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LA PROSPERITE VIENDRA DEMAIN DE L'ECONOMIE LOCALE

De
134 pages
Si les pays développés ne savent pas demain donner un sens à leurs croissances économiques, ils verront s'aggraver leurs désordres actuels. On voit vite que l'économie mondialisée répond de mieux en mieux à nos attentes, tandis que nos besoins les moins bien satisfaits relèvent d'activités fort peu concurrencées par le monde extérieur. Or, celles-ci occupent plus des deux tiers de nos actifs, qui sont en constante augmentation. On choisit de l'appeler " l'économie locale ".
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La prospérité viendra demain de l'économie locale

Jean de la Salle

La prospérité

viendra

demain

de l'économie

locale

De la mondialisation aux racines territoriales de l'économie et de la monnaie

Préface de Gilbert Blardone

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@ L'Harmattan,

2000

ISBfV:2-7384-9171-5

Dédicaces

A tous ceux qui m'ont encouragé dans cette étude, sans qui ce livre n'aurait pas été achevé, à ceux, aussi nombreux, qui l'ont critiqué, sans lesquels il aurait été à coup sûr très mauvais, en souvenir de Jean Guitton, qui aimait apprendre à philosopher à ses étudiants férus de disciplines scientifiques, cette étude d'un ancien élève, à qui la vie a montré plus tard que le plus difficile défi jeté à notre raison n'est pas d'établir des relations mathématiques entre les faits, mais de donner leur juste sens aux mots.

« Il faut désormais donner un sens à la croissance» Raymond Barre, Lyon, 1erfévrier 2000 « On est surpris des absurdités qu'on peut écrire, quand on réfléchit trop longtemps seul ». J.M Keynes, 13 décembre 1935

Préface Pour un nouveau savoir-vivre social et politique
La mondialisation suscite autant de crainte que d'enthousiasme. Si l'on veut que ses effets positifs économiques et financiers l'emportent sur ses conséquences néfastes: croissance des inégalités dans et entre les)nations, marginalisation des plus faibles, chômage de masse ... si l'on souhaite que la «nouvelle économie» générée par l'informatique et les télécommunications, la révolution numérique, le commerce électronique, les biotechnologies... ne soit pas à la merci de blocages périodiques et de krachs boursiers imprévisibles, susceptibles de compromettre son rôle de levier de la croissance, il est paradoxalement urgent de renforcer le soubassement et d'élargir les bases d'une prospérité qui depuis 30 ans, malgré des progrès techniques et une ouverture sans précédent au monde, ne cesse de nous échapper. Tel est le message de ce livre original dont le principal mérite est de nous obliger à réfléchir aux véritables fondements de la prospérité c'est-à-dire «aux racines territoriales de l'économie et de la monnaie ». La méthode utilisée pour ce faire, bien qu'appliquée ici à la France, peut l'être dans d'autres pays industrialisés et susciter l'intérêt des pays en développement. Si l'on donne à l'économie «l'objectifhumaniste et à long terme de procurer à tous la place de vivre au large à un coût accessible, avec en prime le temps de vivre, et partout les moyens de mener une vie sociale de proximité dynamique», rêve partagé par tous les hommes sous toutes les latitudes, paradoxalement plus la mondialisation et les progrès techniques s'affirment plus ce sont les fondements locaux de l'activité qu'il faut conforter car le marché intérieur continue à représenter dans les pays industrialisés plus de 70% des ressources produites tandis que les activités nationales occupent « plus des deux tiers des actifs ». Cette finalité de l'économie rejoint celle que François PERROUX, Professeur au Collège de France, assignait à l'économie lorsqu'il écrivait dans L'économie du XXème siècle] «Il s'agit de mettre les hommes, par un effort commun, en situation de pouvoir se nourrir, se former et opérer leur libération» ajoutant« si un seul homme n'est pas explicitement pris en compte c'est un manque à gagner pour 1'humanité».

PERROUX François. L'économie du XXe siècle. 4ème édition, Grenoble, Presses Universitaires, 1991, p.152
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Pour concrétiser ces objectifs c'est d'abord à une étude minutieuse, en France, région par région, des besoins collectifs vitaux non satisfaits en matière d'infrastructures des territoires et des villes ainsi que des relations entre croissance et prospérité, grâce à des indices de convivialité et de dynamisme qu'il établit luimême, que se livre l'auteur. Une constatation s'impose: les régions les plus dynamiques sont celles où la convivialité est la plus faible et où les besoins collectifs de ce point de vue sont les plus élevés. «Cette discordance systématique entre dynamisme et convivialité... révèle un défaut profond de notre mode de développement» . La seconde partie du travail est consacrée aux politiques susceptibles de remédier à cet état de fait. Des investissements collectifs locaux dans les secteurs à forte valeur ajoutée et à faible dépendance extérieure, les plus nombreux sur « la carte du paysage économique français» devraient pouvoir assurer la couverture des besoins vitaux des populations tout en réduisant le dysfonctionnement de l'économie nationale. Celle-ci se retrouverait ainsi mieux armée pour la compétition mondiale. Dans cette perspective, la façon d'utiliser l'argent jouerait un rôle stratégique. Le succès de l'entreprise dépendrait largement d'elle. Dans ce livre, parfaitement documenté et novateur, les propositions concernant la gestion de l'argent et son utilisation pour financer les investissements collectifs, donc la satisfaction des besoins vitaux, sont parmi les plus originales. En résumé, il s'agirait pour la Banque Centrale d'accorder des crédits remboursables sur la durée de vie des équipements collectifs prévus mais sans intérêt. L'auteur explique pourquoi ce type de crédit, tout en dynamisant l'économie dans son ensemble, allégerait le poids des dettes publiques, rendant possible des baisses d'impôts sans inflation. Il offrirait, en outre, à l'épargne populaire un véritable horizon. Enfin, en cas de crise boursière, le circuit monétaire des investissements collectifs servirait de filet à l'économie. Pour Fr. PERROUX les hommes et les femmes, les citoyens, devraient être les véritables acteurs de leur destin afin de construire leur environnement, de discipliner les marchés et de réguler les économies. Jean De la salle montre concrètement, à travers une démarche tout autant politique que philosophique et économique, comment cela serait possible à partir de l'économie locale, véritable milieu de vie et d'initiatives. Ce faisant, chacun participerait à la résorption des dysfonctionnements de la Société et à la régulation de l'économie mondiale. Ainsi le XXIème siècle pourrait être « celui d'un nouveau savoir vivre social ».

G. BLARDONE, Économiste, Président d'honneur de l'Association François PERROUX 22 février 2000 8

Avant-propos
Une économie dans le doute L'électeur interpellé
Qui nous expliquera vraiment pourquoi le chômage a résisté si longtemps à nos efforts, quand il nous restait autant de besoins à mieux satisfaire? Et lorsque ce printemps de l'an 2000 voit s'amorcer sa prudente décrue, est-il satisfaisant qu'une opinion très répandue l'attribue au seul comportement -luimême inexpliqué - de l'économie mondiale? Dans un tel cas, si l'embellie de cette dernière ne se confirmait pas, qu'y pourrions-nous? Le paradoxe est par trop fort. Avons-nous seulement réussi à aménager partout nos lieux de vie conformément à nos vœux les plus simples? Cela pris comme un exemple choisi entre bien d'autres, dont nul ne s'aviserait de contester l'utilité et trop souvent l'urgence. Imaginons seulement que pour rendre la vie plus heureuse à un plus grand nombre de citadins, l'on se donne le seul objectif humaniste et à long terme de procurer à tous la place de vivre au large à un coût accessible; avec, en prime, le temps de vivre, et partout les moyens de mener une vie sociale de proximité dynamique. Quel défi! Il faudrait d'abord reconnaître quels mécanismes aveugles ont par endroits étranglé les villes, et ailleurs les ont laissées s'étioler. Il ne serait pas simple non plus de bâtir les projets susceptibles d'y remédier, de s'organiser et de trouver l'argent pour les réaliser. Mais on saurait ce que l'on veut. Et s'il faut proposer demain un horizon à nos concitoyens pour qu'ils croient en leur avenir, ce serait bien là un thème mobilisateur. Et il y aurait du travail pour longtemps, qui rendrait ensuite possibles d'autres projets. Mais saurons-nous comprendre qu'une telle ambition est possible à tout pays qui sait se nourrir, et que cela ne dépend que de lui, à condition de prendre le bon chemin et d'y mettre le temps? Et ce n'est là qu'un exemple. Une chose est sûre: on aurait tort de rendre responsable de nos grippages ou de notre apathie la concurrence de l'économie mondiale, malgré les remous dont elle nous assaille. Car dans les domaines industriels et agricoles les plus ouverts au marché international, on voit que nos entreprises parviennent à la fois à répondre à nos besoins à un coût convenable, et à équilibrer nos échanges en n'employant pour cela que le tiers de notre population active. Plus souvent il nous arrive de nous sentir moins bien servis dans le domaine autrement plus vaste de nos activités principalement internes, où prennent place l'habitat, la santé, le commerce local, les transports intérieurs, et tous les services aux particuliers, tant publics que privés. C'est cette

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économie interne qui est souvent la plus malade. Or ces activités ne dépendent que de nous. Pourquoi sommes-nous parfois restés sans armes suffisantes face à tant de besoins de mieux vivre, assez lucides pour nous en plaindre, mais comme paralysés? Suffira-t-il de rendre responsables les charges excessives qui souvent nous accablent, et d'assouplir les règles qui pèsent sur les entreprises pour qu'elles retrouvent des clients? Ou bien manquerions-nous aussi de projets, d'argent, de place pour vivre, ou que sais-je encore - d'une organisation adéquate ou d'un savoir-faire particulier? Depuis longtemps, nous butons sur cet obstacle paradoxal comme la mouche sur une vitre. A coup sûr, un fil directeur nous fait défaut, que ne nous ont procuré ni l'analyse économique, ni la réflexion politique, ni la sociologie et pas même une certaine intuition humaniste. Toutes ces disciplines sont nécessaires, mais aucune n'a suffi.

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Les idées n'ont pas manqué pour expliquer la montée du chômage qui éclata au début des années 70. La remise en cause confuse de la société de consommation par les étudiants de mai 68, plus prémonitoire sans doute qu'on ne le perçut alors, venait à peine de se taire quand un premier choc pétrolier, qui ne joua peut-être que le rôle d'un détonateur servant d'amorce, déclencha une crise financière passagère, suivie d'un début de chômage qui ne devait ensuite que s'aggraver. Il fut alors tentant de rendre la hausse des prix dérivés du pétrole responsable d'un ralentissement de consommation. En fait, celle-ci venait surtout de déclencher une révolution monétaire, qui mettait brutalement fin à une vieille pratique qui permettait aux pays développés d'accroître leurs moyens monétaires grâce aux excédents qu'ils réalisaient à l'exportation. A leur place, ils ne trouvaient plus qu'une nouvelle manne à emprunter. A cette épreuve, vint s'ajouter la montée de la concurrence des pays en cours de développement, qui contribua au moins autant à ce renversement d'équilibre qui frappa les pays développés. Elle sonna à coup sûr le départ d'une course à un endettement international, qui devait peser lourdement sur les économies qu'il prétendait aider. Une nouvelle situation était née. Elle eut le mérite d'attirer l'attention sur un vieux problème toujours latent: l'inflation des prix, qui pendant tout ce siècle n'avait cessé de saper le pouvoir d'achat de la monnaie. Il fallait désormais rassurer les prêteurs sur sa crédibilité externe. On pensa que l'arme de la rigueur monétaire en viendrait à bout. Une loi de 1973 interdit la moindre dotation de la Banque de France à l'Etat, et l'on compta sur la hausse des intérêts qui nous étaient demandés pour calmer le marché et freiner l'inflation.

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L'effet ne fut pas immédiat. Pendant dix ans, la hausse des prix se poursuivit, tandis que le chômage augmentait. Ceux des produits confrontés au marché international devaient toutefois se stabiliser les premiers, et même amorcer quelques baisses. Cependant, les prix de nos services internes continuèrent longtemps leur progression; et avec une obstination particulière, celui du logement urbain. A tort ou à raison, on ne vit pas de lien avec une évolution concomitante: l'arrivée sur le marché du travail de nouveaux demandeurs d'emploi à la recherche de ressources. Il est miraculeux que l'on n'ait pas accusé les femmes d'avoir déstabilisé ce marché. Car depuis 1975, l'accroissement du nombre de celles qui voulaient travailler est resté longtemps comparable à celui des nouveaux chômeurs recensés. Mais si tant de femmes se mirent à rechercher des emplois, c'est que beaucoup s'y virent contraintes; car on n'aurait pu dire que ceux-ci les satisfaisaient toujours. Les plus récents pamphlets publiés sur ce thème le constatent cyniquement. Les femmes ne sont pas seules à en souffrir. L'accroissement du taux d'activité n'est pas en effet un signe de prospérité, quand on doit le payer d'un déséquilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Nos repères habituels peuvent nous cacher l'ampleur de nos maux et nos problèmes, quand ils dissimulent de profonds déséquilibres. Les Américains peuvent-ils se féliciter de la stabilité de leurs prix, quand le loyer d'un studio coûte 7.000 francs à New-York, et qu'en Silicon valley, le loyer moyen est supérieur au salaire minimum ? Ont-ils pleinement raison de se réjouir de leur croissance, quand ils construisent presque deux fois moins de logements qu'il y a trente ans ? L'amélioration moyenne de leurs revenus n'y empêche pas qu'une forte part de la population doit accepter des salaires de misère, pour se procurer les biens les plus essentiels. Nous connaissons en partie les mêmes maux. Les politiques réagirent chez nous à la montée du chômage selon leurs vieilles tendances. Les uns accusèrent le libéralisme effréné, et d'autres la rigidité législative. Tout va mal, nationalisons! telle était la solution-clé des socialistes arrivant au pouvoir; mais malgré leurs louables efforts, la crise s'aggrava. Tout va mal, dénationalisons! Telle était la nouvelle recette miracle, dont on craint depuis longtemps qu'elle ne parvienne pas à renflouer les caisses de l'Etat. Pire sans doute: les aides accordées aux entreprises n'ont pas eu les résultats escomptés. Devant l'échec, on accuse maintenant la libéralisation effrénée de l'économie mondiale, longtemps appelée de nos voeux. Et le paradoxe s'étale tout à fait, quand on nous assure en même temps que la crise est mondiale, et qu'elle ne sera guérie que par une intensification des échanges. Ceux-ci se sont pourtant vite heurtés, dans le domaine agricole notamment, à une saturation du marché. Il

Que faut-il regretter? Il était inévitable que nous perdions une position privilégiée héritée de deux siècles de développement du machinisme, qui avait permis à nos pays occidentaux d'exporter leurs produits dans des conditions. d'autant plus avantageuses que le même progrès ne s'était pas produit dans les autres pays. Il fallait aller vers un équilibrage des activités mondiales, qui ne sera achevé que lorsque les niveaux de vie se seront aussi rejoints. En attendant, on assiste à des scènes de pillage par délocalisations. Nous avions l'offensive. Il nous faut maintenant nous défendre pour réaliser cette évolution sans sombrer dans ses remous. Ces désordres nous cachent peut-être qu'à leur origine, on trouve presque partout, comme chez nous, les déficiences de beaucoup d'économies locales. Or la libéralisation des échanges, bonne en soi, peut aussi bien propager la prospérité que la crise, si chaque pays n'entreprend pas de guérir chez lui les causes internes de sa sous-consommation. En dépit des promesses politiques, la crise s'est prolongée longtemps; et sa récente accalmie ne rassure guère l'homme de la rue ou des campagnes, qui sent que ses causes demeurent, et qui redoute la menace de clash social qu'attire sur nous l'accumulation constante de nos déséquilibres. Et quand d'éminents professeurs en venaient à écrire que notre science actuelle d'économie politique est en crise de pensée; quand des hommes politiques parlaient d'une crise de culture ou de civilisation; quand une campagne électorale précipitée a montré naguère la faiblesse de réflexion des partis, n'est-ce pas en fait vers le simple citoyen qu'il faut se tourner, pour qu'il sache dire maintenant ce qu'il veut? Plus que jamais, celui-ci est aujourd'hui interpellé. Qu'il ne s'en effraye pas. Pour reconnaître à chacune des causes de notre crise la part de responsabilité qui lui revient, et surtout pour découvrir celles que l'on oublie peut-être, il lui faut adopter une démarche plus pragmatique: se demander quels sont encore nos besoins vitaux les plus mal satisfaits, pourquoi notre relative impuissance, et comment la surmonter? Seul ce regard attentif peut nous aider à démasquer les paradoxes qui nous narguent. Ils sont contrastés. Tout se passe d'un côté comme si, par endroits et selon les secteurs, l'économie se saturait, se montrant incapable de consommer tout ce qu'elle sait produire, tandis que l'on y manque d'autres biens vitaux trop rares ou inadéquats. Exemple simpliste, mais combien répandu: en bien des villes, nous ne manquons pas de voitures, mais de place pour les mettre. Plus gravement, c'est souvent la place pour les enfants ou pour les vieillards qui fait défaut, et l'on était venu à donner en exemple de "croissance" des pays où la natalité s'effondrait. Les ironies du langage sont souvent prophétiques.

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En d'autres lieux en revanche, tout se passe comme si la vie s'endormait. Ce sont bien sûr les progrès de la production agricole qui ont les premiers contribué à chasser la main d'œuvre des campagnes, désertifiant de grands territoires, où la femme de surcroît trouve de plus en plus mal sa place sociale. Mais comment expliquer que d'autres activités n'aient pas su, en se développant à leur place, maintenir la population dans des lieux fort agréables à vivre? Il y a là une manière de paradoxe, quand on sait qu'une politique gouvernementale d'après-guerre a fait que les trois quarts de nos Régions comptent, dans leur population active, une plus forte proportion d'emplois industriels que l'lIe de France, notre Région "capitale", tandis que leurs populations ont pour la plupart progressé. Mais les nouvelles activités se sont localisées, et l'on observe en revanche que des pays héritiers de vieux savoir-faire ont souvent perdu des parts de leurs marchés, pour n'avoir pas su se maintenir au niveau de la concurrence. Nos échecs ont été trop répandus pour résulter d'une suite malchanceuse d'erreurs humaines. Quels défauts de pensée ou d'organisation trahissent-ils? La démarche proposée au lecteur pour le savoir sera assez longue, mais elle suivra une logique simple. Dans une première partie intitulée "Bilans", nous constaterons d'abord que les données statistiques dont nous disposons pour évaluer la santé de notre économie donnent bien la mesure de ces paradoxes, pourvu qu'on les interprète avec soin. Certes quelques précautions s'imposent, qui parfois viennent modifier les vues trop simples qui nous sont souvent proposées. Mais dans l'ensemble, elles nous aident à comprendre quels mécanismes ont insupportablement accru dans nos villes le coût de la place de vivre, et ont transformé ces pôles naturels de créativité et d'échanges en foyers de dépréciation de la monnaie, et d'étouffement de la vie. Par opposition, on rappellera quels mécanismes ont prolongé ailleurs des léthargies locales. Dans une seconde partie, intitulée "les leçons politiques", nous retracerons l'histoire des efforts les plus significatifs déployés en France et à l'étranger pour ranimer des dynamismes territoriaux, aussi bien en ville qu'en zones rurales. Ils nous montrent l'ampleur et les limites des résultats qui ont pu être atteints, et quels enseignements nous pouvons en retenir, quand bien même certaines données ont évolué depuis. A cet éclairage historique, s'ajoutent les leçons que l'analyse sociologique des territoires nous donne sur les atouts dont doivent disposer les sociétés locales, pour être en mesure de bien réussir les projets qui leur incombent. Alors se précisera avec force l'enjeu d'une adaptation encore inachevée de nos institutions à une nouvelle géographie sociale. Dans une troisième partie, intitulée "les voies libres", nous montrerons que la mondialisation de la production industrielle et agricole, tout en modifiant

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