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LA PENETRATION SAHARIENNE

De
112 pages
1906, les espaces blancs sur la carte d'Afrique se font de plus en plus rares. Aussi la concurrence pour acquérir la notoriété et l'honneur d'avoir son nom ou même sa photo sur une revue à grand tirage est-elle un aiguillon puissant. Au nord de Tombouctou, les salines de Taoudeni n'ont pas encore été reconnues, et pourtant on a les moyens de le faire. Qui aura l'honneur d'être le premier Européen à y mettre les pieds ?
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LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE

~ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-7927-8

Cauvin

- Cortier - Laperrine

LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE

1906 Le rendez-vous de Taoudeni

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Les Tropiques entre mythe et réalité dirigée par }\les Monnier Dans le long face à face pays du nord / pays chauds, hommes de Dieu, hommes de sciences, hommes d'affaires, hommes de guerres décriront chacun à leur manière et selon une sensibilité qui leur est propre le milieu tropical. Terres d'abondance pour les uns, terre de désolation pour les autres, les Tropiques sont pour tous des lieux énigmatiques à décrypter. Sans formation particulière, sans méthodologie, bardés de préjugés, beaucoup de voyageurs renverront une image trop souvent déformée des sociétés et de l'enviromlement qu'ils découvrent. Parallèlement à ce foisonnement d'informations plus ou moins fantaisiste, un corpus de connaissances établi par des spécialistes des sciences de la Nature et des sciences de l'Homme révèle progressivement toute la complexité du monde des Tropiques. Lire ou relire les textes qui ont jalonné cette aventure, poser un regard nouveau sur les hommes qui ont participé à ce mouvement, donner la parole à tous les acteurs, mesurer l'apport positif de chacun à la connaissance des Tropiques, tels sont les objectifs de cette collection.

Déjà parus
Yves MONNIER, 'Afrique dans l'imaginaire français, 1999. L Georges MAZENOT, istoire et colonisation, 1999. H Victor ADOLPHE MALTE-BRUN, u lac Tchad entre 1851 et 1856, A

1999.

1906, les espaces blancs sur la carte d'Afrique se font de plus en plus rares. Aussi la concurrence pour acquérir la notoriété et l'honneur d'avoir son nom ou même sa photo sur une revue à grand tirage est-elle un aiguillon puissant. Au nord de Tombouctou, les salines de Taoudeni n'ont pas encore été reconnues, et pourtant on a les moyens de le faire. Les compagnies méharistes, créées de fraîche date, ont les cadres compétents et ambitieux ainsi que les montures qu'il faut pour ce raid. Qui aura l'honneur d'être le premier Européen à y mettre les pieds? Un métropolitain, venu des Territoires du Sud de l'Algérie, ou un colonial venu de Tombouctou? Rendez-vous est pris, et c'est la course. Le capitaine Cauvin, épaulé par le lieutenant Cortier arrivera le premier. Pour assurer son succès, il partira en avant avec un élément léger. Il arrivera tellement en avance au rendez-vous qu'il ne pourra pas rester suffisamment de temps pour voir le lieutenantcolonel Laperrine venu du nord et retardé par ses guides. Quand les deux détachements se rencontreront enfin, à Gettara, chacun repartira vers son port d'attache du nord (Adrar) et du sud (Tombouctou). Gloire éphémère dont l'histoire garde les traces sous la forme de conférences faites aux sociétés de géographie devant un auditoire de bourgeois, tirés à quatre épingles, amateurs d'émotions fortes et fiers d'associer leurs noms à des Hommes prêts à risquer leur vie et celle de leurs hommes pour une parcelle de gloire.

Conférence du capitaine Cauvin faite le 17 décembre 1907 à la Société de géographie commerciale

On désigne sous le nom de Sahara cette vaste région de l'Afrique située au nord de l'équateur et bordée au nord par le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Tripolitaine; à l'est par l'Égypte; au sud, par le Soudan Égyptien, les territoires militaires français qui ont remplacé l'ancienne Négritie et la Sénégambie; à l'ouest par l'océan Atlantique. Elle occupe une superficie à peu près égale à celle de l'Europe entière, y compris la superficie des mers qui pénètrent cette dernière. Le Sahara, disait une vieille géographie, est une vaste mer de sable dont les dunes mouvantes sont les vagues; les chameaux, les navires; les caravanes, les flottes; les oasis, les relâches. La comparaison est séduisante, elle fait image, mais elle n'est pas d'une exactitude rigoureuse. Certes, de vastes étendues sont arides, désolées, dépourvues de toute végétation et de tout représentant du règne animal; en bien des points on ne trouve, pendant des centaines de kilomètres, que la plaine dure semée d'un cailloutis noirâtre ou les champs de sable dont les dunes se chevauchent à perte de vue comme les vagues immenses de l'océan. Cependant, le Sahara possède aussi des centres habités, des zones de pâturages et de nombreux points d'eau qui permettent d'abreuver hommes et animaux. Il possède même des rivières, souterraines il est vrai, mais dont le lit nettement visible, est souvent utilisé par les caravanes en raison des puits qui les jalonnent. D'importants massifs montagneux se rencontrent au milieu de ces étendues et certains sommets, principalement dans le Hoggar et dans l'Aïr, atteignent facilement une altitude de I 800 mètres.

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De toute antiquité, cette vaste région semble avoir tenté les voyageurs, et la liste serait longue de ceux qui ont essayé d'arracher au sphinx saharien quelques-uns de ses secrets. Les difficultés de toute sorte tenant, soit à la nature du pays à parcourir, telles que manque d'eau, de vivres, insalubrité du climat, soit au caractère des hommes que l'on devait rencontrer, loin de les rebuter, n'ont fait qu'exciter davantage la curiosité des explorateurs et leur énergie. Sans remonter aux voyageurs de l'Antiquité ou aux études si curieuses et si complètes d'Hérodote, de Ptolémée et de Strabon, en étudiant seulement le mouvement géographique depuis le début du XIXe siècle, nous verrons combien les problèmes sahariens attiraient déjà l'attention et, citant au hasard, nous trouvons les noms de Denham, Clapperton, Laing, Caillié, Barth, Rohlfs, Duveyrier, Nachtigal, Lenz, Flatters, Foureau, Monteil: j'en passe et des meilleurs. Plusieurs sont inscrits au martyrologe africain et cela me remet en mémoire une lecture que je faisais récemment. Henri Duveyrier, un des plus grands explorateurs du Sahara, eut l'idée, en 1874, de dresser une carte nécrologique de l'Afrique; il trouva plus de 160 noms, ajoutant que sa liste était certainement incomplète. A l'heure qu'il est, on peut assurément porter ce chiffre à plus de 400, dont une bonne moitié pour la région saharienne. Nos savants et nos explorateurs ont fourni une large part à cette liste, mais leur moisson de découvertes a été des plus glorieuses et leurs souffrances n'auront pas été inutiles à la grandeur de notre pays. Depuis 1898, l'exploration saharienne est devenue le monopole de la France pour la raison que, la convention du 5 août 1890 avec l'Angleterre, remaniée et complétée par celle de 1898, ayant reconnu comme zone d'influence française tout le Sahara, depuis l'Atlantique jusqu'au désert de Libye, il était naturel que le coq gaulois, appliquant le mot ironique de lord Salisbury, cherchât à gratter cet immense domaine de sable. En Algérie, on s'était mis de bonne heure au travail, poussant peu à peu nos postes vers le sud, mais le mouvement rapide en avant date de la mission Foureau-Lamy en 1898 et l'occupation d'ln Salah en 1900, à la suite de la mission Flamand devait, par la force des choses, entraîner notre mainmise sur tous les territoires du sud. La créa-

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tion des troupes sahariennes montées à méhara facilitait cette mainmise et les reconnaissances algériennes étendirent bientôt le réseau de leurs itinéraires dans toutes les directions, cherchant sans doute à atteindre nos possessions de l'Afrique occidentale française. Pendant ce temps, nos colonies du Sénégal et du Soudan n'étaient pas restées inactives, mais elles avaient trop à faire chez elles pour tourner leurs vues vers l'expansion saharienne. De 1880 à 1900, la poussée en avant eut d'abord pour but de réunir nos diverses possessions de la côte: Sénégal, Guinée, Côte d'Ivoire, Dahomey. Ce résultat atteint, le programme se continua vers l'est par la liaison, sur les bords du Tchad, avec notre colonie du Congo français. Dans le cours de cette période, nous avions été amenés forcément à nous installer à Tombouctou en 1894, et cette occupation fut suivie immédiatement par le désastre de Takoubao qui est encore présent à nos esprits. Une fois à Tombouctou, nous nous trouvâmes en contact avec les Maures et les Touaregs mais, malgré les luttes que l'on dut soutenir contre eux, nous ne fûmes jamais entraînés à nous éloigner beaucoup du Niger. L'heure ne tarda pas à sonner où, la période de conquête étant terminée et nos droits nettement établis au sud, il fut possible de s'occuper du nord. On peut dire que depuis 1900, malgré les énormes difficultés rencontrées pour mener à bien cette tâche saharienne, à laquelle nous n'étions nullement préparés, des efforts sérieux ont été faits et, grâce à l'énergique impulsion donnée par les hautes autorités civiles et militaires de la colonie, on peut considérer avec une certaine satisfaction le travail qui a été accompli. Le mouvement commença par Tombouctou où Coppolani, en 1899 poussait, presque seul, une pointe jusqu'en vue d'Araouan, à 250 kilomètres environ dans le nord. Puis en 1900, c'est la mission Blanchet qui pénètre dans l'Adrar de l'ouest, en même temps que le lieutenant Pichon, de l'escadron de spahis soudanais, atteignait à son tour Araouan avec quelques cavaliers et était le premier à y faire flotter le drapeau français. Ce n'étaient là d'ailleurs que de simples coups de sonde donnés sans intentions arrêtées, et ce n'est qu'à partir de 1902 que les efforts sérieux commencèrent. M. Roume, gouverneur général de l'Afrique occidentale française, ayant décidé l'occupation de la rive droite du Sénégal, pour

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faire cesser l'état d'anarchie qui y régnait, chargea Coppolani de cette mission délicate. Malgré les difficultés rencontrées, les premières campagnes furent heureuses, le Tagant fut organisé, de nombreux postes créés et le commissaire général de la Mauritanie se préparait, en 1905, à pénétrer dans l'Adrar de l'ouest, lorsqu'il fut assassiné au poste même de Tidjikja par un Maure fanatique. Depuis cette époque, l'organisation de ces régions a été poursuivie sous l'habile direction du colonel Montané-Capdebosc, de l'artillerie coloniale. Du côté de l'est, dans le territoire de Zinder, l'année 1902 fut aussi marquée par un pas en avant. Arrivé dans cette région vers le milieu de 1901, j'avais en effet été envoyé en sentinelle avancée à ISO kilomètres environ au nord de Zinder et, le Sahara m'attirant déjà depuis plusieurs années, tenté par l'attrait de ce vaste inconnu, je m'ingéniai à organiser, avec les faibles moyens dont je disposais, une section de tirailleurs montés à méhara, me servant pour cela des travaux d'un de mes prédécesseurs: le capitaine MolU Le chef de bataillon Gouraud, qui commandait le territoire de Zinder, me donna l'occasion de réaliser en partie mon rêve d'exploration? En août 1902, une grande caravane de plus de 8 000 chameaux se préparait à partir vers le nord; je reçus l'ordre de l'escorter et je parvins ainsi jusqu'aux premiers contreforts du massif de l'Aïr, à 50 kilomètres environ à l'est d'Agadès. Les instructions reçues avant le départ m'interdisaient formellement de me rendre dans cette ville et ce fut bien à regret que je repris la route du sud; mais j'eus par la suite la satisfaction de voir que le léger sillon que j'avais tracé était de quelque utilité, puisqu'il fut le point de départ des occupations successives d'Agadès et de Bilma, qui eurent lieu respectivement en 1904 et 1906. C'était à la région de Tombouctou que devait revenir l'honneur d'établir la première liaison entre les troupes de l'Afrique

"L'infanterie montée à chameau" - Revue des troupes coloniales. Octobre 1902. 2 _ Général Gouraud "Zinder Tchad' Plon 1944

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occidentale française et celle de l'Algérie. En 1904, le capitaine Théveniaut, de l'infanterie coloniale, partait de Tombouctou, chargé de faire une reconnaissance dans l'Adrar de l'est ou Adrar des Ifoghas et rencontrait à Timiaouin, à 500 kilomètres environ au nord du Niger, le chef d'escadron Laperrine, commandant supérieur des oasis sahariennes. Cependant, toutes ces reconnaissances, faites dans les régions désertiques, montraient que nous n'avions pas encore en main l'outil indispensable pour mener à bonne fin la tâche que nous avions entreprise. A Tombouctou comme à Zinder, on avait bien essayé d'organiser des troupes de méharistes, mais ce n'avait pu être fait qu'avec des moyens de fortune, et le budget, ne prévoyant pas semblable dépense, on n'avait pu arriver à une organisation rationnelle.

Dès 1898, le chef d'escadron Klobb I avait fait à Tombouctou
une première tentative à laquelle resteront attachés les noms des lieutenants de cavalerie Rampont et de Gail, mais qui malheureusement n'eut pas de suites sérieuses, et pendant quelques années on crut qu'il était impossible de rien faire dans cet ordre d'idées. L'expérience de 1902, dans le territoire de Zinder, continuée les années suivantes, avait cependant attiré l'attention. En 1904, le général commandant supérieur des troupes de l'Afrique occidentale française, invitait les commandants des territoires militaires de Tombouctou et de Zinder à étudier la question de l'organisation des compagnies montées à méhara. Les rapports fournis concluant favorablement, la question fut soumise au ministère des Colonies qui l'accepta en principe. A la fin de 1904, le gouverneur général, dans un discours prononcé au Conseil du gouvernement et reproduit dans de nombreux journaux, annonçait que le projet était à l'étude et recevrait bientôt une solution. Désigné pour être chargé de cette organisation, je retournai pour la troisième fois au Soudan au début de l'année 1905, et, au mois de mai, aussitôt rendu à Tombouctou, je me mis au travail. Ce que

I _ Sera tué le 14 Juillet 1899 à Dankori par le capitaine Voulet.