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L'INTÉGRATION DES FRANCO-MAGHRÉBINS

De
448 pages
L'intégration des Franco-Maghrébins est un thème à la fois central et récurrent de la vie politique et sociale française depuis une vingtaine d'années. Cette question concerne principalement la jeunesse, née ou devenue française, car elle appartient à la nation. Ce livre propose d'observer avec réalisme le sujet pour espérer en extraire une réflexion commune malgré les tabous et les a priori.
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L'INTEGRATION , DES FRANCO-MAGHREBINS
L'exemple de l'est lyonnais

@L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7859-X

Franck CHIGNIER-RIBOULON

, L'INTEGRATION

,

DES FRANCO-MAGHREBINS
L'exemple de l'est lyonnais

Préface du professeur Jacques Bonnet

Ouvrage publié avec le concours de l'Université Jean Moulin-Lyon et de l'UMR 5600 "Environnement- Ville-Société"

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L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Préface Franck Chignier-Riboulon construit ici une analyse scientifique, sans a-priori ni complaisance, de la gestion urbaine assurée depuis vingt ans par les acteurs publics ou non de la politique de la ville, état, collectivité territoriales, enseignants, associations... Il observe, écoute, constate, avec une précision phénoménologique, toutes les discriminations ethnosociales dans une ville qui n'intègre plus, à partir du terrain qu'il connaît particulièrement bien avec son expérience de professeur de collège, à Vaulx-en- Velin puis Saint-Fons, dans ces quartiers dits sensibles de la banlieue est et sud de Lyon, anciennes zones à urbaniser en priorité -il est aussi assesseur auprès du tribunal pour enfants-. Le caractère sensible de ces zones, leur isolement, ne tiennent pas à un enclavement réel, car les transports en commun ne sont pas absents, ni au sous-équipement commercial, finalement très relatif. L'emploi public localisé n'apparaît pas non plus négligeable. Le peuplement initial des immeubles, jusqu'aux années 70, concernait d'ailleurs d'abord les classes moyennes. L'essentiel n'est donc pas la réalité, mais les représentations qu'on se fait de la réalité sociale. Les violences urbaines manifestées aux Minguettes à Vénissieux en 1981 et 1983, au Mas du Taureau en 1990, l'affaire Kelkal pendant l'été 1995, sont des événements majeurs de l'histoire de France des dernières années, les symptômes d'une fracture territoriale et sociale qui traverse nos villes. L'analyse doit être géopolitique. Elle porte sur l'intégration de la population maghrébine, tout particulièrement de la jeunesse. "Les conditions sociales, économiques ne sauraient tout expliquer". La guérilla urbaine est analysée, son développement manifeste d'un faisceau de facteurs: haine de la police, importance des images télévisuelles, goût de cette jeunesse pour les médias, importance des

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événements nationaux et internationaux, des facteurs plus localisés aussi comme l'inauguration d'un mur d'escalade pour ouvrir le quartier sur l'extérieur, refus de cette ouverture, enjeux politiques locaux... L'auteur propose une nouvelle approche des problèmes socio-urbains, tant dans leur définition que dans les réponses à apporter: reconquête citoyenne et civisme, promotion collective et responsabilisation individuelle, participation de tous les acteurs 10caux...Ce discours qui privilégie les valeurs contraste avec les langages "en cour", chômage et pauvreté à l'origine de l'exclusion, celle-ci de la violence. Il s'agit pour l'auteur d'inverser la logique de la réponse, en aidant les habitants à prendre en main leur avenir. L'analyse complète admirablement le rapport présenté en 1998 à Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, par Jean-Pierre Sueur, maire d'Orléans. Les politiques de la ville ont mobilisé des financements non négligeables, d'importance croissante, pour des résultats très décevants, parce que les diagnostics territoriaux préalables sont restés superficiels et les objectifs flous. Les dispositifs d'évaluation des politiques publiques s'avèrent aussi insuffisants. On note une superposition d'actions sur les mêmes territoires, pour lesquels on a multiplié, un peu inutilement, les niveaux de décision. L'étude du risque social urbain implique une vision globale de l'agglomération. Franck Chignier-Riboulon propose de travailler à différentes échelles, dans le champ interdisciplinaire de la géographie urbaine et sociale, culturelle et religieuse, politique enfin.

Jacques Bonnet Directeur de l'unité mixte associée au CNRS "Environnement - Ville - Société"

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A Yves Lacoste, un des principaux artisans du renouveau de la géographie et de la géopolitique, pour la passion qu'il a su me transmettre. A Béatrice Giblin pour son dynamisme et son dévouement pour la géographie et les géographes. A Jacques Bonnet pour son amitié. Je tiens également à remercier chaleureusement Monique pour sa disponibilité, la force de ses convictions et son assurance tranquille quelle que soit l'heure. A Nicole pour sa longanimité et son soutien indéfectible même dans les moments délicats. Que soient ici remerciés Marie, PierreArnaud et Maxime pour le temps libre qu'ils ont bien voulu me laisser. Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui par leur présence, leur joie, leur ironie m'ont permis de mener à bien ce travail, et tout particulièrement Malika, Eric et Mathias.

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INTRODUCTION

Les Français d'origine maghrébine sont-ils des Français à part entière ou des Français entièrement à part ? Cette question, qui ne devrait même pas être posée puisque tous les citoyens sont égaux en droit, est pourtant une réalité incontournable depuis une quinzaine d'années. Les violences urbaines d'hier et d'aujourd'hui font périodiquement référence à cette interrogation. Cette question est indissociable de deux types de représentations: celles des Français d'origine maghrébine, et particulièrement des jeunes, qui ne se sentent pas toujours intégrés à la nation comme le commun des autres citoyens, en raison de l'attitude d'une partie de la communauté nationale qui, parfois, les rejette et d'un sentiment de différence ou/et de marginalisation ; celles de citoyens, qui ne sont pas d'origine maghrébine dans leur immense majorité, qui estiment que nombre de Franco-maghrébins ne font rien pour s'intégrer par leur attitude perçue comme antisociale. Cette situation génère des attitudes racistes et globalisantes qui sont attisées par le Front national (FN). Cette question de l'intégration de la population maghrébine, et de son corollaire, la persistance du FN à un haut niveau, est un thème central, et récurrent, de la vie politique française (dans son acceptation la plus large) depuis 1981. Nous entendons ici par intégration une acceptation réciproque, du groupe maghrébin pour les uns, de la nation pour les autres, et une reconnaissance du vivre-ensemble. L'agglomération lyonnaise, et avant tout sa partie Est, a joué un rôle de premier plan dans l'émergence et la mise en valeur des enjeux de cette thématique, et ce depuis le début des années quatre-vingt. Les événements des Minguettes à Vénissieuxl de 1981 à 1983, ceux du Mas du Taureau à Vaulx-enVelin en 1990 sont des événements majeurs de l'histoire de France des quinze dernières années. S'y est ajoutée "l'affaire Kelkal" depuis l'été 1995. Aujourd'hui ces deux quartiers et ces deux communes sont nationalement, voire internationalement, connus. Ils sont devenus les symptômes de la "maladie urbaine". Ils sont synonymes de "banlieue en difficulté", de "zones sensibles", selon les expressions officielles. L'Est de l'agglomération lyonnaise possède donc deux archétypes de la banlieue. Mais que recouvre cette banlieue? A l'origine, au Moyen-Âge, c'est l'espace hors la ville, c'est-à-dire en dehors des remparts, mais qui en dépend directement par le droit de ban (impôts et taxes, droit d'y lever des troupes...). Depuis le dixneuvième siècle, c'est l'ensemble urbanisé périphérique d'une ville, la ville-centre. Ce sont des communes, au poids démographique varié, nées
1 Les communes sont localisées sur la carte de la communauté urbaine, en annexe.

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de l'expansion de la ville-centre, qui en dépendent pour de nombreux services et où nombre de leurs résidents travaillent. Or, depuis une quinzaine d'années, la définition de la banlieue tend à se réduire dans le langage commun et dans le langage médiatique aux communes qui possèdent un (ou plusieurs) "grand ensemble". Cette expression "grand ensemble" est récente puisqu'elle désigne, "par convention"2, des programmes d'habitat collectif comprenant au moins 1 000 logements construits principalement entre les années cinquante et soixante-dix. Les Zup (Zones à Urbaniser en Priorité) appartenaient à cette définition; elles désignaient des programmes étatiques d'aménagement urbain au sein d'un périmètre (logements, écoles, lieux .culturels, commerces...). Cependant, aujourd'hui, la définition du "grand ensemble" est beaucoup plus vaste puisqu'elle englobe tous les groupes d'immeubles à partir du moment où ils "posent problème" . "Poser problème". Cette expression est antérieure aux événements des Minguettes de 1981. Dès le dix-neuvième siècle, elle était utilisée pour les banlieues; puis, dans les années soixante, pour les grands ensembles populaires. Ces lieux, zones de tensions sociales, étaient considérés comme des repaires de délinquants et donc peu sûrs. Aujourd'hui, la représentation négative de la banlieue/grand ensemble se double d'une représentation ethnique: pour certains, le grand ensemble de banlieue serait devenu un lieu de concentration/regroupement de personnes d'origine maghrébine ou africaine; d'aucuns parlent même de "ghettos". L'Est lyonnais, et tout particulièrement Vaulx-en-Velin et Vénissieux, communes respectivement de 44000 et 60000 habitants au recensement de 1990, sont à l'origine de la prise en compte et du développement d'une question qui est loin d'être strictement lyonnaise. C'est une question qui se pose à l'échelle nationale comme le rappelait l'ancien premier ministre, Alain Juppé, en janvier 1996, en parlant notamment de la "fracture territoriale et sociale qui traverse nos villes"3, ou comme l'exprimait le président de la République, Jacques Chirac, en parlant du "Pacte de relance pour la Ville" qui doit

2 Guglielmo, R., Moulin, R, 1986, "Les grands ensembles et la politique", Hérodote, "Après les banlieues rouges", na 43, p 39. 3 A. Juppé, discours tenu à Marseille sur "le pacte de relance pour la ville", 18 janvier 1996.

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permettre de "lutter contre la dérive de certains quartiers"4 ; le rapport sur les violences urbaines, commandé aux sociologues Body-Gendrot et Leguennec, soulignait plus récemment cet enjeu. Si cette question intéresse autant les responsables politiques, jusqu'au sommet de l'Etat, c'est qu'elle ne se réduit pas à une situation sociale et économique sur des territoires urbains, mais qu'elle intègre un paramètre ethnique. Celui-ci a permis l'émergence puis l'affirmation d'un nouveau courant politique incarné par le Front national de Jean Marie Le Pen. Nous sommes ainsi en présence d'une question géopolitique. C'est une question éminemment "géopolitique", au sens donné par Y. Lacoste, parce que nous avons affaire à "des rivalités de pouvoirs ,sur des territoires qui, à la condition qu'il y ait plus ou moins de liberté d'expression, suscitent, par la diffusion de leurs représentations contradictoires, des débats politiques entre citoyens"5. Il faut donc pour ce faire que les enjeux soient d'importance. Il est aussi question ici de représentations. Y. Lacoste les définit comme "les idées géopolitiques"6, c'est-à-dire l'ensemble des visions qui marquent l'argumentaire de "chacune des forces en présence"7. Et il ajoute que "dans les mouvements géopolitiques, les raisonnements les plus rationnels ne sont pas les plus mobilisateurs"8. Ces représentations sont non seulement des idées, des arguments, mais ce sont aussi des moyens d'actions: elles sont porteuses de comportements et d'actions. De plus, pour qu'il y ait une thématique géopolitique, l'analyse doit également prendre en compte l'existence d'un "débat politique entre les citoyens"9. Aujourd'hui, dans les démocraties occidentales, ce débat est constamment au coeur d'un mouvement d'informations qui se focalise sur tel ou tel aspect de l'actualité. C'est pourquoi, l'analyse géopolitique ne peut se faire sans intégrer l'influence majeure des médias. Enfin, l'étude s'inscrit dans une réflexion qui doit prendre en compte les "différents niveaux d'analyse spatiale"lO. Un phénomène social ou ethnique, un discours, une analyse, une stratégie... peuvent être modifiés ou perçus différemment en fonction de l'échelle.
4 J. Chirac, président de la République, intervention télévisée du 27110/95, reprise dans Le Monde du 28110/95. 5 Lacoste, Y., 1995, Dictionnaire de Géopolitique, p 20. 6 Ibid, P 4. 7 Ibid, P 1279. 8 Ibid, P 27. 9 Ibid, p 5 10 Ibid, P 30

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La banlieue Est de Lyon met ainsi en valeur un problème géopolitique majeur, celui de l'intégration de la population d'origine maghrébine, tout particulièrement de la jeunesse, et le développement d'un nationalisme puissant incarné par le Front national (FN). Les deux 'éléments sont inséparables. Cette question est un phénomène géopolitique car il y a bien un débat entre les citoyens tant sur la nation française que sur l'immigration ou le Front national. Mieux, celui-ci occupe bien souvent le devant de la scène politique nationale depuis plus d'une dizaine d'années, quelles que soient les stratégies adoptées par ses adversaires: manifestations de rues dénonçant ses idées, éviction du FN par les médias, occultation de ,la question de l'immigration lors de campagnes électorales... L'enjeu est d'autant plus grand pour les citoyens et les autres partis politiques que le Front national progresse et qu'il devient un adversaire politique de plus en plus sérieux, au moins à l'échelle locale. Dans ce débat coexistent deux représentations opposées de la nation comme le souligne Béatrice Giblin :"pour les uns, l'immigration est une nécessité économique et démographique, et, depuis plus d'un siècle, elle a largement contribué à l'enrichissement économique et culturel de la nation, grâce à des capacités d'intégration qui lui font honneur. En revanche, pour les autres, l'immigration aggrave les maux qui affectent la société française, chômage, insécurité, mais surtout elle apparaît comme une menace pour l'unité et l'identité nationales"l1. Cette "menace" dont parle B. Giblin concerne particulièrement la population d'origine maghrébine qui est considérée par certains comme "inassimilable" à la nation française en raison de sa religion, essentiellement l'islam, et de son mode de vie. Cette question est également territoriale, non seulement à l'échelle nationale mais aussi à l'échelle locale. En effet, l'argumentaire frontiste se focalise principalement sur les banlieues/grands ensembles et met en valeur diverses idées force comme "banlieue/immigrés/insécurité", "banlieue/ghettos", "banlieue/zone de non-droit"... Enfin, il faut rappeler que ce débat politique entre citoyens ne s'intéresse pas uniquement à l'immigration. Celle-ci est mise en avant par les médias ou les responsables politiques, mais en réalité il s'agit de la question de l'intégration de la population d'origine maghrébine, plus particulièrement de la jeunesse maghrébine. Ces jeunes gens sont dans leur immense majorité français, de droit ou par naturalisation. On ne
Il B Giblin, 1993, "L'immig~ation et la nation: un problème géopolitique", Hérodote, n° 69/70, "Démocratie et géopolitique en France", p 9.

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devrait par conséquent plus parler d'immigrés puisque la plupart sont nés en France; on ne devrait pas utiliser le terme "étrangers" car peu le sont; on ne devrait pas employer l'expression "Français d'origine maghrébine" ou le terme franco-maghrébin car on marque une différence entre les citoyens dans un Etat où l'égalité est inscrite sur le fronton des hôtels de ville. Néanmoins, je ferai usage de ces dernières appellations, par nécessité, pour mener à bien mon analyse et montrer l'importance des enjeux. D'ailleurs, les appellations réductrices et apparemment neutres ne le sont plus, comme le fait remarquer

Françoise Bernillon, déléguée régionale du FAS 12, à propos du terme
"jeunes" :"(...) Le groupe auquel on pense est de plus en plus étroit

,puisque l'équation

réductrice "jeunes = banlieues = exclus =

délinquants = arabes = musulmans = islamistes = terroristes" est celle qui fonctionne dans l'imaginaire et le langage communs"13. En effet, comme l'écrit F. Bernillon, cette équation n'est pas uniquement utilisée par le FN, même s'il la propage, mais fonctionne communément. Enfin, il faut prendre en compte les échelles. La vision locale d'un discours ou d'une représentation est influencée par des événements ou des évolutions, à l'échelle nationale, comme le chômage, ou à l'échelle internationale, comme la guerre civile algérienne ou, plus confusément, l'impression d'une montée d'un péril islamiste. Ainsi, l'analyse de faits ou d'enjeux locaux doit tenir compte à la fois d'un contexte plus large et d'une réalité à plus grande échelle. Par exemple, un habitant de Lyon aura une vision négative de toutes les communes de l'Est lyonnais, alors qu'un habitant de ces communes appliquera cette représentation négative à un seul quartier... Le livre s'organisera autour de la première couronne Est de Lyon avec les communes de Vaulx-en-Velin et Vénissieux, bien entendu, mais aussi avec Bron (39500 habitants) et Rillieux (31 000 habitants) qui possèdent également un grand ensemble mais qui ont été moins médiatisées, moins stigmatisées. En effet, la question de l'intégration de la population d'origine maghrébine et de son corollaire, le développement du FN, ne peuvent être uniquement analysés comme des phénomènes "mécaniques", voire comme des situations "modélisables". Les communes, les quartiers ont des caractéristiques
12 FAS, Fonds d'Action Sociale pour les immigrés. Il vise à faciliter leur insertion dans la société française. 13 F. Bemillon, 1996, "Quelques questions à propos de l'intervention du Fas en direction des jeunes, enjeux et limites", Les Cahiers du CR-DSU, p 5.

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propres telles la politique de peuplement, les réalités économiques, l'ancienneté de la représentation négative... Ces situations conditionnent pour beaucoup le débat politique des citoyens locaux mais aussi l'impact des politiques publiques. Il reste à répondre à une dernière question: pourquoi avoir choisi un tel sujet, ô combien délicat même s'il est d'actualité? Le citoyen que je suis est intimement persuadé de la nécessité d'une intégration rapide de la population d'origine maghrébine, phénomène en partie réalisé. Par ailleurs, je travaille comme enseignant d'histoire-géographie depuis plusieurs années avec des élèves venant de grands ensembles, dont la majorité relative est d'origine maghrébine. Je considère mon action au ,quotidien comme une petite participation au processus d'intégration à la société et à la nation. De plus, Lyon et sa banlieue Est apparaissent comme une pièce majeure dans le problème géopolitique actuel de l'intégration à la nation. Cette spécificité lyonnaise m'intéresse. Pour tenter de répondre à cette question, cet ouvrage présente dans une première partie les phénomènes d'exclusion, tant sociaux qu'ethniques et géographiques. Dans une seconde partie, sera abordé l'Est lyonnais comme une zone de tensions ethno-sociales et politiques. Pour ce faire il faudra revenir sur les événements qui ont marqué les communes de Vénissieux et Vaulx-en-Velin. Enfin, dans une troisième partie, sera abordé l'enjeu politique que constitue la jeunesse française d'origine maghrébine.

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PREMIERE
"-

PARTIE:

DE L'EXCLUSION

1

LES TERRITOIRES

DE L'EST

L'analyse de la question de l'intégration de la population d'origine ,maghrébine et d'une forte présence du FN dans l'Est lyonnais ne peut être réalisée sans prendre en compte les réalités territoriales, économiques et socio-démographiques de ces espaces. L'agglomération lyonnaise présente, comme bien d'autres villes, une partition Est/Ouest de l'espace. Cette réalité est intéressante car, bien que nuançablel, elle marque profondément la démographie, les activités économiques et la typologie politique des municipalités; il existe une spécialisation spatiale, communale ou intra-communale, et sociale. Elle révèle les représentations négatives de nombre de Lyonnais sur certaines communes de l'Est; elle témoigne des difficultés actuelles pour mettre en place des politiques de rééquilibrage socio-démographique. Cette partition repose historiquement sur des représentations géographiques (topographie, hydrogéographie) relayées par des éléments socio-économiques et politiques, qui sont bien souvent matérialisés par des coupures géographiques, notamment dans le bâti. Cependant, la réalité se modifie selon l'échelle: ces communes présentent des paysages urbains variés qui montrent la diversité démographique et historique de la commune; ce sont des entités géopolitiques de par leurs caractéristiques et leur rôle dans le jeu communal. Cette variété s'exprime tant par le bâti (pavillonnaire, habitat collectif...) que le peuplement (revenus des ménages, chômage, part des étrangers et des personnes d'origine étrangère...) ou l'expression politique (abstention, vote Front national ou communiste...). Chacun des quartiers est une réalité socio-géographique qui peut vivre différemment et s'opposer à ses voisins. Chacun d'eux est aussi une entité géopolitique dans le sens où des conflits internes aux quartiers existent et
1 Il existe des espaces plutôt ouvriers et industriels à l'Ouest, notamment à Lyon-Vaise (carte 2), mais ils tendent à disparaître ou à devenir des espaces davantage tournés vers la haute-technologie. Inversement, Chassieu et, en partie, Bron présentent des caractéristiques proches de l'Ouest lyonnais.

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où ils provoquent des débats entre citoyens; de même, chaque quartier a des relations particulières avec les quartiers voisins ou la municipalité. En effet, la définition d'un quartier est malaisée quant à sa réalité géographique. Personne ne s'accorde véritablement (élus, habitants...) car cette définition est un enjeu: les élus souhaitent souvent "rapprocher les quartiers", même opposés, pour faire baisser les tensions, améliorer l'image d'un quartier ou éviter que sa dégradation ne devienne un enjeu électoral communal (cette situation a des répercussions sur toute la commune comme à Vénissieux depuis les Minguettes de 1981) ; les habitants tendent fréquemment à prendre des distances envers un quartier qu'ils jugent pire que le leur. C'est notamment le cas entre la Darnaise, à ,vénissieux, et le lotissement qui la borde à l'Ouest: ils font partie du même conseil de quartier et ont appartenu tous les deux à l'opération d'urbanisme ZUP mais tout les sépare (peuplement, statut d'occupation...). Enfin, la définition des habitants est comparable aux poupées russes qui s'emboîtent, il y en a toujours une plus petite logée dans la poupée précédente: pour nombre d'habitants le quartier sera bien souvent un sous-quartier (cf cartes), voire très souvent leur immeuble, surtout pour les personnes qui ne travaillent pas à l'extérieur du quartier.

Où est l'Est? La dualité Est/Ouest repose sur des données médiatiques, économiques, sociales, urbanistiques et démographiques qui permettent de tracer une demi-ceinture. Celle-ci correspond approximativement à la première demi-couronne Est, bien qu'il y ait des exceptions. Le découpage proposé tient avant tout compte des représentations négatives qui pèsent sur ces communes. De plus, les contrastes intra-communaux peuvent être importants. Ils indiquent fréquemment des degrés dans l'échelle des représentations négatives; c'est notamment le cas à Bron où le centreville bénéficie d'une image proche de celle de communes de l'Ouest alors que Bron- Terraillon a une image très négative. A l'échelle de l'agglomération, les communes de l'Est lyonnais se distinguent des communes de l'Ouest par leurs réalités sociodémographiques et par leur image négative. Toutefois, où doit-on placer la "frontière" ? Sur la Saône? Sur le Rhône? La limite communale estelle judicieuse? La carte 1 présente l'Est lyonnais tel qu'il apparaît dans les

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représentations des Lyonnais. Ces communes synthétisent la majeure partie de l'image négative "Est lyonnais" de l'agglomération. Il apparaît logique d'inclure Rillieux dans cet ensemble Est, au grand dam de ses élus qui la voient plutôt dans un ensemble géographique Nord-Val de Saône au nom des relations quotidiennes et d'un destin commun. Mais il est possible de la rattacher à l'Est en raison des représentations de ses composantes démographiques et urbanistiques. Ces composantes démographiques et urbanistiques ont imprimé des représentations dans la mémoire collective de nombre de Lyonnais du Centre ou de l'Ouest, mais aussi dans celle d'habitants de la commune. En effet, quand se produisent des événements violents, Rillieux est assimilée à l'Est dans la presse régionale. Villeurbanne n'est pas incluse dans l'Est au nom de sa centralité, matérialisée à ce jour par le boulevard de ceinture. Il existe néanmoins une opposition démographique et d'image entre l'Ouest de la commune, plus aisé, et l'Est. De même, le découpage spatial intègre la commune de Lyon dans l'Ouest ou le centre. Pourtant des arrondissements comme le septième, le huitième ou le neuvième sont, en moyenne, plus pauvres que les autres2. Au Sud, la limite rhodanienne n'en est pas une; des communes populaires comme Pierre-Bénite peuvent être rattachées à l'ensemble Est. A l'inverse, Chassieu, géographiquement à l'Est, n'a pas les mêmes caractères (image, démographie...) que ses voisines. Et, à l'échelle intra-communale, les disparités sont quelquefois très fortes, comme à Bron ou à Rillieux. La carte présente donc plutôt une entité Est en fonction de la perception qu'en ont un grand nombre de personnes des villes-centres, Lyon et Villeurbanne, mais aussi de l'Ouest et de la deuxième couronne Est, plus résidentielle. Les communes de l'Est sont elles-mêmes classées selon leur réputation; celles qui ont connu des mouvements sociaux-ethniques ont. la plus mauvaise image. C'est ainsi que Vaulx-en-Velin se retrouve au bas de l'échelle. L'Est lyonnais se différencie également de l'Ouest par ses caractéristiques économiques et socio-démographiques.

Les caractéristiques

d'une banlieue ouvrière

L'Est lyonnais est encore très industriel. La vallée du Rhône, au sud
2 Les situations internes sont très diverses mais nous restons à l'échelle communale ou de l'arrondissement.

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I

Cartel:

la localisation des communes de l'est lyonnais

I

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8

~ ~
I

/"

voies routières majeures zone d'urbanisation dense

cours d'eau communes de l'Est lyonnais

d'après

carte IGN 1995

cartographie

F Chignier Riboulon

du confluent, est principalement occupée par de grandes usines chimiques (Rhône-Poulenc, Atochem, Ciba-Geigy...) qui emploient une main d'oeuvre ouvrière nombreuse depuis la fin du siècle dernier, ou bien par la raffinerie ELF de Feyzin-Solaize. Les restructurations tendent à réduire le poids des actifs industriels dans le total des actifs; néanmoins, pour l'heure, il reste prépondérant. L'Est regroupe de grandes unités de production métallurgiques, de construction mécanique ou automobile, comme Renault Véhicules Industriels (RVI) à Vénissieux, le site symbole, et à Saint-Priest. L'extrême Nord du Grand Lyon est également ouvrier en raison de la présence de nombreux cheminots, à Saint-Germain, et d'une vaste zone industrielle à Genay-Neuville. Cette ,prédominance de l'industrie à l'Est a déjà plus d'un siècle. R. Lebeau note "que c'est l'industrie qui a attiré la ville à l'Est du Rhône"3. Ce déplacement et cette croissance à l'Est ont de multiples causes: les entreprises ont recherché des terrains peu coûteux; l'importance de l'industrie textile lyonnaise (tradition de la soie naturelle, puis des textiles artificiels) et des industries induites (chimie, mécanique...) a joué un grand rôle, les entreprises ont recherché des zones aux densités humaines faibles en raison des "effluves nauséabondes"4 de l'industrie chimique et des terrains riches en eaux grâce à la nappe phréatique5. L'Est offrait également de vastes zones planes aménageables, à proximité du chemin de fer (ligne Lyon/Grenoble, ligne Paris/Lyon/Méditerranée...). A l'inverse, la topographie et l'hydrologie étaient moins propices à une forte concentration industrielle. Ainsi, aujourd'hui, Lyon et l'Est concentrent 80 % des emplois de l'agglomération. A la suite de l'industrialisation, une division socio-démographique s'est mise en place. Elle perdure de nos jours6 et perpétue l'image négative de cette première demi-couronne Est auprès de la population du Centre ou de l'Ouest lyonnais. Le recensement de 1990 témoigne de la persistance de cette réalité ouvrière (carte 2). Les communes très industrielles du Sud-Est et du Nord-Est se détachent très nettement. Vénissieux et Vaulx-en-Velin, entre autres, ont un profil communal entièrement ouvriers et employés. Bron et Villeurbanne, de par leur diversité sodo-professionnelle intra3 R Lebeau, 1976, La région lyonnaise, p 81. 4 M Laferrère, 1960, Lyon, ville industrielle, p 37. 5 C H Kwak, 1984, L'évolution des espaces industriels et ses conséquences socioéconomiques dans l'agglomération lyonnaise, thèse, p 52. 6 Bien que les changements soient nombreux: reconquête et embourgeoisement de quartiers de Lyon (Monplaisir, Gerland...) ou de Bron. Mais la diminution de la population active ouvrière à l'Est ne se conjugue pas avec un embourgeoisement local puisque les sans-emplois et les pauvres sont de plus en plus nombreux.

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communale, présentent un profil contrasté; les cadres représentent plus de 20 % des actifs du centre de Bron (quartier"Mairie-Duboeuf'7). En revanche, les cadres et les professions intermédiaires sont sousreprésentés dans la demi-couronne Est; à Vaulx-en-Velin et Vénissieux, ils représentent moins de 6 % de la population active. Il y a une inversion des situations. A Bron, l'importance du pavillonnaire de qualité et l'existence de plusieurs hôpitaux (hôpital psychiatrique du Vinatier, hôpital cardiologique...) expliquent ce fait. A Rillieux, il existe une opposition sociale entre la Ville Nouvelle (ex-ZUP) et le reste de la commune. Chassieu, commune pavillonnaire peuplée de professions intermédiaires et de cadres moyens, tranche avec ses voisines.
i

Cette opposition avec l'Ouest de l'agglomération

lyonnaise est

entretenue, voire renforcée, par l'image de marque (pollution, insécurité, paysages industriels...) et l'offre insuffisante8 de logements de standing. Cette suite de réalités sociales a tendance à renforcer une image négative. Cette idée peut apparaître comme injuste et surfaite, la vie n'étant pas forcément plus difficile dans une commune où enfants, étrangers et ouvriers sont nombreux. Au contraire, bien souvent, la vie y est moins chère. Toutefois, les représentations sur la réussite scolaire, les fréquentations, la décote de l'immobilier... conduisent à une ségrégation de fait qu'il est difficile de réduire. Enfin, il existe fréquemment un parallèle entre les catégories socioprofessionnelles (CSP) modestes et les grands ensembles. Ces derniers, essentiellement implantés dans l'Est, offrent majoritairement des logements sociaux ou des copropriétés dont le prix de vente est relativement bas en raison de l'image présente et passée. L'industrialisation de la première couronne a contribué, pour partie, à faire de l'Est une zone d'implantation de nombre de logements sociaux. Néanmoins, cela s'explique également par des choix politiques. Et l'expression "logements sociaux" n'est pas obligatoirement synonyme de problèmes ou de précarité; des immeubles en copropriété connaissent également des difficultés, comme l'ensemble Terraillon à Bron; et des immeubles d'habitat social peuvent être tout à fait calmes. Cependant, une représentation négative est attachée au logement social pour nombre de citoyens, il est donc nécessaire d'en estimer le poids communal. Il existe un déséquilibre au sein de l'agglomération lyonnaise quant à la répartition des logements sociaux. En effet, 22 % des logements de la
7 Les cartes du découpage Insee sont en annexes. 8 Mais y a-t-il une demande à l'heure actuelle?

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~
Les quartiers Insee à fort pourcentage d'employés et d'ouvriers

LillII]

QuartieP.i Insee dans lesquels les OUI ners sont au mOins 43'h. de la population acUI e et les employés au mOIns 3\ 'lt au recensement de \990

Limites des communes où sonll()cah~6 1 : La Duchère et Vaise à Lyon ge :! : Mermoz, Les Etals-unis, Langley/Sanl)

ces quartiers à Lyon Be

3 : BueP.i el St Jean à Villeurbanne

Sources:

Insce- "Atlas du Grand Lvon"

COURL Y9 sont des HLM mais certaines communes en sont dépourvues comme Fleurieu, au Nord. A l'inverse, Vaulx-en-Velin, Vénissieux et Rillieux ont respectivement 64 %, 56 % et 58 % de leurs logements en parcs HLM. Ces taux sont d'autant plus forts que, au sein de la commune, cette catégorie de logements se trouve regroupée sur un même territoire. Ainsi, ils représentent, en surface, une part très petite de la superficie communale. Bron arrive beaucoup plus loin avec 29 %. Mais le couloir de la chimie, de part et d'autre du Rhône, a également des pourcentages importants: 53 % à Saint-Fons, 31 % à Feyzin, 23 % à Pierre-Bénite... mais 0 % à Solaize. Les trois taux importants correspondent à des communes sur lesquelles sont implantées des ex,ZUPlO où sont regroupés nombre de ces logements sociaux. Il y eut un avant et un après ZUP pour ces communes; la démographie locale a été transformée: à Vénissieux, la population passe de 47600 habitants en 1968 à 74300 en 1975 ; à Rillieux, pendant la même période, la population croît de 9300 à 31000 habitants; à Vaulx-en-Velin, le nombre de résidents progresse de 20 700 à 37 700 ; à Bron, la population communale passe de 38800 à 44500 (mais de 24000 à 38800 de 1962 à 1968). Aujourd'hui, selon le recensement de 1990, la population de la Zup représente 68 % de la population totale à Rillieux, soit 21 154 habitants en 1990. A Vaulx, le poids démographique de la ZUP est de 54 % ; il est même de 59 % avec la Grappinière (26 000 habitants en ajoutant les deux entités). Ce taux est de 35 % à Vénissieux et de 30 % à Bron. Dans le cas de Rillieux, la Zup (ou Ville Nouvelle) a phagocyté la ville ancienne. A Vaulx-en-Velin, elle est l'élément central. A Vénissieux et Bron, les grands ensembles forment des quartiers physiquement à part. Aujourd'hui, ces communes de première couronne voient leur population stagner, voire baisser. C'est le cas de Vénissieux dont le nombre d'habitants est passé de 74300 en 1975 à 60000 en 1990. Apparemment, cette décroissance se poursuit; la ville aurait encore perdu 5000 habitants depuis 1990. Ce phénomène touche quasi exclusivement les Minguettes (de 36000 à 22500 habitants de 1975 à 1990). Cette décroissance se produit également dans les autres communes mais à un degré moindre (A Vaulx-en- Velin, le solde migratoire négatif est compensé par le solde naturel positif). Le cas vénissian s'explique en grande partie par une vacance ancienne (qui débute dès 1974), les événements de 81/83 et leurs conséquences, et la destruction de certaines
9 COURL Y, Communauté Urbaine de Lyon. Son nom officiel est "Grand Lyon". 10 Les ZUP ont été débaptisées depuis la Loi d'Orientation sur la Ville de 1991

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tours. A l'échelle démographique de l'agglomération, ces communes sont malgré tout parmi les plus peuplées: 60 000 habitants pour Vénissieux, 44 000 pour Vaulx et 31 000 pour Rillieux, au recensement de 1990. Enfin, Lyon possède également de grands sites d'habitat social, comme la Duchère sur sa périphérie Ouest, dans le neuvième arrondissement, qui regroupe 3 736 logements sociaux sur 5 432 appartements ou le grand ensemble de Mermoz au Sud-Est de la commune. Cependant, cela représente peu par rapport à la taille démographique de la ville. D'autant plus que cette dernière a des populations socialement très variées.

Une coupure politique

Enfin, l'Est lyonnais se caractérise par une coupure politique. Cet espace est dominé par les municipalités de gauche, en revanche l'Ouest est très majoritairement à droite. Il existe bien une corrélation entre les paramètres socio-démographiques et les résultats électoraux. On peut plutôt parler d'une demi-ceinture "rose" plutôt que "rouge". En 1995, le PC conserve deux mairies: celles de Vénissieux et de Pierre-Bénite. Encore sont-elles des municipalités d'union de la gauche avec le PS et le MD C Il. Vénissieux reste le bastion du parti communiste sur le département (avec Givors au Sud comme second). Mais pour la première fois en 1995, il a fallu attendre le second tour pour voir la victoire de la liste à majorité communiste. Cette aire de gauche est surtout représentée par le PS. Quelques personnalités du parti, comme J.J. Queyranne à Bron, sont encore présentes. A Rillieux, la liste de gauche s'est imposée, avec une majorité relative, après des décennies de domination de la droite. Notons que cette demi-ceinture n'est pas forcément en recul, du moins pour le parti socialiste: Saint-Priest fut dirigée jusqu'en 1977 par des maires qui se réclamaient de l'apolitisme avant d'être conquise par la gauche; Villeurbanne connut un passage au centre droit avant que Charles Hernu en devienne maire en 1977.

Il Mouvement Des Citoyens de IP Chevènement.

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Certe 3 : les communes de geuche eux munici peles de 1995]
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munici palités d'union de la gauche à majorité PS munici palités d'union de la gauche à majorité PC munici palités de droite ou de centre-droit

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2 COUPURESGEOGRAPHIQUESETSENT~ENT
D'ISOLEMENT

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Les représentations territoriales du citoyen (de son quartier, de sa

commune, du centre-ville de l'agglomération...) sont influencées par l'histoire et la géographie; l'isolement ressenti vis-à-vis de la ville'centre va au-delà de la qualité de la desserte par les transports en commun; la construction d'un grand ensemble entraîne une séri~ de bouleversements de la vie quotidienne (arrivée de nouveaux habitants, venue de nouveaux services...) et des représentations des habitants de la commune. Chaque citoyen est porteur de représentations de son quartier. Ces représentations peuvent être positives, ce qui fut notamment le cas au début des grands ensembles qui représentaient davantage de confort ou plus de services. Aujourd'hui ces représentations s'avèrent bien souvent négatives du moins dans le discours de ceux qui n'y habitent pas. Ce discours négatif peut être également celui de certains habitants. Mais d'autres, particulièrement ceux qui vivent depuis longtemps sur leur quartier, ont une représentation ambivalente: ils sont attachés à leur quartier, où ils ont souvent grandi, mais ils en ont également une image négative ("y a de la drogue", "y respectent plus rien"...) ; cette représentation négative renvoie bien souvent à un passé perçu comme meilleur puisque la dégradation est souvent évoquée ("Avant c'était...", "Aujourd'hui..."). Ces habitants ont une relation particulière avec la ville-centre. Ils sont à la fois attirés par les boutiques et les loisirs, diurnes et nocturnes, du centre, et jaloux de ce luxe apparent. Cette attitude est plutôt le propre de la jeunesse des grands ensembles. Contrairement à Marseille, peu de grands ensembles sont implantés au sein de la commune de Lyon; ces jeunes peuvent donc difficilement se définir comme Lyonnais. Cette différence est d'autant plus forte que la différence dans le paysage est perceptible, sur le trajet centre-ville/commune de résidence. Au sein de la commune de résidence, le ou les grands ensembles

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impriment un paysage donné et donnent une image à la ville et à certains quartiers. Cependant, la commune ne peut se résumer à cela; d'autres quartiers moins connus, plus discrets existent; ils vivent et influencent la politique municipale.

Des communes et des habitants en rupture avec le centre? Des communes, comme Vaulx-en-Velin ou Rillieux, présentent une série de coupures géographiques vis-à-vis de la ville-centre. Cela accentue le sentiment d'éloignement, voire d'isolement, de la ,population, surtout lorsqu'elle se sent déjà "exclue". D'autres communes ont depuis fort longtemps un bâti continu avec celui de la ville-centre, la coupure est donc moins visible mais la structure du bâti marque néanmoins une division urbaine. De telles coupures existent dans l'Ouest lyonnais mais elles n'ont pas les mêmes conséquences; au contraire, l'isolement et l'éloignement sont bien souvent perçus comme des synonymes de tranquillité et de qualité de la vie. Vaulx -en- Velin est à la fois si proche et si loin. A l'échelle lyonnaise, Vaulx est située en proche banlieue, en première couronne. La carte (carte 4) montre sa très bonne desserte par le boulevard de ceinture (L. Bonnevay), le contoumement Est (A 46) et l'autoroute de Bourg-ParisGenève (A 46 et A 42), ce qui favorise l'implantation d'entreprises. La municipalité espère que cela encouragera la modification de la représentation négative de l'enclavement. En effet, Vaulx-en-Velin est, dans sa partie Nord, une île1. Cette particularité géographique est régulièrement soulignée pour faire ressortir une forme de particularisme, une sorte d'évolution différenciée, comme le rappelait, il y a 25 ans, le géographe Paul Mingret : "Le paysage de cette commune a changé avec une rapidité extraordinaire. Pendant longtemps, elle est restée assez isolée car séparée du reste de l'agglomération par le canal de Jonage (problème de franchissement). Elle est donc demeurée longtemps en dehors du mouvement de poussée urbaine et industrielle"2. Les canaux de Miribel et de Jonage, au Nord, au Sud et à l'Ouest ont transformé la ville en île ; elle n'est accessible que par des ponts. De plus, l'autoroute A 42 et la zone de loisirs et de pompage barrent
1 C'était d'ailleurs le nom officiel de la ZUP : "Vaulx-la Grande ile" 2 P Mingret, 1974, Historiens et Géographes, n° 247, p 588.

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nettement la ville au Nord (carte 4 et photographies 1 et 2). L'effet de coupure est accentué à l'Ouest par le boulevard de ceinture qui est construit à l'Ouest du canal de lonage (photographies 3, 4 et 5). A l'Est de la commune, l'eau n'est pas directement la limite. Mais, la zone agricole et la zone industrielle marquent une césure. En outre, contrairement à ses voisines, Décines et Meyzieu, dont une partie du territoire est également insulaire (entre les canaux de Miribel et de lonage) mais faiblement peuplé, Vaulx-en-Velin regroupe dans cette zone Nord environ 85 % de sa population ainsi que ses centres-villes, le nouveau et l'ancien. Enfin, ces césures sont aggravées par les voies de communications internes. Ce sentiment d'éloignement, d'isolement est également fort à Rillieux. La côtière (le talus) de la Dombes est principalement à l'origine de cette représentation. A l'échelle de l'agglomération, c'est une côte importante. Certains quartiers de la ZUP de Rillieux dominent la vallée du Rhône et ils sent souvent les plus éleignés du. centre-ville. Cette dénivellation de 100 mètres est une coupure majeure dans la perception de l'espace par certains habitants. Cette situation topographique favorise la mise en place d'une mentalité d'isolé de la part d'une partie de la population, notamment chez les habitants les plus démunis, ceux qui utilisent le bus ou se rendent peu à l'extérieur; les autres au contraire, notamment à Crépieux, apprécient le panorama et l'environnement boisé. Les bus empruntent la N 83 (carte 5) et grimpent la côte. La nouvelle autoroute A 46 dessert Rillieux mais la montée est toujours présente. L'impression persiste donc. Les Rilliards qui ressentent défavorablement cet éloignement ne sont pas plus éloignés de Lyon que les habitants d'autres communes voisines3 mais les entretiens réalisés auprès de services sociaux, d'éducateurs et de personnels de direction de lycées montrent qu'ils se sentent loin de Lyon. Mais en même temps, ils ne désirent pas s'éloigner de leur commune. Les imperfections de la desserte par les bus accentuent ce sentiment d'isolement, bien que de nombreux progrès aient été accomplis. De plus, Rillieux est coupée de ses voisines par la voie ferrée au Nord-Ouest (elle suit approximativement la limite communale vers la ZI), par des zones
3 Des cas inverses existent en quantité de ménages qui recherchent tout à la fois quiétude et proximité de la ville, comme dans les communes des Monts d'or, voire à Vassieux sur la commune de Caluire (voisine de Rillieux), ou même à Rillieux sur la côtière qui offre encore des "coins tranquilles", entourés de végétation. On le voit bien sur la photographie aérienne au 1I5000e sur laquelle on peut distinguer une voirie en cours d'aménagement ainsi que des parcelles destinées à la construction et même un court de tennis apparemment perdu dans la forêt.

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industrielles à l'Ouest, par des ravins, puis aujourd'hui par l'autoroute à l'Est. Ce sentiment de différenciation marque l'identité locale, d'autant plus qu'auparavant, jusqu'à la création de la COURLY, la commune appartenait au département de l'Ain. En outre, cette perception ne peut se dissocier de la catégorie sociale des personnes: l'impression d'éloignement est d'autant plus grande que les ménages ont de faibles revenus, une moindre motorisation, ce qui entraîne une dépendance visà-vis des transports en commun... Ce sentiment d'isolement, voire d'exclusion, est encore renforcé chez les habitants de la Velette (cf annexe 3) qui ont le sentiment d'être au "bout du monde", entre la ,côtière et ses ravins (photographies 6 et 7). Enfin, au sein de la commune, la côte est plus qu'une coupure topographique; elle est une coupure sociale et d'image entre Crépieux, un des deux bourgs, le long de la N 84, et la ville nouvelle au-dessus. En effet, Crépieux, ancienne commune indépendante, a gardé son image de petit bourg tranquille. Les agents immobiliers le soulignent ou modifient, dans leurs annonces, la localisation des immeubles proches du talus en "Crépieux le Haut". A Vénissieux et Bron, la situation est bien différente. Le bâti de ces deux villes est contigu au bâti lyonnais. Néanmoins, cela ne suffit pas toujours pour assurer une véritable continuité urbaine._A première vue, ces deux villes ne sont pas coupées de Lyon. Il existe une continuité urbaine. L'arrivée à Bron par l'avenue Franklin-Roosevelt (photographie 8) ne marque pas un changement fondamental. Le boulevard Bonnevay sépare sans vraiment couper; il n'y a pas de no man's land de part et d'autre ou bien de zone d'occupation peu dense... La mairie est à 400 ou 500 mètres de Bonnevay, en ligne directe. Bron, ancienne ville-rue en prolongement du centre de Lyon, doit à cette situation ses fonctions au sein de l'agglomération (hospitalières et militaires en premier lieu, puis, aujourd'hui, de plus en plus universitaires et commerciales), ce qui a permis sa croissance. Les quartiers Nord de Vénissieux semblent présenter la même logique, ce qui n'est pas le cas du Sud de la commune. Parilly et le Moulin à Vent4 sont intégrés au bâti de Lyon dès le dix -neuvième siècle ou au début du vingtième. En revanche, ici, le boulevard de ceinture coupe plus nettement le tissu urbain. Le reste de la commune est séparée de Lyon par la voie ferrée et les zones d'activités. Cela scinde l'apparente continuité urbaine. L'entrée principale, par le boulevard Joliot-Curie(photographie 9), qui correspond au prolongement
4 Les cartes sont en annexes

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Carte 4: Vaulx-en-V lin . une bonn e desserte et de fi rtes e . o

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Le canal de lonage depuis le pont de Cusset

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Le boulevard Bonnevav deDuis le pont de Cusset

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Carte 5 : Rillieux, l'importance de la côtière

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cartographie carte IGN 1992 F Chignier Rlboulo»

Le panorama depuis la Velette

La Velette depuis l'avenue Leclerc

du boulevard des Etats-Unis, passe sous le boulevard Bonnevay avant de déboucher sur une zone urbaine peu dense: hypermarché Carrefour à droite, friche à gauche, usines de part et d'autre de ce boulevard, immeubles en retrait, après plusieurs centaines de mètres. Le Boulevard Joliot-Curie devient ensuite le boulevard Ambroise Croizat, mais ces pénétrantes ne desservent pas directement le centre-ville, il faut tourner à droite pour accéder au centre-ville ou aux Minguettes.

A une échelle fine, la matérialisation

de coupures

. Ces relations physiques avec la ville-centre marquent la mentalité locale dans la perception de son espace. Cette géographie peut conduire à un sentiment de différenciation. D'autant plus que la coupure, au sein des communes cette fois-ci, est renforcée par la position ou le bâti des
quartiers d'habitat sociaL--

Ces territoires impressionnent par leur aspect de forteresse perchée (Rillieux et les Minguettes), de labyrinthe (Rillieux ou Vaulx), d'enceinte (la Caravelle, photographie 10 et carte 6) ou d'ensemble éclaté par un axe routier majeur (Bron Parilly, photographie 11). Toutefois, même lorsque la topographie est plane, les murs absents et les autoroutes inexistantes, cela ne suffit pas. Les Minguettes à Vénissieux et le Mas du Taureau5 à Vaulx-en-Velin, par exemple, offrent un site et un urbanisme différents, qui ne laissent pas indifférents. Pour arriver aux Minguettes, il faut monter par le boulevard d'Oschatz (photographie 12), qui prolonge l'avenue Houël, en venant de la mairie, ou par l'avenue Maurice Thorez en arrivant de Saint-Fons (photographie 14). Ce n'est pas un col alpin, loin s'en faut (profil), mais le plateau des Minguettes domine, de par sa silhouette et son effet de masse, le paysage environnant. Au Sud, à l'Ouest et au Nord-Ouest, les tours de 14 étages des quartiers Monchaud, Darnaise, Pyramide et Monmousseau (photographie 13) constituent l'horizon de la zone agricole (photographie 15) ou s'imposent à la vue dès qu'on abandonne le boulevard Croizat pour l'avenue Marcel Houël. De même,
5 On distingue habituellement deux parties dans la Zup de Vaulx-en-Velin: la Zup I ou Mas du Taureau et la Zup 2 à l'Est de l'avenue Gabriel Péri. La Zup 1 est centrée sur la place du Mas ou place Guy Môquet (carte 8) et regroupe les ensembles Grôlières, Noirettes, Pré de l'Herpe, Sauveteurs-Cervelières et Mas du Taureau. Le poids démographique du collectif du Mas du Taureau ainsi que le surnom donné à la place ont imposé l'appellation "Mas du Taureau" pour l'ensemble du quartier. Enfin, la pénétrante constituée par l'avenue G. Péri représente une véritable coupure urbaine entre les deux ensembles urbains.

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elles sont l'arrière-plan de la mairie. Au Nord-Est, les barres du quartier Léo Lagrange, quartier le plus récent (nommé également Troisième tranche), bien que moins hautes que les tours, rompent avec leur environnement pavillonnaire. Ces barres ferment le site, le rendent imperméable à la vue. En contrebas, le village historique apparaît comme une ville basse, dominée par la ville haute. Pourtant, malgré leur aspect imposant, les Minguettes ne sont pas uniformes. L'avenue Jean Cagne (carte 7), qui comporte deux fois deux voies, est à la fois la colonne vertébrale et une fracture; elle unit et partage le plateau. Juste avant d'arriver sur le plateau, le quartier Démocratie, détruit en 1994, a laissé place à une pelouse. En face, le quartier Monmousseau, haut lieu des événements de 1981, domine la route. Trois tours furent démolies et une est murée (la 16). De 1985 à 1987, les tours et les extérieurs furent réhabilités. Mais, en dépit des haies du pourtour, les tours sont tristes; les portiques de béton, peints, ou le jeu de cloisons en béton donnent une impression d'irréel. A Vaulx-en-Velin, l'urbanisme a créé des ruptures urbaines. Les immeubles de cette ZUP sont souvent moins hauts que ceux des Minguettes (les architectes ne voulaient pas faire les mêmes erreurs, paraît-il) ou de la banlieue parisienne. Les espaces verts sont abondants, la topographie artificielle est variée (des buttes ont été créées...) comme dans la zone interne au sous-quartier du Mas. Mais il faut pénétrer à l'intérieur du sous-quartier pour y accéder (carte 9). Toutefois, les voies de desserte internes se terminent en cul-de-sac. A l'origine, les urbanistes recherchaient la formation d'îlots pour favoriser la convivialité au sein de chaque sous-quartier. De surcroît, cela avait pour but de protéger les enfants d'éventuels accidents de la circulation. Cette logique n'est pas propre aux quartiers de logements sociaux; elle se retrouve dans les copropriétés de quartiers aisés de l'Ouest lyonnais (Sainte Foy, Francheville, le cinquième arrondissement... ). C'est la conjonction de paramètres défavorables comme un nombre élevé de familles nombreuses, l'inactivité forcée (chômage...)... qui font apparaître l'inadaptation de cette trame viaire. Ainsi, les policiers ont peine à s'y déplacer, ils s'y retrouvent bloqués, et des immeubles tout se voit, tout se sait... Ces espaces apparaissent comme des lieux où l'extérieur a peine à pénétrer. Pourtant, de nombreuses copropriétés aisées sont construites sur le même type et ne posent pas de problèmes. La politique actuelle, menée sur un long terme, est d'ouvrir, d'aérer, de faire communiquer. Sur la carte, la Grappinière apparaît comme n'importe quel collectif de moyenne importance: c'est un ensemble de

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barres, plusieurs fois réhabilitées, pas très hautes. Ce quartier cependant fut le premier collectif d'importance hors bourg. Il date de 1964 et était, à l'origine, considéré comme moderne par rapport aux autres quartiers. Il a une personnalité propre. "On est de la Grappinière" comme on est de tel ou tel village; c'est une identité forte, une identité que le quartier s'est construite. La dégradation, classique par le départ des plus aisés, a débuté dès les années soixante-dix. Le collectif est traversé en son sein par une rue principale, la rue Delestraint/Jean Moulin, qui a longtemps servi aux rodéos, avant même que ceux-ci soient popularisés. Pourtant, cet ensemble est tout à fait banal avec ses bâtiments géométriquement disposés, parallèles ou perpendiculaires à l'avenue du 8 mai 1945, passante, qui relie le bourg au périphérique, tout en desservant les quartiers Nord du Mas ou les collèges. Les coupures urbaines jouent un grand rôle dans la perception de l'environnement urbain. Les quartiers peuvent être coupés, voire encerclés sur trois côtés par des voÎes de communication infranchissables (autoroute, voie ferrée, cours d'eau) ou presque infranchissables (nationale, voie rapide). La présence de ces infrastructures ou cours d'eau change les relations avec le centre-ville communal. Elles sont plus difficiles. Et même si elles restent possibles, les coupures urbaines donnent un sentiment d'enclavement. La continuité urbaine ne suffit pas. Le centre-ville doit être proche. Son accessiblité conditionne une qualité de vie, une relation à l'espace, le sentiment d'être relégué ou intégré à l'espace communal.

Les grands ensembles, des quartiers isolés? La représentation des grands ensembles, entre voie ferrée et autoroute, n'est pas fausse mais elle est à relativiser, tout comme leur implantation en périphérie communale. Il est vrai que les coupures ubaines entre le site et les autres espaces urbains peuvent contribuer à un sentiment de marginalisation, donc à une représentation de la place de l'habitant du grand ensemble dans sa ville ou son agglomération. Le grand ensemble risque d'être à la fois coupé de l'agglomération et isolé au sein de sa commune. L'éloignement du centre-ville communal ou les difficultés pour accéder au centre-ville de la ville-centre apparaissent comme des contraintes supplémentaires. Ces dernières sont intériorisées comme de nouvelles barrières de relégation, d'exclusion. Les pouvoirs publics ont beaucoup travaillé pour transformer de telles perceptions, que ce soit par

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