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L'OMS : BATEAU IVRE DE LA SANTE PUBLIQUE

De
176 pages
Faut-il supprimer l'Organisation Mondiale de la Santé ? S'appuyant sur les résultats d'une longue enquête, deux auteurs français portent un diagnostic sévère sur cette Organisation Internationale. Ils prônent sa privatisation et sa mise en concurrence avec d'autres institutions privées aux buts identiques. Deux ans d'investigation à Paris, Genève, New York et Washington, des témoignages, la consultation de rapports officiels, de documents confidentiels, ont été nécessaires à l'élaboration de cette vaste enquête critique, la première du genre, consacrée à l'Organisation Mondiale de la Santé.
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L'OMS:

BATEAU

IVRE

" DE LA SANTE PUBLIQUE

Les dérives et les échecs de l'agence des Nations Unies

Collection Santé, Sociétés et Cultures dirigée par Jean Nadal et Michèle Bertrand
Peut-on être à l'écoute de la souffrance, en comprendre les racines et y apporter des remèdes, hors d'un champ culturel et linguistique, d'un imaginaire social, des mythes et des rituels? Qu'en est-il alors du concept d'inconscient? Pour répondre à ces questions, la collection Santé, Sociétés et Cultures propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire. Dernières parutions:

Psychothérapie des femmes africaines, D. Lutz-Fuchs. Les Racines criminelles, P. Delteil Thérapies corporelles des psychoses, G. Pons Carrefours sciences sociales et psychanalyse, B. Doray et 1M Rennes La décision sur soi, A. Lacrosse. Psychopathologie de la Côte d'Ivoire, D. Tchichi. La perception quotidienne de la santé et de la maladie, Flick Uwe. Le père oblitéré, L. Lese!. La démiurgie dans les sports et la danse, N. Midol Sujet, parole et exclusion, F. Poché L'interculturel de la psychosociologie à la psychologie clinique, D.Paquette Clinique de la reconstruction; une expérience avec des réfugiés en ex.. Yougoslavie, A. Chauvenet, V. Despret, J-M. Lemaire. Yo Garéï, G. Dori val. Communication et expression des affects dans la démence de type Alzheimer par la musicothérapie, S.Ogay Adoption et culture:de lafiliation à l'affiliation sous la direction de S. Dahoun. Thérapie familiale et contextes socioculturels en Afrique Noire, G. Dimy Tchetche. Médecine des philosophes et philosophie médicale, Jacques Chazaud. Psychiatrie en Afrique, l'expérience camerounaise, Léon Fodzo. Santé, jeunesse et société. La prise en charge desje unes 18-25 ans au sein d'un Service de Prévention à l'hôpital, B. N. Richard @ L'Harmattan, 1997

ISBN: 2-7384-5703-7

Bertrand DEVEAUD

Bertrand LEMENNICIER

L'OMS:

BATEAU

IVRE

DE LA SANTÉ PUBLIQUE
Les dérives et les échecs de l'agence des Nations Unies

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

«'

SOMMAIRE
Chapitre 1 : Une histoire mouvementée - Le privé se lance dans la santé publique:
l'expérience de la Croix rouge.
- Les quarantaines. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Il
13

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

15

- Le couronnement
internationales

de la Croix-Rouge - La guerre froide entre les deux organisations
publiques.

17

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

à la SDN et le prélude d'une nouvelle organisation: l'OMS - Les survivants de l'ancien régime
La leçon de l' histoire.

- Tentatives d'unification - La disparition des organisations de santé

- La montée en puissance du comité provisoire. . . . . . . 22
24 27 29

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29

Chapitre 2 : La dérive des missions
- Des débuts encourageants.

31

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

- La santé pour tous un concept très idéaliste. . . . . . . . . . 35
- Déjà, les premiers accrocs.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 - Les années 80 ou la perte de l'influence. . . . . . . . . . . . . . 38 - Les programmes spéciaux prennent le relais. . . . . . . . . 40

- La santé pour qui d'ici l'an 2000 ?
Des priorités mal définies.

42

. . . . . .,>;.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43 .

- Les maladiespréférentielles.. .... . - CBS TV, 4 décembre 1994
- La concurrence des autres agences.

......

... 46 48

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60

8

Chapitre 3 : Un budget particulièrement déséquilibré

63

- A Genève, la vie coule doucement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65 - Et la bureaucratie aussi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
- Un budget à tiroirs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 71

- Les intérêts des uns et des autres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 72 - Une gestion sous influence. . . . . . . .. .. . .. . . . . . . . . . .. . .. 72

- Les mauvais payeurs: un problème de plus pour l'OMS - Des maladies mieux soignées que d'autres
- Fromage ou sinécure..

78 80

- Un fonctionnement très coûteux. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 81 - Un rapport financier qui fait mal. .. . . . . . ... . . .. . .. . . .. 83
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88

- 600 millions de dollars pour le personnel. . . . . . . . . . . . 91 - Des privilèges à foison. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92

.

Chapitre 4 : Le SIDA des pauvres et le SIDA des riches 95
- Une épidémieaux répercussionscomplexes -L'apparition de l'épidémie, la mobilisationdes NationsUnies 97 99

- La percée du GP A .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .101
- Les anti Jonathan Mann se mobilisent. . . . . . . . . . . . . . .102 - Michael Merson remplace Jonathan Mann . . . . . . . . . .103 - Le programme SIDA des Nations Unies
sur la sellette. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..~. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .106

- Une nouvelle structure pour le SIDA
- Maintenant ou jamais.

.108

- Le NU Aids prend du retard. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .110
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .111

9

Chapitre 5 : Le poids écrasant des intérêts politiques
- Vote majoritaire et redistribution
des programmes.

115

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..118

- L'influence politique des îles :une aberration. . . . . .122 - Une redistribution très inégale .124 - Un cas significatif: le Royaume du Tonga .125 - Un "pays un vote" et la loi d'airain
de la démocratie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . .126

- La bureaucratie internationale: richesse des moyens, pauvreté des performances. . .129 - L'édifiant exemple du SIDA. . .. . .. . .. . . . . . . . . . .. .130 - Recrutement et idélogie politique de la santé. . . . . . . .132
- Les conflits de conception.. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .133

Chapitre 6 :

L t affaire Hiroshi Nakajima

135

-Une personnalité très controversée. . . . . . . . ... . . . . . . . .138 - Des laboratoires pharmaceutiques à l'OMS. . . . . . . . .139 - La direction régionale ouest-pacifique
en ligne de mire. . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . .140 - Le sacre de Nakajima. . . . . . . . . . ... . ... . . . . . . . ... . . . ... . . . . .141

- Genève ou la concentration des pouvoirs
- Une conjoncture - Comment mal maîtrisée.. se faire réélire.

.143

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .144

- Les critiques fusent les langues se délient. . . . . . . .. . .145
. . . ... . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .147

- Sasakawa, un milliardaire généreux, mais douteux
- La fronde africaine..

.149

- Une réélection très suspecte. . . .. . . . .... .. . . . . . . . .. . . . .150 - Les bonnes vieilles habitudes reprennent. . . . . . . . . . .153
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .154

- Nakajima sauve sa tête in extremis 156 - Affaibli, le directeur général compte les jours. . . . . .157

10

Chapitre 7: Le cas édifiant du bureau régional 159 africain - Le commissaire aux comptes
claque la porte de l'OMS .161

- Un rapport confidentiel assassin. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .162 - Début de la tourmente. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .163 - Incompétence managériale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .164

- L'affaire «jeune Afrique Economie
- Fonds

.164

sépécial de la santé pour l'Afrique. . . . . . . . . . .166 - Missions à l'étranger. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .167 - Gestion du personnel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .168

- Conséquences

des exactions de Monekosso. . . . . . . .168

Conclusion: Faut-il supprimer

l'OMS?

171

Chapitre 1 Une histoire mouvementée
1

I Cet historique repose essentiellement sur un article publié par Norman Howard Jones en 1978 dans WHO Chronicle et dont le titre est: "International Public Health: The organizational problems between the two World Wars". Norman Howard Jones est un ancien directeur de la division éditoriale de l'OMS.

13

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est une organisation intergouvernementale appartenant au système des Nations Unies. Une conférence internationale sur la santé, tenue à New York du 19juin au 22 juillet 1946, a finalement proposé et approuvé la création d'une organisation internationale de santé publique. Une constitution composée de 82 articles définit ses objectifs et ses règles de fonctionnement. Les représentants de 61 Etats ont signé cette constitution. Elle a pris effet le 7 avril 1948. Chaque année, une journée mondiale de la Santé commémore cette date. L'article 1 de cette constitution est révélateur du but de l'organisation et de l'esprit de l'époque: "Le but de l'Organisation Mondiale de la Santé est d'amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible" En fait, l'histoire de l'OMS est plus ancienne.

Les quarantaines
La première conférence internationale sur les questions sanitaires date de 1851. Organisée par le gouvernement français, elle a eu lieu à Paris. Les préoccupations de l'époque concernaient des nonnes communes de mises en quarantaine pour faire face aux épidémies de choléra qui se jouaient des frontières. Nous sommes loin du slogan "La santé pour tous d'ici l'an 2000". Cette première conférence échoua. D'autres ont eu lieu en 1859, 1866, 1874, 1881 et 1885. Il faudra attendre la septième conférence internationale, celle de 1892, pour que les grandes nations de l'époque se mettent d'accord sur l'étiologie du choléra et adoptent une convention sanitaire internationale pour lilniter son extension. En 1893 et1894, deux autres conférences ont suivi. En 1897, les Etats signent une autre c.onvention internationale pour faire face cette fois à la peste.

14

En 1902, les Etats Unis se dotent d'un bureau sanitaire international, plus connu sous le nom de Bureau Sanitaire Panaméricain, puis Organisation Sanitaire Panaméricaine (OPS). En 1903, les conférences internationales se succèdent. Elles s'étendent désormais aussi à la fièvre jaune. De cette série de conférences émerge l'idée de créer un bureau international de la santé à Paris. Quatre ans plus tard, en 1907, à Rome, naIt l'Office International d'Hygiène Publique (OIHP), dont les bureaux seront installés à Paris (195 boulevard Saint Germain). Un secrétariat et un comité permanent composés des hauts responsables de la santé publique de chaque Etat membre constituent le socle de cette organisation. Elle produit un bulletin mensuel traitant de divers sujets et se réunit deux fois par an pour traiter des mesures de quarantaines contre le choléra, la peste et la fièvre jaune. Le français est la langue officielle de cette organisation inter-gouvernementale. En 1919, on assiste à la création de la Société des Nations (SDN). Une conférence annuelle réunit les Etats membres. Un comité exécutif se réunit plusieurs fois par an avec l'aide d'un secrétariat. Les bureaux internationaux qui résultent d'accords internationaux passent sous la direction de la SDN avec l'accord des parties. A l'intérieur de la SDN se crée à Genève, parallèlement à l'OIHP, l'Organisation d'Hygiène de la Société Des Nations (OHSDN).

15

Le privé publique: Rouge.

se lance l'expérience

dans de

la santé la Croix

Après la première guerre mondiale, les Croix Rouge nationales: américaine, anglaise, française, italienne et japonaise, émergent sur la scène internationale. Ces associations privées ont fait un travail fonnidable pendant la guerre en levant des fonds et en mobilisant des individus sur une échelle gigantesque. La paix venue, elles désirent continuer à mobiliser ces fonds pour lutter contre la maladie tout autour du Globe. Sous l'influence du Président du Conseil de Guerre de la Croix Rouge américaine, Henry Pomeroy Davison( 1867-1922), financier et personnage charismatique, et la bénédiction du Président des Etats Unis Woodrow Wilson, se tient à Cannes, du 1 au Il avril 1919, une conférence réunissant les cinq grandes associations nationales de la Croix Rouge. Le but est de constituer un comité international des sociétés de la Croix Rouge. Une soixantaine de personnalités du monde scientifique, médical et de la haute administration participent à cette conférence. On remarque la présence de trois Prix Nobel de médecine: Camillo Golgi, Alphonse Laveran et Sir Ronald Ross, ainsi que des noms célèbres dans le domaine de la santé publique: Newsholme, Philip, Bernard, Calmette ( dont le nom est indissolublement lié au BCG), Roux, directeur à l'époque de l'Institut Pasteur, Cumming, Strong etc... Ce groupe de scientifiques, qui représentait ce qu'il y avait de mieux en ce temps-là en matière de médecine, approuvent à l'unanimité et avec enthousiasme le plan de Davison: étendre les activités de la Croix Rouge pour prévenir et promouvoir la santé dans le monde. Seule fausse note: celle des Français. Emile Roux, qui dirige l'Institut Pasteur, parlant au nom de la délégation française, affirma que leur participation ne pouvait engager la profession médicale française s'il s'agissait d'établir des relations avec les représentants des nations qui avaient combattu la France.

16

A cette conférence se dessine, sous l'impulsion du Colonel Strong, l'idée d1un bureau international d'hygiène et de santé publique de la Croix Rouge qui serait tenu pour responsable devant un Conseil de délégués de chaque nation intéressée. Le comité exécutif serait co:mposé des représentants des cinq grandes nations avec un directeur et deux directeurs assistants contrôlant plusieurs divisions sanitaires: les maladies infectieuses, les épidémies, la tuberculose, l'hygiène industrielle, les maladies vénériennes, statistiques de mortalité, soins aux enfants, laboratoires d'expérimentation, bibliothèques, musées et informations générales. D'autres divisions sanitaires auraient, quant à elles, été chargées de traiter les problèmes liés à l'approvisionnement en eau, et à l'évacuation des eaux usées, à la nourriture, au logement, à la désinfection, etc. Cette anticipation du fonctionnement de l'OMS démontre à quel point les idées planificatrices et holistiques en matière de santé publique étaient déjà dans l'air après la première guerre mondiale. Cependant, la préoccupation essentielle et urgente reste le contrôle des épidémies. En effet, au même moment, prend place en Europe Centrale, de la mer Noire à la Baltique, une épidémie de typhus. Davison en profite pour alerter de cette catastrophe sanitaire les participants à la conférence de la paix de Paris: "Le comité des sociétés de la Croix Rouge des rlations alliées est, à notre opinion, la seule organisation naturelle et actuelle capable de "'menerà bien ce travail (c'est-à-dire de prendre en main le contrôle des épidémies) si les ressources sont mises à sa disposition et si elle est investie des pouvoirs nécessaires". Davison faitrnême pression à la conférence de la paix pour que, dans l'un de ses articles ( l'article 25), elle reconnaisse le rôle de la Croix Rouge.

17

Le couronnement

de la Croix Rouge

Pendant les quatre années d'après gueITe, la direction et les membres dé cette organisation privée furent en nombre et en qualité largement plus compétents que ceux des organisations publiques internationales comme l'OIHP ou OHSDN. La LRCS crée un comité qui coordonne les actions de cette organisation privée en matière de santé publique internationale. Parmi ses préoccupations on note la publication: 1) d'une revue scientifique le "International Journal of Public Health", 2) l'idée de créer un service de statistiques sur les épidémiologies 3) l'ambition de faire des campagnes publiques d'éducation pour prévenir les maladies infectieuses et contagieuses. La publication de la revue scientifique s'aITête vite faute d'argent2. Cependant, les activités de la LRCS n'ont pas pris fin après la disparition de leur publication scientifique. Un des succès de cette institution a été sa mission en Pologne. En août 1919, le premier Ministre de la Pologne fait appel à la LRCSpour établir un cordon sanitaire afin d'éviter la propagation de l'épidémie de typhus. Il suggérait qu'il fallait obtenir l'appui du service sanitaire de l'armée américaine. La SDN n'avait pas pour objet d'établir un cordon sanitaire. Néanmoins, elle envoya une commission d'enquête composée de l'américain Cumming, de l'anglais Buchanan, de l'italien Castellani et du français Visbecq.
2Rajchman ,l'ancien directeur général de l'Institut National de la Santé polonaise, et directeur médical de l'Unité de Santé Publique à la Ligue des Nations, annonce en 1922 qu'il est impossible pour la SDN d'aider la LRCS à publier cette revue. La publication stoppa faute de fonds.

18

Rajchman, qui était à ce moment là directeur de l'Insitut National de Santé à Varsovie, accompagna la commission en Pologne. Mais tous ces efforts et cette mobilisation ne furent pas véritablement couronnés de succès. Pis encore, la situation empira. Mais il faut croire que le docteur Rajchman sut trouver d'autres moyens pour impressionner les membres de la commission (ainsi que Dame Rachel Crowdy, membre influent du secrétariat général de la SDN) puisqu'il devint peu de temps après le directeur médical de la section Santé à la SDN! L'OIHP comme la SDN n'avaient ni l'autorité ni les fonds pour intervenir de façon efficace en Pologne, c'est donc la Croix Rouge qui s'en chargea. Elle recruta pour cette occasion trois médecins, deux ingénieurs de santé et une infinnière en chef. Après cette mission, la LRCS devint la véritable organisation internationale de santé publique. Un autre des succès de cette organisation charitable privée fut d'établir une classification internationale des maladies! En 1922, une conférence payée par la LRCS et abritée par le gouvernement français établit cette classification. Après plusieurs péripéties et mésententes, ce fut l'unité de santé publique de la Ligue des Nations qui invita ses membres à adopter cette classification. Le conflit de compétence, qui opposa la LRCS à la Croix Rouge Internationale, n'a pas rendu la tâche facile aux uns et aux autres. Pour comprendre cette compétition, il faut rappeler qu'il existe à Genève une institution internationale: le Comité international de la Croix Rouge. Pourquoi ne pas laisser ce comité se charger de la santé publique dans le monde? Henderson directeur général de la LRCS justifie cette orientation de la manière suivante: le comité international de la Croix Rouge n'est international que de nom. Les membres sont en fait suisses et même genevois. La raison principale est politique.

19

La Croix Rouge Internationale veut rester neutre. Elle le doit vis-à-vis des sociétés nationales de la Croix Rouge,
.

mais aussi vis-à-vis des puissances ennemies. Les unes
et les autres sont ouvertes à une collaboration commune pour coordonner les efforts et éviter le double emploi sur les pays de l'Est, mais sous la direction de qui? Le comité international de la Croix Rouge prétend que cette coordination se fait traditionnellement par son entremise en temps de paix. La LRCS prétend qu'elle a entamé ces activités en temps de guerre. Un compromis s'est établi entre les deux organisations pour créer une structure commune où on échangerait des informations et coordonnerait les efforts. Finalement un partage des tâches s'est imposé. La ligue s'occupe des problèmes de santé et la Croix Rouge Internationale du reste. Le déclin vint après le départ de Davison. Dix-huit Croix Rouge nationales contribuaient aux fonds de la LRCS. Mais la Croix Rouge américaine était le principal bailleur de fonds. En août 1922, la LRCS déplaça son siège de Genève à Paris pour faciliter ses échanges étroits avec l'OIHP ( n'oublions pas que sept membres de son conseil sont à l'OIHP et ou à l'Institut Pasteur) et la fondation Rockefeller. Ce retour à Paris, conjointement avec le départ de Davison, marqua pourtant un retour vers l'orientation traditionnelle des activités de la LRCS. "Les sociétes de la Croix Rouge ... ont pour raison d'être l'assistance aux malades, blessés et prisonniers des armées et marines en temps de guerre. " Cette volonté de réorientation étâit appuyée par Lord Balfour: "Le gouvernement britannique ne désire pas que les sociétés de la Croix Rouge se mêlent de questions qui ne sont pas leurs affaires. Ces organisations ont été créées pour fournir une assistance en temps de guerre, et elles prennent trop d'intérêt aux questions de santé publique ".