La Corse-autour

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Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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EAN13 : 9782296250024
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La Corse-Autour

LA CORSE À L'HARMATTAN

BINDI A-L: Inventer la Corse nomisme politique, 118p.

Dimensions

de l'auto-

- Le naufrage de l'autonomisme Corse sai, 14Op.
gnollaud, 32Op.

1982-87,Es-

- Autonomisme, luttes d'émancipation en Corse et
ailleurs (1984-89), préface d'O. Mongin, postface de J-P Cha-

-

Corse -

Entretiens avec 19 personnalités et autres

textes, préface de B. Marchetti, 154p.

BONNARDI F.: Corse-La croisée des chemins, 118p. GRIFFI T. et PREZIOSI L.: Premi~re mission en Corse occupée, avec le sous-marin «Casabianca» (1942-1943), présenté par J. Rous, Préfacé par H. Nogu~res, 192p. POIZAT-COSTA M.-F.: Le probl~me corse - Essai il anthropologie philosophique, 19Op. POLI M.: La Corse au poing.

Coordonné par A-L. BINDI

LA CORSE-AUTOUR
Identités, Enjeux en Europe et en Méditerranée

Textes et déclarations

de:

X.ARZALLUS
A-L. BINDI A. CAYROL A. CHOURAQUI B. DREANO F. GUATTARI V. HAVEL

P. MARCHETTI C. OLIVESI M. POLI J-P. PASTOREL B. RAVENEL L. SCHWEYER M. WIEVORKA

Préface de T. FABRE Postace de A. DEMICHEL

L'Harmattan 5-7rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 - Paris

Couverture par Prisma-Micro Edition (Bastia). Peinture de Françoise SERIEYS, sans titre.

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1128-2

PRÉFACE DE THIERRY FABRE L'EURO-MÉDITERRANÉE COMME PROJET
Etrangère et proche; repliée et disponible; sauvage et accessible; isolée et reliée à la France, à l'Europe et à la Méditerranée, ainsi la «Corse-Autour» s'inscrit-elle dans ces multiples cercles d'appartenance qui façonnent son identité, scandent ses espoirs ou délimitent ses refus. C'est en méditerranéen que je la regarde, que je l'interroge, qu'elle m'attire et me rejette. Je suis étranger à elle, elle est pourtant une partie de moi. La Corse affleure dans sa singularité décidée, renfrognée, comme ses montagnes dressées non loin de ses rives. Elle est portée par cette poussée tellurique, chtonienne, par ses plissements d'altitude qui lui donnent un caractère farouche, à l'image de la Kabylie ou de la Crète. Car la Corse est née de mer, elle est d'abord une victoire sur les gouffres, une émergence de terre conquise sur les flots, et son afÏmnation procède de cette première poussée victorieuse. La sève originelle de la Corse est bien là, dans ce mouvement de terre gagné sur la mer. Elle la côtoie et la surplombe elle s'y baigne sans s'y laisser prendre. C'est ainsi que la Corse a appris à ne pas se laisser engloutir. Elle est dans le même temps refus et affirmation vibrante d'un vouloir être, jamais établi, toujours sur le qui-vive. Ceux qui ne comprennent pas cette intensité intérieure, cet excès de vie masqué par une supposée indolence, se tiendront toujours en lisière. Ils n'accèderont pas au foyer de l'île et resteront «autour», sur le pourtour vide d'un joli décor. Mais la Corse n'est pas un décor, contrairement aux souhaits répétés des entreprises de tourisme qui aimeraient bien vider l'île de ses encombrants habitants pour en faire un vaste parc d'attraction. Corse-Disney (!) n'est 5

pourtant pas pour demain, même si un grand nombre de spéculateurs, et parmi eux des Corses, y verraient un certain avantage. Il existe toujours en Corse une «permanence de l'inviolé», un devoir de vigilance qui maintient ce que Segalen appelait: «la sensation du divers». Sans rejeter le tourisme, qui outre ses retombées économiques est un formidable agent de transformation sociale, les Corses soucieux de leur île veulent lui imposer des limites, ne pas succomber à une pure et simple logique marchande qui dévaste les côtes, retourne les êtres et corrompt les choses. Les initiateurs de ce livre sont dans cette veine: ils cherchent à réinventer la Corse, à partir d'une ouverture créatrice et pas d'une authenticité destructrice, à partir d'une quête démocratique et pas d'un particularisme sectaire, à partir d'un horizon européen et méditerranéen et pas d'un régionalisme passéiste. De multiples débats traversent ce livre qui a choisi de prendre la Corse pour centre et d'explorer, sous une forme judicieusement comparée, les grandes questions qui vont peser sur son avenir. Au cœur de ces interrogations: l'identité et la conscience nationale. <<Leeuple corse, cette communaup té culturelle et sociale, peut-il acquérir une conscience nationale française, c'est-à-dire une solidarité avec [' ensemble national français?» et Moune Poli, à travers l'échange de correspondance entre deux amis précise: «Je crois que le sentiment national corse fait obstacle à ['éclosion d'une conscience nationale française», et «(H.) seule la dimension nationale corse peut pennettre une cohésion sociale et [' émergence de valeurs, d'un consensus» car «(ou) sans conscience nationale aucune communauté n'a d'aveni!"». Tout le problème est ainsi posé, dans les contradictions qu'il soulève et les tensions qu'il suscite, principalement dans la relation à la France. il est en effet une ambiguïté fondamentale entre identité culturelle et conscience nationale, c'est que le passage de l'une à l'autre n'a rien d'inévitable et que ces deux dimensions peuvent coexister, être articulées sans se confondre. Or les nationalistes, qui se contentent le plus souvent d'une logique simplificatrice, ont du mal à saisir
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une telle relation complexe: la conscience d'être, qui procède d'une vitalité culturelle, ne signifie pas nécessairement conscience nationale, qui symbolise une appartenance politique et prépare une rupture. La Corse vacille entre ces deux dimensions, et ne sait pas trop quelle option prendre. Elle reste ainsi figée dans l'incertain et s'il y a un «problème corse» c'est bien celuilà. Une très grande majorité de Corses rejette la politique d'assimilation de l'Etat français. «Ce serait l'effacement des particularismes, la disparition d'une mémoire commune» comme l'observe Pascal Marchetti. Il faut avant tout «sauvegarder l'authenticité», <<faireace aux risques f de l'uniformisation» (Jean-Paul Pastorel). Mais l'affirmation de cette singularité corse, largement partagée et qui a notamment permis la reconnaissance d'une spécifité institutionnelle à travers le nouveau statut, ne se traduit pas nécessairement par la cristallisation d'une conscience nationale dont l'indépendance est le projet. Seuls les mouvements nationalistes, qui autoproclament leur légitimité et marginalisent l'exercice de la citoyenneté en Corse, opèrent un tel glissement de sens. Ils tentent, par une logique de surenchère restée jusqu'ici nettement minoritaire, de piéger le discours sur la singularité culturelle. Pourtant, comme l'observe Félix Guattari: «On peut revendiquer une singularité de la vie de son quartier, de son école, de

son ethnie, de sa région, et en même temps un internationalisme radical, fait de solidarité, de cosmopolitisme, d'identités plurielles». Au sein d'une même entité politique, comme l'EtatNation, la diversité culturelle est aujourd'hui la règle et non plus l'exception. L'Etat est donc conduit à reconnaître la différence, à négocier en son sein une politique de dialogue des cultures, qui repose à mon sens sur au moins deux règles: - Reconnaître l'Autre en tant qu'Autre, ne pas vouloir le dissoudre, l'assimiler à soi, mais accepter au contraire qu'il soit porteur de sens à partir d'un lieu qui lui est propre. - Appréhender l'altérité de l'Autre comme non radicale, à partir d'une différence qui n'est pas incommensurable et d'une identité qui n'est pas essentielle.

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L'identité n'est pas figée, c'est une production en devenir inscrite dans les variations de l'histoire. Sans cette deuxième règle, il n'y a pas de dialogue possible, pas d'horizon de sens en commun, mais des identités qui se font face, arc-boutées sur leurs mythes fondateurs, et qui prétendent s'autosuffIre. La logique de ghetto communautaire ou de repli nationalitaire repose sur ce type de vision essentialiste de la culture, qui conduit toujours à une impasse. Le dialogue des cultures au sein même de l'Etat-Nation est désormais indispensable pour maintenir sa cohésion et prévenir les débordements de violence. Comme l'observait si justement René Girard: <<Là la différence fait défaut, où c'est la violence qui menace». L'Etat français serait bien inspiré de reconnaître les différences qui le composent, s'il veut éviter de susciter des mouvements violents de rejet «<L'indivisibilité de ['Etat n'est plus forcément [' uniformité» remarque André Demichel dans la postface). Mais en retour, cela suppose qu'il n'y ait pas atteinte à la souveraineté et refus des principes fondamentaux de la République. La force ne saurait supplanter le droit et l'Etat démocratique reste le seul détenteur du monopole de la violence légitime. En effet «la Corse, contrairement à bien des idées reçues, ne souffre pas du trop d'Etat, mais bien au contraire de la déliquescence de ['Etat dans l'fIe, et cela depuis maintenant de nombreuses années» (Jean-Paul Pastorel). Cette «demande d'Etat» n'est en rien contradictoire avec une revendication d'autonomie culturelle, d'autant plus qu'en Corse «il existe une forte et authentique conscience pro-française. Française tout simplement! diront beaucoup. Les représentations politiques, mentales, sont en effet "continentales"» (Ange-Laurent Bindi). C'est sur ce double registre des représentations politiques et de la conscience culturelle que se jouent sans doute l'identité et le rayonnement de l'île. TI y va en tout cas de sa santé mentale et «[' ébauche d'une psychanalyse de la Corse» ici tentée par Laurent Schweyer est révélatrice; il y a bien '«un doute profond sur la validité de la parole actuelle des Corses sur eux-mêmes». Ce malaise tient à une relation d'incertitude, à une incapacité d'établir une relation équilibrée entre l'appartenance au groupe et l'ouverture indispensable au monde. 8

Le détour par l'expérience basque du PNV, pour qui «l'idée d'Europe doit primer sur celle des nationalités qui la composent» (Xabier Arzallus), ou par l'exemple catalan, analysé par le poète Jordi Pere Cerda (Antoine CaYrol) pour qui «le repli sur soi est narcissique», ouvre des perspectives intéressantes à la Corse. C'est dans une Europe des régions et dans un ensemble euro-méditerranéen organisé que peut s'esquisser un projet d'avenir pour la Corse. En effet, la construction européenne offre de nouvelles marges de manœuvre aux régions, qui progressivement «sont en train d'acquérir un statut d'acteur» alors que Maastricht «officialise le Comité des Régions en l'élevant au rang d'institution de l'Union» (Claude Olivesi). Mais ce mouvement d'ouverture reste fragile compte tenu des tendances au morcellement nationalitaire et au repli identitaire qui traversent toute l'Europe (voir l'article de Bernard Dréano). Née de mer, la Corse vit d'abord au rythme de la Méditerranée. Elle suit les scansions de son devenir. épouse les courbes de marginalisation des Suds et espère être partie prenante d'un renouveau qui se dessine. Cependant, les problèmes sont profonds et nombreux dans l'ensemble méditerranéen et tout particulièrement les problèmes de politique internationale (voir l'article de Bernard Ravenel). La Méditerranée est-elle susceptible d'appartenir aux méditerranéens ou est-elle condamnée à subir la pax americana? La permanence du conflit israélo-arabe, véritable abcès de fixation des problèmes de la région, légitime le maintien d'une présence militaire américaine forte. Certes le processus engagé, avec l'ouverture de la Conférence de Madrid, offre quelques perspectives. Mais cette Conférence de Paix avance «à un pas de sénateur» et les pratiques dilatoires sont nombreuses et répétées. On aimerait croire avec André Chouraqui qu'«Israël veut la paix», encore faudrait-il qu'il en donne la manifestation et notamment qu'en conformité avec les résolutions de l'ONU, si exécutoires au moment de la guerre du Golfe, il se décide à rendre les territoires occupés. Sans cela il n'y aura pas de paix, mais au contraire une spirale de violence, de terrorisme et de déstabilisation en tous genres (voir l'entretien 9

avec Michel Wieviorka)

qui transformeront

la Méditerra-

née en un ensemble éclaté. <<La éditerranée doit retrouver sa centralité» et un M ensemble euro-méditerranéen est à construire. Ce rêve les yeux ouverts n'est plus tout à fait une chimère. Nombre d'acteurs commencent à comprendre la nécessité d'un ensemble euro-méditerranéen organisé. Cependant, il faut savoir que pour les Etats-Unis, la Méditerranée n'existe pas et ne doit pas exister et qu'un ensemble euro-méditerranéen ne saurait se constituer, cela donnerait à cette région du monde un rayonnement économique, politique et culturel prédominant. TIfaut savoir que les mouvements de rejet intra-méditerranéens sont puissants et que les logiques de développement économique sont actuellement divergentes. TI faut savoir que la notion même de Méditerranée n'apparaît pas tout à fait comme une problématique légitime de la politique et de la culture notamment sur la rive Sud, même si elle commence à émerger dans les imaginaires sociaux comme un projet d'avenir et un horizon de sens. n faut savoir... que nous avons une propension insoupçonnée à intégrer des contraintes dans l'analyse des relations internationales et que nous serions bien inspirés de tirer des leçons du bouleversement extraordinairement rapide et presque sans violence qui s'est produit à l'Est. Le changement du cours des choses peut se produire le temps d'une génération en Méditerranée. N'oublions pas, comme le rappelle ici Vaclav Havel, l'exemple du processus d'Helsinki qui «a joué un rôle très important dans l'auto-émancipation des pays d'Europe centrale et orientale car tous les mouvements d'opposition se sont, à proprement parler, fondés sur les droits de l' homme tels qu'ils ont été formulés dans les documents d' Helsinki». Qui croyait dans les années 70 à un bouleversement possible à l'Est pour quelque dix ans plus tard? Le temps est venu de créer les conditions pour que se mette en place une Conférence euro-méditerranéenne pour la sécurité et la coopération (CSCEM). Le temps est venu de dessiner des perspectives d'avenir si nous voulons éviter que la Méditerranée ne devienne une zone de fracture. 10

Le temps est venu de rééquilibrer l'Europe au sud, alors que la plupart des candidats à l'élargissement de la Communauté sont au nord ou au centre de l'Europe (Finlande, Suède, Suisse, Autriche, Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne...). La Corse, ce doigt de terre planté au cœur de la mer, indique la direction que doit prendre la construction européenne: cap au Sud autant qu'à l'Est. Territoire de médiation, la Corse peut jouer un rôle significatif dans un projet euro-méditerranéen. Si elle veut éviter de baigner dans un environnement instable et conflictuel, si elle veut échapper à une possible marginalisation, la Corse doit concentrer l'essentiel de son énergie politique et culturelle à construire la Méditerranée. Faire la Méditerranée «autour», pour ne pas défaire la Corse «au centre»!

Thierry Fabre est membre du comité de rédaction de la revue Esprit; politologue de formation, actuellement rédacteur en chef de Qantara. magazine sur la culture arabe et méditerranéenne édité par l'Institut du Monde Arabe. Spécialiste des questions méditerranéennes et des problèmes de médiation culturelle, il a publié de nombreux articles sur ces sujets.

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PRÉSENTATION

Pourquoi «La Corse-Autour»?

Deux idées ont gouverné cette entreprise: - Les Corses n'ont pas à demeurer seuls, entre eux. - Il est indispensable de pouvoir s'adresser à la Corse sans parler d'elle. D'emblée, dès lors, s'est imposé le choix d'une participation extérieure la plus importante

-

voire même

prestigieuse - qui puisse être. Ici, assez paradoxalement, l'absence d'unité idéologique ou politique confère à l'ensemble une évidente cohérence. La confrontation en devient ainsi véritablement enrichissante, elle est excitation de l'esprit. De fait, la pensée bute toujours contre les discours. Ouvrir des pistes de réflexion, rejoindre et partager des aspirations et préoccupations ailleurs, c'est, en des temps difficiles et incertains, éclairer un débat nécessaire et urgent.
La Corse doit être la Corse.
.

Cela signifie qu'elle est une idée, un idéal, une valeur jamais atteinte, une tension qui sans cesse la redéfinit, la recompose, la redélimite à mesure qu'elle s'affirme et grandit. Notre pays a donc à trouver place et prendre rang parmi les autres. Que faire? Sinon d'abord, au plan français, combler l'énorme déficit de compréhension et d'intérêt, car à défaut, toute politique de compensation au-delà serait vaine et illusoire. Pour cela, il faudra bien se débarrasser des chaînes que sont les politiques de «sauvetage» et de «défense», qu'illustrent parfaitement les thèmes de «La Corse aux Corses» et «La Corse corse», pour pouvoir ensuite. s' élever, par nous-mêmes, librement. Le nationalisme, comme tout ce qui de près ou de loin s'apparente à lui, est régression et involution, s'il n'est 13

pas mis à distance, dominé, dépassé, combattu de l'intérieur. C'est pourquoi, il s'agit de s'ouvrir aux influences extérieures, qu'elles soient corses ou étrangères, et en même temps de s'ouvrir enfin de l'intérieur, sur soi. L'un ne va pas sans l'autre, sauf à tricher et à vivre le perpétuel échec. Moins de Corse, toujours moins de Corse, pour la Corse la plus grande possible, celle de nos aspirations les plus folles! On le voit: le droit à la différence ne se conçoit pas sans la pratique du droit d'être différent de ce que l'on est. Bien sûr, ici et là faut-il renverser certains pouvoirs, en inventer d'autres, en appeler à l'inversion des valeurs et des propositions pour accepter l'homme dans ses multiples, complexes et changeantes dimensions, celles de ses aspirations, de ses volontés et parcours. Autrement dit: toujours autre, divisé et infini. Il s'agit donc, très concrètement, de repousser au-delà de ce qui est connu, sensible, toutes sortes de limites. Nulle part et jamais, rien ne se fait avec ce qui est donné, constant et durable. C'est un principe d'action, d'ordre stratégique. La Corse est impliquée en tout et par tout concernée. Elle se trouve donc au plus loin - autour. Et c'est, dans ces conditions, au cœur du particulier, plus exactement du singulier, que l'universel se révèle et prend toute sa signification. Cela suppose d'avoir à dire à tous. A chaque individu. Parce qu'il est primordial de consentir l'effort qu'il faut, pour que notre affaire soit aussi la sienne propre. Sans doute est-ce là une des voies privilégiées d'un humanisme à renouveler impérativement. * * * Au terme de cette présentation, il reste à l'initiateur et au coordonnateur de cet ouvrage à remercier tous les contributeurs de l'intérêt qu'ils ont bien voulu prêter à la démarche. Mais également, tous ceux qui par leur aide et concours ont permis cette réalisation. 14

Un grand merci à Antoine-Dominique MONTI, Président de L'ADECEC (Cervione), à l'équipe de Voce NustraIe, sans oublier Claude OLIVES l, pour avoir permis l'organisation, puis la diffusion sur les ondes de la radio, du débat sur «La situation de la Corse - Perspectives», dont le texte est ici reproduit. Ma profonde gratitude est due à Bernard RAVENEL, pour son attention et ses interventions aussi généreuses que décisives; elles ont permis - et de quelle façon - de dépasser les plans initiaux. Pierre-Luc ABRAMSON a, lui, réalisé avec moi deux de mes entretiens. J'y vois là une marque d'affection, inestimable comme l'a été son aide. Françoise SERIEYS a spécialement conçu pour l'ouvrage la peinture qui figure en couverture. Qu'elle en soit remerciée. Sophia SIRURGUET a tenu à être présente à chaque étape de ce travail, ses avis et ses trouvailles, sa patience aussi, ont été importants. Moi seul sais combien je lui suis redevable. «La Corse-Autour» est dédié à la mémoire de JeanClaude GARRIN, pressenti pour cet ouvrage, l'ami que je n'ai pas connu.
Ange-Laurent BINDI

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PARTIE I DE LA CORSE

ENTRETIEN

PASCAL MARCHETTI
L'idée de «niveau de langue» est essentielle

J. La situation générale de la langue corse vous préoccupe beaucoup. Quelle est, selon vous, son évolution depuis une dizaine d'années? - Tant du point de vue qualitatif que quantitatif, la situation de notre langue est déplorable. Les nouvelles générations ne parlent pas le corse, elles ne semblent même pas le comprendre. L'objection qui consiste à se référer aux groupes de chanteurs, dont l'apparition est récente, est à écarter. Le talent des Muvrini ne suffit pas pour faire comprendre à leur public les paroles de leurs chansons. Les corsophones sont de moins en moins nombreux, ils sont remplacés par des individus qui n'entendent pas notre langue. L'état de la langue s'est considérablement dégradé au contact du français. L'emploi des deux langues fait que celle qui a le plus de vitalité finit par s'introduire dans l'autre. Les structures syntaxiques et lexicales du français «passent» dans le corse. Ces dix dernières années, la gauche au pouvoir a réalisé une excellente opération: la prise en charge par elle de la revendication linguistique. D'où, aussitôt, la démobilisation populaire que l'on sait. La lutte pour le renouveau a été dénaturée. C'est vrai: nous avions obtenu beaucoup de choses. Or, ce qui l'a été grâce à la revendication, au militantisme culturel, n'a pas été mis au service de la cause que ce militantisme servait. 19

2. Quelles sont, selon vous, la place et la fonction de notre langue actuellement?

- La pratique est celle d'une langue vernaculaire. Elle sert donc dans les relations familières, familiales, villageoises. C'est sa seule utilité. Sa fonction d'identification collective est, en revanche, importante. Les Corses savent qu'ils ont une langue différente du français, et en France tout le monde ne peut en dire autant.
3. Comment appréciez-vous les différents niveaux de langue perceptibles dans l'usage actuel? Dans la rue, l'enseignement, les médias? L'idée de «niveau de langue» me paraît essentielle. Une langue véhiculaire sert à s'adresser aussi à l'extérieur du milieu où l'on est. C'est pourquoi l'enseignement doit se soucier de diffuser une langue assez différente de celle de la rue. TIen est de même pour son utilisation par les médias. C'est - ce qu'il faut noter - le choix de toutes les langues vivantes. TI faut donc nous imposer une certaine discipline de langue pour que notre langue existe en tant que langue de tous les Corses. Sans discipline il n'y a pas de langue, mais seulement des langages. TInous faut reconnaître les règles existantes. Même si on est libre de parler comme on veut, il n'en demeure pas moins que la langue doit être celle de tout le monde. On n'a pas à me faire obligation d'admettre, et de m'entendre dire même, qu'un certain corse de la rue est celui de tout le monde et que l'usage qui en est fait par celui-ci ou celui-là est le bon usage pour tous. 4. Quel rôle et quelle importance réelle, selon vous, attribuons-nous à notre langue? - La valeur symbolique du corse, on l'a vu, est très grande. Son rôle social - la dimension vernaculaire -, aussi. Les Corses n'admettent pas pour leur langue une dimension véhiculaire avec son caractère d'obligation généralisée. ils estiment qu'ils peuvent savoir ou non leur langue, qu'il n'y a pas de discrimination permise entre 20

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