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LA SANCTION

De
137 pages
L'auteur traite ici une question essentielle et pourtant souvent tabou, celle de la sanction. Qui peut oser dire qu'il ne s'est jamais posé cette question ? Pour comprendre ce qui se passe quand la question de la sanction se pose, l'auteur recourt aux ressources de l'histoire de la philosophie mais aussi à celles de la mythologie ; il s'efforce de comprendre le sens des positions dans ce domaine, et clarifie quelques enjeux fondamentaux : la signification et les visées de l'acte éducatif, la loi, l'autorité... avant de préciser ce qu'il faut entendre par sanction éducative. Cet ouvrage fait suite à Eduquer et Punir, qui retraçait l'évolution historique des pratiques punitives dans les lieux d'enseignement.
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LA SANCTION Petites méditations à l'usage des éducateurs

Du même auteur, dans la même collection
Penser la sanction. Les grands textes Une anthologie sur la sanction en éducation: soixante-dix-huit auteurs rassemblés (philosophes, pédagogues, psychanalystes), plus de loo textes proposés.

@ Éditions l'Harmattan, 1997 ISBN: 2-nS4-5521-2

Eirick PRAIRA T

LA SANCTION
Petites méditations à l'usage des éducateurs

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan 55, rue Saint- Jacques Montréal (Qc)-CANADA H2Y I K9

Collection Forum de l'IFRAS
Janine DEJONGHE, Paul-Elie LEVY, Christiane RIBONI

Maurice Blanc, Guy Didier Anne Flye-Sainte Marie "immigrés en Europe: Le défi citoyen. "
Février Roger 1996. Bertaux
"

"Pauvres et marginaux dans la sociétéftançaise. Février 1996 . (réedition) Alain Brossat "Un communisme insuportable" Février 1997

José Rose, Bernard Friot ''La construction sociale de l'emploi des années 60 à aujourd'hui. Novembre 1996.
Giuseppina Santagostino "Shoah, mémoire et écriture, Primo Levi et le dialogue des savoirs" Avril 1997

"

Stoian Stoianoff-Nenoff "Qu'en dira-t-on? Une lecture du livre XlI du Séminaire de Jacques Lacan" Février 1996.

Le Forum de l' IFRAS organise chaque année, conférences, colloques et journées d'érudes. Cette collection publie des ouvrages liés aux problématiques plurielles développées dans ces diverses manifestations. Les thé mes abordés se situent dans le champ des sciences humaines et des questions sociales: psychanalyse, sociologie, travail social, histoire, philosophie.

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PREFACE

Pour beaucoup de ceux qui s'intéressent aux choses de l'éducation, l'approche philosophique apparaît aujourd'hui comme particulièrement abstraite, fort éloignée des préoccupations quotidiennes des éducateurs, engluée dans des références vieiIJorres et des spéculations lointaines. C'est pourquoi, sans doute, lui préfère-t-on volontiers la sociologie de l'éducation, croyant qu'eIJe nous place devant des phénomènes "objectifs" présentés avec toutes les précautions scientifiques requises. On néglige aussi la philosophie au profit de la psychologie, imaginant que celle-ci nous livre les clés de J'efficacité éducative en éclairant "la boîte noire" que constituent l'inteIJigence et la conscience de l'enfant. Pour peu que cette "psychologie" s'acoquine avec la "didactique" et flirte avec les neurosciences, pour autant qu'elle s'entiche d'épistémologie et n'ait que le mot "cognitif' à la bouche, et voilà que l'on s'émerveille: "Finies les rêveries pédagogiques... Révolu le temps des militants généreux mais terriblement naïfi... Enfin voici une science dure, des certitudes fiables, des outils scientifiques efficaces pour sortir du Moyen-Age éducatif.' ': Le philosophe, alors, a bien du mal à faire entendre sa voix; il tente maladroitement, avec le mauvais esprit qui le caractérise, de faire remarquer que tout cela ressort de conceptions implicites de l'éducation, de projets philosophiques et politiques dont on peut légitimement s'inquiéter, de terribles malentendus sur le concept même d'éducation. Mais on le renvoie vite à ses chères études. Demande sociale aidant, crise des valeurs et mystification technologique étant au rendez-vous, on lui signifie avec la suffisance de ceux "à qui on ne la fait pas" qu'il peut bien continuer à méditer sur les fins, comme jadis Descartes dans son poêle, mais que cela n'empêchera pas le monde de tourner et ne concerne nullement les praticiens de l'éducation. Et c'est là où précisément nos "scientifiques" se trompent; ils se trompent parce qu'ils ne sont pas des praticiens de l'éducation et qu'ils ne connaissent pas grand-chose de la vie et des préoccupations de ceux-ci. Car, s'ils prenaient la peine de les rencontrer et de les écouter, ils comprendraient bien vite que leurs problèmes, les problèmes les plus triviaux et les plus quotidiens, mais ceux, aussi, qui les préoccupent vraiment, ceux qui les inquiètent au nom même des exigences de la

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"profession" qu'ils exercent, sont des problèmes essentiellement philosophiques. Bien sûr, comme tout homme affronté à des tâches et ayant à remplir une fonction sociale, l'éducateur a besoin d'être instrumenté; il doit maîtriser des savoirs et des savoir-faire, connaître les règles du jeu de l'institution à laquelle il appartient, savoir faire bonne figure avec les différents partenaires qu'il tencontre... Mais qui peut penser que le métier d'éducateur se réduit à l'ensemble des compétences nécessaires pour l'exercer? Il faut une bonne dose d'aveuglement pour le croire; il faut n'avoir jamais pris le temps d'écouter un éducateur dire les inquiétudes qui le travaillent et les questions qui le taraudent, tout ce qu'il tente parfois d'oublier dans l'activisme technologique ou le fatalisme cynique, mais tout ce qui affleure sans cesse dès qu'il ouvre les yeux sur les "petits d'hommes" qu'il est chargé, tout à la fois, de domestiquer et d'affranchir. Il y a là des "questions premières", toujours ouvertes et qui, sans doute, nous maintiennent en vie, de ces questions que l'on n'ose pas toujours avouer à ses collègues de crainte de paraître faible ou "anormal", de ces questions philosophiques étranges qu'on peut retrouver aussi bien chez Saint-Augustin, Rousseau, Pestalozzi, Albert Thierry, Durkheim ou Célestin Freinet: comment apprendre à faire quelque chose que l'on ne sait pas faire? Ai-je le droit de décider de ce qui est bien pour l'autre à sa place? Et si je ne le décide pas, n'est-ce pas que je le suppose déjà éduqué alors que je suis chargé précisément de faire son éducation? En prenant l'autre pour ce que je voudrais qu'il soit - libre ou, au moins, autonome est-ce que je ne l'empêche pas de le devenir? Et si je n'anticipe pas sa liberté, comment pourrai-je la faire advenir? Ai-je jamais le droit de désespérer de quelqu'un? Mais si je m'obstine au delà du raisonnable - à supposer que je sache où en est la limite - ne vais-je pas basculer dans la violence? A trop croire dans l'éducabilité de l'autre ne vais-je pas, moimême, y laisser ma peau? Ne faut-il pas, comme le dit Jankélévitch, "s'économiser un peu pour pouvoir continuer à se donner"? Mais, à force de s'économiser, n'arrive-t-on pas à l'indifférence et à l'égocentrisme ?.. Et l'on pourrait continuer ainsi, pendant des pages et des pages, à égrener des questions, des "questions à vivre", contre toutes les réductions technocratiques qui espèrent, plus ou moins secrètement, éliminer le facteur proprement humain de l'entreprise éducative. Parmi ces questions, ce livre en traite une, essentielle et pourtant souvent tabou, celle de la sanction. Qui peut oser dire qu'il ne s'est jamais posé cette question? Et qui peut espérer que cette question soit un jour traitée par des solutions à caractère "scientifique" ? Gardons-nous ici de cette terrible "fiction scientifique" dont la "science-fiction" nous a depuis longtemps dévoilé le vrai visage.

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Pour comprendre ce qui se passe quand la question de la sanction se pose, l'auteur recourt aux ressources de l'histoire de la philosophie mais aussi à celles de la mythologie; il s'efforce de comprendre le sens des positions dans ce domaine et son effort de clarification exemplaire nous rend intelligents à nous-mêmes: à la lectUre de son texte et de ses tableaux nous avons le sentiment d'y voir un plus plus clair; là où les choses nous apparaissaient brouillées, en face de sitUations inextricables, il nous aide à distinguer, à comprendre, à nommer. Une manière - la seule, sans doute de nous rendre un peu plus libres. Et il découvre la question, celle qui nous tracasse tant, celle qui trame la philosophie de l'éducation et qui nous met au seuil de la vérirable inrelligence de l'entreprise éducative: pourquoi rêvons-nous tant d'une éducarion où la sancrion soir bien présente mais sans qu'il y ait un éducateur pour l'infliger? Pourquoi cherchons-nous désespérément à ce que des sanctions que nous jugeons nécessaires, indispensables même, adviennent au nom d'une simple "justice immanente" dans une "éducation natUrelle" ? Que cherchons-nous à préserver là ? Que cherchons-nous à sauver? Ne serait-ce pas parce que la sanction, transaction inévitablement imparfaite dans les choses humaines, nous met en face de notre propre fragilité et nous interroge sur notre légitimité même à éduquer? Il faut lire ce livre exemplaire et parcourir le chemin d'une réflexion exigeante et stimulante. Je n'en dévoilerai pas plus craigant d'ôter le plaisir de la découverte à un lecteur trop pressé. Qu'il me suffise, pour conclure, de livrer l'une de mes plus fortes convictions: il n'est pas d'éducateur authentique qui ne s'interroge précisément sur sa légitimité à l'être. Eirick Prairat s'interroge et nous interroge ... pour qu'il advienne un peu plus d'éducation dans un monde qui en a tant besoin.

Philippe Meirieu. Lyon, 17 Novembre 1996.

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INTRODUCTION

"Dis-moi comment tu sanctionnes, je te dirai comment tu éduques ': La sanction est un bon analyseur, elle est une "veduta" pertinente pour lire et décrypter l'action éducative. Interroger celle-ci à partir des marges et des situations-limites car il y a toujours des moments où l'action éducative menace de devenir Aurre. Penser l'éducation non en s'installant au coeur des beaux principes et des sages recommandations mais en méditant sur les moments de tension et de crise, moments où la violence (physique et/ou symbolique) est toujours à deux doigts de poindre. "Punir: jamais, sanctionner, quand dIe fàut", disent certains éducateurs. Sanctionner ou punir, est-ce bien différent? Dans la première partie de cet ouvrage, nous employons les deux termes de manière indifférenciée. La sanction (ou la punition) est entendue au sens large comme l'acte par lequel on rétribue un comportement qui porte atteinte aux normes, aux lois, aux valeurs ou aux personnes d'un groupe constitUé. Dans la seconde partie, nous distinguons les deux termes et nous optons pour celui de sanction, soucieux de ne pas endosser tout l'héritage doloriste que véhicule le terme de punition. Quel est notre projet? Il est double. Tour d'abord faire un bilan pratique et un état des lieux théorique. Pourquoi et comment punissait-on autrefois dans les lieux d'éducation? Histoire des Pratiques mais aussi histoire des Idées puisque nous présentons quelques perspecrives théoriques fortes. Les points de vue de Rousseau, de Kant et de Durkheim seront notamment examinés. Ce détour historique, nullement motivé par l'érudition, doit permettre de pointer des questions et de dégager des orientations. Dans un second temps, nous formulons notre conception de la sanction éducative (fondemenr, visées, principes régulateurs). Autant dire que nous ne partageons pas l'avis de Fernand Deligny selon lequel "l'éducation commence là où la sanction s arrête ". Car l'Autre de l'éducation n'est pas la sancrion mais la violence. Mais avant, il nous faut prendre le temps de préciser ou plutôt de repréciser ce qu'éduquer veur dire, ce qu'il faut penser de l'autorité, de la loi er du conflit. Bref, reconstruire la dynamique du procès éducatif pour montrer que la sanction "intelligenre" n'est qu'un momenr de celui-ci.

premIere partie

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Les formes de la raison punitive.