LA MISE EN SCENE DU DISCOURS AUDIOVISUEL

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Les technologies audiovisuelles permettent une représentation analogique fine du monde sensible. Elles induisent de ce fait une confusion fréquente entre récit et discours, d'une part, réalité et fiction, d'autre part. Il serait donc opportun d'établir une théorie pragmatique de la représentation audiovisuelle qui permette de rendre à chacun son dû : le contenu à l'événement, l'expression au narrateur et l'interprétation au spectateur.
Publié le : mercredi 1 décembre 1999
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EAN13 : 9782296402256
Nombre de pages : 138
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LA MISE EN SCENE DU DISCOURS AUDIOVISUEL

L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8603-7

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La mise en scène
du discours audiovisuel
Textes réunis et présentés par Jean-Paul Desgoutte

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Des mêmes auteurs, aux éditions de l'Harmattan

Motifs de rupture. Les figures du s1!jet en sciences humaines, François

Baudry, Bruno Bonu, Jean-Paul Desgoutte, Pascal Froissart, Martine Poupon-Buffière, Frédéric Rousseau, 1998.
Du photographique au numérique. La parenthèse indicielle dans l'histoire des images, Pierre Barboza, 1996.
L'utopie cinématographique. Essai sur l'image, le regard et le point de

vue, Jean- Paul Desgoutte,

1997.

Sommaire

Jean-Paul Desgoutte La mise en scène de l'entretien Marc Relieu La réalisation et la réception du produit télévisuel comme accomplissements Bruno Bonu Entre image et parole: le regard dans la narration et l'interaction à la télévision Pascal Froissart L'au-delà télévisuel, l'en-deçà discursif Analyse d'une émission sur la rumeur Pierre Barboza Sale tempspour la fiction, propositions au sujet d'une hyperfiction

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Priface

Le développement de 1'«interactivité en ligne» et de l'édition hypermédia, renouvelle l'intérêt de la recherche sur les problèmes de frontière entre énonciation discursive et énonciation narrative. En effet, les procédures énonciatives de représentation de l'événement aussi bien que celles qui visent à l'élaboration de fictions, tendent à intégrer le spectateur - ou son représentant putatif - dans le déroulement de 1'«histoire », qu'il s'agisse de talk-shows et de débats télévisuels ou de multimédias ludiques, documentaires ou de fiction. Cette présence active du spectateur « modèle» dans le déroulement de l'intrigue conduit l'analyste à réexaminer les statuts respectifs de l'histoire et du récit, du drame et de la mise en scène, du plateau et de la régie dans l'évolution des processus de communication. Comment déterminer ce qui du processus énonciatif procède de l'histoire et ce qui la détermine? Quelle part, réelle ou virtuelle, anticipatoire ou rétro-agissante, consciente ou inconsciente, volontaire ou involontaire, le spectateur prend-il à l'évolution du récit? Et peut-on dès à présent imaginer des moteurs narratifs autonomes qui proposeraient au lecteur/ spectateur de se déplacer à sa guise dans un univers « imprévisible» ?

J ean- Paul

Desgoutte

Jean-Paul

Desgoutte

La mise en scène de l'entretien

Interviews, entretiens, débats, talk-shows constituent une part importante des programmes de télévision. Ils se proposent pour la plupart comme des moments et des lieux d'échanges, neutres et non partisans, dont la vocation est de faciliter la diffusion des idées afin de favoriser la formation, voire l'expression, de l'opinion publique. Mais quelles sont les contraintes réelles inhérentes aux dispositifs de mise en scène et jusqu'à quel point la procédure énonciative peut-elle inférer sur le déroulement des débats, d'une part, sur leur interprétation par le spectateur d'autre part? Le présent travail se propose d'établir les bases d'une théorie pragmatique de l'entretien qui puisse faciliter l'interprétation des processus interactifs propres à la représentation audiovisuelle.

Champ sémiotique) champ sémantique
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Tout acte de communication se développe dans deux champs complémentaires: le champ référentiel,informatif ou constatif, et le champ relationnel,que l'on peut encore qualifier de performatif ou d'énonciatif. Ces deux champs correspondent aux deux fonctions canoniques du langage, la fonction de représentation ou de constat d'une part, la fonction pragmatique discursive, d'autre part. Le langage sert à la fois à décrire et à ag1r. Plus qu'opposées, ces deux fonctions sont complémentaires, voire indissociables. Il n'y a pas de récit sans discours, d'histoire sans narrateur, ni non plus de discours sans récit, de message sans contenu, de relation sans contexte. L'interpéné-

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tration du discours et du récit, du sémantique et du sémiotique, a été décrite par Émile Benveniste1 à partir d'une analyse de la subjectivité dans le langage qui met en évidence le caractère intentionnel de la production du sens. Le sens n'est pas confiné dans les lexiques virtuels des langues naturelles comme l'or des États-Unis dans les caves de Fort Knox - mais se retrempe et se métamorphose continuellement à l'usage infini du discours quotidien intersubjectif qui constitue le jeu social. C'est ainsi que les énoncés portent toujours deux valeurs de signification, un sens dénotatif, cristallisé, lexicalisé, sémiotique, qui renvoie au système de la langue, et un sens projectif, sous contexte, sémantique, qui rend compte ou qui organise l'échange intersubjectif. Cette valeur sémantique de l'énoncé n'est pas soumise à une simple intelligence de l'interlocuteur mais bien à une interprétation dont il est en définitive le seul juge.

Le discours et le récit
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Tout énoncé mêle une fonction informative, référentielle, à une fonction relationnelle, pragmatique, mais on peut distinguer les énoncésdiscursifs,à vocation pragmatique dominante, des énoncés narratifsqui manifestent une plus ou moins grande autonomie par rapport au contexte de leur énonciation. La conversationet l'entretien se déroulent dans le hic et"nunc d'un échange intersubjectif actuel, tandis que le récitse déploie dans un jeu intersubjectif dissocié, à l'intention d'un public passif ou virtuel. La chaîne verbale, constitutive du discours, se caractérise par l'alternance des points de vue propres aux locuteurs, alors que la chaîne verbale constitutive du récit se caractérise par la permanence et l'unicité du point de vue énonciatif - quelle que soit au demeurant la variété des artifices narratifs. Le discours est une concaténation de segments qui se caractérisent chacun par le locuteur qu'ils manifestent, l'information qu'ils donnent et l'intention qu'ils véhiculent, mais l'alternance des propos ne peut s'organiser et se perpétuer que si les

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acteurs s'accordent a minimo sur l'enjeu implicite de l'échange. Ils se doivent donc d'élaborer un même point de vue sur le sens de ce qui se joue. Autrement dit, l'isotopie sémantique de la conversation n'est concevable que du point de vue abstrait d'un tiers virtuel auquel chacun des interlocuteurs accepte de s'identifier.

La ponctuation

du propos

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Ce processus d'élaboration d'une cohérence sémantique se situe de façon privilégiée dans l'organisation de l'alternance des propos. Chevauchements, silences, interruptions, dénégations, etc. sont - paradoxalement - autant de procédures qui visent à pérenniser le contact dans l'assentiment de l'autre. Ces artifices, qui ordonnent et réduisent l'expression des subjectivités, sont tout à fait comparables aux procédés de narration. Les règles qui organisent le "tour de parole" sont les règles mêmes qui président à la construction de tout récit. Les segments narratifs, constitutifs du récit, rendent compte dans leur concaténation et dans leur syntaxe du processus de ponctuation propre au discours. Ils décrivent d'une part le contenu brut du discours - on parlera en ce cas de segments
référentiels

-

et ils proposent

d'autre

part une interprétation

de

la signification implicite de l'échange - et on peut parler alors de segments énonciatifs. Segments énonciatifs et segments référentiels se mêlent plus ou moins intimement dans le déroulement du récit, non sans manifester le point de vue qui leur est propre et la fonction qu'ils assument. Les segments référentiels rendent compte des points de vue internes à la diégèse, alors que les segments énonciatifs rendent compte du point de vue du narrateur, voire Je celui du lecteur ou du spectateur. Le mouvement même du récit est une oscillation permanente entre le champ de la diégèse et l'univers de l'énonciation, de même que la dynamique du discours se règle dans l'alternance des propos. La tension narrative qui entretient l'intérêt du lecteur ou du spectateur est fondamenta-

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