//img.uscri.be/pth/ccff3e01cf69860a835a4a1e564c8b3bea496a64
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,21 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La Casamance ouvre ses cases

De
184 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 81
EAN13 : 9782296366398
Signaler un abus

La Casamance ouvre ses cases

Muriel Scibilia

LA CASAMANCE OUVRE SES CASES

Tourisme au Sénégal

Editions L'Harmattan 7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Photo de couverture:

Coll. Renaudeau,

Office du tourisme sénégalais

~ L'Harmattan, 1986 ISBN: 2-85802-676-9

Il

Sacrée Afrique, ... charnière d'une rencontre.

I)

Il Le phénomène du voyage se confond avec un phénomène d'amour, impliquant tous les épisodes de l'amour, ses approches, ses jeux, ses cristallisations, ou bien ses coups de foudre, jusqu'à la désorientation, au changement de destin, à l'acceptation d'un destin nouveau, totalement différent. »

Jean Cassou

PROLOGUE

Raconte-moi... Encore... Le regard pétille... S'égare, loin. Puis, lentement, entre rire et nostalgie, d'histoires anecdotes, la mémoire se déroule.

en

Au bord des bôlons t d'Elinkine...

Nous sommes dans la chaleur humide d'un drôle de bureau à Ziguinchor. Nous serons sous les palmiers d'Abéné...

Dans la douce intimité de l'impluvium d'Enampore... Sur les pistes cahotantes qui mènent de Baïla à ThionkEssyl... Sous la nuit étincelante d'Oussouye... Nous irons partout. Et la voix d'Adama, bientôt relayée par celle de tant d'autres, me racontera, sans se lasser, la vie quotidienne en Casamance, le bois sacré et son impénétrable mystère, les traditions qui se perdent, les dégâts de la sécheresse, et cette aventure qui les passionne tous depuis plus de dix

ans, « le tourisme rural intégré ».
L'idée d'écrire ce livre est née d'une rencontre merveilleuse que je fis, presque par hasard, avec Adama Goudiaby, lors d'un séjour touristique au Sénégal. Enivrée et séduite par la vie débordante de Dakar, je décidai de prolonger mon voyage et de partir à la
1. Bôlon: bras de mer. 7

découverte de l'arrière-pays. En parcourant sommairement une carte de géographie, je me heurtai au nom de Casamance dont les sonorités si musicales et chaleureuses dessinèrent les contours d'une terre opulente qu'il me tardait de découvrir. Ma curiosité fut d'autant plus aiguisée que la rumeur de la capitale faisait de cette région l'antre d'une ethnie farouche et conservatrice qui, paradoxalement, menait depuis quelques années une expérience originale d'autogestion villageoise. Sur la route qui mène de Dakar à Ziguinchor le nom de Casamance résonnait en moi, prenait sous la chaleur accablante les accents d'une berceuse, tandis que s'y mêlaient confusément d'autres noms tout aussi mélodieux: Eloubaline, Diouloulou, Elinkine, Cachiouane, M'Lomp, Koubalan, Eguilaye... Après avoir longuement attendu au bac de Gambie,

notre taxi-brousse, surnommé à juste titre « taxi de la
mort », reprit sa route, non sans piler brusquement à plusieurs reprises pour laisser passer quelques vaches indolentes ou rattraper les bagages mal arrimés. Peu à peu, le paysage calciné du centre du pays cédait la place à des plaines verdoyantes entrecoupées de forêts d'une étonnante densité. Arrivée la nuit tombante à Ziguinchor, je ne perçus de cette ville que le tohu-bohu de sa gare routière et la sérénité de quelques rues bordées de maisons coloniales. Dès l'aube, je filai en direction du village d'Enampore, où je savais trouver la fameuse case à impluvium dont on vantait tant la perfection architecturale, et où il était possible de se loger. Je découvris une case toute ronde avec ses alcôves de terre et son grand trou central d'où s'épandait une chaude lumière... Un havre de paix... Je fus accueillie par Léopold, le gérant, qui me conduisit à ma chambre. Il s'agissait d'une petite pièce obscure, d'aspect très monacal. avec pour tout mobilier un lit en osier surmonté d'une vaporeuse moustiquaire. Les jours qui suivirent furent pleinement occupés à visiter le village, bavarder avec les gens, naviguer sur les bâlons en compagnie de jeunes piroguiers. Chaque soir les hommes revenaient des rizières ou de la pêche en marigot 2; les femmes sillonnaient les
2. Marigot: point d'eau (mare, ruisseau...). 8

pistes, le corps plié par des fagots de bois mort. En se croisant, chacun se saluait; et sur les murmures de la nuit naissante venait se greffer, comme un chant montant de la terre, la joyeuse mélodie de ces salutations rituelles indéfiniment recommencées:
«

Kassoumaye
Kep

- Kassoumaye

- Kokoubo - Katabo - I Yo...»

Kassoumaye... Petit mot magique fleurissant sur toutes les lèvres, déclenchant à tout moment des cascades de rire, ouvrant à de multiples confidences. Kassoumaye... Vocable minimal de l'étranger, sésame d'un échange qui se poursuivra, faute d'autres mots, par maints regards et gestes... Selon les soirs, je partageais un succulent tié bou diène 3 avec une famille ou je rentrais dîner au campement. Lorsque d'autres touristes étaient de passage, Léopold comme Matar se prêtaient toujours aussi volontiers aux discussions, sous le regard amusé d'Ousmane, le gardien, qui ne parlait pas un mot de français mais approuvait tout d'un ample mouvement de la tête. Parfois, nous retournions passer la soirée au village. Sur les places, dans les cours, sous les gigantesques fromagers, c'était l'heure des interminables causeries. Lentement, la parole se nouait, s'amplifiait, circulait de l'un à l'autre... Sans se faire prier, les Anciens racontaient, chacun à sa manière, la fondation du village, sa résistance épique aux Mandingues puis aux colons... la nécessité pour les femmes de se livrer à toutes sortes de rites pour en finir avec cette sécheresse catastrophique. Les plus jeunes débattaient passionnément de l'origine des différentes ethnies, de l'urgence d'aider leur village à se développer, du devenir de leur «pays ))... cette terre menacée dans ses fondements les plus intimes par les coups répétés de ce progrès, à la fois tant craint et si fortement désiré... Par moments surgissait un sentiment d'étrangeté

3. Tié bou diène: riz au poisson. 9

d'être ainsi en plein cœur de la brousse, réputée sauvage et mystérieuse, et de la découvrir si accueillante, paisible et laborieuse. Et quel plaisir de se promener partout en toute quiétude, de pouvoir sans appréhension répondre aux salutations, aux différentes invitations à partager un plat de riz, quelques arachides ou tout simplement un bout de conversation... Mais bientôt, il fallut partir... Repassant par Ziguinchor, je décidai de faire un crochet par le centre artisanal où je savais trouver le responsable du tourisme rural. J'atterris dans un étrange bureau, encombré de dossiers poussiéreux et d'objets hétéroclites, où régnait un perpétuel va-et-vient. J'y découvris un homme rayonnant qui répondit chaleureusement à toutes mes questions, éclatant d'un rire communicatif lorsqu'elles étaient trop naïves, changeant habilement de sujet lorsqu'il les jugeait trop indiscrètes. Nous parlâmes longtemps. Mais il y avait tant de choses à dire, à apprendre, à comprendre que nous décidâmes de nous retrouver quelques mois plus

tard afin de reprendre cette passionnante « causerie »...
Ce livre se veut surtout être l'écho de toutes ces voix qui, de causerie en causerie, ont tissé l'histoire de cette expérience unique en Afrique qu'est le tourisme rural intégré. Cette formule s'est inspirée de l'idée, classique dans les années 70, que le tourisme pouvait servir de moteur au développement de pays ou de régions. Aussi, après bien des péripéties, plusieurs villages de Basse Casamance exploitent des campements touristiques qu'ils ont construits et gèrent collectivement. L'aspect le plus original de cette entreprise étant que les bénéfices reviennent intégralement aux villageois, qui restent libres de les utiliser comme bon leur semble. Cette autogestion se double d'une volonté d'initier à un tourisme différent, moins destructeur sur le plan des mœurs et des structures sociales, en offrant aux touristes la possibilité de découvrir une autre civilisation. L'accent est mis sur la nécessité d'établir des contacts plus authentiques, favorisés par une participation réelle au mode de vie des autochtones. Rendre compte de cette aventure implique de parler de l'organisation sociale et culturelle des populations concernées. Au fil de ces pages, il sera surtout question 10

de l'ethnie diola, non parce qu'elle aurait été jugée supérieure aux autres, mais parce qu'elle est majoritaire dans la plupart des villages où des campements ont été implantés. De ce fait, elle imprime sa marque à l'ensemble de la communauté, et a largement influencé le déroulement de cette expérience. Personne ne peut encore présager de ce qu'il adviendra de cette aventure -Q.uecertains. qualifient toujQurs de merveilleuse utopie. Il est possible qu'à f6rce--d'-efforts collectifs, de rectifications, de réactualisations, elle dé. passe les objectifs initiaux. Mais il est tout aussi possible qu'un jour, ceux qui l'ont portée à bout de bras finissent par ne plus la reconnaître et s'en détournent, un goût amer au fond du cœur, tant elle leur semblera dénaturée.

INTRODUCTION

Du voyage au tourisme

De nos jours, la notion de voyage est intimement

liée

à celles de plaisir, de loisirs, de

« vacances

». Quant au

tourisme, il est si profondément entré dans les mœurs des sociétés industrialisées qu'on oublie facilement qu'il est un phénomène récent, datant de moins de deux siècles. Si au cours de leur histoire les hommes ont toujours voyagé, ils le faisaient surtout par obligation, pour des raisons économiques, politiques, militaires ou religieuses. Outre les grandes migrations de populations et quelques aventuriers avides de sensations fortes, seuls les marchands, les hommes politi"ues, les soldats, les pèlerins et les missionnaires osaient s aventurer sur les routes, tant les réseaux de communication étaient mal développés, les dangers multiples et les risques de ne jamais revenir, réels. Mais au fil des siècles, les raisons qui ont poussé les individus à entreprendre de tels périples se sont diversifiées. Dès le Moyen Age, étudiants et compagnons sillonnent le pays afin de parachever leur formation. Par la suite, les jeunes élites européennes, formées à l'idéal humaniste, entreprennent de véritables voyages d'apprentissage. Chaperonnées par des percepteurs, elles parcourent le continent d'une capitale à l'autre, visitent les monuments, s'initient aux fastes du beau monde et aux 13

langues locales, multiplient les contacts avec les populations. L'influence de la littérature romantique contribue à développer le goût des voyages; la découverte passionnée de l'histoire place les monuments au centre des intérêts. On vibre, on s'exalte tout autant devant un beau paysage que face à des monuments au milieu de vestiges historiques. D'un site à l'autre on s'attarde longuement, on dessine avec précision les lieux les plus émouvants, dans le désir de fixer quelques fragments d'un monde désormais érigé en spectacle. Préfigurant le rôle que joue aujourd'hui l'imagerie publicitaire dans l'offre touristique, ces reproductions, largement diffusées grâce à l'invention de la lithographie, sont de puissantes incitations au voyage. Le voyageur est alors un être profondément curieux et disponible qui s'intéresse à l'environnement comme aux hommes. S'interrogeant, observant, s'imprégnant de ces univers si différents qui jalonnent sa route, il s'efforce d'en comprendre la réalité passée et présente. Mais peu à peu la conception du voyage se modifie. Tout en gardant son aura culturelle, il perd sa fonction éducative pour devenir plus ludique. La découverte des pays et des peuples est reléguée au second plan, et l'on s'attache davantage à cultiver son propre plaisir, tout en s'efforçant de reconstituer un univers familier de façon à se sentir « ailleurs» comme chez soi. C'est de ce passage des notions de nécessité et d'utilitaire à celle d'oisiveté que naît le tourisme tel que nous le connaissons aujourd'hui. C'est d'ailleurs à cette époque, vers 1800, que ce terme apparaît: il désigne tous les voyages dont la motivation principale est le plaisir. Longtemps, cette activité reste le fait de castes privilégiées. Aristocrates, rentiers, hommes de lettres baladent leur désœuvrement et parfois leur spleen au-delà des frontières. Mais contrairement à aujourd'hui, c'est avec fierté qu'est assumé le rôle de touriste. D'autant plus que l'inactivité et la dépense que cette pratique suppose vont à l'encontre des valeurs de travail et d'épargne, instaurées par la bourgeoisie triomphante. L'invention du chemin de fer, sa généralisation facilitent ces périples en les rendant plus rapides, plus confortables et moins onéreux. Des innovateurs, qui ont perçu l'enjeu de cet engouement, s'attellent à la mise en place de toute une infrastructure touristique. C'est aussi l'époque 14

de la création des premiers guides et de l'invention, par Thomas Cook, des voyages de groupe puis des voyages à forfait. Peu à peu, le goût et la possibilité de voyager gagnent la bourgeoisie, puis la petite bourgeoisie. Mais de nombreuses transformations sociales, fruits d'âpres luttes, sont nécessaires avant que les couches populaires accèdent au droit au voyage, et que le tourisme cesse d'être le fait de quelques-uns pour devenir un phénomène de masse. Conjointement à l'amélioration générale du niveau de vie, la réduction du temps de travail journalier puis hebdomadaire et l'instauration des congés payés permettent l'essor du tourisme populaire. Cependant, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale et surtout les années soixante pour que se développe le tourisme international. Son extension est liée à la diminution des temps de transport (due au développement de l'aviation civile) et à la baisse des tarifs aériens (notamment avec la création des vols charters). Un siècle et demi de croissance continue ont fait de ce secteur une véritable industrie. Devenu un système extrêmement complexe, il met en jeu différentes instances économiques, politiques, sociologiques -, déploie ses ramifications à travers de multiples domaines - transport, construction, artisanat - et nécessite une infrastructure matérielle et administrative de plus en plus sophistiquée. Après s'être développée de façon artisanale, la tendance actuelle est à la disparition des petits entrepreneurs et à la concentration entre les mains des multinationales (qui ont des intérêts dans tous les secteurs d'exploitation: lignes aériennes, hébergement, agences de voyages...); et à l'intégration par la multiplication des chaînes intégrées qui se consacrent aux différentes formes de l'accueil. Au fil de cette évolution, les vacances cessent d'être un privilège pour devenir un droit sacré. Elles deviennent aussi une nécessité car le développement de la société industrielle s'est accompagné de toutes sortes de nuisances. Créant chez les individus le besoin d'alterner des périodes de repos et de travail, afin de reconstituer leurs forces physiques et psychologiques. Si les motivations des touristes sont variables, tous ont en commun un immense désir d'évasion. Ce rejet de 15

l'univers quotidien naît d'une rupture de plus en plus prononcée entre l'homme et son environnement. En effet, dès les années trente et jusque dans les années soixante, l'E urope connaît une urbanisation accélérée. Partout on construit des villes tentaculaires dont l'organisation néglige les facteurs humains pour obéir aux lois de la rentabilité. Oppressés par l'uniformisation de l'espace, par les bruits, les lumières artificielles et la pollution; bousculés par le rythme trépidant de la vie professionnelle, écrasés par l'anonymat et la solitude des grandes cités, les hommes éprouvent le besoin de renouer avec leurs semblables, de reprendre contact avec la nature, de revivre «l'aventure». Il n'est donc pas surprenant que le taux des départs en vacances soit proportionnel au degré d'urbanisation des villes. Par contraste, les pays du Tiers Monde apparaissent comme des enclaves miraculeusement protégées où, l'espace d'un séjour, on espère retrouver «la vraie vie». Et, s'il existe une adéquation entre les motivations des voyageurs et les produits offerts sur le marché, c'est qu'elle repose sur un ensemble de mythes soigneusement entretenus par la publicité et les médias: l'exotisme, le naturel, l'érotisme et la nature. Si le tourisme n'a cessé de se développer dans les pays industrialisés, ceux du Tiers Monde sont longtemps restés en marge de cet essor. Toutefois dans les années soixante, selon M.-F. Lanfant, une idée nouvelle se répand: «Le tourisme international devrait aussi profiter aux pays sous-développés. Elle surgit dans une conjoncture particulière où les nations nanties décident d'apporter une aide au Tiers Monde, amorçant ainsi ce qu'on a appelé la décennie du développement. L'argument est que la venue de touristes occidentaux porteurs de devises permettrait à ces pays d'atténuer le déficit structurel de leur balance des paiements. 1 Il Cette conception est adoptée par les Nations unies. Les années suivantes, les pays intéressés sont conviés à accueillir les touristes, à accorder la priorité au secteur touristique dans leur économie, et à favoriser l'investissement de capitaux étrangers en concédant des avantages fiscaux et des garanties. S'alignant sur ces vues, différents pays en voie de développement se lancent dans de vastes
1. M.-F. Lanfant,
ment '>,in le Monde
«

Exotisme de la misère et mirage du développeaoût 1980.

diplomatique,

16

projets d'aménagement avec l'aide financière et technique de la Banque mondiale. Le Sénégal est de ceux qui choisissent de tenter l'aventure.

Le Sénégal

extrême, s'ouvre à toutes les mers, à tous les vents. 2 » C'est
aussi la partie la plus avancée du bombement ouest africain, un carrefour de continents sur l'axe EuropeAmérique-Afrique; la porte de l'Afrique, le creuset de la culture nègre. C'est encore un pays jeune et ouvert, qui a su tirer parti de sa position géographique privilégiée, de son ensoleillement permanent et de la vogue des pays lointains pour se lancer dans le tourisme. Un domaine où il fait bientôt figure de pionnier en Afrique de l'Ouest, grâce à une stratégie de développement efficace qui a permis à ce secteur de devenir l'un des plus dynamiques de l'économie nationale. Pour réussir son décollage touristique, le Sénégal a instauré une politique d'incitation. Il a encouragé les investissements en accordant de nombreux avantages financiers et fiscaux aux promoteurs, aidé les organismes de transports aérien et terrestre, organisé différentes campagnes de promotion publicitaire. Compte tenu de la dépendance du pays sur les marchés extérieurs et du faible degré des exportations, l'Etat espère que cette activité permettra d'améliorer la balance des paiements, et qu'à plus long terme son apport en devises sera comparable à celui de l'arachide. Il s'attend aussi à ce que cette activité favorise la création de nouveaux emplois afin de remédier à l'accroissement du chômage3. Le Sénégal mise sur un tourisme de congrès et d'affaires (en plein essor grâce à l'accroissement des échanges économiques internationaux), et sur le tourisme
2. L.S. Senghor. 3. Ces espérances figuraient clairement dans le 4e Plan, 1973-1977, où le tourisme était considéré comme un objectif prioritaire. 17

« C'es~ d'abord, un visage de basalte qui, à l'Occident

« libéré ».

balnéaire (fondé sur une exploitation judicieuse des richesses naturelles: mer, soleiL). Ce dernier reste saisonnier en dépit d'efforts constants pour promouvoir la basse saison. Une clientèle aisée, essentiellement composée de Français et d'Allemands, se rassemble dans de grands hôtels et des villages de vacances. Optant pour un tourisme sélectif, source de devises, les autorités refusent la chartérisation mais favorisent la baisse des tarifs aériens. Une attitude dictée, d'une part, par la crainte de ne pouvoir faire face à un afflux trop important, de l'autre, par la peur de se voir envahi par des nuées de globe-trotters qui seraient restés en marge des structures et à qui on prête un comportement trop

Les effets de cette politique ne se sont pas fait attendre. Dès 1972, on assiste à un véritable boom touristique. Cependant, si les premières années sont à l'euphorie, la vulnérabilité de Ct::sect~ur - qui dépend de l'étranger pour sa clientèle et ses capitaux - apparaît bientôt. A l'optimisme initial succède une phase de prudence, riche en controverses. La vaste polémique qui s'engage au plan international trouve de multiples échos au niveau national. Car s'ils sont nombreux à considérer que le tourisme est une panacée pour sortir du sous-développement, d'autres n'hésitent pas à l'accuser d'être, sous une forme déguisée, un nouveau colonialisme. On lui reproche de piller le pays. Dans la mesure où la plupart des bénéfices réalisés sont rapatriés par des entreprises étrangères (par le biais des chaînes hôtelières, liées aux compagnies aériennes et aux organisations de voyages), le pays n'en conserve qu'une faible part (alors que bien souvent il a dû consentir à de lourds investissements). De plus, face à la puissance des grands groupes, les pays d'accueil sont l'objet de toutes sortes de pressions afin que leurs options en la matière ne desservent pas les

intérêts des firmes étrangères

4.

Aussi, certains gouver-

nants, alléchés 'par la perspective de tirer des bénéfices personnels, bradent le patrimoine au plus offrant.
4. En 1972, la firme Neckermann a voulu augmenter ses marges bénéficiaires, les autorités tunisiennes s'y étant opposées, l'année suivante, le nombre de touristes acheminés dans ce pays par les soins de cette firme est passé de soixante mille à douze mille. 18