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LA CRISE ? C'EST MOI !

De
224 pages
Tant qu'on cherchera des solutions à la crise, on ne trouvera que du chômage. " La Crise ? C'est Moi ! " part d'un constat quotidien: les difficultés actuelles de l'entreprise sont avant tout de mes propres difficultés et mes comportements inadaptés. Mais l'espoir commence justement ici: car si " la crise, c'est moi ", alors l'anti-crise est en moi également. Chacun de nous est aussi un créateur de richesse et un porteur de développement, dans un monde où tout reste à construire. Telle est bien la prise de conscience que ce livre veut susciter. Un livre, simple à lire, dont on ressort plus grand.
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La Crise?
C'est Moi!JEAN-CHRISTOPHE BERLOT
La Crise?
C'est Moi!
PREFACE PAR YVON GATTAZ,
De l'Institut
Éditions L'Harmattan L'Harmattan Inc.
55, rue Saint-Jacques5-7, rue de l'École-Polytechnique
Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK975005 Paris@L'Hanmattan, 1997
ISBN: 2-7384-6082-8Pour Vous, amis, clients, collègues, sans qui
la Crise serait tellement pire.
Pour Laurence qui les résout toutes,
PREFACE
Jean-Christophe BERLOT est un ingénieur, de
plus consultant, qui a pu observer dans sa vie
professionnelle nombre de comportements de ceux
qui font l'économie: chefs d'entreprise, dirigeants,
cadres. Il n'est pas un observateur lointain qui
aurait pu découvrir la micro-économie dans des
livres ou des stages touristico-industriels de courte
durée, mais un observateur attentif et proche.
Loin de se satisfaire des impératifs de son
métier et de donner des conseils pour améliorer la
gestion des entreprises, il s'est posé cette question
de fond: la crise, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Il est vrai que le mot a changé d'acception
depuis quelques décennies. Étymologiquement, en
attente de décision rapide, la crise, qu'elle soit
morale, médicale ou économique, devrait être un
état de courte durée avant correction. Or, on
s'enkyste aujourd'hui dans la crise qui devient peu
à peu un état latent dont personne ne détient la
panacée de sortie.
Jean-Christophe BERLOT refuse la résignation
et accepte la responsabilité. "La crise, c'est moi",
affirme-t-il, au moment où beaucoup d'autres
tentent de se disculper: la crise, c'est lui ou eux.
Voilà une première personne du singulier
employée, pour une fois, de façon non
présomptueuse, mais responsable.
Que le lecteur ne s'attende pas à parcourir un
traité académique avec théories complexes sur les
origines de la crise et les innombrables méthodes
7inefficaces pour essayer de la conjurer. On sait
qu'en France de bons esprits sont admirables pour
expliquer les défaites et incapables d'organiser les
victoires. Or c'est la victoire, modeste, patiente,
multiforme, dispersée, que recherche l'auteur par
une série d'anecdotes qui posent mieux le
problème qu'un exposé théologique.
En un mot, que chaque français se prenne par
la main et tente d'apporter sa petite contribution
au succès de l'économie.
Il y a, bien sûr, les vrais entrepreneurs, ceux
qui savent innover de façon non conformiste,
souvent dans l'ironie générale, mais qui
réussissent par leur ténacité.
On sait que nous sommes dotés de deux
catégories bien différentes de qualités: les qualités
de réception et les qualités d'émission, pour parler
comme les électroniciens.
Les qualités de réception sont celles qu'on
assimilait autrefois à l'intelligence au sens large,
celles qui permettent les succès scolaires et
universitaires: la compréhension, la faculté
d'analyse, la faculté de synthèse et la mémoire qui
joue un rôle immense, souvent sous-estimé, dans
cette catégorie.
Les qualités d'émission sont les autres:
imagination créatrice (malheureusement rare),
non-conformisme, goût du risque, goût
d'entreprendre, goût de commander, charisme,
volonté, combativité, ténacité, et beaucoup
d'autres, dont le simple bon sens qui nous guide
pour la grande majorité de nos actions
quotidiennes, quel que soit le niveau de celles-ci.
Les neurologues expliqueraient sans doute
que les qualités de réception ressortissent du
8cerveau gauche et les qualités d'émission du droit, et les électroniciens feront
remarquer que la puissance nécessaire à l'émission
est des millions de fois supérieure à celle nécessaire
pour la simple réception.
En fait ce que préconise Jean-Christophe
BERLOT, c'est de faire de nos compatriotes, à
quelque niveau économique qu'ils se situent, des
émetteurs d'initiatives et de responsabilités, en un
mot des entrepreneurs. Il est vrai que chacun de
nous peut entreprendre, et pas uniquement ceux
qui ont les qualités pour créer une entreprise, car
cette dernière création exige, en plus des qualités
d'émission, la découverte, souvent fortuite, du
grand secret de l'entreprise: le créneau "produit-
marché" porteur, véritable sésame de toute réussite
entrepreneuriale. Or ce flair dans la découverte des
produits ou des services de demain est également
une qualité d'émission qui va de pair avec
l'imagination créatrice.
Cette répartition colloïdale des initiatives
décentralisées dans tous les interstices de la vie
économique d'un pays est l'inverse de la voie
royale des grands diplômes et des grands corps,
système qui confond les deux catégories de qualités
et tente même de remplacer la seconde par la
première, plus prestigieuse. Erreur entre toutes. Le
parachutage de brillants énarques, issus de cabinets
ministériels, à la tête de grandes entreprises qu'ils
ne connaissent pas est une curieuse spécialité
française qui fait sourire Américains et Allemands
plus attachés à l'ascension hiérarchique interne par
le talent et le travail. Ne dit-on pas que ce
parachutage à la pointe de la pyramide étant
considéré comme dangereux, certains voudraient
le remplacer par un hélitreuillage.
9Mais dans la vie courante, comme à
l'intérieur des entreprises, il existe d'innombrables
"entrepreneurs" qu'on appelle parfois des
"intrapreneurs", car il n'existe pas de fonction qui
ne puisse être enrichie par les initiatives et les
responsabilités. C'est le message profond de "La
crise, c'est moi", qu'on pourrait transformer en
"quel rôle puis-je jouer pour aider à sortir de la
crise ?"
C'est vrai que dans les très grandes
organisations, l'exigence d'une gestion rigoureuse
peut étouffer malencontreusement les idées
novatrices. On prétend qu'il est plus facile à un
chercheur de réaliser ses études dans une
entreprise de taille moyenne que dans une grande dont l'organisation strictement bordée
peut être autonettoyante et peut balayer les
initiatives bouillonnantes, donc dérangeantes. Et
pourtant l'innovation, sous toutes ses formes, fera
le succès des entreprises au siècle prochain.
Indirectement, ce livre est également un
encouragement à la création d'entreprise ou, peut-
être plus simplement, à la création de son emploi
personnel, puisque l'emploi des prochaines
décennies sera de moins en moins salarial.
A une époque où le chômage est le mal de la
société, il est bon de rappeler que la multiplication
des emplois passera par la des
employeurs.
Yvon GATT AZ,
de l'Institut
10INTRODUCTION:
CRISE, QUAND TU NOUS TIENS ...
La crise, on en souffre tous. Qu'on fasse partie
des exclus, pour qui le travail apparaît comme une
valeur aussi précieuse qu'en d'autres temps la
liberté. Ou des autres, sans cesse plus menacés.
Aujourd'hui, la production de richesse n'explose
plus: alors les entreprises rationalisent, et le
chômage augmente. En même temps il n'y a
jamais eu autant de consommateurs au monde, ni
autant de choses à faire: la crise ne peut pas
provenir d'une pénurie de travail. Alors, où est
l'erreur?
Les journées défilent, immuables, comme si
rien ne pouvait jamais changer, se lever le matin
fatigué, réveiller les enfants et les presser jusqu'à
l'école, foncer au train, courir à la correspondance,
parcourir le journal avant une nouvelle journée
de travail.
"Un Français actif sur huit est touché par le
chômage". "Les Restos du Coeur auront servi 50
millions de repas cette année". Je sais que je tiens
moi-même à un fil, à un vaisseau dans mon coeur
ou dans mon cerveau, au bon vouloir d'un patron
et à l'efficacité d'un système. "Mesdames Messieurs
je m'excuse de vous déranger pendant votre trajet,
11vous n'auriez pas un franc ou deux ..." plusieurs
fois le matin et le soir dans le métro. Moi qui vais
au travail chaque jour, qui suis débordé si souvent,
qui pars le matin la tête pleine de choses à faire, et
rentre le soir avec une sacoche débordante.
honte, mais j'ai faim" sur tout le trajet."J'ai
"Six SDF morts de froid". Et encore, je ne parle ni
des guerres, ni des famines, ni des épidémies, ni
des attentats que la radio déverse chaque jour sur la
table de la cuisine. "Un jeune sur quatre n'a pas de
travail", et cela va empirer, cela ne peut
qu'empirer; qu'en sera-t-il pour nos adolescents,
pour nos enfants?
Mais je travaille, bon sang, je n'arrête pas.
Chaque soir je me demande comment je vais m'en
sortir. M'en sortir, moi aussi. Impuissant à tout ça,
malgré tout mon travail. Que faire? Retourner au
travail quand même, continuer à courir comme un
fou, alors que la réalité de la crise me rattrape
comme chacun de nous?
D'un côté il y a la crise, là, dans la rue,
inacceptable, omniprésente et à deux doigts de
nous étreindre tous malgré - ou peut-être à cause
de ? - nos courses et nos journées folles.
De l'autre, il y a cette inconscience inouïe,
celle des bureaux, des maisons, des écoles, des
entreprises, où l'on croit encore que l'on va s'en
tirer "comme ça", où l'on attend des "solutions",
des "mesures", des "réformes". Cette inconscience
qui fait aller au travail en rechignant, maugréer
tour à tour contre les voisins, les collègues, les
chefs, le gouvernement et les pouvoirs publics;
cette inconscience qui fait dépenser son énergie à
critiquer et à se plaindre, à dire du mal et à
12fantasmer. Qui fait' avancer si lentement, et si peu,
alors qu'il y a tant à faire.
La crise dure depuis vingt-cinq ans: un quart
de siècle, une génération. Comment peut-on
accepter encore d'attendre des "solutions" venues
de tout en haut de l'État, la relance de la
consommation par ici, les taux d'intérêt par là, la
réduction des temps de travail, la globalisation et la
parité des monnaies, l'augmentation ou la
réduction (ça change tout le temps) des impôts et
du nombre de fonctionnaires... autant de
"mesures" soudain promues baguettes magiques?
Je sais bien que le cadre administratif et
réglementaire pèse très lourd dans la vie des
entreprises et dans la création d'emplois. Mais il
me semble aussi que depuis le temps, si des
"solutions" toutes faites existaient, cela se saurait ...
Et si, au lieu d'attendre, on se disait plutôt
qu'on n'est pas sur la bonne voie, ni dans la bonne
dynamique?
Toutes les "solutions" préconisées depuis une
génération par les responsables de tout bord ont un
point commun: elles sont le fruit des décisions de
quelques-uns; vous, moi, chacun, n'y pouvons
rien, ou si peu. Le but de ce livre n'est pas d'y
revenir et d'argumenter encore. Je crois que tant
qu'on en restera à la recherche de "solutions", on
ne trouvera que du chômage.
La crise, je la vois, je la vis au quotidien là où
l'on souffre de la manière la plus aveugle qui soit,
là où l'on perd des marchés, où on licencie: dans
les entreprises. Les entreprises, dont la chute
précipite la crise, et qui se battent néanmoins
chaque jour contre elle. Mon métier: mettre en
place des processus de progrès pour sauver
13l'entreprise menacée et restaurer sa compétitivité.
Un métier passionnant, où l'on réalise que bien
des redressements, bien des progrès sont possibles.
Comment? En formant les équipes, les
opérationnels de l'entreprise, à travailler et à
progresser ensemble, au service des objectifs de
leurs clients. Et cela suffit? Oui, le plus souvent.
Mais rien n'est plus difficile: car cela passe par une
remise en cause fondamentale des habitudes
collectives, et surtout des habitudes de chacun.
Tout le livre qui va suivre est là, dans ces
habitudes, dans ces comportements, dans ces
attitudes individuelles. Je n'ai pas plus de
solutions que quiconque à la crise; ni de recettes. Je
vous l'ai dit: je crois que les solutions n'existent
pas. Par contre, l'espoir est à portée de main: car
s'il n'y a pas de solution globale et toute faite, nous
avons tous une capacité de croissance, de
développement, de création de richesse. Dire: "la
crise, c'est moi", c'est dire en même temps que
l'anti-crise est en moi également. Mon compor-
tement, mon attitude, mon volontarisme font
mon développement.
Je crois que nous avons tous, vous, moi,
chacun, un rôle immense à jouer, beaucoup plus
considérable qu'on ne nous l'a jamais dit. C'est ce
que j'essaierai de montrer dans la première partie
de ce livre: "la crise et moi". La deuxième partie
parlera d'initiative, d'anti-crise, en décrivant
comment "je suis une entreprise". Ensuite, ensuite
seulement, on pourra commencer à se demander
comment développer le goût d'entreprendre, et faciliter l'entreprise. A l'école, pour faire
des individus bien dans leur peau, conscients et
confiants dans leurs potentialités, épanouis dans
leurs désirs et fermes dans leurs convictions et leur
14volonté. Dans l'entreprise, pour que chacun,
salariés, patrons et actionnaires, puisse grandir et
s'épanouir. Et tout en haut de l'État. Tel sera l'objet
de la troisième partie, "dépasser la crise".
Tous les exemples, toutes les anecdotes
rapportées dans ce livre sont véridiques. Vous
vous direz peut-être, ici ou là: "il exagère pour
illustrer son message", ou: "c'est une caricature",
voire "il parle surtout des administrations". Eh
bien non. Il n'y a jamais besoin de forcer le trait
quand on décrit les comportements humains. Tout
est vrai, absolument et rigoureusement vrai, venu
tout droit d'entreprises de toutes sortes, petites et
grandes, privées et publiques. La crise se trouve là,
dans ces situations vécues, quotidiennes, où
chacun pourra se reconnaître.
Le monde à l'envers
L'autre jour, je suis entré dans un restaurant
grec. Affluence moyenne d'un soir de semaine,
chaleur empressée des ambiances méditerra-
néennes. Quelque chose manque cependant, un
élément-clé de la fête.
a deux- Mais ... où est passée la musique? Il Y
ans, il y avait au moins un bouzouki dans chaque
restaurant!
- Eh oui, me dit ma compagne: mais c'est la
crise.. .
Ah oui, la crise. C'est logique: en temps de
crise on n'a plus les moyens de se payer un
orchestre ... C'était pourtant bien sympathique ...
- Mais non, c'est tout le contraire! Si c'est la
crise, il doit y avoir d'autant plus de musiciens
15disponibles, prêts à jouer pour presque rien! Les
restaurants devraient être pleins de bouzoukis!
Pourtant aucun d'eux n'est venu jouer. Alors
quoi, qui est en crise? Le monde, qui nous inflige
des réductions de budgets jusque dans les
restaurants de nos soirées? Ou bien les musiciens
qui ne viennent plus, et moi qui du coup n'ai plus
tellement envie de manger grec? Qui est en crise:
le monde, ou bien chacun de nous?
La crise, on la mange à toutes les sauces. Le
plus petit problème, la moindre erreur, la première
incompréhension, le caillou dans les lentilles et la
dégringolade de l'informatique, c'est la faute à la
crise. Comme pour les Jeux Olympiques au temps
d'Astérix: "La pelouse était grasse, les sangliers ont
mangé de la cochonnerie", et c'est la crise. Alors?
LA CRISE, OU BIEN UNE EXPRESSION
INEXORABLE DU GÉNIE HUMAIN?
Les entreprises doivent resserrer leurs coûts
pour rester compétitives. Elles ne peuvent donc
que licencier dès que leur production stagne. Il en
est de même à l'échelle de notre pays: l'activité
globale s'accroît plus guère, les chiffres de la!'le
croissance dépassent rarement deux ou trois pour-
cent annuels et le chômage augmente régulière-
ment.
Cela n'a rien d'étonnant. Ce qui se crée - se
fabrique, se vend, se consomme - aujourd'hui dans
le monde nécessite de moins en moins de
ressources pour être produit, de moins en moins
d'énergie, de moins en moins d'espace, et surtout
de moins en moins de personnel.
16La tendance de l'humanité a toujours été de
faire plus avec moins. Il faut de moins en moins de
monde pour produire une voiture, un téléviseur
ou une tonne de pain. Si l'on cumule cette donnée
à une échelle globale, on arrive en effet au constat
suivant: à richesses produites constantes, le
chômage ne peut qu'augmenter. La "crise" - ou
plutôt l'accroissement de productivité - est en effet
inéluctable, mais elle est d'abord la traduction du
génie humain.
Et on ne peut que s'en réjouir. Parce que ces
progrès-là ont permis de supprimer des tâches
fastidieuses réalisées souvent dans des conditions
horribles, et une exploitation honteuse de l'énergie
humaine. Il faut peut-être le rappeler aussi dans les
débats actuels: qui serait prêt aujourd'hui à
retourner aux travaux à la Zola?
La traduction même d'un fait plutôt glorieux -
notre génie - en un problème du siècle - la crise -
conduit à une conclusion un peu rapide: celle que
les parts de marché sont inévitablement en
récession, que nos entreprises perdent forcément
de l'argent, qu'il faut fatalement licencier. Il ne faut
pas tout mélanger. Si les parts de marché
diminuent, c'est peut-être qu'on n'a rien de neuf à
proposer au monde. Si les entreprises sont faibles,
c'est peut-être qu'elles ne savent pas s'organiser.
Les pertes de compétitivité ne sont pas
seulement le fait de la concurrence asiatique, du
dumping social ou des parités des monnaies. Elles
sont aussi la conséquence des multiples gaspillages
de l'entreprise et de nos entreprises personnelles. Il
ya dans notre entourage une somme faramineuse
d'énergies perdues, de spécialistes déçus, de
moyens inutilisés, de savants laissés pour compte
et frustrés, d'idées qui s'époumonent.
17Le vrai problème n'est pas que les marchés
diminuent: ils ont au contraire bien des raisons
d'augmenter; le vrai problème, c'est qu'on ne sait
plus les prendre, surtout à l'échelle du monde. Du
fait de ces gaspillages d'énergies, de temps, de
moyens, de motivation. Parce qu'on n'a pas su
créer ce dont le marché avait besoin. Parce qu'on
n'a pas su s'organiser suffisamment pour créer de
la valeur ajoutée mieux que les autres, plus vite, de
manière plus performante, et satisfaire ainsi les
conditions de prix, de délais ou de qualité
souhaitées par les clients.
Ainsi, la vraie mission des décideurs,
aujourd'hui, n'est pas obligatoirement de licencier
et de fermer des usines. Elle est, d'abord, de
supprimer les gaspillages: de motiver les
collaborateurs pour apporter des valeurs ajoutées
nouvelles à leurs clients, de valoriser les moyens et
les compétences, de simplifier les processus. Une
fois que ce travail - colossal - sera réalisé, alors il
sera temps de recourir aux licenciements. S'ils sont
encore nécessaires.
Toutes les missions que nous menons en
entreprise le prouvent: motivez les collaborateurs,
remettez-les en face de leur véritable objectif, celui
dont ils ne savent même pas aujourd'hui qu'ils
l'ont en commun: le client, le marché, et vous
verrez la compétitivité croître à nouveau, et les
parts de marché. De façon durable cette fois, parce
que les individus eux-mêmes auront progressé
dans la compréhension du monde et de leur
propre valeur ajoutée, dans leur vision de synthèse
et dans leur responsabilité.
18CRÉER DES RICHESSES: JAMAIS IL N'Y A EU
AUTANT DE CONSOMMATEURS AU MONDE
Il faut de moins en moins de monde pour
produire une maison, une voiture, un téléviseur,
une tonne de pain ou tout produit banalisé. Mais
qu'on produise davantage, qu'on sorte des sentiers
battus en créant de nouvelles richesses, et on aura à
nouveau besoin de monde. Le remède à la crise,
c'est d'augmenter, encore et toujours, les richesses
produites. Qu'elles soient matérielles ou non,
qu'importe, pourvu qu'elles contribuent assez au
bien-être de tous pour être désirables.
Si la crise est liée à des gaspillages de toutes
natures, à des désorganisations chroniques, à des
pertes d'énergie et d'idées, alors peut-être y puis-je
quelque chose, simplement parce qu'il s'agit de
mon énergie, de mes efforts, de mon activité, dans
ma vie de tous les jours. Si l'accroissement de
richesse constitue un levier majeur pour dépasser
la crise, alors c'est ce but de création qu'il faut se
fixer. Se fixer ensemble, mais aussi, et d'abord,
individuellement. Les moyens ne sont pas
forcément nombreux et évidents, mais ils existent.
Car il a du travail ...Y
Le travail ne manque pas. Il n'a jamais
manqué. Il suffit d'être client, consommateur, pour
s'en rendre compte: client de son supermarché, de
son garagiste, de son banquier, de son constructeur,
de son agent des postes, des téléphones ou
d'assurances. J'aimerais qu'on s'occupe un peu de
moi, de mes véritables besoins; qu'on me simplifie
19la vie. Mais non: on me laisse me débrouiller. Au
supermarché point de garde pour mes enfants,
aucune aide pour mettre mes provisions dans des
sacs à la sortie. Mon agent d'assurances n'existe
qu'au moment des avis d'échéance.
Le syndrome du service non rendu
La machine à laver avait deux ans, le robinet
d'arrivée d'eau s'est mis à fuir. Une machine de
fabrication française, dixit la brochure, achetée dans
un magasin réputé, montée jadis par l'installateur
dudit magasin. Je fais venir son collègue du service
après-vente. Son verdict tombe comme un
couperet: "cette machine a été mal installée, donc
la fuite ne peut nous être imputée". Une semaine
plus tard, la facture tombe comme un autre
couperet. La machine fuit toujours. Je prends la
notice d'installation. En effet le branchement n'est
pas conforme. Et pour cause; le robinet, caché sous
un évier et son attirail d'étagères, est difficilement
accessible: l'installateur a préféré déporter le
branchement et s'éviter ainsi un travail plus long.
J'ai tout démonté, scié les planchettes mal placées,
rebranché le robinet. Qui s'est arrêté de fuir.
De tels exemples, nous en avons chacun des
dizaines. Le mur qui n'est pas droit "parce qu'on a
trouvé du rocher en dessous". La pièce
endommagée, "mais le problème, c'est qu'elle ne
se fait plus" (vous observerez que c'est souvent la
faute de la pièce elle-même: "elle" ne se fabrique
plus). L'autoradio qui ne fonctionne pas sur votre
voiture, et le réparateur qui rejette la faute tour à
tour sur l'appareil et sur les branchements du
20véhicule. Et à chaque fois vous allez sortir la
trousse à outils, remonter les manches, faire le
travail vous-même, laisser dans l'affaire une
soirée, un week-end... Là où, en confiance, vous
étiez prêt à payer.
Le syndrome du client abandonné.
Dimanche matin, neuf heures, Paris. Je viens
chercher une camionnette de déménagement
retenue la semaine précédente. L'agence n'est pas
encore ouverte. Devant moi, une seule autre
cliente. La vendeuse de service arrive. Je vais
passer une heure avant d'avoir mon véhicule.
Une heure. La fille est débordée, l'informatique
flanche, le lecteur de cartes bleues ne répond plus,
les mécaniciens ont "pris du retard". Elle est seule,
surtout. Derrière moi, la file d'attente s'allonge.
L'humeur de la pauvre fille passe rapidement du
sourire appris à l'énervement. Qui se propage dans
la file ... Il ne faut pas, surtout pas en vouloir à cette
pauvre fille, d'ailleurs: elle est seule, c'est
dimanche et tant pis si le dimanche est un jour
d'affluence pour les loueurs, de toute façon il faut
voir ce qu'on la paye ...
Là encore, lese exemples ne manquent pas:
c'est le vendeur de télévisions, de caméras, de
micro-informatique, que vous cherchez désespé-
rément dans une grande surface. C'est le guichet
vide dans un garage souterrain, alors que vous êtes
pressé et n'avez pas de monnaie pour payer.
A chaque fois, nous, clients, sommes lésés. Et
à chaque fois nous sommes tentés de changer de
fournisseur, de supermarché, de garagiste... Cela a
21fait la fortune des vendeurs de voitures japonaises.
Le message est toujours le même: il ya du travail,
il y a des besoins! On nous dit: "il faudrait les
payer, cela coûterait cher, et on n'est pas sûr que le
consommateur ..." Mais qui coûte le plus cher à
l'entreprise, au garage, au supermarché: un agent
compétent qui satisfait et fidélise un client, ou la
publicité dispensée à grande échelle pour compen-
ser les clients que son inconséquence lui a fait
perdre?
Où est l'erreur?
Nos besoins de produits sont globalement
couverts par la production actuelle. J'ai déjà une
voiture, une machine à laver, un téléviseur. Et
même un caméscope et un ordinateur (fabriqués
ailleurs, comme par hasard, alors que ce sont mes
seuls équipements nouveaux de ces dernières
années). Je ne consomme donc qu'au quotidien, et
contribue ainsi à la stagnation de la production; et,
partant, à l'accroissement du chômage, puisque la
productivité augmente.
Par contre, j'ai un besoin énorme, immense,
de services. De services qu'on ne délocalisera pas
dans les pays en voie de développement. Chez
mon garagiste, dans mon supermarché, chez mon
réparateur; quand je cherche une employée de
maison, une garde d'enfants. Besoin énorme aussi
d'animation dans la cour de ma résidence, au
milieu de ces immeubles de banlieue où toute une
jeunesse doit, seule, sans guide, se construire un
avenir dans un monde déjà bétonné. Force est de
constater qu'il n'y a pas grand monde pour
22