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L'entreprise face à la question de l'emploi

De
224 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
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EAN13 : 9782296319875
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L'ENTREPRISE FACE À LA QUESTION DE L'EMPLOI

Collection pour l'emploi Responsable de collection: Michel Parlier L'Harmattan s'est associé en 1989 avec développement emploi pour ouvrir une nouvelle collection: pour l'emploi. &

La collection marque la volonté de faire connaître des pratiques innovantes, de diffuser les enseignements et les acquis méthodologiques dégagés d'actions conduites par des entreprises, des institutions publiques ou associatives, des collectivités territoriales en France et dans les pays industrialisés. développement & emploi est une Association qui apporte son assistance aux entreprises et organisations soucieuses de développer une gestion préventive de l'emploi et des ressources humaines cohérente avec leur stratégie, c'est-à-dire intégrée avec: -la gestion de leurs marchés et produits (ou services) ; -leur gestion économique; - leur évolution technologique. Ses interventions (plus de 1 500 depuis 1981) concernent quatre domaines principaux : - démarches et méthodes de stratégies socio-économiques: diagnostics stratégiques de cohérence, développement économique local à partir du potentiel de PME/PMI, intégration d'un volet "emploi-ressources humaines" dans des plans stratégiques, etc. compétences: démarches en entreprises, analyse prospective des métiers, etc.

-

gestion

prévisionnelle

et préventive

des emplois

et des

prévision

quantitative,

- mobilité et évolution professionnelle: processus de requalification, démarches de reconversion, orientation
professionnelle permanente, "essaimage", etc. - actions locales pour l'emploi: développement économique local, améliorations des dispositifs de formation professionnelle ou continue, dispositifs d'insertion, etc.

travail: travail à "temps convenu", négociations branches ou d'entreprises, annualisation, etc.

-

dispositifs

d'aménagement

et de réduction

du temps de

d'accords de

Elle s'est donné la mission de constituer une source et un relais d'informations, d'expériences nouvelles et de démarches concrètes en matière d'emploi, un lieu d'apprentissage et d'échanges pour les responsables socio-économiques qui souhaitent agir. développement & emploi

30, rue Mozart - 92587 CLICHYCEDEX

Collection

pour l'emploi

Dominique THIERRY

L'ENTREPRISE FACE À LA QUESTION DE L'EMPLOI

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, Saint-Jacques Montréal- (Qc) CANADA H2Y lK9

Déjà publiés dans la Collection pour l'emploi - COMITÉ D'INFORMATION ET DE MOBILISATION POUR L'EMPLOI, L'entreprise engagée, 1995. - D. THIERRY, Restructurations concepts et méthodes, 1994. et reconversions: La

- F. MINET, M. PARLIER, S. de WITTE, compétence, mythe, construction ou réalité? 1994. - A. SCHLUMBERGER, marginal, 1994.

Le retraité: responsable ou

-J.P. GEHIN, Ph. MEHAUT, Apprentissage ou formation continue? Stratégies éducatives des entreprises en . Allemagne et en France, 1993. - D. THIERRY, C. SAURET, La gestion prévisionnelle et préventive des emplois et des compétences, 1993. 1992. - M.C. VILLEV AL, Mutations reconversion des salariés, 1992. industrielles et S.P. THIERY, L'emploi, changer les règles du jeu,

- N. RAOULT, Gestion prévisionnelle et préventive des emplois et des compétences en miHeu hospitalier, 1991. - E. DERET, P. DELPIROU, G. POPIEUL, Les outils de développement cognitif, 1991. -J. et N. GADREY (sous la direction de), La gestion des ressources humaines dans les services et le commerce, 1991. - G. ROYON, préface de J. CHEREQUE, La fin de la Normed ou la reconversion de 12000 salariés, 1990. - J. DENANTES, La société malade du chômage, 1989. - F. JALBERT, stratégique, 1989. Les ressources humaines, atout

@ L'Harmattan ISBN:

1996 2-7384-4304-4

En mémoire de mon père qui m'a appris la Liberté!

Sommaire
Préface et introduction Chapitre J. "Regards" : l'observation de l'Entreprise et de ses transformations I.
La tentative de rapprochement des "activités vétérinaires et santé animale" de Bayer et de Rhône-Poulenc ou l'introuvable Europe industrielle Une tentative de diversification à travers une coopération "grande entrepriseIPME" restructurations industrielles, comme révélatrices des carences de réflexion stratégique

Il 19

19 22

II.

III. Les premières

25

IV.

Les grandes restructurations industrielles de 1981/1985 comme champs d'innovations collectives La naissance et le développement des démarches d'anticipation et de gestion des compétences et le mythe de la fin des Plans Sociaux Le développement de l'exclusion, comme conséquence directe de la récession de 1990/1994

28

V.

32 36

VI.

Chapitre II. Question de l'Emploi ou problèmes d'emploi: la trop lente prise de conscience collective des ruptures nécessaires I. II. III. La méconnaissance de l'emploi par les acteurs de l'entreprise... La Question de lEmploi : trois problèmes La période 1990/1994 : la prise de conscience de trois ruptures

43 46 52 63

Chapitre III. Les tentatives globalisantes I. II. III. La recherche d'une globalité au travers l'évolution de l'organisation du travaiL Stratégies d'entreprise et gestion de l'emploi: globalité par la compétitivité de

69 73 la 88 93 103 105 116 118 120

La recherche d'une globalité socio-économique: à travers la critique des indicateurs de gestion des entreprises

Chapitre IV. Le choix dominant françaises pour la flexibilité externe I. II. III. IV.

La discrimination par l'âge, le premier moyen de la flexibilité externe La flexibilité externe par les inégalités face à la sécurité de l'emploi Les débats sur la politique monétaire et les effets sur les politiques d'emplois des entreprises Le débat sur le partage du travail par la réduction de la durée du travail

Chapitre V. Les "aller et retour" des stratégies du management
1. II.

131 133

La découverte par les entreprises d'une nécessité de stratégie anticipatrice (1978/1986)
L'embellie économique et le développement des stratégies d'entreprises pl us di versifiées (1987/1990) La régression du management socio-économique et la formation des managers mise en cause (1991/1995)

143

III.

151

Chapitre VI. Les entreprises et le développement local ou "le local et les yeux de Chimène" I. II. III. IV. V. VI. Les relations de Développement & Emploi avec le développement local Quelques rappels historiques sur le développement économique local Quels enseignements-clés chantiers, tirer de nos propres

167 167 170 173 179 182 193 197 197 201 209 221

Types d'entreprises et modes de relations avec l'environnement local Les modalités d'actions des entreprises avec leur environnement local L'entreprise et ses logiques d'actions sur un territoire: une implication limitée et ambiguë?

Chapitre VII. Le Monde Syndical et la Question de l'Emploi. I. II. Rappel historique des actions de Développement & Emploi avec le Monde Syndical Notre analyse des champs d'intervention Monde Syndical à l'égard de l'emploi l'Entreprise impliquée? du

Conclusion:

concernée ou l'Entreprise

Bibliographie.

Préface et Introduction
1994 : après de nombreuses sollicitations et amicales pressions, en particulier de R. Sainsaulieu, je décide de rédiger les enseignements essentiels tirés de 27 ans de vie professionnelle, pour moitié au sein d'un groupe industriel, pour moitié à travers la création et l'animation de Développement & Emploi. 1974: le premier choc pétrolier et le démarrage de ce que les médias et le langage courant ont appelé, sans la définir, "la crise" ; mes premières réflexions autour des rapports entre le développement économique et l'emploi sont parties de cette situation et des premières restructurations, mal analysées et mal maîtrisées du secteur textile de Rhône-Poulenc. Depuis, le "bout du tunnel" entr'aperçu par maints hommes politiques, n'est pas là, si l'on considère que le facteur-clé de cette crise est bien la Question de l'Emploi - ou plutôt du non-emplqi considérée par chacun, des plus hauts responsables des Etats jusqu'au plus modeste des citoyens, comme l'unique question lancinante qui détermine toutes les autres: le maintien du système de protection sociale, l'équilibre des financements publics, l'insertion sociale, la vie dans les quartiers... 1694 : il y a tout juste trois siècles naissait celui qui allait devenir le premier grand économiste moderne: François Quesnay. Avec lui, comme l'indique D. Clerc dans un article de Juin 1994(1), l'économique conquiert son indépendance. Il se distingue de l~ politique économique, l'économie au service du Prince et de l'Etat. Inspirant à la fois Marx et la pensée libérale, F. Quesnay indique le premier que la source de la richesse n'est pas le commerce mais la production et que l'économie n'est pas d'aider le souverain à devenir plus puissant et à contrôler les flux mais à produire davantage. Depuis trois siècles au moins, les relations entre le développement économique, le développement culturel et les rapports sociaux qui régissent le fonctionnement des cellules de production ont bien sûr fait l'objet de très nombreuses analyses sur des registres distincts:
(1) Juin 1994,Alternatives Economiques. 11

- registre macro-économique, au travers des deux grandes écoles de pensée dominantes: l'école libérale et l'école marxiste; - registre social, au travers de l'analyse historique des mouvements sociaux; - registre sociologique, au travers de l'analyse du changement et des conditions du changement; - registre du management, au travers des différents courants de pensée qui se sont développés dès les premiers constats des dysfonctionnements des organisations industrielles au début du XXe siècle. Sans réduire l'ensemble de la vie économique et sociale à l'Entreprise, il est clair que celle-ci, en tant que lieu de production et de construction de rapports sociaux, fait l'objet de toutes les fascinations depuis une quinzaine d'années. Le titre de l'ouvrage collectif publié sous la Direction de R. Sainsaulieu en 1990 "L'Entreprise, une affaire de Société" est, en tant que tel, significatif. De l'Entreprise rejetée à l'Entreprise réhabilitée, de l'Entreprise réhabilitée à l'Entreprise incapable de répondre aux défis que la Société tout entière projette sur elle, pourquoi l'Entreprise serait-elle devenue une affaire de Société? Le discours, à la mode mais extrêmement flou, sur la culture d'entreprise - sans que l'on sache si l'objet de ce discours est de maintenir cette culture ou de la changer - a eu le mérite de poser la question des rapports entre trois paramètresclés: le développement micro-économique, le développement culturel et éducatif et les facteurs du changement. Par ailleurs, on ne peut évidemment pas dire que cette Question de l'Emploi - à ce stade non définie - n'a pas fait l'objet d'actions et d'expérimentations. Comme je l'exposerai plus loin, c'est même le domaine où l'innovation, l'Invention, le militantisme intelligent ont été les plus spectaculaires depuis 20 ans. Mais il s'agit d'expérimentations partielles et locales qui, même au-delà des difficultés méthodologiques de transfert et de transposition dans d'autres situations et d'autres lieux, n'ont pas abouti jusqu'à présent à une pensée globale. Au-delà de l'intérêt intellectuel de tenter de rédiger une synthèse à partir d'observations accumulées au cours de vingtsept ans de pratique professionnelle autour de l'interface entre le fonctionnement de l'Entreprise et la Question de l'Emploi, ce

12

travail se situe aussi sur le double registre de la conviction et de l'engagement. La dégradation continue de la situation de l'emploi rend le contexte de la vie sociale absolument dramatique et il existe maintenant un plus large consensus pour appréhender ce contexte tel qu'il est et ne plus rejeter sur l'Autre à la fois les causes de!a situation et les solutions (l'Autre pouvant être selon les cas: l'Etat, le système éducatif, les organisations syndicales, le CNPF, les immigrés...). Les effets directs et indirects de cette situation ne sont plus à démontrer, au-delà du strict problème du niveau de chômage: marginalisation, dégradation de l'urbanisme et des quartiers, renforcement des cultures de sélection et d'exclusion, circuits économiques parallèles en particulier autour de la drogue, crise des institutions intermédiaires et représentatives, etc. La prise de conscience récente et encore timide des milieux patronaux à l'égard du problème de l'emploi montre à la fois: - la crainte d'explosions. et d'implosion, sans que l'on sache très bien ni la forme, ni les lieux: explosion des systèmes de protection sociale? Phénomènes d'anomie de groupes sociaux de plus en plus nombreux et éclatés (les jeunes marginalisés, les drogués, les SDF, les chômeurs de longue durée, ...) ? Explosion des quartiers? Réactions corporatistes ? .,. Ou tout simplement perte des marchés et spirale récessionniste ; -le sentiment d'une pauvreté collective d'analyse, de pensée et de propositions qui dépasse le seul registre des mesures conjoncturelles (par ailleurs absolument indispensables). Ma conviction sur ce sujet est: - qu'il est indispensable d'avoir une vision systémique et pluridisciplinaire sur cette question (dans la mesure où elle est à la fois internationale, macro-économique, micro-économique, politique, culturelle, sociologique, psychologique, etc.) ; - qu'il est indispensable de maintenir et développer la Voie Expérimentale (au sens des démarches de Pasteur et de C. Bernard, c'est-à-dire d'une itération permanente entre la réalisation concrète à partir d'hypothèses et une conceptualisation plus globale) : c'est la finalité et le fondement même de 13

Développement & Emploi, tels que définis maintenant depuis plus de quinze ans; - mais qu'il faut aussi de la "pensée en rupture" (cf. une note inédite écrite par M. Bloch-Lainé en 1972 pour l'Administrateur du Collège de France: "La seule issue apparaît dans .... la critique constructive permanente et, mieux, l'imagination dotée d'un pouvoir, ce que l'on pourrait appeler aussi la subversion pour la Société'). Cette pensée en rupture, par nature non conventionnelle et interdisciplinaire, ne peut se développer que si elle est portée hors des logiques de pouvoir (politiques, économiques, universitaires, institutionnelles). En effet: -la recherche en sciences sociales (au sens large du terme, y compris bien sar la recherche économique) s'englue de plus en plus dans des analyses partielles et disciplinaires sans se référer ni à son utilité sociale, ni à l'urgence des problèmes de Société à traiter. (Nous pourrions citer une liste longue de questions posées à la Communauté Scientifique qui ont été de fait rejetées... sous le prétexte qu'il s'agissait de questions complexes !) ; - les travaux issus d'institutions gfficielles (le Commissariat Général du Plan, le Conseil Economique et Social ...) sont souvent (pas toujours !) de bonne qualité mais la nécessité d'aboutir à des productions consensuelles et le poids de fait de la Haute Administration dans leur rédaction se traduisent largement par du discours convenu et feutré et représentent davantage les conclusions d'une évolution des opinions qu'une véritable ouverture sur des perspectives nouvelles; - enfin de façon plus globale, le double échec des Pays de l'Est et du libéralisme pur nous laisse collectivement vides de sens et de repères solides (R. Sainsaulieu, dans une formule saisissante, dit que "nous sommes devenus en quelques années orphelins de père et de mère"). Tout particulièrement, le fait totalement nouveau de la non maÎtrise du pouvoir politique sur le pouvoir économique (lui-même éclaté dans de nombreux centres de décisions non régulés) pose une question redoutable pour l'avenir des démocraties occidentales. A partir de ce maintenant long regard impliqué à la fois sur l'Emploi, les acteurs de l'Emploi, les effets et les limites de 14

centaines d'expérimentations, je me suis posé la question de savoir pourquoi l'Emploi n'était pas pour l'instant l'objet d'un mouvement social, au sens ou A. Touraine l'a défini à la fin des années 1960, c'est-à-dire objet d'une compréhension globale et d'une" lutte précise contre un ennemi précis". Plus, comptetenu de la définition d'A. Touraine, la Question de l'Emploi peut-elle être en tant que telle objet d'un mouvement social (et bien sûr pas seulement objet de mouvements sociaux) ? Ou enfin, quelles seraient les conditions institutionnelles et culturelles d'une telle construction? Partant de mes propres observations, je me suis permis, dans un premier temps, de décrire quelques premières expériences qui ont jalonné cette compréhension partielle des transformations des entreprises françaises. Puis j'ai repris des éléments d'analyse sur l'Emploi, volontairement segmentés à travers plusieurs prismes (macro-économiques, micro-économiques, locaux...). Enfin, dans une conclusion générale, j'ai tenté de répondre à ces questions posées ci-dessus, des rapports entre la Question de l'Emploi et le rôle de l'entreprise. Ce travail ne prétend pas aborder et traiter tous les aspects de cette redoutable question. Qui peut d'ailleurs le prétendre? TIn'est pas non plus une analyse de l'évolution du fonctionnement de l'Entreprise et de ses acteurs. TIvise à tenter de mieux comprendre ce long cheminement d'une analyse collective - non finie - de cette question, à partir d'un prisme particulier et privilégié, mais non exclusif, du fonctionnement de cette cellule micro-économique qu'est l'Entreprise. En 1983, dans le premier ouvrage que j'ai publié(l) j'écrivais: "C'est au niveau du terrain, c'est-à-dire des entreprises, que le problème de l'emploi se réglera ou ne se réglera pas, les politiques économiques globales ne pouvant, au mieux, que constituer un contexte favorable".

européennes, économiques et sociales - que le problème de l'emploi se réglera ou ne se réglera pas, les innovations des entreprises et des acteurs sociaux devant en assurer la mise en oeuvre et la démultiplication!"
~

Treize ans après, je remettrais en cause cette affirmation de la façon suivante: "c'est au niveau des politiques publiques

(1) THIERRY D., 1984, L'emploi dans la stratégie économique de l'entreprise, Editions FNEGE 15

J'inverse donc mon propos et mon intime conviction après treize années supplémentaires de pratiques de consultant, d'élaboration instrumentale et conceptuelle sur le sujet, d'enseignement auprès d'étudiants et d'adultes et de suivi de programmes publics de recherche. Si le micro-économique n'est pas la seule clé de voûte du problème, comme nous le pensions en 1983 après quelques premières années de pratiques de terrain, c'est que depuis cette époque, nous avons pu approfondir notre regard à partir: - de plus de 3000 chantiers d'entreprise, au travers de diagnostics lourds ou rapides, de mises en place de dispositifs innovants et souvent d'un suivi et d'une évaluation sur plusieurs années avec ces entreprises partenaires (à peu près pour moitié avec des entreprises industrielles et tertiaires soumises à des contraintes de marché et de concurrence internationale et pour moitié avec des institutions ou entreprises de Service Public) ; -- de relation directe avec les corps intermédiaires (confédérations ou fédérations syndicales, syndicalistes d'entreprises, organisations profe,ssionnelles, élus territoriaux et échelons déconcentrés de l'Etat), en particulier en participant directement à la préparation et à la négociation d'accords d'entreprises sur l'emploi; - de conduite d'études, de mise en oeuvre ou d'évaluation de nouveaux dispositifs publics ou conventionnels (pôles de conversion, congés de conversion, allocation formation reclassement, antennes-emploi inter-entreprises, dispositifs publics de formation à finalité d'insertion...) ; - d'enseignement et de suivi d'étudiants de 3ème cycle et de formation d'adultes, allant de comités de direction à des syndicalistes en passant par des gestionnaires de ressources humaines; - de l'écriture de six ouvrages et de nombreux articles. Pourquoi n'arrive-t-on pas à traiter une question qui est la préoccupation majeure, sinon unique, des Institutions et des indi vidus ? Après vingt ans d'efforts collectifs et d'innovations parfois étonnantes, pourquoi arrivons-nous à de si piètres résultats en matière de création nette d'emplois? Si l'Entreprise n'a pas été l'acteur public de l'emploi espéré, en dépit de progrès incontestables dans ses modes de 16

gestion économique et ses processus de gestion des ressources humaines et si l'État "a tout tenté"(2) pour que le prix à payer de la transformation économique soit collectivement acceptable et si le résultat n'est pas au rendez-vous, c'est bien que nos compréhensions sont insuffisantes. Les explications par les contraintes et les points de passage obligés (de l'internationalisation de l'économie, de la modernisation des entreprises, de l'atteinte des critères de convergence...), les explications par les comportements individuels ou collectifs (les corporatismes, les difficultés du changement...) ou les explications par les dysfonctionnements des systèmes (les systèmes éducatifs, le système de protection sqciale, la négociation sociale, les modes d'intervention de l'Etat...) sont bien sûr réelles. Il me semble qu'elles sont insuffisantes. De ces centaines d'observations participantes directes à partir de ma position de consultant, d'analyste, d'enseignant et de médiateur, je tire comme conclusion essentielle que l'idée communément admise, et d'une certaine façon tautologique, que si nous ne trouvons pas collectivement de solution au problème de l'emploi, c'est que nous ne trouvons pas les champs et modes d'action pertinents, est partiellement fausse. Ma conviction, et c'est en partie la démonstration que je souhaite faire, est que la crise est davantage une crise de l'Analyse qu'une Crise de l'Action. Ces erreurs d'analyse, auxquelles j'ai également contribué, me semblent dues pour partie à une accélération de phénomènes successifs et cumulatifs; cette accélération entraîne par elle-même des décalages dans nos schémas et grilles d'analyse: entre la compréhension d'un nouveau phénomène qui n'évacue pas les précédents et l'inertie des systèmes de représentation et d'action des acteurs.

(2) Cf. phrase de F. MITIERRAND avons tout tenté" !

de 1993 : "sur l'emploi, nous

17

Chapitre I "Regards" : l'observation de l'Entreprise et de ses transformations
Avant de développer une analyse des rapports entre l'Entreprise et l'Emploi, je vais me permettre de choisir quelques cas d'entreprises ou quelques groupes de situations, observés et analysés longuement au cours de ma vie professionnelle, qui m'ont paru significatifs de la transformation des entreprises françaises au cours des trois dernières décennies et, le plus souvent, de leur stratégie économique hésitante, ainsi que des représentations dominantes de leurs dirigeants. Au cours de ce voyage personnel, à ce stade largement descriptif, nous tenterons de repérer ce qui m'est apparu comme les questions-clés, les étapes principales de cette transformation économique et sociale et les points de rencontre -les plus souvent involontaires - entre les entreprises françaises èt l'emploi. Les situations et cas choisis ne sont évidemment pas neutres. Ce sont ceux qui m'ont paru les plus illustratifs de la démonstration visée. Certains cas sont anonymes pour des raisons de déontologie professionnelle; d'autres sont indiqués "en clair", ayant estimé que le "délai de prescription" était passé.

I.

La tentative de rapprochement vétérinaires et santé animale" Rhône-Poulenc ou l'introuvable trielle

des" activités de Bayer et de Europe Indus-

De 1968 à 1970, jeune "ingénieur d'affaires" à la Direction des Accords Industriels de Rhône-Poulenc, j'ai eu la chance de suivre dans le détail, pendant trois ans, une tentative de négociation industrielle de très grande ampleur entre RhônePoulenc et l'un des grands chimistes allemands. Secrétaire 19

permanent de toutes les commissions techniques préparatoires (technique, commerciale, financière) et du groupe central de négociation, j'ai pu vivre directement au contact des négociateurs (les dirigeants les plus élevés des deux groupes, compte-tenu de l'importance de ce dossier) et analyser les raisons d'un échec. Une dizaine d'années auparavant Bayer et Rhône-Poulenc avaient signé un accord de coopération dans le domaine de la recherche pharmaceutique. Il s'agissait, par une coordination et une transparence des résultats dans ce domaine, de limiter les coûts de recherche et de développement des produits pharmaceutiques qui, dès les années 1960, commençaient à augmenter de façon importante. Les produits visés de cette recherche coordonnée, dits "produits communs", pouvaient être exploités de façon concurrente par les deux groupes. Cet accord, voulu par le Président Baumgartner, se développait de façon laborieuse avec beaucoup de réserves et d'oppositions larvées de la part de plusieurs dirigeants de Rhône-Poulenc. Dans ces réserves la part de "l'affectif nationaliste" n'était pas nul, sur le registre" on est assez grands pour faire tout seul". Il faut indiquer que cette coopération s'est progressivement délitée au cours de la décennie 1980, pour être définitivement abandonnée. L'idée de taille critique au niveau mondial a été admise à la fin de la décennie 1990 pour aboutir à une fusion avec un groupe américain, Rorer. Dans le domaine plus spécifique et plus étroit "des activités vétérinaires et de santé animale", l'initiative est venue en 1969 des dirigeants de Bayer prenant contact avec leurs homologues de Rhône-Poulenc et arrivant avec un dossier d'informations sur les activités de Rhône-Poulenc... supérieur à ce que les dirigeants de Rhône-Poulenc connaissaient. Une analyse complète avait été effectuée et aboutissait aux conclusions suivantes: - Rhône-Poulenc et Bayer disposent d'une activité à peu près équivalente (supérieure pour Rhône-Poulenc si on y inclut la nutrition animale) ; - Rhône-Poulenc dispose d'une extraordinaire gamme de produits (environ 400, dont certains originaux et encore protégés par brevets), dont l'exploitation commerciale est centrée sur la France, l'Afrique Francophone et le Commonwealth, via sa filiale britannique;

20

- Bayer dispose d'une gamme de produits beaucoup plus réduite mais exploitée de façon intensive au niveau commercial, par le biais de filiales propres dans la quasi totalité des pays, en particulier en Amérique Latine; - les marchés considérés sont des marchés potentiels importants: prévention des grandes épidémies, médecine vétérinaire curative, développement de nouvelles formes de nutrition animale, développement de marchés liés aux animaux domestiques, etc. La conclusion de Bayer s'impose: la mise en commun et égalitaire des activités des deux groupes dans les domaines de la recherche, de la production et de la distribution, permettrait de constituer rapidement le premier groupe mondial dans ce domaine. Chez Bayer, l'organisation du secteur est simple: les activités vétérinaires sont regroupées dans un département autonome (que nous appellerions maintenant "business unit"). La connaissance des ventes par pays et par produit ainsi que les marges par produit sont précises. Chez Rhône-Poulenc, la question est immédiatement complexe. Les activités vétérinaires et de santé sont dispersées entre six entreprises, dont certaines ne sont pas contrôlées à 100% : Specia, Roger Bellon, Institut Mérieux, A.E.c., "Société Chimique Rhône-Poulenc", May & Baker. Il n'existe pas de coordination et de politique commune dans ce domaine. Les activités de santé humaine et de santé animale sont toujours confondues. Il n'existe aucune analyse commerciale, financière et technique spécifique. Un protocole d'intention e~t signé, fin 1969, avec l'aval des plus hauts responsables de l'Etat Français. Nos partenaires font preuve d'une extraordinaire patience pour nous laisser le temps d'analyser les données internes et de nous concerter. Nous vivons pendant trois ans un phénomène paradoxal : - des études très poussées sont menées (le lieu d'implantation de la future société commune est quasiment choisi et son organigramme pratiquement établi; les équipes techniques et commerciales se rencontrent régulièrement; les études des structures commerciales par pays sont établies etc.) ; - mais en même temps les réserves et les oppositions de principe se font de plus en plus nettes, allant jusqu'à un conflit ouvert entre le Directeur Général de Rhône-Poulenc et le 21

Président d'une des filiales concernées. Le sentiment qui se répand chez beaucoup de dirigeants de Rhône-Poulenc, est que l'apport commercial de Bayer ne représente pas l'apport technique de Rhône-Poulenc; - les négociations, après une phase très active, se délitent progressivement et une lettre de principe convient d'étudier davantage le dossier avant de se revoir... Vingt ans après cet échec, aucun des deux groupes n'existe vraiment, au plan international, dans ce marché qui n'a toujours pas de véritable identité. Cet échec d'une tentative de coopération industrielle intra-européenne n'est évidemment pas la seule. TI se trouve qu'au milieu de la décennie 1980, des travaux d'études et de recherches ont été menés par la Commission des Communautés Européennes sous la Direction de R. Petrella. Les conclusions sont saisissantes: à quelques exceptions près, dont celles spectaculaires du Programme Airbus et de la fusée Ariane, l'essentiel des accords industriels signés par des grands groupes européens ont été des accords extra-européens (notamment avec des firmes japonaises et américaines), au point de rendre quasiment impossibles les coopérations intra-européennes. S'agit-il de choix rationnels ou de choix affectifs? II.

Une tentative de diversification
coopération'

Igrande entrepriselPME

à travers une
Il

Ce deuxième exemple se situe en 1971. Rhône-Poulenc a mis au point, par des travaux de recherche, des membranes semi-perméables utilisables en particulier pour l'épuration du sang des malades atteints d'affections rénales. Un système de purification dit "rein artificiel" est mis au point et commence à être commercialisé au sein d'un département interne, "le Département Génie Médical". Très vite, les dirigeants de Rhône-Poulenc se rendent compte qu'un développement dans ce secteur implique à la fois des compétences dans un système commercial différent de la commercialisation de produits pharmaceutiques consommables (celui des marchés hospitaliers d'investissements) et la malÎTise de domaines technologiques sortant totalement de la chimie: électronique et mécanique, à terme, vraisemblablement informatique. 22