//img.uscri.be/pth/258d966e3b1624ce497e29a89215f19a3ad03d7a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

La liberté télésurveillée

De
174 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 257
EAN13 : 9782296330566
Signaler un abus

Liberté télésurveillée

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4406-7

Denis HANOT

Liberté télésurveillée

Liberté « télépathiquement

» surveillée

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal-Québec Canada H2Y IK9

Ouvrages précédants de l'auteur: -Denis Hanot, Les pharmaciens, Paris, l'Harmattan collection Santé Sciences humaines, Septembre 1995.

Présentation Chapitre 1 Le mythe technologique des info-routes. 1.1 Le mythe télé et la diffusion du champ sémantique 1.2 Du champ sémantique "télé" aux croyances sociales Chapitre 2 La télésuM'eillance, un produit dérivé du câble

7 11 11 19 25 33 41 42 44 47 47 47 55 57 58 61 61 65 70 73 73 77 85 85 86 88 95 101 106

Chapitre 3 Le mythe paillette de protection. 3.1 Deux vitesses parallèles: celle de l'image et celle de la route 3.2 Au voleur! Qui est voleur et qui est visiteur? 3.3 Images vidéos et photos, un non fait juridique
Chapitre 4 Besoins et réponses de sécurité. 4.1 Définition de l'insécurité 4.2 La pyramide des besoins de Maslow 4.3 Des insécurités et non une insécurité 4.4 Les besoins et les réponses 4.5 Le dit du non-dit Chapitre 5 Le marché des croyances sociales 5.1 L'antinomie entre croyance sociale et croyance religieuse 5.2 La sémiologie 5.3 Le modèle du pouvoir en Vrai/Faux Chapitre 6 Le marché électoral 6.1 Un fonds de commerce électoral classique 6.2 Sécuritarisme et nationalisme deux produits à exutoire social et rampes de lancement de dictatures

Chapitre 7 Le marché commercial 7.1 Un enjeu commercial mais non technologique 7.2 Théorie diffusionniste 7.3 Une affaire de monopole et d'intérêts financiers 7.4 L'interventionnisme de l'Etat dans la guerre commerciale 7.5 En individuelle matériel coûte moins de 2000 F. 7.6 Baisse des prix du patrimoine immobilier de la commune

Chapitre 8 La balkanisation des polices municipales 8. I D'une police de garde champêtre à une police politique de renseignements vidéo-surveillés 8.2 Un ménage à trois entre notables locaux et policiers 8.4 Des mairies transformées en commissariat-bis Chapître 9 De la nature des pouvoirs 9. I Le chassé croisé droite/gauche en forme de chassé croisé pouvoir/opposition 9.2 Evolution de la nature centrifuge des pouvoirs 9.3 Privatiser Je renseignement et la télésurveillance 9.4 Une escroquerie au titre de service public 9.5 Légitimité des pouvoirs ou légitimité du droit, un conflit régulier Chapitre 10 L'infraction aux libertés est un délit pénal 10.1 La conception de la liberté pour les commerciaux 10.2 La conception des philosophes des lumières 10.3 Des réseaux de télésurveillance abrogés malgré les lois Pasqua 10.4 Violation de plusieurs articles de loi sur les libertés 10.5 La télésurveillance est une table d'écoute visuelle 10.6 L'affaire des écoutes du "fameux biscuit" Schuler-Marechal et "les écoutes élyséennes" Chapitre J J Liberté "télépathiquement" surveillée La 3ème catégorie de table d'écoute Il.1 Références scientifiques reconnues par les Universités Il.2 La machine à perversion et fonctionnement de la crécelle à désinformations Il.4 "Réussir à ne pas se faire prendre [. ..]" Un conflit Police-Justice I 1.4 La qualification juridique des faits et leur répression pénale: peines de pnson et 200 milions de centimes d'amende Conclusion

107 107 111 113 115 115 119 121 123 123 125 125 126 128 130 139 144

149 150 159
162 165

169

Présentation

L'ouvrage se propose de faire la synthèse de l'esprit critique des fameux "boulevards informatiques", et autres "autoroutes de la communication,,1 face aux divers réseaux câblés de surveillance des populations urbaines. Ce terme "d'info-routes" de communication recoupe des notions aussi diverses et opposées que télévision et télésurveillance. TIest centré sur les atteintes aux libertés qu'induit ce concept de télésurveillance, à l'égard de l'homme et des droits de l'homme dans nos sociétés modernes. En terme de progrès, l'image est à la télésurveillance ce que l'atome est à la bombe atomique. L'ouvrage n'a pas la prétention d'épuiser le sujet et adopte une orientation de paradigme critique à l'égard des fausses modernités et des décisions rapides, très lourdes de danger, prises par des politiques locales dans le cadre de certaines municipalités. TI s'agit d'une dérive des pouvoirs locaux contre les populations et non d'utilité sociale. TI est lié aux automatismes des mythes et des fonctions télé-policières. De nombreuses fonctions automatiques informatiques se font à l'insu des gens et les atteignent dans leur vie privée. Les citoyens sont mal informés des atteintes à leur vie privée par toutes ces technologies nouvelles qui envahissent leur univers. TIsse laissent bercer par divers mythes technologiques en fausse modernité. Faute de maîtrise des outils de compréhension, la réalité sociale est dévorée par certains mythes sociaux. La liberté et la vie privée de chacun sont grignotées.

1 Le tenne "d'autoroute de l'infonnation" vient du Vice-Président américain Gore [décembre 1993] qui cherchait swtout à développer le commerce mondial. 7

Indépendamment des questions fondamentales de liberté, les caméras n'ont fait baisser ni la criminalité ni la délinquance, ceci selon divers rapports officiels. Ainsi, selon les statistiques des assurances citées dans le rapport Sérusclat du Sénat2, les caméras posées dans les banques n'ont pas fait diminuer le nombre de braquages. Tout cela relève des mythes-gadgets, de la mythologie "sécuritaire" utilisés à de toutes autres fins et à d'autres buts. La télésurveillance est inspirée par des logiques bureaucratiques de pouvoirs, et non par des aspirations émanant du besoin des populations concernées. Nous essaierons de démontrer que tout cela ne sert à rien, hormis à porter atteinte aux libertés et à la vie privée de chacun à notre insu. L'ouvrage est centré sur les pouvoirs, sur leurs rapports avec la finance et sur les diverses notions "clientélistes" électorales, dans des liens triangulaires de la société civile et de l'Etat. Le terme sécurité provient du latin "sécuritas" dérivé de l'adjectif latin "securus" qui signifie sûr. Il signifie un état de certitude face à une menace de danger. Le mot apparaît en France en 1190 et signifie selon le dictionnaire "le Petit Robert" : "état d'esprit confiant et tranquille de celui qui se croit à l'abri du danger". En 1780 la protection du danger englobe les besoins matériels économiques "situation, état de tranquillité qui résulte de l'absence réelle de danger d'ordre matériel et moral". Pour Sarraute "il a devant lui... un tout petit avenir (..), une petite sécurité, une retraite, un traitement". Les dérives "sécuritaires" proviennent des dérives de définition du mot qui reviennent en deçà de leur contenu d'avant 1780 du siècle des Lumières. Pour J. Perret "sous prétexte du nom papelard de dispositif de sécurité, des pièges sont tendus". Si la sécurité individuelle est légitime, le monopole d'exercice de sécurité "sous prétexte de (...)" en vrai/faux contre autrui n'est pas légitime. C'est une propriété privée de liberté comme la propriété des biens. La télésurveillance apparaît

2 Rapport Sérusclat sur "quelques conséquences des nouvelles techniques d'information et de communication pour la vie des hommes", Editions du Sénat, rapport n° 1980 Assemblée Nationale, 1995, 239 p. -Inciyan E., "Citoyens sous surveillance", in Le Monde, 23 Août 1993 Petitjean G., "Attention vous êtes filmés", in Le nouvel observateur 6-12 Octobre 1994.

-

8

comme lIDcaprice des pouvoirs, leur "jardin secret" de pouvoir occulte et personnel, de leurs joujoux personnels qui ne correspond à aUClIDe réponse de sécurité mais porte atteinte aux libertés individuelles. C'est revenir à la Monarchie et à la pratique des cabinets noirs des pouvoirs décentralisés en balkanisation féodale du régime. C'est lIDinstrument de domination et de privilège de la caste au pouvoir du moment contre la majorité de la population. L'ouvrage a pour but d'analyser la nature de la sécurité, de ses vraies attentes et de s'interroger sur la vraie nature des pouvoirs, par-delà les deux camps principaux gauche/droite, leur culture d'organisation spécifique. Cette foire aux croyances sociales se manifeste surtout dans le cadre des élections, avec les fonds de commerce "sécuritaire" et roulements de tambours classiques pour aller à la pêche aux voix. On cultive les mythes sociaux contre les libertés à des fins électoralistes et financières. Ce système confond l'espace de la liberté individuelle et celui de la liberté collective. Le but de cet ouvrage est de dégager les logiques sociales et les mécanismes de fausse modernité en "trompe l'oeil". Pour vivre heureux, vivons cachés. Le spectre d'Asmodée, personnage du diable boiteux qui soulevait les toitures pour espionner, devient réalité. De même, avec ce système, "1984" du romancier anglais G. Orwell, où lID système vidéo permettait à Big Brother de contrôler tous ses sujets, devient réalité. Au-delà du magma du social, des confusions supposées et entretenues, des croyance sociales, il y a des logiques sociales et lIDe structuration vraie du réel. TI existe des lois sociales, non visibles directement, que nous nous proposons de démonter. La problématique de l'ouvrage est conçue en termes de sociologie des organisations de Mintzberg, Selznick, de la pyramide des besoins de Maslow, des travaux de Boudon et de Crozier appliqués à cette thématique spécifique. La problématique est lIDe analyse stratégique d'acteurs, de système et de culture d'organisation. L'ouvrage est aussi centré sur les processus de fabrication d'idées fausses de croyances sociales analysées par Boudon dans son livre sur "l'art de se persuader des idées douteuses ou fausses"3.

3 Houdon R. L'art de se persuader des idées douteuses oufausses, Fayard 1990. 9

n s'agit d'ooe action-recherche, démarrée depuis 19944, contre le projet de la municipalité socialiste de Mons-en-Baroeul, cité-dortoir de Lille. Cette commooe, terrain d'observation et d'action, nous a servi de laboratoire d'idées et de concepts sur cette question en référence à d'autres commooes, notamment celle de Leval1ois-Perret (du tristement célèbre Balkany... ) triste pionnier de ce système en France. Les dérives d'ooe commooe de droite, symbole d'opposition à la balkanisation, et d'ooe autre de gauche nous permettent de mieux cerner la nature théorique des concepts des pouvoirs et de leur consommation respective, contre les populations civiles dans 1'00et l'autre cas. Un rapport de la C.N.I.L. 5 précise que "la capacité de stockage des données et la diffusion de logiciels de manipulation de fichiers résultant de la transformation de ces images en données numériques susceptibles d'être traitées par ordinateur comme peut l'être un fichier de caractères alphanumériques seront... dangereuses pour les libertés". On cultive des mythes paillettes et les fausses modernités. Les questions auxquelles essaye de répondre ce livre sont: -Quels sont les mécanismes décisionnels qui ont pu aboutir à de telles atteintes envers les libertés et à de tels gaspillages financiers? -Quelles sont les besoins et les réponses de sécurité? -Que signifie le concept de sécurité: protection, droit du plus fort, droit du groupe politique dominant, surveillance des opposants politiques, surveillance de rendement du personnel? -Quel est le rapport à l'Etat? -Comment fonctionnent les "infos-routes" de perversion "d'un à l'insu . de ( ) ",et pour qUl ? .

4 La ville de Mons-en-Baroeul est gérée par une municipalité socialiste. Diverses actions de harcèlement et de médiatisation par la presse régionale et à la télévision régionale ont été organisées contre la télésurveillance de cette municipalité afin ~u'elle abroge totalement cette affaire. Rapport de la commission de la C.N.I.L., Journal Officiel, 29 juin 1994, 9350 p, délibération n094-056 du 21 juin 1994 portant sur les dispositifs de vidéosurveillance dans les lieux publics.

CHAPITRE I LE MYTHE TECHNOLOGIQUE DES "INFO-ROUTES"

1.1 Le mythe "télé" et la diffusion de son champ sémantique Claude Bernard a été l'un des premiers à énoncer les lois de la méthode scientifiqué, il disait "l'important n'est pas de se tromper mais de comprendre comment on se trompe If. TI s'agit de mythes trompeurs, de fausses modernités en trompe l'oeil, qui piétinent les libertés. Les mythes dévorent la réalité sociale. Outre les notions juridiques de protection contre les atteintes à la vie privée, il y a un mécanisme de croyance sociale que nous pouvons démonter et recomposer en pièces détachées. Le mécanisme de cette fausse modernité est lié, pour les catégories populaires, au couple sémantique "télé + fonction sociale citée" qui diffuse un champ symbolique de mode de représentation sociale7. Ce mécanisme de diffusion de la fonction sémantique fonctionne en autonomie à l'appellation du mot. Le terme de télésurveillance n'est qu'un nouveau mot composé ajouté aux 80 mots commençant par le préfixe "télé" que signale le Petit Robert. Selon l'étymologie grecque, "télé" signifie loin; en langue germanique télévision se dit "fernsehen", soit "voir loin", en connotation avec la langue latine. Le terme télésurveillance signifie surveiller de loin, à distance par télé.

6 Bachelard C, Laformation de l'esprit scientifique, Vrin 1960 7 Breton T, Les télé-services en France: quels marchés pour les autoroutes de l'information? La documentation ftançaise 1994 11

Le tandem "télé-fonction sociale" va produire l'effet magique induit: "régler tout problème social au niveau de la croyance sociale". Cela ne concerne pas seulement la télésurveillance. On a d'autres fonctions sociales en fausse modernité qui induisent les mêmes prétentions sociales liées à télé+quelque chose. Certains automatismes de fonctions sociales ne présentent pas de risques pour les libertés, d'autres oui. n yale mythe du "gadgétisme" de vouloir tout régler "au doigt et à l'oeil" en appuyant sur un bouton. n s'agit de ce que Scardigli8 appelle la société digitale. L'individu est dominé par la technique qu'il ne maîtrise pas ou mal ce qui, par des mythes ravageurs, réduit sa marge de liberté et de conduite de destinée. Ainsi à titre d'exemple, le téléachat9, ne remplace pas l'achat et entraîne des escroqueries dénoncées par le magazine Que choisir: "ll y a un an j'ai commandé une chaufferette électrique au télé-shopping de TF1. Mais si mon chèque a bien été débité le 2 février, début juin, je n'ai toujours rien reçu sauf une brosse pour voiture (...). J'ai fini par obtenir le remboursement de ma commande avec des frais à engager" . Maintenant nous parlons aussi de télé-argent et de télé-portefeuille. L'individu ne risque plus ni d'être maître de son destin, ni de se protéger, ni de maintenir l'intégrité de sa liberté. On le rend esclave de gadgets qui le dominent. Cette mode gagne aussi certains secteurs santé et les pharmaciens dans une convention Européenne ont dit non, à juste titre, à la télépharmal0. Le terme télésurveillance s'inscrit dans cette mouvance sémantique de mythes plus accentués et plus inquiétants à cause des atteintes aux libertés et aux droits de l'homme. C'est un cliché qui obéit aux
8 Dr de recherche CNRS, Le Monde diplomatique, juin 1993 9 choisir, n0301, janvier 1994 1cP.ue parle de télé-médecine et de télé-pharma. Les pharmaciens ont refusé cette On télé-pharma dans le cadre d'Wle convention européenne en mettant wl nein à Wle société digitale, et à wl digitalisme qui atteindrait maintenant la médecine et la pharmacie. Une science et wl capital science ont des règles à respecter, règles que l'on ne peut dissoudre dans Wle soupe populaire de kiosque de gare ou de foin à la Rika Zaraï. Les notions épistémologiques doivent être respectées et on ne doit pas faire passer le gadgétisme et les croyances sociales avant. Cette maladie télé + fonction sociale gagne wl à wl tous les secteurs de la vie sociale et scientifique. source: Quotidien du pharmacien, 15 novo 1995. 12

détenninismes sociaux des mythes. Le mythe technologiquy de type digitaliste envahit l'univers social. C'est ce que Breton 11 appelle "la communication contre la communication", ainsi que Tixier Guichard et Chaze12 dans un article du Monde diplomatique. Aucun système ne fonctionne en automatisme complet, il y a toujours un pouvoir apparent ou caché qui gère le système derrière les automatismes. Le pouvoir est bien présent. Pouvoir c'est savoir. C'est le problème posé par ces nouvelles technologies que peu maîtrisent. Les pouvoirs abusent des ignorants pour s'arroger plus de pouvoirs. La nature du pouvoir est un rapport entre informés et ignorants. Plus l'écart d'ignorances est faible moins il y a de pouvoirs, et plus il y a d'ignorances plus il ya de pouvoirs et excès de pouvoirs. C'était le vieux débat sous-jacent d~s partisans et adversaires des lois Jules Ferry sur l'Education, sous la 3 erne République. TI vaut mieux des fonctions différenciées, individuelles et mobiles, pour éviter tout risque de confiscation par les pouvoirs des libertés individuelles. Des superstructures bureaucratiques lourdes sont la propriété des pouvoirs qui gèrent en fait la vie privée de chacun. Un certain type de pouvoir a intérêt à cultiver les ignorances sociales, à cacher, à mentir pour conserver le pouvoir. Le choix de matériel n'est pas neutre de choix politique et obéit à ces variables sociologiques d'auto-conservation des pouvoirs pour eux-mêmes. Car d'autres choix technologiques sont possibles sans bureaucratie comme les portables par exemple. Combien savent se servir d'un ordinateur, d'un logiciel informatique de base, rectifier des erreurs pour garder la maîtrise des informations sur l'outil? Selon certaines statistiques, moins de 7% des français utilisent un ordinateur, contre 25% à 45% aux USA et au Japon. La maîtrise d'un petit ordinateur de base est l'élément premier pour comprendre le principe de base des techniques. 90% de la population ne maîtrise pas ces outils de base et les ficelles diplômées de l'Ecole du vice de la télésurveillance. Peu connaissent les possibilités de

11 Breton P., L'utopie de la communication: l'émergence de l'homme sans intérieur, La découverte (Essais) 1992. 12 Tixier Guichard R., Chaze D., "la communication contre l'information", in Le Monde diplomatique, avril 1994. 13

manipulation par l'image, cette connaissance entraînerait une révolte des personnes concernées. La non-connaissance de l'outil ainsi que l'exploitation des préjugés sociaux et des ignorances ont entraîné des décisions contraires à la volonté des populations. TIexiste bon nombre de pouvoirs qui font ce choix de cultiver les naïvetés sociales et les mythes sociaux tous azimuts et se gardent bien de développer tout esprit critique et d'analyse. L'acceptation des mythes et de leurs aspects trompeurs est liée à cela. Le manque de maîtrise des outils de base et l'absence d'esprit critique entraînent toutes les manipulations commerciales et politiciennes possibles. Cet afflux de gadgets13 sur le marché, sans évaluation épistémologique préalable, accentue par corollaire la domination de divers pouvoirs. Combien savent ce que l'on peut faire avec un pinceau informatique? On peut, avec un minimum d'apprentissage, maquiller toutes les photos, les arranger à sa sauce. Après fabrication et manipulation, on scannérise la photo, et on peut faire un montage puis le sortir sur papier, en couleur, ou en noir et blanc au choix, sans posséder un matériel super sophistiqué. On peut fabriquer un pseudo-coupable par portrait-robot et le jeter à la vindicte populaire qui veut un résultat immédiat, en "info" autoroute judiciaire par exemple. On peut créer une image virtuelle. On peut transformer la physionomie d'un personnage: moustache, barbe, visage plus rétréci, tirer tout cela sur une photo et la dupliquer à l'insu de qui ce soit et faire vrai en vrai/faux. C'est très facile à faire, sans avoir fait les Beaux Arts. TIy a des logiciels dessins tout faits et des scanners à portée de bourse. On peut stocker tout cela sur disquette informatique et tirer des photos ailleurs. Et on peut fabriquer comme on veut la réalité humaine, compromettre qui on veut, et faire chanter qui on veut par procédé de fabrication. C'est très dangereux pour les libertés. On cultive ces mythes sociaux d'attrait de la télé, de l'image, dans l'inconscient collectif, alors que la réalité sociale est autre et féroce. Si pour certaines tâches sociales répétitives le progrès est évident, pour

13 Baudelot P., Eymery G., Les satellites de l'audiovisuel, DIXIT, 1994. 14

d'autres fonctions (comme la télésurveillance) c'est spéculer sur des mythes trompeurs et dangereux. On ne surveille rien hormis la liberté d'autrui. Ce sont "des nouveaux pouvoirs"14 du nouvel ordre mondial. L'image induit un effet magique sur l'inconscient collectif. On malaxe d'une manière mécaniste une fonction d'image et une fonction sociale; le résultat produit ne sera que la création d'imaginaire social. Ce sont surtout des arguments commerciaux et publicitaires liés à l'imaginaire social. L'imaginaire est une fonction sociale comme le rêve et l'imagination. On ne règle pas la sécurité avec ces registres subjectivistes d'imaginaires sociaux, on la confisque. L'image télé cultive davantage dépendance et passivité que la presse écrite. Le stock de connaissances que l'on peut assimiler par l'écrit est supérieur à celui de l'image. On a aussi le couple télé + un produit à vendre. On associe l'expression "vu à la télé" et le produit à vendre pour le lancer sur le marché. L'une des premières motivations du câble était de favoriser le télé-achat, comme aux USA où il est très répandu, et de lancer des produits sur le marché via la télé et différentes chaînes en réseaux câblés. C'est aussi le mythe trompeur du raccourci dans le temps, le mythe du tout automatique, du "cocooning". Ce sont des modes, des clichés commerciaux et non d'utilité sociale. On veut un résultat immédiat, tout de suite, sans attendre, en appuyant sur un bouton, y compris pour les problèmes sociaux. C'est la pression des mythes "gadgétistes" sur les questions sociales. Tout dans l'imaginaire social doit pouvoir être réglé sur un bouton. C'est le vieux mythe du dieu grec prométhéen transposé dans notre époque. L'inconscient collectif et ses registres sont sollicités par tous ces systèmes qui n'apportent aucune solution et aggravent le plus souvent les problèmes. Lors des attentats terroristes de septembre 1995, les caméras n'ont rien empêché15 ni dissuadé personne. Et des attentats ont eu lieu là où il y avait des caméras. Le plan "Vigipirate" a
14 Toiller A., Les nouveaux pouvoirs, le livre de poche, 1993. 15 Le plan Vigipirate, malgré les caméras et les patrouilles, montre, par un raisonnement par récurrence, l'inutilité de tout cela. Les caméras ne servent à rien. Les patrouilleurs, bien placés, n'y croient pas non plus, sinon ils ne seraient pas là. C'est pour ficher, c'est tout. 15

été là pour corroborer cette réalité d'inutilité sociale de la télésurveillance. C'est uniquement pour ficher les gens, pour la police politique, le décor ou divers chantages pour coups tordus. Les caméras ne règlent rien en terme de sécurité et n'ont fait diminuer ni la criminalité ni les statistiques des braquages de banque selon le rapport Sérusc1at op.cité. La plupart des commerçants ou des banques ont des volets de protection pour se protéger et n'ont pas la religion "gadgétiste". Ds ne sont pas fous ni naïfs, ils savent qu'ils se feraient voler avec ce style de protection à juste titre. Dans l'inconscient collectif, il suffit d'accoupler l'image (télé) avec une fonction sociale (surveillance, achat, commande) pour prétendre solutionner cette fonction sociale souhaitée. Le mécanisme mental de la croyance sociale se fabrique de cette façon. Un consensus peut être vrai et acquis sur une croyance sociale et être faux comme dans les sciences fondamentales. Le rôle des sciences est de lutter contre les croyances sociales et de dégager les mécanismes causaux du réel. n s'agit d'un processus de fabrication mentale avec prétention d'atteindre les registres cognitifs qui fonctionnent par association d'idées. Une association d'idées n'est pas un registre causal mais un défilé d'images, d'associations sans lien entre elles. Et, comme le dit Boudon dans son livre sur les croyances et idées faussesl6, l'association d'idées n'est pas une idée vraie, mais une idée fausse qui fonctionne sur la base d'une "décontraction mentale", d'un laisser aller de l'esprit au repos. Le consensus est vrai mais l'idée est fausse. C'est un faux. L'analyse causale suppose un effort de construction mentale que chacun fait dans certains domaines de la vie sociale mais pas dans tous. Certains domaines nous préoccupent plus que d'autres. Le registre "sécuritaire" appartient à ce champ d'inconscient collectif, de peurs sociales parfois excitées, de tensions sociales parfois créées volontairement, d'imaginaire collectif à toutes sociétés. Dans certaines sociétés primitives le "sécuritaire" représente l'ennemi, le différent, celles et ceux qui troublent l'ordre de la société, la quiétude des lieux, des dieux, des religions et sont désignés comme "des vieux démons à

16 Boudon R., L'art de se persuader des idées douteuses oufausses, Fayard, 1990. 16

élillÙner". TIs sont désignés comme coupables naturels des malheurs sociaux arrivant à x ou y dans une société, à titre de schéma structural au sens de Lévi Strauss. On a des notions de normes, d'ordre, de différences assillÙlées à déviances à groupe social de société et lois du plus fort qui sont indépendantes des notions de protection de sécurité. Ces phénomènes sont accentués en période de tension sociale de raréfaction éconollÙque de société, où il faut des coupables imaginaires de "totem et tabou". Religion et absence de connaissances sociales concoctent les produits d'exutoire sociaux responsables des malheurs ou des mésaventures de la dite société. Puis prêtres et chefferie veillent au maintien de la norme sociale et exécutent en groupe la sentence de l'exutoire social fabriqué comme dans toute société. L'activité du groupe dOllÙnantdevient une activité de llÙse à l'écart sur une échelle de valeurs de la norme officielle contre toutes les llÙnorités. Les "jugés déviant" au conformisme social sont llÙSà l'écart, puis on met en place le processus d'exutoire social, d'ersatz de solutions aux problèmes sociaux de la société. Ce schéma fonctionne dans différentes sociétés en raréfaction éconollÙque. TIsuffit de changer les appellations contrôlées dOllÙnants/dollÙnés.Après il suffit de décrire les variantes des diverses sociétés à ces schémas structuraux de base. L'irrationalisme de certaines sociétés prillÙtives est identique à celui de nos sociétés modernes. La composante "sécuritaire" et les dérives "sécuritaristes" sont une donnée constante de toutes les sociétés à différentes périodes de l'Histoire entre -ordre et déviance-, nantis non nantis. Aucune nouvelle technique ne pourra étancher ces mécanismes sociaux par du matériel new look1 dépassé au temps t+ I par un nouveau matériel new look2 au temps t+2, puis par un newlook3 au tempst+3, et ainsi de suite jusqu'à l'infini t+... n. C'est un débat vieux comme Hérode. Et dans l'histoire de la violence de Chesnais 17, le risque de violence sur un inconnu surgissant à l'orée du bois est inférieur au risque de violences de ses proches relations par du connu relationnel. Le risque de violence et d'insécurité du connu relationnel est supérieur à l'inconnu relationnel en termes de violences et d'insécurités, et non l'inverse.

17 Chesnais J.C Histoire de la violence Hachette 1982- (l'analyse sur la violence quotidienne est bonne. La deuxième partie sur le politique est erronée). 17