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La reconstruction des identités communistes après les bouleversements intervenus en Europe centrale et orientale

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256 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1997
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EAN13 : 9782296337084
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LA RECONSTRUCTION
DES IDENTITES COMMUNISTES
après les bouleversements intervenus
en Europe centrale et orientale Michèle Bertrand, Gilles Campagnolo,
Olivier Le Guillou, Esther Duflo, Pierre Serne
LA RECONSTRUCTION
DES IDENTITÉS COMMUNISTES
après les bouleversements intervenus
en Europe centrale et orientale
L'Harmattan L'Harmattan Inc
5-7, rue de l'École-Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y 11(9
© Éditions l'Harmattan, 1997
ISBN : 2-7384-5239-6 Collection Espaces Théoriques
Dirigée par Michèle Bertrand
Partout où le réel est donné à penser, les sciences de l'homme
et de la société affûtent inlassablement outils méthodologiques et
modèles théoriques. Pas de savoir sans construction qui l'organise,
pas de construction qui n'ait sans cesse à mettre à l'épreuve sa
validité. La réflexion théorique est ainsi un moment nécessaire à
chacun de ces savoirs. Mais par ailleurs, leur spécialisation crois-
sante les rend de plus en plus étrangers les uns aux autres. Or
certaines questions se situent au confluent de plusieurs d'entre eux.
Ces questions ne sauraient être traitées par simple juxtaposition
d'études relevant de champs théoriques distincts, mais par une
articulation rigoureuse et argumentée, ce qui implique la pratique
accomplie, chez un auteur, de deux ou plusieurs disciplines. La
collection Espaces Théoriques a donc une orientation épistémolo-
gique. Elle propose des ouvrages qui renouvellent le champ d'un
savoir en y mettant à l'épreuve des modèles validés dans d'autres
disciplines, parfois éloignées, aussi bien dans le domaine des SHS,
que dans celui de la biologie, des mathématiques, ou de la philo-
sophie. Les Auteurs
Michèle BERTRAND est Professeur de Psychologie So-
ciale à l'Université de Franche-Comté. Docteur d'État, Diplo-
mée de l'Institut d'Études Politiques (Sciences Po). Agrégée de
Philosophie, elle a enseigné à l'Ecole Normale Supérieure
(Ulm) de 1985 à 1995. Membre de la Société Psychanalytique
de Paris. Auteur, entre autres ouvrages, de Spinoza et
l'Imaginaire, PUF, 1984 ; Psychanalyse et sciences sociales,
Editions de la Découverte, 1989 (en collaboration avec
B. Doray) ; La Pensée et le Trauma, Editions L'Harmattan,
1990 ; Pratiques de la Prière dans la France contemporaine,
Editions du Cerf 1993 ; Ferenczi patient et psychanalyste, (en
collaboration), Editions L'Harmattan, 1994. Co-auteur de
Ferenczi's Legacy, New York University Press, 1996, et de
Psichoanalis i Naouki o Pseloveke (psychanalyse et sciences de
l'homme) Moscou, Institut de Philosophie, 1995.
Gilles CAMPAGNOLO est élève de l'Ecole Normale Su-
périeure. Agrégé de Philosophie, il a été également étudiant à
l'Université de Harvard, (Boston).
Esther DUFLO est ancienne élève de l'Ecole Normale Su-
périeure et étudiante au Massachussetts Institute of Economy.
Agrégée de Sciences sociales, elle a enseigné à l'Université des
Sciences Humaines de Moscou en 1993-1994 ; a travaillé dans
une équipe d'économistes conseillant le ministère des Finances
et la Banque Centrale de Russie ; elle prépare au MIT une thèse
d'économie sur la restructuration des entreprises et l'évolution
du marché en Russie.
Olivier LE GUILLOU est ancien élève de l'Ecole Normale
Supérieure, Agrégé d'Histoire et Allocataire Moniteur Norma-
7 lien à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il pré-
pare, sous la direction de G. Noiriel, une thèse sur l'histoire
sociale de l'émigration russe dans la région parisienne, des an-
nées 1920 aux années 1960.
est ancien élève de l'Ecole Normale Supé-Pierre SERNE
rieure et de l'Ecole des Hautes études en Sciences Sociales.
Agrégé d'Histoire. Il prépare, sous la direction de M. Offerlé,
une thèse de Science politique sur l'usage stratégique des pro-
grammes politiques. Chargé de cours à l'Université de Paris I et
chercheur à la Bibliothèque de la Fondation Nationale des
Sciences Politiques.
8 INTRODUCTION
Michèle BERTRAND
Le terme de communisme désigne plusieurs ordres de réali-
tés. Il s'applique d'une part à un corpus théorique dont le réfé-
rence fondamentale est la critique marxienne du mode de pro-
duction capitaliste ; le communisme est aussi un mouvement
social qui a pris naissance au siècle dernier, et dont l'un des
courants, le plus puissant, s'est appuyé précisément sur la pen-
sée marxiste. C'est un ensemble de partis politiques, dont la
situation a été fort inégale : en Europe occidentale ils sont pra-
tiquement toujours restés dans l'opposition ; faibles en Europe
du Nord, ils n'ont été puissants que dans les pays latins :
France, Italie, Espagne, et à un moindre degré, Portugal. Ils
n'ont accédé au gouvernement qu'en des périodes brèves et en
alliance avec des forces politiques plus puissantes. Enfin, le
terme de communisme s'applique également à ce type de ré-
gime que la Russie mit en place à partir des années 1920, et
d'autres pays d'Europe centrale et orientale après la fin de la
seconde guerre mondiale. Que les Etats ayant adopté ce régime
se soient appuyés à un moment ou à un autre sur le mouvement
social, qu'ils aient utilisé le Parti comme mode de hiérarchisa-
tion, ou que par l'idéologie ait pu s'exercer un contrôle social,
ne suffit pas, bien évidemment, à unifier le concept de commu-
nisme.
Notre intention n'est pas ici de définir les différents niveaux
du corpus théorique : théorie sociale, philosophie de l'histoire
ou idéologie. Ce n'est pas non plus de faire l'analyse d'un
mouvement social, d'un parti, ou celle d'un régime, dans des
situations nationales particulières. La question est la suivante :
9 comment le communisme — qu'il soit idéologie, mouvement
social ou régime d'Etat a-t-il pu être l'une des composantes
des identités sociales ? Comment, après tous les bouleverse-
ments intervenus en Europe centrale et orientale en cette fin de
siècle, une identité — des identités — communistes, peuvent-
elles se maintenir ou se reconstruire ?
Une partie de notre enquête a été menée en Europe occiden-
tale : principalement en France, secondairement en Italie. Une
autre partie s'est déroulée sur des sites de l'ancienne URSS :
respectivement Vilnius (Lituanie) et Moscou (Russie). La pre-
mière population est constituée de militants ou anciens militants
des Partis communistes (français et italien). La seconde, de
citoyens d'Etats résultant de l'éclatement d'une Union d'Etats
qui fut le premier exemple, et longtemps le seul, d'un régime
communiste.
Que sont devenues les identités communistes depuis les
bouleversements intervenus en Europe Centrale et Orientale ?
Bien entendu, la question n'a pas le même sens selon qu'il
s'agit de militants français ou italiens, ou d'ex-citoyens soviéti-
ques. Dans le premier cas, il s'agit de militants ou de sympathi-
sants d'un parti ou d'un mouvement, c'est-à-dire de personnes
ayant fait un choix volontaire d'un engagement au service
d'une cause. Dans le second cas, de personnes qui se sont trou-
vées, par le hasard d'une naissance, citoyens d'un Etat commu-
niste. Pourtant, le communisme a été, pour les uns et les autres,
une composante de leur identité. L'expérience militante, au
travers d'une vie de groupe, d'actions collectives, de débats
d'idées, se traduit par une socialisation politique : la socialisa-
tion des ressortissants d'Etats communistes passe par d'autres
canaux : parfois la famille, plus souvent encore le milieu sco-
laire, les mouvements de jeunesse, la vie professionnelle. Ce-
pendant, quels que soient les canaux et les supports de la socia-
lisation, des idéaux sont diffusés, des références communes se
constituent, une gestion de la mémoire collective est assurée. Y
a-t-il des points communs, ou au contraire de profondes diffé-
rences ? Et surtout, après l'effondrement du monde socialiste,
quels sont les modes de recomposition d'une identité politique ?
Gestion de la mémoire et reconstruction du passé, réexamen de
l'histoire du mouvement, de l'histoire personnelle des militants
dans son articulation à ce mouvement ? Et par ailleurs, com-
ment se redéfinit l'identité communiste, ses idéaux et ses va-
10 leurs, ses attentes relatives au futur, quand cette identité com-
muniste est conservée ?
Ce sont des questions dont l'ampleur nécessitera sans doute
des recherches nombreuses et diversifiées. Les auteurs présents
ne prétendent qu'y apporter leur contribution.
Cet ouvrage est le fruit des travaux d'un collectif de recher-
che qui s'est réuni dans le cadre d'un séminaire, animé par Mi-
chèle Bertrand, de 1993 à 1995, à l'Ecole Normale Supérieure.
Ce collectif était constitué par Gilles Campagnolo, Esther Du-
flo, Olivier Le Guillon, Pierre Serne. Ont également participé à
la phase initiale de la recherche Patrice Arnaud, Mathias Girel,
Thierry Hoquet, Eloïse Lièvre, Marielle Macé, et Delphine
Serre.
L'enquête, qui s'est déroulée avec le soutien du Programme
Europe du CNRS, a permis de recueillir quatre-vingts trois en-
tretiens. Ces entretiens ont été réalisés d'une part auprès de
personnes qui ont été des militants ou des sympathisants des
Partis communistes français et italien, et pour quelques uns, de
la Ligue communiste révolutionnaire (A. Krivine), d'autre part
auprès de ressortissants de l'ancienne URSS. Pour ces derniers,
il ne s'agissait pas de cerner une identité militante, mais plutôt
de repérer les traces d'une culture communiste imprimée par
soixante-dix ans de régime soviétique.
Sur l'ensemble de ces 83 entretiens, 37 ont été effectués en
France, 23 en Lituanie, 17 en Russie (Moscou) 6 enfin en Italie
(Pise). Nous remercions toutes ces personnes qui ont participé à
l'enquête en nous faisant part de leur expérience militante. Par
respect pour elles, nous ne les avons désignées que par leurs
initiales, à l'exception de quelques personnages publics, qui ont
accepté d'être nommés. L'enquête s'est également appuyée sur
l'analyse de documents déjà publiés sous la forme de mémoires,
récits autobiographiques, interviews accordés à la presse, essais.
Comment, au cours d'une vie, se modifient les croyances et
les pratiques des militants ? Ou plutôt, à travers leurs récits,
comment se modifie le regard qu'ils portent sur ce qu'ils ont
cru et sur ce qu'ils ont fait ? Quels événements ont-ils pu avoir
valeur de fracture ? Quels signes ont-ils fait office de révéla-
teurs ? Et quel avenir ces militants imaginent-ils ou espèrent-ils
de leur place présente ?
On ne pouvait traiter des identités communistes de la même
façon dans les pays d'Europe de l'Ouest (France et Italie), et
11 ceux d'Europe centrale et orientale. Sans doute, l'identité poli-
tique se définit-elle à partir d'idéaux communs, de l'adhésion à
une idéologie, voire de l'appartenance à un Parti ou mouvement
politique. Mais, en France ou en Italie, l'appartenance est celle
qui résulte d'un engagement volontaire ; elle fait du commu-
niste le membre d'un Parti d'opposition ; le communisme se
situe dans un au-delà de la réalité présente, comme projet ou
comme utopie. La situation est radicalement différente dans les
pays d'Europe de l'Est, où le communisme s'est incarné dans
des institutions et un type de régime économique et politique, et
où il appartient au passé, où les adhésions ont été souvent une
question d'obligation ou d'opportunisme. De plus, le moment
où les entretiens ont été réalisés, est encore trop proche de la
chute de ces régimes pour qu'il n'y ait pas un effet de distor-
sion ; par exemple, toutes les personnes interrogées manifestent
une réaction de rejet (et de désidentification) à l'égard du com-
munisme. Une évolution est d'ailleurs possible, on peut en sai-
sir les prémices à une année de distance.
Pour ces différentes raisons, on a choisi de traiter différem-
ment de l'identité communiste selon qu'il s'agissait d'entretiens
réalisés en Europe occidentale ou en Europe orientale.
S'agissant des militants français, italiens, (voire espagnols rési-
dant en France), on a posé ouvertement la question de l'identité
communiste : et cela faisait d'autant moins problème que cette
question de leur identité est souvent posée dans les instances
partisanes elles-mêmes. S'agissant des Lituaniens ou Russes, on
a plutôt fait appel aux représentations rétrospectives du passé de
leur pays, de même qu'aux représentations qu'ils ont des chan-
gements en cours. L'identité communiste se manifeste davan-
tage par l'intégration de valeurs, d'idéaux ou d'habitus conçus
comme représentatifs d'une communauté nationale, qu'à travers
des choix ou des engagements volontaires. Pour eux, c'est pour
une large part en termes d'identité nationale que se pose la
question de l'identification à des idéaux sociaux de type com-
muniste, ou de la désidentification ostensiblement revendiquée
par certains.
Tenant compte de la réaction de rejet dans l'immédiat après-
coup de l'effondrement des régimes socialistes, et de tout ce qui
peut fausser par son excès la perception des changements, nous
n'avons pas voulu interroger nos interlocuteurs aussi directe-
ment que les militants français ou italiens. Il nous a paru préfé-
12 rable de les questionner sur leur appréciation des transforma-
tions de leur société, des éléments qu'ils jugeaient favorable-
ment, des critiques qu'ils formulaient. En filigrane de ces pro-
pos on peut saisir la nature des valeurs auxquelles ils adhèrent,
et le degré d'identification à des idéaux à l'égard desquels ils
peuvent par ailleurs marquer de la distance.
La première partie de cet ouvrage est consacrée aux com-
munistes français. Les modes de constitution d'une identité
communiste militante ont été recherchés à travers trois indica-
teurs : la construction d'une trajectoire politique ; l'idée d'une
« conversion » conçue à la fois comme moment fondateur et
processus permanent ; enfin, les idéaux et leurs remaniements
successifs.
- La construction d'une trajectoire : l'interviewé reconstruit
ses souvenirs dans une situation précise, déterminée à la fois
par sa position temporelle relativement aux événements rap-
portés, par la compétence supposée à l'interlocuteur (on ne
s'adresse pas de la même façon à un contemporain et à un jeune
chercheur qui n'a pas connu les périodes évoquées), et par la
visée implicite du récit. Les récits d'adhésion permettent de
repérer les stratégies de reconstruction de l'identité commu-
niste, plus que la description d'événements passés. Même si les
événements sont rapportés fidèlement, ils sont réorganisés de
façon à prendre sens dans l'itinéraire personnel. (Michèle Ber-
trand).
- L'idée de « conversion » : L'idée d'une conversion a pour
objectif d'évaluer le rapport (et la modification du rapport)
entre l'histoire personnelle et celle du Parti ou mouvement de
référence. Les représentations que se font les militants de leur
Parti, (de son histoire, de son évolution, de l'activité des diri-
geants, des rapports avec le monde socialiste), indiquent le de-
gré d'identification à ce Parti ou au contraire l'écart, la distan-
ciation critique qui s'est instaurée à l'égard de ce parti. (Gilles
Campagnolo).
- Enfin une typologie des idéaux sociaux du communisme
(et des transferts d'une valeur à une autre) a été esquissée à
partir des significations proposées aujourd'hui pour le commu-
nisme, significations qui sont toutes représentatives des
13 « valeurs » partagées par ceux qui se réfèrent au communisme.
(Pierre Serne et Esther Duflo).
La seconde partie comporte trois monographies. Les deux
premières concernent des personnes qui eurent la citoyenneté
soviétique, mais dans des conditions bien différentes. Les unes
appartiennent à la nation lituanienne, rattachée à l'URSS après
la seconde guerre mondiale, après avoir été pendant une ving-
taine d'années un Etat autonome. Dans cette république balte de
l'Union soviétique, a subsisté un fort courant nationaliste :
l'identité nationale s'est constituée, en quelque sorte, dans une
relation à la fois dépendante et conflictuelle vis à vis de l'Union
soviétique. L'étude documentée et approfondie de Olivier Le
Guillou analyse finement toute la complexité de cette identité,
selon des critères d'ordre culturel, économique et social.
Pour les Russes, l'identité soviétique et nationale sont si
étroitement liées que l'on peut se demander si l'effondrement
de l'Union soviétique n'entraîne pas une perte d'identité plus
radicale. C'est une trop vaste question pour que l'on puisse y
répondre dans les limites de notre enquête, mais la typologie,
esquissée par Esther Duflo, des modes de recomposition de
l'identité, en fonction des capitaux culturels, économiques et
symboliques, apporte une indication précieuse.
La dernière monographie est consacrée aux intellectuels
communistes italiens. L'étude de Gilles Campagnolo, par son
ampleur, dépasse le cadre des six entretiens qu'il a réalisés à
Pise. C'est bien plutôt, à travers six itinéraires individuels,
l'histoire du P.C.I. qui se lit en filigrane, avec ses ancrages et
ses points forts, mais aussi ses divisions qui conduisent à
l'éclatement en deux partis. L'analyse des stratégies personnel-
les, des raisons invoquées pour justifier les choix effectués,
permet de cerner ce qu'a pu être, ce qu'est encore, cette identité
communiste.
14 PREMIÈRE PARTIE
LES COMMUNISTES FRANÇAIS CHAPITRE I
RECONSTRUCTION DE LA MEMOIRE
ET TRAJECTOIRE POLITIQUE
Michèle BERTRAND
Les communistes, plus que tout autre groupe, s'interrogent
aujourd'hui sur leur identité. Certes, le mythe du paradis socia-
liste n'avait plus cours depuis longtemps. Le Parti communiste
français avait pris ses distances avec l'exemple soviétique, les
militants s'irritaient quand, au lieu d'entendre leurs proposi-
tions, on leur faisait « prendre le train pour Moscou ». L'idée
d'un « socialisme aux couleurs de la France » était acquise. Il
n'en demeure pas moins que les bouleversements récemment
intervenus en Europe centrale et Orientale ont fait l'effet d'une
onde de choc. Même si certains disent rétrospectivement s'y
être attendus, si d'autres estiment que le destin de leur pays
n'est pas concerné, si beaucoup enfin prétendent que cet écrou-
lement d'une société qui se voulait socialiste n'ébranle en rien
leurs convictions, l'on ne peut manquer de se demander si ces
déclarations — ou ces dénégations — ne sont pas l'expression
d'une stratégie défensive, soutenant l'effort pour persévérer
dans l'être, qui définit une identité. Corrélativement aux trans-
formations géopolitiques, s'ajoute la perte d'influence du Parti
communiste dans un pays d'Europe occidentale où il était tra-
ditionnellement l'un des plus forts partis d'opposition. Tout
cela devait conduire à s'interroger sur l'écho, dans la con-
science des militants, de ce qui ne pouvait être perçu par eux
que comme une défaite de leur idéal. Comment cette défaite
17 est-elle négociée ? Par quelles voies, quelles stratégies,
l'identité communiste a-t-elle pu (ou non) être maintenue ou
reconstruite ?
Il se trouve que, partie à cause de la méthodologie choisie
(une partie de l'enquête s'appuie sur des entretiens avec des
militants ou d'anciens militants), partie du fait de nos interlo-
cuteurs, ces entretiens ont pris la forme du récit de vie : cette
forme est elle-même un mode de reconstruction de l'identité.
L'une des conséquences en a été de privilégier la dimension
temporelle de la constitution de l'identité communiste, c'est à
dire de la montrer comme un processus dynamique, et non
comme un état ; de montrer que cette identité a été sans cesse
l'objet d'un travail, en particulier d'un travail de réorganisation
de la mémoire. D'un travail destiné à la définir, à la maintenir à
la fois contre les difficultés rencontrées dans tout procès
d'objectivation, et contre une conflictualité latente. En outre, il
n'y a pas à proprement parler une identité communiste, mais
des identités plurielles, et ceci en dépit du fait que
l'appartenance au groupe, l'apprentissage de ses règles, la
communauté de ses références idéologiques, le partage des
valeurs, créent indiscutablement des habitus communs. Les
communistes ont beau se ressembler dans leurs rapports mu-
tuels, leurs rapports aux autres groupes et leurs façons de penser
le monde et d'en parler, ils diffèrent aussi les uns des autres. Ils
ne diffèrent pas seulement en raison de leurs origines sociales,
géographiques ou culturelles, ou encore à la mesure des respon-
sabilités qu'ils exercent dans le Parti, mais aussi dans leurs
façons de percevoir la réalité, d'interpréter les événements, et
plus généralement dans les modalités et l'intensité des croyan-
ces qui les animent.
On peut certes concevoir l'identité en termes
d'appartenance : appartenance à un groupe social, doté d'une
organisation, de structures propres ; un groupe qui se fixe des
objectifs et des stratégies, et qui rencontre des contraintes spéci-
fiques. Mais on peut également concevoir l'identité' comme
l'unité du sujet à travers ses multiples appartenances sociales, et
comme sa permanence à travers ses appartenances successives.
Il va de soi que les deux conceptions valent pour les com-
munistes français. L'appartenance (ainsi que le sentiment
1. Cf. Michael Pollak, L'univers Concentrationnaire, Paris ed A.M.Métaillié.
18 d'appartenance) tient pour une large part aux structures fortes
du groupe. La prégnance de l'organisation collective, de ses
exigences et de ses contraintes y est particulièrement marquée.
Mais peut-être justement les sociologues et politologues ont-ils
trop exclusivement insisté sur cet impact de l'organisation',
montrant le Parti communiste comme une institution « totale »
au sens goffmanien du terme, et analysant l'engagement com-
muniste comme une sorte d'abnégation monacale ou
d'obéissance militaire. Ces aspects existent, indéniablement,
mais il faut en relativiser l'importance : car des modes différen-
ciés d'appartenance au groupe, et de négociation des contradic-
tions qui en résultent, sont reconnaissables. L'identité commu-
niste n'est pas aussi homogène que l'analyse purement institu-
tionnelle pourrait le faire croire.
Deuxième remarque : on sait que la forme narrative impli-
que plusieurs positions temporelles : tout d'abord, le narrateur
met l'événement qu'il rapporte en relation avec des événements
ultérieurs inconnus des acteurs (de lui-même, s'il s'agit d'un un
récit de vie) au moment où cet événement avait lieu 3. A cela
s'ajoute, selon Ricoeur, 4 que les deux événements sont eux-
mêmes passés par rapport au moment de l'énonciation. Ainsi,
lorsque le militant évoque, par exemple, les circonstances dans
lesquelles il est devenu communiste, ou les vicissitudes à tra-
vers lesquelles il a maintenu (ou abandonné) son appartenance,
il peut, à différentes périodes de sa vie, changer ses références
temporelles ; et de plus, les circonstances de l'énonciation se
modifient elles aussi : c'est dire que la construction de l'identité
à travers un récit n'est pas nécessairement définitive. C'est une
image susceptible d'être ultérieurement transformée. Certains
d'entre nous l'ont constaté en interrogeant la même personne à
un an, voire deux ans de distance.
Enfin il convient d'interroger la dimension subjective de la
croyance, le rapport du sujet à son idéal, et par là d'approcher
d'une certaine façon la question de l'emprise des idéaux so-
ciaux, emprise qui se maintient parfois de façon surprenante,
alors même que la base objective de ces idéaux, c'est-à-dire
2. Cf en particulier les travaux d'Annie Kriegel, Les Communistes français,
Paris, Seuil, 1968.
3. Cf A. Danto, Analytical Philosophy of History, Cambridge University Press
1965.
4. Cf P. Ricoeur, Temps et Récit I, Seuil, Paris, 1984.
19 leur chance de réalisation, semble avoir perdu toute consistance.
A l'inverse, on assiste parfois à leur brusque effondrement,
alors qu'ils avaient été maintenus jusque là contre vents et ma-
rées, parfois au prix de nombreuses couleuvres avalées. Quel
événement a-t-il fait fracture, quelle signification a-t-il pris à un
moment donné de l'histoire de l'intéressé ?
Devenir communiste : la construction de l'adhésion
Une première tendance se dessine : la façon de raconter
l'adhésion diffère selon l'âge. Chez les militants les plus jeunes
(moins de 30 ans), l'adhésion est présentée comme une décision
réfléchie, prise au terme d'une délibération.
L'explication par la décision
je suis devenu communiste Un jeune interlocuteur déclare :
en 1985. Cette adhésion était mûrement réfléchie [...] Au dé-
part, une approche plutôt théorique du marxisme, des oeuvres
de Marx., qui non seulement a pu focaliser un élément de ré-
volte, mais surtout m'a ouvert des horizons jusque là cachés. Et
un voile s'est déchiré, donc, à travers cette approche théorique,
l'apparence à si je puis dire, ce qui m'a permis de passer de
formidable déto-l'essence des choses. Cela a été pour moi un
nateur (A.B., 28 ans).
raisons de l'adhésion : Ce qui est mis en avant, ce sont les
les raisons sont parfois d'ordre intellectuel (l'inefficacité du
capitalisme), plus souvent d'ordre éthique : refus de l'injustice,
révolte contre le racisme. Les jeunes militants — c'est un trait
caractéristique des sujets jeunes — manifestent une répugnance
à l'égard de tout ce qui pourrait apparaître comme trop person-
nel, voire « psychologique », dans leurs motivations. Ils préfè-
rent invoquer des considérations d'ordre général sur la société
et le monde actuels. Un élément plus personnel cependant appa-
raît chez plusieurs d'entre eux : l'exemple d'un proche, père,
mère ou frère aîné, que l'on admire et que l'on respecte. Her-
vé P., 27 ans, évoque ainsi
« l'image que j'avais de mes parents militants et de leur at-
tachement à consacrer du temps aux autres. Je parle surtout du
20 militantisme de ma mère qui était adjointe au social 5 ; il y avait
constamment du monde à la maison pour régler les problèmes
sociaux ; entre midi et deux heures, généralement elle ne dé-
jeunait pas, parce que les gens venaient la voir pour un loge-
ment ou une aide sociale. C'est tout ça qui m'a fait prendre
conscience qu'il fallait consacrer du temps aux autres et se
battre dans la vie. »
Devenir communiste n'est cependant pas pour tous un che-
min aussi simple, ni aussi lisse : David B., 21, ans étudiant en
philosophie, semble tiraillé entre une adhésion de conviction à
l'idée communiste, et le refus d'appartenir à un parti ou une
organisation ; ce qui est au premier plan dans son propos, c'est
l'expérience très douloureuse de l'exclusion, qu'il a faite très
jeune, et le sentiment qu'aujourd'hui précisément, les commu-
nistes sont rejetés. Il raconte son arrivée au collège « très bour-
geois » d'Enghien. On a découvert que son père était à la CGT,
« donc communiste », et ça, dit-il, ça m'a suivi jusqu'à la ter-
minale.
Quand on discutait, il arrivait qu'on parle de politique, à
l'occasion d'émissions de télévision, par exemple. Quelqu'un
venait, on susurrait comme si je n'entendais pas : tu sais que
son père est à la CGT ? Qu'il est coco ? Coco, Caca... etc..
Tout ce qui se passe dans la tête d'un garçon de 10 ans, et plus
tard, quand il entend ça. Qu'est-ce qu'il voit ? La méchanceté,
d'abord, la méchanceté gratuite et bébête. Il ne voit pas la mé-
chanceté isolément, il voit la méchanceté du plus grand nom-
bre. Ca fait mal, et en même temps c'est minable. Et quand
l'enfant (et j'estime que quelqu'un qui prend de l'âge, 15, 16
ans, est encore un enfant) quand l'enfant voit que ce qu'il a dit,
en l'occurrence le communisme, c'est l'objet de la vindicte
collective, ce qui se passe dans sa tête, c'est : 'Voilà. Ce que
mon père pense, mais aussi ce que je pense moi-même avec plus
ou moins de connaissance, c'est ce que tous les autres rejettent
violemment. Et ce qui marque alors, c'est de se dire que parce
qu'une cause est foulée aux pieds par le plus grand nombre...
Je crois que beaucoup de communistes ont connu la méchan-
ceté gratuite, le bouc émissaire tout désigné. Pas au départ la
5. Maire-adjoint de la municipalité d'A., chargée des questions sociales ; par
la suite, elle devint maire de la même commune.
21 victime, mais quelqu'un contre lequel il est facile de jeter des
pierres. [...] Je ne pense pas que l'on choisisse d'être un oppo-
sant. J'ai tendance à penser, au contraire, que tout un chacun a
envie de ressembler à tout le monde, a envie d'être avec les
autres, de faire partie de la bande, ne serait-ce que parce que
c'est plus simple, que la vie est plus agréable comme ça. »
L'explication causale
Chez les militants plus âgés, (en particulier, les personnes
âgées de 50 ou 60 ans), on trouve deux traits caractéristiques :
la construction de l'adhésion se présente davantage comme une
analyse explicative, mettant en avant des causes 6, et d'autre
part, ces militants cherchent à établir un fil conducteur pour
éclairer leur parcours, ils essaient de retrouver la continuité et la
logique d'un itinéraire.
Comment comprendre cette différence ?
Tout d'abord intervient l'éloignement temporel du moment
de l'adhésion : pour les uns, elle est récente, pour les autres
ancienne : rien d'étonnant dès lors que la construction de
l'identité se présente pour ces derniers comme un retour sur le
passé et sur les origines. De plus, la construction de l'identité,
chez les plus jeunes, concerne leur présent : que sont-ils au-
jourd'hui ? Et pourquoi ? Chez les plus âgés, il s'agit de cons-
truire la représentation d'une identité dans la durée, de ce qui
fait la permanence de cette identité, en dépit des vicissitudes
que leur engagement communiste a pu connaître. La question
pour eux est plutôt : que suis-je devenu ? Ils espèrent apporter
une réponse telle que ce qu'ils sont devenus ait encore, ou tou-
jours, un sens.
L'explication par les causes peut se faire de différentes ma-
nières : l'une d'entre elles invoque les particularités d'une tra-
dition familiale (la socialisation) ; une autre enracine
l'engagement politique dans une condition sociale ; enfin c'est
dans la référence à certains événements historiques que plu-
sieurs interviewés situent les « causes » de leur engagement.
Cette approche par « les causes » n'exclut en rien une explica-
tion par les « raisons » ou par les « motifs », mais elle est mise
au premier plan.
L'art 6. Sur la distinction entre raison et cause, on se référera à : Boudon, R.
de se persuader, Paris, Fayard, 1990, chapitre I : Les puissances qui nous
poussent à consentir, cette distinction étant reprise à Simmel.
22 La socialisation familiale
Pour moi, l'idéologie communiste n'a fait aucun problème,
puisque j'ai été élevé tout à fait dedans. Ma mère était une
communiste militante, même de façon excessive. Elle était en-
trée en communisme comme on entre en religion, et toute sa vie
a été vouée au communisme. C'est une militante acharnée. Je
ne la voyais que très peu le soir, à la maison, car tous les soirs
elle avait des réunions. Et donc, je me suis trouvé plongé dans
ce milieu, et mon adhésion n'a posé aucun problème. (Marc R.,
médecin, 55 ans).
Je ne peux pas dire avec précision quand j'ai adhéré au
Parti communiste, parce que ça se perd dans la nuit des temps.
Je n'ai jamais adhéré au communisme, j'ai toujours été com-
muniste. Je suis d'une famille communiste, j'étais Vaillant
quand j'étais petit. Plus tard, j'étais à l'UJRF 7. A un moment
donné, ce devait être aux alentours de ma seizième année, je
suis passé de l'organisation de jeunesse à l'organisation du
Parti. (J. T. , chercheur, 60 ans).
Comment je suis devenue communiste ? C'est d'abord un
contexte familial. Mon père était un militant du PC, et toute
jeune j'ai été baignée dans ce milieu. On m'a emmenée à des
réunions. Il y avait des campagnes électorales qui étaient pré-
parées à la maison. Donc, j'ai été baignée dans. Au contact de
ces luttes. Et j'ai... Je suis partie comme ça. (Mme E.R., pro-
fesseur, 45 ans).
Pour beaucoup, donc, le communisme semble avoir été
transmis par le milieu familial comme d'autres éléments de
socialisation. Il y a, comme chez les jeunes militants, (cf infra),
une référence à l'engagement des parents. Mais, contrairement
aux apparences, cette référence ne fonctionne pas de la même
façon : chez les jeunes militants, les parents ont été un exemple,
c'est l'accord de leur vie avec leurs idées qui est valorisé,
l'exemple est pour eux le modèle d'une action à mener. Chez
les militants plus âgés, ce qui prédomine est plutôt le souci de
montrer une continuité familiale, la transmission d'un héritage
symbolique entre parents et enfants. Enfin, dans certains cas,
cette transmission s'inscrit dans une action héroïque, qui a
coûté la vie à ce parent : ainsi, reconnaître cet héritage est la
seule manière de préserver quelque chose de ce parent et de
7. Union des Jeunesses Républicaines de France, mouvement de jeunesse
d'obédience communiste.
23 faire que son sacrifice n'ait pas été vain. Mme J.C., 69 ans, est
la fille d'un dirigeant du Parti communiste qui a été arrêté pen-
dant la guerre, interné à Chateaubriant, puis déporté à Matthau-
sen où il est mort. Elle explique ainsi son propre engagement :
Je voulais simplement faire ce que mon père avait fait.
J'avais trouvé que c'était tellement injuste, avec les idées géné-
reuses qu'il avait... Nous l'admirions beaucoup. Toutes les
batailles qu'il a menées pour défendre les ouvriers, les pauvres,
les malheureux... Tout ça nous a influencés, et à la fin de la
guerre, comme il n'est pas revenu, j'ai dit : moi je prends sa
place, et je continue le combat.
Dans la problématique de l'adhésion se constitue tout un
imaginaire ; on peut en relever les indices dans les termes ou les
métaphores choisies. Par exemple, la métaphore du bain (j'ai
été baigné dans un milieu militant, j'ai été baigné au contact des
luttes), comporte une référence à l'origine ; la symbolique du
bain est celle d'une naissance. De même, quand on dit : j'ai
sucé le lait du communisme au biberon, il s'agit d'un don
transmis avec la vie : le bain, symbole de naissance ; le lait,
première nourriture, indiquent le caractère originaire de
l'appartenance au communisme.
:je suis devenue communiste le Une déclaration du type
situe l'origine dans le sujet lui-même. A l'inverse 3 mars 1951'
des cas précédents, il ne s'agit pas d'une transmission, mais
d'un événement qui fait rupture : d'ailleurs, le narrateur précise
que sa famille n'était pas communiste, qu'il n'y avait pas de
militants dans son milieu d'appartenance. Dans ce mode de
présentation, il y a une insistance particulière sur le caractère
inaugural, premier, de la décision personnelle. C'est
l'événement fondateur, ayant orienté le destin ultérieur de celui
qui parle.
On notera les réminiscences littéraires, religieuses ou philo-
sophiques des termes choisis ; le voile déchiré évoque le dé-
voilement, (apocalypsis, apocalypse), ou la révélation, rejoi-
gnant aussi l'opposition platonicienne entre l'essence et
l'apparence des choses. Le « formidable détonateur » souligne
la soudaineté de la transformation, sans préjuger de ce que peut
impliquer encore cette métaphore « explosive ».
24 Différentes modalités du récit d'adhésion deviennent ainsi
repérables. Le narrateur insiste parfois sur la continuité, parfois
au contraire sur la rupture. Il choisit les métaphores de la trans-
mission ou à l'inverse celles de l'événement inaugural. Il re-
connaît avoir reçu un don ou au contraire se présente comme
celui qui est à l'origine de son propre destin, celui qui a fait en
son nom propre un choix, choix qui le fonde comme sujet.
Dans les récits de « conversion » religieuse, les mêmes op-
positions se retrouvent parfois ; l'accent peut être mis sur la
transmission d'un don qui remonte aux sources mêmes de la
vie, ou à l'inverse sur la brusque illumination qui saisit le sujet
derrière un pilier de Notre-Dame tel jour, à telle heure. Ces
présentations sont à prendre en considération, sans aucun
doute ; il convient cependant de les interpréter non comme des
faits objectifs, mais comme des traits subjectivement significa-
tifs, éclairant les grands moments d'un itinéraire personnel.
Parfois le récit d'adhésion prend la dimension d'un véritable
« roman familial » (au sens freudien du terme), le narrateur se
dotant d'une généalogie qui a ses lettres de noblesse.
Je suis né avec le communisme. Mon père était un militant
communiste. 11 a adhéré en 1920 au Congrès de Tours.
D'ailleurs moi-même j'ai dû être conçu au mois de décem-
bre 1920. puisque je suis né au mois d'août 1921, soit neuf mois
après [...] (Raymond R. , 72 ans)
A l'entendre, Raymond R. n'est pas simplement « né dans le
communisme ». La naissance du Parti et sa propre naissance se
confondent en un seul événement. Le choix même de son pré-
nom est surdéterminé. Il vient « remplacer » un mort illustre,
dont le souvenir est associé à la révolution de 1917.
Ce n'est pas par hasard que je m'appelle Raymond. C'est en
souvenir de Raymond Lefebvre qui a été le fondateur de
l'ARAC et qui a disparu en Mer Noire, je crois, d'après ce que
mon père m'a raconté, en allant rejoindre la jeune Révolution
soviétique. Je suis marqué par le sceau de la Révolution, dès le
départ.
Dans la problématique de l'adhésion, le choix des termes et
des métaphores n'est ni indifférent, ni dépourvu de sens.
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