LA NATION RÉPUBLICAINE POUR L'EUROPE DES CITOYENS

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Liberté Égalité fraternité : jamais le triptyque républicain n'aura pesé aussi lourd dans le débat de société. C'est à la fondation d'une nouvelle république qu'appellent les auteurs, plus proche du citoyen, et qui oppose l'éthique républicaine à l'ordre moral avec des hommes d'honneur et de convictions. L'Europe des hommes reste à construire. Elle peut être le nouvel espace de la Nation républicaine.
Publié le : samedi 1 mai 1999
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EAN13 : 9782296387744
Nombre de pages : 168
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LA NATION POUR L'EUROPE

RÉPUBLICAINE DES CITOYENS

@ L'Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-7846-8

Yves DURAND

Roger VICOT

LA NATION REPUBLICAINE POUR L'EUROPE DES CITOYENS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

INTRODUCTION

"Solutions pour une petite planète" : le slogan publicitaire que la multinationale informatique IBM lançait il y a quelques mois paraît plus que jamais justifié et évident. Eh oui, notre planète est petite, ou plutôt devient de plus en plus petite. Le monde s'unifie, se réduit chaque jour davantage pour devenir, finalement, ce village planétaire que nous promettait McLuhan il y a bien longtemps déjà. Il est bien loin le temps où faire le tour du monde en 80 jours était considéré comme un exploit! Phileas Fogg, aujourd'hui, apparaîtrait au mieux comme un sympathique aventurier utopiste (l'un de ceux-là a d'ailleurs tenté récemment de refaire, vainement, cette grande balade en montgolfière), et au pire comme un simple d'esprit, voire un attardé. Mais ce phénomène de rétrécissement, de contraction de 11

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l'espace, ne touche pas, loin s'en faut, que le domaine des transports terrestres ou aériens. On le sait, on le sent, on le voit et le constate chaque jour les communications, toutes les communications, tous les types de communications sont touchés et constituent le champ d'action de la "mondialisation". Ca y est! Le mot est lâché: mon-dia-li-sa-tion ! C'est peu dire qu'il est à la mode, ressassé à en perdre haleine et à en perdre aussi son sens, tant il est employé à n'importe quelle sauce, pimentée parfois, aigre-douce souvent. La sauce économique, d'abord. Le capitalisme a su depuis bien longtemps dépasser les frontières dans sa propre organisation: multinationales, "majors" aux budgets et donc aux pouvoirs souvent plus importants que bien des Etats de la planète, se partagent le monde. Nous sommes là confrontés à la vision apocalyptique de la mondialisation, celle qui fait peur, celle qui projette dans notre inconscient l'image de puissances occultes enserrant le monde de leurs tentacules, telle une pieuvre avide, sans scrupule, sans foi ni loi autre que la recherche de leur seul profit. Puis moins connue, vraisemblablement parce que moins rentable, il y a la sauce humaine. Celle-là rapproche les hommes entre eux et les aide à se comprendre davantage. C'est la réalité du progrès technique qui permet d'avaler les distances, de prendre connaissance d'un événement au moment 12

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même où il se produit, et donc de réagir dans l'instant. C'est toujours avec surprise que les élèves apprennent qu'il a fallu quinze jours pour que les Marseillais prennent connaissance de la prise de la Bastille à Paris. L'histoire se déroulait alors au pas du cheval et au rythme du colporteur. C'est cette mondialisation-là qui pousse sinon à la culture commune, du moins au comportement commun, que ce soit dans les modes vestimentaires ou dans les habitudes alimentaires. Bien malin celui qui est capable de distinguer l'étudiant parisien de l'étudiant américain, sur un simple coup d'œil. Le "blue jean" est bien sûr de rigueur; quant à la nourriture.. . Certains le regrettent, et voient disparaître leurs coutumes locales avec nostalgie. Tout alors est pesé, jugé, comparé au "bon temps", dont on ne sait jamais vraiment où il se situe. A chaque époque son "bon temps" passé. On se réfugie alors dans les danses folkloriques ou dans les revendications passionnées: le baccalauréat en breton, par exemple. Pourtant, il faut savoir affronter la réalité du monde en face, et savoir que rien n'y fera. On pourra toujours se réfugier dans tous les dialectes - aussi sympathiques soient-ils dans leur rappel du passé - il faudra bien que nos chères têtes blondes, ou brunes ou rousses, apprennent l'anglais (en plus d'une bonne maîtrise du français, bien sûr !) si elles veulent être comprises là où elles iront travailler et vivre! L'école a là un rôle fondamental à jouer. Sa mission consiste plus que 13

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jamais à donner aux jeunes les moyens de maîtriser le monde qui les entoure, celui dans lequel ils évolueront. Ce monde-là est à la fois plus unique et plus divers que jamais. La globalisation, et surtout l'interconnexion des connaissances, s'opposent désormais à la traditionnelle parcellisation des enseignements. L'enjeu est de taille. L'école sera au centre de cette bataille du savoir, et partant de la bataille pour la liberté. Cette mondialisation-là, humaine, culturelle, c'est celle qui aboutira un jour à l'élaboration de la grande famille humaine, et à la République universelle dont rêvaient les révolutionnaires de 1789 quand ils voulaient ''porter la liberté à la pointe de leurs épées". Phrase apparemment guerrière mais tellement porteuse de paix. La France républicaine, dans sa grande tradition d'émancipation a, depuis plus de deux cents ans, initié ce mouvement vers un monde uni autour de valeurs universelles, celles des droits de l'homme, qui dépassent les frontières et transcendent les différentes cultures pour atteindre à l'essence même de l'homme. Ainsi, il est possible d'être confiants dans ce qui apparaît bien comme la poursuite de la voie tracée au début du siècle dernier par les premiers républicains, ceux dont Goethe s'émerveillait à Valmy de les voir construire une "ère nouvelle". Il n'y a du reste pas de hasard dans le fait que la France soit aujourd'hui un des deux seuls pays européens (l'autre étant le Portugal) à avoir inscrit le 14

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principe de la laïcité, de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, dans sa constitution. Car quel autre concept que la laïcité pourrait être plus proche de celui des droits de l'homme? La laïcité, en reconnaissant le droit de chacun à vivre ses différences. chez lui (qu'elles soient religieuses ou culturelles), protège intrinsèquement cette liberté fondamentale et la garantit pour tous. L'Etat laïque choisit donc de retenir en l'homme ce qui l'unit aux autres hommes, ce qui le rend comparable et non pas ce qui le différencie. Les dissemblances et les convictions de chacun sont quant à elles vécues librement mais individuellement, intimement, en dehors de la sphère publique. C'est donc la laïcité qui favorise le "droit à l'indifférence", pour reprendre une expression déjà employée par d'autres, c'est-à-dire le droit d'être reconnu comme un citoyen à part entière, sans que les choix philosophiques ou religieux interviennent dans cette appréciation. La France diverge là fondamentalement des Etats qui prônent l'émergence des communautarismes. Même si l'idée qui sous-tend cette conception des choses (le droit d'exprimer ses différences dans la sphère publique) peut paraître a priori toute aussi généreuse, elle favorise inéluctablement les formes les plus diverses d'enfermement, de revendications communautaires qui mènent aux phénomènes de ghettoïsation. Les Etats-Unis et l~~rande-Bretagne n'ont pas échappé aux effets de ce piège. C'est alors l'intérêt général, c'est-à-dire l'intérêt collectif, le bien 15

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commun, qui pâtit le premier de cette situation. La laïcité, comme ingrédient essentiel de la "recette nationale française", est ainsi garante d'une conception ouverte, tolérante mais surtout harmonieuse de la société. Elle assure également une forme de paix sociale qui ne s'est pas démentie jusqu'ici même si - et c'est précisément pourquoi la gauche doit renouer d'urgence avec ses racines nationales - les problèmes liés à l'intégration se font plus vifs à mesure que les transformations de la société s'accélèrent. Et pourtant cette France "emmerdeuse" du monde, ouvrant la voie de la liberté et des droits de l'homme, réagit aujourd'hui à la mondialisation par la peur et le repli sur soi. C'est en France que l'extrême droite est la plus structurée, et la mieux organisée avec le Front national et les formations syndicales ou associatives qu'il influence. Dans aucun autre pays développé, un tel parti, ouvertement nationaliste et xénophobe, n'obtient autant de suffrages aux élections, quel que soit leur niveau (local ou national). Dans aucun autre pays développé, des villes et des régions ne sont sous la coupe ou l'influence de leurs représentants qui y appliquent leur programme clairement annoncé. C'est en France que l'extrême droite est la plus extrême et ose le racisme comme fondement de sa doctrine.

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La France tourne ainsi le dos à sa grande tradition au moment même où la marche du monde lui rend hommage. Les Français ne se voient plus comme les héritiers des soldats de l'An II. Ils semblent parfois avoir effacé la conquête et la fierté de leur vocabulaire. Au contraire, ils frissonnent d'effroi dès que l'horizon s'éloigne de leur clocher de village. Les grands élans de liberté, d'égalité et de fraternité ont peu à peu laissé une place de choix à de petites ambitions. Le retour à la terre par exemple, si porteur de sécurité glaiseuse, et si cher au Maréchal Pétain. "La terre, elle, ne ment pas" expliquait doctement le vieil homme. Quand Bruno Mégret fait chanter l'hymne provençal (qu'il a vraisemblablement dû apprendre pour l'occasion) au début des conseils municipaux de Vitrolles, et envisage benoîtement d'effacer la devise républicaine du fronton des bâtiments publics, nul ne s'offusque. Le Français a peur. Peur de l'Europe et peur de l'Autre. Le Français a perdu sa voie et cherche une boussole. Il ne sait plus quelle société les attend, lui et ses enfants, et ne voit dans ce cosmopolitisme culturel et linguistique que le fruit d'une invasion barbare censée détruire son beau pays. Mais surtout, il ne décèle plus le sens profond de la République. Redonner un sens à la France, c'est redonner un sens à la République. Il est impérativement nécessaire que celle-ci soit de nouveau l'incarnation de valeurs fortes, celles qui 17

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doivent revivre en s'affichant fièrement au fronton de nos écoles. La République... C'est elle qui protège. C'est elle qui enseigne. C'est elle qui reconnaît avant tout les hommes contre toutes les communautés. Cette République française est au cœur de la nation. Quel bachelier ou quelle bachelière n'a pas un jour planché sur le classique sujet du "problème des nationalités" ? Combien de professeurs d'histoire se seront éreintés à essayer de dresser le tableau le plus clair possible de la, ou plutôt des situations balkaniques du début du siècle? Sarajevo a toujours tenu un rôle majeur dans les révisions de dernier trimestre. On y pratique depuis des décennies l'assassinat politique avec une étonnante constance. On y déclenche des guerres mondiales. On y surveille étroitement la moindre velléité d'opposition. Ces dernières années, on y a même ethniquement épuré à grands renforts d'idéologie guerrière et de fantasmes de race pure. Pure comme un aryen réussi, comme une lame bien tranchante. L'ex- Yougoslavie cristallise à ravir les délires d'exclusion les plus fous. Elle symbolise au mieux ce cancer des nations qu'est le nationalisme. Si proches, si quotidiens, si ordinaires même, nationalismes occupent les écrans grâce spectaculaire désastre des haines déchaînées. nation, elle, occupe les esprits. A l'heure où 18 les au La la

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construction européenne atteint un rythme de croisière jamais vécu jusqu'ici, où se précipite la fin des monnaies nationales, où la "mondialisation" (à défaut d'autre terme) impose ses règles dans tous les domaines, la nation fait figure pour certains de parent pauvre du progrès et des phénomènes géopolitiques de cette fin de siècle. Les interrogations des Européens, et notamment des Français à ce sujet sont compréhensibles dans la mesure où elles reflètent une inquiétude légitime face à des phénomènes qui paraissent parfois les dépasser, et sur lesquels ils semblent n'avoir pas prise. Nos caractéristiques nationales, nos valeurs, nos coutumes, notre manière de vivre et de sentir la France seraient-elles menacées d'être purement et simplement gommées, englobées, gobées par ces deux monstres uniformisateurs, niveleurs et nationalophages que seraient l'Europe et la mondialisation? Le Front national a su, depuis des années, jouer à merveille de cet argument dont il faut savoir dire, et expliquer pourquoi il est sans fondement. La caricature, la simplification et l'outrance sont du reste des traits caractéristiques historiques des mouvements d'extrême droite. Rien d'étonnant, donc, dans les discours de Jean-Marie Le Pen ou de Bruno Mégret. Et encore moins d'idées neuves. La simplification et la caricature présentent cet avantage d'éviter l'analyse. Une situation bien confortable qui épargne une activité par trop fatigante des méninges. 19

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Pourtant, l'analyse mérite d'être menée. Non seulement la nation française n'est pas menacée par ce contexte international, mais celui-ci peut tout au contraire lui fournir une opportunité historique de rebondir. Rebondir pour renouer avec ce qui fut longtemps l'apanage envié de la France: l'exemple et le rayonnement. Encore faut-il pour cela que la gauche veuille et sache reprendre à son compte un concept qui fut initialement le sien. C'est sa responsabilité, et c'est là que réside l'un de ses principaux défis pour les mois et années à venir. Car la gauche s'est, en quelque sorte, fait "piquer la balle" par la droite puis par l'extrême droite qui se sont emparées de la nation pour en détourner peu à peu le sens. Si De Gaulle se plaisait à évoquer une "certaine idée de la France" qui n'était pas sans suggérer une authentique grandeur, nombre de ses héritiers en sont à singer pitoyablement depuis près de quinze ans les tenants d'une idée de la France essentiellement fondée sur l'exclusion. La pièce se joue à plusieurs, les rôles et les acteurs sont parfois interchangeables, mais l'extrême droite s'est dès le départ installée dans la cabine du souffleur. En son nom propre, cette dernière a par ailleurs réussi à faire croire au plus grand nombre - jusque et y compris dans les rangs de la gauche - que nation et nationalisme sont des synonymes. Et voilà que la nation semble écorcher les lèvres, comme si ce simple mot dissimulait de coupables renoncements, des compromissions 20

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