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L'ESPACE MONÉTAIRE KASAIEN

De
160 pages
Voulant mettre fin au dysfonctionnement croissant de l'économie, le gouvernement du Congo en 1993 engage une réforme monétaire : les anciens billets libellés en " zaïres " sont remplacés par les " nouveaux zaïres ". Contre toute attente une partie du pays (les deux provinces de Kasaï) rejette totalement cette nouvelle monnaie légale, au profit des anciens billets démonétisés. Comment expliquer que dans un même pays coexistent en temps de paix deux monnaies nationales dotées chacune d'un propre espace de circulation ? Quel aura été l'impact économique de cet épisode monétaire ?
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n° 41 1999

Institut
Centre d'Etude

Africain
Africaines (CEDAF)

et de Documentation

Afrika
Afrika Studie.

Instituut
(ASCOC)

en Dokumentatie.Centrum

c/o Africa Museum Leuvensesteenweg 13, 3080 Tervuren, BELGIQUE BELGIË - BELGIUM Tel: (32) 2 768 19 93 - Fax: (32) 2 768 1995 A partir du 29 août 2000 / vanaf 29 augustus 2000 : tel: (32) 2 769 57 41 E-mail: ischoevaerts@africamuseum.be

-

- Fax:

(32) 2 769 57 46

Directeur
Secrétaire

- Direkteur
de rédaction

- Director:

G. de VILLERS
secretaresse

-

Redaktie

- Editor:
-

E. SIMONS

@ Institut africain / Afrika Instituut

CEDAF/ ASDOC, 1999

ISBN: 2 -7384-8677-0 ISSN : 1021-9994

François KABUYA Kalala et MATATA
PONYO Mapon

L'ESPACE MONÉTAIRE KASAïEN
et de souveraineté monétaire en période d'hyperinflation au Congo (1993-1997)

Crise

de légitimité

n° 41 1999

Institut Africain-CEDAF Afrika Instituut-ASDOC
Tervuren

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris

Les auteurs
François KABUYA KALALA est professeur permanent d'économie à l'Université de Kinshasa et doyen de la Faculté des sciences économiques de l'Université de Mbujimayi. Il a été invité plusieurs fois dans d'autres universités, en République démocratique du Congo et en Afrique (CongoBrazzaville, Rwanda, Togo) pour l'enseignement de la macro-économie et de l'économie monétaire internationale. Il a servi, de 1985 à 1992, en qualité de conseiller économique principal auprès de cabinets ministériels et de la présidence de la République. Il est détenteur d'un « master's degree in economics» de l'Université de la Californie du Sud (Los Angeles, USA) et d'un Ph. D. en économique de l'Université de Montréal (Canada). Auteur de plusieurs articles sur la monnaie, il a œuvré comme consultant, en 19971998, auprès de la Banque centrale du Congo. Il occupe actuellement le poste de Directeur-adjoint de l'Institut de Recherches Économiques et Sociales (IRES) à l'Université de Kinshasa.

MA TATA PONYO Mapon, né le 5 juin 1964 à Kindu,
démocratique internationale

du Congo, est licencié en Economie de l'Université de Kinshasa (août 1988). Analyste à la
de la Banque centrale du Congo (1988-1990), puis

en République monétaire et

Direction du Crédit

analyste et responsable-adjoint du Servicedes Analysesmonétairesà la Direction des Etudes et des recherches économiques à la Banque centrale (1990 - août 1999), il est actuellement chef du service de l'Economie réelle au sein de la même Direction. Il a été membre de la commission chargée de la conception et du suivi de la réforme monétaire (1993), puis membre

de la Cellule technique chargée de la réforme monétaire (1997-1998). Il a
effectué de nombreux stages de perfectionnement et missions d'études au pays comme à l'étranger, en matière monétaire et financière, notamment à la Banque centrale du Pérou (Lima, avril 1993), au Fonds Monétaire

International sur la programmation financière (Washington, septembredécembre 1997) et à la Banque de France sur la programmation monétaire
(Paris, Novembre 1999). Il assiste le Professeur Tshiunza Mbiye dans ses enseignements d'économie monétaire à la Faculté des sciences économiques de l'Université de Kinshasa (1990-1999) et enseigne la monnaie et le crédit à l'Institut de Formation du Personnel de la Banque centrale du Congo.

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AVAm-PROPOS

JEAN-CLAUDE MASANGU MULONGO

Il 15 21

PRÉF ÀCE MICHEL NORRO INTRODUCTION CHAPITRE I: ZONE, ESPACE ET ENCLAVE MONÉTAIRES AU CON GO SECTION I : LA NATURE DU PROBLÈME SECTION II : MONNAIE ET FRONTIÈRES NATIONALES J. Zone et union monétaires 2. Espace et enclave monétaires SECTION III : MONNAIE ET INTÉGRATION DES MARCHÉS J. La monnaie et les coûts de transaction 2. La monnaie et l'intégration économique 3. La monétarisation de l'économie congolaise 4. Le Congo d'aujourd'hui: un « espace écartelé» SECTION IV: FACTEURS PERMISSIFS D'UNE DÉSAGRÉGATION
MO NÉ TAIRE.

27 27 28 29 30 31 3J 31 32 35

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 37

J. La théorie des zones monétaires optimales 2. Avantages et coûts d'une monnaie commune 3. Instabilité monétaire et perte d'efficience monétaire CHAPITRE II : DE LA CRISE DE LÉGITIMITÉ POLITIQUE À LA CRISE DE CONFIANCE DANS LA MONNAIE SECTION I : DÉLABREMENT DE L'ÉCONOMIE ET DES CONDITIONS
DEVIE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

37 39 4J 45

45

SECTION II : UNE TRANSITION POLITIQUE TUMULTUEUSE J. La crise de légalité 2. La crise de légitimité SECTION III : EFFONDREMENT DE LA MONNAIE ET DU SYSTÈME

46 47 48

BAN CAIRE

.........

...

.

49
50 5J 52 52 54 57 57 58 6J

J. L 'hyperinflation 2. La « dollarisation »de ..l'économie 3. L'enracinement de la spéculation 4. La crise des liquidités dans les banques et la décote des chèques 5. Rejet et bradage des signes monétaires SECTION IV: LA DYNAMIQUE DE L'HYPERINFLATION CONGOLAISE. J. Le fond du problème 2. Abus de « seigneuriage »monétaire 3. La mémoire inflationniste « sélective» du public

6

F. Kabuya

Ka/a/a et Ma ta ta Ponyo

M.

CHAPITRE III: L'ÉMERGENCE KA SAÏE N

DE L'ESPACE MONÉTAIRE 65 65 65 66 67 70 73 74 77 83

SECTION I : LES CAUSES IMMÉDIATES 1. Situation économique etfinancière avant la réforme monétaire de 1993 2. Les objectifs de la réforme monétaire de 1993 3. Le climat politique de la réforme monétaire de 1993 4. Imperfections techniques et insuffisances des mesures d'encadrement SECTION II : LES CAUSES FONDAMENTALES 1. Des réformes monétaires réputées peu crédibles et vexatoires 2. La désagrégation des fonctions monétaires CHAPITRE IV : LA CONSOLIDATION ET L'IMPACT ÉCONOMIQUE DE L'ESPACE MONÉTAIRE KASAÏEN

SECTION I : LA CONSOLIDATION DE L'ESPACE MONÉTAIRE KA SAÏEN ................................ 83 1. De la conservation des billets de banque 83 2. La stab ilité des « zaïres» démonétisés 85 3. L'arbitrage des taux entre les différents espaces monétaires 88 4. Circulation abondante de dollars américains 91 SEÇTION II : L'IMPACT ÉCONOMIQUE DE L'ESPACE MONÉTAIRE KASAÏEN 93 1. La nature du problème 93 2. Situation géographique et économique du Kasaï Oriental 95 3. Évolution de l'activité de production 98 4. Évolution des échanges interrégionaux 102 5. Incidences sur le bien-être des populations 104 6. Incidence sur la politique monétaire du pays 107 CHAPITRE V: LA FIN DE L'ESPACE MONÉTAIRE KASAÏEN SECTION I : LES SOLUTIONS ENVISAGÉES 1. Le rachat des zaïres contre des dollars 2. L'achat de marchandises à revendre contre les zaïres démonétisés SECTION II : LA RÉFORME MONÉTAIRE DE 1998 1. Situation économique etfinancière prévalant avant la réforme 2. Les objectifs de la réforme monétaire SECTION III : RÉSORPTION DE L'ESPACE MONÉTAIRE KASAÏEN 1. Stabilité monétaire 2. Remonétisation des zaïres démonétisés 3. Retrait progressif des zaïres remonétisés CHAPITRE VI : QUEL EST LE STATUT DE LA MONNAIE ? SECTION I : LE FOND DU PROBLÈME 111 111 111 112 113 113 114 114 114 117 118

,

123 123

L'espace

monétaire

kasaïen

7 124 124 125 126 128 128 129 130 133

SECTION II: MONNAIE ET SOUVERAINETÉ 1. Dette de vie et monnaie 2. Les implications sociales de la souveraineté monétaire 3. Monnaie et souveraineté au Congo: un arrière-plan historique SECTION III : MONNAIE ET « POUVOIR» 1. La notion de« pouvoir» 2. Pouvoir légal d'émission et pouvoir de ratification de la monnaie SECTION IV : MONNAIE ET CONFIANCE CONCLUSION POSTFACE.

..

DE NOUVEAUX ESPACES MONÉTAIRES KASAÏENS SONT-ILS POSSIBLES EN RDC? TSHIUNZA MBIYE

137 137 137 138 139 139 139 140 143 147 147

FACTEURS PERMISSIFS DU FRACTIONNEMENT DE L'ESPACE MONÉ TAIRE NATIONAL Les conditions suffisantes Les conditions nécessaires LE RÔLE DES FACTEURS D'ORDRE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE La semonce à la réforme monétaire de 1998 Le comportement du franc congolais Le contexte nouveau de guerre BIBLIOGRAPHIE LISTE DES TABLEAUX LISTE DES CARTE ET FIGURES

A la mémoire du professeur MULUMBA Lukoji F.K.K. A mon père MATA TA SHWITI-lya-MBEMBA MP. Mapon

Avant-propos
Jean-Claude
Masangu Mulongo

Ce livre vient combler un vide, à savoir une tentative d'explication scientifique d'un phénomène inédit en République démocratique du Congo et connu sous l'appellation d' « espace monétaire kasaïen». En effet, une monnaie démonétisée par l'Autorité compétente a continué à circuler et à jouer le rôle de monnaie dans une partie du pays, les deux provinces du Kasaï, et ce, pendant environ six ans. Bien des choses ont été écrites sur ce phénomène, depuis son apparition en 1993 jusqu'à sa disparition en 1999. La Banque centrale du Congo elle-même, .de par son rôle d'autorité monétaire, a initié plusieurs missions d'études et envoyé des experts au Kasaï afin notamment d'en appréhender les fondements. Dans ce cadre, elle a publié deux notes de réflexion succinctes dans ses rapports annuels de 1993 et de 1994 dans le but d'éclairer l'opinion sur les contours et le contenu de ce qui a été, faut-il l'avouer, une « rébellion monétaire ». D'autres analyses ont été développées dans l'entre-temps sans toutefois aller dans la profondeur, comme viennent de le faire le professeur Kabuya et monsieur Matata. Le présent ouvrage offre au public l'opportunité de connaître les tenants et les aboutissants d'un des problèmes qui m'a le plus préoccupé pendant la conception et la réalisation de la réforme monétaire de 1998, que j'ai eu la charge de conduire. En effet, un des préalables incontournables était d'unifier la zone monétaire nationale longtemps fractionnée de manière à rétablir, comme j'ai eu à le dire en son temps, « une monnaie unique pour un peuple uni ». Pour ma part, j'ai toujours été convaincu que l'instabilité chronique et de grande ampleur des prix intérieurs et du taux de change était le facteur permissif fondamental du fractionnement de la zone monétaire nationale. C'est pourquoi, dans le cadre de la réforme monétaire de 1998, j'avais imprimé à la Banque centrale une politique monétaire restrictive, laquelle, couplée avec une politique budgétaire équilibrée, visait premièrement la stabilité du cadre macro-économique. L'analyse développée dans le livre pour expliquer l'émergence et la durée de l'espace monétaire kasaïen présente deux avantages majeurs. Primo, l'effort théorique d'explication du phénomène est très appréciable. LeS auteurs recourent principalement à la théorie des zones monétaires optimales, non pour justifier l'intégration monétaire comme c'est le cas souvent, mais pour expliquer la désintégration monétaire. En effet, une zone monétaire optimale a notamment comme propriétés la fixité des taux des changes à l'intérieur d'une aire géographique donnée et la mobilité des

12

F. Kabuya Ka la la et Ma ta ta ponyo M.

facteurs. Par conséquent, et a contrario, le fractionnement de la zone monétaire congolaise était prévisible au regard principalement de la forte instabilité monétaire qui a gangrené l'économie congolaise depuis 1990 et de la grave dégradation des infrastructures de communication. En outre, ils essaient de théoriser le phénomène de rejet pur et simple par les agents économiques de certains signes monétaires spécifiques; ce qui constitue, à n'en point douter, une des particularités de l'hyperinflation congolaise. Secundo, les auteurs ont questionné I'histoire monétaire et la mémoire collective dans lesquelles le phénomène plonge ses racines. La diffusion de la monnaie dans notre pays, à part;r de 1908, ne fut pas chose aisée. Plus près de nous, il est facile de comprendre que les graves effets pervers de la démonétisation de 1979, des réformes monétaires de 1983 et de 1993, tels que perçus par la population, ont créé progressivement des conditions socioéconomiques favorables au fractionnement de la zone monétaire nationale dont la longévité a étonné plus d'un. Sur le plan strictement technique, l'on peut dire que l'espace monétaire a survécu pendant plus de cinq ans notamment du fait de la stabilité monétaire qui y a prévalu et d'une forte dollarisation de l'économie kasaïenne. Les devises étrangères ont constitué un moyen de paiement complémentaire aux zaïres démonétisés qui n'étaient plus émis et dont l'insuffisance pouvait asphyxier l'économie des deux provinces du Kasaï. La synergie qui résulte de l'effort d'explication théorique et de documentation sur I'histoire monétaire du pays constitue l'une des qualités indéniables de cet ouvrage écrit dans un style simple et pourtant précis et qui en donne une lecture agréable et facile. Je ne doute pas que scientifiques, professionnels de la monnaie et des finances, journalistes, étudiants et le public en général pourront y trouver d'utiles indications, chacun dans son domaine. Je crois surtout que ce livre est une interpellation forte pour ceux qui ont la responsabilité de la gouvemance dans nos pays en développement ou qui y aspirent, tant il est évident que c'est la conjonction des dérives financières et économiques et des dérives politiques qui, en définitive, se trouve être au centre de la question, une question tellement grave qu'elle peut, comme on l'a vu, mettre en péril l'existence même d'une Nation. Comment ne pas féliciter les auteurs dont, par ailleurs, j'avais eu à apprécier la compétence au cours des travaux de la Cellule technique pour la réforme monétaire (CETEREM)? L'un est issu du monde universitaire et l'autre est de la Banque centrale. Le présent ouvrage constitue, du reste, un témoignage éloquent des avantages que l'on peut tirer d'une collaboration dynamique entre la Banque centrale et l'Université et, plus généralement, entre le monde économique et le monde universitaire. J'ai toujours encouragé

L'espace

monétaire

kasaïen

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une telle collaboration, dans ma modeste mesure, hier à la Citibank/Congo, aujourd'hui à la Banque centrale du Congo. Kinshasa, le 31 mars 2000 Jean-Claude MASANGU MULONGO Gouverneur de la Banque centrale du Congo

Préface
Michel

Narra

Par l'ampleur des évolutions qu'elle a connues, la multiplication des réformes, les dysfonctionnements institutionnels,l l'éclatement géographique de la zone ou le recours systématique à des devises étrangères, I'histoire monétaire récente du Congo est tout à la fois tragique et encourageante: tragique par les souffrances qu'elle a infligées à des populations pauvres2, mais encourageante par les nombreux témoignages d'innovation face aux difficultés. Elle est, pour les économistes, pleine d'enseignements. Les auteurs ont choisi de privilégier un épisode particulièrement instructif de cette histoire, celui qui a trait à la création et au maintien en existence pendant cinq ans d'un «espace monétaire kasaïen ». Cet épisode est aussi paradoxal, parce qu'il s'est agi d'un espace sui generis qui se situait à la fois dans et hors de la zone monétaire nationale: d'une part il conservait avec elle des liens forts, puisqu'il ne créait pas sa propre monnaie mais continuait à en utiliser les « zaïres» anciens, et d'autre part il s'en détachait puisqu'il refusait d'en appliquer les décisions - et notamment d'en utiliser les billets nouvellement émis. Le livre a le grand mérite de ne pas se contenter de décrire les événements, mais de chercher à les expliquer en menant une réflexion d'ensemble sur la monnaie. Dès les premières pages il souligne à bon droit que celle-ci « n'appartient pas qu'à l'ordre marchand», mais qu'elle «fonde.. .la cohésion sociale». La monnaie joue donc aussi un rôle, disons politique. Toutefois ce rôle ne soustrait pas celui qui émet la monnaie à des obligations de résultat économique. Pour reprendre les termes du livre: «Emblème de souveraineté, (la monnaie) légitime l'exercice du pouvoir monétaire de l'Etat mais ne le dispense pas pour autant de l'obligation de sauvegarder la valeur de l'unité de compte ». C'est dans ce jeu subtil d'aller et de retour entre le droit régalien de battre monnaie et d'en imposer la force libératoire, droit réservé à l'Autorité centrale, d'une part et les nécessités économiques d'avoir une «bonne monnaie », c'est-à-dire une monnaie qui assure correctement les fonctions monétaires qui la fondent d'autre part, que s'inscrit I'histoire particulière et passionnante d'un espace monétaire qui s'est imposé aux agents économiques sans avoir été formellement décidé et sans être institutionnellement géré. Au départ, il y avait en effet un espace monétaire zaïrois, coextensif à l'espace politique et réglementé par une Banque centrale ayant une tradition de gestion autonome, relativement performante. Puis, tout à coup, sans qu'il y ait une décision formelle de rupture, une région importante du pays se
1 Par exemple la différence de valeur entre monnaie fiduciaire et monnaie scripturale. 2 Comme l'illustre la confusion de cette paysanne du Kivu qui, faisant allusion aux dollars qu'elle devait remettre au maître d'école, parlait de « douleurs ».

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F. Kabuya Kalala et Matata Ponyo M.

soustrait à la juridiction de la Banque, refuse la réforme monétaire qu'elle veut imposer et suscite l'apparition d'un espace monétaire hybride, à la fois dans et hors de l'espace monétaire national. Comment cela a-t-il été possible? Comment cela a-t-il pu perdurer? Une première explication se situe dans le refus politique d'une population qui n'admet pas que son principal leader soit mis sur la touche et qui le fait savoir: refus d'obéissance à une décision considérée comme la manifestation d'un pouvoir hostile. Mais cette explication est sans doute un peu courte. Il faut rappeler que la valeur de la monnaie fiduciaire est indépendante du signe qui la représente. Pour qu'elle soit acceptée par une population, il faut donc que chaque agent économique soit assuré que les autres agents en reconnaîtront la force libératoire. Dans le monde contemporain, cette assurance est donnée par l'institut d'émission. Il n'en a pas été de même dans l'espace kasaïen où il n'y avait plus d'autorité monétaire indiscutée. Dans ce cas, l'acceptation de la monnaie a été le fruit d'un consensus général, totalement décentralisé. C'est l'ensemble des agents éc6nomiques"qui ont cbntinué à donner force libératoirè à des signes monétaires qui n'étaient plus reconnus par l'institut qui les avait émis. ..et qui d'ailleurs n'étaient plus ni émis, ni remplacés. Bien plus, les agents économiques du Kasaï qui recevaient leur rémunération en billets nouveaux -comme les travailleurs de la MIBA- s'empressaient de les échanger contre de vieux billets, formellement démonétisés! « Ex Africa, semper novum ». Rarement, plus qu'ici, le vieux dicton latin qui affirme que l'Afrique génère de la nouveauté aura trouvé son application! Mais cette singularité est aussi révélatrice de ce qui sous-tend la monnaie et l'organisation monétaire: elle nous oblige à nous interroger sur leur signification. Une première approche peut être trouvée dans la théorie de la «zone monétaire optimale». Les critères avancés par Mundell et ses successeurs sont variés et ne sont d'ailleurs pas exclusifs. Mais tous font appel à une même justification: il existe des cas où les avantages d'être dans une zone unique l'emportent sur les inconvénients. Ce qui veut dire, a contrario, que les inconvénients d'une zone monétaire peuvent être plus importants que ses avantages. Face à cette affirmation très simple, quelle était la situation au Zaïre au moment de la réforme monétaire de 1993? Dans les dernières années, les dysfonctionnements monétaires s'y étaient fortement amplifiés et multipliés, avec comme conséquences une perte abyssale de la valeur du zaïre (hyperinflation) et le remplacement progressif de la monnaie nationale par des devises de substitution (essentiellement le dollar), d'abord dans la fonction d'épargne, puis dans la fonction de compte, enfin dans la fonction de paiement. .. Dans ces conditions pouvait-on faire confiance à une nouvelle (et xème) réforme monétaire? Visiblement, cela n'a pas été l'avis des agents
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