L'olivier et le bulldozer

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Publié le : mardi 1 janvier 1991
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EAN13 : 9782296215597
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COMPRENDRE
Collection

LE MOYEN-ORIENT
Chagnollaud

dirigée par Jean-Paul

Collection

«Comprendre le Moyen-Orient»

De la Méditerranée orientale à l'ancienne Perse, lieu d'émergence de prestigieuses civilisations et berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est une région unique par l'importance extraordinaire de ce qu'elle a donné au monde. Aujourd'hui il est le théâtre de tant de drames enchevêtrés que les origines des conflits comme les enjeux en présence se perdent souvent dans le tumulte des combats: vu de l'Occident, il paraît plus « compliqué » que jamais au point que beaucoup renoncent à y voir clair. Il est pourtant indispensable de chercher à comprendre ce qui s'y passe car le destin de cette région nous conàrne directement: outre les liens religieux, culturels et politiques que l'histoire a tissés entre nous, les bouleversements constants qui la secouent affectent gravement nos ressources énergétiques, nos équilibres économiques et même notre sécurité. Loin des rigidités idéologiques et des conceptions a priori, cette collection entend contribuer à rendre plus intelligibles ces réalités apparemment insaisissables en publiant des ouvrages capables de susciter une véritable réflexion critique sur les mouvements profonds qui animent ces sociétés aussi bien que sur le jeu complexe des relations internationales. Elle est ouverte à tous ceux qui partagent ambition intellectuelle. cette nécessaire

Jean-Paul

CHAGNOLLAUD

«

Comprendre

le Moyen-Orient»

Iolanda

et Stéphane

J aquemet

L'OLIVIER ET LE BULLDOZER Le paysan palestinien en Cisjordanie occupée
préface de FAWZI MELLAH

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

COLLECTION «COMPRENDRE

LE MOYEN-ORIENT»

Doris BENSIMON, Juifs de France er leurs relations avec Israël, 1980, Les
288 p. ].-P. CHAGNOLLAUDet A. GRESH (sous la direction de), L'Europe et le conflit israélo-palestinien, 1989, 196 p. Habib ISHOW, Le Koweit, évolution politique, économique et sociale, 1989, 202 p. Firouzeh NAHAVANDI, Aux sources de la révolution iranienne, 1988, 278 p. Nadine PICAUDOU, Le mouvement national palestinien, 1989, 270 p. Jacques SEGUIN, Le Liban-Sud, espace périphérique, espace convoité, 1989, 212 p. ].P. CHAGNOLLAUD et A. GRESH, L'Europe et le conflit israélopalestinien, débat à 3 voix, 1989, 200 p. 1. GRAZ, Le golfe des turbulences, 1990, 256 p. F. SCHULMANN,Les enfants du Juif errant, 1990, 354 p. S. NAAOUSH, Dettes extérieures des pays arabes, 1989, 128 p. G. HEUZÉ, Iran au fil des jours, 1990, 280 p. ].P. CHAGNOLLAUD,Intifada, vers la paix ou vers la guerre? 1990, 256 p.

Photo

de couverture:

Imtiaz

Diab

@ L'Harmattan, 1990 ISBN :2-7384-0739-0

REMERCIEMENTS

Fawzi Mellah non seulement est à l'origine de cet ouvrage, mais il nous a accompagnés toUt au long de notre route. Son esprit décapant et son extrême rigueur intellectuelle ne nous ont autorisé aucun relâchement. l'amitié qui nous lie l'a probablement rendu encore plus exigeant. Raja Khalidi a été un guide bibliographique irremplaçable dans un sujet où la documentation, particulièrement abondante, est primordiale. Il a également accepté de relire notre manuscrit et ses remarques nous ont évité des
_

erreurs et des dérapages. Sami Al Deeb nous a apporté un soutien précieux et a mis à notre disposition des lectures qui ont élargi notre horizon. Merci également à Jean-Marie lambert. Sur place, en Cisjordanie, plusieurs personnes nous ont aidés. En pleine Intifada, accompagner et assister des chercheurs européens signifie, pour un Palestinien, le risque d'être inquiété, voire d'être arrêté. le courage au service de la science et de la vérité: une expression que nous Utilisons beaucoup dans les universités occidentales, sans vraiment en connaître le sens. Pour éviter des ennuis supplémentaires à ces intellectuels palestiniens, nous laisserons, à regret, leur nom dans l'ombre. Et puis, il y a les paysans palestiniens auxquels nous avons rendu visite. Malgré les difficultés accrues du moment, tous nous ont accueillis, au vrai sens de ce terme. Comme cet agriculteur de la région d'Hébron qui nous a offert son dernier café, sachant qu'il n'aurait désormais plus les moyens de s'en payer. Mais sa préoccupation était autre. Il avait peur que le café ne soit pas assez fort, signe d'une mauvaise hospitalité.

Nous sommes reconnaissants à l'Institut universitaire d'Etudes du Développement de Genève de l'aide financière qu'il nous a accordée. 5

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La Cisjordanie

PRÉFACE

Aux origines

de l'Intifada

L'Intifada constitue tumultueuse

qui embrase histoire

les territoires un moment

occupés décisif

depuis

trois ans et

sans nul doute

dans

la longue depuis

du conflit

israélo-palestinien. aujourd'hui israéliens l'ensemble (le droit a ancré

Par sa durée lors), par la du peuple à l'autodéterdéfinitivement de libéraet au soun'est pas

(elle a éclaté en décembre par son ampleur palestinien, nature mination y compris

1987 et ne cesse d'enfler

(elle touche

les Arabes

eux-mêmes),

des revendications

qui la fondent l'Intifada à la révolution

et à l'indépendance), Comparable

la lutte palestinienne tion nationale. lèvement du peuple

dans la chaîne noir d'Afrique

des mouvements algérienne du Sud, l'Intifada

une suite d'émeutes sporadiques contre lesquelles on peut réagir par des moyens répressifs, ce n'est pas une simple colère de jeunes gens que l'on peut mater par la violence; c'est un soulèveune réponse partagée par Abie Nathan est donc un Un des mériment populaire et national auquel il faut apporter politique et durable. Cette évidence est aujourd'hui de nombreux citoyens israéliens qui, telle pacifiste

reconnaissent
tion militaire moment

que

«

l'Intifada a prouvé qu'il n'existe pas de solupalestinien ». L'Intifada du peuple palestinien. les causes

au problème

décisif dans l'histoire au lecteur

tes du livre de Iolanda à présenter réelles

et Stéphane ]aquemet francophone

consiste précisément et la profondeur

de ce soulèvement.

7

L'humiliation

coloniale

Croire que l'Intifada a éclaté au sein d'une population résignée, c'est faire fi de toutes les luttes menées par les Palestiniens depuis les années trente. Si l'Intifada est un moment décisif, ce n'est pas un moment isolé. En fait, les causes de ce soulèvement sont d'une simplicité biblique: à l'origine de l'Intifada palestinienne fut l'occupation israélienne. Une occupation de nature coloniale tendant à spolier la terre d'un peuple et à nier son identité. De BCinGourion (le fondateur de l'État juif en 1948) à Yitzhak Shamir (l'actuel Premier Ministre d'Israël), le fait colonial israélien n'a cessé de s'approfondir et de s'aggraver en Palestine. Un seul objectif: judaïser la terre. Un seul moyen: la force. Une seule conséquence: l'humiliation d'un peuple. L'humiliation. Nous sommes là au cœur de toute réalité coloniale ; et le mot n'est pas assez fort pour décrire la « logique» des relations israélo-palestiniennes depuis 1948. Il faut lire les témoignages de l'Israélienne Félicia Langer ou du Palestinien Raja Shehadeh pour saisir à quel point l'humiliation a perverti les relations entre l'État juif et la population palestinienne. Or, c'est contre l'humiliation coloniale que les milliers de jeunes Palestiniens désarmés se sont élevés en décembre 1987. Leur soulèvement constitue un moment de cristallisation de toutes les colères, de toutes les révoltes et de toutes les indignations accumulées par le peuple palestinien, non seulement depuis juin 1967 (date de l'occupation de Gaza et de la Cisjordanie), mais depuis 1948, c'est-àdire depuis la création même de l'État d'Israël. Au-delà des effets économiques de l'occupation israélienne (effets que les auteurs décrivent minutieusement), au-delà des conséquences sociales de la politique israélienne envers la population palestinienne (conséquences qui nous sont présentées dans les moindres détails), au-delà des concepts sociologiques et juridiques que les auteurs manient fort bien, L'olivier et le bulldozer est en réalité la chronique de l'humiliation coloniale subie par le peuple 8

palestinien. Plus qu'un essai de sociologie de l'Intifada, est un témoignage.

ce livre

La terre blessée
Territoires occupés », dit-on aujourd'hui pour parler de la

«

Palestine occupée en 1967.
«

Une terre, deux peuples », crient maintenant les Palestiniens
citoyens israéliens. les Palestiniens dans une de la Terre », affirment nationale.

et de nombreux «Journée célébration
« «

Colonies de peuplement », répondent les extrémistes sionistes. Eretz ». «Ardh ».
le vocable «terre » n'est aussi fort qu'en

Nulle part au monde

Palestine. Nulle part au monde sa charge émotionnelle, historique, culturelle et politique n'est aussi puissante qu'en Palestine. L'intuition, à Iolanda évoquions devrait tiques le travail et l'expérience cette relation la terre. du terrain d'humiliation agricole ont permis et que nous (celle qui et Stéphane tout Jaquemet de viser le lieu où s'exprime La terre

se noue le plus durement à l'heure: nourrir

son homme).

La terre ancestrale culturelle). colonial, parce qu'elle dans

(celle où s'enraest menacée de

cine et se déploie une identité judaïsation). bée d'un Dans ce contexte

La terre des enjeux policette lutte exacerla terre

(celle que l'on veut défendre peuple défendant

son existence

et son identité,

n'est plus une portion d'espace physique, ce n'est plus un simple moyen de production; c'est un bien hautement symbolique; c'est un morceau du droit à l'existence. Sachons gré à Iolanda et Stéphane Jaquemet d'avoir démontré que les problèmes agricoles dans les territoires occupés ne posent pas seulement la question de la survie là les racines des paysans palestiniens d'un mais celle, plus large peuple. Nous touchons et plus fondamentale, de la survie

de l'Intifada.

9

Deux

peuples,

deux

États

Eft novembre tifs sur la terre majeure autant naissent alternative Proche-Orient mobilise

1988,

lors de son Conseil Il s'agissait palestinienne

narional,

l'OLP a

appelé à la coexistence

des deux peuples

et de leurs États respeclà d'une à l'État citoyens concession juif. Au-delà, reconmajole se

de Palestine.

faite par la centrale parler de suicide... maintenant

De nombreux affirme et aux

israéliens La grande

la validité de cette solution... guerres qui

rité des États de la planète aux violences depuis 1948...

que cette voie est l'unique ensanglantent mondiale Cependant, l'État israéÉtat pour publique intolérable,

L'opinion

de plus en plus autour continuent

de ce mot d'ordre... de s'accrocher L'armée

de crise gouvernementale lien et ses dirigeants réaffirmé palestinien par Menahem
»

en anachronisme Begin en octobre

au credo sioniste aura

1978 : «Aucun israélienne

ne sera créé. Aucun.

tâche de l'empêcher...
tination la région des pertes vernement confinant

Ce credo (qui est le fondement au suicide, cinq guerres,

même de l'État juif), cette obsont valu à de victimes dans l'erreur pas autre pouset de milliers persévérance civile latent. 1990 ne disant autour

cet auto-aveuglement Cette en juin organisée

des centaines un état de guerre

incommensurables. formé par Shamir de l'alliance
»

a valu à Israël même chose, la nature

Or, le gou-

du Likoud de l'Intifada,

sant au
milliers craindre politique

«

transfert

des populations

arabes, à l'implantation
résoudre guerres

de

de Juifs soviétiques que l'utilisation dans

et à la répression de la force pour la région de nouvelles

il faut

le problème et de nouni mater

posé à Israël n'entraîne toute israélienne

velles violences Si l'armée l'Intifada, natute naissance militaire.

du Proche-Orient. ni prévenir, ne sont pas de est la reconde son droit

n'a su ni prévoir,

c'est que le problème La seule réponse d'Israël par l'État

et sa solution palestinien,

réaliste à l'Intifada

du peuple

à l'autodétermination 10

et de son organisation:

l'OLP. Cette réponse

implique

le courage

de négocier la future

avec l'OLP et l'audace

d'imagi-

ner dès aujourd'hui terre de Palestine. et Stéphane Jaquemet

coexistence

des deux États sur la Le livre de Iolanda

Une terre blessée et fatiguée. en témoigne.

Fa wzi MElLAH Genève, juin 1990

11

AVANT-PROPOS

Heureusement, les chercheurs sont sans cesse bousculés. Un travail universitaire cultivé sous serre a peu de chance de survivre et nous en avons fait l'expérience. En décembre 1987, lorsque débuta l'Intifada, était à mi-chemin.
Ce soulèvement mais l'étude d'une ampleur
«

notre enquête

sans précédent

nous a ébranlés, a para-

commencée,

très académique israélienne,

et méthodique,

doxalement
histOriques les strates pressé, passé. que l'Intifada

pris un sens avec
de l'occupation plus anciens de la société

ce regain d'actualité ». L'analyse
le rappel d'événements dans quasi archéologique invisibles

des mécanismes

et la recherche cisjordanienne peut-être

nous ont aidés à réaliser pour le regard de s'occuper du pres-

avait des racines,

mais qui apparaissaient

si l'on acceptait

Ce livre est donc un essai de fusion entre deux méthodes que contradictoires: Prendre Notre nalistique ment. chir et raconter. rencontre et il nous bref avec les Palestiniens aura manqué «voyage d'étude» celle de l'universitaire du recul sans laisser échapper le présent.

et celle du journaliste. A la fois réflé-

aura ainsi été bien jourde l'approfondissen'a rien à d'une en qui 13 en été 1988

le temps

Un trop

voir avec une recherche sensibilisation et, parfois, Intifada. la désagréable Ce fut surtout

de terrain.

Ce fut juste la possibilité

indispensable,

mais avec le risque impression pour l'un

de se tromper nous,

de faire du voyeurisme d'entre

l'occasion

avait habité portements

et travaillé avaient

dans les territoires combien depuis

occupés

au milieu

des

années quatre-vingt,

de constater changé

les attitudes

et les com-

le soulèvement.

14

INTRODUCTION

L'olivier et le bulldozer

L'olivier d'occupation ment nienne, détruisent de l'olivier mis à planter ment. Lorsque

et le bulldozer israélienne. les Israéliens

sont, bien sûr, des symboles; palestiniens, par le second également d'une Ils représentent se saisissent

le pre-

mier de la terre et du paysan qui se traduit toujours

de l'armée un affronte-

une profonde soit pour les arbres.

déchirure. propriété palestiaux colons palesti-

soit à des fins militaires, les cultures broyé et abattent

la céder
«

juifs, ils ne se contentent pas de clôturet l'espace
nien, chassé de son champ, Malgré cette douloureuse des oliviers, d'une verger, jamais Son raisonnement d'un peut encore expérience, entendre

conquis », mais
le craquement s'est

Et le paysan

par le bulldozer. le paysan palestinien de plus en plus et presque est simple. terre qu'il L'occupant nue et aride, faut ensuite pour impopulaire et hésitera saccager. et peut une désespérépeut-être Déraciner des qui a-t-elle la saiTouteau pay-

aura plus de faci-

lité à exproprier à s'emparer des arbres s'impose Cette ralenti manifestations,

est extrêmement par la force. résistance n'était

entraînet puissance

souhaitables

à la fois déterminée israéliennes? pas programmée

et non violente Peut-être, à brève politique lorsque échéance.

les expropriations

sie des terres d'établir

fois, tour devenait

vain face à la volonté colonie de peuplement.

ioébranlable

une nouvelle

Il ne restait

15

san

palestinien

que

la

déchirure

et le craquement

qUI

l'accompagne. « L'olivier contre Pour se défendre,

le bulldozer

» : est-ce une lutte sans espoir? ne dispose pas d'autre réprimé; aux il n'a de à

le paysan

palestinien occupante, quant comme

moyen que son travail. Tout acte de révolte est durement le droir, forgé par la puissance habitants ou plutôt sens que si l'on est reconnu les oliviers, la fois l'union au bulldozer. de la Rive occidentale; au dialogue, collectif,

laisse peu d'espace

interlocuteur. a une chance

Reste l'olivier, qui marque de s'opposer

car seul ce pluriel

et la multiplication,

Cisjordanie,

une

appellation

contestée

Comment

donc

nommer

ce petit

bout
«

de terre? les plus coude et se réfère qui

Cisjordanie, et son équivalent anglais
fie Rive occidentale ramment l'appellation en revanche, utilisés (du Jourdain), sur le plan international. celui de la gestion

West Bank », qui signiLa large diffusion Judée-Samarie, par Israël, ce coin

sont les termes pas ses ambiguïtés jordanienne. employé

ne lui enlève toutefois est un vocable

à un passé récent,

uniquement

a décidé unilatéralement

et à contre-courant,

de rebaptiser

de Palestine. Comme si en changeant que cette terre a vibré sous la charrue tiniens. tant, Une terre façonnée Mais chacun anéantie sans merci entre Arabes a gagné. vie de tous les jours reux qu'un pourtant: timent palestiniens

de nom on pouvait oublier et les pas des paysans paleset Juifs. Le rêve, pour l'insfamilier, qu'une sont aussi doulous'accrochent (ce senpar le en Palestine

contre une terre rêvée, telle est la lutte sait qu'un monde

en un instant qu'ils habitent

rêve déçu. Les Palestiniens ils disent toujours été renforcé

de Cisjordanie

a sans conteste

par la proclamation

Conseil national

palestinien,

en date du 15 novembre

1988, d'un

16

État de Palestine indépendant, même si cet État ne s'est pas encore matérialisé sur le terrain). Choisir le terme de Cisjordanie n'est pas un parti pris politique de notre part. Il ne nous appartient pas, en effet, de nous immiscer dans un choix qui appartient aux Palestiniens. Nous ne retenons le « label» Cisjordanie que parce que le lecteur occidental est familier de l'expression, qu'il la situe dans le temps et dans l'espace, et qu'il ne comprendrait pas que deux chercheurs parlent une autre langue que l'ensemble de la presse, des États et des organisations internationales. Jérusalem-Est fait partie de la Cisjordanie et son annexion unilatérale par l'État hébreu a été, rappelons-le, condamnée par la communauté internationale et notamment par l'Assemblée générale des Nations Unies 1. Malgré cela, notre étude ne portera pas sur la zone annexée de Jérusalem-Est. Pourquoi cette apparente contradiction? Principalement, parce que les statistiques israéliennes, qui sont les seules existantes et donc source indispensable pour le chercheur, tiennent la Cisjordanie pour une entité distincte, à laquelle n'appartient pas Jérusalem-Est, rattachée à Israël (rappelons à ce propos que les Israéliens considèrent leurs relations économiques avec la Cisjordanie comme du commerce extérieur). La situation du paysan d'Hébron, de Bethléem ou de la Vallée du Jourdain s'est donc trouvée subitement modifiée. Avant 1967, Jérusalem-Est était le plus gros débouché intétieur pour les produits agricoles. Se rendre au marché de JérusalemEst pour écouler ses aubergines ou son raisin, acte qui faisait partie de la vie économique et sociale du paysan palestinien, est devenu d'un trait de plume de la puissance occupante, une exportation soumise à licence préalable. Des milliers de personnes allaient en souffrir et en souffrent toujours.

Paysan

palestinien

et colon

juif

Paysan palestinien

de Cisjordanie

est non seulement l'affir17

mation d'une attache à la terre de Palestine, mais également qualificatif indispensable du fait que l'occupant israélien s'est emparé d'une grande partie du sol pour y implanter à grands frais des colonies juives de peuplement, dont quelques-unes se consacrent à l'agriculture. Les colons, venus pourtant d'autres horizons, refusent le qualificatif d'agriculteur et réèlament, comme les gens du lieu, celui de paysan, c'est-à-dire d'homme du pays, qui a transformé le pays et que le pays a transformé. Et c'est là que réside le véritable enjeu: en même temps qu'on lui prend son bien, le paysan palestinien se fait dérober son pays.

Territoires

occupés

ou territoires

administrés

L'expression

de territoires

«occupés

», pourtant

reconnue

au systé-

niveau international,

déplaît aux Israéliens

qui lui substituent

matiquement celle de territoires « administrés ». Voici, au détOur des mots, un nouveau débat. Un occupant utilise la force. Un administrateur, en revanche, veut le bien de ses administrés et est appelé à rendre compte de sa gestion. On doit donc déduire, à travers le choix du vocabulaire, qu'Israël se sent responsable devant le peuple palestinien et la communauté internationale de la bonne et fidèle exécution du « mandat » qu'il s'est octroyé à lui-même.

Le silence du paysan palestinien

S'occuper du paysan palestinien, c'est aussi étudier l'agriculture de Cisjordanie en tant que secteur d~ l'économie. Plusieurs ouvrages de qualité ont été consacrés à ce sujet. Sans l'apport 18

indispensable des spécialistes, notre propre travail aurait été désarticulé. Mais comme justement nous ne sommes pas des spécialistes, nous avons dû privilégier une approche un peu différente. L'accumulation de données agro-économiques et de tableaux statistiques masque souvent les articulations et risque d'empêcher la formulation des problèmes. Elle met surtout dans l'ombre les seules personnes vraiment concernées: les paysans palestiniens. Or, les paysans palestiniens ne font pas de bruit. Ils ont mieux à faire que de discourir: résister, par leur travail, à l'occupation. De saison en saison, ils habitent les champs et les collines. Sans eux, le paysage serait privé de contour et de couleur. Une terre nue ne fait pas chanter, elle n'entre pas dans les cœurs. Que serait la Palestine, sans l'olivier, travaillé, soigné, sans les terrasses gagnées sur l'érosion, sans les mains râpeuses et les dos fatigués? Ce sont ces paysans qui modèlent un État palestinien, lequel se retrouve dans ces parcelles mises bout à bout et cultivées avec un même amour.

Le chercheur

et le paysan palestinien

A-t-on le droit en tant que chercheurs européens de parler des paysans palestiniens? Contrairement à eux, nous ne risquons ni la prison, ni l'expulsion, ni la perte d'un proche abattu par les soldats. La vie quotidienne sous l'occupation, nous ne la vivons pas. La plus grande empathie ne remplace jamais la communauté de la souffrance. Alors, avons-nous le droit? Oui, aussi longtemps que nous ne parlons pas au nom des Palestiniens, mais que nous nous contentons d'informer. Cette information est nécessaire pour plusieurs raisons. Tout d'abord, parce que le paysan palestinien n'est pas connu en Europe, où l'on ignore tout de sa sociabilité, de son travail et 19

de sa merveilleuse préfère
«

chaleur

humaine.

A cette image inscrite, Ensuite, exemplaires

discrète, contre

on des ont en ni

celle, surannée
»,

mais solidement silencieux.

de l'aventurier et c'est moins simplement ni Arabe

terroriste

qui a pu exister à quelques de paysans

dizaines glorieux

de milliers

pour nous-mêmes, des Israéliens
«

parce que beaucoup contre les Palestiniens,

d'Européens

pris le parti

choisissant
antisémitisme

le moindre mal », tiraillés qu'ils étaient entre leur
et leur racisme des Occidentaux mondiale. que chaque faire avancer anti-arabe. N'aimant
»

Juif, une partie parce qu'
«

a finalement Et comme citoyen nous

choisi ce dernier,

il fallait bien faire quelque chose
Guerre culpabilité,

après l'horreur
sommes
«

de

la Seconde en retard niens. Enfin,

toujours
»

d'une

ce fut fait au détriment du monde

des Palesti-

parce il peut

libre

doit

être persuadé sans faille, Israël son économie sion sur l'État

que par une solidarité avec l'aide

active et une détermination de la liberté. et actuellement grâce aux capide presne veut les utiline pas accéles soufne met des Affaicertains de abréger de l'Occident artificielle

la cause

a été édifié

est placée sous respiration et de la diaspora existent, naturel palestinien? hébreu

taux des États-Unis

juive. Les moyens

mais personne pour

ser. Il ne s'agit pas d'asphyxier lérer un mouvement frances du peuple généralement res étrangères, ses compatriotes un risque

Israël, mais pourquoi de l'histoire Contrairement ministre

à ce que l'on veut israélien lorsque

faire croire,

la création L'ancien qu'un pour

de l'État palestinien

pas en péril l'État hébreu. affirment

Abba Eban, se fâche d'ailleurs Israël:

État palestinien

représenterait

de destruction
«Je pense

que c'est un scandale

de parler

de cette manière.

C'est exactement comme si quelqu'un disait que le Luxembourg peur détruire l'Union soviétique ou que Monaco peut détruire la France. Monaco rapports, Britanniques Israël est décrit comme une sorte a 4000 tanks de Costa Rica, de ou d'Islande, alors qu'il aérienne et que, selon des que celle des de l'autre Alors, côté, j'aimerais

il a une force

plus importante

ou des Français.

Il aura à affronter,

S ou 10 000 hommes

sans chars et sans avions.

20

bien savoir comment Le plus grand

cette entité pourrait israélien

menacer

notre existence. entre notre

paradoxe

est le fossé existant

réelle puissance

et notre psychologie de faiblesse 2. » très sérieusement la meilleure que la création d'un

L'on peut donc soutenir État palestinien tence lement d'Israël. est peut-être

des garanties

pour l'exiséga-

Le prolongement pour l'occupé,

de l'occupation mais déshonore

non seulement et dégrade

a des conséquences l'occupant.

Des

sources

discutables

Il n'y a guère

de sérénité

dans le sujet abordé

ici. Le conflit

n'est pas seulement sur le terrain, mais dévore également les chercheurs et les publications. La tentation de manipuler faits et données est grande, Cisjordanie retourner simplement parce que certains israélien, estiment que la doit rester sous contrôle à la Jordanie, D'un d'autres ouvrage d'autres qu'elle doit

enfin, qu'elle fera partie du futur à l'autre, l'on trouve donc des chifofficielles voire de

État palestinien. fres contradictoires isréliennes distorsion. Notre de décrypter pation, tâche

sur un même sujet. Les statistiques de silences voulus, la vérité

sont, elles aussi, accusées (difficile)

est d'approcher Après plus possible

et de tenter même

les contradictions.

plus de vingt ans d'occud'ignorer la réalité,

il n'est toutefois

s'il reste beaucoup de zones d'ombre. Les indicateurs économiques donnés par l'occupant, alors même que leur objectivité est suspectée, pant. autres loppement parlent d'eux-mêmes et parlent justement contre l'occule dévedes comme Ils nous disent très clairement de la Rive occidentale, économiques. 21 secteurs qu'Israël a empêché

de son agriculture

NOTES 1. Voir notamment la résolution 2253 de l'Assemblée générale des Nations Unies du 4 juillet 1967. 2. Haaretz, 10 février 1989.

22

Partie I

L 'INTIFADA

ET LA SOCIETE PALESTINIENNE

CHAPITRE

l

L'INTIFADA: LA RENAISSANCE D'UNE SOCIÉTÉ ENGOURDIE

le quotidien 1988, tations ment massives, économique.

de l'Intifada, couvre-feux,

en 1990 répétitions: destructions

comme morts,

en 1989 blessés,

ou en arresne

est fait de douloureuses

de maisons,

étrangle-

Ce qui distingue

pourtant

1990 de 1988

se situe pas dans les territoires occupés, mais au-dehors. Alors que les Palestiniens pouvaient peut-être penser en 1988 que leur sacrifice ments trouverait récompense semblent à moyenne échéance, les événeles populales plus récents tous se liguer contre gouvernement du dialogue de l'invasion

tions de Cisjordanie immigration qu'Israël Orient, ricains

et de Gaza, laissées seules à leurs souffrances: le plus extrémiste entre les Amédu Koweit par perte d'influence de l'URSS au Proche-

des Juifs soviétiques,

ait jamais connu, suspension, et l'OlP,

le 20 juin 1990, sans même parler

l'Irak. « Souffrir aujourd'hui pour être libre demain" est devenu, deux ans plus tard, « souffrir aujourd'hui et demain pour être, peut-être, libre après-demain ". Nul n'ignore que plus les perspectives de paix s'éloignent, plus la souffrance s'alourdit et pousse à des actes de désespoir. Jusqu'en 1990, l'histoire la plus récente de la Cisjordanie et de Gaza pourrait s'écrire en quatre chapitres. le premier débute en décembre 1987 avec le soulèvement, désormais plus connu 25

sous son nom arabe, lienne territoires de Jordanie
«

l'Intifada.

Le deuxième massive

est la réponse de l'armée

israéles

à ce soulèvement: occupés

présence

dans

et accroissement solennellement,

de la répression. télévisé, le 31 juillet

Le troisième le roi Hussein 1988, qu'il se

a pour cadre Amman: annonce

lors d'un discours

désengage juridiquement
». Dernier A commencer d'un d'États. chapitre,

et administrativement
les offensives

de la Rive occitous azid'Israël par une ouveravec des ainsi trois

dentale muts.

diplomatiques reconnu depuis Arafat

par celle de l'OLP : reconnaissance État palestinien, et les rencontres des plans Moubarak, Toujours le passage comme de rupture et très ambiguë occidentales,

et proclamation centaine

Il faut y ajouter la timide

ture des Américains que la multiplication chancelleries été perçus interprétée rhétorique (plans en termes comme Coïncidence?

de Yasser

chefs d'État ou de gouvernement

de puissances de paix Shamir

issus d'au et Baker).

moins

est-il que ces quatre avec le passé. à une révolte

jalons

ont tous a été et spontaque de la

L'Intifada plutôt

populaire

née, née sous l'occupation des exilés,
«

et de l'occupation,

un cri de désespoir.

Surtout,
»

la

dimension

David palestinien face au Goliath israélien
un David La réaction L'image détachée,

a très

vite été mise en exergue: a fait l'objet d'un discours

qui se bat avec des pierres israélienne selon d'une répresqui a fait et que et assez contrasté

et des corps nus, à la place des grenades. plus ambigu des observateurs. rapidement les affinités socio-politiques sion très brutale dire à beaucoup

s'est toutefois que l'occupation

s'est soudain

musclée

l'on est en train d'assister à un « dérapage » des dirigeants, de l'armée et de la société israéliens. La décision du roi Hussein a pour sa part pu surprendre; elle a même choqué beaucoup de Palestiniens. ce grand Hachémites. père La Cisjordanie royaume arabe Et la guerre ne mettait et surtout dont des Six jours, Jérusalem qui éclatait font partie dix-sept de des ans en a toujours rêvé la dynastie

après l'annexion d'Hussein, Cisjordanie.

de la Rive occidentale avait même

par le roi Abdallah, le maintien

grandde nom-

pas fin à la gestion encouragé

jordanienne

Israël

26

breux liens institutionnels, ce qui fait qu'en juillet 1988, envIron 21 000 fonctionnaires cisjordaniens étaient toujours employés par le gouvernement jordanien. Ces liens institutionnels étaient renforcés par un réseau très complexe de relations clientélaires entre certains notables palestiniens d'une part, le roi Hussein et ses ministres d'autre part. La décision du 31 juillet 1988 peut donc apparaître comme une véritable fracture historique. Soulagement pour certains, trahison pour d'autres, ses conséquences politiques mais aussi économiques sont indéniables. Restent les initiatives politiques de l'OLP, qui ont été presque partout saluées comme une «renonciation au terrorisme », un abandon de l'intransigeance au profit du réalisme, et qui ont donné au mouvement une stature internationale et à ses représentants la qualité d'interlocuteurs « fréquentables ».
Cette aucune analyse en termes étapes de rupture n'est satisfaisante marque pour paret ne

des quatre

décrites Chacun

ci-dessus. de ces jalons

Elle est surtout en Cisjordanie israélienne

tielle et simplificatrice. à la fois une rupture à Gaza, la résistance ritoires

en réalité

et une continuité. palestinienne

Ainsi,

et la répression israélienne

sont pas nées en 1987, mais bien en 1967. Par périodes, se sont embrasés, Quelques et la riposte fois impitoyable. les habitants peine celait presque repères seulement. un mouvement l'armée la région.

les ter-

a été chaque de poche d'à

Entre 1968 et 1971, de guérilla, qui harle

de Gaza ont réussi, quotidiennement des centaines de détention

sur ce mouchoir israélienne.

330 km2, à entretenir

C'est le général

Ariel Sharon qui a « pacifié»
bilan a été lourd: tés dans des camps en Jordanie, bulldozer s'en Puis, ont éclaté assurer de larges entre 1973

Pour les Palestiniens, d'autres

de suspects et leurs familles déporau Sinaï, des centaines par l'armée les camps et ouverture de réfugiés, au pour

200 maisons le contrôle.

détruites

voies à travers et 1976,

des grèves clandestine

et des manifestations durant des semaipalesdu Front national

à Gaza

et en Cisjordanie,

parfois

nes, à l'appel

de l'organisation

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