L'HISTOIRE ANCIENNE DU MEXIQUE SELON MARIANO VEITIA (XVIIIE SIECLE)

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La Nouvelle-Espagne connaît au XVIIIè un renouveau dans la recherche sur le passé indien. Veitia compose son œuvre historique, l'Historia antigua de Mexico, en privilégiant les sources, notamment les chroniques des auteurs indigènes, d'ailleurs non sans en établir la critique, et les manuscrits pictographiques des anciens Mexicains. Il vise à établir un plan général de ces civilisations n'hésitant pas à les rapprocher des modèles classiques de l'antiquité méditerranéenne.
Publié le : jeudi 1 juin 2000
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EAN13 : 9782296414266
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L'HISTOIRE ANCIENNE DU MEXIQUE SELON MARIANO VEITlA
(XVIIIe siècle)

Collection Recherches et Documents -Amériques latines dirigée par Denis Rolland, Pierre Ragon Joëlle Chassin et Idelette Muzart Fonseca dos Santos

Dernières parutions

CENTRE D'ETUDES SUR LE BRESIL, Matériaux pour une histoire culturelle du Brésil, 1999. RIBARD Franck, Le carnaval noir de Bahia, 1999. ZAPATA M6nica, L'œuvre romanesque de Manuel Puig, 1999. ROJAS Paz B., ESPINOZA Victor C., URQUIETA Julia O., SOTO Heman H. Pinochet face à lajustice espagnole, 1999. CHEVS, Enfants de la guerre civile espagnole, 1999. GRESLE-POULIGNY Dominique, Un plan pour Mexico-Tenochtitlan, 1999. ROLLAND Denis, Mémoire et imaginaire de la France en Amérique latine, 1999. BOSI Alfredo, Culture Brésilienne: une dialectique de la colonisation, 2000. ROUX Jean Claude, Les Orients de la Bolivie, 2000.

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9268-1

Éric ROULET

L'HISTOIRE

ANCIENNE
(XVIlle siècle)

DU MEXIQUE VEITIA

SELON MARIANO

Préface de Jacqueline de DURAND-FOREST

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur

Parlons nahuatl. La langue des Aztèques, avec la collaboration de Jacqueline de Durand-Forest et de Danièle Dehouve, chez L'Harmattan.
La conquête des Amériques France. au XVIe siècle, aux Presses universitaires de

Pour Aurélien

PRÉFACE

Ethnocentrisme et anachronisme sont très vraisemblablement les deux écueils majeurs guettant tout chercheur en sciences humaines, sitôt qu'il s'éloigne de son temps, de sa société, dont il n'est point pour autant le meilleur juge. Cette remarque liminaire, banale en soi, se veut d'abord comme une invitation au lecteur à ne pas dédaigner une période des «études mexicaines », certes moins prestigieuse que les quelque cent premières années qui suivirent la conquête espagnole, moins rigoureuse et méthodique que celle qui débute vers le milieu du XIXe siècle environ, période incontournable toutefois, dès lors que l'on veut comprendre les dites études dans leur globalité comme dans leurs fluctuations, leurs infléchissements successifs, leurs insuffisances ou leurs méprises, mais aussi leurs mérites et leurs acquis. Pour des raisons politiques, religieuses, culturelles, trop complexes et nombreuses pour être mieux qu'évoquées, les « outils» nécessaires à une étude raisonnée et systématique des « antiquités mexicaines» ont été élaborés dans la durée et les épreuves habituelles: injures du temps, injures des hommes surtout. C'est en quelque sorte à une redécouverte de Mariano de Echeverria y Veitia, natif de Puebla, juriste de formation et historien d'un passé précolombien prestigieux par vocation, que nous invite Eric Roulet. Ce n'est pas seulement à une présentation de Veitia, de sa vie, de son œuvre que s'est attaché l'auteur, mais aussi à l'état des recherches sur le passé mexicain au cours du XVIIIe siècle. Mariano Veitia, en effet, ne fut pas le seul créole soucieux de s'enquérir de la civilisation qui s'était épanouie sur le Haut-Plateau mexicain avant l'arrivée des Espagnols, et dont les premiers conquérants, Cortés en tête, furent les spectateurs éblouis. Des personnalités comme Clavijero et Lean y Gama, bien que venues d'horizons intellectuels fort différents, ont participé à ce mouvement historiographique. Les uns et les autres sont les héritiers ou les témoins d'au moins deux courants de pensée distincts quant à leur origine, mais conjoints dans leur finalité. A leur manière, ils sont d'une part les représentants du Siècle

des Lumières, qui, tout en maintenant le postulat de l'unité de la nature humaine, entend reconnaître la diversité des cultures, leur dignité et leurs droits au regard de la civilisation chrétienne occiden tale. D'autre part, ils apparaissent comme les héritiers des chroniqueurs métisses ou indigènes de la fin du XVIe et du XVIIe siècle. Ces derniers, généralement issus de la noblesse indigène, réagissaient à la situation toujours plus dégradée qui lui était faite. Sans connaître des conditions aussi calamiteuses, les créoles du XVIIIe siècle supportaient de plus en plus difficilement de se voir toujours préférer des métropolitains aux postes de plus haute responsabilité. Même si ce n'était point leur but avoué, leurs œuvres ont, pro parte sua, contribué à une prise de conscience toujours plus aiguë de la spécificité mexicaine, et donc au développement du sentiment nationaliste. A lui seul, cet aspect de leurs travaux suffltait à justifier leur étude. Mais il faut aussi se garder de les juger à l'aune de nos connaissances actuelles. La plupart des ouvrages majeurs sur lesquels se fondent les dites connaissances -celles de Sahagun et de Duran entre autres- sont encore inédites, au mieux, il n'en circule que des fragments d'attribution imprécise ou erronée, quand paraît en 1780 et en italien, à Bologne, l'HistonOaAntigua de Mexico de Francisco Javier Clavijero ; sa publication en espagnol, à Mexico, date seulement de 1826. Quant à l'œuvre de Veitia lui-même, elle ne verra le jour qu'en 1836, soit près de soixante ans après la mort de son auteur. Lorsque l'un et l'autre élaborent leurs travaux historiques, l'archéologie mexicaine est encore dans les limbes. La profondeur temporelle comme la diversité des cultures de la Mésoamérique ne peuvent même pas être présentées à titre d'hypothèse. On ne saurait donc, sans injustice, leur imputer une déficience d'information relevant de l'état objectif des connaissances de l'époque en la matière. Cette «ignorance» relative et factuelle ne doit pas faire oublier qu'ils ont eu, en revanche, accès à des documents aujourd'hui perdus, dont la teneur est toutefois passée dans leurs œuvres, puis, parfois mais furtivement, dans celles de leurs censeurs modernes. Les titres de V eitia à notre reconnaissance ne sont pas négligeables. Ils sont tous d'une manière ou d'une autre liés à ces rapports d'amitié avec Lorenzo Boturini. Ils devaient assurer deux années de tranquillité matérielle à un Boturini ruiné par sa passion de

10

collectionneur et ses mésaventures, et désespérant de recouvrer jamais son inestimable Museo indiano confisqué par les autorités vice-royales en 1742 ; cette amitié eut surtout un rôle déterminant pour la vocation mexicaniste de Veitia et l'orientation de ses propres recherches. Le caractère annalistique de bien des documents réunis par le chevalier milanais et que Veitia put consulter à son retour en N ouvelle- Espagne ne pouvait manquer de l'entraîner, lui aussi, à s'affronter au système calendaire des anciens Mexicains, problème majeur pour établir une chronologie rigoureuse et sa concordance avec le calendrier européen. Veitia a souhaité offrir avec son Historia antigua de México une vision nouvelle du monde indien, dont la grandeur n'avait point à souffrir d'une comparaison avec les civilisations classiques. Eric Roulet s'est employé avec bonheur à en apporter la démonstration.

Jacqueline de DU~\ND-FOREST Directeur de recherche honoraire au CNRS

Il

« Pour faire la croix, met au centre d'un croix pousse autour du ~fexique indique VIe. »

l'ancien ~fexicain se espace vide, et la de lui [...] La croix la renaissance de la

Antonin Artaud L'homme contre le destin. 1936.

REMERCIEMENTS

Nous tenons aujourd'hui à exprimer notre gratitude à Jacqueline de Durand-Forest, Miguel Leon-Portilla, Pierre Chaunu et Bernard Grun berg pour leurs avis éclairés et leur aide à poursuivre ce travail. Nous adressons nos remerciements à Marie-Cécile Bénassy-Berling, Marc Thouvenot, José Alcina Franch et Jean-Pierre Berthe pour les éléments ou les livres qu'ils nous ont communiqués.

INTRODUCTION

L'intérêt

pour l'œuvre
e

américaniste

de Mariano

Veitia est très vif à

la fin du XVIII

siècle en N ouvelle- Espagne

et dans la péninsule

ibérique. Comme elle ne connut aucune publication de son vivant et même avant 1820, les connaisseurs d'antiquités précolombiennes, soucieux de diffuser ses travaux comme Diego Panes y Abellan ou José Antonio Pichardo, effectuent des copies de ses manuscrits et de ses documents d'étude. Elles circulent et sont reproduites à leur tour, permettant ainsi à de nombreux historiens d'en prendre connaissance, et le compilateur fray Manuel Vega de souligner sa connaissance des documents anciens, et Antonio de Lean y Gama de s'appuyer sur les données qu'il avance. Après l'indépendance de la Nouvelle-Espagne en 1821, Carlos Maria de Bustamante (1774-1848) et Francisco Ortega Ramirez (17931849) ont promu encore ses études, en les exhumant des archives et en en assurant la publication. Mariano Veitia apparaît alors comme une figure historique de l'ancienne colonie. Le Mexique naissant a besoin d'exploiter ce passé pour aff1.rmer son existence. Mariano Veitia va incarner l'idée de la nation mexicaine éclairée en marche. Puis, au fll des années, Mariano Veitia perd sa renommée d'historien pour n'être plus qu'un auteur parmi tant d'autres. Au XXe siècle, il sombre dans un oubli presque total, et si son nom est encore parfois mentionné, ce n'est qu'attaché à celui de son ami, le collectionneur milanais Lorenzo Boturini. Mariano Veitia s'efface devant la puissante personnalité du chevalier italien et abandonne son identité. Finalement, les travaux sur l'œuvre de Mariano Veitia sont peu nombreux et rendent compte de façon bien incomplète de sa vie et de son œuvre.

Les biographes

du XIX-e siècle

Le premier article consacré à Mariano Veitia est dû à José Mariano Beristain y Souza (1756-1817) alors qu'il entreprend, au début du

XIXe siècle, la rédaction d'un ouvrage consacré aux auteurs de l'Amérique coloniale intitulé Biblioteca hispanoméricana. Elle est publiée pour la première fois à Mexico de 1816 à 1821 en deux tomes. L'article consacré à Mariano Veitia est fort court. Il se limite à l'énoncé de sa titulature nobiliaire et de ses écrits. L'étude de Francisco Ortega Ramirez de 1836 apparaît comme fondamentale, elle sera d'ailleurs reprise sans changement jusque dans les années 1960. Elle s'attache particulièrement à sa biographie et à la reconstitution de son œuvre. Elle n'est pas exempte d'un certain nationalisme, Ortega fut, il est vrai, député en 1822, juste après l'Indépendance, et sénateur en 1837 1. Alors qu'il entreprend la publication de l'Historia antigua de México de Mariano Veitia, Francisco Ortega constate le vide d'informations sur l'auteur. Il se met alors en contact avec des parents et des amis de Mariano Veitia. Il reçoit ainsi un courrier du 3 décembre 1820 de l'évêque de Puebla, Francisco Pablo Vazquez, où celui-ci commente les manuscrits autographes qui sont en sa possession. La pièce principale que Francisco Ortega livre d'ailleurs intégralement, est une lettre de fray Antonio Maria de San José, fùs de Mariano Veitia, du 11 novembre 1820. Fray Antonio y dresse un portrait flatteur de son père et donc parfois inexact. Et puis, il ne dit pas tout. Il omet ce qui paraît, à ses yeux, désavantageux. Victor Rico Gônzalez remarque notamment que le religieux, choqué de son attitude envers la Compagnie lors de l'expulsion des jésuites de Nouvelle-Espagne, comme par les ouvrages qu'il recueillit sur eux, a préféré passer cet épisode sous silence 2. Ortega retrouve les cédules royales attribuant au père de Mariano Veitia la dignité de chantre et pourvoyant à son remplacement à l'Audience ainsi que l'acte de baptême de Mariano dans les papiers de la petite fille de celui-ci, dona Augustina 3. A côté de ces informations dont la source est divulguée, en figurent d'autres sans indication de provenance. Celles-ci doivent donc être considérées avec attention, Francisco Ortega n'étant pas toujours très perspicace. Il commet quelques inexactitudes dans un premier temps dans sa notice qu'il corrige par la suite dans l'appendice, il attribue quatre
1 DiaioJlario Porrua. Historia, biografiay geografia, Mexico, 1986, t. 2, p. 2147. 2 \7. Rico C;Ônzalez, Historiadores meXÙllJlOS dei siglo XT7JII. Estudios historiogrciflcos sobre Clavijero, T/rytia, Cavo y Alegre, l\1exico, 3 F. ()rtega, « .Advertencia al apéndice 1836, t. 3, p. 214. 1949, p. 82. », in : \' eitia, Historia aJltigua de A1éxico, Mexico,

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enfants à Mariano Veitia, dont deux s'avèrent être ses neveux. Il rectifie aussi finalement sa date de naissance, au vu de l'acte de baptême 4. Le premier essai biographique en français est dû à Eugène Boban alors qu'il effectue en 1889 un catalogue' de la collection Aubin à la demande de l'antiquaire Eugène Goupil qui vient de l'acquérir. Le travail paraît en 1891 sous le titre de Documents pour servir à l'histoire du Mexique. Catalogue raisonné de la colle~1ionEugène Goupil. Chaque auteur y possède sa biographie. En ce qui concerne celle de Mariano Veitia, Boban s'en tient aux informations avancées par Francisco Ortega. Cependant, certaines sont inexactes. Il parle un peu hâtivement d'une amitié née en 1768 entre Veitia et le jésuite Francisco Javier Clavijero, Ortega ne reproduisait, lui, qu'une lettre du jésuite adressée à Mariano Veitia en date du 25 mars 1778. Par ailleurs, Boban lui attribue quatre enfants, alors qu'Ortega avait corrigé cette donnée erronée. Quant à la liste des œuvres de Mariano Veitia saisies en 1780 sur ordre royal, elle n'a qu'un lointain rapport avec celle fournie par fray Antonio Maria de San José dans sa lettre 5.

Les mémoires

de collectionneurs

Certains savants ont su protéger les collections de documents anciens et insérer un commentaire sur chacun d'eux, avançant ainsi parfois des éléments originaux sur leurs auteurs ou détenteurs comme Mariano Veitia. Antonio de Lean y Gama (1735-1802), en tant qu'ami de Mariano Veitia 6, a eu entre ses mains des documents et des manuscrits de celui-ci. Il livre dans sa Descripcion historica y cronologica de las dos piedras
\1 eitia sont Antonio, -+ Les quatre prétendus enfants de Mariano Mariana, Juan et Manuel (F. ()rtega, « Noticia sobre el autor », op. cit., t. 1, P XXXIV). Francisco ()rtega reconnaît Mariana et l'vfanuel comme ses neveux. Mariano \Teitia se retrouve avec trois enfants, Antonio, Mariana et Rafael (F. ()rtega, « .Advertencia al apéndice », op. cit., t. 3, pp. 213 et 214). S Boban mentionne les Baluartes de lVléxico, les Papeles curiosos sobre Jesuitas, la traduction des Lettres à un provincial de Pascal, l' Historia alltigua de México, les Dissertations sur des s1!jets religieux et deux volumes d'une Histoire ecclésiastique (E. Boban, Documents pour servir à l'histoire du Mexique. Catalogue raisonné de la collection de M.E. Goupil (ancienne collection ].M.A. Aubin), Paris, 1891, t. 2, p. 382). 6 M. LeÔn-Portilla, « Estudio preliminar », in: L. Boturini Benaduci, Idea de una nueva historia general de la América septentrional, Mexico, 1974, p. XXX\1III.

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quelques données biographiques et cite abondamment l'Historia antigua de México; Henri Ternaux-Compans (1807-1864), dans ses Vrzyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire du Mexique, fait de Mariano Veitia le découvreur du chroniqueur indigène Hernando Alvarado Tezozomoc et l'exécuteur testamentaire de Lorenzo Boturini, reprenant en cela une information d'Antonio de Leon y Gama 7. Joseph Marius Alexis Aubin (1802-1891), ancien directeur de la section des sciences de l'Ecole normale supérieure de Paris part pour le Mexique en 1830. Il Y restera dix ans. Durant son séjour, il se passionne pour les antiquités mexicaines au point de former une collection, constituée en grande partie de documents acquis des mains des héritiers d'Antonio de Leon y Gama 8. Il a eu en son pouvoir de nombreux manuscrits de Mariano Veitia. Le mérite d'Aubin est de donner dans ses deux écrits, la Notice sur une collection d'antiquités de 1851 et les Mémoires sur les peintures didactiques et l'écriture figurative des antiens Mexicains de 1885, l'origine des documents qui composent sa collection et d'indiquer la source des informations biographiques qu'il communique. Ainsi, il puise indifféremment dans Francisco Ortega et dans Henri Ternaux-Compans. Il reprend la date de la mort de Mariano Veitia avancée par Ortega, à savoir l'année 1779, dans l'écrit de 1885. La Notice de 1851 contient, elle, pour le même événement, l'année 1769 ; il s'agit certainement d'une coquille 9. Les grandes études

Les premières études s'attachent à retrouver ses influences. L'historien José Fernando Ramirez (1804-1871) constate l'exceptionnelle présence de Fernando de Alva Ixtlilxochitl dans les écrits de Mariano Veitia jusqu'à réduire le rôle de celui-ci à celui d'un
7 M. ()rozco y Berra, « ()jeada sobre Cronica mexÙ;ana, Mexico, 1980, p. 156.

cronologia

mexicana

», in : HJ\.

Tezozomoc,

l\ubin dit le tenir de llenri 'Ternaux-Compans O.MJ\. Aubin, Mémoires sur les peintures didactiques et l'écriture figurative des anciens )}[exicaÙzs, Paris, 1885, p. 5); 1\. de LeÔn y Gama, Descripcion historica y cronolOgicade las dos piedras, Mexico, 1832, p. 84.
R

p. 99 ; M. LeÔn-Portilla, op. cit., p. XLII.
9

J. de

l)urand-Forest, l\ubin,

L'histoire de la vallée de Mexico selon Chimalpahin,

Paris,

1987, t. 1,

J.1\1.1\.

Notice sur une collection d'antiquités mexicaines, Paris,

Aubin, l\lémoires sur lespeintures..., op. cit., p. 5.

1851, p. 5 ; J .M.l\.

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simple compilateur 1().Quelques temps plus tard, ce propos est corrigé par Manuel Orozco y Berra (1816-1881). Le travail accompli par Mariano Veitia apparaît alors comme un œuvre à part entière, même s'il doit beaucoup, Orozco y Berra le reconnaît, à Ixtlilxochitl. « L' Histoire anciennede don 11ariano \1eitia est sans aucun doute celle qui est la plus sûre et la plus exacte en matière de chronologie. Incontestablement, \Teitia est celui qui s'est approché le plus d'un réel compte chronologique, corrigeant et clarifiant les données de son maître Ixtlilxochitl11. .. » En 1949, Victor Rico Gônzalez souligne la profonde originalité de Mariano Veitia en le replaçant dans son époque et dans le mouvement historiographique du XVIIIe siècle. Il comprend Mariano Veitia comme un homme profondément de son siècle reproduisant les modes de pensée de son temps. Sa sévère critique paraît cependant en décalage avec sa démonstration:
« Cependant, malgré cela, \1 eitia n'apporte pas ce que sa biographie promettait: non seulement il reproduit les erreurs propres à son époque et qui, pour cela, ne sont pas des indices pour argumenter la critique, mais il manque aussi de certaines qualités essentielles, comme par exemple la clarté et d'autres encore que j'analyserai par la suite 12. »

La remarque de Victor Rico Gônzalez n'est pas très juste puisque la méthodologie historique moderne à laquelle il se réfère implicitement est plus tardive 13. Il semblerait que Rico Gônzalez ait éprouvé une grande déception à la lecture de l'Historia antigua de México parce qu'il voit dans une œuvre qui est contemporaine à celle-ci, l'Historia antigua de México de Francisco
10

Javier

Clavijero,

certaines

des

J.l~'.Ramirez,

« IxtWxÔchitl », in : Diaionario universal de Historia y Geografia,Mexico,
y Berra, op. dt., pp. 217 et 218.

1854, t. 4, pp. 855 et 856, cité par M. C)rozco Il M. CJrozco y Berra, op. dt., p. 218. 12\T. Rico C;6nzalez, op. dt., p. 85. 13 Selon l-lenri-Irénée ~1arrou, le premier

travail

historique

moderne

est l'Histoire

du

déclin et de la chute de l'Empire romain d'Edward Gibbon (1737-1794), parue de 1776 à 1788. Cependant, il ne reconnaît la maturité de la réflexion moderne qu'avec les ouvrages de Leopold von Ranke (1795-1886) sur l'AJlemagne publiés de 1824 à 1847 (H.-I. Marrou, « Qu'est-ce que l'l-listoire ? », in : EnçycloPédie de la Pléiade. L'Histoire et ses méthodes, Paris, 1973, pp. 27 à 30).

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avancées qu'il aurait aimées y trouver 14. Sous la plume des historiens, revient le souhait d'une analyse approfondie. Ainsi Angel Maria Garibay I<. déplore en 1963 l'absence d'analyse de « cet auteur si brillant ». Julio Le Riverend Brusone qui pourtant lui consacre un article, déclare en 1964 que Mariano Veitia mériterait enfin une étude véritable 15. Pourtant, le voile s'est progressivement levé. Ainsi, José Alcina Franch donne, dans son introduction au Codex Veitia, de nombreux élément de l'étude de Margarita Alfaro Cutanda, El labor américanista de Mariano Veitia, de 1957, demeurée malheureusement inédite. Elle a le bonheur d'éclaircir certains points jusqu'alors ténébreux de sa vie. Margarita Moreno Bonett, quant à elle, établit dans son Nacionalismo novohispano, une biographie générale de Mariano Veitia grâce aux études d'Efrain Castro Morales et de José Torre Revello d'après les archives de Puebla, Madrid et Séville. Cette chronologie des événements a le mérite d'être claire, mais elle n'explique ni l'homme, ni son milieu. Son regard porte surtout sur la filiation philosophique des œuvres de Mariano Veitia à la lumière de la relation Vico- BoturiniVeitia 16.

Les études sur les écrits de Mariano Veitia ne prétendent pas à l'analyse de ses travaux historiques, mais plutôt à celle de l'homme de la Nouvelle-Espagne coloniale du XVIIIe siècle à l'aube de l'Indépendance. Cette dimension du personnage en vient à faire oublier le contenu même de son histoire. Son œuvre demeure donc encore obscure. Si elle a pu être délaissée quant au fond, cela est imputable à deux facteurs essentiels liés à la recherche américaniste, d'une part, la découverte des manuscrits des premiers chroniqueurs du XVIe siècle et des codex indigènes qui, en offrant des informations de première main, ont détourné les historiens des œuvres plus tardives et, d'autre part, la difficulté de lecture de l'œuvre même de celui-ci. Victor
1~ v.

Rico Gonzalez, op.cit.,p. 90.

15 l\.M. Garibay K.., « Los historiadores mexicanos en el vireinato de la Nueva Espana ». Discurso de Ùzgreso a la Academia Mexicana de Historia correspondiente de la Real de Madrid, Mexico, 1963, cité par M. Moreno Bonett, Nacionalismo novohispano. Mariano T/eitia. Historia antigua. Fundacion de Puebla. Guadalupanismo, Mexico, 1983, p. 187 ; J. Le Riverend Brusone, « \7 eitia y su obra », in : Les cultures ibériques en devenir. Essais publiés en hommage à la mémoire de A1arcel Bataillon (1895-1977), Paris, 1979, p. 527. 16 M. Moreno-Bonett, op. cit., p. 280

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Rico Gônzalez confie d'ailleurs auteurs du XVIIIe siècle:
«J'ai historiens confesse

à ce propos

dans

son examen

des

étudié avec toute l'attention dont je suis capable les quatre [Clavijero, Cavo, -1\legre, \r eitiaJ contenus dans ce volume, je qu'aucun ne m'a demandé autant de travail que \l eitia 17... »

L' œuvre américaniste de Mariano Veitia paraît en effet déconcertante tant par sa forme que par son contenu. Cela tient au fait que l'Historia antigua de México est demeurée inachevée et n'a été publiée que d'une façon partielle, étant composée de nombreux manuscrits épars qui ont le plus souvent perdu les ornements, illustrations et tables voulus par l'auteur. La chronologie apportée afin de structurer l'ensemble est, elle, proprement originale. L'analyse approfondie de l'Historia antigua de México mais aussi des nombreux documents de travail et esquisses de son œuvre comme le Manuscrit 215 de la Bibliothèque nationale de France, permet de mieux de comprendre la façon dont il a travaillé. Mariano Veitia témoigne d'un changement d'attitude dans l'appréhension du monde indigène. Il est déjà perceptible à cette époque chez Lorenzo Boturini, mais ici, il est éclatant. Le monde indigène est analysé comme une grande civilisation, dans un effort de justesse et sans parti pris excessif. La démarche se veut volontairement scientifique. Une rupture s'est produite au XVIIIe siècle dans l'historiographie américaniste et Mariano Veitia en est la plus parfaite illustration.

17

\'. Rico GÔnzalez,

op. cit., p. 93.

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