L'évolution du commerce au Sénégal 1820 - 1930

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Publié le : mardi 1 janvier 1991
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EAN13 : 9782296257320
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L'EVOLUTION DU COMMERCE AU SENEGAL
1820 - 1930

Collection

«

Racines du Présent».

dirigée par Alain Forest

Christian BOUQUET, Tchad, genèse d'un conflit. Monique LAKROUM, Le travail inégal. Paysans et salariés sénégalais face à la crise des années trente. Chantal DESCOURS-GATIN, Hugues VILLIERS, Guide de recherches sur le Vietnam. Bibliographies, archives et bibliothèques de France. Claude LIAUZU, Aux origines des tiers-mondistes. Colonisés et anticolonialistes en France (1919-1939). Albert AYACHE, Le mouvement syndical au Maroc (1919-1942). Jean-Pierre PABANEL, Les coups d'Etat militaires en Afrique Noire. LABORATOIRE « Connaissance du Tiers-Monde - Paris VII Entreprises et entrepreneurs en Afrique (XIXe-XXe s.), 2 vol. Ahmet INSEL, La Turquie entre l'ordre et le développement. Christophe WONDJI, La côte ouest-africaine. Du Sénégal à la Côte d'Ivoire. AdjaiPaulin OLOUKPONA-YINNON, "... Notreplaceausoleil", ou l'Afrique des pangermanistes (1878-1918). Nicole BERNARD-DUQUENET, Le Sénégal et lefront populaire. Cissoko SENEKE-MODY, Contribution à l'Histoire politique du Khasso dans le Haut-Sénégal, des origines à 1854. Berhane CAHSAI, E. CAHSAI-WILLIAMSON, Erythrée: un peuple en marche (XIXe-XXe s.). Odile GOERG, Commerce et colonisation en Guinée (1850-1913). Jean-Paul CHAGNOLLAUD, Israël et les territoires occupés. La confrontation silencieuse. Walif RAOUF, Nouveau regard sur le nationalisme arabe. Ba'th et Nassérisme. Ruben UM NYOBE, Le problème national kamerunais. Guy Jérémie NGANSOP, Tchad, vingt ans de crise. Philippe DEWIITE, Les mouvements nègres en France, 1919-1939. Raphaël NZABAKOMADA- YAKOMA, L'Afrique centrale insurgée.
JO,

Suite en fin d'ouvrage
@ Éditions L'Harmattan, 1991 ISBN: 2-7384-1195-9

Laurence MARFAING

EVOLUTION

DU COMMERCE AU SENEGAL 1820-1930

AVANT-PROPOS

Lorsque nous avons planifié ce projet de recherche inter-universitaire que la fondation Volkswagen a accepté de nous financer, dont ce travail est un des éléments, entre les universités de Dakar, Abidjan et Hambourg, nous avions pensé faire des recherches sur la "disparition" des grands commerçants africains face à l'implantation des maisons de commerce françaises. Ce travail collectif nous permettait, grâce à notre répartition géographique, d'aborder le sujet de différentes façons. Nous voulions étudier les archives à notre disposition, notamment bien sûr les archives coloniales déposées à Paris, Aix-en-Provence, Dakar et Abidjan, mais nous avions également l'intention de pénétrer dans quelques archives privées des maisons de commerce françaises et d'intégrer la tradition orale recueillie sur le terrain en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Très vite, en nous concentrant sur ces archives, en nous concertant avec les collègues de Dakar et d'Abidjan, nous nous sommes rendu compte qu'il ne s'agissait en aucun cas de "disparition" et nous avons commencé à parler de "marginalisation" du commerce africain. Nous voyions se dessiner un recul du commerce africain qui aurait laissé la place au commerce européen, au commerce d'exportation. C'est à ce moment-là, en essayant de comprendre l'implantation européenne, française, au Sénégal par étapes, tout d'abord sur la côte, puis à l'intérieur, pour s'approprier les structures commerciales, le commerce en général alors que ces Européens, bien souvent, étaient sans connaissances du pays, pays hostile aux Français, sans connaissance de la langue, des coutumes, de par son climat, mais aussi de par la résistance commerciale et politique des Africains. C'est en tentant d'observer ce fameux recul du commerce africain qu'a commencé à se profiler l'idée d'un commerce africain en tant que tel. Ce n'était plus vraiment le commerce africain traditionnel, à longue distance avec les caravanes; ce n'était pas le commerce "professionnel" tel que nous le concevons en Europe; c'était comme une structure qui se formait, qui s'articulait, s'adaptait enfin aux nouvelles conditions amenées par les Français et leur système. Une sorte de structure parallèle avec ses propres produits, ses propres lois, ses propres éléments productifs et également sa propre dynamique. A partir de ce moment là, il n'était non seulement plus question de "disparition" du commerce africain, ou plutôt des commerçants africains, mais plus non plus de "marginalisation"; il s'agissait d"'adaptation" des commerçants africains.

La question habituelle, à savoir: "l'économie africaine estelle capitaliste?", c'est-à-dire la défmition de ce commerce avec les critères européens d'analyse, les critères marxistes, s'avérait, à mon avis, être une fausse question. Beaucoup se la sont déjà posée, notamment, les participants du colloque: Entreprises et Entrepreneurs...l Ces derniers ont tenté d'y définir l'entreprise en reprenant la définition à la source et en tentant de l'adapter au contexte africain. H. Vérin essaie de définir l'entreprise qui est apparue vers 1798, donc avant la période d'industrialisation en Europe: une entreprise est une fabrique, manufacture, un lieu où l'on travaille de ses mains. L'idée de profit n'en est pas exclue2. Odile Goerg lui donne également sa définition large mais sans non plus laisser de côté l'idée de "stratégie commerciale", "profit", "esprit d'entreprise"3. De l'idée d'entreprise, nous passons à celle d'entrepreneur en nous demandant si les commerçants africains, les traitants sont des entrepreneurs. Hélène Vérin attire notre attention sur le fait que la notion d'entrepreneur où "l'accent est porté sur la séparation de la propriété et du pouvoir décisionnel" est propre à l'économie française. Cette notion n'existe pas chez les Anglo-saxons. Pasquier assimile les termes de propriété et de gestionnaire en ce qui concerne les traitants puisqu'il dit: "les traitants à leur compte sont des entrepreneurs''''. Odile Goerg se pose également la question de l'opportunité du terme de "profit" qui implique une mentalité "capitalistique" ou tout au moins de "capital" . Donc répondre à cette question par la négative ou par la positive ne nous mène pas plus loin dans notre réflexion puisque cette réponse serait une finalité en elle-même. Toutefois, dans cette structure africaine qui évoluerait selon ses propres critères et sa dynamique propre, il y a indéniablement des éléments dits capitalistes: le crédit, la plus-value, le bénéfice et pourquoi pas, l'exploitation de main-d'oeuvre, telle que Roger Pasquier6 conçoit l'emploi des captifs par exemple. Cependant, il y a également des éléments

(1) Laboratoire "connaissance du Tiers-Monde", Afrique, X/Xe et XXe siècles, 2 T., Paris 1983.

Entreprises et Entrepreneurs en

(2) Hélène Vérin, "Entrepreneur", "Entreprise", quelques remarques historiques pour leur définition, in: Entreprises..., op. cit., pp. 25-42,p. 39. (3) Odile Goerg, Les entreprises guinéennes de commerce: destruction ou adaptation (fin XIXe s -1913), in: Entreprises..., op. cit., pp. 165-204, p. 167. (4) Roger Pasquier, Les traitants des comptoirs du Sénégal au milieu du XIXe siècle, in: Entreprises..., tJp. cit., pp. 141-163, p. 149. (5) Odile Goerg, in: Entreprises..., op. cit." p. 167. (6) Roger Pasquier, in: Entreprises..., op. cit., p. 151. 6

qui nous décontenancent totalement, à savoir au niveau des investissements, de la valeur du temps, du calcul du coût des transports; au niveau de la comptabilité qui, le moins qu'on puisse dire d'elle, est qu'elle ne s'effectue pas de notre façon habituelle avec nos grands registres, nos bilans, au niveau des héritages également... Enfin, on peut dire que cette structure utilise les produits d'exportation comme moyen de liaison avec le système commercial européen tout en fonctionnant grâce aux produits africains tels riz, mil, or, sel, cola etc... et aux produits manufacturés importés par les maisons de commerce. Ainsi, en analysant ces structures, s'il faut les répertorier, nous nous trouvons beaucoup plus confrontés à la logique d'un Fernand BraudeJ1 qu'à celle d'un Karl Marx. A cet endroit, il m'est clair que je me trouve sur un terrain glissant et que l'on pourrait tenter d'ordonner cette structure dans nos définitions toutes faites:

- nous nous trouverions face à un système précapitaliste; attendons donc que les Africains, à leur rythme, arrivent au système capitaliste.
- nous avons affaire aux structures économiques des marchés de notre moyen-âge et l'Afrique a effectivement raté son évolution économique progressive. Nous pourrions ainsi justifier la colonisation ou encore la politique occidentale actuelle en général vis-à-vis du Tiers-Monde: en bonne conscience, il s'agit d'aider les sous-développés, disons les plus lents. Donc, après avoir fait le point sur l'évolution du commerce au Sénégal au XIXe siècle et au début du XXe et sur l'implantation des maisons de commerce, j'ai tenté d'aborder cette structure économique avec le moins de préjugés possibles pour lui laisser une chance d'exister en tant que telle, pour en découvrir les différents éléments, les mécanismes et tenter de comprendre comment ceux-ci s'articulent à notre système. J'ai tenté de ne plus considérer "comme absolues les lois du développement capitaliste" et de ne pas "universaliser l'expérience historique privilégiée de

(7) Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, T. I: consommation, T. II: les jeux de l'échange, T. III: production, Armand Colin, Paris 1979. 7

l'Angleterre et de l'Europe occidentale"s. J'ai entrevu une structure parallèle à la nôtre parce qu'elle fonctionne différemment, avec des produits spécifiques dans des circuits spécifiques, dépendant de la nôtre, en ce sens qu'elle utilise également des marchandises de notre système, mais de laquelle notre commerce dépend également parce qu'il en réceptionne les produits dont il a besoin pour l'industrie européenne: deux systèmes complémentaires, peut-être à grande échelle ce phénomène nouveau de notre société occidentale: cette cohabitation de toute une économie parallèle, travail au noir, recyclage de matériel que l'on jetait encore il y a quelques années, une sorte d'économie informelle en marge de notre économie capitaliste.

(8) Catherine Coquery-Vidrovitch, Henri Moniot, L'Afrique Noire de 1800 à nos jours, PUF, Paris 1974, p. 259. Cf. également à ce sujet, Jacqueline GuilIiotLageat, Révolution industrielle et sous-développement, in: Annales économiques, société, civilisations, 1ge année, n06, nov.-déc. 1964, pp. 1195-1207, p. 1206. 8

1.0. INTRODUCTION Le commerce africain existant depuis toujours sous forme de commerce à longue distance est généralement connu sous le nom de commerce transsaharien. L'Afrique est un continent dont le commerce interrégional est très diversifié et complémentaire, les zones forestières se complétant avec les zones de savane. Ce commerce ancien transporte l'or, le sel, les céréales, les peaux, le bétail, la cola, la gomme etc... Il a une orientation nord-sud. A partir du XVe siècle, la situation change, le commerce et l'histoire africaine sont à l'orée d'un tournant dû à la pénétration européenne sur les côtes à l'ouest de l'Afrique, du nord de Saint-Louis à l'Angola actuel. En ce qui concerne ce travail, nous nous limitons à la considération de l'évolution de la situation du nord de Saint-Louis à Freetown. D'une part le début de la traite négrière déstabilise le système, on vend les producteurs; de plus, le commerce atlantique donnera une nouvelle orientation au commerce qui se développera dans la direction est -ouest, l'industrialisation cherchant des marchés pour écouler ses marchandises et des matières premières pour faire marcher son industrie. Le commerce devient échange de marchandises européennes contre produits africains. On peut considérer que ce tournant a duré trois siècles, la colonisation ayant stabilisé les structures amorcées au XVe siècle dans le courant du XIXe siècle. L'évolution et le commerce de l'Afrique pré-coloniale ont été largement étudiés soit dans leur ensemble, soit à partir d'une région particulière. Ces études portent en général sur les périodes jusqu'aux XVIIIe et XIXe siècles. Ici, il faut citer Georges Hardy, Yves Person, Philipp D. Curtin, également Boubacar Barry et Abdoulaye Bathily. Claude Meillassoux et A.a. Hopkins se sont plus concentrés sur le commerce et se posent la question du devenir africain. Leurs études portent sur la réaction africaine à la colonisation et montrent la désintégration des structures socio-économi-

(9) Abbé P.O. Boilat, Esquisses Sénégalaises, Paris 1853; Georges Hardy, La mise en valeur du Sénégal, Paris 1921; Yves Person, Samori, une révolution dyula, Dakar 1968-75; Philipp D. Curtin, Economic (!lange in pre-colonial Africa, Madison 1975; Boubacar Barry, La Sénégambie du XVe au X/Xe siècle. Traite négrière, Islam, conquête coloniale, Paris 1988; Abdoulaye Bathily, Les portes de l'or, le royaume de Galam (Sénégal, de l'ère musulmane au temps des négriers, V/lIe-XVIIIe siècles), Paris 1989.

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queslO.

Depuis les indépendances, le commerce africain, l'élite commerçante sont souvent le centre d'études qui posent la question du système économique, à savoir capitalisme ou non, capital ou accumulation primitive, bourgeoisie et classe ouvrière inexistante. Ici, il faut citer Samir Amin, Catherine Coquery- Vidrovitch, Roger Pasquierll. On se pose la question du fonctionnement des structures socio-économiques africaines, on les définit. Depuis quelques années on met l'accent sur la confrontation du commerce africain, mais surtout de façon ponctuelle. lei, nous pouvons citer les travaux de Claude Meillassoux ou JeanLoup Amselle12. En France, ces derniers temps, on a tendance à raconter la grande épopée commerciale de l'implantation du commerce européen en Afrique Occidentale, telle la CFAOI3. Bien souvent ces réeits sont teintés de nostalgie telle dans cette nouvelle collection Denoël: L'aventure coloniale de la France. Enfin, il nous a semblé que peu d'études s'étaient penchées sur l'évolution du commerce africain, des commerçants africains face à l'implantation commerciale européenne sur toute la durée de la colonisation en prenant en considération à la fois les archives traditionnelles françaises, celles du Sénégal et de la Côte d'Ivoire, c'est-à-dire le côté politique et administratif, la tradition orale, ainsi que les archives privées des maisons de commerce. C'est ce que les participants de ce projet de recherche ont tenté de faire.

(10) Claude Meillassoux, The development of indigenous trade and markets in West Africa, London 1971; A.D. Hopkins, An economic history of West Africa, London 1973.
(11) Samir Amin, .la politique coloniale française à l'égard de la bourgeoisie commerçante sénégalaise (1820-1960), in: Claude Meillassoux, op. cit., pp. 361176 ou idem, L'Afriql/e de rOI/est bloquée. L'économie politique de la colonisation, 1880-1970, ou encore, idem, Impérialisme et sous-développement en Afrique, Paris, 1976; Catherine Coquery- Vidrovitch et Henri Moniot, L'Afrique Noire de 1800 à nos jours, Paris 1974..., Colloque Entreprises et Entrepreneurs..., dp. cit. (12) Claude Meillassoux, A/lthropologie économique l'économie de subsistance à l'économie commerciale, Les négociants de la Savane, Paris 1977. (13) Hubert Bonin, CFAO, Cent ans de compétition, des Gouro de Côte d'Ivoire. De Paris 1964; Jean-Loup AmseUe, Paris 1987.

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1.1. Projet et démarche Jusqu'à présent donc, les études portaient soit sur l'Afrique elle-même, soit sur l'implantation du commerce ou sur la colonisation et ses conséquences dans tous les domaines, mais pas encore sur la question de la réaction du commerce africain à l'implantation des maisons de commerce européennes. Il fallait étudier la stratégie de l'Etat et des maisons de commerce et la réaction du commerce africain. Les archives européennes qui concernent l'Afrique, notamment celles conservées dans les métropoles sont largement étudiées. Celles qui le sont moins, sont celles des maisons de commerce existant encore, lesquelles sont souvent avares de renseignements, surtout en fonction du commerce africain qui est peu représenté dans les archives officielles et par là, pour la recherche, d'un abord difficile. Ainsi, lentement a germé l'idée d'un projet de recherche sur ce sujet, son originalité serait qu'un groupe de chercheurs s'occuperait des sources européennes en y intégrant des sources africaines. C'est ainsi que six chercheurs de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, faisant partie de 1"'Ecole de Dakar", six autres de celle d'Abidjan ainsi que trois de celle de Hambourg se sont mis d'accord pour tenter d'exploiter les archives à leur disposition, de les débroussailler collectivement en confrontant les résultats obtenus. Ces équipes se promettant beaucoup d'une collaboration européo-africaine. Ainsi est né le projet de recherche sur Ie thème "Handler und Handel in Afrika" (commerce et commerçantsen Afrique) financé par la Fondation Volkswagen. La diversité africaine nous a limité à l'ancienne Afrique francophone et encore plus étroitement à la Côte d'Ivoire et au Sénégal. Le travail qui suit est donc une partie de ce projet et traite de l'évolution du commerce au Sénégal, de 1820 à 1930. 1820, car c'est à cette époque que nous voyons apparaître sinon les premières maisons de commerce, les premiers négociants français qui ont pu avoir une influence sur le commerce africain. 1930, bien qu'au départ il s'agissait d'étudier le processus d'évolution jusqu'à l'Indépendance, car 1930 représente bien sûr la "Grande Crise" mais surtout, car à cette époque les rouages du système colonial avaient mis en place la structure qui nous intéresse. De plus, les trois années dont je disposais ne m'auraient pas permis des recherches aussi poussées pour la période des années 1930 à aujourd'hui que celles qui ont couvert la période 1820-1930. Le travail collectif avec les équipes de Dakar et d'Abidjan a eu lieu sous forme de rencontres pour lesquelles chaque participant avait un sujet propre sur une période ou une région donnée à étudier, sous forme de discussions, d'échange de docu11

ments, d'idées... A la vue des archives, du matériel mis à ma disposition, il a été très rapide de constater que la période qui couvre mon étude était divisible en deux grandes périodes: - 1820-1885, laquelle est elle-même divisible en deux phases distinctes: 1820-1854 et 1854-1885. En 1820, le Sénégal devient défmitivement possession française14 et ainsi, nous entamons la période de colonisation qui après des débuts relativement calmes qui permettent l'installation des commerçants français et des recherches plus ou moins fructueuses au niveau du développement agricole, se transformera et deviendra armée face à la résistance africaine à la pénétration française et ce, à la nomination du Général Faidherbe en 1854 comme Gouverneur Général du Sénégal et Dépendances. Le gouvernement français a ainsi décidé de "pacifier" la région. Toute rébellion, résistance africaine a été progressivement obligée de se soumettre à l'armée française, dirigée par le fameux Général Faidherbe. Durant cette première phase, les commerçants français importent des marchandises manufacturées au Sénégal et en exportent la gomme arabique. La seconde phase est caractérisée par l'organisation du commerce français dans un Sénégal plus ou moins "pacifié". L'administration ainsi que les maisons de commerce renforcent leurs positions. De plus, les Français n'arrivant pas à monopoliser le commerce de la gomme, celle-ci perd de son intérêt, au profit de l'arachide. - 1886-1930: cette période est également divisible en deux phases. La première va de 1886 au tout début du XXe siècle, la seconde de la Première Guerre mondiale à la crise. 1885 représente la mise en service du chemin de fer Dakar-SaintLouis, lequel va permettre la prolifération des maisons de commerce jusqu'à l'intérieur des terres. De plus, les conditions du commerce international ont évolué de telle manière que les années 1880 sont témoins d'une véritable explosion des sociétés anonymes, le Sénégal en est inondé. Cette première phase montre de façon nette l'implantation des maisons de commerce, leur stratégie et la réaction du commerce africain. La seconde phase nous montre le fonctionnement du système colonial dans sa pleine réalisation. De cette période, nous tirerons de façon succincte les conséquences sur la période contem-

(14) A ce sujet, cf. notamment Boubacar Barry, La Sénégambie ..., op. cil., Paris 1988, p. 196.

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porame. Malgré de nombreux essais de la part de l'administration ou des négocia.nts pour introduire différents produits agricoles, le Sénégal n'exporte que deux produits: la gomme arabique et l'arachide. La gomme arabique, principal produit d'exportation du Sénégal jusqu'au milieu du XIXe siècle, perd de plus en plus de sa valeur bien que les quantités exportées ne baissent pas, malgré certaines périodes de fluctuation, et que les besoins de l'Europe restent relativement stables. L'arachide en tant que production de ma.sse supplantera la gomme vers 1860. Il m'a semblé primordial d'étudier ces deux produits d'exportation, puisqu'ils sont ceux qui permettent la confrontation des commerces européen et africain sur place. Effectivement, les Français ont toujours eu besoin d'''intermédiaires'' pour accéder aux produits. Nous verrons comment ces Français vont s'évertuer à éliminer des "intermédiaires" et comment ces derniers réagiront. Ma démarche de travail a donc évolué selon trois critères: - la connaissance des produits, leur utilisation, les problèmes qu'ils engendrent, leur rôle tant en Afrique qu'en Europe; - l'évolution du commerce au Sénégal en général ainsi que l'observation de l'installation des comptoirs des maisons de commerce en Afrique, leur stratégie en fonction de la politique coloniale ou des besoins du commerce; - la réaction du commerce africain, des traitants, la prise en considération de leur mode de fonctionnement, leur rôle tant économique que politique et social. Il est certain que ces éléments évoluent de façon globale de 1820 à 1930. Il ne faudrait pas penser que nous avons affaire aux produits d'une part, d'autre part à l'évolution du commerce puis à l'implantation des maisons de commerce et enfin indépendamment de tout contexte, à la réaction des traitants africains. Les quatre données sont imbriquées les unes dans les autres. Schématiquement, nous pourrions les représenter sous forme de quatre colonnes évoluant les unes par rapport aux autres sur toute la durée de l'étude, en fonction des événements qui les influencent. J'aurais pu organiser le travail de façon à traiter tous ces éléments à la fois en les séparant par blocs chronologiques. Nous aurions eu certes une meilleure image de l'évolution globale du commerce européen en Afrique de l'Ouest et, conséquemment, du commerce africain. J'ai craint que le résultat en soit trop confus, de devoir trop souvent faire des retours dans le temps ou au contraire de devoir anticiper 13

sur l'évolution de façon à bien en montrer les contours. Enfm, j'ai craint que tous ces éléments ne se laissent pas aisément découper en tranches chronologiques. C'est pourquoi, après maintes réflexions, pressée par le temps, j'ai préféré traiter une partie "produits", une partie chronologique qui décrit l'évolution du commerce et enfm une partie systématique qui cristallise le problème central du travail: la confrontation du commerce européen au commerce africam. Pour ce faire, en plus des ouvrages de base sur le commerce en Afrique, sur la colonisation, sur des sujets particuliers tels les Mourides, le travail et les modes de production africains ou sur les différents produits, j'ai consulté les archives sur l'AOF déposées aux Archives Nationales, Section Outre-Mer (ANSOM) à Aix-enProvence, les Archives du Sénégal et dépendances, c'est-à-dire les archives du Gouvernement Général (ANS), rassemblées à Dakar. Je me suis également occupée du matériel sur le commerce déposé tant aux Archives Nationales que celui déposé dans les différentes chambres de commerce, notamment celle de Marseille dans laquelle se trouvent les procès-verbaux de celles de Saint-Louis, Dakar, Rufisque mais aussi parfois Bordeaux. Enfin, j'ai pris en considération des archives imprimées sur le déroulement de la colonisation ou du commerce (Union Coloniale, Conseil Général etc...). Puis, nous avons eu la chance d'avoir accès aux archives non publiées de deux des plus anciennes maisons de commerce françaises implantées au Sénégal: la Maison Maurel et Prom et la CFAO. La CFAO fêtant son centenaire en 1987 nous a permis de consulter les archives de la maison ainsi que celles des Etablissements Verminck et de la SCSCOA, ses fondateurs, lesquelles sont conservées à Paris. Ces archives sont composées de la correspondance entre Marseille, la maison mère, et les comptoirs d'Afrique; entre Paris et Marseille. Cette firme nous a également ouvert ses archives de Marseille où sont déposés tous les procès-verbaux du Conseil d'Administration, et à Dakar où nous sommes entrées en contact avec l'Amicale des Anciens Employés. Qu'il me soit donc permis ici de remercier Monsieur Paoli, Président Directeur général de la CFAO, ainsi que Monsieur Cadaux, attaché à la direction, sans oublier Madame Marthe à Marseille et Monsieur Diop à Dakar, lesquels ont non seulement mis les archives à notre disposition mais également leur temps, leur expérience ainsi que le matériel nécessaire pour nous alléger le travail. La Maison Maurel et Prom, qui était en train de liquider ses affaires au Sénégal, m'a ouvert les archives classées de Bor14

deaux, c'est-à-dire la correspondance entre le siège et les comptoirs du Sénégal et m'a également donné la possibilité de consulter des archives non triées qui venaient d'arriver du comptoir de SaintLouis à la filiale de Dakar. Que Monsieur Dubosq, directeur des Etablissements de Bordeaux, soit également ici remercié pour son obligeance et sa disponibilité, ainsi que Monsieur Kébé à Dakar. Dans les archives officielles, mais surtout dans les archives privées, nous avons obtenu un grand nombre de renseignements sur les relations entre l'administration et les maisons de commerce et entre celles-ci et les traitants. Les archives privées nous ont permis de nous faire une idée de la stratégie des maisons de commerce ainsi que de leurs problèmes avec les traitants africains. Enfin, l'équipe de Dakar, par son expérience du terrain, par ses interviews auprès des descendants des traitants, a permis que les données des archives européennes soient confirmées, infirmées ou complétées. Compte tenu de ces éléments, pour percevoir et analyser l'implantation des maisons de commerce et ses conséquences sur le commerce et les commerçants africains il m'a semblé nécessaire de tout d'abord prendre conscience du rôle et de l'importance des produits, gomme et arachide, ensuite d'étudier de façon globale l'évolution du commerce au Sénégal en fonction de la situation politique, des structures économiques européennes comme africaines. Enfin, partant de ces données, grâce à l'exemple de ces deux maisons françaises, Maure! et Prom et CFAO, de comprendre la stratégie d'implantation des maisons de commerce. Ce n'est qu'après avoir assimilé ces données que j'ai pu prendre conscience du rôle joué par les traitants africains et par là entrevoir leurs structures propres. 1.2. quelques définitions et avertissements 1.2.1. Les traitants Tout d'abord, il est remarquable de constater que le terme "traitant", tel que nous le trouvons employé dans la littérature s'appliquant à l'Afrique de l'Ouest, n'est pas dans le dictionnaire: nous ne le trouvons ni dans le Larousse, ni dans le Robert, ni dans le Littré. Par contre, nous trouvons "traite" qui est défini comme

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"le trafic que font les bâtiments l'Afrique"

de commerce

des côtes de

ainsi que
"se disait autrefois de tout commerce d'échange faisait avec les peuples sauvages", qui se

puis
"on le donne [Je nom de traite] à la conduite de certains industriels qui profitent de la faiblesse et de l'ignorance des personnes qui sont sous leur dépendance pour s'attribuer entièrement le produit de leur travail,,15

Quant au Robert, à part la définition du XIVe siècle: traite = action de faire venir et de transporter, il ne mentionne le terme que dans le contexte de la traite négrière:
"1690, traite des nègres, des noirs, anciennement transport des esclaves noirs" commerce et

Donc, ce terme "traite" s'appliquant uniquement aux trafics de l'Afrique de l'Ouest, nous supposons trouver l'origine du terme "traitant" duquel il serait intéressant de voir toutes les connotations sociales qu'il comporte pour les Français. Catherine Coquery- Vidrovitch y fait allusion en spécifiant que la traite des esclaves combattue par les humanistes européens a fait place à la traite licite de l'huile de palme et d'ajouter: "les grands négriers devinrent les principaux traitants de l'huile de palme"16. Après cette approche éthymologique, nous trouvons le terme de traitant en tant que qualificatif officiel pour une catégorie caractéristique, laquelle s'était réservé le commerce de la gomme au Sénégal, à partir du XIXe siècle. On peut différencier trois sortes de traitants: 1°) les traitants à leur compte qui sont les "entrepreneurs" ou les "gros traitants": ils achètent les guinées aux négociants, soit au comptant soit à crédit, arment les goélettes pour leur compte, montent aux escales et en échangent le contenu contre les gommes qu'ils tentent d'écouler dans les meilleures conditions au marché de Saint-Louis. Ceux-ci sont en relation avec plusieurs négociants.

(15) Les définitions sont tirées du Littré. (16) Catherine Coquery- Vidrovitch, De la traite des esclaves à l'exportation de l'huile de palme et des palmistes au Dahomey, XIXe siècle, in: Claude Meillassoux, L'évolution du commerce africain depuis le X/Xe siècle en Afrique de l'Ouest, Oxford 1971, pp. 107-122, p. 115. 16

2°) Les "petits traitants" reçoivent en prêts, à un prix déterminé, marchandises et guinées qu'ils doivent échanger contre un certain tonnage de gommes, à un prix convenu d'avance. En général, ils ne sont en relation qu'avec un seul traitant. 3°) Les traitants mandataires ne prennent aucun risque. Ce sont les salariés d'un seul négociant qui leur donne des appointements fIXes et une certaine somme pour chaque millier de livres de gomme traité. premières commerce le système au service A l'origine tous les traitants faisaient partie des deux catégories, mais l'installation de nouvelles maisons de et le développement de la concurrence font apparaître des traitants salariés. En 1852, 75% des traitants passent des négociants dont ils sont les débiteurs17,

Face à l'évolution du commerce, le rôle des traitants évolue également, si bien que pour une compréhension plus facile nous tâcherons d'employer de façon conséquente les termes tels qu'ils sont définis dans les annuaires et rapports officiels18:
"les firmes d'import-export qui contrôlaient la traite étaient répertoriées sous la rubrique "négociants". Les "commerçants" étaient des personnes payant patente qui achetaient les marchandises aux négociants et qui revendaient éventuellement les produits qu'elles collectaient. Quant aux "traitants", ils étaient, au contact du producteur ou des "intermédiaires" africains, les mandataires des différents négociants" .

Cependant, à la fin du XIXe siècle, nous sommes confrontés à une telle situation que le terme de traitant sera en général employé pour les "commerçants" africains, à leur compte ou non. 1.2.2. les maisons de commerce/compagnies de commerce

Dans la mesure où j'ai défini ma démarche de travail en intitulant la troisième partie: "Evolution du commerce à partir de l'implantation des maisons de commerce: 1885", les termes de "mai-

(17) Roger Pasquier, in: Entreprises ..., op. cit., p. 161. (18) Yves Péhaut, Les oléagineux dans les pays d'Afrique Occidentale associés au marché commun, La production, le commerce et la transformation des produits, Thèse présentée devant l'Université de Bordeaux III, Université de Lille 1974, T.I, note 290,p. 366.

17

sons de commerce"/"compagnie de commerce"/"société merce" peuvent prêter à confusion.

de com-

Au XVe siècle, le commerce atlantique consiste surtout en l'achat d'esclaves qui sont transportés dans les colonies d'Amérique. Au XVIIIe siècle, le commerce de la traite est abandonné à des compagnies privilégiées dont les plus connues sont celle des Indes et celle du Sénégal. Ces compagnies installées dans ce que l'on appelait des comptoirs enclavés dans les possessions françaises, ou autres, avaient le monopole du commerce sur la côte ouest de l'Afrique. Le commerce le plus important à été, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, celui des esclaves ainsi que celui de la gomme qui avait lieu entre les rois maures et la Compagnie privilégiée. Ce dernier était installé dans les escales du fleuve Sénégal, points de traite définis à l'avance19. Ces compagnies gouvernaient également les comptoirs des possessions françaises au nom du Roi de France. Ce n'est qu'au début du XIXe siècle, avec les essais de culture effectués dans les colonies que la situation commerciale évolue et que le gouvernement décide de créer des compagnies de commerce à l'intérieur des terres. C'est ainsi que naquit la Compagnie de Galam et de Walo qui profitait d'un système de protection commerciale20. Face à cette évolution, parallèlement à la sauvegarde des compagnies commerciales à privilèges, on vit arriver au Sénégal des commerçants indépendants qui agirent en faveur de la liberté commerciale. Les privilèges de la Compagnie furent remis en question, d'abord renouvelables tous les quatre ans jusqu'à enfin disparaître au nom de la liberté du commerce. Nous sommes arrivés en 1830. Devant les commerçants qui s'associent pour les affaires, nous voyons se multiplier les associations commerciales: les maisons de commerce. La Maison Maurel et Prom en est un exemple précis puisqu'elle est apparue sous sa première forme en 1832. Longtemps encore, certains commerçants tenteront de faire rétablir les compagnies à privilèges, notamment pendant les années de crise, vers 1840 avec la Société pour la traite de la gomme et la Compagnie de Galam, dont les privilèges seront prolongés jusqu'en 1843. Cependant, à partir de 1843, le gouvernement agira en fonction de la sauvegarde du principe de la liberté du commerce: "Il y a trop de projets qui s'ébauchent en Afrique Occidentale" et il soutiendra l'installation de factoreries par des

(19) Faidherbe, L. Général, 1889, pp. 19-31.

Le Sénégal, la France dans l'Afrique

occidentale,

Paris

(20) Christian Schefer, Instnlctions Générales données de 1763 à 1870 aux gouverneurs et ordonnateurs des établisssements français en Afrique Occidentale, T. I: 17631831, T. II: 1832-1870, Paris 1921, T. II, p. 25.

18

crédits pour les premières dépenses21. A partir de 1862, grâce aux lois sur les sociétés de commerce parues en France, les maisons de commerce prennent juridiquement leur forme actuelle; c'est-à-dire que ce sont des sociétés anonymes ou des sociétés en commandite. L'exportation de telles organisations commerciales a été également facilitée par les nouvelles lois sur les exportations de capitaux. Dans ce travail, quand je parle de "l'installation des maisons de commerce", je prends donc en considération l'organisation d'une maison de commerce en tant que telle dans la structure commerciale de 1885: l'implantation voire la prolifération de ce genre de maisons et non pas le fait que deux frères, deux cousins ou deux amis se mettent ensemble pour fonder une affaire comme cela pouvait être le cas avant cette période.

(21) idem, pp. 103/104

et 131.

19

CHAPITRE D'INTRODUCTION

2.0. LES PRODUITS D'EXPORTATION DU SENEGAL 2.1. LA GOMME 2.1.1. le produit Les gommes sont un produit gagné des acacias. Il y en a différentes sortes en différents endroits. Longtemps, on a pensé que celles-ci se formaient comme la résine du sapin, c'est-à-dire étaient une sécrétion de l'arbre!. Bien qu'aujourd'hui encore le mécanisme de la formation de la gomme soit mal connu2, les botanistes sont d'accord pour penser, depuis 1930 environ, que celleci est une réaction de défense de l'arbre à la suite d'une blessure. Cette apparition de gomme aurait pour but d'isoler la blessure de l'arbre du contact de l'air, donc serait un processus cicatriciel. La gomme apparaît à la périphérie de l'arbre et s'écoule en général sur l'écorce au moment de la floraison et tout de suite après. En général, la gomme est prête à être recueillie un mois plus tard par temps ensoleillé; par temps humide, il faut compter 50 à 60 jours de plus. Un arbre peut produire de 500 à 700 g à 3 kg de gomme suivant l'année, le temps et l'âge de l'arbre3. La gomme se présente sous des formes différentes: des boules de la grosseur d'une noix, des gousses, des formes allongées, cylindriques, des espèces de petites branches ou feuilles4. Elle n'est pas tout à fait transparente toutefois, plus la couleur en est claire et limpide, meilleure en est la qualité. Les couleurs vont du transparent pratiquement incolore au brun rouge en passant par le jaunâtre. Elle gomme n'a pas d'odeur, est d'un goût qui va du sucré à l'âpre. Elle ne se casse pas aisément et il est difficile de la mettre en poudre. Elle est soluble dans l'eau, ceci représente sa spécificité la plus importante et fait que l'on distingue les "vraies gommes"

(1) Julius Wiesner, Die RoIlStoffe des Pflanzenreiches, Bd. 1, Leipzig 1900, p. 80. Egalement Erich Obst, Dr. (lIrsg.), Afrika: Handbuch der praktischen Kolonialwissenschaften, Die landwirtscl1aftlichen Nutzpflanzen .Afrikas, Pflanzenkrankheiten, tierische Schiidlinge, Bd. VlII, Berlin 1942, p. 146. (2) Hubert Gillet, La gomme Janvier-Février 1987, p. 16. (3) Erich (4) Julius Obst, op. cit., p. 148. Wiesner, op. cit., pp. 49-54. arabique, richesse du Sahel, in: Balafon n° 80,

23

des autres5.

Les gommes qui viennent d'Afrique, que ce soit du Kordofan ou du Sénégal ont, sous des aspects différents, des qualités identiques et les mêmes emplois. 2.1.2. les différentes sortes de gomme Wiesner différencie 22 sortes de gomme venant de l'Inde, d'Amérique du Sud, d'Australie, de Perse, d'Amérique Centrale et enfin d'Afrique ainsi que de plantes différentes (palmiers, arbres fruitiers, cactus, acacias). En Afrique, puisque c'est le continent qui nous intéresse, on distingue quatre sortes de gommé: l'arabique, Séné, Cap, Afrique de l'Ouest. Celles qui nous intéressent plus spécifiquement sont l'arabique et la Séné. Ces deux sortes de gomme viennent de l'acacia. Longtemps, on les a crues différentes, mais plus les recherches en physique et chimie ont évolué plus on s'est rendu compte que ces deux dernières sortes étaient semblables et c'est vers la fin du XIXe siècle que l'on s'est aperçu qu'elles provenaient du même arbre7. Cet arbre se nomme "Verek" au Sénégal, en Arabe, dans la région du Nil, on l'appelle "Haschab"g. Bien que cette découverte

(5) Annales ème année, également: department,

de l'Institut Colonial de Marseille fondées par le Prof. E. Heckel, 7 6ème volume (1899): Gommes et résines, Paris-Mâcon 1899, p. 11. Cf. Imperial Institute Selected reports from the Scientific and technical n° 63, Gums and Resins, London, December 1909, p. 137.

(6) Erich Obst, op. cit., p. 147. (7) toutefois, à la fin du XVIIIe siècle déjà, ce fait était officiel. L'abbé JeanBaptiste Demanet, directeur de la Compagnie du Sénégal était affirmatif: "La gomme qui entre en Europe est appelée gomme du Sénégal ou gomme d'Arabie [...] On a longtemps plaidé pour savoir définitivement quelle était la meilleure entre celle de l'Afrique et celle de l'Arabie. Enfin, on est tombé d'accord que l'une valait l'autre et qu'il n'y avait que les marchands, trop avides de gain qui y supposaient une différence [...]", in: Léonce Jore, Les établissements français sur la Côte Occidentale d'Afrique de 1758 à 1809, Paris 1965, p. 344. (8) "Cet arbre porte le nom spécifique d'un pays qui a été parcouru en avantgarde par des botanistes-naturalistes de renom, comme Adamson, Perrotet, Trochain, etc. Cet arbre n'a pas attendu l'arrivée des hommes de science pour être baptisé par les populations locales: c'est le Verek des Ouolof, le dira des Bambara, l'akovia des Haoussa, le danngha des SonraL Bien que portant ce nom spécifique de Sénégal, l'aire géographique du gommier est typiquement sahélienne et s'étend depuis le rivage de l'Océan Atlantique, en Mauritanie et au Sénégal, jusqu'à celui de la Mer Rouge, pour gagner ensuite l'Arabie et même le désert du Sind au Pakistan", in: Hubert Gillet, op. cit., p. 18. L'abréviation "Guill." vient du botaniste Guillemin, cf. Annales de l'Institut Colonial de Marseille, op. cit., p. 18. 24

ait eu lieu en 1848 et que, théoriquement, ce fut un fait acquis9, ce n'est que vingt ans après que l'on en tint compte, lorsque Schweinfurth, en 1868, attira de nouveau l'attention sur la même origine botanique des deux arbreslO. A partir de ce moment, il était clair que toute la gomme gagnée de l'acacia, venant de l'Afrique du Nord ou de l'Ouest à destination de l'Europe, donc aussi bien la gomme Sénégal que la gomme arabique provenait de l'Acacia Verek ressemblant, lorsqu'il est en fleurs, aux mimosas méditerranéensll. Toutefois, l'on s'est rendu compte que d'autres variétés d'acacias existaient en Afrique du Nord. Les dénominations des gommes dans le langage courant prêtent à confusion. Cette notion de gomme arabique peut être assimilée, bien que venant de l'acacia Verek, à l'acacia arabica, la gomme produite par l'acacia Verek étant appelée "arabique" et il n'est pas rare de se trouver confronté à cet amalgame des termes même dans la littérature commerciale12.Cela n'a cependant aucune influence sur le fait que l'arbre A. Verek pousse bien au Kordofan et au Sénégal pour donner la même gomme. Ceci est important car l'on verra que ces deux régions sont sans cesse en concurrence et que la gomme du Kordofan joue un rôle primordial sur l'évolution du commerce de la gomme au Sénégal. Effectivement, le commerce de la gomme sera tenu en échec d'une part par l'évolution de celui de l'arachide, mais également à cause de l'apparition sur le marché européen de gommes originaires du Kordofan à la fin du XIXe siècle, lesquelles présentent des qualités similaires à celles du Sénégal à des prix inférieurs et surtout commercialisables, a priori, dans des conditions plus avantageuses.

(9) "La substance qui, sous le nom de gomme arabique et de gomme du Sénégal, deux variétés similaires de composition, rend de si grands services [...]", in: Jules Duval, Le Sénégal II, Revue des Deux-Mondes, T. XVIII, 15 octobre 1858, pp. 837879, p. 852. (10) Schweinfurth, Acacia-Arten des Nilsgebietes, Linneaea 1868. Derselbe, lm Herzen van Afrika, I., 1874. "Es hat sich auf Grund der wichtigen Beobachtungen uns Nachrichten über die botanische Provenienz des Gummi der Nillander, welche wir Schweinfurth verdanken, die Meinung gebildet, dass das ganze Acaciengummi, welches aus der nordlichen Halfte Afrikas nach Europa gelangt, also sowohl das sag. arabische, ais das Senegalgummi von einem und desselben Baume, namlich von Acacia Verek abstamme", in: Julius Wiesner, op. cil, pp. 83-84. Cf. également Annales de l'Institut Colonial de Marseille, op. cit., p. 27. (11) cf. Annales de l'Institut Colonial de Marseille, op. cit., pp. 13-27. (12) "La gomme arabique est donnée par la sève de l'"acacia arabica" dont la zone de végétation se situe au Sénégal, en Mauritanie, au Soudan et dans le Niger Est." in: CFAO, livret d'accueil, Marseille 1955, p. 80. Cf. également Julius Wiesner, op. cit., p. 87. 25

La nature et la forme de cette gomme sont influencées par le climat, l'altitude, c'est-à-dire sous quelles conditions la gomme sèche lors de son apparition à la périphérie du tronc, ce qui a des conséquences sur la teneur en arabine, le composant spécifique qui rend la gomme soluble dans l'eau, ainsi que la composition chimique du produit. 2.1.2.1. La gomme arabique ou gomme du Nil De tout temps, la gomme dénommée ainsi est celle connue dans le commerce comme venant de la région du Nil, bien que d'autres variétés semblables puissent venir d'ailleurs. Toutefois, seule ici nous intéresse celle qui vient de la région du Nil. Depuis le 1er siècle de l'ère chrétienne, c'est un article de commerce transporté par bateaux des ports de l'Egypte dans les ports arabes et enfin dans les ports européens, d'où sa désignation de "gomme arabique" qui, comme nous l'avons vu, porte tant à confusion13. Les meilleures sortes proviennent donc de l'Acacia Verek qui pousse sur un sol sablonneux, rougeâtre et ferrugineux. En 1922, Biscairae4 les divise en trois catégories: gomme du Kordofan, gomme de Gedaref, gomme de Gesireh. Les deux premières poussent dans les forêts exploitées par les populations locales alors que la dernière se trouve à l'état sauvage. La gomme du Kordofan était réputée être la meilleure de toutes. 2.1.2.2. Les gommes du Sénégal Celle-ci a de tout temps été importante pour le commerce français15 et est en concurrence avec la gomme du Kordofan. Les boules de gomme du Kordofan sont craquelées à l'intérieur alors que celles du Sénégal, bien qu'ayant une apparence "crevassée", sont compactes en leur centre. Souvent il existe d'ailleurs confusion sur les marchés européens: les produits vendus comme

(13) Imperial Institute, op. cil., p. 142. (14) M. P. Biscarrat, Les gommes, in: Exposition coloniale, Marseille 1922, Congrès de la production coloniale, Comptes-rendus et rapports, Marseille 1922, p. 164. (15) Henri Jumelle, Les ressources agricoles el forestières des colonies françaises, Exposition coloniale de Marseille de 1906, Marseille 1907, p.106. 26

"gomme arabique" viennent souvent du Sénégal16. Tout comme au Kordofan, la meilleure qualité de gomme du Sénégal provient elle aussi de l'acacia Verek, son nom botanique: A. Senegal Wi/ld. La gomme du bas du fleuve est la meilleure. Elle se présente sous forme de grosses gousses ou de gros cylindres de couleurs différentes allant de l'incolore au brun en passant par le jaune pâle. La gomme de Galam provient de gousses plus petites, de petits bâtons cylindriques ou en forme de petites branches. La gomme de Galam est plus friable; elle est récoltée dans le haut du fleuve, de l'escale de Podor à la région du Bambouk. La qualité est moindre que celle de la gomme du bas fleuve et le terme "gomme de Galam" semble être employé en général pour désigner les gommes de moindre ou mauvaise qualité1? Contrairement aux autres acacias qui donnent des fleurs en petites boules jaunes, l'acacia Verek donne des fleurs presque blanches qui peuvent atteindre 8 cm. Pendant la période des pluies, l'acacia Verek est riche en sève, pendant la période sèche, l'écorce devient, sous l'influence du vent chaud, pauvre en eau, presque sèche et se craquèle, ce qui provoque les blessures qui favorisent les coulées de gomme. La floraison a lieu de janvier à mars, la gomme s'écoule pendant cette période pour atteindre son maximum fin mars et une à deux semaines plus tard. Cet acacia commence à

(16) A. Vogl ajoute dans son CommentaT ZUTosterreicJUschen Pharmakopoe, Wien 1892, p. 422 (Communiqué sur la Pharmacopée), qu'à l'époque de la guerre du Massauah, aucune gomme du Kordofan ni du Sennaar n'arrivait en Europe et que tout ce qui était utilisé en pharmacie en tant que gomme "acaciae" n'était que de la gomme du Sénégal. Cf. également Masben, Pharmaceut. Joum. and Transact., XX., p. 717. Selon le compte rendu sur le Commerce de Oehe & Co., Drogen, Berich!, Dresde, (mois et année), Avril 1899, p. 30 "la gomme Sénégal est tellement intégrée au commerce allemand qu'il semble à peine possible que la gomme du Kordofan reprenne la place qu'elle occupait. D'après les informations que j'ai pu obtenir des magasins viennois qui ont des filiales à Trieste [marché principal du commerce de la gomme arabique], j'en déduis [1899] que la gomme Sénégal domine le marché autrichien, notamment en ce qui concerne les catégories de qualité" [traduction libre], in: Julius Wiesner, op. cit., p. 90, note 1. Cette note est
d'autant plus importante à la lecture des cours existant à cette époque

Trieste et Marseille. (17) Julius Wiesner, op. çit., note 2, p. 91.

- 1900 - à
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produire vers sa huitième année à peu près pendant quarante ans18. Pour le Kordofan, les données sont sensiblement différentes. On considère qu'un gommier produit à partir de trois ans jusqu'à sa quinzième ou vingtième année. La production la plus importante se situe entre la huitième et la douzième année19. Nous trouvons donc au Sénégal et au Kordofan les mêmes constellations, c'est-à-dire des gommes dites "dures", "demidures" et "tendres": les premières sont récoltées au Kordofan, à Podor et Dagana (bas du fleuve Sénégal), les secondes à Gedaref et Longa ainsi que Kaedi pour le Sénégal enfin les dernières à Gesireh, en Galam et à Tombouctou. Ces gommes ont respectivement les mêmes propriétés20. 2.1.3. détails de la récolte Au Sénégal, la gomme provient de "blessures" dues au craquèlement de l'écorce sous l'influence du vent sec et chaud, alors qu'au Kordofan ce phénomène est renforcé par des saillies faites par les ramasseurs 10ca~J. La gomme se casse à la main, en général à hauteur d'homme, sinon on se sert de perches terminées par des ciseaux et

(18) Julius Wiesner, op. cit., p. 91. Hubert Gillet, op. cit., p. 18 exprime une durée sensiblement différente: "A trente ans environ, il [le gommier] terminera sa carrière. Le milieu désertique est éprouvant. Les arbres ne vivent pas vieux." Il faut ajouter à ceci que 87 ans séparent les déclarations des deux auteurs. Cela tientil à l'avance du désert qui a fait s'aggraver la sécheresse dans cette région? (19) Imperial Institute, op. cit., p. 143. Cette différence entre les données du Sénégal et celles du Kordofan qui porte sur la durée de la production effective d'un arbre peut découler du fait que les saillies des gommiers sont artificielles au Kordofan, que le gommier est "saigné à blanc". Le fait qu'aujourd'hui les gommiers du Sénégal sont également incisés serait éventuellement une explication à la durée de prodution qui diffère entre Julius Wiesner et Hubert Gillet. Au début du siècle, le Dr Walter Busse pensait que les fourmis provoquaient ces blessures. Celles-ci perforent l'écorce pour pondre dans les excavations. Toutefois, ce dernier n'exclut pas qu'au travaiJ des fourmis un été pluvieux suivi d'un temps sec et chaud où le vent est brûlant rende l'exsudation importante, in: Journal d'Agriculture tropicale, n° 2, août 1901, p. 48. (20) M. P. Biscarrat, op. cit., p. 164. (21) Erich Obst, op. cit., p. 147. cf. également Henri Jumelle, op. cit., p. 105. Aujourd'hui, les saillies sont pratiquées partout, cf. Hubert Gillet, op. cit., p. 20. Pour les détails de la récolte en général, cf. La gomme dite arabique, in: note d'information BCEAO, n065, décembre 60, Bibliothèque des Archives, Dakar, p. 20. 28

des sortes de cuillères ou de crochets. Il n'est pas certain que la récolte provenant d'arbres cultivés soit plus abondante que celle provenant d'arbres sauvages22. Dans la période qui nous intéresse, au Sénégal, la cueillette de la gomme est en général faite par les esclaves des Maures (esclaves de guerre) qui sont chez eux dans les différentes régions où l'on trouve les forêts d'acacias. Elle a lieu en deux périodes: la "grande traite", du mois d'avril à fin juin et la "petite traite", de décembre à février. Lors de la "grande traite" a lieu la récolte la plus abondante et de meilleure qualité, une gomme pure, alors que non seulement le produit de la "petite traite" est moindre mais la gomme souvent pleine de terre et de sable23. Au XIXe siècle, les Maures qui s'occupent de la récolte de la gomme sont les maîtres des forêts d'acacias Verek24. Le problème pour les négociants européens semble être que les Maures viennent vendre leur gomme aux escales uniquement dans la mesure de leurs besoins en marchandises d'importation. On ne peut donc compter sur la ré~ularité de leurs livraisons. Le problème est encore actuel en 1920 . Au Kordofan où, comme nous l'avons vu, l'exsudation de

(22) Erich Obst, op. cit., p. 148. Ceci concerne surtout le Kordofan puisque là on fait la différence entre les "jardins à gomme" et la "gomme sauvage", alors qu'au Sénégal il n'y a pas de plantation. M.J. Vuillet, en 1902, a publié un article pour inciter l'administration à créer des plantations de gommiers. Le verek est visé et, selon l'avis de Vuillet, cet acacia se propagerait assez facilement si on a soin de semer les graines peu après leur germination, in: Journal d'Agriculture Tropicale, n° 17, novo 1902, p. 351. Hubert Gillet qui déerit les problèm.es fondamentaux de l'implantation, de germination et du développem.ent des graines de gommiers ne semble pas contredire cet état de fait décrit par Erich Obst, il ne parle que de "gommeraies naturelles", "Le gommier est un don du ciel", op. cit., p. 20. Aujourd'hui, il semblerait que l'Etat sénégalais s'efforce de repeupler les forêts de gommiers au nord du Sénégal, mais il ne s'agit toujours pas de "plantations". Il est cependant fait allusion à de "véritables vergers" au Soudan; cf. à ce sujet les fréquents articles du Moniteur Africain du Commerce et de l'Industrie, notamment le n° 329 du 8.1.1968, pp. 4-6. (23) Julius Wiesner, op. cit., note 2, p. 91. (24) Roger Pasquier, in: Entreprises..., op. cit., p. 143. Encore au XXe siècle, les Maures semblent toujours avoir le monopole de la récolte de la gomme: "The collecting is done by Moors and their dependants; these barter the gum to french traders, who transport it principally to 51. Louis and Rusfisque, though a small quantity also finds its way to Freetown", Imperiallnstitute, op. cit, p. 150 ainsi que : Notice de la CFAO, Expositionlllliverselle de 1900, Afrique Occidentale, LevalloisPerret 1900, p. 82: "récolte de la gomme faite par les Maures qui ont monopolisé le commerce".
(25) Annuaire Cf. également du Gouvernement Général chapitre 5.5.1, p. 147. de l'AOF, 1917-1921, Paris 1921, p. 211.

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la gomme est provoquée par une saillie, la première récolte a lieu à peu près soixante jours après le traitement de l'arbre. La cueillette est faite par les autochtones26. Seuls ceux qui en ont le pouvoir peuvent récolter la gomme. Ce pouvoir s'hérite de père en ms27. Ils se déplacent euxmêmes sur les marchés pour y vendre leur récolte sinon ils la vendent aux caravanes de passage qui la transportent à dos de chameaux aux marchés, notamment à El Obeid, Khartoum28. 2.1.4. utilisation de la gomme Dans les régions dans lesquelles on la trouve, la gomme sert de nourriture aux populations locales29,
"et là [dans le Sahel] depuis déjà plus de 4000 ans, le pasteur, au milieu de ses troupeaux se plaît à sucer de la gomme, sécrétion naturelle d'un arbre. N'en déplaise aux Américains qui se considèrent comme les inventeurs du chewing-gum,,30.

Au XVIIe siècle avant l'ère chrétienne, les Egyptiens employaient la gomme déjà pour la fabrication des couleurs pour la peinture31. En Europe, elle est importée pour les besoins de différentes industries. C'est une matière première, les meilleures qualités de gomme sont employées tant comme apprêt (amidon) pour traiter les soies ou les dentelles, pour la fabrication de l'aquarelle qu'en pharmacie32.Aujourd'hui encore, ce produit naturel est reconnu par toutes les associations médicales du monde comme dépourvu de tout effet

(26) Pour une description

de la récolte,

voir: Annales nach Kordofan,

de l'Institut Hamburg

Colonial,

op. cir.,

p.28.
(21) Carl Meinhof, Eine Srudienfahrt 1916, p. 53. (28) Walter Kramer, Die kolonialische Entwicklung des Anglo-Âgyptischen Sudans, Berlin 1938, in: Neue Deutsche Forschungen, Abr. Kolonialwirtschaft, Hrsg. Diebel und Gellert, Bd. I, Berlin, p. 196.

(29) Erich Obst, op. cir., p. 149. (30) Hubert Gillet, op. cir., p. 16. (31) Le terme égyptien de "kami" qui la désignait est sans doute à l'origine du mot grec d'où paraît dériver notre terme "gomme". Annales de l'Institut Colonial . de Marseille, op. cir., p. 14. (32) M. P. Biscarrat, op. cit., p. 164.

30

toxique et l'on s'en sert pour dragéifier les comprimés33. Enfm, son rôle n'est pas négligeable en confiserie, pour la préparation des sirops, celle des glaces alimentaires car elle évite la formation des cristaux. Les gommes de moindre qualité sont employées dans l'imprimerie pour la fabrication de l'encre et celle des peintures à l'eau. Enfm, on peut dire que toutes les sortes de gomme sont employées pour la fabrication de la colle34.Actuellement, ce produit est fortement apprécié, grâce à ses qualités non toxiques, pour coller les jouets, fabriquer les peintures pour enfants, encoller les timbres-poste et les enveloppes, de plus, rien n'est plus efficace qu'une émulsion de gomme pour faire tenir la mousse de la bière35. Toutefois, depuis la fin du siècle, elle est fortement concurrencée par tous les produits de synthèse à base de pectine. Avant la Première Guerre mondiale, l'industrie textile utilisait 50% de la production mondiale, celle du papier 10%, l'alimentaire 35% et les industries diverses (colle, couleurs, vernis, peinture) 5%. Aujourd'hui, l'industrie alimentaire utilise 95% de la production mondiale de gomme et les industries diverses, toujours 5%36. 2.1.5. les routes de la gomme Au Sénégal, après que les traitants, commerçants ont acheté les gommes aux Maures aux escales du fleuve, celles-ci sont transportées à Saint-Louis ou Rufisque et, en plus petite quantité, même à Freetown. Elles sont transportées dans des sacs en peau de chèvre de 70 à 120 kg37.De là, elles passent au commerce européen. Ce n'est qu'à ce moment que les gommes sont triées selon des critères de qualité déterminés par les maisons de commerce installées au Sénégal même, mais surtout à Bordeaux suivant les besoins de l'industrie. Ce sont des critères de couleur, grosseur, friabilité

(33) Hubert Gillet, op. cit., p. 16. (34) Erich Obst, op. cit., p. 149. (35) Hubert Gillet, op. cit., p. 16. (36) Moniteur Africain du commerce et de l'industrie, n° 436 du 5 février 1970, p. 11. (37) Henri Jumelle, op. cit., p. 105. Cf. également l'article de l'Imperial Institute, op. cit., p. 150: it is exported in skins or jute sacks holding from 80 to 90 kilogramm'. Cf. également la lettre de Monsieur Mathon à Monsieur Bohn en ce qui concerne les sacs: ces sacs sont fabriqués pour la CFAO à Calcutta et arrivent à Saint-Louis via Liverpool: "il n'aura qu'une dimension approximative, bien que celle demandée soit courdnte au Sénégal chez nous et chez nos concurrents', Archives privées CFAO, Paris. Une preuve que la CFAO fait bien du commerce de gomme. Mais à Paris, dans les archives, nous n'en avons que rarement trouvé trace. Ce commerce devait passer par Liverpool pour éviter les Bordelais. 31

qui forment des ~roupes: gomme blanche, gomme petite blanche, gomme blonde ... 8. Ces normes toutefois sont spécifiques pour les expéditions intérieures de la France. Les gommes réexpédiées de France à l'étranger sont groupées seulement en deux groupes: gomme de 1ère ou de 2ème qualité. De grandes quantités sont exportées au Royaume Uni39. En fait, officiellement, la totalité des gommes du Sénégal suit toujours l'ancien courant "et se rend à Bordeaux comme au temps du pacte colonial"40. La grande époque du commerce de la gomme est révolue en 1900. Il n'y a plus que trois ou quatre importateurs sis à Bordeaux et un à Marseille. Marseille, comme port d'importation des gommes, est remis en question au profit d'Anvers4l et surtout de Trieste qui importe des gommes non triées42. Au Kordofan, la gomme dite "arabique" venait déjà au début de l'ère chrétienne des ports éwptiens en passant par les ports arabes, d'où son nom, en Europe 3.Avant d'arriver à Alexandrie, elle arrive du district de Bara sur Khartoum par chameaux, puis par le Nil, elle est transportée jusqu'à la Méditerranée44. Trieste est devenu dans les années 20-30, le port principal d'importation de la gomme arabique et, spécialement pour cette

(38) Julius Wiesner, op. cil., p. 92. A Trieste, ces groupes sont désignés par des chiffres, cf. à ce sujet l'article de l'Imperial Institute, op. cil., pp. 147 et suiv. (39) Imperial Institute, op. cil., p. 152. Les expéditions en Allemagne ne sont pas non plus négligea-bles, cf. Gehe's Handelsbericht, Op.cil. (40) Exposition Universelle de 1900, op. cit., p.326. "Saint Louis est le port d'exportation de la gomme: toule la production est dirigée sur Bordeaux", in: Exposition Universelle de 1900, Les Colonies Françaises, Le Sénégal, Notice de la CFAO, Paris 1900, p. 82. Le "pacte colonial" qui stipulait: "tout à la métropole" a été aboli le 4 novembre 1863. (41) M. P. Biscarrat, op. cil., p. 165. (42) Julius Wiesner, op. cil., p. 87. (43) A ce sujet, voir Imperial Institute, op. cit., p. 142. Toutefois, dans les Annales de l'Institut Colonial de 1899, op. cil., p. 15, il est question de "gomme turique parce qu'elle était expédiée de Tor, petit port de la Mer Rouge". Cependant, en ce qui concerne le terme "gomme arabique", les deux auteurs sont du même avis. A la fin du XIXe siècle, les comptes rendus de la situation industrielle et commerciale de la circonscription de Marseille pendant l'année..., archives de la chambre de commerce de Marseille, font état des arrivages de "gomme arabique" opposée à la "gomme Sénégal"; l'arabique étant, dans cet objectif, originaire du Kordofan.
(44) Julius Wiesner, op. cil., p. 87.

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