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L'AUTEUR MODE D'EMPLOI

De
160 pages
L'auteur en tant qu'artiste c'est à dire initiateur à la fois d'un texte et d'un art à part entière semble être aujourd'hui menacé par l'ère électronique. Le statut de l'artiste-auteur semble en effet avoir dépassé celui de l'œuvre-texte. L'artiste se pose ainsi comme l'origine de l'œuvre au détriment de l'Art. De cette situation découle une série de paradoxes dont le moindre pourrait être formulé ainsi : l'artiste est devenu un fardeau pour l'Art, l'auteur un fardeau pour le Texte.
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Jacques

SOULILLOU

L'AUTEUR
MODE D'EMPLOI

L'Harmattan 5..7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

DU MEME AUTEUR
Le Décoratif, Paris: Klincksieck, colI.Esthétique 1990. Rives coloniales, architectures de St Louis du Sénégal à Douala, Marseille ,éd.Parenthèses, Paris: ORSTOM, 1993. [Dir. de publication]. L'!,npunité de l'art, colI. La couleur des idées, Paris: éditions du Seuil, 1995. Contemporary African Art (en collaboration avec André Magnin), New York: éditions Harry N. Abrams, 1996.

A

@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8126-4

SOMMAIRE

Prologue Le plagiat ou l'éternel retour L'excédentisation de l'art Appropriation I Disparition L'auteur comme fiction juridique Qu'il n'y a pas d'œuvre "ouverte" La représentation de l'art devant la loi
Double frénésie de la censure

7 17 41 63 77 93 113 129 145 157

Qu'est ce qu'une minorité? Épilogue

PROLOGUE
Nous c0111nluniquons une question, on nous en redonn,e une nichée. Montaigne

La question de l'autorité se pose aujourd'hui avec une acuité particulière dans les sociétés industrielles confrontées au phénomène de l' excédentisation aussi bien de l' art en général que de ce que j'appellerai le Texte. Si Internet fait figure de scénario d'accomplissement planétaire de cette excédentisation, celle-ci est cependant en marche à l'intérieur même de la culture occidentale depuis longtemps. Sa véritable émergence date du moment où a été posée au plan du droit la question de l'auteur. Interroger la question de l'autorité sans la relier au phénomène spécifiquement occidental de la reconnaissance d'un droit de l'auteur sur ce qu'il publie ou de l'artiste sur ce qu'il crée n'a pas de sens. Tout en menaçant cette autorité, l'excédentisation de l'art et de la littérature coïncide avec son occidentisation. Qu'en est-il aujourd'hui de l'autorité de l'auteur et des conditions de son maintien? Peut-on espérer l'éclairer à 7

partir d'elle-même, de manière pour ainsi dire directe, ou faut-il au contraire dresser un dispositif destiné à provoquer cet éclairement et se résigner à la manière "oblique", "transversale"? Y a-t-il une essence de l'autorité que l'on pourrait découvrir en séjournant à l'ombre de son concept ou bien n'existe-t-il qu'un exercice de l'autorité permettant de comprendre comment elle opère? Est-elle un domaine sur lequel l'auteur régnerait en maître, ou plutôt une réserve sur laquelle il détiendrait des droits limités? Est-ce la sérénité qui règle son rapport à l'auteur ou au contraire l'inquiétude de voir cette réserve soudain envahie et ses frontières déplaçées? Si, faisant d'abord confiance à la voie analytique, on examine l'image de l'autorité à la lumière directe de son étymologie, on y décèle un léger trouble, une ambiguïté qui

prendrait presque la couleur éclatante de la contradiction1.
L'équivoque de l' auctoritas résiderait non pas tant dans son
sens premier de donner naissance à quelque chose

-

ce

qu'on attend précisément de l'auteur s'il prétend à l'autorité -, que dans la croissance et son devenir. Se pourrait-il que l'accroissement menace l' auctoritas et ceci dans la mesure où la croissance peut aussi bien se révéler processus de développement naturel, autorégulé par des boucles de rétroaction qui l'arrêteront lorsqu'il sera parvenu à son terme,
1. Auctoritas provient de augeo, infinitif augere, c'est-à-dire "faire croître, accroître, augmenter, amplifier" et aussi "s'accroître soi-même". Emile Benveniste, Vocabulaire des institutions européennes, II, Paris, éd. de Minuit, 1969, cité par Paul Audi in L'Autorité de la pensée, PUF, 1997, p. 148. L'auteur y consacre un chapitre entier à la sémantique du mot "autorité" et fait remarquer, suivant les "leçons" de Benveniste, qu'en dépit du fait qu'augeo puisse renvoyer directement à l' augnzentunz, au phénomène de l'augmentation, cela ne doit pas nous faire oublier que la signification première et primordiale du mot se concentre dans l'action de faire naître, de "produire à]' existence", op.cit. p. 148. Remarquons au passage que le correspondant grec du augeo latin est le verbe auxanô qui signifie accroître en taille, en force, en puissance. 8

qu'à un développement pathogène, prenant une voie "oblique", "transversale", où l'augmentation n'aurait d'autre fin qu'elle-même? Le trouble auquel conduit l'examen analytique résulte du constat que l' auctoritas contient bien la puissance de faire croître, mais que cette croissance porte en elle le ferment de sa mort en tant que croissance qui ne serait plus contrôlée, instaurée et dominée par l'auteur. Une autorité qui ne veillerait pas à séjourner auprès de sa croissance, qui ne l'accompagnerait pas afin d'éviter qu'elle n'acquière sa propre autonomie, courrait le risque de sa propre ruine. Se pose du même coup la question de la limite de l'autorité: est-elle interne au sens où elle renverrait à un processus que l'auteur pourrait (ou ne pourrait pas) contrôler, ou au contraire lui est-elle extérieure au sens de ce contre quoi elle exercerait sa puissance et qui aurait le visage d'un autre auteur? L'une et l'autre à la fois dans la mesure où l'auteur a à faire avec du texte car, et même si son autorité prétend tenir sa puissance de ses seules idées, ce qu'à bon droit on ne peut lui refuser, elle ne pourra cependant fournir la preuve de son effectivité que dans la textuaIité. Dans l'exercice de sa puissance le destin de l' autorité croise celui du Texte2.Le Texte est aussi bien ce qui traverse l' œuvre, ce sur quoi elle flotte pour ainsi dire, que ce
.

2. Je me réfère très directement ici au concept de Texte tel qu'il a été développé par Roland Barthes en particulier dans "De l'œuvre au Texte", in Revue d'Esthétique, 31$rimestre 1971, D.C. TI éd. du Seuil, 1994, p. 1211. Barthes y t oppose l' œuvre au Texte, ce dernier ne pouvant "être pris dans une hiérarchie ni même un simple découpage des genres. Ce qui le constitue est au contraire sa force de subversion à l'égard des classements anciens". Ce concept à mes yeux tout à fait fondamental fera l'objet d'une élucidation progressive et, je m'en excuse par avance auprès des gardiens de la lettre, d'une certaine dérive par rapport au concept de référence dont la dénotation ne se limite pas pour moi au seul champ de l'expression écrite. 9

qui la déborde et menace par là même l'autorité de n'être que simulacre. L'une des guises sous laquelle le Texte prend en défaut le texte de l'œuvre, à son insu ou sur son initiative, c'est le plagiat. L'un des sens de plagios, en grec ancien, est "ce qui présente le flanc", ce qui est "oblique", "transversal". En tant qu'elle est nécessairement traversée par le Texte, même si comme on verra elle s'en "défend", l' autorité est toujours dans cette disposition "transversale", "oblique", où elle prête le flanc. Ce qui signifie inversement que le plagiat ne pourra être catégorisé comme "disposition exceptionnelle", comme si, en de certaines occasions seulement, l'autorité se présentait de manière "oblique". La textualité est précisément ce qui interdit une telle interprétation. Une des conséquences de cet état de choses est qu'il n'y a pas à proprement parler de "texte fondateur". Poser la question d'un "texte fondateur" c'est déjà instruire son procès, ouvrir le chantier de sa défondation. Si les Tables de la Loi ne doivent pas avoir été écrites par un homme, c'est pour éviter cette impasse. Pour maintenir intacte la force de l'autorité (qui fait tout un ici avec l'Autorité), il est plus efficace que la loi ait été écrite par une puissance extérieure au cercle des hommes. L'un des tout premiers textes en Occident à avoir explicitement exposé l'aporie de l'autorité est le Phèdre de Platon au travers de la question de l'écriture. Cette aporie, très succintement dessinée ici, procède de la volonté d'accrocher l'autorité à un point qui ne soit pas ~xtérieur au mouvement même au cours duquel.elle s'institue en tant que savoir. Or l'écriture, outil dont on "sait" par ailleurs pertinemment qu'on ne peut faire l'économie de ses ressources, se voit chargée d'assumer ce rôle de puissance extérieure qui menacerait de déstabiliser l'autorité. On suivra le destin de cette aporie jusqu'au moment où, en Occident, il croise 10

celui de l'instauration du droit d'auteur, du droit de l'artiste. Car qu'est-ce que le droit de l'auteur sinon le moyen par lequel la société entend favoriser et protéger l'augmentation des biens symboliques et par là même consolider l'autorité? Mais, au travers de l'octroi de ce droit, on verra que l'aporie ne se dissipe pas, bien au contraire, elle ressurgit avec une force insoupçonnable en opposant en une contradiction frontale l'auteur au Texte et l'artiste à l'art. Le droit d'auteur crée les conditions favorables à une excédentisation du Texte et de l'art, tout en prétendant offrir à l'auteur, à l'artiste, protection vis-à-vis des effets néfastes engendrés par cette excédentisation. Il n'y a aucune nécessité à l'instauration du droit d'auteur. Ce que le droit apporte d'essentiel à l'auteur c'est un miroir dans lequel il peut saisir son image de manière unitaire. Il permet d'opérer la suture de ce qui non seulement pourrait, mais très certainement serait une image morcelée sous l'effet du Texte. Il dissipe l' eidôlon de l'auteur, autrement dit son fantôme, pour découvrir son eidos, c'est-à-dire sa forme douée de vie, son visage où l'on peut déchiffrer la force de l' autorité. Mais de quelle manière le droit a-t-il opéré cette assomption de l'auteur? Comment s'y est-il pris pour dresser ce miroir? Par l'entremise d'une fiction. Non pas la fiction dans laquelle l'auteur se plaît à reconnaître la marque de son génie créatif, mais sous forme de ce que l'on connaît depuis le droit romain comme fictio legis. Est-ce à dire qu'il n'existe pas? Serait-ce une variante de la "mort de l'auteur" qu'on nous resservirait sous l'habit de l'homme de loi? Tout au contraire: l'auteur n'est que chimère, eidôlon, aussi longtemps que son autorité est mise en balance avec le Texte. La fiction légale le fait surgir comme l'autre du Texte, sorte d'anti-Texte qui lui fait pour ainsi dire barrage. Mais fiction tout de même... car (à comIl

mencer par celui-ci bien sûr) tout texte s'inscrit dans l'intertextualité, dans ce que Montaigne appellait l' entreglosser, ce bruissement sans fin formé du murmure des textes qui se croisent, se dupliquent, se citent, se télescopent, et à la surface duquel, de manière imprévisible, semblable au tourbillon éphémère qui se forme dans un écoulement laminaire, un texte nouveau se crée puis se défait, plus loin, plus tard, pour rejoindre l'écoulement et servir à son tour, par bribes ou blocs, à refabriquer du texte. Le droit plante l' auteur au milieu du courant comme on plante un épi au milieu d'un fleuve afin de ralentir sa course, retarder l'érosion des rives. Tout coule... dit le Texte, sauf l'auteur... répond le droit. Le Texte est homéorhétique, le droit d'auteur homéostatique. Comment distinguer cette homothétie troublante entre le Texte qui s'accroît lui-même par le jeu de l'intertextualité, et l'augmentation liée à l' auctoritas, qui ne doit pas déborder la maîtrise de l'auteur, si ce n'est en instaurant par le droit une césure qui aura la consistance d'une fiction? Enlevez la digue qui sépare les eaux du Texte de celles sur lesquelles navigue l'auteur, debout sur le pont du navire censé voguer sous son autorité, et observez comment il prend eau de toutes parts. L'auteur comme fiction juridique pourrait bien être la seule parade possible à la prolifération du Texte qui, si elle n'était pas reterritorialisée par l'auteur, constituerait une menace pour le pouvoir. Ce n'est pas par hasard si, historiquement, le personnage de l'auteur acquiert sa consistance légale à l'ombre d'un pouvoir central (Église ou État) soucieux de contrôler la production textuelle. Certes, inversement, et l'histoire de ce siècle en particulier l'aura prouvé, l'auteur peut aussi se révéler une menace pour le pouvoir. Cependant, à la différence du Texte, on peut se saisir de lui 12

ainsi que de son œuvre. Parce qu'à l'instar de celle-ci il est susceptible de faire l'objet d'une appropriation pénale (Foucault), l'auteur est sujet de la loi à la fois pour son bien - la protection de son œuvre - et pour son malheur - sa saisie et son bannissement. Le Texte ne peut être sujet de la loi, il est hors la loi dans la mesure où il ne joue pas le jeu du respect de l' œuvre selon sa clôture. Un roman (même mauvais) d'un dissident russe diffusé sous le manteau sous forme de photocopies relevait plus du Texte que de l'œuvre. Il y a bien sûr un "auteur" à ce texte, mais sa diffusion comme "substance textuelle", démultipliée par le moyen photomécanique, secondarise la dimension privative, individuelle, de l'œuvre. La stratégie mise en œuvre par le pouvoir pour contenir le Texte devra ici être tout autre dans la mesure où il ne peut s'en saisir comme il le ferait de l' œuvre. TIs'agit plus en fait d'en canaliser, d'en orienter le flux, et de tarir les sources qui charrient des eaux empoisonnées. Chaque fois que l'auteur prétend renoncer à ses droits sur son œuvre afin d'en faciliter et démultiplier la diffusion, la pénétration, comme c'est le cas lors des périodes révolutionnaires, il fait voler en éclat la fictio legis et se fait sujet non plus de la loi mais du Texte. Cependant, nous retournant vers le sens premier de l'auctoritas dont Benveniste disait qu'il est "acte créateur", et à la lumière de ce que nous pouvons entrevoir du Texte (ayant alors de ce fait emprunté la voie synthétique), ce n'est plus sur une fiction que nous allons désormais buter mais sur ce que les juristes appellent une prés.omption, à la manière du "Nul n'est censé ignorer la loi": autrement dit personne ne peut connaître dans son intégralité l'ensemble du corps des lois (pas même les juges), mais cette impossibilité n'invalide pas la loi

- il suffit

en effet qu'au moins un

seul la connaisse. La présomption est le signe de notre fmi13

tude et de la précarité du vrai. Lorsque l'auteur se met à écrire, le musicien à composer, l'artiste à peindre, la présomption cardinale "Nul n'est censé ignorer la loi" se rappelle à eux sous forme d'un interdit quasi subliminal qui a pour nom plagiat. lis sont censés en effet ne pas ignorer la loi du genre: tel roman, telle partition musicale, telle peinture existent déjà (et jouissent d'une protection juridique). Certes ils ne peuvent pas connaître toute la littérature ou toute la musique, et cependant ils ne pourront jamais faire valoir cette impossibilité pour se mettre à l'abri d'une accusation de plagiat. La bonne foi est ici irrecevable. Ils inscrivent leur geste dans la synchronie des choix possibles qui constituent "un espace de prises de positions artistiques" (Bourdieu), et la diachronie des œuvres de leurs prédécesseurs, le plagiat prenant tout son sens plutôt en référence à celle-ci. La présomption de non-ignorance rappelle que tout acte de création se place sous le signe du droit de manière équivoque: droit de l' auteur à créer et voir son œuvre protégée, mais aussi droit des autres à voir leurs œuvres reconnues et défendues contre toute attaque prédatrice venant d'un autre auteur. Si l'art en Occident s'est progressivement identifié à une appropriation individuelle sanctionnée par le droit, ("sanctionné" devant s'entendre ici au double sens de protection de la propriété individuelle et d'appropriation pénale de l'auteur au cas où il franchirait certains interdits de parole), ce phénomène d'appropriation est non seulement récent - la Renaissance ne le connaissait que de manière embryonnaire - mais en plus limité dans l'espace: il naît en Occident et l'Occident reconnaît en lui sa singularité historiale. Or se pose précisément aujourd'hui la question de savoir si l'artiste serait devenu un fardeau pour l'art et l'auteur un fardeau pour l'écriture? Seraient-ils des formes 14

dépassées ou devant être dépassées afin de favoriser un nouvel.art et un nouveau Texte? Dès lors, pour nous, la question initiale de l'autorité se dédouble en une série d'autres à commencer par : à quoi ça sert l'auteur?

15

LE PLAGIAT OU L'ETERNEL RETOUR

La raison pour laquelle il est si difficile d'administrer la preuve du plagiat dans le domaine de l'art et de la littérature tient au fait qu'il ne suffit pas seulement de montrer que B s'est inspiré de A, sans citer éventuellement ses sources, mais de prouver aussi que A ne s'est inspiré de personne. Le plagiat suppose en effet que la régression de B vers A s'épuise dans celui-ci, car si l'on venait à prouver que A s'inspire et pour ainsi dire plagie un "X" situé en position d'antériorité chronologique, la dénonciation de A se verrait fragilisée. En vertu de quel droit ~'interdire" qu'on le plagie si un soupçon de même nature le touche aussi? Dès lors qu'on accepte d'entrer dans les eaux troubles de l'écriture n'est-on pas réduit, , à accepter la contamination, non pas fortuite, accidentelle, mais essentielle, par le plagiat? Sauf en effet à imaginer l'auteur enfermé dans une bulle décon-

taminée, libre de tout germe, écrire est impossible. De même que Barthes distinguait entre le Texte comme "champ méthodologique" susceptible de traverser plusieurs œuvres, et le texte identifié aux limites de l' œuvre, il conviendrait de distinguer ici entre le Plagiat comme catégorie propre à déterminer le "contrat d'empoisonnement volontaire" qui engage tout auteur lorsqu'il accepte le jeu de l'écriture, et la catégorie juridique du plagiat (à laquelle j'assimilerai la "contrefaçon") qui renvoie à la double fiction légale de l'auteur et de l'œuvre. Comme j'aurai l'occasion de le montrer, le plagiat au sens pénal doit entretenir l'illusion de son exception. Loin d'être une transgression qui nécessiterait le recours à la loi, le Plagiat serait la règle à laquelle le plagiat, au sens juridique étroit, refuserait de souscrire - "Le plagiat est la base de toutes les littératures, excepté de la première qui d'ailleurs est inconnue", disait avec humour Giraudoux. A doit donc se poser en butoir, en source au-delà de laquelle on ne peut remonter. Quant à B, il doit faire la preuve qu'en dépit de sa dette, il produit un écart suffisamment significatif pour être pris en compte, au même titre qu'une œuvre originale. (Déterminer s'il y a plagiat ou non reviendrait ainsi à apprécier l'angle que B forme avec A et estimer s'il est suffisamment ouvert pour lever tout soupçon.) Le texte littéraire a ceci de fondamentalement différent du texte scientifique qu'il peut encore prétendre à l'originalité même s'il ne contient que des citations empruntées à d'autres textes, autrement dit, même si "à proprement parler" l'auteur n'a rien écrit ou fait de sa propre main, l'originalité ne consistant ici que dans le façonnage ou le montage. Du même coup, ce "à proprement parler" - ne serait auteur que celui qui a fait la preuve de sa capacité à créer des séquences de mots, d'images ou de sons qui n'ont jamais existé auparavant et qu'il ferait pour ainsi dire surgir 18