L'odyssée inconnue

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296317444
Nombre de pages : 254
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L'ODYSSÉE

INCONNUE

lliusttation de la couverture: Jean-PierreV ANOT.

@ L'HARMATTAN, 1996 ISBN: 2-7384-4147-5

Jean MAMBRINO

L'ODYSSEE INCONNUE

~

Éditions L'Harmattan 5, rue École-Polytechnique 75005 Paris

DU MÊME

AUTEUR

Le Veilleur aveugle, poèmes, Mercure de France, 1965 (épuisé). La poésie mystique française, Seghers, 1973 (épuisé). Clairière, poèmes, Desclée de Brouwer, 1974 (épuisé). Traduction anglaise: Glade, by Jonathan Griffm, Enitharmon Press, 1986. Sainte Lumière, poèmes, Desclée de Brouwer, 1976 (épuisé). Traduction espagnole: Ellibro de la luz, por Emilio deI Rio, Adonaïs, ed Rialp, Madrid, 1977. L'Oiseau-cœur, précédé de Clairière et Sainte Lumière, poèmes~ Stock, 1979, prix Apollinaire 1980 (épuisé). Ainsi ruse le mystère, poèmes, Corti, 1983 (épuisé). Traduction anglaise: Ruses of mystery, by Jonathan Griffin (à paraître). Le Chant profond, Corti, 1985. La Ligne du feu, 2e éd., Corti, 1986. La Saison du monde, Corti, 1986. Le mot de passe, 2e éd., Corti, 1987. Traduction anglaise: Password, by Jonathan Griffm (à paraître). Le Chiffre de la nuit, poèmes, Corti, 1989. Le Palimpseste ou les dialogues du désir, Corti, 1991. Casser les soleils, poèmes, Corti, 1993. N'être pour naître, poèmes, Corti, 1996. À PARAÎTRE
Lire comme on se souvient. Poésie pas morte Théâtre suit (chroniques de théâtre). Le centre à l'écart (poèmes).

EN PRÉPARATION
L'aube sous les paupières (poèmes). Manger des yeux, ou lectures à la carte.

Adam, madame! (poèmes). Les enfants du silence (essais). L'Hespérie, pays du soir (poèmes). TRADUCTIONS Sur un rivage désert, de Kathleen Raine, avec M. B. Mesnet, Granit, 1978. Grandeur de Dieu et autres poèmes, de G. M. Hopkins, Granit, 1980. Prix du Meilleur Livre étranger, 1980 (épuisé).

À Laurent qui ne lirajamais ces poèmes

ou bien...

Ne l'ordine ch'io dico sono accline tutte nature, per diverse sarti,

piu al principia lara e men vicine ,.
Onde si muovono a diversi parti per la gran mare de l'essere, e ciascuna con istinto a lei data che la parti.

Dans l'ordre que je dis sont inclinées toutes les natures, par divers sorts, plus ou moins proches de leur principe; d'où elles voguent vers divers ports par la grande mer de l'être, et chacune avec l'instinct qu'elle a reçu, et qui la porte. DANTE

SOMMAIRE

De Prime Abord

AUBE I - Quel est l'âge de l'âme? II - Dans l'ombre des mains la clef

JOUR
I - Je ne choisis pas je suis II - L'éternel est dans le devenir ID - Poète sans le savoir de sa propre vie

SOIR I - Mortels c'est 'notre nom II - La joie de s'en aller pour ne plus revenir

La Neuve Origine

DE PRIME ABORD

DE PRIME ABORD Ce qui commence s'émerveille. D'abord (creuset de ce mot) la grâce-enfant joue, balbutie, et dit : encore! tout parle de face, le bourgeon qui pointe annonce un défi, un éveil à la confiance en ce qui appelle la fleur à percer le rocher, et choisit la chair pour l'animer, alors que ça ressuscite par le trépas, que l'obscur suscite l'élan, s'approche comme en dormant des abords de l'être, saute, atteint les formes de la beauté, dont l'abord est facile, ouvert, divers, attire vers l'île, l'enclos visible du désir de l'être, ce qui aime à notre insu surgir et apparaître, lentement, soudainement, la joie de l'origine, que l'aurore fascine en l'absence des chemins, l'or de l'aube, l'aubade où s'ébauche ce qui est, ce qui naît, le goût de l'un qui prime, et demeure le premier à venir en dernier, la fraîcheur du regard échangé par hasard, et pour jamais, le vert du mois de Mai avant que la rose blanche n'ose offrir son odeur au papillon, à l'abeille, dans le berceau du soleil où notre blé se penche, prêtà connaître enfin qu'il est bon d'apprivoiser les bords du matin pour naître. n fera beau demain.

- 13-

AUBE,

I QUEL EST L'ÂGE DE L'ÂME?

RISQUE Immobile s'étire la source. Un possible, en souffrance, s'infiltre dans la glaise de l'instant, qui repousse l'image de l'absence, du passé. Des îles flottent sur le temps. L'âge commence à issir. Le devenir s'enfile ici, ose germer. La seconde est close. Derrière l'avenir, fermé à clef, gratte la main, qui dépose, glisse un message difficile à lire.

- 19-

LA PRÉSENTE ANTÉRIEURE La Mère, l'eau-mère, où les semences marinent, s'imaginent actives et passives, dans l'attente d'une surrection. Qu'est-ce qui avive la puissance sans cause? La Nature se rétracte, se retire dans le non, le retrait, la mer se retire, empotte les étais, les acquêts, les amers, dans son sein qui est l'obscur où se prépare l'implosion, la venue de l'avant-vie. Elle est toute première dans son refus, son effacement Elle enroule le cocon de la nuit autour de l'acte qui veut vouloir, veut déjà, veut toujours le pacte avec la vie en sommeil, le soleil noir du fond. Elle ne donne rien, elle reçoit, retient, enclôt, enferme le temps dans son absence, entend le battement qui vient, enceinte de la durée (poreuse enceinte), ceinturant les causes, les choses qui ne sont pas. Enserrant le rien, vague, vacante. Elle enfante ce qu'elle n'a pas, et referme la féconde négation. La Nature sur le dos reflète le ciel, le ciel sur l'eau qui dort. Par un pertuis, s'insinue le oui qui veut Le feu d'en haut, dans l'eau-mère, gardienne du trésor.

- 20-

LE ROI NU

"L'anima

cui adorna

esta bontate

non la si tiene ascosa, ché dal principio la mostra ch'al corpo si sposa

infin la morte ". Convivio IV, 3

Le petit d'homme a des cartilages de cristal. Modèle réduit, on l'appelle le Fragile. Si le Père approche, tout l'enfant vibre et tremble. Ses os ont mal. Une menace désassemble ce malhabile. Terrible est le pesant du Père, le rayonnement solaire de sa puissance, qui déporte l'enfant, l'emporte en son astreinte, le fixe dans le feu d'où il vient. Une empreinte pour la vie. Terrible est l'absence du Père, la béance de l'origine, l'énigme d'un commencement ouvert sur le vide, le vent du vide à la place du mur chaud de soleil, où l'enfant pose sa joue contre le lierre rugueux et doux, le Mur du premier Jardin, qui protège les désirs et les jeux de ce roitelet dont le minois reproduit la face qui fulgure.

- 21-

Terreur de l'origine dévoilée, de l'origine dérobée. L'enfançon la porte dans ses os qui cassent au moindre souffle issu du chaos sans fond dont il ignore les inflexibles lois, subit la nécessité. Sa peau plus fme que la peau du lait cache à peine les ruisselets d'un sang d'azur qui submergera les mondes. Le géant dont la tête crève les hauts plafonds d'étoiles, forgeant son destin, avant de se recroqueviller dans une mort d'insecte (l'âme en majesté), sort de sa source à chaque instant, se fait acte, source de soi, se reçoit et s'étoile, libre, venu du libre, d'une source infaillible, et vibre en son effluence, devenue présence pure, qui veut, se veut, se meut, à l'intérieur d'un commencement,

qui n'a ni commencement ni fin.

- 22-

RETROUVER CE SOLEIL Le regard de tournesol qu'il jette vers ce qui bouge et brille, vers les soleils minuscules qui babillent de tous côtés au fond des choses pareilles à lui, la peau satinée des roses que dore le matin, un étincellement d'aurore, de pépiements et de rosée, le relance à chaque instant vers l'origine dont il vient. L'enfantelet songe à travers ses sensations, gigote du plaisir et de la difficulté d'être un bourgeon pensant vers la pensée, la conscience de n'être pas tout entier matière, mais aussi malaise, mal d'être divisé, bien que baigné dans la lumière. Les yeux nus touchent ce qu'ils ne sont pas, croient à la pâquerette, aux antennes de l'insecte, à la bonté de ce regard, dont le rayon, venu d'un infini, l'appelle au fond du ciel où il habite. Ebahi d'être né, il évite encore les pièges, il s'allège et s'alourdit par l'innocence de ses sens, accordés à la maternité du monde. Il chantonne, il rit, crie: au lait! Il pleure parce que l'ombre double s'éloigne, l'abandonne

- 23-

à la douleur d'être deux. Il se donne, petitement, difficultueusement, sans le connaître, le soleil dont il est fait. Qui le voue à dire: je veux. Tous les regards, même repliés, sont tournés vers ce soleil.

- 24-

L'ÂME-SOEUR

À R0111iJin et Marine

Je suis (ne dit-il). Si petit, si clos. Mes doigtelets tâtent et glissent entre mes petons. Le cercle est refermé. Le centre du monde, rose et blond. Je m'enfonce en mon infance. Satisfait. Sur le dos. Bourgeon, je pousse mes cinq membres dehors, les tigelles frémissent, appellent une autre palpation, l'exploration, dans le bain, de mon double féminin, sa peau plus exquise encore, sa mollesse plus lisse et rose, encore, ou serait-ce la même, le duvet des cheveux, des creux, des vides délicieux? Je suis elle, je fonds de douceur, je m'augmente de la même différence, me perds à la frontière, avide de franchir la limite, mis en présence de la présence que je tente d'enfouir en ce moi, qui s'intrique, se débat, s'élance, s'éloigne de soi, vers l'univers. À jamais, inexplicablement, unique.

- 25-

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