La mutation universitaire

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296306820
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LA MUTATION UNIVERSITAIRE
Clermont: 1948-1993

@ L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3504-1

LA MUTATION

UNIVERSITAIRE

Clermont: 1948-1993

Alain KERGOMARD

Préface de Hubert CURIEN Ancien Ministre de la Recherche

EDITIONS L'HARMATTAN 5- 7 rue de l'Ecole Polytechnique
75005 PARIS

PREFACE

Nous ne manquons pas de livres et de rapports qui analysent et jugent l'évolution de l'enseignement supérieur au cours de la seconde moitié du XXème siècle. Alain Kergomard, professeur de chimie à l'Université de ClermontFerrand, nous propose sa version des faits. elle est originale et intéressante à plus d'un titre. D'abord parce que dans le petit monde universitaire, les chimistes occupent, à mon sens, une position privilégiée. De tous les scientifiques, ils sont probablement ceux dont le succès dépend le plus directement d'une mise en relation correcte et féconde entre la structure et les propriétés de la matière. Le chimiste efficace est celui qui, parce qu'il sait analyser l'architecture intime des choses, sait aussi bâtir des molécules pour tous usages. Qui mieux qu'un chimiste pourrait donc nous parler des structures et de leur évolution, qu'elles soient moléculaires ou universitaires? Mais Alain Kergomard, chimiste distingué, a un autre titre d'authenticité lorsqu'il nous propose l'histoire de l'évolution de son Université depuis 45 ans: c'est qu'il l'a vécue activement tout au long se sa carrière. Ayant oeuvré dans toutes les instances d'évaluation et de gestion de l'Université, il nous présente avec sincérité et non sans humour son expérience de chercheur et d'enseignant clermontois. Son livre a encore un autre mérite: il nous détourne fort utilement du parisianisme qui fausse souvent la vue du paysage universitaire. Savoir comment un centre régional important pour la formation supérieure et la recherche a vécu à sa manière le cours des évènements, a pu peser

sur les réformes et les adapter à son terrain, a pris des initiatives originales, voilà qui est instructif et souvent même édifiant. Alain Kergomard ne s'érige pas en donneur de leçons. Il constate que la convivialité entre tous les acteurs intéressés à la vie universitaire, enseignants, techniciens, étudiants a permis de résoudre maint problème. Il souligne aussi la fécondité des connexions locales et régionales entre l'Université et les acteurs économiques, grandes et moyennes et même petites entreprises. Il insiste sur le devoir qui s'impose aux enseignants de s'intéresser scrupuleusement au devenir de leurs étudiants, et pas seulement à celui des forts en thème. En exergue à l'un de ses chapitres, Alain Kergomard cite une déclaration d'Yves Rocard qui fut notre maître commun à l'Ecole Normale Supérieure: "Pour faire de la recherche il faut de la naïveté, de la persévérance et beaucoup de courage". Yves Rocard était un remarquable professeur. Je suis sûr que parlant de la "naïveté", il ne pensait pas à une excessive crédulité, mais bien plutôt à la simplicité naturelle qui fait par exemple que les peintres naïfs représentent la réalité sans rechercher d'effet. Alain Kergomard ne recherche pas d'effet; il narre avec pertinence et talent une tranche d'histoire contemporaine, à l'usage de tous ceux qui s'intéressent à la construction du monde de demain.

Hubert Curien de l'Académie des Sciences Ancien Ministre de la Recherche

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INTRODUCTION

L'Université, un phénomène nouveau en France.

Des changements considérables, une mutation diraient les biologistes, ont transformé les Facultés d'avant-guerre ou de l'immédiate aprèsguerre. Au moment de l'arrivée de flots d'étudiants décuplant les effectifs en vingt ans, elles souffraient de graves inadaptations au triple point de vue:
des structures de l'enseignement de la recherche.

Au moins les deux premières font partie des causes du mouvement de mai 1968, toutes ont créé de nombreuses contradictions dont on tentera l'analyse. Par ailleurs, la modernisation exigea de l'Etat des financements importants et l'on connaît les difficultés de ce genre d'opérations. D'un point de vue chronologique, il est difficile de dissocier les trois aspects mis en cause, on a néammoins préféré les envisager séparément, une partie de ce livre étant consacrée à chacun d'eux. Les anciennes méthodes oligarchiques de gestion ont laissé la place aux structures de cogestion enseignants-étudiants définies par la loi d'orientation d'Edgar Faure après le mouvement de mai 1968. L'Université d'avant-guerre avait, à peu de choses près, un objectif unique en matière d'enseignement, la formation des enseignants. 111

L'augmentation du nombre des étudiants et les nécessités de la modernisation technique ont conduit à créer de nouvelles filières professionnelles de techniciens supérieurs et d'ingénieurs. L'augmentation du nombre d'enseignants dans les universités, la mise à jour de l'enseignement supérieur ont nécessité la création de structures de recherche modernes et d'un important investisement en personnel, en matériel et en locaux. Pour préciser les aspects de cette mutation, on aurait pu recenser les lois, décrets et autres textes ministériels en s'appuyant sur des statistiques officielles. On a préféré une autre démarche sans doute plus concrète car reflétant mieux l'impact réel des décisions gouvernementales, en particulier sur les comportements individuels. Le modèle choisi a été l'ancienne Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand, faisant actuellement partie d'une Université de taille moyenne, donc assez représentative de l'ensemble universitaire français. On a essayé de préciser l'émergence des difficultés, les réponses gouvernementales voire leur absence - et leur traduction dans la vie universitaire.

-

Plusieurs stades ont pu être observés dans la mutation universitaire:

- la grande mutation jusqu'au mouvement de mai 1968 mettant en évidence les contradictions d'une croissance mal contrôlée; - elle est suivie par une période marquée par une augmentation modérée du nombre d'étudiants; à partir de 1988, un nouvel afflux a pour conséquence la création de nouvelles filières d'enseignement.

-

Le troisième stade envisagé peut être considéré pour le moment comme le dernier de la mutation universitaire. On arrêtera donc l'analyse de ce phénomène avec le début de la deuxième cohabitation. On pourra remarquer que certaines affirn1ations et prévisions ont été contredites par la récession des toutes dernières années.

IV

TABLE DES ABREVIATIONS

ADER Association pour le Développement de l'Enseignement et de la Recherche ATOS personnel Administratif, Ouvrier et de Service BTS Brevet de Technicien Supérieur CCU Comité Consultatif des Universités CNU Comité National des Universités CSV Conseil Supérieur des Universités CEA Commissariat à l'Energie Atomique CEMAGREF Centre d'Etudes du Machinisme Agricole et des Eaux et Forêts CNAM Conservatoire National des Arts et Métiers CNES ER Conseil National de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche CNRS Centre National de la Recherche Scientifique CUST Centre Universitaire des Sciences et Techniques DEA Diplôme d'Etudes Approfondies DESS Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées DEUG Diplôme d'Etudes Universitaires Générales DRED Direction de la Recherche et des Etudes Doctorales DRME Direction des Recherches et Moyens d'Essais DUT Diplôme Universitaire de Technologie ENGREF Ecole National du Génie Rural et des Eaux et Forêts ENSI Ecole Nationale Supérieure d'Ingénieurs FEN Fédération de l'Education Nationale INAG Institut National d'Astronomie et de Géophysique IN2P3 Institut National de la Physique Nucléaire et de la Physique des Particules INRA Institut National de la Recherche Agronomique INSA Institut National des Sciences Appliquées INSERM Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale IPES Instituts de Préparation à l'Enseignement Supérieur v

IT A Ingénieurs, Techniciens, Administratifs IUP Institut Universitaire Professionnalisés IUT Institut Universitaire de Technologie MIAGE Maîtrise d'Informatique Appliquée à la Gestion des Entreprises MST Maîtrise des Sciences et Techniques SNCS Syndicat National de la Recherche Scientifique SNESup Syndicat National de l'Enseignement Supérieur STS Section de Technicien Supérieur UER Unité d'Enseignement et de Recherche UFR Unité de Formation et de Recherche UNEF-ID Union Nationale des Etudiants de France- Indépendante et Démocratique

VI

PREMIERE PARTIE LES STRUCTURES

"La démocratie est le pire des systèmes, à l'exception de tous les autres. " Maxime attribuée à Winston Churchill

Les Français ont, paraît-il, une mentalité de notaires, un texte écrit étant censé résoudre tous les problèmes. Après mai 1968, les statuts des Universités, UER, etc ont été rédigés avec une grande passion, beaucoup de temps a été consacré à cette occupation. Il s'agissait d'une modernisation indispensable mais d'une importance secondaire par rapport aux problèmes posés par la mutation universitaire.

1- L'UNIVERSITAIRE

PRIMITIF

SYMPHONIE PASTORALE Premier Mouvement: Eveil d'impressions agréables en arrivant à la campagne. Ludwig van Beethoven

Cette espèce, avec son genre de vie et ses coutumes, a aujourd'hui pratiquement dispam mais quelques témoins subsistent encore.

Les premiers habitats universitaires clermontois
A Clermont vers 1950, existaient une Faculté des Sciences et une Faculté des Lettres depuis la fondation de l'Université en 1854. Le centenaire fut célébré en grande pompe sous la haute présidence du Ministre de l'Education Nationale de l'époque, André Marie. L'Ecole de plein exercice de Médecine et de Pharmacie était devenue Faculté mixte de Médecine et de Pharmacie en 1945 1. Une Ecole Dentaire appamt en 1957 en même temps qu'une Faculté libre de Droit et de Sciences Economiques transfonnée en Faculté de plein exercice en 19592. Enfin la Faculté des Lettres rajouta les Sciences Humaines à son intitulé en 195~. L'Institut Industriel et Commercial du Centre de la France avait été fondé en 1911 à l'initiative de la Chambre de Commerce de Clermont. En 1918, il fut réuni à l'Université sous le nom d'Institut de Chimie et de Technologie Industrielles. Rattaché en 1930 à la Faculté des Sciences, il devint Ecole Nationale Supérieure de Chimie en 1961, transformé ainsi en composante indépendante de la Faculté au sein de l'Université. En dehors de l'Université. existaient aussi une Ecole de Notariat et une Ecole Supérieure de Commerce. Point important pendant la guerre, l'Université de Clermont avait hébergé l'Université de Strasbourg. Parmi les enseignants de Strasbourg à cette époque, on peut citer Louis Néel, futur Prix Nobel de Physique en 1970, parti rapidement pour Grenoble et Philippe L'Héritier parti lui à Paris après la guerre pour fonder un laboratoire de génétique avant de revenir à Clermont en 1967. La Faculté de Strasbourg 3

repliée à Clermont subit la répression allemande le 25 novembre 1943, avec l'arrestation et la déportation de professeurs et d'étudiants, l'assassinat du professeur Paul Collomp dans les locaux même des Facultés. Parmi les figures marquantes "de passage" à Clermont avant la guerre: le mathématicien Mandelbrojt déjà en fonction en 1930, nommé au Collège de France en 1939, Alfred Kastler 3, futur prix Nobel de Physique en 1966, Yves Rocard (père de Michel), futur directeur des laboratoires de physique de l'Ecole Normale Supérieure et qui fut plus tard un des pères de la bombe atomique française. Pendant la guerre, Pierre Jacquinot, futur directeur du CNRS de 1962 à 1966, resta quelques années à Clermont comme, après la guerre, Jean-Claude Pecker, futur professeur d'Astrophysique au Collège de France.

Les Coutumes Ancestrales
La tenue d'apparat des univcrsitaires, vraisemblablement d'origine napoléonielme et bien abandonnée aujourd'hui, comprenait une toge dont la couleur variait selon la spécialité. Les scientifiques, les médecins et les juristes avaient chacun un rouge différent, la toge des littéraires était jaune. Les derniers éléments du costume étaient une toque et l'épitoge, bande dépliée sur l'épaule comportant trois rangs d'hernline correspondant chacun à un des grades universitaires: le baccalauréat, la licence et la thèse d'Etat. Les évènements de 1968 ont porté un coup à ces traditions, mais, il n'y a pas encore si longtemps, les juristes clermontois faisaient leur cours en robe. Le port de la robe pour les soutenances de thèses a égaIement résisté un certain temps. En certains endroits et quelqucs Facultés, le cours était annoncé solennellement soit par un appariteur soit par un assistant entré dans l'amphithéâtre avant le professeur. En certains lieux également, le préposé à cette tâche effaçait le tableau noir, il eût été impensable que le Maître s'abaissât à cette besogne subalterne. Les étudiants se levaient à l'entrée du professeur, cette petite cérémonie a complètement disparu en 1968, mais, signe avant-coureur, les étudiants se levaient de moins en moins depuis quelques temps déjà.

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l'universitaire

primitif 1

Organisation sociale
Les Facultés étaient organisées d'une manière oligarchique autour du corps professoral. Un maître de conférences (vieux style) nouvellement nommé dans une Faculté était promu professeur sans chaire après .quelques années. Ce titre purement honorifique lui conférait le droit de participer aux Conseils de Faculté, mais du point de vue indiciaire, il restait maître de conférences avec les avancements prévus dans les textes tant qu'il n'était pas promu professeur titulaire. Les Facultés possédaient un certain nombre de chaires, elles pouvaient éventuellement en obtenir de nouvelles après négociations avec le ministère. Quand une chaire était libre, des maîtres de conférences - ou professeurs sans chaire - pouvaient postuler et franchir la barrière de la titularisation. Ce système avait entraîné des retards de carrière jugés excessifs, des maîtres de conférences (ou professeurs sans chaire) auraient dû attendre trop longtemps la vacance d'une chaire, le ministère avait institué la titularisation à titre personnel. Conséquence curieuse du double système de titularisation, un titulaire de chaire de province pouvait se porter candidat sur une maîtrise de conférences parisienne, phénomène assez courant à une certaine époque. Il était alors rétrogradé ce qui n'était pas le cas d'un titulaire à titre personnel qui s'en allait avec son titre. En principe les organismes de décision étaient les Conseils et Assemblées de Faculté. Les premiers, composés des seuls professeurs titulaires et professeurs sans chaire, avaient la charge du budget et des présentations au Comité Consultatif des Universités pour les promotions ou nominations. Les Assemblées de Faculté comprenant aussi les maîtres de conférences s'occupaient essentiellement des problèmes pédagogiques. Un temps relativement important, on peut le. constater à la lecture des proces-verbaux, y était consacré aux problèmes de l'Enseignement Secondaire et à l'organisation voire aux réformes du baccalauréat. Une des prérogatives importantes des Assemblées de Faculté était "élection. du doyen et des représentants au Conseil de l'Université. Elu par ses pairs, le doyen administrait la Faculté au jour le jour, théoriquement en suivant les décisions des Conseils et Assemblées. Il était assisté dans sa charge par un ou deux assesseurs, choisis par lui avec accord des Assemblées. En fait cette administration, par la connais5

sance des dossiers et des informations officielles, donnait plus de pouvoir que la théorie ne le prévoyait. Les prérogatives des titulaires de chaire ont-elles jamais été vraiment explicitées dans des textes? En ce qui concerne la Chimie, il y avait trois titulaires et, personnellement, maître de conférences à mon arrivée, j'étais rattaché à la chaire de René Rambaud. En 1955 4 l'Assemblée de Faculté décidait que les crédits de recherche pour la chimie seraient partagés entre les trois professeurs titulaires, à charge pour eux, soit d'en distribuer une partie aux maîtres de conférences, soit de subvenir à leurs besoins. Le corps enseignant comprenait aussi les chefs de travaux et les assistants. Les chefs de travaux avaient la responsabilité des travaux pratiques. les TP. les assistants les aidaient en suivant les étudiants pendant les séances. En plus les assistants faisaient éventuellement des démonstrations pendant les cours. Cette pratique se perdit par la suite. Les chefs de travaux avaient un représentant unique à l'Assemblée de Faculté, et encore seulement à titre consultatif, en quelque sorte une faveur de politesse. Ni assistants ni étudiants n'avaient voix au chapitre. Il n'y avait véritablement de pouvoir que professoral. Ces problèmes de hiérarchie, sans doute complexes, n'ont jamais été très bien compris par les étudiants. Syndicats A Clennont dès la fin de la guerre, un syndicat pratiquement unique, le Syndicat Autonome des Facultés des Sciences tenait ses réunions après celles des Conseils et Assemblées de Faculté. Le doyen qui présidait levait la séance et, immédiatement, le responsable du syndicat autonome. à l'époque Raymond Hovasse professeur de zoologie et assesseur du doyen, ouvrait la séance du syndicat. Cette suspension de séancc très théorique n'a peut-être même pas toujours été bien observée. Ainsi Ie procès-verbal du Conseil de Faculté du 19 décembre 1953 rapporte à l'ordre du jour une question syndicale. Il s'agissait d'un syndicat bien-pensant pas spécialement contestataire, loin s'en faut. C'était plutôt une amicale des professeurs, libéralement ouverte aux autres catégories d'enseignants.

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l'universitaire primitif J A la même époque commençait à se développer le Syndicat National de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, le SNESRS affilié à la FEN (Fédération de l'Education Nationale) et regroupant les enseignants du supérieur et les chercheurs du CNRS. C'était un vrai syndicat dans la tradition des syndicats ouvriers. Les chercheurs du CNRS, syndiqués au SNESRS, d'un âge moyen peu élevé ne se sentaient pas à leur aise sur les strapontins généreusement accordés par de Sages Universitaires; en mars 1956 ils fondèrent le SNCS 5, Syndicat National des Chercheurs Scientifiques, les enseignants, de leur côté, ayant créé le SNESup, le Syndicat National de l'Enseignement Supérieur, qui eut son heure de célébrité en mai 68. A l'origine, SNESup et SNCS faisaient partie de la FEN. A Clennont donc nous avons fonné une section syndicale du SNESRS comprenant au début un assistant, un chef de travaux, un maître de conférences et un professeur. Par la suite la section syndicale clermontoise connut un certain succès. Nous avions commencé à sortir de la salle de réunion - la salle des Actes - dès la fin des Assemblées puisque la délibération du Syndicat Autonome ne nous concernait pas. La forte croissance du SNESup fut un phénomène général, portant surtout sur la catégorie des assistants et chefs de travaux. Elle traduisait donc une lutte catégorielle, mais aussi une certaine politisation même si celle-ci était loin d'être générale. A sa façon Alain Devaquet, éphémère Ministre des Universités, décrivait plus tard 6 la situation en ces tennes: "Ou l'on s'inscrit au SNESup, et là l'imprégnation communiste est forte, ou 1'011 adhère au Syndicat Autonome, et c'est souvent plus pour marquer son opposition au SNESup que par réelle affinité avec le Syndicat Autonome. Bien entendu, cet engagement munnuré laisse toute latitude aux plus détenninés qui s'emparent des leviers de commande."

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2- LE PREMIER CHOC ETUDIANT, LA PERIODE DE GRANDE MUTATION (1950-1968)
SYMPHONIE PASTORALE Troisième Mouvement: Joyeuse réunion de paysans Ludwig van Beethoven

L'augmentation des effectifs étudiants dans les universités est un évènement considérable de l'après-guerre. C'est le phénomène qui a déclenché la mutation universitaire. La Faculté patriarcale d'avant 1950 avec 400 étudiants et 40 enseignants va laisser la place à une véritable entreprise d'enseignement et de recherche avec près de 4000 étudiants et plus de 200 enseignants, sans compter les chercheurs du CNRS et le personnel non enseignant.

Augmentation

des effectifs étudiants

Les données concernant les effectifs étudiants à la Faculté des Sciences de Clermont sont présentées dans un tableau 1. L'encadré cidessous résume l'évolution des effectifs.
Evolution Année des effectifs étudiants à la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand Naissances Effectifs Facteur multiplicatif par rapport à 1948 en milliers

19352 1948 1954 1960 1968

380 380 953 1971 3601

2,5 5,2 9,5

(par année) 750 (1930) 630 (1936) 573 (1942) 858 (1950)

Les chiffres parlent d'eux-même, la progression a été d'un facteur 5 en 12 an's et de près de 10 en 20 ans. Après une telle augmentation, il ne faut pas s'étonner si, dans des projections faites vers 1960, on prévoyait 8000 étudiants en 1975.Cependant la progression s'est ralentie, elle n'atteignait pas 2 (1,82) entre 1960 et 1968. 9

Les nombres d'étudiants présentés ici concernent la Faculté des Sciences de Clermont, ils ne sont pas exceptionnels par rapport à l'ensemble du territoire national. La commission du bilan 3 donne comme nombre total d'étudiants en France: 233.000 en 1960 575.000 en 1968. En huit ans, le facteur multiplicatif a donc atteint 2,58 pour toute la France au lieu de 1,82 pour la Faculté des Sciences de Clermont. Il y a bien eu une augmentation générale mais aussi une différence du rytlune pouvant sans doute être attribuée à la différence de nature des flux concernés, les étudiants de toutes disciplines d'un côté, les étudiants scientifiques de l'autre. Une question est quelquefois posée au sujet de l'incidence de la démographie sur l'augmentation du nombre des étudiants. Un tableau 4 donne les nombre de naissances en France de 1930 à 1950. Les enfants nés en 1930 sont devenus, en moyenne, étudiants à l'Université en 1948, ceux nés en 1950, le sont devenus en 1968. La grande augmentation des effectifs étudiants observée entre 1948 et 1960 correspond par conséquent aux naissances intervenues entre 1930 et 1942, or celles-ci ont baissé pendant cette période. Les années de forte natalité ont commencé en 1946 et se sont répercutées sur les flux étudiants à partir de 1954. Il n'est donc pas possible de voir un lien de cause à effet entre la démographie et la mutation universitaire. Il s'agit, selon la tern1inologie moderne, d'un phénomène de société. Dans le rapport déjà cité3, Laurent Schwartz médaille Fields, équivalent du prix Nobel pour les mathématiques, écrit: a... bouleversé l'enseignement supérieur à partir de 1963 ... '" et
surtout de 66 à 68". "La vague démographique dûe au baby-boom d'après 1945

L'auteur contredit lui-même cette thèse dans une note de la page suivante:
"Le baby-boom a augmenté chaque classe d'âge de 30%, mais le nombre d'étudiants a quadruplé de 1960 à 1980, la vague

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démographique

le premier choc étudiant 2 est donc secondaire par rapport aux autres

causes" . Le même auteur 5 voit également un phénomène de société dans la "transformation de l'Université française en Université de masse":
"Cet accroissement très rapide est dû pour une très large part à l'afflux d'étudiants venus des classes moyennes".

Augmentation

des effectifs enseignants

La croissance rapide du nombre des étudiants a posé tout à la fois des problèmes de nombre d'enseignants, de locaux et d'adaptation des enseignements. Le tableau 2 6 donne pour la Faculté des Sciences de Clermont et pour chaque année à partir de 1962 le nombre d'enseignants de rang B* et ceux de rang A**. Un encadré permet d'en voir les données essentielles. Evolution du personnel enseignant de 1955 à 1967 Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand Total BfA nombre d'étudiants par enseignant 1,4 41 23 2, I 20 96 3,4 16 219

1955 1960 1967

En six ans, de 1955 à 1960, les effectifs enseignants ont fait plus que doubler, de 1955 à 1966 ils ont été multipliés par plus de 5. Vingt nouveaux maîtres de conférences ont été nommés entre 1958 et 1962 alors qu'en 1953 on comptait seulement 17 professeurs et maîtres de conférences. Autre caractéristique de cet accroissement important des effectifs enseignants, le rapport du nombre-des enseignants de rang B à celui des enseignants de rang A augmentait de 1,4 à 2 en 1959 pour dépasser 3 en 1966.
8* Cht:ls de travaux -puis Maîtres-Assistants et Assistants A ** Professcurs d Maitres de Conférences Il

Un calcul simple explique ce phénomène. Un professeur peut donner un cours à 200 étudiants, voire à beaucoup plus suivant la taille de l'amphithéâtre. Arrêtons-nous au nombre de 250. L'accroissement du nombre des étudiants ne nécessite pas d'augmentation parallèle de celui des professeurs tant que cette limite des 250 n'est pas atteinte. La situation est différente pour les travaux pratiques où les étudiants doivent faire des expériences. Un taux d'encadrement plus important est alors nécessaire et on dojt compter avec des tranches d'étudiants de 20 à 30. n faut donc créer des postes d'assistants et maîtres-assistants. Une évolution analogue a été observée dans l'ensemble de la France? Entre 1960 et 1967, le nombre d'enseignants du supérieur est passé de JO.015 à 26.166. Le rapport du nombre d'enseignants du cadre B à ceux du cadre A est passé de 1,28 à 2,66.

Difficultés en germe
L'accroissement impressionnant des effectifs enseignants portait en lui quelques difficultés à prévoir avec l'écrasement de la pyramide hiérarchique L'espérance de promotion des assistants vers le corps très convoité des professeurs, devenait de plus en plus faible, d'autant que l'âge moyen des dits professeurs était peu élevé. Plus tard, les gouvernements durent s'occuper de ce problème. En attendant, chaque assistant et maître-assistant portait "dans sa giberne" l'espoir d'être promu maître de conférences après la soutenance d'une thèse d'Etat. n fallait donc entreprendre un travail de recherche en laboratoires. Or ceux-ci commençaient à peine à surgir et à fonctionner ce qui entraînait des retards pour le développement de l'activité de recherche, sources de difficultés et de rancoeurs. Des assistants de l'époque ne réussirent pas à trouver les conditions pour débuter un travail de recherche. D'autres s'aperçurent avec le temps que, dans le meilleur des cas même avec une thèse, la promotion espérée était loin d'être automatique. Du côté des maîtres de conférences nouvellement arrivés, la constnrction de locaux de recherche était une condition nécessaire pour fonder un laboratoire. Contrairement aux assistants, ils avaient déjà obtenu leur bâton de maréchal, mais la plupart voulait progresser pour se faire reconnaître par leurs pairs. Pour eux aussi les promotions passaient par des succès dans l'activité de recherche. Les retards dans les 12

le premier choc étudiant 2 constructions les affectaient directement et ils en rendaient facilement responsables les doyens en place ou la génération précédente.

Enjeux
Pendant cette période, avec plus ou moins de retard suivant les universités, de vastes locaux ont été construits, des laboratoires de recherche modernes ont été créés avec des chercheurs compétents et un matériel souvent important. La mutation correspondante a-t-elle été dirigée ou a-t-elle seulement répondu à la demande croissante sans que les objectifs et les moyens à mettre en oeuvre soient définis'?
C'est selon.

Un exemple significatif et souvent cité est celui de Grenoble. Louis Néel y fit venir Louis Weil (1914-]968), le futur doyen de la Faculté des Sciences. A eux deux, ils réalisèrent de grands projets. Louis Néel fit accepter par le CEA la création d'un centre d'énergie atomique, le CENG, Centre d'Etudes Nucléaires de Grenoble. Louis Weil recruta aussi des jeunes scientifiques de talent et fit créer par le CNRS quelques laboratoires propres (directement gérés par cet organisme). Il mit au point un programme de constructions commençant par l'achat de terrains sans valeur au sud de l'Isère. Cet exemple dévoile sans doute quelques carences de Clermont concernant, en particulier, des opérations de "science lourde" avec des laboratoires propres du CNRS. Nos doyens dynamiques et conscients des nouveaux problèmes sont arrivés trop tard. Ils eurent seulement à gérer ou à redresser une situation. Celle-ci était loin d'être catastrophique. Il y avait des atouts à exploiter, mais il n'étaient pas le fruit d'un "grand dessein".

Bâtiments: un premier plan rapidement insuffisant
On ne risque pas de l'ignorer aujourd'hui, l'affiux d'étudiants pose d'importants problèmes de locaux. Ce fut le cas, à Clermont et dans toute la France avant] 968, après le premier choc étudiant. Les problèmes de locaux ont eu leur influence sur le choix des doyens et Emmanucl Dubois (1895-1973) en fut la première victime. Il avait, en 13

effet, préparé le premier plan de développement qui se révéla rapidement insuffisant.

Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure (1916), Emmanuel Dubois avait été élu doyen à l'âge de 38 ans en 19348. Doyen au début de la guerre, son laboratoire fut un des 139 laboratoires universitaires mobilisés 9. Il se réfugia à Alger fin 1942, semble-t-il à la suite d'une dénonciation. Il y aurait été pressenti par de Gaulle pour être ministre de l'Education Nationale dans un des gouvernements provisoires. Il revint à Clermont en 1944 et fut réélu doyen. Emmanuel Dubois fut vice-président du Comité Consultatif des Universités, organisme de gestion des personnels ensei-

gnants* . Il attachait beaucoup d'importanceaux problèmes d'enseignement, il s'intéressait moins à la recherche, et le développement des laboratoires de recherche de physique s'est fait en dehors de lui.
En 1953, les locaux de la Faculté des Sciences provenaient d'un ancien casernement militaire de l'Avenue Carnot transformé en 1935. Il y avait là toute la Faculté des Lettres et, pour la Faculté des Sciences, les services de mathématiques, de physique et de chimie. Enfin, un ancien manège abritait la bibliothèque et hébergeait un restaurant universitaire. A côté on avait aussi construit une cité. Les services des Sciences Naturelles - terme vieilli, mais en cours à l'époque se trouvaient avenue Vercingétorix, dans l'actuel rectorat datant de 1864.

-

La réalisation du plan de construction mis au point par Emmanuel Dubois commença entre 1950 et 1964. Un terrain de moins de 2 hectares avait été acheté dans un quartier proche des deux autres implantations scientifiques. Le bâtiment de géologie y fut construit et terminé en 1960, et celui de botanique en 1964. Un dernier bâtiment aurait dû abriter la zoologie, mais de nouveaux projets plus ambitieux arrêtèrent son exécution. Les locaux de la physique étaient eux aussi trop exigus. Selon le plan préétabli on construisit de nouveaux bâtiments avenue Carnot. Quelques opérations ponctuelles purent aussi être entreprises. Pour la chimie, la surélévation d'un étage fut accordée (crédits début 1961), essentiellement pour des locaux de recherche.
* voir chapitre 7

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le premier choc étudiant 2 Des élections décanales eurent lieu au début de 1955, elles se déroulaient régulièrement tous les trois ans 10.

Des jeunes collègues ayant fait campagne contre le doyen en place, avaient trouvé un candidat mathématicien, lui aussi normalien. Celui-ci hésitait toutefois à déclarer sa candidature. Les problèmes de locaux étaient mis en avant dans cette opération, déjà de nouvelles Facultés étaient construites ou en voie de l'être un peu dans toute la France, et on le savait. Hubert Delange, le candidat non déclaré, fut élu au premier tour avec 10 voix. Cette péripétie n'était-elle pas le fait de la mutation universitaire en cours? Les jeunes turcs arrivés depuis quelques années étaient assez déterminés, assez remuants pour avoir du poids dans l'Assemblée de Faculté. Leurs arguments développés dans l'ombre avaient trouvé un écho. Le nouveau jeune doyen eut à poursuivre l'exécution du "plan Dubois" pour les constructions considéré comme largement insuffisant dès 1957. Il fut réélu en 1957. En 1958, il fut nommé sur un poste de la nouvelle Faculté d'Orsay. A la suite de son départ, en octobre 1958, de nouvelles élections eurent lieu. Le nouveau doyen fut Paul Remy-Genneté, il était âgé de 65 ans, par conséquent à 5 ans de la retraite, encore à 70 ans. Il se définissait lui-même comme un doyen de transition. L'Assemblée accepta d'élire Emmanuel Dubois comme assesseur. Peur rétrospective, peut-être aussi, après le meurtre du père. Paul Remy était réélu en octobre 1961 avec quelques abstentions probablement dues au reproche suggéré par lui-même "de n'avoir pas fait sortir de terre les constructions tant attendues". Après son élection, Paul Remy demanda qu'un poste de deuxième assesseur soit réservé à Maurice Roques, chargé de s'occuper plus particulièrement des constructions. Celui-ci fut élu assesseur le 26 juin 196 L puis doyen en 1964. Il fit part à cette occasion de son souhait de voir les bâtiments sortis de terre avant la fin de son décanat. Son souhait fut partiellement exaucé, avec un certain retard. 15

Maurice Roques (né en 1911), géologue, est certainement une personnalité de la Faculté ayant le plus apporté à son renom. Pour assesseur il choisit Jean Saurel qui lui succéda effectivement sans surprise en 1967.

Un plan pour un vaste campus: les Cézeaux
Dès 1957 Il Maurice Roques avait annonçé l'insuffisance des locaux de géologie et de botanique, il avait proposé l'achat d'un vaste campus. Dans son esprit, seule cette solution pouvait permettre l'expansion normale de la Faculté et l'implantation de locaux ou laboratoires non universitaires, utiles à son développement. D'après les statistiques, pour l'ensemble des étudiants scientifiques, on envisageait, on J'a vu, 8000 étudiants en 1975, prévision qui servit de base de travail dans les plans pédagogiques fournis au ministère. Après quelques contacts, l'emplacement choisi fut le plateau des Cézeaux dans la commune d'Aubière limitrophe de Clermont. Soixantehuit hectares furent réservés pour la Faculté et 15 millions inscrits au budget de l'Etat pour 1963. Les perspectives d'avenir paraissaient favorables, le présent l'était beaucoup moins. Le retard pris depuis des années entraînait des difficultés considérables, en particulier pour les locaux d'enseignement. L'afflux croissant des étudiants se manifestait surtout dans le premier cycle (premières années). Un exemple significatif était celui des effectifs d'étudiants pour les premières années de deux seulement de ces filières, MGP (mathématiques générales, physique) et MPC (mathématiques, physique, chimie): 1959-1960 1960-1961 1961-1962 MOP 266 296 450 MPC 250 350 500.

En attendant, il fallait dédoubler les sections, les amphithéâtres étant trop petits. En 1964, le ministère admettait que la situation était particulièrement délicate à Clermont il mit en place un plan de détresse. Dans un quartier pas trop éloigné des locaux de la Faculté, on utilisa un ancien dépôt d'autorails de la SNCF appelé la Rotonde. La mise en 16

le premier choc étudiant 2 état fut terminée en 1964 et ces nouveaux locaux entrèrent en service en octobre. Enfin, le plan de détresse fut complété par la construction de baraquements préfabriqués pour la chimie, sur le terrain de l'avenue Carnot. Cependant la construction des Cézeaux tardait. Le terrain comprenait 1100 parcelles, en particulier de nombreux petits lopins de vigne, appartenant à environ 400 propriétaires. Enfin, un grand émoi fut suscité par les convoitises d'autres Facultés sur les terrains des Cézeaux. Le 13 novembre 1965, contrairement à l'habitude, l'assesseur du doyen, Jean Saurel, présidait l'Assemblée de Faculté et donnait la parole au doyen, Maurice Roques. Celui-ci rappelait les premières décisions relatives aux Cézeaux et les promesses du Ministère. 44 hectares avaient été primitivement promis pour la Faculté des Sciences regroupée et pour l'Ecole de Chimie. Dans son esprit, les 27 hectares restant étaient destinés à des établissements scientifiques nouveaux. Sur cette superficie, 15 avaient déjà été prélevés pour des terrains de sport, 5 autres pour un restaurant et deux cités universitaires. Restaient donc 7 hectares. Or ceux-ci n'étaient plus expressément réservés pour la Faculté des Sciences, le décret d'utilité publique prévoyait leur utilisation pour les installations sportives de la Faculté de Médecine. Dans ces conditions, le doyen avait remis sa démission au Directeur des Enseignements Supérieurs. Les deux assesseurs en faisaient autant, puis les deux représentants au Conseil de l'Université de Clermont. L'Assemblée de la Faculté se solidarisait et décidait une manifestation le mercredi 17 novembre. Ce fut un cortège de plus de 1000 personnes, enseignants et étudiants, précédés de 4 professeurs en robe. Le calme jusqu'au rectorat fut impressionnant. Le lendemain, la Montagne parlait d'un "long cortège" qui avait traversé les rues "dans le calme et la dignité". Sous un gros titre, elle précisait: "pour préserver les possibilités d'extention de la future Faculté." Finalement le doyen, ayant été reçu par le Directeur de cabinet du Ministre de l'Education Nationale, Christian Fouchet, et ayant obtenu des assurances reprit sa démission et la préparation des travaux reprit son cours nornlal.

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Le 13 octobre 1967, c'était la pose de la première pierre et le Premier Ministre, Georges Pompidou, vint à Clermont flanqué de son Ministre de l'Education Nationale Alain Peyrefitte (depuis avril 1967). Georges Pompidou inaugura le nouveau viaduc Saint-Jacques, la Faculté des Lettres, la Faculté de Droit et l'Ecole des Impôts, cette dernière cadeau à l'Auvergne d'un ministre des finances nommé Giscard d'Estaing. En fin de matinée, le cortège officiel monta aux Cézeaux et le Premier Ministre prit la truelle. Il serra encore quelques mains et Pierre Aigrain, le Directeur des Enseignements Supérieurs, lui aussi du voyage félicitait le doyen Jean Saurel en lui souhaitant beaucoup de courage pour la suite des opérations qui s'annonçaient pénibles Au moment où la OS noire officielle quittait le terrain, on vit un homme portant un chapeau mou s'approcher et saluer le Premier Ministre "au nom de tous les habitants du quartier". C'était Fernand Raynaud, l'illustre fantaisiste auvergnat, il fut aussitôt très entouré et dut se plier à la cérémonie des autographes. Manifestement sa popularité était supérieure à celle du Premier Ministre. Les premiers bâtiments des Cézeaux, ceux de l'IUT et du Centre de Calcul. furent livrés en octobre 1968, les autres suivirent à partir de 1970.

Refus de la cogestion
Cette période de mutation et de construction, à tous les sens du terme, vit peu de changements dans les structures de décision. Elles étaient caractérisées par le pouvoir des professeurs (et maîtres de conférences). Ceux-ci eurent du mal à admettre le partage des responsabilités avec les autres enseignants et, encore plus, avec les étudiants. Ce fut certainement une des causes du mouvement de mai 1968. L'émergence des problèmes apparaît à la lecture des procès-verbaux des diverses assemblées. Il fut question d'admettre les étudiants dans les Assemblées dès 1957. Au ministère, on estimait possible une représentation à l'Assemblée de Faculté à raison de 2 étudiants élus au scrutin de liste. Ceux-ci auraient voix délibérative sauf pour les questions de personnes. Le 8 juillet suivant, une lettre du Ministre de l'Education Nationale, alors René Billères, sur le même sujet, fit l'objet d'une discussion:

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