//img.uscri.be/pth/bb7dd2c69efad84353d99bf0461f72a64c55013b
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,01 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

LA DELINQUANCE A LA REUNION

De
272 pages
La première partie de la recherche analyse les structures d'ensemble de la criminalité-délinquance et les disparités qu'elle engendre pour déboucher sur une régionalisation des phénomènes de déviance. Ensuite sont examinées les dynamiques de la délinquance, les infractions en régression, celles qui progressent. Enfin, l'étude propose des variables explicatives pour tenter d'élaborer une modélisation de la délinquance tenant compte des variables économiques, démographiques et sociales…
coédition avec l'Université de la Réunion
Voir plus Voir moins

Cartographie: Bernard REMY Maquette:

LABORATOIRE

OE CARTOGRAPHIE

Bernard REMY

- Armelle

APPLIQUÉE

KAUFMANT

@FACULTE

DES LETTRES ET DES SCIENCES UNIVERSITE DE LA REUNION

HUMAINES

Campus universitaire du Moufia 15, avenue René Cassin BP 7151-97715 Saint-Denis Messag cedex 9
ilJphone : 0 262 938585 ilJcopie : 0 262 938500

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans Je consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.

<Ç) L'Harmattan, ISBN:

2000

2-7384-8861-7

LA DÉLINQUANCE

À lA RÉUNION

Approche géographique d'une situation dans- un espace insulaire

DE LA FACULTÉ

COMITÉ SCIENTIFIQUE DES LETTRES ET DES SCIENCES

HUMAINES

Michel BÉNIAMINO,Maître de Conférences, HOR (ge s.); Bernard CHERUBINI, Maître de Conférences, HOR (2Qe s.) ; Alain GEOFFROY, Professeur (l1e s.); Jean-Louis GUÉBOURG, Professeur (23e s.); Jean-François HAMON, Maître de Conférences, HOR (16e s.) ; Michel LATCHOUMANIN,Maître de Conférences, HOR(7Qes.) ; Edmond MAESTRI, Professeur (22e s.) ; Serge MEITINGER,Professeur (ge s.) ; Jean-Philippe WATBLEO,Professeur (07e s. et 11es.)

Univers i"té de La Réunion Facul"tédes Let;t;res et; des Sciences Humaines

BERNARD

REMY

LA DÉLINQUANCE

À LA RÉUNION

Approche géographique d1une situation dans un espace insulaire

PUBLICATIONS DU CENTRE DE RECHERCHE ET D'ETUDES EN GEOGRAPHIE DE L'UNIVERSITE DU CENTRE DE DOCUMENTATION ET DE RECHERCHE EN HISTOIRE ET DU LABORATOIRE DE CARTOGRAPHIE ApPLIQUEE ET TRAITEMENT

DE LA REUNION, REGIONALE DE L'IMAGE

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique

75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

PRÉFACE

e géographe, en s'appuyant sur la cartographie statistique, semble disposer d'un moyen d'investigation bien froid pour traiter d'un sujet tel que la délinquance. On imagine plutôt ici le psychologue, attaché à comprendre les pulsions qui ont conduit l'individu à s'échapper des normes de la vie en société, ou le sociologue, occupé à rechercher les failles de l'organisation collective qui ont permis les déviances. On pourrait craindre surtout qu'entraîné par le développement des méthodes quantitatives, il ne se laisse envahir par l'illusion statistique. On connaît la faiblesse des indicateurs statistiques dans un domaine aussi «qualitatif» que les délits: la diminution de certaines infractions peut provenir simplement d'un certain laxisme des

..t

services de police et de gendarmerie, ou, pire, d'un

«

mur du silence» de

la part des victimes, dans le cas des viols notamment. A l'inverse la recrudescence de la criminalité peut être la seule conséquence d'un renforcement des contrôles, ou même d'une sensibilisation accentuée de la population, relayée par les media, à certaines formes de délits. La même incertitude statistique domine dans les comparaisons d'un pays à un autre car les comportements judiciaires n y sont pas les mêmes. Bernard Remy a su éviter ces écueils, et montrer l'intérêt de la méthode géographique. La situation insulaire est un élément favorable qui permet d'échapper au grand banditisme. À une échelle régionale, par contre, on voit très bien, à La Réunion comme ailleurs, le lien entre le développement urbain et la délinquance: Saint-Pierre et Le Tampon, au sud de l'île, rejoignent progressivement les taux de la capitale. Plus que le type d'habitat ou les conceptions architecturales, c'est l'accentuation des contrastes sociaux entraînée par la ville, qui est en cause. Une société ne supporte pas impunément la coexistence de catégories sociales favorisées et de plus d'un tiers de chômeurs en son sein. La perte des repères indispensables à la vie communautaire, illustrée par les pillages de supermarchés, est bien alors le fond du problème, et Bernard Remy y insiste avec force. Le développement réussi des expériences de justice de proximité reste l'un des grands enseignements de l'fle. En évitant la lourdeur administrative procédurière de la justice traditionnelle, elle a permis que de nombreux conflits se soient trouvés réglés avant d'avoir eu le temps de s'envenimer dangereusement. C'est peut-être là le principal enseignement que l'on peut tirer d'une approche raisonnée: la réflexion objective n'est pas un vain passe-temps de chercheur, c'est une contribution à un meilleur fonctionnement de la société.

Yves GUERMOND Professeur à l'Universitéde Rouen

AVANT"PROPOS

~

L'entreprise d'une telle recherche ne peut se concrétiser sans l'appui de multiples personnes que j'ai le réel plaisir de remercier ici. Toute ma gratitude va à : Madame le Professeur Thérèse SAINT-JULIEN, qui m'a aimablement reçu à deux reprises à Paris, pour les précieux conseils qu'elle m'a prodigués à propos des traitements mathématiques et pour la documentation qu'elle a gentiment mis à ma disposition. Monsieur le Professeur Yves GUERMOND, sans qui cette recherche n'aurait pu aboutir, qui a accepté d'en reprendre la direction, qui a constamment manifesté sa présence (malgré les 10 000 kilomètres qui nous séparaient), par de judicieux conseils et par un soutien chaleureux complété par un accueil exceptionnellement amical lors de mes passages à Rouen. Monsieur Bernard LEGH.AS, Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Saint-Denis jusqu'en juin 1998, désormais Procureur Général près la Cour d'Appel de Bastia. Attaché au bon déroulement de cette recherche, il m'a rapidement intégré dans le groupe chargé de constituer l'Observatoire Départemental de la Délinquance, m'a facilité l'accès aux statistiques et m'a mis en relation avec les principaux responsables de la Police et de la Gendarmerie nationales. Monsieur le Professeur Edmond MAESTRI qui n'a pas ménagé sa peine pour me prodiguer ses judicieux conseils et pour critiquer ce travail afin de l'améliorer. Il a su répondre promptement à mes multiples sollicitations malgré les lourdes charges qui lui incombent à la première Vice-Présidence de l'Université de La Réunion. Je tiens également à remercier Monsieur le Professeur René ROBERT qui a aimablement accepté de relire mon travail et de le critiquer tant sur le fond que sur la forme. Monsieur Charles-André PA YET, Maître de Conférences en Mathématiques à la Faculté des Sciences qui a très amicalement accepté d'apporter le contrôle du scientifique et du mathématicien à mes multiples analyses de données, ainsi que Monsieur le Professeur Henry GODARD, pour son soutien et ses multiples conseils. Ma gratitude va également à Monsieur Thierry MA Y, Substitut du Procureur de la République, avec qui j'ai été conduit à travailler fréquemment et qui a toujours accepté de répondre à mes questions, n'a pas hésité à m'expliquer les rouages complexes de l'Institution Judiciaire ainsi que la composition des différents types de crimes et de délits. Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance aux services statistiques qui m'ont permis d'entreprendre la recherche des facteurs explicatifs de la délinquance : Tout d'abord, ceux de l'INSEE et plus particulièrement Monsieur CIMBARO et Madame RODRIGUEZ, et ceux du Rectorat: Madame DAMARET.

14

La délinquance à La Réunion

Je remercie les responsables des autres services de l'État ou du Département, qui ont tous accepté de me recevoir et de répondre à ma « batterie» de questions spécifiques: Monsieur le Commissaire divisionnaire BOUSSARD, Directeur Départemental de la Sécurité Publique, Monsieur le Colonel COUJON, commandant le Groupement du Sud de l'océan Indien de la Gendarmerie Nationale, Monsieur GUILLAUMEY, Directeur du service des douanes, Monsieur le Commandant GORALCZYK, commandant la Direction Départementale Contrôle, Immigration, Lutte contre l'Emploi Clandestin, Monsieur LE LAN, Directeur de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, Monsieur Thierry DE LA GRANGE, Directeur de l'Observatoire du Développement de La Réunion. Mes remerciements vont également à Sabine TANGAPRIGANIN qui a assuré la saisie de mon manuscrit et qui a mis à ma disposition toutes ses compétences en publication assistée par ordinateur afin d'apporter à mon travailla présentation la plus agréable possible; aussi à Marie-Pierre RIVIERE, doctorante en Littérature Comparée, qui a accepté à plusieurs reprises de relire mon ouvrage afin d'en améliorer la forme. Enfin, toute ma gratitude et ma reconnaissance vont à l'Administration de mon Université et plus spécialement à Madame Joëlle ZAMPINI, Secrétaire Général de l'Université de La Réunion, pour m'avoir apporté son soutien et pour avoir contribué à faciliter mon travail de recherche dans la mesure où mon statut le permettait. Qu'il me soit permis en tout dernier lieu de rendre hommage à deux amis chercheurs dont les encouragements à entreprendre cette recherche ont été déterminants et qui nous ont quittés récemment: le Professeur Michel GENEV AUX et le Professeur Jacques BOUGERE.

INTRODUClilON

Faire en termes géographiques l'étude de la criminalité et de la délinquance à La Réunion, géographie sociale et humaine, ne peut se concevoir sans une réflexion épistémologique. Cette réflexion est d'autant plus nécessaire que le paradigme des déviances n'est guère étudié par les géographes. Certains d'entre-eux, avec lesquels nous avons pu échanger nos approches, prétendent que ce problème de société ne relève pas du champ de compétence de la géographie, ni même de la géographie sociale ou culturelle. Ils estiment que de telles investigations relèvent de la sociologie ou de l'anthropologie. Bien sûr, nous ne pensons pas que nos travaux soient de nature à élargir l'horizon de la géographie, ni à relancer le débat épistémologique sur la place de la géographie dans le réseau qu'elle tisse avec les autres sciences. Mais le paradigme définissant la

géographie comme

«

la Science des rapports entre l'Homme et la Nature }}

n'est-il pas devenu désuet en face de la formidable évolution qu'a connue la géographie ces dernières décennies, en s'emichissant de l'appui des techniques modernes et en élargissant son domaine d'investigation? Puisque le géographe étudie les grandes structurations de l'espace et des espaces urbains notamment, pourquoi n'étudierait-il pas leurs de structurations et les facteurs qui engendrent ces dysfonctionnements comportementaux des hommes qui les peuplent? La géographie n'est plus confinée dans une pensée environnementaliste. Durant ces dernières décennies, elle s'est emichie de nouveau modes d'investigations, de nouveaux paradigmes, qui grâce au recours de techniques quantitatives (statistiques et mathématiques) lui permettent d'établir des lois, et ainsi d'élargir son champ conceptuel. Pour A. BAILLY et Hubert BEGUIN (1993) : «La géographie humaine est une représentation du monde et des pratiques humaines, qui prend son sens dans le cadre des idéologies

sociales et des problématiques scientifiques

}}.

C'est dans cet esprit que s'inscrit notre recherche. À notre sens, le problème de la criminalité et de la délinquance est un thème de préoccupation actuel et un débat majeur, que le géographe ne peut ignorer. Quel spécialiste autre que lui a la capacité de caractériser les espaces à travers les déviances? Néanmoins, plusieurs Sciences doivent apporter leur concours et leur contribution à la compréhension de ces phénomènes. Sont concernées par cette approche des Sciences telles que l'Histoire, la Sociologie, l'Anthropologie, la Criminologie et la Médecine psychiatrique. La géographie, elle, apportera dans ce débat une contribution non négligeable à travers sa capacité à mesurer les phénomènes, à localiser les espaces1 et à définir leurs interdépendances. Le géographe est
«L'espace géographique ne saurait être réduit au visible: il contient l'ensemble des relations localisées et localisables, à la fois les rapports des lieux entre eux, et les rapports aux lieux qu'entretiennent les individus et les groupes» (Roger BRUNET, 1990, p. 34).

18

La délinquance à La Réunion

riche de ses approches analytiques et systématiques, il est également riche de ses capacités à traiter mathématiquement les informations. Pour Yves GUERMOND (Antoine BAILLY et al., 1995, p.222 et 223), cet apport est fondamental dans la mesure où le traitement des données permet la comparaison d'unités spatiales élémentaires et favorise les regroupements spatiaux. Il note que l'emichissement de la géographie par l'informatique permet de faire évoluer des matrices d'information spatiale pour les organiser en modèles et élaborer des systèmes. Enfin le géographe dispose d'un outil essentiel pour localiser les phénomènes et en extraire les grandes divisions de l'espace, il s'agit de la carte. Elle permet la visualisation2, la recherche de corrélations, mais aussi comme le montre Roger BRUNET, de dégager les lieux qui échappent à la norme, de déboucher sur une cartographie des résidus et de comprendre et de distinguer quelle est la part du phénomène expliquée par le modèle, de celle expliquée par d'autres variables exogènes au modèle (Roger BRUNET, 1990, p. 23). Le géographe dispose donc d'un arsenal d'outils et de techniques suffisant pour apporter un point de vue pertinent et original sur ce problème de la société contemporaine. D'ailleurs certains s'étonnent de la discrétion des géographes dans ce débat, à l'instar de Jean-Pierre ALLIX qui s'exclame dans Libération du 13 septembre 1996 «Mais que font les géographes? ». L'auteur de l'article, tout en cherchant à définir les différents domaines d'intervention du géographe, déplore son absence dans quelques-uns des grands débats

majeurs de notre société et dénonce « la querelle des fractions qui menace
la cohésion de cette science ». Renée ROCHEFORT émet les mêmes regrets quand, à propos de l'étude des marginalités par les géographes,

elle écrit: « Enfin, ce thème est une invite à éclaircir les rapports du social et du spatial sur lesquels les géographes sont souvent silencieux » (André
VANT (dir.), 1986, p. 26). Dans un récent ouvrage, Roger BRUNET tranche dans ce débat en

affirmant que «les géographes ont la science timide » (Roger BRUNET, 1997, p. 26). Il précise: « Nous devons intervenir en tant que géographes
sur les grands débats de notre société, comme d'ailleurs nous y invite régulièrement le Festival International de Géographie de Saint-Dié: les géographes ont encore peu écrit en France sur l'emploi, sur l'exclusion, sur la Méditerranée, sur les perspectives écologiques, etc.» (Roger BRUNET, 1997, p.70). Il reste vrai que les géographes se sont assez peu appropriés le thème des déviances en général. Pourtant, la 6e édition du Festival International de Géographie avait pour thème «Risques naturels 2 « La géographie d'un phénomène, au sens premier du mot; c'est sa distribution spatiale» (Roger BRUNET, 1990, p. 232).

Introduction

19

risques de société ». Nous avons participé à ce colloque à travers une contribution au thème central et une présence assidue dans les tables rondes, mais nous avons regretté le peu de place octroyé au second volet du thème, l'essentiel du débat ayant été accaparé par les géophysiciens. Cependant les géographes investissent des problématiques périphériques à celles des déviances, comme l'exclusion et la marginalité. En 1984, sous la direction d'André VANT, le C.N.R.S. a organisé, à l'Université de Lyon II, un colloque intitulé « Marginalité sociale - marginalité spatiale »3. Dans sa contribution intitulée «L'émergence du concept de marginalité; sa pertinence géographique », Antoine BAILLY recherche les origines historiques du concept de marginalité afin de dégager un contexte épistémologique à son utilisation géographique. Il pose la question: «Pourquoi les géographes parlent-ils plutôt de périphérie que de marginalité» (André VANT (dir.), 1986, p.50). Certes, la périphérie peut rassembler des exclus, mais le centre également; Antoine BAILLY en

déduit que « il n'existe pas de lien nécessaire entre périphérie, pauvreté,
minorité pas plus qu'entre centre, richesse et majorité» (André VANT (dir.), 1986, p.51). Il conclut en posant la question «La géographie des marginalités se substitue-t-elle aux géographies, des ségrégations, des inégalités?» (André VANT (dir.), 1986, p.51). Le géographe doit réfléchir au rapport entre enjeux sociaux et pratiques spatiales. Plus récemment, les thèmes de la criminalité et de la délinquance ont été traités dans un colloque organisé par l'Association Française pour le développement de la géographie qui s'est déroulé en 1993, à Fontenayaux-Roses, sur le thème « À la découverte des pauvretés et exclusions Regards croisés ». Gilles LAJOIE et Céline ROSENBLAT relèvent que
«

l'actuelle remise en cause du regard

géographique,

faite par les

géographes eux-mêmes, est le signe d'une évolution profonde }}4. C'est dans ce contexte et fort des appuis de ces différents auteurs qui confirment la compétence du géographe et l'incitent à orienter sa recherche vers les grands débats qui animent la société actuelle que nous tenterons d'assumer cette charge et d'apporter notre contribution à la compréhension des phénomènes de criminalité et de délinquance à La Réunion.

3 4

Le~ actes du colloque sont rassemblés dans un recueil de 265 p., publié par ]e CNRS. GEOFORUM 93, A la découverte des pauvretés et exclusions-Regards croisés, ]4 au ]5 mai ]993, Géographes associés n° 14-15, 1994, Lyon, p. 147.

CARTE 1 LA RÉUNION DANS L'OCÉAN INDIEN

45'N

TROPIQUE DU GANGE

TROPIQUE

DU

GAJj\lGPj\~~

_ __

_ _ ___

,

CARTE 2

PRESENTATlON DE L'ILE DE LA REUNION

légende

Escarpement

""" -',j"V"V~

Rivière Route principale Route secondaire
Agglomération échelle 5 10km SAINT-JOSEPH

Introduction

21

Cette Île de l'océan Indien, l'un des quatre départements d'outre-mer est singulière à plus d'un titre. C'est une région monodépartementale, située en zone subtropicale (cf. carte 1). Son territoire peu vaste s'étend sur 2 512 km2, le tiers de celui de la Corse. De la même manière, son relief est particulièrement escarpé, dominé par le Massif du Piton des Neiges, qui culmine à 3070 m. De formation essentiellement volcanique, l'intérieur de l'Île, par effondrement et érosion, donne naissance à trois cirques: Mafate, Salazie, CHaos, alors que le Sud-Est est constitué du Massif de la Fournaise (2 631 m), volcan toujours actif. Ces reliefs sont bordés de larges plaines littorales notamment à l'Ouest et à l'Est (cf. carte 2). Si constater son excentricité et son éloignement de la Métropole (10 000 km) relève de l'évidence, il n'en demeure pas moins que cette situation a deux conséquences. Négative tout d'abord, car l'éloignement handicape les relations économiques et commerciales avec l'Hexagone, en créant un surcoût des produits marchands et un isolement des structures de production locales. Enfin positive, car H peut intervenir comme une sorte de barrière naturelle, en protégeant l'Île d'un certain nombre d'agressions ou de contagions comportementales extérieures. Au niveau de l'organisation de l'espace, La Réunion présente plusieurs originalités. L'Île se structure selon un modèle centre-périphérie inversé. Henri GODARD (Henri GODARD, 1998, p.111) explique cette constance qui se retrouve dans d'autres espaces insulaires, ainsi: «Cette inversion dérive de la structure extravertie liée à l'ancienne domination coloniale. L'opposition entre un centre insulaire « vide» et une périphérie littorale « pleine» se décline ici selon plusieurs registres: celui des densités de population, des établissements humains et des équipements; celui du degré d'intensité des formes de mise en valeur et d'occupation de l'espace. Les dynamiques économiques contemporaines ne font qu'accentuer cette ancienne dichotomie». En effet, la périphérie littorale est densément peuplée, urbanisée et concentre la majeure partie des activités: l'agriculture, encore largement dominée par l'exploitation de la canne à sucre et le commerce basé sur l'import-export. Le centre, montagneux, beaucoup moins peuplé, est orienté essentiellement vers les activités agricoles (maraîchage et élevage). Depuis ces dernières années il devient de plus en plus prisé pour le développement du tourisme, à travers les activités sportives les plus à la mode (canyoning, parapente...). Les Hauts, grâce à leur nouvelle orientation, connaissent un second souffle. L'Île souffre d'un développement macrocéphalique de sa capitale Saint-Denis qui concentre les pouvoirs décisionnels administratifs et économiques, ainsi qu'une grande part des activités. Le taux de chômage qui s'élève à 25 %, reste le

22

La délinquance à La Réunion

plus faible du département. C'est la plus grande ville d'outre-mer, mais aussi la commune la plus peuplée avec 122000 habitants. En 1990, un Réunionnais sur cinq est un Dionysien. Aujourd'hui, La Réunion doit relever deux défis: maîtriser sa démographie et endiguer la vague de chômage qui mine le département et plus particulièrement sa jeunesse. Depuis la départementalisation en 1946, La Réunion a connu une évolution de la population sans précédent (cf. graphique 1) : elle a doublé en 25 ans, alors que la Métropole a enregistré une évolution identique, mais sur un siècle. Dénombrée à 597828 individus en 1990, la population réunionnaise est estimée en 1995 à 653600. Pour Albert LOPEZ, cette irrésistible progression de la population est due à une chute spectaculaire de la mortalité «induite par deux facteurs, le rajeunissement de la

population et l'augmentation de l'offre de soins

»5.

Dans son mémoire de

maîtrise, Daniel GONTHIER6 rejoint ce point de vue. Il montre l'évolution récente de la densité des médecins et des spécialistes par tête d'habitants: la densité des médecins passe de 15 praticiens pour 100 000 habitants en 1946 à 171 en 1995. L'amélioration de la qualité des soins provient aussi de la modernisation des équipements de nos deux grands centres hospitaliers qui disposent des techniques à la pointe du progrès (scanner, RMN) et pratiquent les actes chirurgicaux les plus modernes. Albert LOPEZ précise que la réduction de la mortalité, avec un taux brut de mortalité atteignant 5,3%0 en 1990, , masque de fortes disparités, comme la surmortalité masculine. En 1990, l'espérance de vie d'un Réunionnais est inférieure de 10 ans à celle d'une Réunionnaise. Cet écart établit un autre record mondial. La cause est à rechercher dans les métiers à forte pénibilité exercés par les hommes (agriculture, bâtiment et travaux publics) mais aussi dans l'alcoolisme qui affecte bon nombre d'entre-eux, provocant des pathologies du système nerveux, des accidents de la route et qui est à l'origine de certaines déviances. Nous retrouverons ce paramètre dans notre étude. Quant à Nadia HOAREAU7, elle n'attribue pas uniquement la forte progression de la population à la baisse de la mortalité. Elle relève l'incontestable reprise du nombre des naissances qui passent de 11 927 en 1982 à 14239 en 1992. Ce mouvement à la hausse est essentiellement dû au nombre important de femmes en âge de procréer. En effet, une des caractéristiques de la pyramide des âges réunionnaise en 1990 réside dans sa large base, quasi-cylindrique: 40 % de la population réunionnaise a moins de 20 ans (cf. graphique 2).

5 6 7

«Une révolution sanitaire déclenche La Réunion, n082-83, p. 6 à II. Daniel GONTHIER, 1989, p. 65 à 70. Nadia HOAREAU, 1994, p.I3à45.

la transition

démographique », in Économie de

GRAPHIQUE 1

ÉVOLUTION DE LA POPULATION RÉUNIONNAISE COMPARÉE À CELLEDE LA MÉTROPOLE ENTRE 1950

ET 1995

effectifs en milliers
650 600 550 500 450 400 350 300 250 200 1950

effectifs en milliers
100 000

50000 40000 30 000 20 000
,

........

........................

MÉTROPOLE

1000
RÉUNION

500 400 300 200

80% 60% 40% 20% 10% 0% abaque des taux de croissance décénaux

~
annees

100 1960 1970 1980 1990 années 1950 1960 1970 1980 1990

.

GRAPHIQUE 2

PYRAMIDE DES ÂGES DE LA POPULATION RÉUNIONNAISE COMPARÉE À LA POPULATION ACTIVE AYANT UN EMPLOI EN 1990 (EN POURCENTAGE)
Âges 95 90 85 Hommes 80 75 70 65 60 55 50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 Femmes

12

10

8

6

4

2

o En % 0

2

4

6

8

10

12

24

La délinquance à La Réunion

La hausse de la natalité devrait connaître un tassement dans la mesure où les fortes cohortes des femmes nées dans les années soixante, entrent progressivement dans les classes d'âges supérieures à la trentaine d'années et deviennent moins fécondes. Toutefois, nous ajouterons une explication à celles de l'auteur: il s'agit de la conséquence de l'abandon de la politique d'émigration organisée par le BUMIDOMB de 1960 à 1980. De 1962 à 1977, le BUMIDOM a facilité l'implantation en Métropole de 54761 Réunionnais, dont 31 300 jeunes hommes, âgés pour la plupart d'entre eux de 20 et 25 ans9. Cette politique, sur laquelle nous ne porterons pas de jugement, était conçue pour agir à double détente. Dans un premier temps, il s'agissait d'offrir aux jeunes Réunionnais un emploi qu'ils ne trouvaient pas localement. Dans un second temps, le départ de ces jeunes permettait de juguler la hausse importante de la démographie réunionnaise, mais également de participer à la relance de la démographie métropolitaine qui posait des problèmes inquiétants à cette époque. Ainsi, un profond déséquilibre a été créé dans certaines classes d'âges expliquant, en partie, la progression simultanée des naissances illégitimes et du nombre de familles monoparentales. Les conséquences de cette politique d'émigration induisant un déséquilibre démographique figureront parmi les facteurs explicatifs des phénomènes de déviance que nous étudierons, car la part conséquente des naissances illégitimes représente une autre particularité de la démographie réunionnaise. En 1974, le recensement général de population dénombre 4163 naissances illégitimes sur les 13 425 naissances déclarées, soit environ le tiers. En 1987, cette proportion augmente et représente 50,4 % pour atteindre en 1992, 55 % c'est-à-dire qu'un enfant réunionnais sur deux est né de mère célibataire. Pour Nadia HOAREAU, cette situation est d'autant plus paradoxale

que les Réunionnais, en majorité de confession catholique, « montrent un
attachement aux valeurs morales et spirituelles}) (Nadia HOAREAU, 1994, p. 46). Une enquête du Conseil Général menée en 1977 sur le thème de la fécondité et des unions confirme cet état d'esprit, dans la mesure où 85 % des personnes interrogées se déclarent favorables au mariage.

Pourtant, l'enquête conclut que la maternité hors-mariage est
banalisation croissante », 14 % des femmes «enquêtées» concubinage. L'étude montre également qu'à La Réunion, célibataires sont moins rejetées qu'en Métropole.

«

en voie de
vivent en les mères

8 9

B.U.M.LD.O.M. : Bureau pour la Migration dans les Départements d'Outre-Mer. Source: François SIMON, Perspectives de population, Direction Départementale l'Équipement, Département de La Réunion, Saint-Denis, 1979, p.44.

de

CARTE 3
échelle o

DENSITÉS DE POPULATION PAR SECTION CADASTRALE EN 1990
5 10km
SAINT-DENIS

légende /:/ limite de commune

D D

. CARTE 4.

. . .

zone inhabitée de 0 à 300 hablkm2 de 300 à 700 hablkm2 de 700 à 1 300 hablkm2 de 1 300 à 2 000 hablkm2 plus de 2000 hablkm2

VARIATIONS DE POPULATION ENTRE 1982
SAINT-DENIS

ET 1990

légende
EVOLUTIONS NEGATIVES DdeOà-12% Dde-12à-50% . moins de - 50%
EVOLUTIONS POSITIVES

DdeOà25% Dde25à90% . plus de 90%

26

La délinquance à La Réunion

La croissance démographique de ces dernières décennies s'est traduite par des bouleversements et des déséquilibres dans la répartition spatiale de la population. Celle-ci s'accroît davantage à la périphérie qu'en son centre. Au Nord, Saint-Denis, Métropole régionale, ne cesse de s'étendre. La carte 3 montre que le centre-ville historique et la localité de Sainte-Clotilde / le Chaudron se sont rejoints pour ne plus former qu'un seul espace urbain. La densité des sections cadastrales qui composent ce nouveau centre, varie entre 4 000 et 18 000 habitants au kilomètre carré. Les quartiers de la périphérie immédiate connaissent également une forte croissance de population comme l'indique la carte 4, retraçant la variation de population entre 1982 et 1990. Les quartiers de la Montagne, de SaintFrançois, du Moufia, de la Bretagne, doublent leur population entre ces deux dates. Mais Saint-Denis étend également sa zone d'influence dans sa partie orientale vers la commune de Sainte-Marie où la Rivière des Pluies voit sa population augmenter de 50 %, puis vers la Ravine des Chèvres qui enregistre une croissance de plus de 130 %. L'Est de l'Île ne compte que deux centres densément peuplés: Saint-André et Saint-Benoît. La variation entre 1982 et 1990 se caractérise par un regroupement de la population dans la zone péri urbaine, les écarts se dépeuplant. Les villes de Saint-Benoît et Sainte-Rose témoignent de ce type de développement. Au Sud, la population semble stagner dans les communes de SaintPhilippe, Saint-Joseph, Petite-Île. Mais la région Saint-Pierre-Le Tampon connaît une évolution différente. En effet, la zone urbaine gagne considérablement pour devenir une véritable conurbation, s'étalant du littoral à la Plaine des Cafres, se ramifiant au Nord-Ouest vers Saint-Louis. Dans cette zone, la carte de densité en 1990 présente cinq centres de plus de 2000 habitants au kilomètre carré: Saint-Pierre, Tampon, Bois d'Olives, Rivière Saint-Louis, Saint-Louis. À l'Ouest, les deux cartes montrent une stabilité de la densité de population dans les communes de Saint-Leu et Trois Bassins avec un dépeuplement assez important des Hauts qui connaissent globalement une baisse de population d'au moins 30 % entre 1982 et 1990. La commune de Saint-Paul enregistre un développement important de la zone balnéaire de Saint-Gilles qui s'étale du Trou d'Eau au Cap la Houssaye. Une seconde zone densément peuplée s'étale parallèlement à la première, de la Saline à la Plaine Saint-Paul, située entre 200 et 800 mètres d'altitude. L'axe le plus développé est celui reliant la Saline à Saint-Paul en passant par le nouveau quartier de Plateau Caillou. Les zones urbaines du Port et de la Possession se sont également rejointes préfigurant un futur grand centre urbain de l'Ouest. Celui-ci est impulsé par le développement des activités portuaires et par le développement de Saint-Denis qui trouve là une cité dortoir où le prix des terrains est plus abordable.

Introduction

27

Au Centre, les densités sont beaucoup moins élevées, et les trois communes de Salazie, Plaine des Palmistes, Cilaos, connaissent des développements bien différents. La population de la commune de Salazie baisse sensiblement dans la plupart de ses sections cadastrales à l'exception toutefois du village d'HeU-Bourg. La Plaine des Palmistes, bien que de faible densité, enregistre un accroissement certain de population. Plusieurs sections cadastrales voient leur population augmenter de plus de 90 %. À Cilaos, la population baisse au centre-ville entre 1982 et 1990. Elle se redéploie néanmoins vers les écarts, notamment à Bras Sec où la population double entre ces deux dates. La situation démographique insulaire n'est pas sans répercussions sur les facteurs économiques et bien souvent les handicaps se conjuguent. Depuis la fin de la colonisation, la société réunionnaise vit une profonde mutation de la structure de ses activités économiques, passant d'une société rurale largement assise sur la monoculture de la canne, puis plus tard l'exploitation des huiles essentielles, à une économie orientée vers les activités tertiaires, le commerce et le tourisme notamment. En 1970,37000 des 60000 hectares de la surface agricole utile (62 %) étaient plantés en canne à sucre. La Réunion comptait alors douze usines sucrières qui produisaient deux millions de tonnes de sucre brueo. En 1994,30430 hectares sont plantés en canne à sucre. Mais l'Île a perdu cette caractéristique d'économie sucrière dans la mesure où la part du sucre et de ses dérivés dans le produit intérieur brut n'excède pas 0,8 %, en 199211. Au recensement de 1954, le secteur primaire occupait 55 % des actifs ayant un emploi, et 28 % pour le secteur tertiaire. En 1990, la pêche et l'agriculture n'occupent plus que 7,6 % de l'activité, tandis que le secteur des services fournit 74 % des emplois. Le développement économique est généré par l'apport financier des administrations publiques métropolitaines. Cette activité est dynamisée par le développement des grands chantiers publics à l'instar du Port en baie de La Possession, du chantier d'irrigation de l'Ouest et de l'aéroport Roland Garros12. Toutefois, ces investissements publics n'ont que des effets réduits sur l'économie locale. Du fait du fort niveau des importations, notamment dans le secteur des biens d'équipement et de production, le multiplicateur keynésien agit essentiellement en Métropole et très peu dans le Département (le taux de couverture des importations par les exportations est de 8,7 % en 1992). L'économie réunionnaise est donc revitalisée par les injections de capitaux métropolitains et européens et ralentie par la rigueur des budgets
10 II 12
Sources: Atlas de La Réunion, IGN-CNRS. Sources: Tab/eau Économique de La Réunion. /996-/997, 1996, INSEE, Saint-Denis, p. 173. « Les transferts publics auxquels s'ajoutent les subventions de L'Union Européenne s'élèvent à 13 milliards de francs en 1991 (53 % pour l'aide sociale) et représentent actuellement plus de 43 % de la production intérieure brute locale ». (Daniel LEFEVRE, 1994, p. 312).