente querelle: «Tikar», en Mboum «Va-t-en d'ici! » Ce dernier, furieux, quitta la région, suivi par la plus grande partie de la population qui le nomma chef. Tous décidèrent, le jour de leur départ, de prendre le nom de Tikar pour que reste inoubliée l'injure faite à celui qu'ils venaient de se donner comme chef. Et, pour mieux marquer le caractère 18

définitif de la scission, ils adoptèrent une nouvelle langue, le Tikar actuel, qui a beaucoup d'analogies avec le Mboum». «Pendant environ une année, ces Tikar errèrent en se dirigeant vers le Sud, sans trouver un emplacement à leur convenance ... Ils arrivèrent ainsi sur la rive gauche du Mbam. Là, ils se séparèrent en deux groupes; l'un, le plus important, placé sous les ordres du chef, l'autre sous les ordres du fils du chef. Le premier groupe devait fonder BANKIM, le second Ngambé». Une autre version des traditions ethnogéniques rapporte que «les Tikar appartiennent à la grande famille des Mboum, et leurs traditions conservent le souvenir de la séparation. L'ancêtre, le Belaka Gan-Bi, laissa en mourant trois enfants, deux garçons et une fille. Les deux premiers partagèrent l'héritage de leur père et chassèrent leur sœur en disant: «Tim Kala» ce qui veut dire en Mboum «sors d'ici». «La fille partit non seulement de la capitale, mais du village et du pays. Elle s'en alla vers l'ouest, prit un mari dans une autre tribu, et quand ses enfants furent grands, elle envoya annoncer à ses frères qu'elle avait fondé une nouvelle famille qui serait appelée «Timkala», en souvenir de sa fuite, ce qui donna plus tard «Tikar». Une troisième version stipule que «ces indigènes vivaient groupés sous l'autorité d'un chef unique dénommé Berelaka (Belaka probablement) ... Pour les uns, les dissensions prennent naissance au décès du chef, par suite de la rivalité de ses sept ou huit enfants, tous désireux de lui succéder. Pour d'autres, c'est une violente querelle qui surgit entre le Berelaka et ses enfants à l'occasion d'un grand repas ... Quel que soit le cas, un fait est certain, c'est qu'à la suite de ces événements, les enfants de Berelaka, suivis d'une grande partie de la population, quittent cette région et pour commémorer les incidents qui ont décidé leur départ, prennent le nom de «Tikar», qui en Mboum signifie «va-t-en». La quatrième version présente ainsi les faits: «cela se passait chez le Belaka Mboum de Nganha, à proximité de l'actuel Ngaoundéré. Il interdit aux princes et aux princesses de 19

pénétrer dans la case des fétiches. Un jour qu'il y avait une cérémonie, une des princesses s'approcha pour pénétrer dans la case. On lui intima l'ordre de s'écarter de cet endroit, en Mboum «Tim Kalla» : «sors d'ici» ou «vas-t-en !» Irritée, la princesse décida de quitter définitivement son pays de Nganha. Elle partit vers l'Ouest, parvint dans la région du lac Assom, ensuite à Fanagan, Mbelassom, Nawor et Taparé. Et finalement, elle vint prendre mari chez les habitants de MBANKIM et épousa le chef en personne. Ils procréèrent et ce sont leurs enfants qui ont ensuite essaimé sur les rives droite et gauche du Mbam. Ils adoptèrent la langue du pays. Ce sont les Tikar d' aujourd 'hui». Une dernière version de cette tradition d'origine Tikar parle d'un commerçant ambulant venu du Bornou et qui se serait installé chez les Mboum à Nganha. Il épousa une Mboum et en eut une fille qui plut au chef et fut bientôt prise dans sa maison, où, par sa bonne conduite, elle sut obtenir la confiance de son époux. De leur union naquirent trois garçons et une fille, plus aimés que ceux des autres épouses. Seul le nom de l'aîné nous a été conservé: Klong. Ce dernier obtint la très rare faveur d'être agréé, presque enfant encore, comme membre du conseil des notables, aucune décision ne se prenant sans son avis. Jalouses, les autres épouses rapportèrent au chef que Klong leur faisait secrètement la cour. Le père, mécontent, omit sciemment de lui parler d'une réunion du conseil à laquelle Klong, averti, se rendit néanmoins. Il en fut sèchement renvoyé en ces termes: "tikala je" sors au « delà» (de cette terre) ... Klong s'en alla donc suivi de ses cadets. Ils eurent soin de prendre trois instruments de musique, les mbé mbûm, conservé, aujourd'hui à la chefferie de BANKIM. Quelques-uns de leurs demi-frères, ainsi que des villageois attachés à leur cause, partirent avec eux (MOHAMADOU E. 1986 : 81-87). D'après cette tradition, Klong est le fondateur du premier noyau Tikar, qui par expansion démographique, et par des conquêtes, avait occupé les rives gauche et droite du Mbam. On constate que les acteurs impliqués dans ces traditions ethnogéniques, ne sont pas les mêmes. Suivant les versions, 20

c'est une princesse, un prince ou un groupe de princes qui est chassé du pays Mboum par le chef. Les témoignages ne concordent pas non plus sur les raisons ayant motivé une telle décision de la part du chef. Les traditions historiques et les légendes mettent en évidence les dissensions dues aux actes adultérins des princes, la violation des interdits par les princesses, ou alors aux querelles de succession consécutives aux mésententes entre les princes. Nous n'osons pas ouvrir le débat sur les acteurs réels et les facteurs moteurs, scientifiquement acceptables, de la trame des événements ayant entraîné l'éclatement (ou la scission) du groupe Mboum, et la formation du groupe Tikar. Il importe cependant de prendre en considération certaines données plausibles que renferment les traditions historiques. L'origine géographique des Tikar est sans conteste l'Adamaoua, dans une région qu'il faut situer entre Tibati et Banyo autour du lac Assom. Par rapport à leur ethnogenèse, il est admis que les Tikar descendent des Mboum que nous considérons comme leurs ancêtres les plus proches. Quant aux raisons de la formation de ce rameau Tikar, on pourrait admettre I'hypothèse des querelles ou dissensions dynastiques ou alors des luttes de succession opposant les princes. Il est établi que les Tikar peuplant le centre, l'Adamaoua et le Nord-Ouest du Cameroun, descendent de l'ethnie Mboum ; il importe donc de chercher à comprendre comment les différents groupes actuellement connus et organisés en chefferies se sont constitués au fil de I'histoire. Cette question impose un regard sur l'épineux problème des migrations Tikar, de leur premier habitat à celui qu'ils occupent actuellement.

21

Approche historique des migrations et du processus formation des différents royaumes Tikar

de

Deux phases importantes doivent être retenues dans les migrations Tikar. La première, ayant conduit ceux qui formèrent le noyau initial Tikar du pays Mboum, région du lac Assom près de Tibati, vers les rives du Haut Mbam. Cette phase migratoire s'est achevée par la formation de deux royaumes: - Kébé ou Kimi (actuel BANKIM) sur la rive droite, et dont le fondateur fut Ntinki. - Ngambe sur la rive gauche, fondé par Guié (MOHAMADOU E. 1986). Le groupe Tikar en formation a été moins affecté par les forces centrifuges au cours de cette première phase migratoire. Du lac Assom aux rives du Mbam, deux rameaux seulement ont pu se constituer. C'est de ces deux rameaux, notamment celui de BANKIM, que le phénomène de polymérisation des chefferies Tikar va se produire. Kébé, Kimi ou BANKIM, doit être retenue comme le principal pôle de dispersion des Tikar qui allaient peupler les grassfields, le pays Bamoun et la rive gauche du Mbam. (MOHAMADOU E. 1986 ; Communication personnelle de LEMBO WAWE AHMADOU et NGANDJI Charles). Les mouvements de populations de Kimi vers les grassfields, NDITAM et l'actuel Royaume Bamoun, représentent la seconde phase migratoire des Tikar. C'est au cours de cette phase qu'ils ont essaimé vers les hauts plateaux des grassfields ainsi que les rives gauche et droite du Mbam. Les rameaux Tikar actuellement connus, et qui s'organisent en chefferie se sont constitués à l'issue de ce second courant migratoire que la mémoire collective a diversement enregistré, comme cela transparaît dans les versions présentées par les traditions ethnogéniques. Une revue de ces traditions, notamment celles des Banso, Bamoun et des Tikar de NDIT AM, permet de dégager les mobiles profonds de la dispersion des Tikar après leur installation à Kimi ou BANKIM, et à Ngambe (MOHAMADOU E. 1986 et 1990).

22

Les appétits de la gestion du pouvoir par les princes, aiguisés par les institutions traditionnelles ainsi que les querelles de succession alimentées par les ambitions politiques de ces princes, ont été un véritable ferment au phénomène de ramification du groupe Tikar. Les invasions peules, au caractère destructeur, ont contribué à la désorganisation des chefferies déjà créées. Les mouvements migratoires consécutifs aux querelles intestines, et la geste peule se sont achevés par la formation d'une seconde génération de chefferie Tikar sur la rive gauche du Moyen Mbam ; GAH, BENG-BENG, INA, KONG, MAMBIOKO, et NDITAM en sont des exemples. Sur la rive droite, ce sont les chefferies de BANDAM, NDOUMI, GOLORI, MBIRIDJOM et NY AMBOY A. Dans les grassfields, les chefferies de NSO, NDOP, KOM, BAFOUT, WIY A, WAR, MBO et MBEM. (MOHAMADOU, E. 1986; JEFFREYS MDW, 1962; CHILVER EM et KABERR Y PM, 1969). Suite à l'expansion démographique, mais aussi aux querelles de succession ou guerres intestines, se sont constituées des chefferies Tikar de moindre importance, et que nous classons dans la troisième génération. Les chefferies de Ngoume et We respectivement fondées par un prince de NDIT AM et un prince de KONG en sont des exemples (Communication personnelle de NGANDJI Charles AHMADOU et LEMBO W A WE HAM AD OU ; MOHAMADOU, E., 1986). Les royaumes et chefferies Tikar ainsi créés étaient exposés aux attaques externes, d'où le développement d'un système de défense consistant à ceindre chacun d'eux de plusieurs tranchées en auréoles concentriques deux à sept suivant l'alternance des attaques. Les ruines de ces tranchées apparaissent encore à KONG, FOUMBAN, NDIT AM, NGAMBE, BANKIM, NGOUME. L'émiettement du groupe Tikar, dû aux forces centrifuges de toutes sortes, n'a pas profondément affecté les institutions sociopolitiques que l'on retrouve avec de légères nuances dans les royaumes de BANKIM, KONG, NGAMBE, NDIT AM et GAH, du haut et moyen Mbam ; KOM, FOUNGOM, NSO, 23

BAFOUT, Bamoun, dans le grassfield. Avant d'aborder ce volet sociopolitique, nous avons cherché à répondre à la question du processus de formation des royaumes Tikar.
Processus de formation et système de défense des royaumes Tikar

Il est établi que les Tikar sont d'origine MBOUM, et ont émigré de la région du lac ASSOM vers le sud de l'Adamaoua. En attendant les précisions sur la chronologie et les axes migratoires suivis, l'on sait que le mouvement s'est effectué en plusieurs phases, entraînant une ramification du groupe. Les premières entités politiques constituées et que nous considérons comme des royaumes ou chefferies proto- Tikar, à savoir: BANKIM, NDIT AM, BANSO, BAMOUN, KONG, NGAMBE, sont nées d'une dynamique sociale entretenue par des forces contradictoires. Les querelles ou dissensions de palais, véritables forces centrifuges, ont souvent abouti aux divisions internes, et parfois, à l'éclatement des royaumes Tikar. Les cas de BANKIM avec Mbe, et de NDIT AM avec Moukpo, en sont deux pièces à conviction (Communication personnelle de CHIMI Basile, NGANDJE AHMADOU, HOUNCHE Faustin, NDORE Adolphe). Les informations recueillies laissent penser que les princes dissidents faisaient jouer les forces centripètes, dans l'objectif d'une cristallisation des Tikar qui leur restaient fidèles et des populations autochtones autour d'un noyau unique. Ces initiatives d'intégration territoriales et ethniques des princes, ont été un des facteurs importants d'émergence des royaumes Tikar. Dans les territoires occupés au cours des migrations, l'une des stratégies des princes Tikar consistait à soumettre les autochtones en cas de résistance, avant de les intégrer comme membres à part entière de l'entité étatique émergente. Un autre processus d'intégration consistait à sceller des alliances, par des pactes de sang, comme le Kyé, conclus entre les Tikar de NDIT AM et les Ndjanti,ou les Vouté ; entre les Tikar de BANKIM et les Tumu. Ces pactes d'alliance, facteur de rassemblement pertinent, ont été exploités par les Tikar pour 24

s'imposer pacifiquement aux populations autochtones, ou pour régler des conflits interminables. Les mariages interethniques ont aussi rempli une fonction d'intégration. Ils ont représenté un instrument diplomatique au moment de la disposition des tribus pour le règlement pacifique des différends (ALETUM, F. Et FISIY, C.F., 1989). Il faut attendre la fin des travaux en cours pour compléter les connaissances encore lacunaires sur la question. Quant aux chefferies du Noun d'origine Tikar, leur formation semble avoir été le résultat d'un processus différent de celui qui aboutit à la création des royaumes proto-Tikar. Suivant les données orales, certaines chefferies du Noun d'origine Tikar ont été créées par des Tikar faits captifs de guerre, installés dans le royaume Bamoun par les gestionnaires du pouvoir; les chefferies de MATOUF A, Makom, Mara, Mambicham, MACHA TOUM résultent de cette dynamique (communication personnelle de Ngoumou Ousmanou, Mfo Ntombang, Mafira Mama). La création de la chefferie de MFOYET est un autre cas de figure dans le contexte de ramification du groupe Tikar. MFOYET ou "cadeau" est un territoire concédé à un guerrier Tikar ayant soutenu le roi Bamoun - (MBOUOMBOUO, ou NSANGOU) - lors des guerres intestines, à titre de reconnaissance des services rendus. Ce chef Tikar, antérieurement installé à MANSURA-NDOUOBO, se fixa donc dans ce territoire et jeta la base de la chefferie actuelle de MFOYET (communication personnelle de Mfon PAYET et de MAMA NKARIBA IBRAHIM). La recherche des données sur la mise en place de ces chefferies d'origine Tikar se poursuit. La question doit être clarifiée, compte tenu de l'importance des informations qu'on en attend pour retracer les pistes de diffusion de l'art Tikar en général, et celui du bronze en particulier, dans la sous-région des grassfields et de la basse vallée du Mbam pays BALOM, VOUTE, BAVEUK, NDJANTI. Les royaumes Tikar dont le processus de formation vient d'être ébauché, comme d'autres du Cameroun septentrional, ont 25

développé un système de défense consistant à ceindre le territoire de I, 2, 3, 4 ou 7 tranchées aux fonctions précises, placées chacune sous le contrôle des proches collaborateurs du roi. Ces tranchées, actuellement en ruine - NDIT AM, KONG, NGAMBE, BANKIM, NGOUME, GAH, - et d'une remarquable valeur archéologique et historique, étaient de véritables fortifications utilisées en temps de guerre pour traquer et anéantir les ennemis. Les relations conflictuelles avec les Mambila et les Kondja, les guerres opposant les royaumes proto-Tikar - (NDITAM - Ngambe ; NDITAM - Ngoume ; Bamoun - Banso ...) -, et surtout les ambitions hégémoniques des Peuls dont l'une des manifestations historiques a été le siège de Ngambe vers la fin du XIXe siècle, justifient l'aménagement de ces tranchées (MOHAMADOU, E., 1986 et 1990 ; TARDITS, C. 1980 ; communication personnelle de CHEMI Basile, NGANDJI AHMADOU, LEMBO WA WE, MGBATOU Bosco, HOUNGUE Faustin, ND ORE Adolphe). L'anéantissement des chefferies Tikar, et la spoliation subséquente de leur riche culture, posent le problème de l'efficacité réelle et de la gestion du système de défense ainsi mis en place par la classe dirigeante.
2. Organisation sociopolitique traditionnelle

Les royaumes Tikar se présentent comme de vastes ensembles subdivisés en chefferies sur lesquelles s'exerce l'autorité centrale du roi résidant dans la capitale. - Le pouvoir local est exercé par les chefs de quartiers, de lignages ou de hameaux dépendant du royaume. - Le pouvoir central revient au roi installé dans la capitale du royaume. Pour mieux appréhender l'organisation politique des Tikar il convient de présenter les institutions qui en constituent l'ossature et à travers lesquelles s'exerce l'autorité du roi ou de ses collaborateurs. Dans tous les royaumes Tikar, l'institution suprême, la royauté ou le roi, est connue sous un titre dont la nomenclature varie suivant les royaumes: 26

BANKIM
Mvèm ou Cimi

NGAMBE MbwE ou Ntwô

NDIT AM Nètô ou Mbwè

KONG Ntwôn ou Mbwi

Les organes de gouvernement sont similaires dans les royaumes de BANKIM, NGAMBE, NDIT AM, KONG malgré les nuances qui apparaissent dans la nomenclature de ces organes et. des fonctions qu'elles remplissent. L'on distingue entre autres: . la tante paternelle; . la reine mère; . les princesses;

. . . . .
.

les princes;

les fils des sœurs ou neveux; la cheftaine des femmes de la cité;
les épouses royales;

les conseillers ou grands dignitaires; les serviteurs du roi ou titulaires des charges diverses.

Les gestionnaires de ces institutions, principaux sujets de l'art du bronze, participent à la gestion du pouvoir en remplissant des fonctions politiques, rituelles, religieuses ou administratives. C'est par ces fonctions qu'i Is exercent leur autorité sur les couches de population placées sous leur contrôle. Le fonctionnement de ces organes gouvernementaux est présenté ici, même s'il a été exploité pour mettre en exergue le partage du pouvoir, et les contrepoids que représentent certaines institutions. De telle sorte que le caractère très centralisé et autocratique du pouvoir n'est qu'apparent dans le cas du royaume Tikar : en se limitant aux apparences, on ne perçoit pas au fond le rôle déterminant joué par des acteurs autres que le roi dans la prise des décisions. Le système politique traditionnel Tikar a fonctionné sur ses bases traditionnelles pendant toute la période précoloniale. Le pouvoir colonial moderne s'est superposé aux institutions de tradition dès la création d'un protectorat allemand au Cameroun. 27

Au regard du fonctionnement actuel de ces institutions traditionnelles, et malgré l'inféodation de plus en plus poussée des chefs Tikar, voire d'autres régions du Cameroun - Ouest, Grassfield, Nord et Sud-Ouest, littoral, Nord et Centre - au pouvoir moderne (J.M. ELA 1990), on se rend bien compte que l'organisation politique Tikar a résisté au choc de la modernité et de la tradition. Les dynasties continuent à s'allonger, et les chefs se déploient tous pour perpétuer les modèles d'organisation sociopolitiques ancestraux. A ce jour, au moins une vingtaine de chefs se sont succédés à la tête des royaumes de BANKIM, NGAMBE, KONG et NDIT AM (MOHAMADOU E. 1990); Communication personnelle de NGANDJI Charles et LEMBO WAWE AHMADOU).
Dynastie de Bankim 1) 2) 3) 4) 5) 6) 7) 8) 9) 10) Il) 12) 13) 14) 15) 16) 17) 18) 19) 20) NTINKI MVEING MKPELI MWESOK NKEP-NLE NDOUOP-NLE SOUOH NZANG MPEAH NGANG GOUEBOUALI GUILOUINE MEINGUEIN MVEING II MEINGUEIN MONSAKOUM GUIW A KOUNDJI GAH 1er MVESSA MVEINKEMI

28

21) 22) 23)

PLONG GOUROUDJA EL HADJ OUMAROU MVEINBLANG GAH II IBRAHIM

Dynastie de Ngambe 1) 2) 3) 4) 5) 6) 7) 8) 9) 10) 11) 12) 13) 14) 15) 16) 17) 18) 19) 20) GYE NYANGU NGAJWE NKAFE ou NGAMBE NYANJI MONDJI DJWE NGAMBE II NY ANDJI II HOUNGUE NGAMBE III NY ANDJI II NGAMBE III MGBAROUMA I NY ANDJI III MGBAROUMA II NDJWEFRO NY ANDJI II MGBAROUMA III MGBAROUMA IV HOUNGUE II Faustin

29

Dynastie

de NDIT AM

1) 2)
3)

4) 5) 6) 7) 8) 9) 10) Il) 12) 13) 14) 15) 16) 17) 18) 19)

MBE MEDOUBANG BEKANG LANTIE NGANG GAH MGBA TOU NGNITCHI TANDIE NDJINDO S. BAH NGANDJI MENCH! MGBADJOCK (1 mois de règne) NOUNKO NGNENCHE NGANDJI II NTCHIY A ALI OU NGANDJI III Pierre Seydou NGANDJI IV AHMADOU

30

Les commentaires (1)
Écrire un nouveau message

17/1000 caractères maximum.

njikam.soulemane

je vous remercie grandement de nous ouvir les yeux et les oreilles sur le cotidien de notre vie culturelle ceci est une documentation dont tout bon citoyen doit ce procurer pour l'histoir patrimanial de notre pays qui est entrain de disparaitre que Dieu vous donne la possibilité d'en savoir plus pour la sauvegarde de notre passé

jeudi 12 février 2015 - 15:26