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LA DESTRUCTION DE BRAZZAVILLE OU LA DÉMOCRATIE GUILLOTINÉE

De
192 pages
Depuis 1993 le Congo-Brazzaville est entraîné dans de pseudo " guerres civiles " à répétitions par la volonté exclusive des deux chefs ennemis impitoyables : Sassou et Lissouba. Le processus démocratique doit être réenclanché au Congo-Brazzaville, sous le contrôle et avec l'appui des institutions internationales de sauvegarde de la paix et du droit des peuples à choisir librement leurs dirigeants. Cela permettra peut-être d'éviter l'horreur que l'on est en train de vivre, cette épuration éhontée des populations innocentes.
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La destruction la démocratie

de Brazzaville ou guillotinée

Du même auteur

En quête de la liberté (roman), C.L.E., 1970. Les initiés (nouvelle), C.L.E., 1970. L'âme bleue (poèmes), C.L.E., 1971. Le contestant (roman), La Pensée universelle, 1973. Les exilés de la forêt vierge (roman), P. J. Oswald, 1974. Les exilés de la forêt vierge (réédition.), I'Harmattan, 1981. Cantate de l'ouvrier (poème), P.J. Oswald, 1974. Cantate de l'ouvrier(réédition), l'Harmattan, 1999. ...Et l'homme triompha (récit), F.P.M.P., 1983. Les dents du destin (roman), N.E.A., 1997. L 'homme-aux-pataugas (roman), I'Harmattan, 1992. Introduction à la littérature noire (Études), C.L.E., 1970. Le français en Afrique Noire (Etudes), Bordas, 1973. Jacques Roumain: Essai sur la signification spirituelle et religieuse de son œuvre (Études), Atelier Lille III, 1978. Introduction à l'étude du roman négro-africain de langue française (problèmes culturels et littéraires) (Études), N.E.A., 1980. «Mes 10.000 mots 'Afrique' (Dictionnaire, collab.), Bordas, 1981. Spiritualités et cultures dans la prose romanesque et la poésie négro-africaine de l'oralité à l'écriture (Études), N.E.A., 1983. Les grands traits de la poésie négro-africaine (Études), N.E.A., 1985. Tran-Minh Tiet et le social humanisme des peuples, 132 ans après le Manifeste du Parti Communiste (Études), F.P.M.P., 1985. Une lecture de gouverneurs de la rosée (Études), N.E.A., 1987. Littératures de l'exil, des textes sacrés aux œuvres profanes (Études comparatives), l'Harmattan, 1995. Enfers et paradis des littératures antiques aux littératures nègres. Illustration comparée de deux mondes surnaturels (Études), Honoré Champion, 1996.

Jean-Pierre MAKOUTA-MBOUKOU

La destruction de Brazzaville ou la démocratie guillotinée

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@

L'Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-7507-8

AVANT-PROPOS

Aussitôt après la guerre de 1993 menée contre Bernard Kolelas par Pascal Lissouba, et tandis que celui-ci savourait encore la correction qu'il venait d'infliger aux Lari, ainsi qu'il se plaira à le rappeler à Sassou Nguesso, les prophéties tombaient dans tous les lieux de culte. Chez les catholiques, les protestants, les salutistes, les ngunzistes et ailleurs. Toutes prédisaient, sans une lettre de plus ou de moins: "La prochaine calamité congolaise partira du Nord". Et les prophètes ajoutaient: "11faut que les Chrétiens prient, afin que ne soient pas percés les grands ballons de sang suspendus dans le ciel! Que les pasteurs et les prêtres jeûnent et prient, et fassent jeûner et prier les Églises, afin que Dieu éloigne du Congo la calamité qui vient du Nord. Si les chrétiens ne prient pas, et ne jeûnent pas, la calamité du Nord la plus meurtrière de toutes emportera tout sur son passage, les hommes, les animaux et les biens". Cela se passait en 1994. Beaucoup de pasteurs et de chrétiens protestants de Brazzaville peuvent en témoigner. Bien entendu, les bergers et les ouailles "négligèrent". Il est vrai que la Bible fut mise à contribution, et principalement Jérémie 1:14, mais sans plus. Jérémie disait en effet: "Je vois une chaudière bouillante du côté du Septentrion... C'est du septentrion que la calamité se répandra sur tous les habitants du pays". Le Septentrion est un autre nom pour désigner le Nord. Ce qui inquiéta, c'est que la calamité future soufflant du Nord s'annonçait comme apocalyptique. On avait déjà connu d'autres calamités: la calamité Sud avait soufflé deux fois sous les présidences de l'Abbé Fulbert Youlou et d'Alphonse MassambaDébat. La terre ne trembla pas, et le Congo ne s'arrêta pas. Il y eut quelques soubresauts, bien sûr. Sous Fulbert Youlou d'abord: le matchouanisme, érigé en religion messianique dans 5

le Pool, poussa ses adeptes à se rebeller contre la loi et le gouvernement. L'État les ramena à l'obéissance en les dispersant à travers la République. Sous Alphonse MassambaDébat, la note discordante fut fredonnée par Pascal Lissouba, alors Premier ministre. C'est à lui que l'on doit le passage du Congo au marxisme avec sa cohorte d'assassinats qu'on ne cessera jamais de rappeler. Ceux de Joseph Pouabou, président de la Cour Suprême, Lazare Matsokota, procureur de la République, Anselme Massouémé, directeur de l'Information. Le marxisme fera plus de trois mille victimes, avec le concours de Marien Ngouabi, Joachin Yhombi-Opango et de Sassou Nguesso. Mais Massamba-Débat aurait pu gérer la calamité Sud sans bavure n'eut été l'intervention des marxistes: Pascal Lissouba et Ambroise Noumazalaye, le second ayant succédé au premier à la primature. Le Sud-Ouest, le Sud-Est et le Nord eurent chacun sa responsabilité dans cette calamité Sud. Puis, vint la calamité sud-ouest proprement dite, organisée par Pascal Lissouba, cette fois en tant que président de la République. Cette calamité a fait l'objet d'un livre percutant écrit par un groupe d'intellectuels, intitulé Le Congo de Lissouba. Pascal Lissouba a gagné les élections; même si ce fut par la magouille. Illes a tout de même gagnées. Et voilà que lui vint l'idée d'écraser totalement son adversaire le plus tenace, Bernard Kolelas, en portant la guerre sur son territoire. Plusieurs mois de guerre et de sang inutiles, pendant lesquels l'allié direct de Bernard Kolelas, Sassou Nguesso, assista de loin aux combats, sans broncher, en déclarant: "Bango na bango". Expression lingala signifiant: "C'est entre eux". Ce sont les gens du Sud qui se battent entre eux. Il se contenta d'envoyer à son allié quelques dizaines de vieux P.M.K. La calamité Ouest, le Kouilou non compris, fit plus de cinq mille morts en quelques mois. Lissouba s'est véritablement dépassé. Mais, il n'a pas gagné la guerre. Ses milices ne purent pas défoncer la défense des milices de Kolelas, les Ninjas, qui reçurent l'ordre de ne jamais poursuivre les assaillants repoussés. C'est en fait B. Kolelas qui remporta la guerre civile de 1993 sans être agresseur. 6

Le Kouilou n'a pas jusqu'ici donné au Congo un président de la République. Ni les Plateaux non plus. Nous ignorons quel genre de calamité ils répandraient sur le pays. Mais nous savons ce dont a toujours été capable le Nord. Disons d'abord que le Nord n'a jamais accédé au pouvoir par la sanction populaire, c'est-à-dire par élections. C'est toujours par un coup d'État. Ainsi, Ngouabi fait un coup d'État et chasse Massamba-Débat du pouvoir. Yhombi et Sassou Nguesso chassent Ngouabi en le tuant, en même temps qu'ils tuent Massamba-Débat et le cardinal Émile Biayenda. Puis, Sassou Nguesso chasse Yhombi en le mettant en prison plus de onze ans. C'est vraiment là le point de départ de la calamité Nord. Elle fut initiée par Ngouabi, qui ouvrit de grandes fosses communes, pour la première fois au Congo. Elle fut poursuivie par YhombiOpango qui utilisa un tracteur pour faire périr ses adversaires. Elle fut confirmée par Sassou Nguesso I qui tua par le poison, par des actions terroristes, qui égorgea des enfants, dit-on, pour se baigner dans leur sang. La calamité Nord e.st allée au paroxysme sous Sassou Nguesso II, en 1997 : plus de vingtcinq mille morts. C'est, sans doute, la page la plus noire de l'histoire du Congo. Il est vrai que Sassou Nguesso qui a l'habitude "d'assumer", n'assumera pas seul, cette fois. Son alter ego, Pascal Lissouba, partagera cette responsabilité avec lui devant le monde et l'opinion internationale, et devant l'histoire. Ils ont détruit le Congo, ainsi que sa capitale, avec le concours des puissances extérieures africaines, dont l'Angola et le Gabon, Dos Santos et Omar Bongo étant le fer de lance de cette destruction historique que les Congolais n'oublieront jamais. Mais, bien entendu, les Congolais mettront en bonne place les compagnies pétrolières occidentales qui fourniront toute la logistique pour que soit menée à bien cette guerre de destruction totale de la vie congolaise, qui a sonné le glas de la démocratie en Afrique centrale francophone, sans que la France, qui a tout promis à La Baule, ait levé le petit doigt pour tenter de sauver les vingt-cinq mille âmes sacrifiées à la seule

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ambition d'un homme, sans que les autres nations dites civilisées, dont les États-Unis aient simplement toussé pour seulement signifier qu'elles voyaient tout et qu'un jour viendrait où elles témoigneraient en faveur de la vérité. La France a déclaré qu'elle ne voulait plus jouer au gendarme relativement aux conflits africains. Lui était-il permis de demeurer indifférente devant le massacre de plus de vingt- cinq mille personnes alors qu'elle disposait de tout pour faire cesser les hostilités! Et si un tribunal international l'accusait de nonassistance à population en péril! Et si on l'accusait de connivence avec le destructeur du Congo, qu'elle s'est empressée de reconnaître avant même la victoire définitive! Nous savons que le pétrole congolais intéresse au plus haut chef la France. N'était-il pas préférable de l'obtenir par une négociation honorable avec un homme aux mains propres, qu'avec celui dont le dossier international est noir, et qui vient de noyer le Congo dans le sang de plus de vingt-cinq mille Congolais, hommes, femmes et enfants, sans distinction, sacrifiés à l'autel du pétrole? Si cette guerre a été appelée "guerre du pétrole" par des Français sincères, ce n'est sans doute pas en faveur du Congo. D'autres Français l'ont appelée aussi "guerre d'ethnies". Ils ont donc implicitement accusé les deux protagonistes Lissouba et Sassou Nguesso de génocide. Par sa réserve plutôt tactique, la France ne s'est-elle pas avouée coupable d'avoir laissé ce génocide se décider et s'accomplir en toute quiétude, Sassou Nguesso disposant de plus de vingt mille hommes, et des moyens techniques les plus sophistiqués, dont deux Migs ? La France pouvait arrêter la guerre, éviter le bain de sang, et créer les conditions favorables à l'élection de Sas sou Nguesso, puisque, apparemment, elle avait choisi son camp. Qu'était-il préférable pour la France, voir Sassou revenir aux affaires par des élections truquées (car Sassou Nguesso ne pouvait en aucun cas remporter des élections transparentes au Congo), ou l'aider, par sa réserve coupable, à monter sur le fauteuil présidentiel, en traversant une mer de sang et une forêt d'ossements humains? 8

Nous allons froidement décrire cette destruction, cette lente agonie du Congo depuis le déclenchement de la guerre. Nous rappellerons cependant qu'il est grand temps que les démocrates acceptent l'idée que Pascal Lissouba n'a jamais été un démocrate, qu'il est demeuré un marxiste avec la permanente nostalgie de la fameuse loi de la dictature du peuple fondée sur le Parti Unique. Il a freiné l'évolution harmonieuse du processus démocratique congolais. C'est Pascal Lissouba qui a créé le "phénomène Sassou" en le poussant à la rébellion et au coup d'État par son incapacité à faire le bonheur des Congolais. L'occasion était trop belle pour que Sassou ne la saisisse pas, et ne fasse pas payer à Lissouba l'humiliation qu'il lui a fait vivre en 1992. Malheureusement, la chute de Lissouba n'a rien changé à la misère des Congolais, Sassou Nguesso ayant aggravé cette misère en massacrant le peuple, en bradant le pétrole congolais, en livrant le pays aux puissances économiques et militaires étrangères, et surtout en arrêtant scandaleusement le processus démocratique congolais. Quel gage de prospérité Sas sou Nguesso peut-il donner aux Congolais? En douze ans de pouvoir, Sassou n'a réussi qu'à paupériser la société congolaise. A-t-il pu cogiter un programme plus crédible pendant les cinq ans de sa traversée du désert? Dès son retour il a bâillonné le peuple qu'il a prétendu libérer! C'est pourquoi les démocrates seront très critiques aussi bien à l'égard de l'un que de l'autre, sans parti pris, mais aussi sans ménagement et sans faiblesse. Leur seul but est la vérité et le témoignage à rendre à l'histoire. Et naturellement Bernard Kolelas aura, dans cette histoire, sa place comme un troisième choix, Lissouba et Sassou Nguesso étant les deux premiers. Des faits tronqués faussent l'histoire. Nous demandons à l'avance l'indulgence des historiens si des dates ont été oubliées ou déplacées, ou si des faits ont été négligés au profit d'autres, plus importants ou plus significatifs choisis sur une liste paradigmatique. On dira, pour terminer, que nous ne saurions trop conseiller à nos lecteurs, qui voudraient avoir une vision globale de 9

l'histoire douloureuse du Congo relative à cette dernière décennie du vingtième siècle, de se reporter au livre publié chez l'Harmattan, en 1996, intitulé Le Congo de Lissouba, sous la plume de Babu Zale, Karl Sala, Mye-Kulemba et Malu-Meka. Ces auteurs méritent d'être félicités pour leur perspicacité. Le présent livre n'est pas une analyse historique, encore moins une philosophie de l'histoire. C'est tout simplement le récit de l'événement, avec tous ses inconvénients: souvent l'explication du fait historique est incomplète, qui ne sera trouvée que plus tard, etc; mais avec un avantage certain: la proximité de l'événement le rend plus facilement vérifiable. L'auteur

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Chapitre I INTRODUCTION

Ni Pascal Lissouba, Ni Sassou Nguesso !

1. Ni Pascal Lissouba

La chute de Pascal Lissouba était fébrilement attendue par les Congolais. Elle n'a ni étonné, ni ému qui que ce soit, sauf peut-être ses fanatiques, et même là, on avait enregistré des milliers de défections tout au long de la dernière année de son règne. Déjà au cours de cette dernière année, les Aubevillois, les Zulu et les Cocoyes l'ont abandonné. Au plus fort de la guerre, et même bien avant, les Généraux les plus attachés à Lissouba ont changé de camp au profit de Sassou Nguesso. On citera par exemple le général Mayoulou, l'âme des bombardements de Bacongo et Makélékélé en 1993. On ajoutera le général Mabika, le dernier chef d'État-Major général de Pascal Lissouba, le général Makoumba-Nzambi, commandant de la Gendarmerie Nationale, qui a résisté un peu plus longtemps à la tentation de quitter le navire qui sombrait déjà. On n'oubliera pas non plus tous les autres officiers (colonels, commandants, capitaines et lieutenants), tous les Niama-niama(1), les combattants et toute la cohue de bons à rien qui ne tiraient que lorsqu'en face il n'y avait que des femmes aux mains nues, et qui constituaient depuis 1992 ces fameuses milices qui ont fait plus de cinq mille morts en moins de deux mois, auxquels on ajoutera naturellement les centaines de morts
(I) Niama-niama = menu fretin, personnage sans importance. 11

par assassinats, enlèvements de véhicules (voitures privées, autobus, autocars de transport en commun), enlèvements toujours suivis d'exécutions sommaires. Ces lieux de mort donnée avec plaisir florissaient partout chez les grands dignitaires de l'U.P.A.D.S. Il y en avait chez Lissouba luimême, où sa propre femme, disait-on, aurait jugé les opposants fréquemment. Cinq longues années où il ne s'est rien passé de bon, sinon la guerre, le sang versé, la mort, donc le deuil de tout un peuple meurtri à la fois dans sa chair, dans son âme, dans sa conscience, et même dans sa vie spirituelle. Cinq bonnes années, où les Congolais ont été abreuvés de mots grandiloquents remplis d'orgueil, de suffisance, de fanfaronnade et de mépris à l'égard de la vermine que sont les hommes ordinaires, inférieurs, lui seul étant l'homme supérieur, le scientifique par excellence, "le professeur des professeurs", entendez: professeur d'Université habilité à former d'autres professeurs d'Université, d'enseignement secondaire, technique ou professionnel. Mais, dans ce cas, tout professeur d'Université est par définition "professeur des professeurs l" Pascal Lissouba en a fait un slogan de campagne électorale, tout comme il est revenu sur la scène politique en 1992, avec les mots grandiloquents pour rien: "Sciences et technologies". Ce qui ne l'a pas empêché de détruire l'Université du Congo, l'outil par excellence de formation scientifique et technologique de l'élite congolaise. Alors, qu'a-t-il été capable de faire en sa qualité de professeur des professeurs, président de la République congolaise? Rien! Rien! Rien! Ni sur le plan économique, social, ni sur le plan culturel, ou législatif! Nous ne parlons pas de moral et de spiritualité. Pascal Lissouba ne me semble pas un exemple imitable sur ce double plan. De sorte qu'au bout de cinq ans de règne lissoubiste, le bilan de son passage à la présidence de la République du Congo est dix fois négatif. Un exemple: Pascal Lissouba dépose sur le bureau du Parlement un projet de loi accordant la nationalité congolaise à tout étranger riche qui en ferait la demande, et qui promettrait de 12

faire des investissements économiques au Congo sans aucune obligation à y résider au préalable, c'est-à-dire, sans être astreint à une seule condition, sinon la promesse d'investir au Congo. Il pensait là aux Chinois de Hongkong qui donnaient l'impression de refuser leur retour à la Chine continentale, et qui faisaient mine de chercher une terre de peuplement. Pascal Lissouba avait un tel besoin d'argent, qu'après avoir détourné les royalties pétrolières, il voulut entrer dans la poche des étrangers. Il était trop naïf pour percer ce que le dernier des hommes aurait décelé dès l'abord: Comment les Chinois de Hongkong, qui hésitaient à partager leurs richesses avec les Chinois de Beijing (Pékin), les mettraient-ils aussi généreusement à la disposition du Congo de Pascal Lissouba(l)? Naïf, Pascal Lissouba ! Et c'est ainsi qu'il s'est comporté au regard des domaines intéressant son mandat présidentiel. C'est pourquoi il est apparu comme un homme qui considérait l'accession à la présidence de la République comme le seul but de son mandat politique, et non comme le moyen suprême de créer le bonheur de son pays et de son peuple. C'est pourquoi, personne, parmi les Congolais conscients et les étrangers sincères, ne plaindra Pascal Lissouba chassé du pouvoir, la queue rabattue comme un chien pris en flagrant délit de vols d'oeufs. L'incapacité de Pascal Lissouba à gérer le Congo en homme conscient, désireux de faire le bonheur de son peuple, de consolider la démocratie, la paix, l'unité nationale et l'amour fraternel, en citoyen simplement responsable, a suscité des ambitions compréhensibles. Lorsqu'un homme n'est pas capable de mettre en valeur une terre léguée par les ancêtres, tôt ou tard, forcément, un autre homme aura l'ambition légitime de vouloir le remplacer sur ce petit domaine ancestral, pour l'obliger et même le contraindre à produire plus, en vue de la nourriture du clan. Pascal Lissouba est un marxiste congolais des premières heures. Il n'a jamais cessé de l'être. Et lorsqu'il est arrivé au
(1) Titre d'un ouvrage récent écrit par le Collectif d'Intellectuels Congolais vivant en France. 13

pouvoir, même démocratiquement élu, il est inconsciemment revenu à ses premières amours. Et les résultats ont été pires que lorsqu'il était Premier ministre de Massamba-Débat où il s'était signalé, aiguillonné par lui-même, par les meurtres des trois hauts fonctionnaires ci-dessus cités: Joseph Pouabou, président de la Cour Suprême, Lazare Matsokota, procureur général de la République et Anselme Massouémé, Directeur de la Communication. C'était en 1965. Mais, sans que ces assassinats soient minimisés, on ajoutera particulièrement les autres assassinats dus au Mouvement National de la Révolution (M.N.R.), inspiré par la haine et l'intolérance marxiste qu'il incarnait. Il y eut plus de cinq mille morts pendant toute la période révolutionnaire, sous les présidences de MassambaDébat, de Ngouabi, de Yhombi-Opango et de Sassou Nguesso "1ère formule". Mais, environ les deux tiers des morts sont attribués à Pascal Lissouba. Score qu'il va améliorer lorsqu'il sera président de la République, de 1992 à 1997. MassambaDébat disait, lorsqu'il l'eut limogé en avril 1966 : "le jour où Pascal Lissouba deviendra président de la République du Congo, il ne restera pas de ce pays une seule âme qui vive l'' Massamba-Débat exagérait à peine. Il connaissait son Premier ministre. Et ce qu'il avait prédit s'est réalisé: cinq à six mille morts de 1992 à mai 1997. Et puis, plus de vingt-cinq mille morts pour la seule période de juin à octobre 1997. C'est plus de vingt-cinq mille morts qu'ils sont deux à porter sur la conscience, bien évidemment, Sassou Nguesso et lui-même. Les journaux ont avancé le chiffre de dix mille morts. Or, la réalité est que ce chiffre devrait être triplé pour atteindre une approximation acceptable. Lissouba a versé trop de sang congolais pour qu'on le tolérât encore un jour de plus à compter du 31 août 1997, jour de la fin de son mandat de cinq ans qu'il a dilapidés sans la moindre petite réalisation économique, à l'exception d'une petite bretelle de vingt mètres reliant deux voies pour permettre . d'éviter un feu rouge. Nous suggérons de la baptiser, le moment venu: Boulevard Pascal Lissouba, l'assassin, 20 mètres. Donc, aucune action positive n'est à mettre à son crédit, le tout se 14

ramenant à un vaste projet à but électoraliste. Lorsqu'on le faisait remarquer aux tenants du régime de Lissouba, ceux-ci répondaient par une question: "Qui vous a dit que nous étions venus pour développer le pays? Nous laissons cette tâche aux hommes de la région du Pool lorsque leur discours leur aura permis de se faire élire, et lorsqu'ils auront fait beaucoup de vaines promesses pour être crus. " . Cette réponse était à la mesure de l'inconscience de l'équipe lissoubiste, d'où échappaient les mots tels que: "Maintenant, c'est notre tour I Nous avons attendu vingt-sept ans pour accéder au pouvoir I Il nous faut assumer les deux mandats que la Constitution accorde à un président de la République. Pascal Lissouba accomplira ses deux mandats. Et le Pool fera ce qu'il voudra l'' Ces propos étaient justifiés par le fait qu'à la dernière année du mandat présidentiel de Lissouba, celui-ci était si impopulaire, et Sassou Nguesso, toujours aussi vomi depuis la Conférence Nationale Souveraine, que le seul homme crédible au Congo était Bernard Kolelas. Les élections présidentielles, qui se profilaient à l'horizon, ne présageaient rien de bon, ni pour Lissouba, ni pour Sassou Nguesso. Et les commanditaires du coup d'État de Sassou Nguesso, qui ne cachaient plus qu'ils avaient mis une croix sur le nom de Pascal Lissouba, conseillaient à l'ancien président: "Soyez au creux de la vague !". Ce conseil avait été mal décodé par tous ceux qui ne voulaient plus voir le Nord revenir au pouvoir, après avoir, pendant vingt-trois ans, saigné le Congo de manière irréversible. Et puis, les Congolais n'avaient jamais oublié et n'oublieront jamais les miettes pétrolières (soit 17 % des royalties produites par l'or noir) que les compagnies pétrolières avaient laissées au Congo en s'adjugeant ellesmêmes 83 % de la production, c'est-à-dire tout le reste. Les 17 % "généreusement octroyés" au Congo ont toujours et naturellement volé en fumée, répartis entre les dignitaires marxistes du règne de Sassou J, comme on le dit aujourd'hui. Les commanditaires voulaient dire à Sassou: "Soyez discrets I Nous travaillerons pour vous l'' Ils voulaient le replacer sur le trône du Congo, bien qu'il ait fait preuve d'un manque total de 15

projet viable pendant douze ans. Aucun développement, aucune avancée sur le plan social, une université végétant à longueur d'année, sauf quelques immeubles, au bout de vingt-trois ans de règne nordiste, immeubles construits à coup d'énormes emprunts que le Congo doit encore payer, et que Sassou luimême retrouvera dans les livres de créances de la République au prix du sang des milliers de Congolais et de la destruction totale de la ville de Brazzaville. Le dépouillement de la République, le viol de ses trésors n'ont pas été inaugurés en 1992. Pascal Lissouba les a simplement poursuivis et poussés aussi haut que ses prédécesseurs du Nord. Chez ceux-ci, les détournements, les gabegies et les dilapidations s'expliquent par l'inconscience qu'ils ne se gênent pas d'étaler à la face des Congolais par cette formule typiquement mbochi : "Le dza I Lenua I Letonga nzo l''. Ce qui se traduit: Nous ne savons rien faire d'autre que "Manger I Boire I Construire les maisons l''. Ces considérations pourraient paraître de mauvais goût au regard de la vie congolaise qui s'est arrêtée pendant cinq ans, et dont on n'est pas sûr qu'elle regermera. Autant nous avons dit que Lissouba devait nécessairement politiquement disparaître, mais par les urnes ou par démission, autant nous disons que si Sassou devait gagner honorablement, ce ne serait que par les urnes. Tous autres moyens, notamment le coup d'État, la guerre, les assassinats, le recours à des pays étrangers pour réduire en bouillie la terre natale, tuer, décimer, organiser les pogromes, le génocide et le bradage des richesses nationales au profit des puissances étrangères pour services rendus sont dégradants, humiliants et indignes de qui se dit démocrate. La certitude est que Lissouba était tellement rejeté qu'il ne pourrait pas conserver le pouvoir par les urnes, et Sassou ne pourrait pas retrouver le fauteuil perdu en 1992, en comptant sur les élections. Lissouba, abandonné même par les Nibolek, le savait tellement bien, qu'il avait tout mis en oeuvre pour organiser la magouille au plus haut degré. Et déjà, ses partisans déclaraient que Lissouba serait réélu dès le premier tour avec 51 % des suffrages exprimés. C'est pour cette raison qu'il avait 16

voulu charger son neveu Ibala de l'organisation des élections présidentielles. Selon nos informateurs, la réprobation était telle que Lissouba s'est contenté de confier à son neveu le ministère chargé de la logistique et de la sécurité auprès de la commission nationale électorale. Sassou, de son côté, savait qu'il ne pourrait pas gagner les élections de 1997. Son passé controversé le disqualifiait automatiquement: passé d'assassin par l'assiette roumaine, d'égorgeur d'enfants, d'assassin de grands hommes politiques ou religieux (le président Marien Ngouabi, l'exprésident Massamba-Débat, le Cardinal Émile Biayenda, le capitaine Pierre Anga). Sassou Nguesso a appris dès son jeune âge à tuer par jalousie. Les mauvaises langues racontent, en effet, qu'il y a bien longtemps, dans son village natal, à une partie de pêche qu'il aurait faite avec son frère, il aurait été moins heureux. La jalousie l'aurait étranglé à tel point qu'il aurait tué son frère, et aurait enfoui le corps sous les racines aquatiques. On n'oubliera pas non plus l'accident déjà cité de l'avion de l'UTA survenu dans le Ténéré le 19 septembre 1989 et auquel son nom avait été sérieusement mêlé. Certain de perdre les élections de 1997, fortement désireux de reprendre le pouvoir, et gérer la manne pétrolière qui s'annonçait fort juteuse, Sassou vendit son âme et son pays aux pétroliers de l'Occident. Nous y reviendrons dans la suite de l'exposé. Ce qu'on peut se demander aujourd'hui, c'est de savoir quel rapport il y a entre le pouvoir conquis illégalement, la gestion du pétrole retrouvée par la force, et un pays où l'idée de démocratie enfonçait petit à petit ses racines dans la conscience nationale. Un pays où, progressivement, l'État de droit se constituait, certes à pas de caméléon, mais sûrement. Les notions de démocratie, d'unité nationale, de paix, de droits de l'homme et des libertés humaines, et même le principe des élections pour arriver au pouvoir, commençaient à s'installer dans l'esprit des Congolais. Quel rapport peut être soutenu entre un tel pouvoir et la mort de vingt-cinq mille personnes environ pour y accéder?

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