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La coopération arabo-sénégalaise

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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296177574
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LA COOPÉRATION ARABO-SÉNÉGALAISE

Forum du Tiers-Monde

Charbel

ZAROUR

LA COOPÉRATION ARABO-SÉNÉGALAISE

Préface de Samir AMIN

Éditions L'Harmattan UNU (Université des NATIONS UNIES) UNRISD (Institut de Recherche des Nations Unies pour le développement social)

Du même

auteur

chez

le même éditeur: arabo-africaine

Charbel ZAROUR, La coopération

@ UNU @ L'Harmattan, 1989 ISBN 2-7384-0369-7

GLOSSAIRE DES SIGLES UTILISÉS

BCEAO: Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest BSK: Banque sénégalo-koweitienne ICS : Industries chimiques du Sénégal OMVS : Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal SAED: Société d'aménagement et d'exploitation du delta SOMIV AC: Société de mise en valeur de la Casamance SODEVA : Société de développement et de vulgarisation agricole STN : Société des Terres Neuves BST : Banque sénégalo-tunisienne SNCDS : Société nouvelle des conserveries du Sénégal SENAM: Société sénégalaise de navigation maritime SNCD V : Société de navigation Delmas- VieIjeux CSPT : Compagnie sénégalaise des phosphates de Taïba SSPT : Société sénégalaise des phosphates de Thiès SENELEC: Société sénégalaise d'électricité CSS : Compagnie sucrière sénégalaise o VSTM : Organisation de mise en valeur des terres du Mali SONADER : Société nationale mauritanienne de développement rural SENCHIM: Société sénégalaise de commercialisation des produits chimiques

PRÉFACE

Faisant suite à La coopération arabo-africaine, bilan d'une décennie 1975-1985 (Éd. L'Harmattan, 1989) qui a enrichi la littérature en français d'une étude exhaustive qui manquait jusqu'ici, cette analyse approfondie de Charbel Zarour permet d'affiner quelques-unes des conclusions suggérées par l'ouvrage précédent. L'étude du cas sénégalais est en effet exemplaire, ne serait-ce que parce que le Sénégal est un pays africain qui, en termes relatifs, bénéficie d'une aide extérieure importante et que la coopération arabe constitue ici un des principaux partenaires, dont la contribution se situe dans des ordres de grandeur comparables à celle de l'Occident développé (le Sénégal est d'ailleurs le second pays africain par le volume global de l'aide qu'il a reçue des pays arabes. L'étude de l'expérience de la coopération arabo-sénégalaise constitue donc un bon test pour affiner les réponses à la question que nous nous posions dans notre préface au livre précédent du même auteur: cette expérience amorce-t-elle un mode de coopération différent, s'inscrivant dans une perspective de renforcement de « l'autonomie collective» du tiers monde vis-à-vis du Nord? Ou bien n'est-elle que le prolongement des rapports traditionnels Nord-Sud, permettant, conformément à la philosophie du « trilogue » (Europe communautaire, monde arabe, Afrique noire) de « continuer à faire la même chose avec l'argent des autres» ? L'idée d'une coopération économique entre pays du tiers monde, prolongeant la solidarité politique des mouvements de libération nationale, remonte à la conférence de Bandoung (1955), qui est à l'origine pensait en termes de stratégies - nationales d'abord, renforcées ensuite par le soutien mutuel - visant à la construction d'économies autocentrées autonomes (d'où le terme « d'autonomie collective» en anglais colective self-reliance - utilisé pour exprimer l'objectif de cette coopération Sud-Sud}.

du mouvement afro-asiatique des non-alignés. A l'origine donc on

7

Les moyens financiers affectés à cette coopération se sont trouvés soudainement considérablement renforcés par le réajustement des prix du pétrole en 1973. Très naturellement cette évolution devait conduire à l'expansion de la coopération arabo-africaine, devenue de ce fait la réalisation de loin la plus importante parmi tous les projets de coopération Sud-Sud. Le Sommet afro-arabe de 1977 allait également modifier les données du problème en décidant la « globalisation » de cette coopération, associant tous les pays des deux régions arabe et africaine, sans considération de la nature de leurs stratégies nationales. De ce fait la coopération arabo-africaine s'inscrit désormais dans des projets nationaux qui, dans la plupart des cas, font peu de place à l'objectif d'une construction autocentrée, nationale et régionale. Elle court alors le risque de devenir un prolongement des politiques globales d'insertion dans le système mondial, commandée par les exigences du capital dominant des pays développés, et de perdre de vue son objectif d'origine, qui était de constituer un choix différent, alternatif - partiellement au moins - à celui qui découle de l'ajustement unilatéral aux contraintes de la mondialisation. Qu'en est-il de ce point de vue de la coopération arabosénégalaise? L'aide arabe au Sénégal - dont le volume s'est élevé à 775 millions de dollars pour la décennie 1973-1984 - provient à concurrencer de 70 % des pays du Golfe, complétés pour la presque totalité du solde par les institutions arabes multilatérales. Elle a été affectée pour 60 % à des projets définis, agricoles et industriels principalement, et pour 40 % au soutien aux finances publiques et à la balance des paiements du Sénégal. L'aide aux projets a été affectée à concurrence de 50 % à l'agriculture - particulièrement aux projets d'irrigation -, de 18 % à l'industrialisation, le reste étant allé aux différents secteurs de l'infrastructure et de l'action sociale (habitat notamment). Contrairement aux images malveillantes que les media occidentaux donnent souvent de cette aide (la coopération arabe n'a pas financé plus de mosquées que la coopération occidentale de cathédrales) l'aide arabe a fait ici des choix qui, dans une certaine mesure, tentent de corriger les distorsions systématiques que le système mondial impose au Sénégal comme aux autres pays du tiers monde. Dans le domaine agricole ce choix s'est porté sur la création de zones de culture irriguée intensive, seul moyen à long terme d'assurer un meilleur équilibre entre la production et la satisfaction des besoins alimentaires des campagnes et des villes. Doit-on souligner que ce choix prend le contrepied de celui de l'Occident, qui persiste dans la vieille stratégie coloniale d'expansion extensive des cultures d'exportation en sec (ne serait-ce que pour compenser la détérioration séculaire des termes de l'échange pour ces produits), en dépit du fait reconnu
que cette expansion

-

qui détruit la base écologique sur laquelle elle

8

repose - est bel et bien à l'origine de la désertificationet de lafamine.
Or on sait comment les media dominants se sont souvent employés à dénigrer les projets d'irrigation (on se souvient des campagnes organisées contre le Haut barrage d'Assouan, mises en sourdine depuis que l'on sait que sans lui, l'Égypte aurait partagé le sort des pays frappés par la sécheresse et la famine (1). Sans doute les projets d'irrigation sont-ils coûteux. Or comme l'Afrique n'a qu'un poids léger dans les équilibres géo-politiques mondiaux, l'Europe, responsable pourtant du désastre historique du continent, est peu disposée à payer aujourd'hui la note de la réparation nécessaire (2). Les problèmes techniques complexes de l'irrigation, les erreurs mêmes commises dans ces domaines, les limites imposées par le cadre social et politique dans lequel opèrent les projets d'irrigation, ne sauraient servir de prétexte pour remettre en question le principe de la maîtrise de l'eau, tâche prioritaire évidente pour toutes les régions arides et semi-arides. Par ailleurs, la coopération arabo-sénégalaise persiste à soutenir l'effort d'industrialisation du pays. On notera que ce choix prend également le contrepied de celui de l'Occident qui s'emploie à imposer des politiques de désindustrialisation à travers le tiers monde. Depuis que le rapport de l'Américain Eliott Berg, pour le compte de la Banque
Mondiale, a conclu

-

sans le moindre

sens de la mesure -

que

l'Afrique donnait une trop grande priorité à l'industrie (3), tous les programmes dits « d'ajustement» imposent une ouverture extérieure aux importations, incontrôlée - au nom de la «compétition internationale» - dont l'effet évident ne peut être que la fermeture de toutes les rares unités industrielles du continent et... la détérioration ultérieure de la balance des paiements (alors que ces plans se proposent d'en supprimer les déficits I). La coopération occidentale a, dans ces conditions, cru devoir donner la priorité au tourisme, devenu dernière planche de salut pour les pays en voie de désindustrialisation. L'aide « hors projets» s'est donc imposée progressivement parce que précisément les plans d'ajustement formulés par le FMI et la Banque Mondiale, sans que la Communauté européenne ne soit intervenue pour en corriger les effets dévastateurs, ont largement aggravé la situation économique et financière du pays, sans parler de la détérioration des conditions sociales des couches populaires. Charbel Zarour fait observer, à juste raison, à ce titre, que cette aide à la balance des paiements permet à la France de se soustraire aux obligations statutaires du système de la zone franc (4). Ici donc la logique
(1) Dans son dernier ouvrage, René Dumont (Un monde intolérable, Seuil, 1988, chap. VII) reconnaît ainsi l'utilité vitale du Haut barrage, longtemps dénigré par les écologistes extrémistes. (2) Cf. S. Amin, La faillite du développement (L'Harmattan, 1989), chap. IV. (3) Cf. S. Amin, Impérialisme et sous-développement en Afrique, Economica 1988, deuxième partie, chap. V. (4) Cf. S. Amin, Impérialisme et sous-développement en Afrique, op. cit., tro; sième partie, chap. V et VI.

du système global s'est imposée à tous, réduisant la partie arabe au r6le de partenaire - malgré lui peut-être - des « créanciers» du tiers monde. Car la dette extérieure du Sénégal à l'égard des pays et institutions arabes est aujourd'hui du même ordre de grandeur que celle de ce pays à l'égard respectivement de la France et du groupe de la Banque Mondiale (un quart environ pour chacun des trois partis mentionnés). Intervenant au moment même où les capitaux étrangers fuient le pays (tout simplement parce que le vieux capital colonial est incapable d'envisager une modernisation de ses équipements et de ses méthodes capables de lui assurer la fameuse compétitivité internationale requise), ces plans d'ajustement persistent néanmoins à suggérer la privatisation! Il est amusant de noter que la seule réalisation allant dans le sens du développement d'un secteur privé alimenté par un flux de capitaux en provenance de l'extérieur est précisément à mettre à l'actif de la coopération entre le Sénégal et le Koweit ! Rien par contre n'est venu jusqu'à ce jour de l'Europe communautaire! Les conditions dans lesquelles s'est inscrite la coopération arabosénégalaise expliquent donc pourquoi celle-ci n'est pas parvenue à modifier, même marginalement, la structure des rapports inégaux et des flux commerciaux entre le Sénégal et ses partenaires traditionnels de l'Occident développé. L'absence d'un tissu de connaissances suffisantes des marchés, de liaisons maritimes directes, de systèmes de financement appropriés, ne sont pas les seules raisons de cette faiblesse. Les monopoles technologiques

naires occidentaux appelés par la coopération arabo-sénégalaise à fournir les équipements requis, dont Charbel Zarour nous donne quelques exemples - ont ici aussi leur part de responsabilité. En définitive donc l'aide arabe contribue au maintien des importations du Sénégal en provenance de l'Europe communautaire à un niveau relativement élevé, en dépit de la crise. Pour aller plus loin dans le sens qu'elle se propose et dépasser les obstacles qui s'y opposent, la coopération arabo-sénégalaise exigera sans doute que les deux partenaires prennent davantage de distance à l'égard des politiques d'ajustement imposées par le Nord, et retournent d'une certaine manière à l'esprit de Bandoung.
Samir AMIN

-

et souvent l'avidité des parte-

Cet ouvrage a été produit dans le cadre du programme africain de l'Université des Nations Unies (UNU) et de l'Institut de Recherche des Nations Unies pour le Développement Social (UNRISD), exécuté par le bureau africain du Forum du Tiers Monde (FTM). Nous adressons ici nos remerciements à ces institutions et à l'Agence Suédoise pour la Coopération dans la Recherche avec le Tiers Monde (SAREC) qui apporte son soutien généreux au bureau africain du Forum du Tiers Monde. Cependant, selon la formule consacrée, les opinions exprimées ici n'engagent que leurs auteurs et en aucune manière les institutions signalées. 10

INTRODUCTION

1 - La place du Sénégal

dans les relations

afro-arabes

Le Sénégal est l'un des pays d'Afrique noire qui a le plus bénéficié des capitaux arabes: d'après les données statistiques établies par la BADEA(1), il figure, après la Guinée, au deuxième rang des bénéficiaires de l'aide arabe à l'Afrique, avec 791,5 millions de dollars EU d'engagements de prêts, soit 8 % du total des aides bilatérales et multilatérales fournies en faveur des pays africains au cours de la période 1973-1984. Et pourtant, l'intérêt économique que présente le Sénégal n'est pas si évident: c'est une nation de loin moins pourvue en potentiel ou en ressources minérales abondantes dont jouissent beaucoup d'autres pays du littoral ouest-africain ou d'Afrique centrale et orientale. Dans ces conditions, on peut s'interroger sur les motifs qui ont amené les pays arabes à s'intéresser autant au Sénégal, au point d'en devenir le troisième groupe de bailleurs de fonds, après la France et les institutions de Bretton Woods, c'est-à-dire la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Plusieurs raisons expliquent cette situation.

- Le Sénégal, dont la population dépasse à peine 6,5 millions d'habitants et qui occupe environ 200 000 km2 sur la côte atlantique, ce qui en fait un pays aux dimensions réduites, a acquis néanmoins une stature considérable en Afrique noire et dans le Tiers-Monde en général, grâce au rôle prédominant qu'il joue aux plans culturel et intellectuel mais aussi grâce à son évolution sociale et politique. Les pays arabes considèrent, à juste titre, que le Sénégal fait partie des pays dés en Afrique et qu'il constitue, au plan politique, une nation de tout premier plan.
l. BADEA,Rapport annuel 1985, appendice II, p. 98 11