La Guyane

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296347915
Nombre de pages : 350
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LA GUYANE,
les grands problèmes, les solutions possibles

Elie CASTOR

Georges

OTHIL

Y

LA GUYANE,
les grands problèmes, les solutions possibles



L'aribéennes

ditions

5, rue Lallier
75009 Paris

@ Editions CARIBEENNES, 1984 Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction, réservés pour tous pays.

ISBN 2-903033-58-7

Nous dédions ce livre à la jeunesse de notre pays car c'est à elle que reviendra la lourde mais combien exaltante mission de bâtir cette Guyane qui berce nos rêves.

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier tout particulièrement tous nos jeunes compatriotes universitaires qui, depuis de nombreuses années, participent à nos côtés, et ce, d'une manière bénévole à cette équipe de « brain-trust », et qui ont contribué de manière directe et indirecte, par leurs analyses et critiques constructives, à nous aider à approfondir et à mieux préciser nos conceptions sur des thèmes développés; dans une atmosphère d'amitié et d'intense activité intellectuelle, sans laquelle, il n'aurait guère été possible de conduire, dans les délais que nous nous étions fixés, ce travail passionnant. Nos remerciements s'adressent également aux amis de la fonction publique d'Etat qui ont, dans leur sphère, appelé notre attention sur la recevabilité ou non des propositions que nous formulions afin qu'elles puissent s'insérer dans l'ensemble du dispositif législatif ou réglementaire. Qu'ils sachent que nous ne saurons oublier leur discrète mais combien efficace contribution.

A V ANT-PROPOS

Trop souvent, on a vanté les mérites de la départementalisation Outre-Mer, occultant systématiquement à la population les vrais problèmes. Les auteurs prennent ici le contrepied de toute une série d'assertions et d'analyses fausses et posent les vrais problèmes de la Guyane. Trop souvent, les écrits sur la Guyane n'ont fait que relater des récits «exotiques» suscitant la curiosité et l'hilarité des ressortissants de l'hexagone, provoquant l'ire des autochtones car jetant le discrédit sur notre pays et procédant au dénigrement de nos compatriotes. Cet ouvrage, né d'une conception commune, a été élaboré par les deux auteurs pour ce qui est du plan et de l'orientation générale. Il paraît opportunément, car il a l'avantage de soulever. des problèmes cruciaux, qui durant ces dix dernières années, n'ont pas fait l'objet d'analyses sérieuses. Les thèmes abordés: immigration, santé, éducation, organisation administrative, culture, logement, temps libre, énergie, économie et foncier, sont d'une acuité particulière, et nombreux sont les Guyanais qui soit en Guyane, soit en France, ignorent comment ces problèmes sont vécus par leurs propres compatriotes. Tous les Guyanais doivent savoir et surtout se souvenir que: - l'immigration sauvage a eu pour cause le laxisme de l'appareil de l'Etat depuis une dizaine d'années, - l'administration en Guyane est une administration de gestion au lieu d'être une administration de mission au service du développement, les grandes endémies: lèpre, paludisme, au lieu de disparaître connaissent une recrudescence dans notre pays, - la Guyane ne dispose pas de l'école dont elle a besoin pour assurer son avenir,

-

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- l'économie guyanaise n'existe pas; la pseudo-économie ne repose que sur une politique de transferts, de - la jeunesse est livrée à elle-même, conséquence d'où l'absence de structures sportives et sodo-culturelles, les détournements pernicieux, - l'installation de la base a provoqué des déchirements et laissé des traces indélébiles du déracinement consécutif au déplacement de nos compatriotes, - le fait culturel existe mais la diversité et la richesse de notre patrimoine n'ont pas été valorisées à cause de l'absence de structures culturelles idoines, - le fonder guyanais est attribué par l'Etat avec fadlité aux migrants, alors que les collectivités locales sont encore dans l'impossibilité d'obtenir le patrimoine foncier dont elles ont besoin pour assurer leur développement. - la Guyane est dépendante à 100 % pour son approvisionnement en énergie alors qu'elle dispose de potentialités énergétiques considérables. Les auteurs animés du même désir d'analyse et de compréhension, ont voulu présenter ces problèmes sous un angle nouveau rompant ainsi avec la présentation classique de la Guyane, département français. L'histoire et la géographie de ce pays sont fixés dans l'Atlas de la Guyane} ouvrage technique réalisé par les experts du C.N.R.S. et de l'ORSTOM. Ce qui a passionné les auteurs, c'est la situation géopolitique de leur pays dans le contexte sud américain, caraïbéen, français et européen à la recherche d'une voie nouvelle. Ce livre se situe également dans une perspective d'information, car les documents qui y sont publiés ne sont connus que par une cinquantaine de Guyanais tout au plus, alors que notre population atteint 80 000 habitants. Il y a là une anomalie que les auteurs ont voulu réparer. Il contient une masse considérable d'informations, de propositions et de suggestions sur les différents thèmes analysés et il nous semble que la documentation est d'une grande richesse. Si certaines analyses devront provoquer contestation ou révolte, c'est normal. Il sera le fait de ceux qui méconnaissent la réalité sodo-économique de notre pays ou de ceux qui ont eu à la connaître d'une manière superficielle. Si la Guyane se trouve encore à ce stade aujourd'hui, c'est à cause de l'utilisation galvaudée des concepts d'indépendance et d'autonomie par les princes qui nous gouvernent, ce qui leur a permis de détourner l'attention de nos compatriotes des problèmes essentiels de ce pays. Ce travail contribuera sans nul doute à améliorer, en premier lieu, les connaissances du Guyanais sur son pays. La problématique qui est posée est complexe et globale. Elle
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devra susciter réflexion, analyse. Des pistes, des orientations, des propositions de solutions ont été formulées. Il conviendra d'une manière pragmatique et sérieuse de mettre en œuvre quelques-unes et de vérifier de leur adaptation à la dure réalité guyanaise. Il sera désormais difficile de se passer de traiter ou d'évoquer un de ces problèmes de la Guyane sans s'y référer, car il y a dans ce livre une tentative d'explication d'ensemble. Les responsables de l'exécution de la politique guyanaise devront d'une part être attentifs à l'analyse profonde des thèmes, à leur difficulté d'application, et aux contraintes internes et externes qui interagissent, et d'autre part, choisir, pour la mise en œuvre, la procédure la plus appropriée. Cet ouvrage aurait pu s'intituler «héritage », car tout est lié. S'il existe des problèmes aujourd'hui et s'ils sont aussi importants, cela ne peut résulter que d'une succession d'erreurs ou de carences accumulées au cours des années précédentes. Il prend sa place dans l'ensemble des meilleurs écrits sur la Guyane et s'intercale entre la Guyane Française du Docteur Henry et l'Atlas de la Guyane. La qualité et l'authenticité des sources seront certainement de nature à modifier le point de vue des uns et des autres montrant ainsi, cette Guyane, dans sa complexité, sa diversité, ses contrastes et sa situation paradoxale. Jacques LONY Principal honoraire Ancien Président du Conseil Régional

INTRODUCTION Lorsque l'on a pris la décision d'analyser les problèmes de son pays, l'on ne peut s'empêcher, et cela est compréhensible, de les examiner qu'avec sympathie, avec pour conséquence une réflexion qui ne peut être que guyanaise, rompant ainsi délibérément avec les assertions qui nous ont toujours été assénées par les autres. Guyane écartelée, telle pourrait être en introduction l'idée force qui nous permettra de présenter notre pays. La Guyane, bien que faisant partie de ce massif continental sud-américain, n'est pas encore intégrée politiquement et éco. nomiquement à cet ensemble. Les gouvernants, dès le début de l'époque coloniale, ont tout fait pour que la Guyane se sente et soit la France en Amérique du Sud, au lieu d'être ce qu'elle est géo-politiquement, à savoir un pays colonisé, sous-développé et sous-peuplé. Ecartelée, elle l'est cette Guyane puisque n'appartenant à aucune structure ni organisme international créé et fonctionnant pour le dévelopement économique, social, culturel des pays de l'Amérique du Sud. La Guyane ne vit pas avec son environnement «naturel ». Elle n'a pas de contacts officiels, au niveau des instances guyanaises, avec les autorités surinamiennes et brésiliennes, et c'est bien là une des sources principales de tous ses maux. Ceux-ci sont de la compétence de la France qui règle les problèmes de la Guyane, sans aucune concertation ou discussion avec les édiles qui vivent dans le pays. Ainsi les décisions prises sont toujours inadaptées, et très souvent vont à l'encontre des intérêts de cette ancienne colonie devenue aujourd'hui Département-Région. Les exemples les plus significatifs 15

sont ceux des dispositions d'ordre économique et financier de la Convention de Lomé II. L'histoire coloniale a voulu que les Antilles et la Guyane soient soumises au même statut. Mais la distance, qui les sépare constituera toujours un handicap pour l'institution de la grande région Antilles-Guyane qui, en réalité, ne peut satisfaire que les nostalgiques de la droite. C'est avec réalisme et logique qu'il faut aborder cette thèse. Les Régions de France ne connaissent pas de barrières géographiques. L'Europe est composée d'un bloc de pays dont l'unité géographique est homogène et naturelle. Pourquoi le Venezuela et le Pérou ne font pas partie de l'Europe? Pourquoi, alors tenter de faire admettre que la Guyane, qui est D.O.M., soit la France et qu'elle fasse partie de l'Europe tropicale? C'est une ineptie que nous condamnons. Tournée vers l'Atlantique et la mer des Caraïbes, la Guyane a-t-elle des liens avec les pays caraibéens? Ce serait rationnel. Et pourtant, notre pays n'est pas représenté, au sein des instances caraibéennes tel que le CARICOM. Nos seuls contacts résident dans notre participation aux manifestations culturelles et sportives. La France interdit à la Guyane d'être présente sur la scène internationale. Dépendante de la France, la Guyane, après avoir été colonisée, est devenue en 1946, un département. Non pas un département comme ceux de la France, mais un département d'Outre-Mer avec les particularités et toutes les conséquences négatives qui en découlent. Aujourd'hui, après l'avènement de la gauche au pouvoir, elle est un Département-Région, deux collectivités territoriales pour la gestion d'un même territoire après la décision du Conseil constitutionnel. Enfin, vouloir faire admettre aux Guyanais que leur pays c'est l'Europe tropicale, constitue la même bêtise que de nous avoir fait étudier pendant des décennies que nos ancêtres étaient les Gaulois. Isolée de son ensemble naturel, rattachée juridiquement et historiquement et dépendante économiquement de la France, telle est la Guyane d'aujourd'hui. Et celle de demain...

SURINAM

'CHAPITRE I

ORGANISATION ADMINISTRATIVE VIE LOCALE
Il n'est pas superflu de préciser notre conception organisation rationnelle du territoite guyanais.

sur une

LA REGION Nous pensons que l'avortement de l'Assemblée unique par la décision politique du Conseil Constitutionnel ne doit pas être considéré, pour nous, comme un achèvement de l'évolution du statut politico-administratif de la Guyane. Et cela ne doit pas non plus donner bonne conscience aux gouvernants d'aujourd'hui, car si cela était, le réveil risque d'être à la fois surprenant et redoutable pour tous ceux qui refusent une évolution par essence inéluctable, mais que nous voulons sereine et pacifique. En Guyane, seule la collectivité régionale doit exister pour faire disparaitre toute ambiguïté. La collectivité départementale doit disparaitre. La persistance du maintien des deux collectivités : Région et Département n'est qu'une aberration et un artifice juridique, source de confusions et de situations conflictuelles, nonobstant la volonté affichée du gouvernement de \>arvenir à une clarification des compétences. LES COMMUNES Ce territoire sera découpé en un certain nombre de communes. Nous rappelons que si la loi du 19 mars 1946 a érigé en départements les anciennes colonies dont la Guyane, les communes ont préexisté puisque dès 1872 existèrent 13 communes. La ville de Cayenne était, bien avant cette date, une commune de plein exercice. La 14e, Saint-Laurent-du-Maroni, a été créée 19

en 1875. Il a fallu attendre le décret du 19 mars 1969 portant réorganisation administrative pour que cinq nouvelles communes soient créées portant ainsi le nombre à 19. A la demande du Conseil municipal de la commune de Papaï-Chton, fut créée en 1976 la commune d'Apatou. Cette réorganisation est-elle satisfaisante? Notre réponse est négative, car si l'on tient compte: - de l'importance du territoire de cette région et de la réalité sociologique guyanaise liée à la combinaison des mouve ments migratoires consécutifs à l'exode rural, - de l'existence depuis 6 années d'un important contingent de population étrangère, - de l'installation de certaines catégories à la périphérie des villes, et de l'accroissement naturel de la population, - de la position des communes entre elles, et de leur éloignement géographique les unes par rapport aux autres, - des caractéristiques propres à la Guyane pour ce qui a trait à l'existence de communautés indiennes et bonies et de leur volonté à participer pleinement, en tant que Guyanais à la société guyanaise. Il importe de procéder à une nouvelle délimitation communale qui prenne en considération tous ces critères. Cette nouvelle organisation nous paraît importante car elle sera source d'un nouveau dynamisme sur l'ensemble du territoire, de plus elle facilitera la conquête de l'intérieur du pays et, par une volonté affirmée, en procédant à une meilleure répartition des hommes sur l'ensemble du territoire. Pour y parvenir, il suffira de faire application des dispositions réglementaires existantes du décret 59-189 du 22 janvier 1959, qui fixe la procédure de modification des limites territoriales. Cette organisation objective s'impose à nous. Aux communes, il faut leur confier la gestion et la réalisation des équipements de proximité et du quotidien. Nous savons que nous rencontrerons des oppositions farouches à la formulation de nos propositions, mais nous demeurons persuadés qu'objectivement elles sont fiables. Trois exemples significatifs: comment appréhender les motivations et problèmes des habitants de la Cité Jean-Marie qui aspirent à un développement urbain, et ceux de la zone de Stoupan de caractère purement rural? A une journée de Saint-Laurent et de Maripa-Soula, à égale distance des deux localités, comment admettre encore que Grand Santi ne soit pas érigée en commune? Accepterons-nous encore longtemps de maintenir sous le joug les habitants de Aouara et des Hattes alors qu'ils constituent une communauté sur une entité territoriale précise?

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Si la gestion du quotidien est l'affaire des communes, la réalisation des équipements structurants devrait être l'affaire des organismes intercommunaux. Des équipements pour quoi faire et dans quel cadre? C'est au travers de la planification décentralisée que nous trouverons les solutions appropriées. La décentralisation ne sera réussie que si elle s'insère dans le cadre d'une planification à l'échelon territorial. Or il s'avère que le législateur ait prévu la mise en place de chartes intercommunales dans lesquelles seront définies les perspectives de développement économique, social et culturel et les actions à mener en commun. Cette chance, il faudra la saisir, car la décentralisation implique la mise en œuvre d'actions qui ne pourront être conduites à terme que si les communes ou leurs groupements disposent de moyens en personnel et en finances. Il faudra aux élus territoriaux des collaborateurs spécialisés et compétents qui soient en mesure de concevoir et de présenter des dossiers bien étudiés qui devront s'inscrire dans le cadre du plan régional de développement économique.
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COMMUNES CONCERNEES

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d'Oyapock.

17 000 Km2

:Agriculture-Pêche "Tourisme

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Nous souscrivons entièrement au schéma de découpage en zone économique par les instances du Parti Socialiste Guyanais 21

dans son «programme d'action économique» établi en janvier 1983. La nouvelle délimitation proposée comprendra les communes suivantes au nombre de 33 : N°
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16

DENOMINATION
Commune de Cayenne Commune de Montjoly Commune de Rémire Commune de Matoury Commune de Larivot Commune de Stoupan Commune de Montsinéry Commune de Tonnégrande Commune de Macouria Commune de Kourou Commune de Sinnamary Commune de Trou Poisson Comme d'lracoubo Commune de BellevueOrganabo Commune de Saint-Elie Commune de Saint-Laurent-du-Maroni



DENOMINATION

17 Commune de Saint-Jeandu-Maroni 18 Commune de Mana 19 Commune d'Aouara-IesRattes 20 Commune de l'Acarouany 21 Commune de MaripaSoula 22 Comme d'Apatou 23 Commune de Grand-Santi 24 Commune de PapaïChton 25 Commune de BoniviIle 26 Commune de Saül 27 Commune de St-Georges 28 Commune de Ouanary 29 Commune de Régina 30 Commune de Kaw 31 Commune de Roura 32 Commune de Cacao 33 Commune de Camopi

La conquête du Sud Dans cette optique une volonté politique doit se manifester pour la conquête de l'intérieur et du sud du pays. Elle ne pourra se faire que par le peuplement et le développement économique de Saül. Depuis plusieurs décennies, la conquête du sud constitue une préocupation pour les Guyanais! Paul Laporte dès 1915 souhaitait qu'une première voie soit faite à l'intérieur du pays afin d'avoir accès aux richesses que recèle cette région. Dans les années 50, Bertène Juminer dans un article paru dans Conscience Guyanaise indiquait :
« Nous avons demandé à cor et à cri une décentralisationdéconcentration par rapport à la France. N'est-il pas vrai que l'évolution de la Guyane implique cette même déconcentrationdécentralisation par rapport à Cayenne? Notre pays est une sorte de Brésil en réduction. Qu'ont fait les Brésiliens pour .promouvoir l'expansion de leur pays à l'échelle moderne? Ils ont construit une nouvelle capitale en pleine forêt amazonienne et le monde entier applaudit à cette initiative à la fois révolutionnaire et pleine de promesses. Notre voie est ainsi tracée: la promotion de la Guyane autonome requiert un nouveau découpage et la construction d'une capitale nouvelle située dans l'intérieur. Saül semble être

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le meilleur emplacement: sa position géographique est centrale, et il existe déjà un embryon de route assurant la liaison avec Cayenne. Les conséquences administratives, économiques et sociales de cette conception de la Guyane sont considérables. Cinq régions administratives se livrant à une émulation fructueuse, seraient à créer: l'Approuague avec pour chef-lieu Cayenne. Allant de l'Oyapock à la rivière de Cayenne, à l'Orapu et au haut-Approuague, elle serait limitée au sud par le Camopi ; le Sinnamary, avec J?our chef-lieu Sinnamary, région centrale s'adossant à la régIOn précédente et allant jusqu'à Iracoubo et la Haute-Mana. Elle comprendrait aussi Saül la capitale administrative; le Maroni, avec pour chef-lieu Saint-Laurent limité au sud par le fleuve Inini; les deux régions intérieures méridionales seraient à l'est le Camopi avec pour chef-lieu Camopi, à l'ouest l'Inini avec pour chef-lieu Maripa-Soula. Sur le plan économique, l'on se trouverait dans l'obligation de construire un réseau routier entre les différentes régions; et naturellement les exploitations agricoles et forestières ou minières se fixeraient le long de ce réseau. A ce propos il n'est pas superflu de signaler que les minerais suivants ont été inventoriés en Guyane: or ,bauxite, colombo-tantalite, fer, diamant, chrome, nickel, mobybdène, magnésium, mica, etc.»

-

-

Plus près de nous, Edmard Lama, Maire de Rémire-Montjoly, lors de la visite d'Emmanuelli dans sa ville, mettait en exergue: «Nous disions que la Guyane est un grand pays qui a besoin de voir grand avec de grands desseins; c'est vrai, c'est juste, c'est nécessaire, il faut pour ce pays de grandes idées, de grandes ambitions d'autant que nous en avons les possibilités. Le gouvernement a pour cela tous les moyens politiques, techniques et financiers. Il y a dans cette affaire une grande chance pour combattre le chômage, relancer l'économie, et redonner confiance. C'est pourquoi il est nécessaire qu'une idée choc apparaisse pour mobiliser les enthousiasmes, les énergies, en attendant que la foi en ce grand destin, ce grand rêve gagne l'adhésion des esprits et des cœurs. Qu'apparaisse cette idée pour donner envie de croire, envie d'espérer tout particulièrement à cette jeunesse que l'on a rendu trop tôt adulte sans lui donner réellement les moyens de l'être. Cette idée qui constitue la MESURE SYNTHESE de nos propositions c'est la création, la construction d'une NOUVELLE CAPITALE à l'intérieur de la Guyane qui permettra de prendre réellement possession de ce pays pour un développement homogène et harmonieux en supprimant cette situation stérile quasi névrotique que nous connaissons actuellement. Cette idée il faut plus que tout autre chose, la sentir, la vivre si nous voulons qu'elle-même vive. Alors ensemble tournons le dos résolument aux approches, aux techniques, aux méthodes vieillotes, surannées, étriquées d'un passé encore récent. Débarrassons nos cerveaux de scories de l'immobilisme pour nous plonger avec foi et ferveur dans ce

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grand rêve, d'une belle et forte Guyane qui s'éveille dans ce travail fécond et intelligent qu'exige le monde d'aujourd'hui. Voyons ensemble ce qu'il convient de faire pour après-demain, car demain est déjà trop tard. Oui tout cela est possible, oui tout cela doit se faire, oui tout cela doit aller vite si nous sommes animés du sentiment de ne pas être de simples gestionnaires mais au contraire de vrais et solides bâtisseurs à la dimension de notre volonté politique, de notre génie et de notre Guyane. Il faut aller vite, si nous ne voulons pas que le doute nous envahisse, nous bloque et entame notre enthousiasme. Il faut aller vite si nous ne voulons pas faire la part trop belle aux éternels sceptiques, à ceux qui ne croient pas en nous. Faire progresser la Guyane le temps d'une législature de 50 ans en 5 ans tel doit être notre idéal, notre mot d'ordre, notre démarche, telle est la compétition, calendrier en main, dans laquelle nous devons nous engager.» Jacques Lony, lors de l'installation de la base spatiale, n'indiquait-il pas : «Il aurait fallu installer cette base à Saül, à l'intérieur de la Guyane, et créer un port en eau profonde dans l'estuaire de l'Oyapock.»
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Cette position ne peut que coïncider avec la décision adoptée par le Conseil régional qui, dans son avant-projet de contrat de 24

plan Etat Région, prévoit la réalisation de pénétrantes forestières sur l'axe routier Kourou-Petit Saut-Saül et dans une seconde phase la réalisation de deux bretelles Saü1-Maripa-Soula et Saü1-Camopi. Tant que cet axe de pénétration ne sera pas entrepris, nous demeurerons encore isolés des centres vitaux du développement économique de notre pays. LES PARTIS POLITIQUES Aucune vie locale n'est possible sans la participation des partis politiques. De tous temps, les partis nationaux de droite et de gauche ont tenté d'avoir une ramification en Guyane. C'est donc à travers des courants de pensée véhiculés par ceux-ci que s'exprimait la vie politique de notre région. Il semble que le fait même d'être relié à un parti national constituait, aux yeux des électeurs, une sorte de label ou mieux c'était la marque ostentatoire du rattachement des Guyanais et de la Guyane à la France. Le courant de la gauche se manifestait au travers de la S.F.I.O. dont le responsable créateur en Guyane de la section locale a été Justin Catayee. Le courant de la droite s'exprimait par la voix de certains responsables tels: Edouard Gaumont et Symphorien. Adeptes du Gaullisme, ils ont fait partie du R.P.F., ensuite de l'U.N.R.-U.D.T. devenue aujourd'hui le R.P.R. Il n'y a pas, à vrai dire, de parti local de droite en Guyane. La fédération départementale R.P.R. de Guyane reçoit toutes ses instructions de Paris, ne décide de rien. A ce point, il convient de préciser que sa doctrine ne repose que sur un postulat: l'assimilation, voulue et votée en 1946 lors de l'érection des quatre colonies en départements; sa stratégie politique: la peur. A la suite des divergences entre les responsables, Catayee créé le P.S.G. On assiste à un déclin rapide de la S.F.I.O., tandis que le P.S.G. devient le parti le plus puissant de la Guyane, nonobstant toutes les attaques dont il est l'objet de la part des autres mouvements politiques. En marge de ces deux formations, le P.S.G. à gauche et la fédération départementale du R.P.R. à droite, depuis 20 ans, des petits partis se sont constitués aussi bien à droite qu'à gauche. Le seul qui ait pu avoir un impact sur la population, ce fut l'U.P.G. qui malheureusement n'a duré que 7 ans. A gauche, le cercle d'études marxistes, le F.L.N.G., le MOGUYDE n'ont eu qu'une existence, en tant que tel, éphémère. A droite, le R.D.G., le M.P.G. et l'U.D.F. vivotent.

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VIE LOCALE N'ayons pas peur des mots. Le vote du métropolitain outremer est en général de type colonialiste. Lorsqu'il vote, c'est pour uniquement affirmer le «maintien de la présence française» sur le territoire duquel il a eu la chance de servir. Qu'il soit de droite ou de gauche, en France, dès qu'il sert en outre-mer français, il vote <Iprésence française ». Nous sommes en droit de suspecter SEDETOM de donner des instructions précises à tous ces agents de la fonction publique qui servent dans nos régions! Au niveau des militaires, c'est encore pire. Pourquoi en serait-il autrement? Comment vouloir couper le cordon ombilical qui permet à ces agents métropolitains d'obtenir outre-mer, outre la majoration de l'indemnité de cherté de vie de 40 %, mais encore la prime d'éloignement égale à 16 mois de salaire, plus 3 mois pour le conjoint et 1 mois pour les enfants à charge. En sus, pour certains, logements de fonction et pour d'autres des facilités pour obtenir des logements confortables. Crise du logement, cela n'existe pas pour les fonctionnaires métropolitains outre-mer. Comment vouloir provoquer la rupture de tous ces avantages quand, en bon colonialiste, on considère que les transferts publics, c'est l'argent de la France et qu'en priorité ce sont les métropolitains français qui doivent en bénéficier? Comment supprimer de tels privilèges quand on pense que par la faveur des mutations, l'on peut devenir un fonctionnaire outre-mer servant succesivement en Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion, sans compter les possibilités offertes aux T.O.M.? L'on ne peut dans ces conditions que voter dans un seul sens. Il faut que cela continue, pour soi et avec l'idée sousjacente, que d'autres en bénéficieront. Sur ce point tous les métropolitains sont d'accord. Il existe des textes qui leur permettent d'accomplir leur devoir de citoyen dans leur circonscription. C'est ainsi que l'instruction du 23 janvier 1976 modifiée et mise à jour au 1er septembre 1979 relative aux modalités d'exercice du droit de vote par procuration prévoit que parmi les «électeurs que les obligations dûment constatées retiennent éloignés de la commune sur la liste électorale de laquelle ils sont inscrits «figurent les militaires et les citoyens français se trouvant hors de France ». Dans ces conditions, ces électeurs métropolitains auraient pu se rendre auprès des autorités devant lesquelles sont établies les procurations - au titre desquels: les O.P.J., délégués par le Juge du Tribunal d'Instance -, pour effectuer ces démarches. 26

Nous n'hésitons pas pour notre part à clamer que la plupart de ces« vacanciers », militaires, gendarmes, fonctionnaires attachés aux 40 % et qui ne restent que 2 ou 3 ans en Guyane, de même que certaines catégories d'agents travaillant dans les entreprises nationalisées: Banques, E.D.F., C.N.E.S., qui sont des superprivilégiés, ne devraient pas avoir le droit de vote dans nos Régions car ils faussent les élections. En définitive, les métropolitains qui ne réuniraient pas dix ans de résidence en Guyane ne. devraient pas localement participer au vote. Ils devront, pour exercer leurs droits dans leurs circonscriptions, utiliser systématiquement la procédure du vote par procuration. Dans ces conditions, nous pouvons avancer que tant que cette situation existera, notre pays demeurera sous-développé. Et ce sont eux qui nous traitent de paresseux! Ce sont eux avec leurs crosses qui nous frappent avec brutalité! Ce sont eux qui crient que la Guyane coûte cher à la France. L'argument qui consiste à dire vous êtes français vous pouvez également faire valoir vos droits en France, et voter, cela fait sourire. A ceux qui l'avancent, nous affichons notre mépris le plus total. Il y a 30 millions de Français qui votent dans l'Hexagone, ce ne sont pas la centaine de voix des Guyanais qui perturberont les élections de circonscriptions françaises! Cette analyse faite, nous comprenons aisément pourquoi les métropolitains s'abstiennent de voter par procuration pour le Maire ou le conseiller général de leur localité ou le député de leur circonscription, et préfèrent pérenniser le système actuel. REGION GUYANE-ANTILLES Nous déclarons que nous sommes favorables à toute complémentarité économique Antilles-Guyane, car nous constituons, nonobstant les distances importantes, un marché de 700 000 consommateurs déjà maitrisé depuis de nombreuses années par les sociétés et entreprises françaises et à leur profit. Cette complémentarité doit s'exercer dans ce cadre: - l'Assemblée Permanente des Chambres de Commerce tot d'industrie, - l'Assemblée Permanente des Chambres des Métiers, - l'Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture. Mais, en aucun cas, il ne peut être question d'institutionnaliser la complémentarité Antilles-Guyane, au niveau des instances politiques, que ce soit sous forme de mission interrégionale ou d'établissement public régional comprenant les départements de Martinique-Guadeloupe et Guyane. Nous pensons que la vraie réponse au problème de développement de la Guyane ne passe par pour une institution régionale Antilles-Guyane, mais bien par le changement de statut poli27

tique délaissant le statut départemental et régional actuel - inopérant et inefficace - et la mise en place d'une seule collectivité décentralisée, avec un pouvoir exécutif local. Tant que cette décentralisation ne sera pas également poussée à son terme et que l'on restera dans le système hybride de décentralisationdéconcentration, c'est-à-dire le système départemental et régional - il n'y aura aucun démarrage économique pour la Guyane, puisque les élus de Guyane ne détiennent pas le pouvoir d'initiative de toute l'activité économique.

CHAPITRE II

ADMINISTRATION AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT
Par Administration au service du développement, nous pensons qu'il faut entendre: - d'une part, une Administration consciente de l'idée directrice qui prévaut aux objectifs prioritaires du développement; - d'autre part, une organisation administrative suffisamment adaptée au contexte guyanais, et devant permettre d'atteindre les objectifs, sans dilution des énergies et accroissement des charges lors des différentes phases de préparation des projets.

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LE BILAN GENERAL DE L'ADMINISTRATION EN GUYANE DEPUIS 1946

A) LE BILAN INSTITUTIONNEL
1) L'Administration Centrale Comme tout département français, le département de la Guyane créé en 1946 s'est vu rattaché d'abord au ministère de l'Intérieur. Cette assimilation totale s'étant vite révélée source de difficultés, des systèmes particuliers furent recherchés: Inspecteur Général de l'Administration en mission extraordinaire placé à la tête d'un service des D.O.M. en 1954; Secrétaire Général rattaché à la présidence du Conseil en 1958; Ministre délégué auprès du Premier ministre en 1959; Secrétariat d'Etat aux D.O.M. depuis 1974. Toutes ces expériences témoignent de la difficulté de trou29

ver un système suffisamment fonctionnel, dans les relations de l'Administration centrale avec ses services en place dans les D.O.M., ainsi qu'avec les Administrations locales de ces D.O.M. 2) L'Administration Départementale a) Le représentant de l'Etat Outre les attributions des Préfets des départements métropolitains et notamment ceux du décret de déconcentration du 14 mars 1964, on sait que les Préfets des D.O.M. se sont vu reconnaître des compétences élargies en certains domaines, dont par exemple celui des relations avec les pays voisins. Indiquons surtout que depuis 1975, date de l'institution de la Région Guyane, le représentant de l'Etat, à la fois Préfet de Département et Préfet de Région a vu un net accroissement de son rôle en matière d'animation de l'action économique du Dépar. tement/Région. b) Les Services Extérieurs des Administrations Civiles de l'Etat Organisés sous forme de Directions, d'Inspections ou d'Eta. blissements Publics, leur rôle est semblable à celui joué par ces mêmes organismes dans les départements métropolitains. Une mention toute particulière mérite d'être faite toutefois pour les Directions Départementales de l'Equipement et de l'Agriculture qui apparaissent comme les principaux collaborateurs du Conseil Général, en raison des nombreuses opérations couramment menées en ces domaines par le Département, ou celles fixées dans les plans de développement successifs. La Direction Régionale de l'Office National des Forêts, ainsi que le Service des Affaires maritimes ont également connu un accroissement de leur activité, depuis le plan de développement lancé en 1975. c) L'Administration Locale Propre à la Collectivité Départementale Elle se présente sous un double aspect: - des plupart end'AdministrationPréfecture; du Département, services Générale pour la place à la - des services particuliers créés en fonction des nécessités:

Services de la Lutte Antipaludique tale - Crèches Départementales

Saint-Laurent du Maroni. Tous ces services fonctionnent en général avec un nel payé sur fonds départementaux. 3) L'Administration des Collectivités Communales Réduite pour la plupart des communes guyanaises aux tâches d'administration courante (Service d'Etat-Civil délivrance de certificats administratifs, de tenue des 30

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Imprimerie DépartemenAtelier Départemental de
personsimples de fichiers

des élections

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du recrutement pour le Service National),

l'administration communale est par contre particulièrement développée pour ce qui concerne la ville de Cayenne, et à un degré moindre les communes de (2000 à 10000 h.) Kourou, SaintLaurent-du-Maroni, Montjoly-Rémire, Matoury et Sinnamary. Elle comporte pour celles-là des services assurant tant de tâches de gestion que des services d'équipement. Mentionons par ailleurs, dans le cadre de la coopération intercommunale, la création de SIVOM (SIVOM de Cayenne et SIVOM de Maripasoula). B) LE BILAN FONCTIONNEL

Il nous semble intéressant de l'examiner dans le cadre des rapports des diverses administrations avec le Conseil Général, et des diverses administrations entre elles, durant toute la période de départementalisation ayant précédé la loi de décentralisation du 2 mars 1982. 1) L'Administration Centrale L'institution du Secrétariat d'Etat aux Départements et Territoires d'Outre-Mer a souvent été source de dificultés principalement en matière de gestion du personnel de la Préfecture de la Guyane, cet organisme central constituant un véritable écran dans les relations de la Préfecture avec le ministère de l'Intérieur. Quant aux rapports entre le Secrétariat d'Etat et le Conseil Général, ils n'existaient fort logiquement que par l'intermédiaire du représentant de l'Etat dans le département. 2) L'Administration Départementale La souplesse et l'efficacité des relations entre les services préfectoraux et le Conseil Général a été conditionné pour une grande part par l'attitude et la personnalité des divers préfets qui se sont succédés. Si certains ont joué le jeu de la franche collaboration pour aider à la réalisation des projets souhaités par les élus, d'autres par contre se sont cantonnés dans un pur rôle de cautionnement de la politique voulue pour la Guyane par le Gouvernement en place. Le Préfet exécutif du département et chargé en conséquence de préparer les rapports soumis au Conseil Général, pouvait donc orienter dans bon nombre de cas les décisions de l'Assemblée par l'initiative qui lui appartenait de soumettre telle ou telle affaire à ses délibérations. A l'égard des services extérieurs des administrations civiles de l'Etat, les attributions du Préfet avaient leur source principale dans le décret de décentralisation du 14 mars 1964. Là encore la souplesse de ces relations dépendait de la manière dont chaque préfet concevait son rôle, et cela avait une répercussion directe 31

sur les rapports des chefs des services concernés avec les élus départementaux, en ce qui concerne une plus ou moins grande facilité de collaboration du Conseil Général avec ces chefs de services. Ainsi, si légalement il était fait obligation au Conseil Général de travailler avec les chefs de services départementaux, que par l'intermédiaire du Préfet, cette règle était plus ou moins bien appliquée, selon le degré de contrôle exercé par le préfet sur ces chefs de services. 3) Les Administrations Communales Même si on a pu constater ces dernières années un certain nombre de réalisations d'équipements dans diverses communes, on peut quand même affirmer que dans la plupart d'entre elles, l'administration locale s'occupe principalement des affaires courantes. A l'exception de Cayenne bien sût, et à un degré moindre de Kourou, Saint-Laurent et Rémire-Montjoly, il n'y a pas semble-toil de cause à effet entre les réalisations et la compétence de services spécialisés proprement communaux, parce qu'il n'y a pas de service de Développement Communal. En conséquence, les administrations de ces collectivités se bornent le plus souvent à rechercher les moyens de financement nécessaires à la réalisation d'opérations considérées pour des motivations propres aux élus comme d'intérêt purement communal. Les opérations menées par les SIVOM atténuent un peu ces interventions sectorielles en permettant des opérations intéressant le territoire de plusieurs communes. Le schéma que nous avons tracé plus avant au plan institutionnel et au plan fonctionnel des administrations, permet de constater qu'il y a entre elles un certain cloisonnement, inapte à permettre des opérations d'un développement harmonieux du territoire associant chaque partenaire (Etat et Collectivités locales) à sa réalisation. Il apparaît clairement en effet que jusqu'à la loi de décentralisation, l'intervention de l'Administration en faveur d'un développement du pays, a pris allure de directive conçue au niveau central (plan Stirn - plan Dijoud). Par ailleurs, nous avons vu que même en dehors de ces grands projets, l'appui de l'autorité préfectorale pour favoriser telle ou telle opération avec le concours des services extérieurs, restait aléatoire du fait de la qualité d'exécutif local, lui permettant de faire concrétiser au niveau du Conseil Général les opérations souhaitées par les élus. Les mêmes conséquences se retrouvaient également au niveau de la Région, ajoutées aux faibles moyens de cet établissement public pour réaliser ses projets. 32

Quant aux administrations communales, bien qu'un effort de concertation se soit manifesté ces dernières années entre elles, et l'administration départementale, en ce qui concerne le financement de certains de leurs projets par des subventions départementales, on ne peut parler de véritable collaboration administrative tendant à la réalisation d'objectifs pensés et planifiés d'un commun accord entre ces collectivités. Il s'agissait plutôt d'une consultation lancée auprès des communes par le Préfet, pour connaître leurs projets divers et leurs besoins, préalablement au vote du budget départemental.

C) BILAN DES MOYENS HUN.'AINS : LES AGENTS DES SERVICES PUBLICS
1) Le Nombre Les dernières statistiques de l'I.N.S.E.E. en matière de recensement des agents des services publics en Guyane ont été effectuées en 1976. Elles montraient clairement que la Guyane avait un «taux d'administration» nettement supérieur à celui de la Métropole, ainsi qu'à ceux des autres D.a.M. voisins, aussi bien en agents des collectivités locales qu'en agents de l'Etat. Le nombre d'agents n'est donc pas strictement proportionnel au nombre d'administrés. Ce phénomène s'explique en partie par le fait qu'en Guyane comme dans les autres D.O.M., la fonction administrative stricto sensu occupe une moindre place qu'en Métropole, au profit des fonctions éducatives, économiques, techniques et sanitaires. Il y a donc apparemment un paradoxe entre l'importance accordée à ces secteurs et les résultats obtenus en matière de développement. Cela peut s'expliquer par le fait que la plupart des moyens humains mis en œuvre au niveau des services publics ou semi.. publics de l'Etat, ont d'abord une finalité nationale, et un intérêt indirect pour la Guyane ensuite. Aujourd'hui, il est probable qu'un recensement des agents publics donnerait sensiblement les. mêmes résultats qu'en 1976, avec peut-être un accroissement au niveau du secteur semipublic, et au niveau des collectivités communales. 2) La Spécialisation des Agents Si elle se retrouve au niveau des services extérieurs des ministères, elle est au contraire quasi inexistante au niveau de l'administration départementale proprement dite la plus proche des élus départementaux, ou des administrations com. munales (exception faite en certains domaines pour la ville de Cayenne). Ainsi les élus disposent très rarement de collaborateurs 33

directs spécialisés, capables de donner corps à leurs idées et de les présenter sous forme de projets cohérents préalablement à une étude éventuelle par le service extérieur de l'Administration centrale, concernée. 3) La Mentalité du Développement Une des conditions du développement nous semble être l'existence d'une mentalité tendue vers ce développement, au niveau bien sûr de toute la population, mais plus particulièrement dans l'esprit du personnel des services publics, semi-publics ou privés d'intérêt général, à tous les niveaux. Or si l'idée du développement ou même de sa conception commence à se préciser chez certains élus et quelques rares chefs de service, la grande majorité des agents des services d'Etat, départementaux ou communaux, ne travaillent pas avec l'émulation qui devrait être celle d'un personnel soucieux de la réussite du pays.

II -

SOLUTIONS ENVISAGEABLES CEN-

A) EN CE QUI CONCERNE L'ADMINISTRATION TRALE

Suppression de l'activité du Secrétariat d'Etat aux D.O.M., en ce qui concerne la gestion des personnels de Préfecture. Sans vouloir nier la spécificité des D.O.M., rien n'empêche apparemment la gestion directe par le ministère de l'Intérieur. Cette solution contribuerait sans nul doute à supprimer une certaine lenteur constatée aux niveaux des informations du ministère de l'Intérieur transmises à l'autorité préfectorale, et vice versa. B) L'AUTORITE PREFECTORALE

Pour un pays comme la Guyane, la réforme envisageable en ce qui concerne les Préfets, était celle de la suppression de leur rôle d'exécutif local. C'est ce qui a été fait d'une façon générale par la loi de décentralisation. Il semble souhaitable cependant que certaines compétences reconnues au Préfet en matière d'immigration et de relations avec les pays voisins soient partagées ou exercées de concert avec le nouvel exécutif local.

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C) LES SERVICES EXTERIEURS DES ADMINISTRATIONS CIVILES DE L'ETAT
Développer les relations entre ces services et les élus départementaux, régionaux ou communaux, semble une nécessité. Il s'agirait, en plus de la participation des chefs de services au travail des assemblées locales, elles-mêmes ou de leurs commissions, d'instaurer des organismes de réflexion, de préparation de projets et de suivi d'opérations, associant les divers élus aux responsables des administrations concernées. La loi de décentralisation contient. quelques dispositions devant favoriser les rapports entre les services extérieurs et les élus. D) Les ADMINISTRATIONS LOCALES

Entre elles également il conviendrait de développer les instances de concertation et de programmation. Cela éviterait par exemple que des projets départementaux ou régionaux apparais'Sent comme contraires à des aspirations communales justifiées. Par ailleurs comme nous l'avons déjà indiqué plus avant, il serait souhaitable que, individuellement, ou par entente, l~s çollectivités locales puissent bénéficier du concours de collaborateurs, personnels spécialisés dans les principaux domaines de base du développement (Equipement et Agriculture notamment). Indiquons enfin qu'il conviendrait de supprimer un certain nombre de Commissions dites «Commissions Administratives », ayant pratiquement la même vocation, et comportant tant des représentants d'assemblées élus, que des fonctionnaires ou per'Sonnalités qualifiées. Elles sont souvent sans pouvoir de décision et donc source de lenteur. Par contre des regroupements beau<:oup plus efficaces devraient pouvoir être réalisés.

E) LE PERSONNEL
La principale difficulté serait de créer la mentalité du développement. Cela ne pourrait être réalisé entre autres que par un lien beaucoup plus étroit entre les élus et le personnel des services publics de l'Etat ou des Collectivités locales. L'initiative du dévelopement devant procéder en premier lieu des élus (surtout dans le cadre de la décentralisation), il est indispensable que ces derniers informent le personnel sur l'intérêt du travail qu'il effectue, et sur les objectifs à atteindre de façon à l'associer ainsi plus directement aux décisions prises au niveau des diverses assemblées pour la mise en œuvre du développement. 35

Le contact direct et fréquent des élus avec le personnel serait à notre avis un moyen de créer une certaine émulation dans l'activité administrative routinière. Par ailleurs, nous pensons que créer la mentalité du développement c'est permettre également une certaine interpénétration des agents dans les divers services locaux, soit à l'intérieur d'une même administration, soit entre des administrations régionales, départementales et communales. Il en découlerait un avantage certain en matière de formation des agents à la chose administrative. Enfin, en ce qui concerne le nombre des agents du secteur public ou semi-public, il conviendrait plus particulièrement pour les collectivités locales qu'elles limitent leurs recrutements aux seuls besoins véritablement constatés. Trop de services comportent aujourd'hui pléthore de personnel pour des tâches qui n'en nécessitent pas tant. L'avantage d'une telle politique serait, bien sûr, de diminuer les charges de fonctionnement au profit d'opérations d'investisse. ment elles-mêmes créatrices d'emplois. On s'aperçoit que les grandes lignes que nous avons tenté de définir pour l'organisation d'une administration au service du développement dépendent pour beaucoup de la volonté des élus. Par ailleurs elles connaissent nécessairement certaines limites qui sont par exemple celles relatives aux règles de la fonction publique, ou de l'organisation des services de l'Etat dans les Départements et Régions. Cependant, on constate que les lois de décentralisation devraient permettre un net assouplissement en la matière.

CHAPITRE III

KOUROU
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POURQUOI KOUROU?

A l'origine, le programme spatial français était d'ordre purement militaire. En effet, c'est vers 1953 que la France a débuté «sa conquête spatiale» en lançant ses premières fusées sondes «Véronique» depuis la base d'Hammaguir à l'ouest du Sahara algérien. Cette base appartenait au complexe du C.I.E.E.S. (Centre Inter-Armées d'Essai d'Engins Spéciaux) dont l'activité se concentrait sur des essais d'avions militaires, des missiles air-air et sol-air et des cibles volantes télécommandées. Entre 1958 et 1962, l'activité de la base d'Hammaguir s'est sensiblement développée sous l'impulsion des besoins provoqués par le développement des étages de fusées qui a conduit au premier lancement de satellite français «Diamand A». Après l'accession de l'Algérie à son indépendance, concrétisée par les accords d'Evian de 1962, le ministère des armées et le C.N.E.S. ont poursuivi conjointement l'exécution de leurs programmes respectifs jusqu'au lor avril 1967. Durant ce laps de temps les militaires trouvèrent un nouveau site de lancement C.E.L. (Centre d'Essai des Landes). Pour sa part, le C.N.E.S. se mit à la recherche d'un site en fonction de critères pondérés: - latitude, - surface disponible, - sécurité des habitants,

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stations de poursuite, aérodrome,

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