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L'économie informelle au Zaïre

De
208 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 73
EAN13 : 9782296326910
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CAHIERS A --.13 PA S
'MU WIJIJI
n° 21-22
septembre 1996 Tom DE HERDT et Stefaan MARYSSE
L'économie
informelle au
Zaïre
(Sur)vie et pauvreté
dans la période de transition
Institut Africain-CEDAF Editions L'Harmattan
Afrika Instituut-ASDOC 5-7, rue de I'Ecole-Polytechnique
75005 Paris Bruxelles-Brussel
Publications de l'Institut Africain/CEDAF sur les
phénomènes informels
de VILLERS G., Petite économie marchande et phénomènes informels au Zaïre et en
Afrique, Cahiers du CEDAF n° 3-4, 1992, 257 p. (épuisé).
d de VIT ERS G., Le pauvre, le hors-la-loi, le métis. La question de l'économie informelle
en Afrique, Cahiers du CEDAF n° 6, 1992, 80 p. (épuisé).
de VILLERS G. (dir.), Phénomènes informels et dynamiques culturelles en Afrique,
Cahiers africains n° 19-20 1996, 286 p.
© Institut Africain / Afrilca Instituut - CEDAF / ASDOC, 1996
ISBN : 2-7384- 47 01 - 5
ISSN : 1021-9994 7 LISTE DES TABLEAUX
8 LISTE DES GRAPHIQUES
LISTE DES SCHEMAS ET CARTE 9
PREFACE 11
13 RESUME ET CONCLUSIONS
PREMIERE PARTIE. GENERALITES 21
CHAPITRE 1. L'ECONOMIE INFORMELLE - AMPLEUR, CONCEPT ET
MÉTHODE 23
1.1. Estimation de l'ampleur de l'économie informelle 23
1.2. Les différents secteurs économiques et leur articulation selon la
25 théorie classique du développement
27 1.3. La déformation du modèle de développement au Zaïre
1.4. Critique théorique du modèle de développement classique 31
Annexe au chapitre 1: estimation du secteur informel sur la base de variables
35 monétaires (Tom De Herdt)
DEUXIEME PARTIE. ANALYSE EMPIRIQUE 53
CHAPITRE 2. EVOLUTION DE L'EMPLOI, DES SALAIRES ET DU POUVOIR
D'ACHAT FORMELS 55
2.1. Evolution de l'emploi formel 55
2.2. Evolution des salaires formels réels 60
2.3. Evolution du pouvoir d'achat 62
CHANTRE 3. ESTIMATION DES ACTIVITÉS ECONOMIQUES ILLEGALES 71
3.1. La création de la "vraie/fausse" monnaie 74
3.2. Diamant: filières officielles, semi-officielles et noires 75
3.3. Contrebande d'autres produits 78
3.4. Conclusion 79
6
CHAPITRE 4. LE SECTEUR DU PETIT ARTISANAT ET DES SERVICES
81 (en collaboration avec ana Aziza Etambala)
4.1. La naissance d'une classe moyenne congolaise 1945-1959 82
4.2. De la crise à l'expansion 1960-1974 85
4.3. L'effondrement et les mesures de stabilisation 1974-1990 90
4.4. Les pillages et le blocage politique 1990-1993 93
4.5. Conclusion 96
CHAPITRE 5. MORPHOLOGIE DE L'ARTISANAT ET DES SERVICES
INFORMELS A KINSHASA 99
5.1. Dimension et structure des entreprises 99
5.2. Répartition spatiale des entreprises 108
109 5. 3. Formation professionnelle
CHAPITRE 6. COMMENT LES KINOIS (SUR)VIVENT-ILS DANS LA PERIODE DE
TRANSITION ? 113
113 6.1 Comment analyser la socio-économie de l'informel'
6.2 Description générale des catégories socioprofessionnelles 120
130 6.3 Dynamique socio-économique dans la société kinoise
6.4 Conclusion 141
145 TROISIEME PARTIE. ECONOMIE POLITIQUE DE L'INFORMEL
CHAPITRE 7. L'ENVIRONNEMENT MACRO-ECONOMIQUE DES ACTIVITES
INFORMELLES 147
7.1. Autour du plan de stabilisation du FMI 147
7.2. L'épargne forcée engendrée par le mécanisme de l'inflation 150
7.3. Les perdants de l'inflation monétaire 152
7.4. Les méthodes d'investissement 153
7.5. Possibilités d'un soutien au secteur formel via la politique de stabilisation 154
CHAPITRE 8. STRATEGIES D'INTERVENTION DIRECTE DANS LE SECTEUR
157 INFORMEL (en collaboration avec Lubuimi Mukaya Lalabyi)
157 8. 1. Des institutions d'épargne et de crédit pour le secteur informel.
162 8. 2. Pour une formation adaptée
CHAPITRE 9. SECTEUR INFORMEL ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETE 167
9.1 La pauvreté à Kinshasa durant la période de transition : indicateurs sanitaires 167
9.2 La lutte contre la pauvreté : une tâche des autorités 7 171
Annexe au chapitre 9:
Exemple de stratégie de lutte contre la pauvreté assurant un développement efficace: rôle
du secteur informel dans la gestion des déchets à Kinshasa (Lubuimi Mukaya Lalabyi)177
BIBLIOGRAPHIE 187
7
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1.1. Zaïre, Evolution des prix et du PIB (officiel) par habitant 41
Tableau 1.2. Résultats des estimations du P.I.B. commercialisé global.
Zaïre 1970-1994 46
Tableau 1.3. Séries chronologiques du P.I.B. par citadin, Zaïre 1965-1994 50
Tableau 2.1. Zaïre: Evolution de l'emploi, 1970-1990 57
Tableau 2.2. Evolution de quelques indicateurs démographiques 59
Tableau 2.3 Evolution des indices de salaires, 1970-1990 (1970=100)
(Salaires nominaux et réels) 61
Tableau 2.4. Evolution des indices de la masse salariale (Salaires nominaux et réels)
1970-1990 64
Tableau 2.5. Salaires et revenus totaux des familles, 1986 (en Zaïres de 1986) 66
Tableau 2.6. Evolution des revenus globaux des familles à Kinshasa (1969-1986) 67
Tableau 2.7. Structure des dépenses alimentaires, 1969-1985 68
Tableau 3.1. Evolution de la production et des exportations d'or, 1982-1989 78
Tableau 4.1. Classification des zones urbaines selon des critères socio-économiques 82
Tableau 4.2 Classification des entreprises informelles selon le nombre d'employés, 1961 88
Tableau 4.3. Part du secteur informel dans l'emploi total, Zaïre 1984 91
Tableau 4.4. Comparaison de quelques activités, 1984-1989 93
Tableau 4.5. Nombre de P. M E dans quelques quartiers de Kinshasa, 1993 94
Tableau 4.6. Classification des P. M. E. selon leur date de création, Kinshasa 1993 95
Tableau 4.7. Niveau scolaire des propriétaires de P. M. E. à Kinshasa, 1993 96
Tableau 4.8. La population de Kinshasa, chiffres absolus (en milliers) et relatifs 96
Tableau 4.9. Evolution de l'emploi à Kinshasa 1946-1993 (chiffres absolus en milliers) 97
Tableau 4.10. Evolution de quelques métiers et services recensés à Kinshasa 1946-1989 97
Tableau 5.1. Capital initial des entreprises du secteur non-structuré à Kinshasa 1984...100
Tableau 5.2. Nombre moyen de travailleurs par branche d'activité 1984 102
Tableau 5.3. Classification de quelques activités selon leur intensité en capital et en
travail 103
Tableau 5.4. Salaires mensuels dans le secteur informel 1984 103
Tableau 5.5. Capital, emploi et valeur ajoutée dans le secteur informel au Zaïre 1989 105
Tableau 5.6. Origine des capitaux (en %), 1984 107
Tableau 5.7. Formation des patrons et travailleurs 110
Tableau 6.1. Evolution du bien-être des citadins zaïrois sur base d'indicateurs macro-
économiques 119
Tableau 6.2. Dépenses totales par ménage et par personne (en $), ventilées par catégorie
socioprofessionnelle 120
Tableau 6.3. Nombre d'actifs et de membres par ménage, selon les catégories socio-
professionnelles 122
Tableau 6.4. Relation entre la qualité de l'habitat et le statut juridique de l'habitation 130
8
Tableau 6.5. Regroupement des ménages sur base des variables des dépenses totales
et de niveau social 133
Tableau 6.6. Dynamique sociale, ventilée par catégorie socio-professionnelle 134
Tableau 7.1. Quelques indicateurs macro-économiques, 1980-1992 (Millions USD) 148
Tableau 7.2. Quelques variables et indicateurs monétaires 151
Tableau 8.1 Membres, crédits et comptes d'épargne des COOCEC-CEZ de Kinshasa,
1985-1992 (Z de 1985) 158
Tableau 8.2. Membres, crédits et comptes d'épargne des COOCEC-CEZ du Zaïre,
1985-1992 (Z de 1985) 159
Tableau 9.1. Evolution de la malnutrition globale et sévère à Kinshasa, 1991-1995 167
Tableau 9.2. Maladies liées à l'état de l'environnement 178
Tableau 9.3. Matériel roulant du P.N.A. 180
Tableau 9.4. Matériaux récupérés pour recyclage et types de recyclage 181
Tableau 9.5. Consommation industrielle de quelques produits de récupération
à Kinshasa 182
GRAPHIQUES
Graphique 1.1. Estimation de l'évolution du PIB commercialisé global par citadin,
Zaïre, 1965-1993 24
Graphique 1.2. Evolution du rapport entre monnaie fiduciaire et monnaie scripturale
1963 -1994 37
Graphique 1.3. Poids des transactions informelles dans l'économie globale du Zaïre
38 1965-1994
45 Graphique 1.4. Evolution du P113 commercialisé et du PIB global, 1970-1994
48 Graphique 1.5. Réestimation du PIB par habitant
Graphique 1.6. Estimation de l'évolution du PIB commercialisé global par citadin,
Zaïre, 1965-1993 49
Graphique 2.1. Evolution de l'emploi dans le secteur public et le secteur privé (1970-
1990) 55
Graphique 2.2. Evolution de l'emploi dans le secteur public 56
Graphique 2.3. Evolution du poids (%) de l'emploi formel dans la population à l'âge
de travailler 58
Graphique 2.4. Evolution des salaires formels réels, 1970-1990 (1970=100) 60
Graphique 2.5. Evolution de la masse salariale réelle dans les secteurs public et privé,
1975=100 63
Graphique 2.6. Evolution de la masse salariale totale, 1975-1990 65
Graphique 6.1. Structure familiale selon les catégories socio-professionnelles 124
Graphique 6.2. Structure familiale (2) selon les catégories socioprofessionnelles 125
Graphique 6.3. Types d'absents par catégorie socioprofessionnelle 126
Graphique 6.4. Proportion de ménages endettés par catégorie socioprofessionnelle 128
9
Graphique 6.5. Répartition des catégories socioprofessionnelles selon la source de
financement de leurs dépenses de santé 128
Graphique 6.6. Comparaison des dépenses totales et du niveau social, par catégorie
socioprofessionnelle 132
Graphique 6.7. Activité principale du chef de ménage, et activité principale en
termes de revenus pour la catégorie des "survivants" 135
Graphique 6.8. Activité principale du chef de ménage, et activité principale en
termes de revenus pour la catégorie des intellectuels 137
Graphique 6.9. Activité principale du chef de ménage, et activité principale en
termes de revenus pour la catégorie des artisans 138
Graphique 6.10. Activité principale du chef de ménage, et activité principale en
termes de revenus pour la catégorie des commerçants 139
Graphique 6.11. Activité principale du chef de ménage, et activité principale en
termes de revenus pour la catégorie des élites 140
Graphique 9.1. Evolution de la prévalence de la malnutrition globale en fonction
du mois au cours duequel l'enquête a eu lieu 168
SCHEMAS
Schéma 1.1. Classification des activités économiques du point de vue de la théorie du
25 développement
Schéma 1.2. Typologie des institutions locales selon Uphoff 31
Schéma 3.1. Filières du diamant 76
Schéma 9.1. Schéma d'intégration de la gestion des déchets ménagers à Kinshasa 183
CARTE
Principaux produits commercialisés de manière frauduleuse au Zaïre, 1987 73
PRÉFACE
Du 24 au 26 mai 1995, la Faculté des Sciences et Techniques du Développement des
Facultés Catholiques de Kinshasa organisait, en collaboration avec le "Centre d'Etudes
pour l'Action Sociale" (CEPAS) et le "Centre for Development Studies" des Facultés
Universitaires St Ignace (UFSIA) d'Anvers en Belgique un séminaire consacré au secteur
informel au Zaïre
En août 1993, une équipe de recherche du "Centre for Developmement Studies", avait
publié sous la direction du prof. dr. S. Marysse, et à la demande de Monsieur E. Derycke,
secrétaire d'Etat à la Coopération au Développement, une étude traitant de ce thème. A
l'occasion du colloque, nous avons réalisé une version synthétique de celle-ci, réactualisé
ses chapitres 1, 2 et 7. Nous y avons, en outre, introduit un nouveau chapitre (6), dans
lequel nous analysons les résultats d'une enquête budgétaire, menée en mai 1995.
Qu'il nous soit permis d'exprimer notre reconnaissance à toutes les personnes qui nous
ont apporté leur précieux soutien. Nous tenons, tout d'abord, à remercier ceux qui ont
collaboré à l'étude de 1993: Zaria Aziza Etambala, Lubuimi Mukaya Lalabyi, Luzolele
Lola Nkakala et Ekwa Bis Isal sj.. Nous pensons ensuite au père Seghers sj., qui a traduit
et synthétisé les chapitres 3, 4, 5, 7 et 8, au professeur G. Tops, qui a converti pour nous
une partie du texte en un langage informatique plus récent, ainsi qu'à Laurent Luzolele,
qui a assuré la correction de la traduction française de notre texte. Nos remerciements vont
également aux étudiants de l'FCK (maîtrise en Sciences et Techniques de
Développement), à François Kabenga Mukadi et à Stefaan Pauwels, qui nous ont apporté
une aide précieuse lors de notre enquête budgétaire, et à Léon de St.-Moulin sj. pour ses
précieux commentaires. Nous saluons, enfin, le patient travail de correction et d'édition
finales réalisé, à l'Institut Africain par Edwine Simons.
Juillet 1996,
T. De Herdt
S. Marysse RESUME ET CONCLUSIONS
1. La théorie du développement économique et de la modernisation soutient l'idée que
dans un pays en développement les secteurs traditionnels fmissent par être absorbés par
le secteur moderne. La réalité des pays d'Afrique sub-saharienne et de beaucoup d'autres
pays du Tiers monde montre que ce processus ne se vérifie que dans une mesure limitée.
Deux explications générales de ce phénomène peuvent être avancées.
Du fait que ces pays se sont développés beaucoup plus tard, la technologie qu'ils (1)
importent absorbe beaucoup moins de main-d'oeuvre que celle des pays
industrialisés observés à un stade de développement comparable. Le Zaïre n'est
pas une exception à la règle; la "phase de modernisation" (à partir de la
deuxième guerre mondiale) y a consisté à importer des technologies de la
métropole. Le contexte colonial faisait en outre que l'initiative privée des
autochtones ne pouvait pas s'associer facilement à cette modernisation. Elle était
ainsi contrainte à se manifester dans les marges de la société.
(2) Dans la phase post-coloniale, le surplus économique ne fut pas souvent utilisé
d'une manière productive. Les théoriciens du développement ont sous-estimé la
dynamique politique de l'Etat. On utilise le concept d' "Etat" en supposant que ce
dernier est intéressé par le développement, et que - sous son égide - les surplus
seront transférés vers le secteur moderne, moteur du développement. L'évolution
zaïroise est l'exemple du contraire : une classe politico-commerciale a réussi à
draîner le surplus disponible à l'échelle de la société sans le réinvestir dans des
activités productives à l'intérieur du pays.
Une conséquence importante de cet échec de la modernisation dans les pays du Tiers
monde est que le secteur non-moderne (et notamment le secteur informel) doit être
considéré comme un phénomène structurel - et non comme un phénomène passager et
temporel - dont il convient de tenir compte dans toute stratégie de développement.
2. Si on le compare à son niveau de 1968, le revenu moyen d'un citadin zaïrois en 1990
aurait décrû de 60%. En 25 ans (entre 1968 et1993), le revenu officiel de la population
urbaine serait même tombé à 35% de ce qu'il représentait en 1968. Ce déclin
spectaculaire est cependant compensé en grande partie par la croissance tout aussi
spectaculaire du secteur informel urbain. Si nous tenons compte de ce dernier, le revenu
n'aurait baissé, durant cette période,"que" de 20 à 40%. Selon nos estimations, 30 à 50%
environ du revenu urbain serait généré par le secteur informel. Cette donnée assez
étonnante s'explique en partie par le fait que les villes zaïroises sont en mesure de T. De Heck et S. Marysse 14
compenser les pertes de revenu provenant du secteur formel grâce à un accès
géographique aisé à des richesses potentielles énormes; ainsi les revenus du secteur
minier reviennent de moins en moins à l'intérieur du circuit formel : ils sont drainés
vers le secteur informel.
3. Dans notre étude, le concept de "secteur informel" regroupe trois catégories très
différentes d'activités au sein de l'économie urbaine.
Un premier groupe d'activités constitue ce que nous appelons 1' "économie de
survivance"; il s'agit des activités qui assurent à la famille sa survie quotidienne, dans
un contexte où le revenu formel ne suffit plus à couvrir les besoins courants. Pour l'Etat,
ces activités sont inexistantes, bien que leur existence soit reconnue implicitement.
Depuis 1988, elles tendent à occuper une position dominante au sein du secteur informel
urbain.
Un deuxième groupe d'activités se rattache à la "petite production marchande",
réalisée par des micro-entreprises. Celles-ci ne sont pas enregistrées parce que leur
potentiel de croissance est jugé trop faible, et elles sont, de ce fait, rarement incluses
dans une stratégie officielle de développement ou d'emploi. Notre étude conteste une
telle attitude. Sur base des données fournies par l'Institut de la Statistique, nos calculs
montrent, en effet, que ces entreprises doublent -sinon triplent- leur capital en valeur
ajoutée, et qu'un emploi n'y coûterait que de 10.000 à 12.000 frb. La prudence est,
cependant, de mise, et il ne faudrait pas en induire que l'on générerait automatiquement
de l'emploi en injectant du capital dans ce segment. Car dans ces micro-entreprises - qui
utilisent très peu de capital en comparaison des autres secteurs - l'emploi est basé sur des
facteurs difficilement reproductibles, comme les relations sociales, qui jouent un rôle
important aussi bien dans l'utilisation de la main-d'oeuvre que dans la recherche de
débouchés, et qui font partie intégrante de leur système de production.
La troisième catégorie d'activités relève de ce que nous appelons le "capitalisme
sauvage"; il s'agit d'activités criminelles ou illégales, prohibées par la loi, mais qui
trouvent à s'exercer car la légalité n'a pas un grand impact au Zaïre. Le poids
économique de ce segment du secteur informel urbain n'a pu être mesuré
systématiquement, mais les quelques données récoltées montrent clairement que
l'économie et le gouvernement zaïrois ne reposent plus, ni sur le secteur "moderne", ni
sur l'industrie, ni sur l'agriculture, ni sur le secteur minier, mais bien sur le "capitalisme
sauvage". Celui-ci a subordonné toute la structure économique à sa logique propre. Le
commerce international est à présent organisé en grande partie d'une manière
totalement illégale, au point que ce "capitalisme sauvage" est devenu un maillon
indispensable à l'ensemble du système économique. Le secteur formel lui-même
échange son argent à "Wall Street", achète de l'or ou du diamant auprès d'artisans
illégaux, afin d'acquérir des devises.
L'économie infonnele au Zalte : (sur)vie et pauvreté dans la période de transition 15
4. L'Etat, au Zaïre, a perdu totalement le contrôle du développement des villes. Jusqu'à
l'indépendance, chaque habitant était enregistré et l'on recourait à la force pour assurer
la "viabilité" des villes en contenant l'exode rural et en imposant des retours au village.
Trente ans plus tard, la population kinoise est estimée à 4.500.000 sur la base du
recensement de la population de 1984 ! L'économie formelle est, elle aussi, dépassée par
l'accroissement de la population Si en 1955, 39% de la population active était employée
dans le secteur formel, ce pourcentage déclinait à 29,1% six ans plus tard pour ne plus
représenter que 5% de la population active au début des années 90 ! D'un point de vue
démographique l'économie formelle urbaine est ainsi devenue, au Zaïre, un
phénomène marginal'.
A partir de l'analyse de données - tant récentes qu'historiques - nous montrons que
l'économie de survivance de même que le secteur du capitalisme sauvage
connaissent une évolution inversément proportionnelle à celle du secteur formel.
Ainsi, a-t-on observé un développement très net de la contrebande du diamant et de
l'exportation illégale de produits agricoles durant la période de crise qui a entouré
l'indépendance. Les premières armées de celle-ci furent caractérisées par la naissance de
différents circuits commerciaux et spéculatifs, qui, s'ils adoucirent la crise dans le
secteur formel, ne purent être maîtrisés par le gouvernement, et contribuèrent( très peu
au développement durable des régions dans lesquelles ils étaient actifs. Par la suite, ces
circuits se seraient essoufflés, pour resurgir en force à partir des années 75.
En ce qui concerne le segment de la petite production marchande par contre, nous
avons pu démontrer que son importance était fonction de celle de l'économie
formelle. La demande pour les produits et les services fournis par la petite production
marchande est d'autant plus grande que les salaires et l'emploi formels sont élevés. C'est
en effet un secteur qui s'épanouit à mesure de l'accroissement de la demande finale
intérieure.
5. A partir d'une enquête sur les dépenses des ménages réalisée auprès de 125 familles de
Kinshasa, nous avons pu, en nous plaçant du côté de la consommation, cerner l'autre
face du secteur informel (et de l'économie en général), celle du "miracle zaïrois", des
stratégies déployées par les familles pour survivre. Les conclusions de cette enquête sont
présentées à la fm du chapitre 6. Nous nous proposons, ici, de faire le pont entre ces
résultats et le reste de l'étude.
Nous avons analysé les dépenses et les comportements des ménages en les regroupant en
cinq catégories : l'élite, les intellectuels, les artisans, les commerçants et les ménages
En 1984, déjà, 60% de la main-d'oeuvre trouvait un emploi dans le secteur informel, voir p. 89 de
notre étude.
16 T. De Herdt et S. Matysse
engagés dans des activités de survie. S'il semble justifié de distinguer les différents types
d'activités en fonction de leur contribution éventuelle au développement économique,
cette distinction est moins pertinente en matière de revenu. Il apparaît, en réalité, que la
majorité des ménages tirent leurs moyens d'existence de plusieurs types d'activités. Seuls
les ménages d'artisans et ceux s'adonnant à des activités de survie tirent leurs revenus
d'une seule activité. Les revenus de 1' "élite" et des "intellectuels" proviennent, quant à
eux, aussi bien du secteur moderne que du secteur informel (capitalisme sauvage). Ceci
nous amène à dire que l'informel est partout, et surtout là où se trouve le formel. Dans le
cas des intellectuels, notons que cette évolution n'est pas forcément négative. Le système
scolaire officiel ne fonctionnant plus, l'émergence d'écoles (informelles) privées, si elle
est un signe d'appauvrissement, représente également une possibilité de réorientation du
système scolaire dans le futur. Par contre, bien que la science du développement attribue
à l'élite le rôle crucial d'accumulateur et d'investisseur dans des activités productives,
dans le cas du Zaïre, celle-ci ne pourra sortir le pays du marasme aussi longtemps que
son pouvoir et sa richesse se fonderont sur le capitalisme sauvage et la spéculation, aussi
longtemps que cette richesse ne sera pas la résultante d'efforts productifs.
Remarquons, ensuite, que, si l'analyse historique (chapitre 4) a pu établir une relation
positive entre l'accroissement des activités de la petite production marchande et
l'accroissement de l'économie en général, les résultats de notre enquête nous amènent à
nuancer cette relation. Si la période de transition a connu une forte régression
(macro)économique, les ménages des artisans ont relativement progressé, au cours de la
période, dans la hiérarchie économique. Deux facteurs peuvent expliquer ce phénomène.
D'abord, l'analyse des données sur la malnutrition révèle que l'involution économique a
été relativement modérée à Kinshasa. Tout d'abord, les pillages de 1991 et 1993 ne
semblent pas avoir trop influé sur le pouvoir d'achat urbain général et la taxe
d'(hyper)inflation a, par ailleurs, entraîné une forte redistribution du PIE zaïrois vers la
capitale. Ensuite, ces pillages, en éliminant une bonne partie des entreprises
"modernes", paraissent avoir ouvert de nouveaux débouchés aux concurrents informels.
6. Avant d'approfondir les possibilités d'appui au secteur informel urbain, nous voulons
d'abord souligner un préalable - d'ordre macro-économique et macro-social -
indispensable à cet appui. La crise qui ronge le Zaïre est avant tout une crise de l'Etat.
Toute coopération internationale sera vaine aussi longtemps que cet Etat ne fonctionnera
pas, aussi longtemps qu'il ne remplira pas ses fonctions minimales (ordre public, justice,
création d'argent, santé, éducation, travaux publics). A cet effet il est indispensable que
les fonctionnaires puissent faire leur travail, ce qui ne peut être exigé dans les conditions
actuelles. J. Maton (1993) a évalué à 5 à 600 millions de $ le budget nécessaire au
fonctionnement minimal de l'Etat. Le déficit budgétaire qui en résulterait est évalué à 4
à 500 millions de $. Si l'on veut éviter de recourir au financement inflatoire pour
stabiliser la crise macro-économique et macro-sociale, il est donc nécessaire de faire
appel au financement extérieur. Celui-ci sera indispensable durant une période de cinq
L'économie informelle au Zaïre : (sur)vie et pauvreté dans la période de transition 17
années, aucun surplus économique (taxes propres) ne pouvant être généré
intérieurement. Le délabrement de l'économie formelle est tel que sa reconstruction
nécessiterait en effet au moins 5 anse . L'aide internationale annuelle moyenne ayant
atteint dans le passé 228 millions de $ (dont 116 millions de $ en provenance de
Belgique), c'est en fait le double de cette somme qu'il s'agirait de financer ! Dans les
circonstances actuelles, la volonté de financer un tel montant est inexistante au sein de la
communauté des bailleurs de fonds internationaux. Pourtant, la reconstitution de l'Etat
zaïrois nous paraît être un préalable indispensable à toute tentative entreprise pour sortir
le pays de la crise. Si nous suggérons un financement du déficit budgétaire zaïrois, il va
sans dire que celui-ci doit être assorti de conditions strictes, définies et contrôlées par les
organisations internationales.
Si l'on insiste tellement sur cette condition préalable, c'est qu'elle est le meilleur appui
indirect à la petite production marchande, le développement de cette dernière étant
surtout tributaire du bon fonctionnement de l'économie formelle.
7. En dehors de ce qui a été dit plus haut sur la condition préalable à toute stimulation du
segment positif du secteur informel, l'appui à ce dernier dépendra encore de deux autres
facteurs que nous ne sommes pas en mesure d'évaluer.
(1) Tout d'abord une reprise de l'aide doit faire l'objet de discussions tant au niveau
international qu'au niveau belge. Au niveau international, parce que la Belgique (le
donateur le plus important) est incapable de couvrir à elle seule le besoin en
financement externe du Zaïre Au niveau national, parce qu'un débat parlementaire
s'impose pour définir le rôle futur de la Belgique au Zaïre et pour tirer les leçons de la
politique suivie par la Belgique après les événements de Lubumbashi, politique
marquée par le souci de prendre des sanctions négatives, afin de soutenir le processus
de démocratisation.
(2)S'il est malaisé de prévoir l'issue du débat politique qui doit avoir lieu en Belgique, il
est égalemenent impossible d'estimer les implications et les obligations budgétaires
qu'entraînera la future politique à l'égard du Zaïre (infrastructure, santé, éducation,
secteur informel...)
8. On peut toutefois dégager les grandes priorités d'une politique de soutien au secteur
informel au Zaïre. Cette politique peut être subdivisée suivant les différents segments
définis plus haut, tant à un niveau macro-économique qu'à un niveau méso-
économique.
2 Des ingénieurs de la MM à Olen estiment que cinq ans au moins sont indispensables pour
reconstituer techniquement une production de cuivre de 500.000 tonnes.
18 T. De Herdt et S. Matysse
Nous avons souligné plus haut qu'une croissance positive du secteur formel aurait des
effets stimulants sur le segment de la petite production marchande, tandis que
l'économie de survie et le capitalisme sauvage verraient décroître leur importance. Nous
en inférons que l'assainissement de la chose publique (good governance) s'impose
comme priorité absolue. Illustrons cette condition prioritaire par un exemple : celui de la
nécessité d'une Banque nationale suffisamment autonome par rapport à la classe
politique, sous peine de rendre illusoire tout redressement économique. Une telle
autonomie est garantie dans certains pays africains (les pays de la zone franc). Elle
constitue un gage de stabilité précieux. Elle est construite sur le contrôle mutuel et la
solidarité entre les pays africains. Cette possibilité est trop peu connue en Belgique. Ce
système présente surtout l'avantage de retirer la responsabilité de la création monétaire
aux décideurs nationaux Ainsi, la sphère de l'argent n'est plus soumise aux aléas du
clientélisme politique. Des réformes de ce type, garantissant l'autonomie des institutions,
sonneraient le glas du "capitalisme sauvage" qui a pu se développer sans entrave dans le
biotope de "I'Etat prébendier".
Au niveau macro-économique, toujours, et tout en restant dans le cadre budgétaire
existant, une meilleure articulation entre les acteurs des secteurs formel et informel doit
être stimulée. Nous avons, dans notre étude, développé l'exemple de l'évacuation des
déchets de la ville de Kinshasa. Le projet consisterait à impliquer le secteur privé (les
pousse-pousseurs) dans l'évacuation et le recyclage des déchets, afin de réduire le prix
par tonne de déchets à 1/Sème de son prix actuel. Ce type d'intervention, qui associerait
une partie de l'économie de survivance au secteur formel, constituerait un instrument
intéressant de lutte contre la pauvreté. Celle-ci ne peut en effet prendre la forme d'un
système de sécurité sociale tel qu'en connaissent nos pays, en raison de la faiblesse des
forces productives dans Ies pays en voie de développement.
Si l'appui au secteur informel doit se faire prioritairement à travers une politique macro-
économique, ce secteur doit cependant également être soutenu par des mesures au
niveau méso-économique.
Les domaines de la formation et du crédit sont présentés, dans l'étude, comme exemples
du déficit institutionnel que subissent les PME zaïroises. Celles-ci recourent surtout à
une formation sur le tas (système d'apprentissage) et à l'auto-financement, la partie
formelle de la société zaïroise n'ayant pas réussi à adapter les systèmes de formation et
de crédit à ce secteur pourtant intéressant en termes de productivité du capital et de
création d'emploi. Il est dès lors grand temps de réfléchir à la manière dont on pourrait
concevoir - dans ces domaines - une politique d'appui à la petite production marchande.
Nous proposons d'abord une coordination des initiatives existantes. Celle-ci permettrait
d'allouer les ressources - rares - d'une manière plus efficace. Elle offrirait, par ailleurs,
aux groupes cibles, une structure de prestation de services plus claire. Pour des raisons à
19 L'économie informelle au Zatte : (sur)vie et pauvreté dans la période de transition
la fois pratiques et politiques, il serait souhaitable que l'aide que la Belgique pourrait
fournir en ce domaine relève de la coopération indirecte, étant entendu que sa gestion et
son évaluation restent du domaine du ministère de la coopération et de l'AGCD.
En ce qui concerne la politique de crédit, nous avons constaté que les coopératives
d'épargne et de crédit sont actuellement les canaux les plus appropriés pour une
stimulation directe de la petite production marchande. Or ces coopératives sont "taxées",
dans la situation présente. Ainsi 50% de leur épargne doivent être investis dans des
banques commerciales zaïroises, ce qui, dans un contexte d'hyperinfiatti, signifie un
drainage du surplus du secteur informel vers le secteur moderne. Soulignons également
le fait que les coopératives perçoivent un taux d'intérêt négatif : chaque prêt se
transforme, en fait, en une forme cachée de subvention, et chaque compte d'épargne en
"une donation privée" aux institutions monétaires nationales.
Dans le domaine de la politique de formation, l'infrastructure existante en matière de
formation professionnelle continue à être axée sur les grandes entreprises formelles. On
trouve dès lors sur le marché de l'emploi des candidats-travailleurs préparés à travailler
avec des machines spécialisées; la majorité d'entre eux cependant va, après une période
d'apprentissage, démarrer un atelier utilisant des moyens technologiques rudimentaires.
Une adaptation de l'infrastructure existante en matière de formation professionnelle à
cette réalité économique nouvelle ne coûterait pas forcément plus cher. Elle exigerait par
contre un plus haut degré d'entente entre systèmes informel et formel de formation
professionnelle.
En matière de politique de lutte contre la pauvreté dans le segment des activités de
survie, nous suggérons la constitution d'un "fonds social d'urgence", nous référant à ce
qui a été tenté en Bolivie en 1985, à une période comparable d'instabilité politique et de
chaos économique. Ce fonds pourrait non seulement avoir des effets positifs sur la
pauvreté et l'inégalité sociale, mais aussi contribuer à la reconstruction économique (au
moment où un Etat « minimal » est mis en place). Il contribuerait, de plus, à renforcer
aussi bien les autorités locales que la société civile.
Nous proposons, en ce qui concerne le segment du capitalisme sauvage, de nationaliser
les comptoirs, sur le modèle du Diamond Board du Botswana. Les richesses nationales
doivent, en effet, être traitées comme un monopole naturel La théorie économique
prescrit un contrôle public de rentes monopolistiques privatisées, sous peine d'aboutir à
un équilibre sub-optimal. Il est vrai cependant qu'au Zaïre, les nationalisations n'ont pas
eu d'effet positif sur l'économie. Tout d'abord l'Etat s'est avéré un très mauvais
gestionnaire de ses entreprises. Par ailleurs, les profits réalisés ont été dilapidés dans la
logique de l'Etat prébendier. Mais il faut se garder de confondre gestion d'une entreprise
par des mandataires politiques et nationalisation. Une entreprise d'extraction du cuivre
ou du diamant doit avant tout être gérée avec le souci de remplir son mandat aussi
efficacement que possible; il ne doit y avoir aucune interférence politique à ce niveau.
Par contre, la rente obtenue du fait de l'existence d'un monopole naturel doit (au-delà de
20 T. De Herdt et S. Marysse
l'auto-financement nécessaire) servir au domaine public; c'est à ce niveau que l'Etat peut
intervenir. La dilapidation demeurant cependant possible, il conviendrait - afin de
contrecarrer tout risque - d'investir les profits provenant de cette rente (par exemple de
l'exportation du diamant), et de n'utiliser comme revenus de l'Etat que les revenus de ce
fonds. On éviterait ainsi ce qu'on a appelle le "dutch disease" 3 Ainsi les profits
monopolistiques seraient transformés en un flux de revenus durables. Ce fut la stratégie
adoptée au Botswana, qui connaît aujourd'hui une croissance annuelle de 8% .
9. Dans les années à venir, le secteur informel ne recevra pas de traitement prioritaire
dans la politique de développement du Zaïre; trop d'autres tâches de reconstruction
s'avèrent plus urgentes. Il est, pour cette raison, d'autant plus impérieux que la
coopération belgo-zaïroise privilégie les échelons les plus vulnérables de la société. Cette
orientation pourrait se concrétiser par l'affectation d'un certain pourcentage (10%, par
exemple) du budget total de la coopération à des programmes de lutte contre la pauvreté
et d'appui au secteur informel, et cela tant pour des raisons d'équité que pour des raisons
de croissance.
3 s' iag t d'une situation dans laquelle des activités exceptionnelles ou des rentes économiques
(pétrole, gaz, hausse spectaculaire des prix des produits de base, etc) stimulent la demande au
point de créer une situation d'inflation et par la suite une crise économique, lorsque cette rente
économique décline.