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LA CRISE RISQUE OU CHANCE POUR LA COMMUNICATION ?

320 pages
Les théoriciens et professionnels de la communication se sont interrogés sur les savoirs et les pratiques les plus utilisés en Expression Communication et ont retracé leur évolution. Les échanges ont montré que, quelle que soit la situation de crise vécue, individuellement ou collectivement, celle-ci a finalement le mérite de replacer l'homme au centre des préoccupations. En définitive, la crise n'offre-t-elle pas aux théoriciens et aux professionnels de l'Expression Communication l'occasion de repenser concepts et pratiques sous des éclairages nouveaux ?
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LA CRISE: RISQUE OU CHANCE POUR LA COMMUNICATION?

~ L'Harmattan, 1999 ISBN 2-7384-7788-7

Sous la direction de

Michel FOURNET et Jean-Louis MARTIN

LA CRISE: RISQUE OU CHANCE POUR LA COMMUNICATION?
Les actes du colloque 26 & 27 septembre 1997 - Université de Toulouse

- Le Mirail

Préface de Alex MUCCHIELI
Contributions de
BULOT Jean-Baptiste CHAUVIN Marc DELCROIX Catherine ECOFFET Bernard ELLINCKHUYSEN Vincent FOURNET Michel GASQUET Evelyne GRASS Francis GUY Daniel JOURDAN Marc MIEGE Bernard MINDEAU Gilles MINOD François MUCCHIELLI Alex QUINTON Philippe ROLLAND Gabrielle SALZER Jacques

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris.. FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) .. CANADA H2Y lK9

Collection Pratiques en formation dirigée par Daniel BERTAUX, Véronique BEDIN, Catherine DELCROIX et Michel FOURNET La collection Pratiques en formation regroupe des ouvrages qui traitent de l'évolution de différents types de pratiques sociales, des contextes dans lesquels elles s'inscrivent et de leurs méthodes d'observation. Les travaux retenus répondent à trois objectifs majeurs: construire des cadres de référence appropriés à l'analyse de pratiques contextualisés, étudier les interactions entre pratiques individuelles et organisationnelles dans des systèmes d'activités différenciés: formation, travail social, professionnalisation, développement local; enfin, enrichir les savoirs et pratiques en formation tout au long de la vie selon une approche pluridisciplinaire.

Préface
Alex MUCCHIELLI1 Professeur des Universités de Sciences de l'Information et de la Communication Université Paul Valéry - Montpellier III

La crise est, bien entendu, une chance pour la communication entre les individus. En effet, c'est bien avec, à travers et par la communication, que les différents acteurs vont essayer de la dépasser et de reconstruire une situation différente ayant un sens nouveau. La reconstruction des diverses significations partagées et perdues passe bien par la multiplication des échanges. La crise est également un risque pour cette communication car, dans la crise, les éléments situationnels habituels perdent leurs significations connues et communes. Les acteurs risquent alors de ne plus se comprendre et de ne plus pouvoir retrouver les voies de l'intercompréhension.

I

Communication à l'Université Paul Valéry - Montpellier III et Directeur dI CERIC, Centre d'Etude et de Recherche sur l'Information et la Communication, dans la même université. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la communication, dont notamment: «Psychologie de la communication» (1991), «Les Sciences de l'Information et de la Communication» (1995) et «Nouvelles méthodes d'études des communications» (1998) avec J. GUIV ARCH. 9

Alex MUCCHIELLI st Professeur de Sciences de l'Information et de la e

C'est à partir de ces éléments immédiats d'analyse phénoménologique de « la crise» que les organisateurs du colloque ont posé leur questionnement de base présenté dans l'introduction. Pour ces derniers, la crise offre l'occasion de repenser la communication en faisant porter les efforts de réflexion sur des éléments habituellement négligés du phénomène communicationnel, c'est-à-dire sur : - les contextes, - les individus, - les dispositifs, - les tensions entre les exigences individuelles et les exigences collectives. Mais, pour ce faire, il faut, disent-ils d'emblée, dépasser les modèles et les outils existants. Tous les orateurs du colloque vont, à leur manière, soit par la réflexion théorique, soit en apportant des exemples et en suivant les pistes proposées, montrer comment on pourrait dépasser ces modèles et ces outils actuels.

C'est ainsi que Bernard MIEGE, en présentant son concept de «pensée communicationnelle », met l'accent sur un nouveau «contexte », intégrant les articulations entre la communication, la technique et l'industrie, contexte dynamique et paradoxal dans lequel les acteurs sont poussés au changement permanent. Cette trop forte « détermination» des acteurs par ce contexte fait alors réagir certains participants au colloque qui réintroduisent «les individus» par le biais de leurs intentions et de leur affectivité. Francis GRASS, Gabrielle ROLLAND et Michel FOURNET, en parlant de la communication de crise dans l'entreprise,

insistent sur « les dispositifs ». Les systèmes qu'ils analysent
sont des dispositifs d'écoute, d'évaluation puis de dialogue et

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de résolution de problème. Que cette ingénierie soit fondée sur la communication de face à face, sur l'enquête par questionnaire ou se concrétisent via des réseaux, elle montre comment elle participe à la reconstruction collective du lien social et donc du sens du travail dans l'entreprise. En intervenant sur l'axe: «enjeu du social », c'est encore du «contexte» dont nous parle Marc JOURDAN. Il s'agit alors de ce contexte particulier qu'est le monde actuel. Ce contexte néantise, pour lui, le spécifiquement humain qui est à la base du sens de l'existence. Le «dispositif» que constitue l'aide du psychologue clinicien, dans le cadre d'une association, cherche à reconstruire un sens dans la vie des exclus. Le sens (sens de la vie professionnelle future), c'est aussi ce qu'essaie de trouver François MINOD par le biais du « dispositif» d'entretien pour un Projet Professionnel Personnalisé. Catherine DELCROIX porte son regard sur des femmes qui sont, à elles seules, le coeur d'un «dispositif» de médiation sociale: «les médiatrices ». Son apport est au centre de la problématique de la tension entre les enjeux identitaires individuels (ceux de ces médiatrices) et des enjeux collectifs (ceux de l'environnement social et institutionnel). Elle montre comment le réseau social de l'utilisation «des médiatrices» s'organise pour essayer de construire un sens positif à l'intégration. A travers les apports des conférenciers aux trois premiers axes du colloque, on voit comment la communication, par le biais de l'utilisation de divers «dispositifs », et, quels que soient ses « contextes» englobants, est fondamentalement au service de la construction du sens de l'action. C'est là une façon tout à fait neuve de poser les «effets» de la communication. Cette vision, médiatisée par des instruments, comme outil de la création du sens partagé par les acteurs sociaux, est bien éloignée de la vision de la communication comme transport d'information d'un émetteur à un récepteur. Par ses

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conclusions implicites, le colloque atteint donc son objectif de dépasser les modèles habituels. Au cours des dernières conférences, il traite de la « communication contre la crise ». Il s'agit là de «méthodologies d'accompagnement d'individus ou de groupes, confrontés à des situations de crise qu'ils doivent dépasser ». La construction du sens est encore mise au centre des réflexions. Le constructivisme apparaît alors structurer implicitement les divers propos. Jacques SALZER nous rappelle, par les critiques ou les éloges faits à la pratique de la médiation, que le dispositif lui-même a un sens pour les acteurs, sens dont il faut tenir compte. Philippe QUINTON et Jean Baptiste BULOT nous présentent la méthode d'accompagnement du «CoachingGestalt» dont l'objectif est la prise de conscience et la responsabilité du client. Un tel dispositif de communication entre le client et le consultant gestaltiste vise à fabriquer du sens pour l'équipe coachée. La méthode du «Turbothéâtre », présenté par Marc CHAUVIN, s'inscrit dans la filiation du sociodrame et du jeu de rôles. Ce dispositif de formation, utilisé dans des périodes de changement, est destiné, d'abord, à faire surgir le sens des conduites actuelles puis, ensuite, à faire émerger de nouvelles significations pour rendre possibles les nouvelles conduites qui accompagnent le changement voulu. L'expérience présentée par Bernard ECOFFET et Gilles MINDEAU est aussi un dispositif de communication destiné à favoriser l'émergence du sens des apprentissages réalisés en formation. «L'accompagnement personnalisé sur projet professionnel », décrit par Vincent ELLINCKHUYSEN, conduit les cadres à la recherche d'un emploi à donner un sens nouveau à cette quête. François MINOD insiste, enfin, sur la nécessité de toujours tenir compte du sens dans le monde de l'entreprise en critiquant les théories managériales des années 80-90 qui ont oublié cette vérité première.

12

Enfin, pour conclure la démarche générale du colloque qui s'est finalement centré sur les divers moyens de produire du sens en utilisant des dispositifs de communication, Daniel GUY rappelle que le sens n'est pas uniquement dans le contenu du discours ni même dans l'agencement rhétorique de ce contenu, mais aussi et surtout, que ce sens surgit de l'événement que constitue la communication elle-même. Cette dernière prise de sens résultant donc d'un effort de contextualisation (c'est-à-dire d'une mise en relation de la communication-événement avec son environnement social et historique) de la totalité du «message» et de ses significations rationnelles internes. Suite à la conclusion d'Evelyne GASQUET, je pourrais dire que, compte tenu de ce qui a été quasiment démontré à travers les différents propos, la formation à la communication ne doit plus se référer au modèle émetteurrécepteur ou aux modèles de la linguistique centrés sur des problèmes de codage et de décodage. La formation à la communication doit utiliser les nouvelles théories de la communication qui existent désormais et les nouveaux modèles qui en découlent. Ces nouvelles approches sont justement fondées sur le constructivisme et le systémisme qui ont toujours été latents dans les analyses et les exemples des orateurs du colloque. C'est avec ces instruments intellectuels nouveaux que l'on pourra analyser en compréhension, comment tel ou tel dispositif construit telle ou telle signification de telle ou telle action pour tel ou tel acteur. Alors, et alors seulement, on sera dans une véritable problématique de la complexité intégrant vraiment «le principe d'incertitude» rejetant le « piège de l'instrumentalisation et du dogme» comme le souhaitaient les organisateurs du colloque dans leur introduction.

13

Présentation

du colloque

Le thème
La crise aura permis de révéler les limites des modèles qui, dans les années 1970/80, prévalaient dans le champ de la communication interpersonnelle, institutionnelle ou dans le champ des organisations. Nous savons aujourd'hui que les solutions «clefs en mains », les approches standardisées, les modèles aussi sophistiqués soient-ils ne peuvent à eux seuls prendre en compte la complexité des problèmes rencontrés. Dès lors, la crise n' offre-t-elle pas aux formateurs, aux enseignants et aux professionnels de la communication, l'occasion et la chance de repenser la communication:

individus la place centrale dans les dispositifs et les actions de formations? - en conjuguant besoins individuels et exigences collectives? - en utilisant les modèles et outils existants, avec souplesse et discernement afin d'éviter le piège de l'instrumentalisation et du dogme?

- en intégrant le principe d'incertitude sociétés en crise? - en accordant aux contextes et aux

qui caractérise les

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Quatre grands axes de réflexion ont orienté ce colloque:
AXE I

pratiques?

- La

Communication:
.

quels savoirs pour quelles

Dans le premier axe de réflexion, les points essentiels de la réflexion ont été: En quoi la théorie nourrit-elle la pratique? Comment mettre en pratique les théories? Quelle est la portée et quelles sont les limites de telle ou telle méthode?

AXE II

-La Communication

de crise dans l'entreprise

Dans cette deuxième partie, les communications et les échanges ont porté sur les thèmes de la communication interne et externe au moment d'une crise grave et sur les éléments de communication en situation de crise.

AXE III - La Communication: enjeu du social?
Dans la troisième partie, a été abordée la communication sous l'angle particulier du social: Quelles pratiques de communication pour l'insertion faut-il développer?

AXE IV

- La Communication

contre la crise

La dernière partie de ce colloque fut une présentation de diverses pratiques de communication mises en oeuvre contre la crise.

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L'organisateur
L'Association Communication pluridisciplinaire, formation et de Communication, des Formateurs en Expression (Paris) est une association indépendante animée par des professionnels de l'enseignement de l'Expression et de et qui regroupe plus de 150 membres. et et la la

Son originalité tient à la diversité de ses adhérents: enseignants, universitaires, formateurs, responsables de formation, mais aussi travailleurs sociaux, ou professionnels de la santé mentale. Cette hétérogénéité recouvre les domaines de l'expression et de la communication qui représentent un champ pluridisciplinaire transversal à toutes les strates de la société. La spécificité de l'ASFEC en fait un carrefour, un lieu d'échange et de partage sur les savoirs, les pratiques et les méthodes utilisés par les acteurs de la formation. Les colloques, séminaires, ateliers de réflexion et de recherche proposés par l' ASFEC depuis 1978 sont autant d'occasions permettant l'enrichissement mutuel de ses adhérents. En 19 Rencontres, ce sont plus de 3000 enseignants et formateurs qui ont participé aux activités de l'ASFEC.

Le partenaire L'Université de Toulouse-Le Mirail :
Une Université résolument tournée vers l'avenir: Développer la pluridisciplinarité, approfondir la culture générale, offrir aux étudiants des parcours de formation à la fois plus diversifiés et cohérents, tels sont les objectifs que l'Université de Toulouse-Le Mirail s'est assignée depuis de nombreuses années. 17

La Recherche: Depuis 1994, en collaboration avec le Centre National Recherche Scientifique, la Maison de la Recherche met oeuvre la politique scientifique de l'Université dans domaine des Lettres et Langues et des Sciences Humaines Sociales. Une ouverture sur le monde extérieur, par: de en le et

- Le Service de l'Enseignement à Distance: il relie le monde extérieur à l'Université et efface ainsi les distances et l'isolement.
échanges, signent des conventions avec le monde entier et
favorisent la circulation des hommes et des idées. - Le Service de la Formation Continue: il permet l'articulation entre les savoirs universitaires et le monde du travail et des loisirs. Le Service de la Formation Continue organise des stages, des cycles de formation ou de conférences et des cursus qualifiants pour tous ceux qui souhaitent se perfectionner, acquérir de nouvelles compétences, anticiper des changements professionnels, préparer un diplôme ou simplement approfondir leur culture générale. Il assure l'accueil, l'information, le conseil et le suivi administratif des personnes engagées dans la vie active qui veulent entreprendre des études universitaires. Ce Service mobilise également de larges compétences pour répondre aux demandes de responsables d'entreprise, de décideurs ou de collectivités en matière de diagnostic, d'étude, d'intervention, de gestion de projets et d'évaluation d'actions. Ainsi, il intervient dans les institutions et dans les entreprises pour assurer conseil et ingénierie en formation continue. Il propose des études sur les thèmes de la formation et de l'emploi, des recherches en formation continue et réunit des compétences spécifiques dans des domaines diversifiés. 18

-

Les Relations Internationales:

elles développent

les

Ouverture du colloque

Ces journées de colloque ont été introduites par Robert HAIT, Professeur des Universités en Informatique, qui représentait Romain GAIGNARD, Président de l'Université de Toulouse-Le Mirail, en déplacement hors de Toulouse à cette date. Robert HAIT a évoqué les débuts de l'enseignement des techniques d'expression et de communication et remercié les participants de contribuer au développement de la réflexion sur ce thème.

Michel FOURNET, Directeur du Service de la Formation Continue de l'Université de Toulouse-Le Mirait, s'est réjoui qu'une rencontre nationale sur le thème de la communication ait lieu à Toulouse. Il a souligné le travail accompli par Evelyne GASQUET, avec la complicité de Luc CANIOT, pour la mise en oeuvre de cet événement. Selon lui, l'intérêt de cette rencontre réside principalement dans le fait que des universitaires, des formateurs, des décideurs... disons des acteurs qui appartiennent à des univers différents, puissent échanger et débattre sur des questions d'actualité relevant de la communication. Michel FOURNET a insisté également sur le fait que la recherche fondamentale, qui caractérise majoritairement les conceptions de la science dans le milieu universitaire, devrait logiquement s'enrichir et se diversifier en se confrontant aux réalités de terrain apportées par les témoignages des praticiens, qui plus est en période de crise.

19

Jean-Louis MARTIN, Président de l'Association des Formateurs en Expression Communication, a adressé ses remerciements aux représentants de l'Université de Toulouse-Le Mirail pour leur accueil sur le campus, à l'équipe locale pour l'organisation du colloque et souhaité la bienvenue aux participants de cette XVlIIème rencontre de l'ASFEC.

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Introduction

au thème du colloque
GASQUET2

Entretien d'Evelyne

réalisé par Véronique BEDIN3

En septembre 1997, l'Université de Toulouse-Le Mirail et l'ASsociation de Formateurs en Expression et Communication (ASFEC) organisent à Toulouse un colloque intitulé: «La crise: risque ou chance pour la communication?» Au vu de l'intitulé de ce colloque, on peut immédiatement se poser la question suivante: Pourquoi lier ainsi/es termes de « crise» et de « communication» ? Pourquoi « crise» et « communication» ? Lorsque l'on décide de définir un thème de colloque, l'essentiel est de trouver un angle d'approche qui fédère toutes les préoccupations, les théories, les pratiques à un moment donné. Ce qui nous a finalement rassemblé, c'est ce concept de « crise» que l'on voyait se développer à différents endroits et de manière importante. La crise existait tout d'abord à l'ASFEC ; les membres de l'association se mobilisaient difficilement: crise d'identité, absence de

~Evelyne GASQUET est Maître de Conférences de Sciences du Langage et Responsable du Secteur «Expression Communication» dans le Service de la Formation Continue de l'Université de Toulouse-Le Mirai\. 3Yéronique HEDIN est Maître de Conférences de Sciences de l'Éducation et Responsable des Etudes et des Recherches dans le Service de la Formation Continue de l'Université de Toulouse-Le Mirai\. 21

repères dans le champ de la communication, lisibilité professionnelle.

manque de

La société actuellement aussi est classiquement dite en crise: crise sociale, crise économique. Cette crise remet en question et en cause nos pratiques communicationnelles. Les nouveaux dispositifs eux-mêmes, véhicules de communication et d'information génèrent également des crises à différents niveaux. Or, quand il y a crise, il y a changement - ici de pratiques communicationnelles. Et le changement des pratiques peut également alimenter la crise.

En ce qui concerne l'organisation de ce colloque, on constate que le Service de la Formation Continue de l'Université de Toulouse-Le Mirail et l'ASFEC, ASsociation de Formateurs en Expression Çommunication, ont contribué à sa conception et à sa réalisation. Pourquoi associer l'université et une association de formateurs pour la mise en oeuvre d'un colloque centré sur la communication? L'ASFEC n'a pas la même vocation que l'université, et pourtant, dans ce colloque, les deux structures fonctionnent en partenariat. L'ASFEC est une association qui n'a pas de vocation universitaire et donc scientifique, au sens strict. EUe rassemble aussi bien des consultants, que des formateurs, des thérapeutes ou des enseignants. Nous avons tous la communication et l'expression en commun. Et malgré certaines différences, d'ordre institutionnel ou fonctionnel, le champ pluridisciplinaire qui nous fédère est le lieu de nos interrogations partagées et de nos questionnements. L'ASFEC est rassemblement, lieu d'échanges, de savoirs et de pratiques. En ce sens, et même si elle ne se veut ni «savante» ni diplômante, le fonctionnement de l'ASFEC s'apparente à la logique développée en formation continue: lieu de 22

rencontre entre théoriciens et professionnels où s'échangent savoirs et pratiques. Et que serait une réflexion sans pratique et une pratique sans réflexion? L'université a la possibilité de former des formateurs en communication, de les recevoir et d'être ainsi un espace d'idées et d'actions.

Nous allons tenter de répondre enfin à La question posée dans ce colloque et qui devrait permettre de Lancer Les débats. En quoi La crise est-elle un risque ou, au contraire, une chance pour La communication? Quelle réponse apportez-vous à cette question? Vous savez, lorsque l'on pose des questions, les réponses sont souvent doubles. On pourrait répondre que la crise est à la fois risque et chance pour la communication, que ce soit au plan individuel, « communautaire» ou « sociétaire », pour reprendre des expressions chères à Max WEBER (1920). Quand il y a crise, il y a rupture de contact, rupture de relation. Cette perte des rapports entraîne dans tous les cas un excès, un paroxysme de douleur et de souffrance enfermant dès lors les protagonistes dans des logiques différentes. Toute crise dans le monde du social entraîne une rupture de consensus qui permettait à la relation et à l'organisation de fonctionner. Or, dès que ce consensus n'existe plus, on constate une radicalisation des positions de part et d'autre. Et il faudra bien un après-crise, c'est-à-dire la mise en place d'un nouveau fonctionnement qui serait porteur de dénouement. Et là, c'est la «chance» qu'offre le changement.

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Peut-on dire qu'il chance, ou dit-on risque? Est-ce que Toutes ces questions

existe un balancement entre risque et qu'il y a chance parce qu'il y a eu le risque dès lors précède la chance? méritent des réponses.

Je crois effectivement que le risque précède la chance, comme le chaos précède l'ordre. Il suffit de lire les ouvrages d'Edgar MORIN, notamment «Introduction à la pensée complexe» pour en être convaincu (1990). En fait, ce que permet la crise c'est de réfléchir sur les facteurs déclencheurs de celle-ci et donc de s'interroger sur la communication, considérée comme un élément médiateur possible de la crise. Lorsqu'il y a crise, ce qui fonctionnait ne fonctionne soudainement plus, ce qui était accepté ne l'est plus. A partir de ce constat, on peut toujours se demander quelles sont les causes de ces différents dysfonctionnements, quelle sont les ouvertures possibles pour sortir de cet impasse. Quels sont les lieux de parole à organiser pour tenter de dépasser cette crise et faire en sorte de recréer du lien social? Je fais

référence ici à l'ouvrage auquel a participé R. KAËS « Crise,
rupture et dépassement» que je viens de dire. (1979), qui illustre en partie ce

le lien supposé entre crise et communication, revenons sur deux points « la communication de crise» et «la communication contre la cnse ». Est-ce que ces deux logiques recouvrent la même réalité? Quel sens donnez-vous aux deux expressions: «communication de crise» et «communication contre la crise» ?
Non, les deux expressions ne recouvrent pas la même réalité. Une « communication de crise» s'inscrit entre deux limites: l'urgence d'un côté et le conflit déclaré de l'autre. Et

Pour approfondir

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d'ailleurs, selon le contexte, les communications crise font appel à des réponses différentes. Il préexiste parfois à la situation processus de reprise à mettre en l'absence de cette prévision, les rapides. De ce fait, la concertation toujours possible.

dites de un En être pas

d'urgence déclarée oeuvre rapidement. décisions doivent entre acteurs n'est

Ce qui peut être paradoxaJement une chance. Pour sortir de la crise, un nouveau compromis est nécessaire pour reconstruire la cohésion perdue. En ce qui concerne «la communication contre la crise », il faut mobiliser les aides, les accompagnements de tous ordres et différents dispositifs plus ou moins orthopédiques pour résoudre les problèmes. Mais c'est dans ce temps de transition que la gestion de cette crise est la plus difficile car toute maladresse dans la phase de négociation peut conduire notamment au blocage. De toute évidence, il est difficile de contraindre quelqu'un à chercher des solutions s'il ne le désire pas. n faut donc mettre en place des politiques de communication où chacun

se sente respecté, dans un « espace public de débat» comme
le dirait J. HABERMAS (1987). D'où le rôle majeur de l'argumentation et des systèmes de valeurs que tel ou tel type de communication développe. Et dans cette «communication contre Ja crise », un paramètre important est à prendre en compte: celui du temps, de la durée. C'est une donnée essentielle. n faut du temps pour comprendre et pour construire (reconstruire), car ce sont pour la plupart les mêmes matériaux que l' on réagence différemment, dans Ja perspective de créer du nouveau.

25

La communication est évidemment liée à la socialisation, plus généralement au social. De manière plus précise, quels sont les éléments qui permettraient de dire que la communication est un enjeu du social? Je crois que toute société repose sur une communication et sur des pratiques de communication. Ce sont ces pratiques qui structurent le lien social, qui tissent le réseau de relations que chaque individu entretient avec les autres et avec la collectivité toute entière. Ce lien social permet de se définir une identité, une place, voire même un rôle à jouer dans cette société afin d'y être reconnu. Si ce minimum d'accord tacite entre individus et entre les individus et le groupe n'existait plus, c'est l'ensemble du groupe qui s'atomiserait. Or, l'homme est relationnel et inter-relationnel. La nature de la relation change selon le type de société pris en compte, selon l'idéologie dominante qu'elle secrète. Dans l'intervalle de ce changement, c'est la place de l'individu qui se négocie entre liberté et égalité, entre individualisme et solidarité, entre particularisme et globalisation. De nombreux travaux sur la socialisation illustrent cette analyse (C. DUBAR, 1991).

Ce colloque est organisé dans le cadre de la formation continue, ce qui implique que les thèmes développés traitent de la professionnalisation et des caractéristiques des pratiques communicationnelles dans tel ou tel milieu professionnel. En fonction du champ d'investigation considéré (par exemple l'environnement de l'entreprise, de l'insertion, etc.) la communication se décline-t-elle de la même façon? Peut-on dire que certaines pratiques de communication sont spécifiques à tel ou tel champ professionnel ou qu'au contraire, il existerait des conceptions et des pratiques plus globales pouvant être mises en oeuvre indépendamment des secteurs professionnels pris en compte?

26

Il est évident que la communication a pour objectif premier de permettre aux individus de vivre et de fonctionner ensemble. En ce qui concerne les pratiques de communication qui seraient plus spécifiques à chaque secteur d'activité, on pourrait peut-être penser que l'entreprise valorise un type de communication pragmatique, efficace, en regard de l'obligation de rentabilité économique et de productivité qui est la sienne. C'est une des raisons qui explique certainement le développement de certaines approches instrumentalistes de la communication et d'un discours apparenté « scientifique» dans cet environnement. De ce fait, la demande organisationnelle (du chef d'entreprise par exemple) ne recouvre pas nécessairement les demandes individuelles (des salariés par exemple) en matière de formation à l'expression et à la communication. Dans d'autres secteurs, il est beaucoup plus difficile d'évaluer la nature de ces pratiques de communication. Elles sont peut-être et certainement beaucoup plus proches de la communication dite thérapeutique qui fait plutôt appel aux qualités d'écoute. Dans cette perspective, la communication vise notamment à rétablir un contact avec la réalité et à restaurer du lien social: c'est le cas pour les populations en recherche d'insertion professionnelle par exemple qui sont demandeuses de cette compétence. Pour ce qui est de l'enseignement, il s'agit d'un lieu particulier de l'exercice de la communication puisqu'il nécessite de produire à la fois un savoir-faire en matière de transfert de connaissances (les savoirs) mais également un savoir-être de «communicateur ». Et là, il est bien question de pouvoir à exercer. Suivant les différentes pédagogies mises en oeuvre (le cours magistral, le tutorat, l'autoformation...), les modalités d'enseignement et d'apprentissage ainsi que les pratiques de communication dont elles s'inspirent connaîtront des variantes (L. NOT, 1979). Cette relation entre l'enseignant et l'enseigné est formatrice, en ce sens qu'elle permet une mise en forme de soi-même à travers l'appropriation de compétences et du partage des

27

savoirs qui peuvent personnalisée ».

aller

jusqu'à

de

« l'utilisation

Ce qui devrait être commun à l'ensemble des pratiques de communication, indépendamment des champs professionnels, c'est la notion d'éthique et donc du système de valeurs qui s'y rattache.

Puisque vous parlez justement de l'enseignement en lien avec la communication, comment pourrait-on décliner l'impact de la communication sur la formation et plus particulièrement sur la formation continue? La formation continue est un lieu privilégié de la communication. La formation et la communication ont pour point commun l'information: elles donnent finalement une forme à un contenu. La formation continue peut recevoir des personnes qui sont justement en rupture de communication par rapport à leur cadre professionnel, voire social ou familial et contribuer ainsi à leur socialisation (B. FRANCQ, C. MAROY, 1996 ; E. BOURGEOIS, 1996). Elle a pour mission, à mon sens, de permettre l'acquisition de compétences communicationnelles qui sont des compétences professionnelles à part entière pouvant être « monnayables» sur le marché de l'emploi ou dans les milieux de travail. La formation continue doit également communiquer ce qu'elle sait faire, de manière à promulguer sa propre image de formation à l'extérieur, aussi bien dans le cadre de l'université que dans les environnements professionnels. Pour ce qui est des formateurs en expressioncommunication, je dirais qu'ils connaissent une crise d'image et d'identité car ils viennent d'horizons divers. De ce fait, aucune formation et diplôme communs ne les identifient clairement sur le marché du travail. Ainsi, ils se trouvent souvent démunis pour faire connaître leur propre identité dans les entreprises. Pourrait-on imaginer une 28

formation spécifique (initiale et continue) enfin leur reconnaissance professionnelle? Cette crise serait-elle professionnel? une chance

qui permettrait un champ

pour

Références bibliographiques BOURGEOIS, E. (1996). L'adulte en formation. Regards pluriels. Paris: De Boeck Université; collection Perspectives en éducation. DUBAR, C. (1991). La socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles. Paris: Armand Colin. FRANCQ, B. ; MAROY, C. (1996). Formation et socialisation au travail. Paris: De Boeck Université; collection Perspectives en éducation. HABERMAS, J. (1987). Théorie de l'agir communicationnel. Tome 1 : Rationalité de l'agir et rationalisation de la société. Traduction de J-M. FERRY. Paris: Fayard; collection L'espace du politique. HABERMAS, J. (1987). Théorie de l'agir communicationnel. Tome 2 : Pour une critique de la raison fonctionna liste . Traduction de J-M. FERRY. Paris: Fayard; collection L'espace du politique. KAËS, R. ; et al. (1979). Introduction à l'analyse transitionnelle. Crise, rupture et dépassement. Paris: Dunod. NOT, L. (1979). Toulouse: Privat. Les pédagogies de la connaissance.

MORIN, E. (1990). Introduction à la pensée complexe. Paris: ESF ; collection Communication et complexité. 29

WEBER, M. (1920). Économie et société. Trad. fr., 1971. Paris: Plon.

30

AXEl
LA COMMUNICA TION : QUELS SAVOIRS, POUR QUELLES PRATIQUES?

Présentation de l'axe I : «La Communication:
quels savoirs, pour quelles pratiques?»

par Christian PRADIER4

Nous allons commencer les travaux relatifs au premier axe de travail de ce colloque: «La communication: quels savoirs pour quelles pratiques? ». L'objectif est de permettre que nous nous interrogions sur les modèles théoriques les plus courants de l'enseignement en Expression Communication. Il est également question que nous nous attachions à découvrir de nouvelles pistes de réflexion et d'action dans ce domaine. Pour ce faire, nous avions invité Philippe BRETON, chercheur au CNRS, qui n'a malheureusement pas pu prendre part à notre rencontre. Philippe BRETON, après avoir consacré plusieurs ouvrages à l'informatisation et à ses effets culturels travaille aujourd'hui sur le thème de l'argumentation. Cette question, vous le savez, connaît actuellement un certain renouveau grâce aux sciences de l'information et de la communication. Je rappelle le titre de

l'ouvrage de Philippe BRETON: « L'argumentation dans la
communication» , ouvrage Découverte en 1996. paru aux Éditions de la

4Christian PRADIER est Maître de Conférences Communication à l'Université de Valenciennes.

d'Expression

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Bernard MIEGE, je vous remercie de participer à ce colloque, au nom de l'ASFEC. Vous allez nous proposer une réflexion générale sur la question de l'évolution des théories en matière de communication, les théories dominantes notamment. Au cours des cinquante dernières années, de nombreuses conceptions ont vu le jour. Notons qu'une partie importante de ces théories des Sciences de l'Information et de la Communication a inspiré des schémas d'application, voire des recettes, dans l'enseignement notamment aussi bien à l'université que dans la formation pour adultes. Ce que l'on appelle les techniques d'expression et de communication constituent une illustration de ce que je viens de dire. Dans ces domaines, l'histoire de la pensée constitue une des questions auxquelles s'est intéressé préférentiellement Bernard MIÈGE. Professeur de Sciences de la Communication à l'Université Stendhal Grenoble III, Bernard MIEGE est également Directeur du G.R.E.S.E.C., un groupe de recherche qui va bientôt fêter ses vingt années d'activité scientifique. De nombreuses recherches y ont été développées telles que l'industrialisation de la communication, les nouvelles technologies dont le multimédia, la question des territoires de la communication, la communication des organisations, etc. Dans la foulée, je signale la parution d'un ouvrage «La communication entre l'industrie et l'espace public» paru aux Presses Universitaires de Grenoble cette année. Mais c'est de la question des filiations théoriques concernant la pensée communicationnelle dont va nous entretenir Bernard MIÈGE, qui a également été Président de la Société Française des Sciences de l'Information et de la Communication. A ce jour, il a publié aux Presses Universitaires de Grenoble de nombreux ouvrages dont: « La pensée communicationnelle» (1995).

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La pensée communicationnelle Bernard MIEGE5

aujourd'hui

Introduction Dans le cadre de ce colloque, je vais aborder la question de la pensée communicationnelle aujourd'hui. Quelle est-elle? Comment peut-on la définir? Depuis que je suis en poste à l'Université de Grenoble III, j'ai utilisé les techniques d'expression et de communication dans différentes formations. 'J'ai également travaillé en formation continue. On peut donc considérer que j'ai une connaissance concrète des pratiques qui sont les vôtres, tant en formation initiale qu'en formation continue ou en formation d'entreprise. Pour autant, ce n'est pas pour cette raison-là que ma présence a été souhaitée à ce colloque mais plutôt pour repérer si les pratiques que vous mettez en oeuvre ont un rapport direct ou indirect avec les théories de la communication; la communication est un champ social évolutif et un nombre important de théories prétendent aujourd'hui en rendre compte. Je vais donc tenter de vous montrer, en dépit des rationalisations qui sont les vôtres, que des éléments théoriques inspirent en fait vos pratiques de
SBemard MIÈGE est Professeur de Sciences de la Communication à l'Université de Grenoble III et Directeur du G.R.E.S.E.C. Groupe de REcherche Sur les Enjeux de la Communication, dans la même université. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la communication, dont notamment «La société conquise par la communication» (1989), « La pensée communicationnelle» (1995) et « La communication entre l'industrie et l'espace public» (1997). 35

formateurs, sans que vous en ayez peut-être une conscience très précise. Lorsque vous concevez et mettez en oeuvre une action de formation relative à la communication, que ce soit avec des étudiants ou avec des professionnels, c'est le plus souvent à partir d'une étude des «besoins », en particulier dans le cadre de la formation continue. Le terme de besoins devrait être interrogé, mais l'on peut dire que vous possédez une certaine conscience des besoins des futurs apprenants, des futurs formés et que vous vous référez également, dans vos interventions, à une certaine conception de la communication et de son rôle social. Cette conception a été forgée à partir des expériences acquises ou a même été quelquefois rationalisée grâce à des écrits que vous auriez pu vous-même produire. Je pense qu'il serait intéressant de connaître l'ensemble de ces pratiques, de les comparer afin d'établir les points de ressemblance et de différence entre elles. v ous devez posséder une certaine conception du rôle social de la communication, notamment au niveau des relations interindividuelles, peut-être même au niveau de la construction du social et de la confortation du lien social luimême. Par exemple, la réalisation d'un plan de formation nécessite de s'intéresser préalablement aux apprenants, aux usagers futurs du projet. On peut donc affirmer qu'une certaine conception de la place de la communication dans la société est mobilisée dans ce cas de figure. Effectivement, vous ne vous contentez pas de mettre en oeuvre des techniques que vous maîtrisez par ailleurs ou des méthodologies spécifiques mais bien une certaine conception du social. Ces débats traversent généralement les rencontres des intervenants en techniques de communication. Je vais donc essayer de vous montrer que vous vous référez généralement à la pensée communicationnelle lorsque vous réalisez par exemple un plan de formation. Effectivement, ce mode de pensée s'impose aux individus plus ou moins consciemment, même à ceux qui ont une visée volontairement non théorique, c'est-à-dire qui ne souhaitent 36