L'ESTHETIQUE LITTERAIRE DE CAMARA LAYE

De
Publié par

Une réflexion sur l'esthétique littéraire de Camara Laye. Revenant sur les rapports entre le langage et le pouvoir, l'écrit et l'oral ou la philosophie et la littérature, ce livre est, à bien des égards, le débordement d'un certain champ de lecture et de discussion. Le but de ce travail n'est pas d'étudier exhaustivement les récits de Laye, mais, d'abord, de reconnaître l'espace au sein duquel ses différents récits trouvent leur place.
Publié le : mercredi 1 mars 2000
Lecture(s) : 234
Tags :
EAN13 : 9782296407251
Nombre de pages : 144
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

L'ESTHÉTIQUE LITTÉRAIRE
DE CAMARA LA YB

(Ç> L'Harmattan,

2000

5-7, rœ

de l'École-Polytechnique

75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacqœs, Montréal (Qc) Canada H2Y lK9 L'Harmattan, I talia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino

ISBN: 2-7384-8882-X

Ange-Séverin MALANDA

L'ESTHÉTIQUE

LITTÉRAIRE
LAYE

DE CAMARA

L'Harmattan

DU MEME AUTEUR

Henri Lopes et l'impératif romanesque, Paris, Editions Silex, 1987. Polaris, roman, à paraître.

A Eliaz, pour demain. A Ya Mpfinga aussi, pour la mémoire de la parole.

REMERCIEMENTS Plusieurs personnes ont contribué, directement ou indirectement, à la naissance de ce livre. Notre travail doit beaucoup aux encouragements de Jean-Pierre N'Diaye, Dominique Romani et Suzana Fiuza Pacheco. Nous tenons à les remercier. Nos apprentissages n'auraient pas été ce qu'ils ont été sans l'appui de Serge Daney, dont nous ne cesserons de déplorer la disparition. Marc Vernet nous a aidé, à Paris III, à explorer des travaux dont nous n'avions aucune connaissance. Sans le soutien de Louis Sala-Molins, nous ne serions pas parvenus à affronter la solitude ou les errements de la recherche. A tous, nous devons plus que tout. Nous exprimons notre gratitude à Madame Gisèle MathieuCastellani pour l'intérêt qu'elle porta, il y a quelques années, à un travail que nous avions entrepris sur l'évolution de la rhétorique française et ses effets sur les structures de l'écriture (XVIe-XXe siècles). Nos remerciements vont en même temps à Henri Meschonnic, qui nous initia aux pensées du langage et du rythme. Les leçons de Michel Foucault et de Gilles Deleuze, que nous allions suivre au Collège de France ou à Vincennes et Saint-Denis, ne cessent d'avoir des répercussions sur nos positions ou sur nos options. Nous rendons hommage à leur mémoire.

« Il faut donc, au-delà d'une perception, recevoir l'autre en courant le risque toujours inquiétant, étrangement inquiétant, inquiétant comme l'étranger (unheimlich), de l'hospitalité offerte à l'hôte comme ghost ou Geist ou Gast. Pas d'hospitalité sans cet enjeu de spectralité. Mais la spectralité n'est pas rien, elle excède, et donc déconstruit toutes les oppositions ontologiques, l'être et le néant, la vie et la mort - et elle donne. » Jacques Derrida, Adieu à Emmanuel Lévinas, Paris, Editions Galilée, 1997, pp. 192-193. « Exercice de la critique comme exploration du langage, et exercice du langage comme critique de la réalité. » Octavio Paz, Le labyrinthe de la solitude (suivi de Critique de la pyramide), Paris, Gallimard, 1993, p. 214.

INTRODUCTION
« Il faut regarder les livres par-dessus l'épaule de l'auteur. }) Paul Valéry, Tel Quel, Paris, Gallimard, « Idées », 1971, volume II, p. 49.

Le présent texte n'est qu'un fragment d'une recherche plus vaste. Il prolonge des travaux publiés, depuis quelques années, en divers endroits. Mais nous espérons aussi que cette étude surpasse nos travaux antérieurs, et donne la preuve de la possibilité d'une connaissance rigoureuse des littératures africaines. Nos thèses et concepts n'auraient nulle pertinence si notre commentaire ne se fondait sur de multiples relevés de thèmes ou de lieux, ou sur des repérages de problèmes, et sur des séries de vérifications. Nous nous appesantissons suffisamment, tout au long du présent texte, sur la nécessité d'une approche de la littérature sachant s'inscrire dans l'histoire des techniques interprétatives!, pour qu'on nous permette de ne pas insister, dans (dès) cette introduction, sur le fait que les questions ici disputées n'auraient pas pu être circonscrites sans la prise en compte de certaines règles, et d'un certain espace de discussion. C'est, souvent, un examen comp~ratif qui nous permettra de

1 Cf. Gilles Deleuze, Nietzsche, Paris, P.D.F., 6e éd., 1983, p. 23 (<< Toute interprétation est détennination du sens d'un phénomène. Le sens consiste précisément dans un rapport de forces, d'après lequel certaines agissent et d'autres réagissent dans un ensemble complexe et hiérarchisé. Quelle que soit la complexité d'un phénomène, nous distinguons bien des forces actives, primaires, de conquête et de subjugation, et des forces réactives, secondaires, d'adaptation et de régulation. Cette distinction n'est pas seulement quantitative, mais qualitative. »)

caractériser la technique littéraire de Camara Laye2. Toute production littéraire est l'application d'un art poétique. Tout texte littéraire est une modification, un approfondissement ou une complication d'usages théoriques ou pratiques ayant trait à la disposition textuelle (ordre ou distribution du texte), aux procédés (descriptions, comparaisons, digressions, etc.) qui doivent y être déployés, ou à la sorte de style pouvant constituer le principe de qualification des personnages et de l'univers fictionnel (style simple, style tempéré ou style sublime)3. Ainsi, en matière d'art poétique ou romanesque, l'inspiration et l'identité ne suffisent pas à tout expliquer. Nous ne pouvons pas ne pas faire nôtre le point de vue de Pius Ngandu Nkashama : pour aborder les littératures africaines, « Longtemps le seul critère valable se réduisait exclusivement à l'origine biologique et culturelle de l'auteur. Les 'NégroAfricains' s'enfermaient ainsi dans un cercle hermétique où ils ne pouvaient produire que des langages tautologiques, repérés à l'avance et codifiés par une stylistique singulière: une littérature 'négro-africaine' parce que produite par des 'Négro-Africains'. Cette approche allait jusqu'à une racialisation de l'écriture ». Comme dit encore Ngandu Nkashama, «De tels procédés sont réducteurs et frustrants. Ils paraissent d'ailleurs très aléatoires à la lecture du roman actuel. La seule origine géographique des auteurs ne suffit plus. »4 C'est pour corroborer ce propos que nous avons entrepris de lire ou de relire une oeuvre d'autant plus incomprise qu'elle élucide, selon différents modes, de questions ayant trait à l'exil et aux limites de la parole, ou aux rapports prévalant ou pouvant prévaloir entre la littérature et le savoir
2 Camara Laye, Le maitre de la parole, Paris, Pocket, 1997; id., L'enfant noir, Paris, Pocket, 1997. 3 Cf. Edmond Faral, Les arts poétiques du XIIe et du XIIIe siècle. Recherches et documents sur la technique littéraire du Moyen Age, Genève/Paris, SlatkineIHonoré Champion, 1982, pp. 86-98. 4 Pius Ngandu Nkashama, entretien, in Le Serpent à plumes, Paris, avril 1994, n° 10, pp. 160-161. 14

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.