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LA LIBYE

De
364 pages
Pays du Grand Maghreb le moins bien connu, sur lequel plane le charisme d'un dirigeant au nationalisme ombrageux, et qui, grâce au pétrole, peut offrir à ses habitants le plus haut niveau de vie des pays d'Afrique, la Libye est une terre passionnante à découvrir : les lumineux paysages méditerranéens de Tripolitaine et Cyrénaïque côtoient le plus aride des déserts, un Sahara marqué par les prodigieux témoignages rupestres d'une époque lointaine où chasseurs et pasteurs parcouraient ses grandes vallées ; des villes antiques, dont la majestueuse Lepcis et l'attachante Cyrène, brillent de tous leurs feux en terre d'Islam…
(nombreuses cartes et photos couleurs)
Voir plus Voir moins

LIBYE
A la
pays

Qui viendra trop tard en la Libye charmante Je dis qu'un jour, il s'en repentira Prédiction d'Apollon pal"la boucbe de la Pythie de Delpbes. Hérodote, Livre IV

Danielle BISSON Jean BISSON Jacqnes FONTAINE

LA LIBYE
A la rencontre d'un pays
Tome 2

Itinéraires

L'Harmattan
5-7, rue de J'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

7 entre Tripolitaine
2 le littoral """" 3 le littoral tripo1itain rripo1itain occidental oriental
,","''''

et Cyrénaïque

8 vers le Désert Libyque
9 de Benghazi à Ptolémaïs du 10 les sites archéologiques Jabal Al-Akhdar

""""

4 le Jaba1 tripolitain 5 vers Ghadamès, la perle du désert

""''''''

11 la côte orientale de la Cyrénaïque,
tout terrain

,,,,''',

6 le Fezzan

",,'

itinéraire praticable uniquement
avec un véhicule

Itinéraires

lihyens

I

Tripolitaine
15
19 37 82 87

l'ripoU et ses environs
- J'espace d'une capitale - la découverte de la ville - autour de Tripoli Le littoral
-

tripoHtain

de Tripoli à Sabratah

89
91 Il I 113

- Sabratah - de Sabratah à la frontière Le littoral
-

tripolitain

oriental

de TripoJi à Lepcis Magna LepcisMagna, la Rome africaine de Lepcis à Misratah, par ZIiten
tripolitain

115 1J6 151
153

Le Jabal
-

le Jabal d'ouest en est..

155
163

- le Jabal du nord au sud

II

- Au Sahara

libyen
173 174 177

Ghadamès, la "perle du désert" - la route du désert libyen - Ghadamès

Au cœur du Sahara:
-

le Fezzan

191
192 195
202 208 221 230 236 241 242

du Jabal tripolitain à Sabha le pays des Garamantes
les grands ergs le Messak Setafet et ses gravures rupestres les peintures mpestres de ]a Tadrart-Akakus Jes trois capitales du Fezzan médiéval et moderne vers le volcan éteint de Waw an-Namus

-

Entre Tripolitaine et Cyrénaïque - par le littoral: le golfe de
-

par les oasis de la Jufrah
le désert .libyque

244
251

Vers
-

Ajdabiya et AwjiJah vers Koufra !a lointaine

252 260

lU

Cyrénaïque
"

De Benghazi à l'antique PtolemaÏs - Benghazi, la capitale - Barca, Ptolemaïs, Taucheira Les grands sites archéologiques du JabaIAJ.Akhdar - Cyrène : "l'Athènes africaine" ..."
- Apollonia - Qasr Libya et ses mosaïques
-

269
"...

"

270 275 285 287
315 325

byzantines
" " "

Suluntah et son rocher-autel

La côte orientale deJ2yrénaÏque
- deux sites ruraux byzantins: Ras Al-Hilal, AI-Athrun - Darnah .. - Tobrouk et les vestiges de la Seconde Guerre mondiale

327 331
333 334 336

La Libye pratique ... ... Crédit photographique Liste des figures Glossaire Index des localités et des sites

343 350 351 352 355

p. 4-5 : La médina de Ghadamès. p. 6-7 : Le théâtre de Sabratah p. 8-9 : L'erg de Mourzouk.

-----------------Jaba! ,t Dob<J1le

--- -.-.--Jaba!
At-AwaY"at ,\,

centre d'intérêt narurel préhistorique antique

1" ordre

2d ordre

cenlre d'imérêt médiéval et moderne

l''

ordre

2à ordre

contemporain musée

\-:'T'\W

site inscrit au patrimoine

mondial

par l'UNESCO

La Libye

_-

principaux

centres d'intérêt touristique

3

INVITATION AU VOYAGE
Onze itinéraires proposent une découverte des pnnClpaux d'intérêt de cet immense pays qu'est la Libye. - Quatre itinéraires concernent la TripoJltaine centres

Tous quatre peuvent s'effectuer en comme point de départ Tripoli. Les routes, exceHentes, facilitent]' accès aux sites et la découverte des campagnes les plus vivantes de la Libye. 1 - Tripoli et ses environs Un à deux jours: la capitale elle-même de découverte. nécessite une grande journée

2 - Le littoral occidental de Tripolitaine De Tripoli à la frontière tunisienne. La visite du site antique Sabratah (une demi-journée) en constitue le point fort. 3 - Le littoral oriental de Tripolitaine De Tripoli à Misratah. L'antique cité de Lepcis Magna demande, elle seule, une longue journée.

de

à

4 - La montagne tripolitaine. On peut la d'ouesienesi (en deux jours), en prévoyant des arrêts aux du Jabal Nafusah et aux mausolées antiques autour de C}hariyan et de Tarhunah ; ou bien la traverser du nord au sud, en incluant une excursion à Ghirza. - Quatre itinéraires sillonnent le Sahara libyen. en de des

Ils empruntent des routes (peu nombreuses, mais général), ou des pistes (4 x 4 obligatoires) pour l'Akakus, de la Hamada de Mourzouk, ou encore paysages de Waw An-Namus. 5 - Ghadamès, la "perle du désert". La seule visite de l'oasis (palmeraie, journée. 6 - Le Fezzan. Foisonnant, sahariens et millénaire.

vieille vine et musée)

tente d'associer la diversité des paysages des étonnants témoignages d'une histoire et visites des sites nécessitent plusieurs jours. du golfe de

7 - Relier la Ce parcours peut s'effectuer soit par la route littorale Syrte, excellente, soit par la voie intérieure très dégradée à partir de Maradah. 8 - La traversée du La longue descente Awjilah, aboutit aux

d'une ou deux heures à route du Soudan.

. Trois

itinéraires

explorent

le nord de la CyrénaIque

Les distances, sauf exception, ne sont jamais considérables, mais les trajets empruntent des routes de qualité inégale, et surtout sont jalonnés de longs arrêts consacrés aux grands sites archéologiques. 9 - La côte occidentale de Cyrénaïque. Benghazi, la capitale, et l' antiq ue Ptolémaïs constituent forts de ce trajet (une grande journée est nécessaire). les points

JO

-

Le Jabal Al-Akhdar et ses sites archéologiques (autour d'Al-

Bayda). Les grands sÎtes antiques et hyzantins, passsionnants, demandent... le temps qu'on est décidé à leur accorder! Mais deux à trois jours sont indispensables. L'attachante Cyrène exige, à elle seule, une longue journée; sa visite est inséparable de celle de son port, Apollonia. Il - La côte orientale de Cyrénaïque. Quoique plus lointaine, la cÔte orientale n'est pas à négliger, ne serait-ce que pour Jes petites églises byzantines rurales, et surtout l'émouvante évocation, à Tobrouk, de certains épisodes de la Seconde Guerre mondiale.

1'l'!'I, d'après

Slatisti",l!

Imuk

Les distances

depuis Tripoli (en km)

1!

1 TRIPOLI ET SES ENVIRONS

L'espace a b c d e

d'une capitale

p. 19

- le site - une ville antique très mal connue - Trabulus, ville arabe (643-1551) Tripoli de Barbarie (1551-1911) - de Ja ville italienne à la capitale d'aujourd'hui de la ville p. 37

2 - La découverte a b c d -

la Place Verte, le château, le musée la visite de la médina les témoignages architecturaux de la présence Jes tombeaux Qaramanli

itaJienne

3 - Autour de Tripoli a - l'espace funéraire de Gargaresh b la mosquée Sikat de Janzur c - Souq AJ-Khamis d - la mosquée Murad Agha de Tajura

p. 82

La vill

16

Tripoli

17

Capitale de la Libye, Tripoli est aussi la première vine du pays, par sa population (J 500 000 habitants), et par ses fonctions, mais une une partie de son d'une décentralisation a ministères (à l'exception de celui des Affaires Etrangères, sous la pression, dit-on, des ambassades) et les administrations centraJes dans d'autres villes grandes ou moyennes, tenes Benghazi, Misratah, Sirt, Sabha, HLU1...; ci' autre part, parce que Benghazi, à proximité des grands bassins pétroliers, et des activités qui leur sont liées (pétrochimie), a fixé nombre de bureaux d'études, d'ateliers de maintenance... Toutefois, reste le premier centre universitaire et commercial du pays. Par ailleurs, grâce à une variété de petites et moyennes entreprises dans tous les domaines (en dehors de la sidérurgie et de la pétrochimie, au demeurant hautement automatisées), une population active nombreuse y est instanée, ou se disperse dans une banlieue résidentielle très étendue: j'intense circulation qui anime la ville et ses environs, en particulier aux heures de pointe, le démontre.

Le châleau,

la Place verte el le quarrier

18

1 - L'espace d'une
a - le site
Nous conseillons de monter Mehari ou Al-Kebir, pour : Al-

Le site et les grandes lignes de apparaissent. Longtemps, le port a fait l'importance de modeste abri à l'origine, protégé des vents et courants du quelques îlots (progressivement reliés à la terre d'un oued (Je wadi AI-MJaynin) dont les deux bras colline (site de la vieille ville). Le port est étendu dimensions d'une rade, limitée à l'est (à la hauteur de l'hôtel par le môle auquel s'amarrent les ferries qui assurent les liaisons avec Malte et les ports du Maghreb (marocains en particulier), et du ProcheOrient. relativement réduite du port s'explique par le long embargo a freiné l'équipement) et par l'aménagement d'un terminal à conteneurs 10 km plus à l'ouest.

Site de Tripoli

L'espace urbanisé central présente trois aspects nettement tranchés. Au sud-ouest du vieux port, l'ensemble dense, bien délimité, aux maisons basses, de la vieille ville (la médina) que flanque la masse rose du célèbre château de Tripoli de Barbarie. De là sont parties les galéasses des corsaires qui ont fait trembler à une époque la Méditerranée, mais aussi les navires chargés d'esclaves noirs et des produits de l'Afrique sud-saharienne; c'est cette ville et son port que les voyageurs décrivaient encore si grouillants de vie, à la fin de l'époque ottomane. 19

Tripoli en 1899, vu par un voyageur
est déjà haut lorsque Tripoli nous apparaît à travers une gaze embruns de l'océan de sables qui, toujours, vient battre ses De la rade, où nous venons de jeter l'ancre, on dirait qu'une cité vient de surgir sur un ciel empourpré du soir. De ramas des neigeuses, des forteresses et des remparts, les tremblantes et minarets s'élancent en cité, en forme toute blanche, d'azur et d'or [...j. Mais avec le débarquement, déjà quelque charme s'envole [.. .1. Le navire est entouré d'embarcations d'où nous hèlent des Maltais vifs et agiles, des nègres de haute statnre aux vestes rouges soutachées d'or, des Arabes coiffés d'énormes turbans. Voici enfin l'Orient sans mélange: la viIJe aux sept minarets, l'oasis, le désert, les races noires grouiJIantes venues des profondeurs de l'Afrique, des Juifs orientaux établis là pour commercer. Et les barques à l'ancre dans le port ne sont-eJles point caractéristiques aussi? Ce sont les sakolèves grecques, les karebs africaines, les chébèques aux voiles latines. Nous prenons terre, à quai, au milieu d'un brouhaha indescriptible, nous frayant difficilement passage à travers des amas de baIlots ; mêlés à des hommes noirs demi-nus, reluisant de sueur, les oreilles ornées de boules de cuivre, bousculés, au milieu de troupeaux d'ânes, de chèvres et de chameaux. Dans la partie haute de la ville, aux rues d'une aussi repoussante malpropreté qu'aiJIeurs, et peut-être plus encore, car c'est ici un véritable cloaque où les égouts s'écoulent à ciel ouvert, empoisonnant l'air de leurs miasmes, j'ai revu des intérieurs de maisons juives semblables à cenes qui tant m'avaient charmé à Tunis [. .j. Mais à l'encontre de Tunis, les maisons sont basses à Tripoli, le patio n'a pas de revêtement de marbre et ne s'entoure point de hautes colonnades; ce sont des murail1es blanchies à la chaux qu'égaye seulement parfois une double rangée, en manière de plinthes, de faïences vernissées. Les souks ou marchés couverts de Tripoli sont sévères et sombres, leurs galeries profondes s'enchevêtrent et là dans des boutiques étroites s'entassent les étoffes les tapis d'Ouargla et du Soudan, les verroteries de Venise, d'autruche, les sparteries [... j. C'est une série d'antres mystéJieux où, sous l'oeil de marchands alanguis, miroitent discrètement les productions orientales [.. .j. C'est ici, après des journées et des mois de marche, que les caravanes de milliers de chameaux chargés des produits du Centre (de l'Afrique), alTivent au mois de Mai. On dit que Tripoli présente alors une animation extraordinaire, qu'il n'y a plus assez de fondouks pour recevoir les bêtes, ni assez de bazars pour les acheteurs. Dans les magasins mystérieux s'entassent jour et nuit les ballots de richesses venues du Soudan. Ce fourmillement d'hommes et de bêtes ne dure guère plus de deux mois car en Juillet ces mêmes caravanes chargées et de quincaillerie reprennent la voie des lointaines solitudes. G. Vuillier : Tripoli d'Occident. Voyage, tome VII, 1901. Le soleil rougeâtre: muraiIles. de rêve coupoles

20

Enveloppant la vieille ville, la ville moderne de siècle. Deux la médina: le dôme de l'hôtel AI-Mehari par années 1930. Puis vient qui associe, de façon immeubles, vastes édifices publics; hôtels, banques...) ponctuent l'espace J'ouest un ensemble de grands complexes de AI-Fatah, à l'ouest de la médina) donnent au futuri ste. L'examen d'un plan de ville montre une disposition d'ensemble de J'espace urbain selon l'image d'une main dont la paume serait la médina et les doigts les grandes artères qui ont structuré le développement récent de la capitale, et se prolongent par les principales routes sortant de Tripoli, le long desquelles se mêlent quartiers résidentiels, zones commerciales, artisanales, industrielles, reliés par un réseau de boulevards et d'autoroutes. Les quarante hectares de la médina ont été J'espace de Tripoli pendant près de vingt-cinq siècles, des origines à l'arrivée des Italiens en 1911; la viI1e comptait alors 30 000 habitants. L'occupation ininterrompue du site a modifié sans cesse l'espace urbain et ne permet pas à l'archéologie d'éclairer l'histoire de la ville aux époques lointaines.

Tripoli.

21

b

- une

ville antique très mal connue

Le site, l'histoire, l'évolution semblent rappeler ceux de Lepcis et Sabratah : autour d'un abri portuaire, une escale phénicienne puis (à partir du Ve s. avo J.-C.) le comptoir punique d' lJiat et (à partir d'Auguste) la ville romaine d'Oea. L'arrière-pays immédiat abonde en sources; le climat permet arbres fruitiers et surtout oliviers; l' huile est r un des principaux produits d'exportation du pmi. Mais de la ville elle-même on sait fort peu de chose. - C'est une vine romaine. L'arc de Marc Aurèle et Lucius Verus (seul vestige in situ) en témoigne, tout comme les nombreuses colonnes antiques qui jalonnent les rues de la médina (réutilisation, par les constructeurs arabes, des matériaux trouvés sur place). A la faveur de certaines démolitions, des éléments antiques apparaissent (ehapiteaux, colonnes, dalles...) ; un édifice public a été repéré sous château. Une enceinte protégeait peut-être la vilJe mais les fouines, conduites par les archéologues italiens, n'ont pas permis d'en fixer le tracé. La forme exacte d'Oea fait encore l'objet de discussions. Il y a tout lieu de.penser que l'extension de la cité correspondait, à peu de chose près, à celle de la médina d'aujourd'hui. La relative régularité d'une partie de la voirie de la ville musulmane (déjà notée par des voyageurs arabes du Moyen-Age) et les deux directions orthogonales qui semblent prévaloir (SEINO et NE/SO) sont, certes, imposées par la topographie de la presqu'île et l'arrivée des principales routes de l'intérieur, mais pourraient aussi reprendre les axes prépondérants de toute ville romaine (carda et decumanus). En dehors de la cité s'étendaient des nécropoles, des ateliers de potiers et quelques grandes et luxueuses villas de bord de mer, analogues à celles dégagées près
-

A l'époque

rétraction de l'espace aussi, seul le port est elle le tracé rectiligne les rues Ar-Rich et site du château. C'est,

(couvent militaire).

Tripohs

se en devient la ville arabe d'Atrabulus, 22

puis

Trabulus, eufin, après la conquête turque (1551), et pour la distinguer de son homonyme (en Syrie), également sous domination ottomane, Trabulus-al-Gbarb (Tripoli d'Occident), dite par les Européens Tripoli de Barbarie.

c - Trabulus, ville arabe
Peu de vestiges subsistent de neuf siècles de domination arabe' des matériaux de construction. renouvellement des aussi destructions entraînées par les rivalités dynastiques, tribales, doctrinales, de la ville par Qaraqus à la fin du XIIe s. (seul souvenir le Mameluk, le toponyme Gargaresh), et les assauts 10 et turc de 155l. Il faut y ajouter les modifications urbanistiques apportées par les Ottomans et les initiatives italiennes qui, pour mettre en valeur les vestiges antiques, ont sacrifié plusieurs constructions. Ce que l'on connaît de Tripoli an Moyen Age vient donc surtout des descriptions des voyageurs arabes, notamment le Tunisien Al- Tijani qui y vécut quelques années au début du XIVe s. - Tripoli prend très vite, en s'islamisant et en s'arabisant, toutes les caractéristiques d'une typique ville arabo-musulmane : un rempart pour la protéger et distinguer, en la clôturant, la société urbaine de la société rurale; un centre à la fois religieux et commercial dont les souqs spécialisés entourent la Grande Mosquée; des édifices spécifiques pour répondre aux nécessités politiques, religieuses et marchandes; enfin des quartiers où vie publique et vie privée sont soigneusement séparées par un aménagement particulier de l'espace urbain. De cette période proprement arabe, quelques mosquées subsistent (mosquées An-Naga, Kharrouba...), édifices simples à l'origine, réduits aux éléments essentiels du de coupoles multiples, mais que l'époque ottomane a souvent modifiés, complétés et décorés.
- Dans le même temps s'affirme l'importance commerciale d'une place devenue le point d'arrivée des caravanes transsahariennes, et d'un port de plus en plus actif en Méditerranée, qu'il faut équiper et protéger. En dépit d'une histoire mouvementée, les dynasties médiévales qui contrôlent, ou tentent de contrôler Tripoli, s'efforcent donc de compléter les fortifications de la ville pour assurer une meilleure protection vers la terre et, chose nouvelle, vers la mer. Un rempart protège la ville du côté du port, à l'extrême fin du VIII" s. (sous les Abbassides) ; la kasba s'individualise, devient la kelaa (site du château), centre du pouvoir et citade]]e ; là résident le gouverneur de la ville et une garnison. Les noms des trois portes de la médina

23

apparaissent au milieu du xe s. (sous les Fatimides) : à l'ouest, BabZenata ouvrant vers le pays zénète ; au sud-est, Bab-Hawwara et, vers le port, la porte de .la mer. Mais c'est surtout aux XIIIe et s. (sous les Hafsides) que les défenses terrestres se renforcent mur bas, rajouté à une dizaine de mètres à l'avant des murailles, selon un syste de défense appelé alsitara (protection) ; un fossé enveloppe l'ensemble des fortifications. Quatre kilomètres et demi d'enceinte donnent, à la médina de Tripoli, la forme générale qu'eUe conserve encore de nos jours. - De durs combats de me accompagnent !a prise de Tripoli par !es Espagnols en 1510. Ils entraînent de terrib!es destructions: la Grande Mosquée fatimide, vieille de six siècles, construite sur le modèle de celle de Kairouan, disparaît, ainsi que l'une des premières médersas du Maghreb (la médersa AI-Mustansiria, XIlIe s.) ; !a mosquée AnNaga, bon nombre de maisons et une partie des muraiUes sont fortement endommagées; la kelaa a beaucoup souffert. Durant \es quarante ans de leur présence, Espagnols et Chevaliers de Malte se préoccupent et d'adapter !a citadelle aux nouvel1es techniques de combat (artiHerie), par !a CODstruction de forts; le creusement d'un profond fossé en eau isole la kelaa de la médina. Dans le même temps, deux forts protègent le port et ses abords: près de Bab-Al-Bahr, le fort Saint-PieITe et, sur l'une des îles, le fort du Rocher (Castilleja).

d - Tripoli de Barbarie (1551/1911)
C'est aux Ottomans que la vieille ville de doit son d'aujourd'hui, et c'estaucorsaire-gouverneur Draghut qu'il revient de faire de la ville « la la formidable de l'Afrique », repaire de pirates, haut-lieu de guerre de course. - Non seulement Draghut reconstruit les murailles, les renforce et y aménage tours et boulevards, mais il surélève le plateau, au nord de la médina, en y rajoutant un fort de teITe (Bor:j-At-Trab) ; il domine les accès maritimes et renforce la protection du fort Saint-Pierre (devenu le fort Draghut). Ses successeurs poursuivent son oeuvre et établissent sur l'une des îles protégeant !e port l'énorme fort AI-Menderik ; une enceinte continue relie le chapelet d'îles à la terre. Les XVne et xvme s. marquent vraiment l'apogée des fortifications de Tripoli. La dynastie Qaramanli y apporte tous ses soins, et la pression européenne se traduit par l'édification d'un dernier fort (le fort des Français ou Borj24

Les défenses de Tripoli à l'époque ottomane

Aboulila), encore utilisé durant la Seconde Guerre mondiale pour défendre la ville. Puis, au XIXc S., les Turcs se désintéressent de ces fortifications immédiates et leur préférent quelques forteresses en dehors de la vine, à Gargaresh et Aïn-Zara. La ville commençant à déborder son enceinte, deux portes nouvelles sont ouvertes: en 1865 Bab-Djid près de Borj-Zenata, en 1909 Bab-Hurria, au sud. Les Haliens ont fait disparaître une grande partie de cette architecture militaire. 25

-

Les Turcs marquent aussi très fortement Tripoli par leurs initiatives

architecturales, tant la kelaa eUe-même que la médina. Deys ou pachas réaménagent la citadelle pour en faire une petite ville autonome avec son fossé, ses murailles, sa porte unique, ses cours, ses jardins, ses fontaines, ses portiques, ses palais, ses salles de réception, sa mosquée, ses casernements, ses prisons, ses services de toutes sortes... La kelaa devient Essayray-al-llamra, le Sérail Rouge, le fameux château de Tripoli de Barbarie. Dans la médina, les mosquées se multiplient, les anciennes se transforment. Un dey, un pacha, un riche personnage, s'efforcent de faire élever une mosquée où se déploie, dans une architecture restée très libyenne (élevant la traditionne]je couverture à coupoles multiples au rang de grand principe architectural et lui donnant ses lettres de noblesse), un luxe décoratif toDt oriental ou d'influence andalouse, tunisienne et marocaine: portes de bois sculptées d'un foisonnement végétal, stucs travaillés, murs de panneaux de faïence, jeux de marbres colorés, marquetteries lIorales... Les mosquées sont plus vastes, plus complètes (présence de la saUe d'ablutions, la midah), signalées par de hauts minarets de type ottoman (circulaires ou octogonaux) ; eUes s'adjoignent presque systématiquement, selon une tradition turque, le tombeau du fondateur et le cimetière des membres de sa famille, parfois aussi un coUège religieux (médersa). Ainsi se présentent les plus grandes mosquées de la médina: mosquée Draghut, Mohammed pacha (Chaïb AI-Aïn), Mahmud Khazandar,

Dans le Sérail rouge.

26

En haut. La mosquée Gur}i. En bas. Mir/lab et minbar de la mosquée

Gur}i.

Ahmed pacha Qaramanli, Gurgi..., mais se multiplient aussi les mes je d, petites mosquées de quartier nécessaires aux prières quotidiennes, d'une très grande simplicité d'architecture et disséminées à travers le tissu résidentiel de la médina. 27

----------------

------------

ha mosquée

libyenne

: une mosquée

à coupoles

multiples

La traditionnelle mosquée libyenne présente une originalité incontestable qui tient avant tout à son système de couverture: celui des coupoles multiples, dont la Libye est la patrie architecturale, à tel point qu'elle a pu inspirer le grand architecte turc, Sinan, lorqu'il édifia la mosquée Piyalé d'!stanbu! en 1573. Le procédé consiste à utiliser des moduJes égaux, chacun constitué de quatre coupole. ~~oc 00 bois) pour couvrir le vaste espace d'une salle de prière et, d'autre pmi, signaler sans équivoque le caractère sacré de l'édifice par une immédiatement évocatrice d'un lieusainC Le module carré à coupole dérive en effet du marabout (le Maroc et la Tripolitaine ont été, à partir des XClXlc S., les terres d'éjection du maraboutisme), petit édifice destiné à signaler le lieu où a prié, a enseigné, voire a été enterré un saint homme, reconnu pour sa piété. La mosquée libyenne juxtapose donc des séries de coupoles maraboutiques avec, à l'intérieur, suppression des murs de soutènement intennédiaires, ce qui entraîne un fractionnement de l'espace de prière en éléments à l'éche11e humaine, imprégnés d'une intimité au recueilJement, par l'impression d'isolement au sein de la foule G. Messana). Les grandes mosquées de la de Tripoli sont toutes couvertes de coupoles multiples et, en dépit de variantes (nombre de cours, présence ou non d'un enclos funéraire, d'une médersa, taille de la salle de prière, pourvue ou non de tribunes, dimensions des coupoles...), obéissent au schéma classique de ce type d'édifice. On retrouve les divers éléments destinés à répondre aux exigences de la religion musulmane; - une salle de prières, pourvue d'une niche (le mihrab) dans le mur orienté vers la Mecque (la qibla) vers 1aqueJle se tournent les jidè1es, d'une chaire à prêcher (Je minbar), parfois d'une tribune d'entrée (la seddah) ; la salle ouvre sur une (ou des) cour; - un minaret pour signaler la mosquée et permettre au muezzin de lancer l'appel à la prière;
-

un coin aux ablutions rituelles (la midha);

- un enclos funéraire (tombes du fondateur et de ses proches), turque. Toutes les mosquées n'en possèdent pas; - une médersa (collège coranique) dans les édifices les plus L'originalité et les qualités des mosquées retrouvent guère dans les modernes. Celles-ci par l'unifonnité et la banalité architecture; un parfois en façade une extérieure; une coupole disproportionnée signalant le sacré du lieu; un minaret peu ostentatoire de forme et de couleur... Des recherches plus intéressantes caractérisent certains rares édifices, tels de la mosquée Sidi Abd Al-Salam AI-Asmar à Zliten (artisans ayant travaillé à la mosquée Hassan II à Casablanca), ou encore la mosquée AIQods (la Sainte) à Tripoli.

28

DB 1999, d'apr'" M Warfdh

[I[]j [I[]j [I[]j [I[]j

salle de prière cour minaret midah (salle aux ablutions rajoutée au XVIIe s) Les éléments principaux

c::J [I[]j
@illi@!

mihrab minbar

(niche (chaire

d'orientation) it prêcher)

qibla (mur en direction de la Mecque)

entrée
d'une mosquée (mosquée fln-Naga)

Les coupoles

de la mosquée An-Naga.

29

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Commerce et guerre de course, ces deux grandes sources de revenus

it ]' époque ottomane, imposent d'autres types d'édifices. Ce sont, en premier ]jeu, les souqs, ensemble de boutiques oÙ transitent les produits d'un l'Empire ottoman, les Pays Noirs) dont Tripoli, placé it la charnière, retire d'énormes profits. Les souqs s'étalent autour des principales mosquées, mais enveloppent essentiellement la Grande Mosquée (la mosquée du vendredi) : mosquée An-Naga, puis Ahmed pacha Qaramanli depuis le XVIIIe s. Le long des parcours principaux, conduisantdes pmies au centre de la médina, s'étirent des souqs spontanés (comme le souq AI-Hakhara, marché aux épices) dont les boutiques, constituées d'anciennes pièces d'habitation transformées, s'insèrent de manière irrégulière dans le tissu urbain; ces souqs sont parfois ombragés d'une treille ou de quelques claies de bois. Mais les deys font aménager des souqs composés, réalisés d'un seul tenant pour une corporation et parfois faits de galeries couvertes. ParalJèJes ou perpendiculaires entre eux, ils se juxtaposent de manière continue. Les souq Ar-Rbaa et Al-Laffa (marché du Quart et du Tour) en sont d'excellents exemples. Les activités nobles ou it la classe dominante (parfums, bijoux, selles et babouches, ..) sont là, autour des principales mosquées, et rejettent vers les portes Jes activités de commerce quotidien, les cafés, les coiffeurs. Complémentaires entre eux, les souqs associent aussi, en une étroite relation production/distribution, la fonction artisanale à la fonction commerciale: le souq AI-Fnidga et ses ateliers de tissage, le souq alHaddada (forgerons-ferroniers), le souq En-Najara (menuisiers)... Tout ceci s'est bien estompé aujourd'hui. A l'époque turque, tout habitant de Tripoli est un caravaniers du Sud, commerçants chrétiens, arabes ou rencontrent dans les fondouqsque les deys font édifier. étroitement dans le tissu de la médina, ils servent it la fois marchands étrangers à la ville, d'abris aux animaux, marchandises et d'agences commerciales. Chaque spécialise et abrite soit les marchands en provenance d'une région (jondouq AI-Ghadamsi), soit ceux vendant le même type de produit (jondouq des parfumeurs, fondouq des orfèvres). La zone des souqs, religieuse, commerciale à ceux qui les fréquentent un le bains romai ns et l'absence privés dans les maisons, tout comme de la une pratique collective d'hygiène corporelle.

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En haut. Les souqs couverts de la médina. En bas. A.ncien fondouq restauré.

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Une permanence

architecturale:

la présence

d'une

cour intérieure

Les anciens édifices publics ou privés de Tripoli s'organisent, comme ceux de toute vine ambo-musulmane, autour d'une cour intérieure: - les mosquées, dont la cour (les cours) sert de circulation et de dégagement, voire d'oratoire extérieur, - !es médersas, ces conèges religieux où les chambres des étudiants et une petite mosquée ouvrent sur une cour centrale, bordée d'un portique à de - les jàndouqs, de plan similaire, les marchandises ou d'abris pour les animaux; - bien des zaolll"as, fondations pieuses, centres de pélerinage, de retraite, d'enseignement; - les grandes demeures privées dont les chambres étroites et longues se distribuent autour d'une cour centrale; - les bains publics que sont les hammams dont la salle de repos n'est bien souvent qu'une sorte de cour couverte sur laqueUe donnent les pièces des bains proprement dits, Depuis la rue, l'accès à la cour intérieure se fait fréquemment (médersas, hammams, maisons.,,) par une entrée coudée (la sqifa), destinée à préserver l'intimité des lieux, en interdisant tout regard indiscret. Enfin, souvent entourée de portiques à arcades, ]a cour est le Eeu privilégié où se déploie la décoration, tranchant avec la nudité des murs extérieurs, dans cette architecture intériorisée et centralisée à l'extrême. S. Santdli.

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