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LA FRANCE FACE A LA MONDIALISATION : DE LA PEUR A L'ESPOIR

De
166 pages
Raillant le louvoiement de la bureaucratie, la veulerie du milieu politique et la légèreté des thèses prédisant la fin du travail, de la souveraineté voire du capitalisme, Alain Redslob énonce en quoi la défense de l'identité nationale, la participation à la construction européenne et l'intégration à l'éco-monde, loin d'être antinomiques, gagent nos succès futurs.
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Alain REDSLOB

La France face à la mondialisation:

de la peur l'espoir

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Collection Questions Contemporaines dirigée par J.P. Chagnollaud, A. Forest, P. Muller, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation.. . Jamais les «questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. le pari de la collection «Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Déjà parus

Henri-Géry HERS, Science, non-science et fausse science, 1998. Jean-Paul MEYER, Face au troisième millénaire, 1998. Jean-Paul GOUTEUX, Lafoi : une histoire culturelle du mal, 1998. Jean TERRIER, La dispersion de l'information, 1998. Charles DURIN, L'émergence de l'humanisme démocratique, 1998. Lise DIDIER MOULONGUET, L'acte culturel, 1998. Jean LECERF, Chômage, croissance: Comment gagner? 1998. Pierre FROIS, Développement durable dans l'Union Européenne, 1998. Yann FORESTIER, La gauche a-t-elle gagné trop tôt?, 1998. Bruno GUIGUE, Aux origines du conflit israelo-arabe, 1998. André TIANO, Les pratiques publiques d'exclusion depuis la Révolution française, 1999. Robert BESSON, Quelle spiritualité aujourd'hui ?, 1999. Olivier DURAND, Le vote blanc, 1999. Patrick HUNOUT (éd), Immigration et identité en France et en Allemagne, 1999. André MONJARDET, Euthanasie et pouvoir médical, 1999. Serge MAHÉ, Propriété et mondialisation, 1999. Georges KOUCK, L'entreprise à l'école du non-lucratif, 1999. Bernard BARTHALA Y, Nous, citoyens des États d'Europe, 1999. Anne Marie GAILLARD et Jacques GAILLARD, Les enjeux des

migrations scientifiques internationales, 1999.

A O'Pa' qui a toute mon affection, et à Winnie qui sourit derrière les nuages.

Du même auteur
Essais

- L'économie

de la réussite, Grasset, 1985. - La traversée de la Seine, France-Empire, 1987.

Oeuvres scientifiques
- Économie de la répartition, Les Cours du droit, 1981. - La Cité de Londres, Économica, 1983. - Introduction à la macroanalyse, Les Cours du droit, 1986. - Microfondations de la théorie des prix, Les Cours du droit, 1989. - Théorie micro-économique, Litec, 2èmeéd., 1992. éd., 1995. - L'économie en pratique, Litec, 3ème 3èmeéd., 1995. - Analyse économique élémentaire, Litec, 3ème éd., 1996. - Économie politique, tome 1, Litec, éd., 1993. - Économie politique, tome 2, Litec, 2ème

Ouvrage en collaboration

-Pensée économique

et théories contemporaines,

Dalloz, 1986.

Écrits en nom collectif

-La France socialiste, Hachette, collection «Pluriel»,

1983.

- La déréglementation, Économica, 1985. - Pour sortir la France de la crise, Cujas, 1986. - L'impact du libéralisme sur les institutions et les politiques économiques, AFSE, Nathan, 1988.
- Nouvelles approches des systèmes de concurrence, Biruni, 1995. .

- Conjoncture99, Bréal & Les Échos, 1998.

Remerciements

Fin connaisseur du monde politique et de l'administration, le préfet Bertrand Landrieu a bien voulu, à titre personnel, me faire part des réflexions que lui a inspirées une version antérieure de cet essai. Qu'il sache qu'elles m'ont été fort utiles, et qu'il trouve dans ces lignes l'expression de ma profonde reconnaIssance. En raison des hautes responsabilités qui furent les siennes dans le secteur privé, Monsieur Jean-Pierre Le Cam m'a également prodigué de judicieux conseils. J'en ai tenu le plus grand compte, en sorte que ma gratitude à son égard imprègne ces pages. Il va de soi que les erreurs de fond et les fautes de plume qui subsisteraient relèvent de ma seule responsabilité. Ma dette envers mon ami Daniel Cappelaere est réelle, tant son soutien.a été rassérénant. Il me sera difficile de l'éteindre. Enfin, que ma femme et mes fils me pardonnent du temps que je leur ai dérobé, une fois de plus.

«La grandeur de I'homme réside dans la simplicité, la bonté et la volonté». Maître Phan Hoang, Ph. D. 108 Fleurs de Lotus. «La création passe par une appropriation de systèmes qu'il s'agit ensuite, avec le talent et le travail, de surpasser». Kaëlig R.

AVANT-PROPOS

Le capitalisme a changé. Au X/XC siècle, il prenait appui sur une myriade d'entreprises qui écoulaient leur production sur des marchés concurrentiels, leplus souvent nationaux. Un des faits majeurs de notre siècle a été l'intervention croissante de la puissance publique, au point que les expressions de capitalisme d'Etat et d'Etat-Providence appartiennent désormais au langage courant. Au seuil de l'an 2 000, l'accentuation de l'ouverture des économies permet au capital, mobile et apatride, de contrer les prérogatives des Etats-nations et de pulvériser le système productif mondial en d'innombrables sites. Impuissants face à ces mutations et inquiets pour leur siège en raison des alternances successives, les hommes politiques se sont réfugiés dans la gestion du quotidien, claquemurés dans le silence, voire retranchés dans le mensonge. En ont résulté une carence de projet et un réflexe de défiance de l' électorat qui ont fait les peurs se répandre et les espérances s 'estomper. La démagogie n'avait plus qu'à s'enraciner dans ce terreau fertile. Cette absence de lucidité et ce manque de courage n'ont pas épargné les économistes. Jadis qualifiés de savants, hier de distingués, les voici dérangés dans leur tour d'ivoire, contraints d'afficher ici leur perplexité, là leur incompétence. Pour avoir exercé desfonctions électives pendant plus de dix ans et professé l'économie politique à l'université depuis plus d'un quart de siècle, il m'a paru salutaire de dénoncer d'aussi flagrantes hypocrisies. Si, d'évidence, personne ne détient la vérité, en énoncer certaines devient un devoir, car elles existent. Par ailleurs, sans nier l'utilité de la recherche fondamentale, il m'a semblé urgent de privilégier la recherche appliquée parce que les plus démunis d'entre nous ne vivent ni

d'équations, ni de modèles, mais de pain! L'économiste qui dispose d'un rapport au temps autre que celui qu'entretient le politique se voit dès lors investi de la lourde mission de décrypter l 'horizon. Aussi luifaut-il creuser, en dehors de tout académisme, des sillons dans lesquels, gageons-le, lèveront les graines de l'espoir. Qu'aucune méprise ne subsiste: je considère que d'être Français est avant tout un honneur. Pourquoi, en effet, nier la fierté d'appartenir à une des plus vieilles civilisations du monde, porteuse d'un message multiséculaire de paix, de liberté, de justice et de générosité? Et, au fond, à quoi bon taire l'émotion qui sert la gorge lorsque le drapeau tricolore claque au vent et pourquoi vouloir refouler cette eau du coeur qui humecte les paupières quand retentit l'hymne national? Honoré d'être Français, mais aussifier d'être Européen. Non sans mal, l'Europe des nations s'édifie peu à peu. Je m'en réjouis parce que mon engagement européen n 'estpas feint. De plus, dans le passé, plusieurs des pays qui la composent ont connu des destinées conjointes etfaçonné une culture aussi riche que singulière, gage de compréhension et de rapprochement entre les peuples. Pour autant, je considère que l'Europe ne doit pas s'ériger en forteresse, au seul prétexte de préserver son art de vivre. Elle se doit, au contraire, de rester ouverte aux autres nations, car elle ne peut ignorer le processus de mondialisation naissant. A elle, comme à la France, de s y ajuster, et de défier le monde. Au prix de trésors de patiences et de concessions, mais aussi d'efforts et de volontés, ne s'est-elle pas hissée au premier rang des puissances économiques du monde et n 'offre-t-elle pas à ses habitants une qualité de vie des plus enviables? Quant à nous, les résultats obtenus par nos sportifs aux dernières olympiades et lors de la coupe du monde defootball prouvent que lorsque notre pays s'unit pour vaincre, il gagne. Il n'en va pas autrement en économie. Le fait que la France soit la quatrième nation exportatrice de la planète, et 12

même la troisième en matière de services, gisement de la richesse future, ne tient tout de même pas du seul hasard! Dans unpays qui compte tant d'atouts, l'espérance conserve toute sa place. J'ai rédigé ces lignes à dessein, persuadé qu'un meilleur entendement du monde apportera des solutions pertinentes. Car, à lafin, l'effondrement des idéologies ne doit pas conduire à la désertion du monde des idées!

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INTRODUCTION

Crise, détresse, misère, conflit, marasme, krach, dépression, difficultés en tous genres...autant de mots distillés, parfois avec un brin de délectation, par des médias en chasse d'audimat ! De quoi tournebouler les analystes les plus raisonnables et donner le bourdon aux optimistes patentés! L'intention est pourtant limpide. Elle est d'insinuer que le malaise s'installe partout. Malaise économique d'abord. On lui fait endosser les fléaux du chômage, de la précarité et de l'exclusion; on l'incrimine des drames de société tels que la fragilisation de la famille, les tensions raciales ou la perversité des comportements (violence, drogue, délinquance...) ; on lui impute le dysfonctionnement des marchés tantôt en invoquant l'excès des prélèvements obligatoires, tantôt en dénonçant une réglementation défaillante. En un mot, «I'horreur économique», pour reprendre le titre d'un ouvrage en vogue. Le malaise est également décisionnel. Dans le privé, la dissémination géographique des fonctions des entreprises achats, production, commercialisation, comptabilité, gestion, personnel, fmances, débouchés de par le monde a la décentralisation des décisions pour corollaire, décentralisation qui, à son tour, dicte des efforts de coordination. Vu qu'ils ne sont pas toujours accomplis, certaines contre-performances s'expliquent. Dans le public, le jeu médiocre des partis, le choc des ambitions, la fadeur des messages et les relents financiers alimentent une désaffection qui n'est pas sans danger. Plus gravement, ce sont les mécanismes institutionnels qui se grippent. S'il est vrai que la décentralisation d'un côté et la construction de l'Europe de l'autre ont toutes deux conduit à un désaisissement de pouvoir à l'échelle nationale, il est non moins exact que l'administration a profité de la lâcheté du politique

pour étendre ses tentacules. Le malaise est enfm intellectuel et moral. Les esprits des beaux quartiers, traditionnels prédicateurs des révolutions, étonnent par leur mutisme. D'autres, redoutant l'oubli, désignent des boucs émissaires vieux de plus de deux siècles comme le progrès technique ou le libre-échange. Plus prudents, d'autres encore égrènent mezza voce le chapelet de la pensée unique. A croire que l'intelligentsia a perdu toute sagacité! Quant à la morale, il suffit de voir la portion congrue qui lui est laissée à la maison et à l'école pour comprendre que, plus tard, les jeunes tracent une ligne en pointillé, et non un trait continu, entre ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Est-il surprenant, dans de telles conditions, que la peur se soit lovée dans le mental des Français? Peur de la mondialisation, peur de l'Europe, peur du chômage, peur de l'autre et, somme toute, crainte de l'avenir et ébranlement de soi. Comme si un grand frisson parcourait l'échine de notre corps social. Assez! Regardons les choses en face: quel est le constat, comment l'interpréter et qu'en déduire? La mondialisation est un fait, rien qu'un fait, presque aussi vieux que l'histoire. Les grandes poussées civilisatrices ont toutes cherché à étendre leur influence et à accroître leur rayonnement. Plus près de nous, les croisades, la Renaissance et la révolution industrielle ont impulsé des mouvements d'internationalisation. Au tournant de notre siècle, les conquêtes coloniales ont consolidé les grands empires. Puis, en dépit des tentations protectionnistes induites par les ravages des deux guerres mondiales et de la crise de 1929, les économies se sont regroupées en blocs antagoniques, nourris au sein de l'idéologie. La volée en éclats du camp soviétique, l'émergence d'économies compétitives de même que les progrès fulgurants de l'information et des communications mènent aujourd'hui à un véritable maillage planétaire. En résultent un essor prodigieux 16

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du commerce mondial ainsi qu'une globalisation fmancière d'une ampleur sans précédent. Au risque de disparaître, les firmes ont été contraintes de réagir, axant leurs stratégies dans une perspective résolument transnationale. De sorte que de tels bouleversements invitent à une réflexion de fond visant à savoir si la mondialisation complète ou, à l'inverse, s'oppose à la montée tout aussi patente des régions - DE, ALENA, MERCOSUR, ASEAN... Quelles que soient les convictions, on aura à coeur, dans un deuxième chapitre, de dévoiler comment les nations ont tenté de s'adapter à un monde en si rapide évolution. L'ajustement auquel elles ont procédé a consisté à laisser le chômage filer et! ou les inégalités s'étendre. D'où une indéniable fragilisation dont les sectes, les fondamentalistes et les marchands de mort extirpent de plantureux profits. Quand on pousse la réflexion plus avant, la nature trop souvent pervertie du pouvoir, les simagrées de la démocratie, les abandons culturels et les affaissements anthropologiques transparaissent. Autant d'éclairages qui donnent à l'explication d'ensemble un tour plus enveloppant. Voilà pour le constat. Discours dominant délivrant un message libéralmondialiste, l'économisme, non sans raison, a été cloué au pilori. Le remodelage des modes productifs a créé des délocalisations massives accusées de sonner I'hallali de l' emploi national. Les marchés sont réputés tyranniques même si, après tout, ils ne sont que ce que l'on veut bien qu'ils soient. Parallèlement, la monnaie unique est décriée parce que sa création impose depuis trop longtemps des politiques de rigueur génératrices de licenciements. Ce point sera débattu, car il convient de ne pas oublier qu'en dehors des critères de convergence scellés par le traité de Maastricht, critères aussi indispensables qu'incomplets, la discipline des fmances publiques et la baisse de l'endettement national constituent des priorités 17

absolues. Enfin, on évoquera les dévoiements théoriques, par ailleurs controversables, auxquels l' économisme a conduit. Dans un quatrième chapitre, d'autres interprétations de ces bouleversements de société seront passées au crible. Elles traitent de la fin du travail, de celle de la souveraineté et de celle du capitalisme. La fin du travail? Au mieux un feu follet intellectuel, au pire un slogan vendeur. La fin de la souveraineté nationale? Plus un refus de compréhension du contexte actuel qu'une incongruité. La fin du capitalisme? Une authentique sottise. En vérité, ces «mythes de la fin» jouent de la crédulité des gens, crédulité taraudée d'angoisses au tournant d'un nouveau millénaire. La seule vraie fin, en réalité, ce n'est pas celle de l'histoire, c'est celle d'un monde, le nôtre. Voilà pour les explications, et leurs antithèses. Aussi, au cours d'ultimes développements, s'efforcerat-on de prouver que la préservation de notre identité nationale, notre participation à la construction européenne et notre intégration à l'économie mondiale, loin d'être contradictoires, sont les clés de nos succès à venir. Sous réserve que les réformes essentielles soient entreprises et pour peu que les Français s'élancent, alors l'avenir sera ce qu'il ne devrait jamais cessé d'être: teinté d'espoir.

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