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LA SIRÈNE ET LE DRAGON

De
620 pages
Deux conceptions contradictoires de la " raison " ont construit notre civilisation : 1/ Une conception qui relève du souci de la rigueur des raisonnements. Est conforme à la raison ce qui mène les raisonnements correctement. 2/ Une conception qui recouvre une idéologie et permet depuis des siècles, à ceux qui se réclament d'elle, de faire passer leur réductionnisme mental pour de la rigueur.
Il est urgent aujourd'hui que notre civilisation apprenne à porter sur cette " raison " un regard plus pertinent. Défaut d'être une condition suffisante pour résoudre ses problèmes, c'est incontestablement une condition nécessaire.
Voir plus Voir moins

LA SIRÈNE
ET
LE DRAGON
RAISON ET DÉRAISONS
DANS LA CONSTRUCTION DE LA PENSÉE OCCIDENTALE
Francine Jaul in-Mannoni
MANUEL DE RÉFÉRENCE
— Éditions APECT -Paris 1999 — Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation
collective. 'l'otite représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que
ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefa-
çon passible de poursuites judiciaires.
(01999 Éditions APECT PARIS ISBN 2-904430-05-9 (ISBN Ëditions APrcr)
I)iffusion l'HARMATTAN ISBN 2-7384-7087-4 (ISBN diffUsion IAN)
5-7 rue de l'École Polytechnique
75005 PARIS
Remerciements
J'exprime :
Ma chaleureuse sympathie à tous les enfants (ou adultes) qui, pendant des années, se sont
succédés dans mon bureau en me rendant l'immense service de ne comprendre les choses
que quand je les leur avais correctement expliquées. Je leur souhaite d'avoir, depuis, pu trou-
ver une place dans cette société dure, qui souvent les juge, les classe et les exclut, sans
comprendre elle-même qu'elle n'a pas compris grand-chose.
Ma cordiale affection à toutes les personnes qui m'entourent. Elles ont pendant plus de
deux ans accepté que, prise par la rédaction de ce livre, je n'aie pas été disponible pour les
préoccupations qui nous sont communes, et m'ont, à l'occasion, distraite des miennes par
cette convivialité grâce à laquelle le quotidien est agréable.
Mon amitié à Danielle Saadia qui, elle-même secondée par Béatrice Dedieu-Anglade, m'a
pendant les années les plus difficiles, aidée dans la mise en place de la formation assurée par
le GEPALM. Ceci jusqu'à ce que la maladie l'éloigne, pour un long moment, de ces
préoccupations.
Mon affection à mon fils Christian qui a dû partager sa mère avec Piaget et Bourbaki à un
âge où il n'avait pas les moyens de comprendre l'intérêt qu'elle leur portait.
Je remercie :
- Alain Gensburger, pour les échanges rigoureux, constants et toujours féconds, non
seulement sur la forme et la présentation de ce texte, mais aussi sur son contenu.
- Béatrice Dedieu-Anglade et Solange Zanetti qui assument au quotidien des tâches ges-
tionnaires et administratives souvent fastidieuses, tâches rendues aujourd'hui encore
plus ingrates par l'évolution tatillonne et technocratique de la formation continue.
- Raymonde Hivert, pour le soin mis à faire les corrections, pour ses remarques et pour
ses critiques de certaines de mes faiblesses de style.
- Armelle Béranger, Jacqueline Brandt, Janine Cosandey et toutes les personnes ayant
participé aux corrections.
- Le service de l'Identité Judiciaire de la Préfecture de Police de Paris qui a eu l'amabilité
de m'expliquer soigneusement le classement des empreintes digitales.
- La société Nicolas qui m'a donné les informations me permettant de ne pas commet-
tre d'impair gastronomique dans les mariages des vins et des fromages.
- Les éditions Mardaga qui ont accordé gracieusement l'autorisation de reproduire les
photos tirées de l'ouvrage de Skinner La révolution Scientifique de l'Enseignement. GUIDE GÉNÉRAL GUIDE GÉNÉRAL POUR LA LECTURE DES CINQ VOLUMES
¤ Un livre aux multiples entrées
Un ensemble qui forme un tout Comme une pièce de monnaie comprend deux
faces, mais n'existe, en tant que pièce de monnaie, que par la manière dont ces deux
faces sont reliées, cet ouvrage comprend cinq volumes mais constitue un tout unique
(un livre) par la manière dont ces volumes sont rattachés les uns aux autres par tou-
C'est pourquoi tes sortes de liens et, en particulier par les Fils Conducteurs.
quiconque penserait que ces volumes pourraient être séparés les uns des autres mon-
trerait par là qu'il n'a pas compris, exactement comme celui qui croirait qu'on peut,
sans les détruire, séparer les deux faces d'une pièce de monnaie.
Mais, de même que pour regarder une pièce il faut bien commencer par un côté ou
par l'autre, chaque lecteur doit faire un choix quant au chemin à suivre pour y
entrer. Par quel tome commencer? Y a-t-il un ordre de lecture? Peut-on lire dans
n'importe quel ordre? Etc.
Il n'y a pas de réponse absolue à cette question. Pour tenter toutefois de vous aider à
trouver votre propre chemin, nous pouvons employer une image.
Représentez-vous un château : il est composé de plusieurs tours et comporte, reliées
les unes aux autres par des couloirs, des salles de toutes sortes, des salles de garde, des
salles d'armes, des salles de jeux, des salons, des salles de repos... Chaque tour com-
porte une ou plusieurs entrées et est également reliée aux autres par des couloirs, de
telle sorte que ce château forme bien un tout.
Si vous voulez le visiter, il vous faut bien y entrer par une porte ou par l'autre. Pour
vous promener à l'intérieur, vous pouvez alors aller au gré de votre inspiration ou
suivre les indications qui vous sont données dans des plans. Mais, d'une part vous
n'en ferez pas le tour en quelques minutes, d'autre part vous ne pourrez prétendre 8 Manuel de Référence
commencer à connaître vraiment ce château que quand vous en aurez une vision
d'ensemble.
C'est ainsi qu'il faut lire ces cinq volumes : en vous y promenant tout en sachant
qu'il forme un tout où rien n'est indépendant du reste.
Comment pénétrer dans l'ouvrage? Chaque volume comporte un guide du lec-
teur qui décrit brièvement le contenu du volume et donne quelques indications sur
la manière de le lire. Commencez par vous y référer, pour faire le choix de vous lan-
cer dans tel ou tel volume, rien ne vous empêchant, ensuite, de changer d'avis en
cours de route, d'alterner les volumes ou d'en lire plusieurs à la fois.
Pensez à suivre les Fils Conducteurs. Mais, pour cela n'omettez pas de consulter le
guide qui vous explique comment les utiliser.
¤ Un livre mufti-public
Les réflexions qui construisent ce livre portent sur la différence entre les raisonne-
ments justes et les raisonnements faux. Elles concernent tout le monde, de l'homme
de la rue au spécialiste, du simple curieux au professionnel.
Faire le projet d'un livre multi-public susceptible d'être lu par toute personne non
illettrée, quels que soient par ailleurs sa culture, son niveau social, son niveau univer-
sitaire, ses connaissances antérieures..., est une gageure. C'est pourtant le genre de
gageure qu'il faut tenir, si on veut réussir un jour à boucher ce fossé de plus en plus
grand qui coupe notre société en deux, entre d'un côté quelques individus supposés
savants et de l'autre la masse de ceux qui assistent, passifs, à des choses qui se dérou-
lent sans eux.
Dire à tout le monde des choses qui concernent tout le monde, n'est pas un pro-
blème en soi. Les difficultés commencent là où on ne peut pas les dire à tout le
monde de la même manière : les uns trouvent naïf ce que d'autres trouvent ardu, les
uns savent déjà, ou croient savoir, ce que les autres découvrent, certains ont le souci
de tel détail dont d'autres ne voient pas l'intérêt...
Ici, nous nous contenterons d'apporter trois précisions :
- Comme nous venons de le dire plus haut, ce livre a de multiples entrées. Chacun
doit pouvoir trouver celle qui lui convient le mieux.
- Les personnes qui trouveraient la réflexion logique «naïve» sont invitées à persévé-
rer scrupuleusement dans leur lecture. Elles risquent de découvrir que cette
apparente naïveté est une rigueur systématique qui, refusant de négliger quelque
détail que ce soit, conduit en fait à un très haut niveau d'analyse et permet de
résoudre de manière incontournable des problèmes logiques restés non résolus
depuis des siècles.
- Certaines personnes peuvent trouver certains aspects de cet ouvrage particulière-
ment difficiles, voire incompréhensibles. Nous leur rappellerons que personne n'est
obligé d'en tout comprendre pour le lire. Chacun peut laisser de côté les passages
qui lui semblent difficiles ou dont il pense qu'ils ne le concernent pas. Il y reviendra
Guide général pour la lecture des cinq volumes 9
peut-être plus tard, peut-être pas, qu'importe, si d'autres passages lui ont apporté
quelque chose.
Présentation
Deux volumes, le Tome A et le Tome B peuvent être considérés comme l'ouvrage pro-
prement dit. C'est sur eux que tout repose. Ils sont à la fois complémentaires et
opposés, comme les deux faces de la pièce évoquée ci-dessus.
Les autres volumes viennent en complément pour les approfondir, comprendre ce
qui les relie, les compléter et ouvrir sur d'autres réflexions.
Pour naviguer dans l'ouvrage
Le texte comporte de nombreux renvois. Le lecteur pourra s'y reporter chaque fois
qu'il a envie de faire le lien entre le passage qu'il est en train de lire et une autre partie
de l'ouvrage.
Les mots et expressions graissés renvoient à des thèmes traités dans les Fils Conduc-
teurs. Les renvois aux autres tomes sont mentionnés (Tome A, Tome B, Manuel
Didactique...)
Il faut savoir que :
- Sauf erreur de notre part, tout mot graissé renvoie à un thème traité dans les Fils ou
dans les autres tomes.
- Les thèmes des Fils ne sont pas toujours graissés. Ainsi, lorsque le lecteur s'interroge
sur le sens d'un mot ou a envie d'en savoir plus sur tel ou tel sujet, il doit savoir que
ce n'est pas parce qu'une expression n'est pas graissée qu'elle n'est pas dans les Fils.
Pour savoir si elle y figure, il devra donc se reporter directement à ces derniers.
- On trouvera les tables des matières des cinq volumes page 607.
- On trouvera la bibliographie page 563.
¤¤GUIDE DU MANUEL DE RÉFÉRENCE «Je marche sur le fil du temps. »
«Mon balancier est ma mémoire. »
A. CORAGUER & C. LEMERLE, La moitié de
mon roman (Chanté par Nana MousKouRi).
GUIDE POUR LA LECTURE DU MANUEL DE RÉFÉRENCE
Comme son nom l'indique, le Manuel de référence comporte les informations géné-
rales concernant l'ensemble de ce livre. On y trouvera donc, selon l'usage :
La bibliographie (page 563) Celle-ci regroupe les textes que j'ai utilisés au fil de la
rédaction de cet ouvrage. Elle est commune aux cinq volumes.
Les tables des matières (page 607) Les tables des différents volumes sont regroupées
dans le Manuel de référence de manière à permettre une vue d'ensemble de l'ouvrage.
On trouvera : - la table des matières du Tome A (page 609);
- la table des matières du Tome B (page 611);
- la table des matières du Manuel de Référence (page 613) Manuel Didactique (page 616);
- la table des matières des Contes et Principes (page 616).
Le glossaire des symboles (page 545) Certains symboles empruntés à d'autres théo-
ries ou créés dans le Tome A pour les besoins de l'analyse sont brièvement rappelés.
Ma démarche (page 553) Le lecteur peut être curieux de savoir qui je suis et par
quels cheminements j'ai été amenée à la réflexion qui a construit ce livre. C'est à
cette curiosité que répond Ma démarche.
Les Fils conducteurs (page 15) Glossaire, mais aussi véritable livre, les Fils conduc-
teurs assurent plusieurs fonctions. Ne vous y reportez pas sans avoir consulté le
Guide des fils qui vous permettra d'en tirer le meilleur parti.
LES FILS CONDUCTEURS GUIDE POUR LA LECTURE DES FILS CONDUCTEURS
¤ En complément aux autres volumes
Un ouvrage de référence . On pourra, au fur et à mesure de la lecture des autres
volumes de cet ouvrage trouver dans les Fils Conducteurs l'explication d'un terme
technique, une référence historique, une brève biographie d'un auteur...
On s'y reportera donc chaque fois qu'on bute sur le sens d'un mot, chaque fois
qu'on s'interroge sur la signification d'une expression...
Une analyse complémentaire . Chaque problème abordé dans telle ou telle partie
de tel ou tel volume amène d'autres remarques.
permettent d'approfondir tel ou tel point de théorie qui ne Les Fils Conducteurs
pouvait être détaillé dans le texte. On s'y reportera donc chaque fois que l'on souhai-
tera une analyse plus détaillée de tel ou tel point particulier.
Un ensemble de liens L'écriture introduit nécessairement un ordre entre des faits
ou des idées qui, n'ont aucune raison de se succéder dans un certain ordre, ou qui,
plutôt, peuvent être reliées entre eux de bien d'autres manières. Grâce aux multiples
permettent d'établir des ponts entre renvois qu'ils comportent, les Fils Conducteurs
des questions qui voisinent par le sens, mais sont éloignées dans l'ordre des pages.
On s'y reportera chaque fois qu'on se demandera si telle question n'est pas abordée
ailleurs, si elle ne peut pas être vue d'un autre point de vue, si elle ne peut pas être
traitée autrement, reliée à autre chose...
18 Manuel de Référence —
¤ Un véritable livre
Indépendamment de ces fonctions qui les relient aux autres volumes de cet ouvrage,
les Fils Conducteurs constituent en eux-mêmes un tout qui peut être lu comme un
véritable livre. Encore faut-il alors préciser comment s'y prendre pour en tirer le
meilleur parti.
Envisageons ci-dessous plusieurs manières de procéder :
La lecture linéaire On pourrait envisager que quelqu'un lise les thèmes page après
page en respectant l'ordre alphabétique des entrées.
Indépendamment du fait que cette manière de les lire ne vous est pas interdite, si
vraiment c'est celle qui vous convient, on n'en voit pas très bien l'intérêt.
La lecture au hasard . La même remarque vaut pour le procédé qui consisterait à
choisir les thèmes au hasard (en puisant dans un chapeau par exemple). Pourquoi
pas?
La lecture par thèmes Vous pouvez vous reporter à la liste des thèmes et choisir
en fonction de vos préoccupations. Par exemple, si vous êtes en ce moment pas-
sionné(e) par la pêche au thon, vous pouvez chercher si le thème «pêche» figure dans
les entrées. (En l'occurrence il n'y figure pas. C'est pourquoi je l'ai choisi ici).
Ce procédé présente un avantage et un inconvénient.
- avantage : il vous permet d'établir dès le début de la lecture le lien entre ce livre et
vos propres préoccupations;
inconvénient : il peut vous servir de prétexte pour rester enfermé(e) dans celles-ci
et croire avoir tout lu, alors que vous n'aurez cherché que ce que vous savez déjà.
C'est pourquoi ce mode de lecture, intéressant au début pour se motiver, a besoin
d'être abandonné assez rapidement au profit de la lecture des autres volumes, ou au
profit de l'un des procédés ci-dessous.
Le «zapping» libre Tout le monde aujourd'hui connaît l'expression «zapper» : on
regarde un programme de télévision, puis sans raison particulière très précise, on se
dit « tiens, si j'allais voir ailleurs » et on pioche un peu au hasard parmi les
programmes.
Cette manière de faire peut être utilisée ici : on lit un thème, puis on s'arrête quand
on en a envie pour aller voir ailleurs, un peu au hasard, ou en fonction d'un autre
titre ou d'une autre préoccupation.
Le «zapping» suggéré . Chaque thème est relié aux autres par toutes sortes de ren-
vois qu'on trouvera en début de thème, en marge et dans les parties graissées du
texte. Ainsi, peut-on, en consultant un renvoi se dire «tiens, ici on me renvoie à tel
endroit? Si j'allais voir?» On se reporte alors à un autre thème.
Après quoi on peut suivre une autre flèche et aller ailleurs ou revenir au thème d'où
on était parti.
19 Guide pour la lecture des Fils Conducteurs
En bref, on se promène un peu comme on visite un pays à la fois au hasard et en sui-
vant les flèches.
Un Multi-livre Étant donné la variété des cheminements possibles on peut sup-
poser, compte tenu des retours en arrière ou des relectures, qu'il n'existera pas deux
personnes qui liront les thèmes et sous-thèmes dans le même ordre.
Cela fait exister autant de livres que de lecteurs. Mais cela n'empêche pas, au-delà de
cette diversité apparente, ce livre d'avoir une unité.
Précision . Dans l'ensemble de ces cinq volumes, je n'ai cherché qu'à exposer, dans
la mesure où elle m'a paru mériter d'être mise en débat public, une pensée : la
sont donc là pour situer celle-ci. S'ils font fréquem-mienne. Ces Fils Conducteurs
ment référence à d'autres auteurs, ce n'est pas pour les présenter, mais parce que cette
pensée ne m'est pas bien entendu venue toute seule. Elle s'inscrit dans un contexte
qui la dépasse, même si, comme je le pense, elle contribue à éclairer celui-ci d'une
manière originale.
C'est pourquoi ces Fils Conducteurs ne prétendent pas instruire le lecteur ou lui don-
ner une culture, ce qui ne serait pas dans mes compétences. Pour des préoccupations
de ce type, celui-ci se reportera aux ouvrages cités dans les bibliographies.
Pour faciliter les recherches . On trouvera la liste alphabétique des thèmes page
613.
ABDUCTION Raisonnement par abduction ou raisonnement abductif
TA-Chl [I.4c] Pour situer ce travail
TA-Chl [IX2] Usage d'autres logiques
TA-Ch6 [V.5] Première rencontre avec l'abduction
TA-Ch8 [V.4] Pour retrouver Aristote
Selon les contextes
Le sens des mots
Pour revenir aux sources :
Le terme « abduction » est utilisé par Aristote dans sa théorie du
syllogisme : «Ily a abduction quand le premier terme appartient de
toute évidence au moyen, tandis qu'il est incertain que le moyen appar-
tienne au dernier terme, cette relation étant toutefois aussi probable, ou
même plus probable que la conclusion. » Exemple : «Il est clair que la
science peut être enseignée, tandis qu'il est incertain que la vertu soit une
science[1]1.2 ».
Le dictionnaire de la philosophie de Lalande reprend la définition
d'Aristote : «Aristote appelle ainsi un syllogisme dont la majeure est cer-
taine et dont la mineure est seulement probable : la conclusion n'a
qu'une probabilité égale à celle de la mineure. »
Voir ci-dessous : On notera que le commentaire a perdu l'information qui, dans
Apport de l'analyse l'énoncé d'origine, précise que la conclusion est moins probable que
faite ici
la relation entre le moyen et le dernier terme.
22 Manuel de référence
Selon Peirce
«Peirce appelle abduction tout raisonnement dont la conclusion est seu-
lement vraisemblable. »[Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie]
Ceci n'a plus rien à voir avec le raisonnement d'Aristote que Peirce
semble réduire à « Ce genre de raisonnementf 4 très souvent appelé
adoption d'une hypothèse pour son explication de faits connus». Ce
dont il donne l'exemple :
« Si ,tt était vrai H , H', [I" en découleraient comme conséquences
diverses;
Mais, H, H', H" sont en fait vrais;
De façon provisoire nous pouvons supposer que il est vrai[2].»
Actuellement
Dans le cadre des préoccupations actuelles en Intelligence Artifi-
cielle, certains informaticiens mentionnent le raisonnement
abductif. Ainsi, citons :
Premier exemple
Voir à : Cause. «En considérant la notion de causalité comme primitive, non réductible à
d'autres notions plus simples, on peut adopter comme règle d'inférence
Q, P use ca Q [3w2 abductive de base la règle :1<
(Traduire : «Q et (P cause Q) a pour conséquence P»)
Deuxième exemple
«Considérons, comme exemple d'école dans le domaine du diagnostic,
un moteur à explosion qui ne démarre pas, et dont on observe que la
bougie ne donne pas d'étincelle. Supposons que la situation B soit décrite
par les règles :
SI bougies usagées ET temps humide, ALORS pas d'étincelle.
SI batteries sèches, ALORS pas d'étincelle.
Et par l'observation : temps humide.
Dans ce cas, un raisonnement abductif permet de "conclure" que les deux
seules explications sont : bougies usagées et batteries sèches[4].»
Apport de l'analyse faite ici
Pour le raisonnement aristotélicien
TA-Ch6 [V.5] Pre- L'analyse faite Tome A montre que la validité ou non du raisonne-
mière rencontre avec ment aristotélicien dépend de l'interprétation que l'on fait de «il est
l'abduction
incertain que». Notons que, dans le cas de l'interprétation con- TA-Ch8 [ -V4] Pour
retrouver Aristote
23 Fils Conducteurs
cluante, la même analyse montre que, contrairement à la vision qu'en
avait Aristote, non seulement la conséquence n'a pas une probabilité
inférieure, mais au contraire une probabilité supérieure ou égale.
Pour la définition de Peirce
Si on accepte sous sa forme la plus générale la définition attribuée à
Peirce, la notion d'abduction regroupe tous les syllogismes compor-
tant une valeur repoussée. Cela n'a plus rien à voir avec Aristote.
Si on se limite à l'exemple donné par Peirce, cela correspondrait à un
syllogisme de la forme :
(x (a)) (y (b))
(Y (b))
a pour conséquence : (x (a))
Ou, plus exactement, car Peirce insiste sur la multiplicité des
conséquences :
(r (d)) (x --> (y (b)) , (x (a)) (z (c)) (x (a)) (a))
(y (b)) , (z (c)) , (r (d))
a pour conséquence :(x (a))
Ces raisonnements ne sont pas valides, même de «façon provisoire».
Ceci peut se mettre en évidence par les valeurs de seconde couche.
Pour le premier exemple venant de l'informatique
Q, P cause Q
La règle l< correspond à l'exemple de Peirce moins
la multiplicité des arguments.
Non seulement cette règle n'est pas valide quand on fait référence à
la notion de cause, mais elle ne l'est pas davantage si on la remplace
par «Q et (P implique Q) implique P ».
Pour le second exemple venant de l'informatique
L'exemple (batterie sèche, bougies mouillées ou usagées) ne résiste
pas non plus à l'analyse. En effet, pour que le raisonnement soit
valide, il faudrait une clause précisant que les deux causes citées sont
les seules possibles, sinon le raisonnement n'est pas concluant.
Par ailleurs, au cas où on admet une clause de ce type, on a alors
affaire à un raisonnement déductif des plus classiques.
Notons que cet exemple se continue par des réflexions sur les cas où
on a une «information plus fine qui permette de classer les hypothèses
(avec une relation d'ordre) selon qu'elles sont jugées plus ou moins
vraisemblables[4].»
24 Manuel de référence
Comme ceci n'est accompagné d'aucun exemple, il est difficile de
juger de la validité ou non des raisonnements cités. Mais, dans la
mesure où le raisonnement décrit est analysé de façon aussi laxiste,
on ne voit pas par quel miracle les raisonnements plus subtils
seraient plus rigoureux?
Position prise ici
Mis à part le raisonnement d'Aristote, on ne saurait accepter de con-
sidérer que ces raisonnements soient valides, même
«provisoirement». Certes, de nombreuses découvertes reposent sur
des intuitions de ce type, mais vraisemblablement aussi de nombreu-
ses erreurs. Comme l'histoire ne retient généralement que les
premières et oublie les autres, l'introduction de ce genre de raisonne-
ment pour théoriser l'informatique est particulièrement dangereuse.
Voir à : Programma- Tempérer les erreurs de méthode en ajoutant que «[...1 comme
tion Logique [Cela l'induction, l'abduction n'est pas nécessairement adéquate en
existe : je l'ai lu].
général[3] » rend compte d'un fait, mais n'enlève rien à la critique
faite ici et conduit au contraire à y ajouter une question : à quoi rêve
l'informatique, si elle admet d'enseigner aux ordinateurs des raison-
nements qui ne sont pas nécessairement adéquats? Et à quoi vont
servir ces derniers si, pour s'y retrouver dans ce qui est adéquat ou
pas, on n'a que le bon sens des développeurs et des utilisateurs?
TEXTE(s) CITÉ(s)
[1] ARISTOTE, Organon III : Les Premiers Analytiques [14]
[2] Charles Sanders PEIRCE, Le raisonnement et la logique des choses [566]
[3] Axel Van LAMSWEERIW, «Apprentissage artificiel» [432]
[4] R. DEM0IoMIw et Luis FARINAS DEI, CERRO, «Le raisonnement par abduction» [189]
ABEILLES
Darwin [Le darwinisme auto-référent]
Intelligence [Un nouveau concept : «l'Intelligence collective»]
Systèmes [La grande illusion] — Cybionte
Pourquoi ce titre?
Cet article doit son titre « abeilles » à un livre paru récemment, et
portant sur la modélisation informatique de systèmes reproduisant
les comportements collectifs de certains systèmes biologiques ou de
certaines espèces animales.
«De nombreuses sociétés animales - en particulier des sociétés d'insectes -
manifestent au niveau collectif des capacités qui semblent dépasser de loin
25 Fils Conducteurs
celles que l'on prête aux individus qui les composent. 1...1 La perfirmance
collective émerge des interactions directes ou indirectes entre les individus :
elle est le résultat d'un processus d'auto-organisation au cours duquel
l'environnement et la société se structurent mutuellement [I I »
Technique et/ou idéologie?
Tant qu'il ne s'agit que de «s'inspirer des principes de fonctionnement
collectif de ces systèmes dans la conception d'algorithmes distribués ou de
systèmes robotiques plus robustes ou plus flexibleslidemi», la réflexion
sort du cadre de l'analyse faite ici et ne s'adresse qu'aux spécialistes
de l'informatique.
Mais, l'idéologie montre tout de même le bout de son nez, d'abord
dans le choix même du mot «intelligence», ensuite dans un propos
comme : « On peut donc dire que dès le départ, le projet de l'intelligence
artificielle pouvait être considéré comme inatteignable, et ce, non pas à
cause des polémiques supposant une nature transcendantale de l'intelli-
gence humaine et de la conscience impossible à reproduire dans un système
informatique, mais à cause tout simplement du manque d'interaction des
programmes avec l'extérieur et en particulier dans l'absence d'insertion
En dans un ensemble d'entités intelligentes de même naturel)] »
d'autres termes, si le projet de Turing a échoué, ce n'est pas parce qu'il
reposait sur une erreur philosophique, mais parce que l'ordinateur, tel
qu'il était conçu à l'époque, n'était pas relié avec ses frères. (On notera
en passant l'usage de l'expression «tout simplement»).
Position prise ici
Il ne s'agit pas de nier l'existence de ce genre de phénomènes. Même
si elle ne s'alimente pas aux arguments de la haute technologie, l'ana-
lyse faite ici porte pour une part importante sur l'étude de la
tendance des systèmes à l'auto-équilibration.
Ce qui est récusé ici, ce ne sont pas les faits. C'est le concept impli-
cite d'intelligence aveugle qui, métaphore informatique oblige, sous-
tend la théorie. C'est aussi l'espoir que ces phénomènes nous sortent
de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, alors
qu'il est plus vraisemblable que nous ne sortirons de celle-ci qu'à
condition de comprendre comment ils nous y ont entraînés.
En d'autres termes, au lieu de se demander comment ces systèmes
informatiques vont nous permettre de comprendre notre intelli-
gence, ne serait-on pas mieux avisé de se demander s'ils ne
pourraient pas nous permettre de mieux comprendre notre sottise?
26 Manuel de référence
Pour ne pas perdre le sens de l'humour
Et si c'était cela le paradis terrestre? Le bonheur des abeilles dans la
cohérence totale, et pour l'éternité?
Dans ce cas, nous ne saurions trop remercier le serpent tentateur.
Notons en passant que cette hypothèse demande un serpent finalisé.
Elle ne s'accommode pas d'un serpent darwinien.
TEXTE(s) CITÉ(s)
[ j Erie BONAREAU, ;t'y THURAUIAZ et co., Intelligence collective 1851
ABÉLARD Pierre Abélard - Philosophe et théologien français (1079 - 1142)
TB-Ch2 [IV] La grande période de la scolastique
Il enseigna la théologie et la logique et dès ses études s'opposa vive-
ment à ses maîtres. L'Église condamna sa doctrine au concile de
Soissons (1121), puis, de nouveau, au concile de Sens (1140). Il joua
un grand rôle dans la Querelle des Universaux.
Vu de ma lucarne
Que reste-t-il aujourd'hui d'Abélard, à part sa rencontre avec
Héloïse qui occupe une place de choix dans une imagerie populaire
friande de belles histoires d'amour et d'horribles supplices (il fut cas-
tré par l'oncle de celle-ci)? Son oeuvre aujourd'hui semble mineure à
côté de ce que furent, plus tard, celles d'auteurs comme Guillaume
d'Occam ou Saint Thomas d'Aquin.
Contestant systématiquement et violemment ses maîtres dès les
débuts de sa vie d'étudiant, Abélard cherchait-il à défendre une
Cette idée, la défen- pensée? Il faudrait lui poser la question. Mais, vu de ma lucarne, je
dit-il seulement pour
serais tentée de dire que cela ne me semble pas l'essentiel, ou, plus
lui? Ou, la défendit-il
en tant que principe? exactement, qu'il en a surtout soutenu une, toujours non-dite ou en
I aussi il faudrait lui
tout cas jamais entendue, mais présente aussi dans sa vie privée : la
poser la question. On
pourrait toutefois s'en défense du droit de penser par soi-même et, pour cela, d'aller jusqu'à
faire une idée en étu-
contester l'autorité.
diant la manière dont
il se comporta lui-mê- Ici, nous remarquerons simplement qu'il n'y a pas lieu d'être surpris,
me avec ses propres
compte tenu du contexte de l'époque, que sa manière de pousser étudiants dès qu'il eut
à son tour de jusqu'au bout de sa logique l'idée que de la discussion (on disait
l'autorité? Je n'ai pas
alors la disputation) jaillit la lumière, et d'admettre d'aller pour cela eu la curiosité de
pousser jusque-là nies jusqu'à contester l'autorité du maître, voire à faire en sorte de lui
recherches.
prendre sa place, lui ait valu pas mal d'ennuis.
27 Fils Conducteurs
TEXTE(s) CONSULTÉ(s)
- Jean-Pierre 1,EToRT-TRÉGAR0, Pierre Abélard 14571
- Abélard et son temps [col. 301
ABSTRACTION
Le sens des mots
À la lecture des textes et des dictionnaires, on rencontre essentielle-
ment deux conceptions de la notion d'abstraction.
«considérer à part un élément (qualité ou rela-L'une y voit le fait de
tion) d'une représentation ou d'une notion, en portant spécialement
'Petit Robert]. Dans le cadre l'attention sur lui et en négligeant les autres»
de cette conception, le processus d'abstraction comporte deux
aspects qui ne peuvent être séparés l'un de l'autre, puisqu'il faut à la
fois isoler la propriété commune et ne pas tenir compte des autres
(en faire abstraction).
Lautre conception y voit le contraire du concret, ce dernier étant «ce
qui se rapporte à des objets ou phénomènes réels sensibles» [Dictionnaire de la
Cette conception est la plus courante, du moins en péda-psychologie].
gogie et en psychologie.
Notons seulement ici qu'elles se recoupent au moins dans cette idée
«l'abstraction isole par que l'abstraction est un processus de la pensée :
la pensée ce qui ne peut être isolé dans la représentation. La dissection d'un
organe ou même la représentation intellectuelle d'un organe isolé n'est pas
Idalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie]. une abstraction. »
Décrire et organiser le monde
Premier niveau
Soit une situation comportant des objets de couleurs différentes.
Labstraction pourra consister par exemple à regrouper mentalement
une partie des objets parce qu'ils se ressemblent par une certaine pro-
priété, tout en faisant abstraction des autres propriétés, ce qui
revient à construire un concept.
Second niveau
Éventuellement, on peut utiliser un mot pour faire référence à cette
propriété, par exemple rouge, ce qui fixe la conceptualisation et la
rend partageable.
28 Manuel de référence
Construire des hiérarchies
Un premier point de vue
Le concept d'animal est plus pauvre en compréhension (nombre de
propriétés retenues) et plus riche en extension (nombre d'éléments con-
sidérés) que le concept de chien. Certains diront qu'il est plus
Voir ù : Porphyre. «abstrait», point de vue qu'on peut défendre en remarquant que, pour
parvenir au concept d'animal, on fait abstraction d'un nombre plus
grand de propriétés que pour parvenir au concept de chien. Mais cette
option conduit à considérer le concept de « truc» comme le plus
«abstrait» de tous, ce que beaucoup de personnes trouveront discutable.
Ici, nous noterons seulement que le concept d'animal s'applique,
comme celui de chien, directement aux éléments : on dira «Azor est
Notons que ceci reste un animal» aussi bien que «Azor est un chien». En ce sens il n'est pas
vrai, qu'on adopte le plus abstrait, du moins si on admet de considérer comme plus abs-
point de vue des «no-
ou qu'on minalistes» trait ce qui est plus éloigné du concret.
adopte celui des
«réalistes., : l'animal Un second point de vue
par essence n'est ni
plus ni moins abs- La même remarque ne vaut pas pour, par exemple, « espèce » ou
trait que le chien par
«couleur» dont il est évident qu'ils ne s'appliquent pas aux éléments.
essence.
Ainsi, les énoncés «Azor est une espèce» ou «cette chemise est une
Voir à : Querelle des couleur» sont absurdes.
Universaux.
Ces remarques, déjà faites par les médiévaux, ont été reprises par
Russell pour construire la théorie des types.
Chez Piaget
Le concept d'abstraction réfléchissante renvoie chez Piaget à l'équili-
bration des structures caractéristique de l'accès au niveau opératoire.
Le concept d'abstraction réfléchie renvoie à la prise de conscience de
son propre fonctionnement.
En d'autres termes, c'est l'abstraction réfléchissante qui permet de
résoudre le problème de la Sirène et l'abstraction réfléchie qui per-
met de comprendre comment on s'y est pris pour le résoudre.
On mesurera ce qui sépare les deux niveaux au fait que le lecteur a, je
suppose, depuis longtemps (environ l'âge de 6 ou 7 ans) résolti le
problème de la Sirène (abstraction réfléchissante), mais qu'il n'a vrai-
C'est pourquoi la mé-
semblablement pris conscience de la façon dont il s'y prend tacognition est une
erreur. (abstraction réfléchie) qu'en lisant l'analyse faite ici.
Pour établir les liens
Nous pourrions reformuler dans ce vocabulaire les remarques faites
ailleurs en disant que nos sciences ont atteint un haut niveau d'abs-
TB-Chl IXIV2I Ré-
traction réfléchissante, mais n'en sont encore qu'aux premiers flexion sur notre civi-
lisation balbutiements de l'abstraction réfléchie.
29 Fils Conducteurs
ABSURDE
TA-Chl [11.1.0 Dans la suite de cette analyse
TA-Ch5 [1.1.c] Éventualité de l'absurde
TA-Ch5 [II.5a] Au niveau de base
TA-Ch5 [VI.1a] Réduction d'univers
Raisonnement [Raisonnement par l'absurde] — Valeurs [Valeur de rejet]
Usage banal
Le terme «absurde» est d'un usage courant dans la langue. Il se con-
fond alors avec «stupide», «idiot», etc.
Exemple : «Ne remplis pas le frigidaire aujourd'hui. C'est absurde,
étant donné que nous partons en vacances demain.»
En philosophie
«Au sens courant, absurde désigne tout ce qui est contraire au sens com-
mun ou même à nos habitudes d'esprit; mais en philosophie, il est
recommandé d'entendre seulement par là ce qui est contraire à la raison;
les principes de la raison pouvant d'ailleurs être définis d'une manière
plus ou moins large. » ILalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie].
Dans la tradition logique
D'une manière générale
«Proprement, ce qui viole les règles de la logique. [...1 Un raisonnement
absurde est un raisonnement firmellement faux. » [idem]
Pour rendre compte d'une contradiction
Le terme «absurde» est souvent utilisé pour «contradictoire». Le per-
sonnage ne peut être à la fois chevelu et non-chevelu, c'est absurde.
Raisonnement par l'absurde
Il ne finir pas confon- On appelle raisonnement par l'absurde le raisonnement qui consiste
dre raisonnement à prouver p en montrant que non-p conduit à une contradiction.
«absurde» (non-vali-
de) et raisonnement
«par l'absurde».
30 Manuel de référence
Raisonnement Utilisé pour le calcul de la longueur de la diagonale du carré, l'appa-
Grandeurs rition du raisonnement par l'absurde marque un tournant très
TB-Ch6[II.1 I Un rai- important dans l'histoire des mathématiques : «Il semble (donc) que
sonnement marquant
de notre histoire c'est à la découverte de l'incommensurabilité linéaire que l'on doive
l'apparition dans les mathématiques grecques d'un nouveau type de
démonstration ainsi que le refus de l'empirisme et de l'intuition[i ]I 3 »
Dans le cadre d'un autre travail
r
J'ai utilisé ailleurs le terme «absurdes> dans deux contextes :
D'une part, pour rendre compte de situations pour lesquelles la ques-
tion «oui ou non?» n'a pas de sens. Par exemple, il est absurde de se
demander si une fleur est allumée ou non, alors que, par exemple, ce
n'est pas absurde de se le demander pour une lampe. L'expression
absurde est alors associée au rejet momentané. [21( 1 . 1 v Ill
D'autre part, pour rendre compte de cas contredisant les lois du sys-
tème choisi. Par exemple, dans une situation où on a admis de se
situer dans le cadre d'une logique non-contradictoire, il est absurde
de dire qu'une lampe est à la fois allumée et pas allumée. L'expres-
sion «absurde» est alors associée au rejet définitif. [ 2]
Dans le cadre du Tome A
L'expression «absurde» est utilisée dans le Tome A pour pouvoir envi-
sager le cas où le personnage px sur lequel on raisonne n'existerait
pas. On pourrait aussi, bien entendu, envisager de la même manière
le cas où l'élément caché ne relèverait pas de la question posée. Par
exemple, on peut admettre qu'il est absurde d'envisager qu'un nom-
bre soit chevelu, ou encore qu'un personnage soit un multiple de 5.
Pour pousser plus loin la réflexion, notons que, dans les calculs, le
nombre de valeurs logiques envisageables n'est pas le même selon
qu'on envisage ou non l'absurde. Cette question se présente diffé-
remment selon l'étage où on l'envisage.
Il resterait bien enten- Nous pouvons, par exemple, admettre l'existence de situations où
dit à imaginer une si-
l'absurdité est spécifique à chaque valeur. Ainsi, il pourrait être
tuation qui justifierait
un tel calcul. On absurde de se poser à propos de px la question de ses lunettes, sans
pourrait admettre par
que pour cela il soit absurde de se poser celle de ses cheveux. C'est
exemple que les mar-
tiens n'ont pas d'yeux l'option choisie dans Ouvrage de Dame (cité ci-dessus).
et que, par consé-
Dans ce cas, on introduit une troisième valeur, l'absurde, qui n'est ni quent, la question de
leur mettre ou de ne (+) ni (-). Si nous notons cette valeur «a», nous devons travailler sur
pas leur mettre de lu-
trois valeurs et, pour un couple (x, y), envisager neuf éventualités : nettes n'a pas de sens.
)°( )°( )°( )°( ) ° (a) ci () C) ( a) ° (aa)
Fils Conducteurs 31
Etc., car on peut envisager la question différemment pour chaque
étage de calcul.
TEXTE(s) MÉ(s)
Arpad SzABi), Les débuts des mathématiques grecques 17181
121 Francine JAULIN-MANNONT Ouvrage de Darne 13881
TEXTE(s) CONSULTÉ(s)
- Jean - louis GARinEs, Le raisonnement par tabsurde12901
ACQUIS
Voir à : Inné.
A.D.D. Attention Deficit Disorders
TB-Ch3 Les sciences humaines une appellation doublement non contrôlée
Dans le contexte actuel
La référence systématique aux troubles de l'attention, pour expliquer
les difficultés scolaires et les comportements réactionnels de certains
enfants face à ces difficultés, s'inscrit dans les courants de pensée qui
déguisent le retour à la psychologie naïve en savoir savant.
Ce «syndrome» (enfant rêveur, distrait, tolérant mal la frustration,
en échec scolaire...) tend de plus en plus à donner lieu à un traite-
ment médical de type amphétamines. «About one million american
children are estimated to be treated by d-methylphenidate in its current
form as a racemic mixture. Total U.S. sales of d-methylphenidate are
estimated to be $300 millions in 1996 Ili.»
Ajoutons que : «[. ..1 il existe un marché noir qui atteint même la cour
de l'école exposant les enfants qui prennent du Ritalin (méthylpheni-
date) à toutes sortes d'agressions et de chantage de la part de ceux qui en
abusent 121. »
Tout ceci se situe dans le contexte de l'influence des théories com-
«Dans le cas d'un diagnostic de TDA-H portementales. Ainsi, citons :
¤ Les programmes de Déficitaire de l'Attention avec Hyperactivité), la prescription
Modification du
du méthylphénidate doit toujours être accompagnée d'un programme de Comportement>> sont
les pratiques issues di- ¤ et le médecin doit surveiller continuel-modification du comportement
rectement des théo-
ries de Skinner. lement les progrès de l'enfànd21.»
32 Manuel de référence
Un brin de métaréférence
Pour rédiger ce livre, il m'a fallu consulter un certain nombre
d'ouvrages dont le lecteur trouvera la liste à Psychologie. Au fil de
ces lectures, j'ai eu tous les comportements décrits par les auteurs à
propos des Attention Deficits Disorders : impossibilité de fixer mon
attention, somnolences, agacements, remise au lendemain de ce
qu'on sait qu'on devra faire de toute façon... Sans compter les com-
portements socialement inacceptables, comme celui consistant à
envoyer un livre valser à l'autre bout de la pièce en accompagnant ce
Cc à quoi il Faut ajou- geste du propos «P. B. de M. jusqu'à quand vais-je avoir à me taper
ter le comportement la lecture de ces C.?»
(socialement discuta-
ble) qui consiste à rap- Alors, à quand les amphétamines et les programmes de modification
porter ces propos ici.
de mes comportements?
TEXTE(s) CITÉ(s)
111 sClinical Trials for Attention Deficit Hyperactivity Disorder Initiated»
121 « Ritalin : pour ou contre?» - Bulletin d'information toxicologique, vol. 12, ti`' 1, avril 1996
TEXTE(s) CONSULTÉ(s)
- sl:enfandjeune adolescent(e) et le Déficit de l'attention
- s Ritalin (:ampaign Launched by Ciba to Encourage Appropriate Use»
- s Ritalin : Used or Abused?» - The daltonien, Vol. 1,111, Iss.7 (1995-96)
- s Ritalin use up as debate continues» - Bergen Record March 24, 1996
- «Compréhension du trouble déficitaire de l'attention avec prédominance du déficit de l'attention»
Ces articles ont été trouvés sur interner. i.e caractère mouvant de telles références fait que nous avons
préféré ne pas joindre les U.R.L.
A-DIDACTIQUE
La notion de situation a-didactique est introduite par Guy Brous-
seau qui décrit par là «une période critique pour la formation d'une
nouvelle connaissance, au cours de laquelle la nécessité de résoudre un
B-Ch811V31 Ma-
problème doit conduire, par ses seules exigences internes, à la construc-thématiques implici-
tes et/ou explicites tion par l'étudiant de cette connaissance[ 11122».
Bien que j'aie souvent du mal à comprendre la pensée de cet auteur, il
me semble que cela rejoint ma position selon laquelle on doit com-
mencer par mettre les enfants dans des situations où, sans le savoir, ils
se comportent mathématiquement. Ce n'est que dans un second
temps, quand on s'est assuré qu'ils ont bien compris, qu'on peut com-
mencer à leur enseigner les notions mathématiques correspondantes.
TEXTE(s) CITÉ(s)
111 Daniel ALBERT, «Sur le rôle du groupe-classe pour obtenir, et résoudre, une situation a-
didactique 131

Fils Conducteurs 33
Acide désoxyribonucléique A.D.N.
TB-Ch3 [X.4] Il n'y a pas de petit projet
Âme
La molécule d'A.D.N. porte les informations qui transmettent
l'hérédité. Elle a été découverte par Crick et Watson, ce qui leur a
valu le Prix Nobel de médecine en 1962. C'est l'origine de la biolo-
gie moléculaire.
Francis Crick est violemment critiqué ici, non pour ses travaux sur la
molécule d'A.D.N., ce qui ne serait pas dans mes compétences, mais
pour ses positions irrecevables en sciences humaines.
AHURI
TB-Chl [IV] Coordonner les modèles
TB-Ch4 [V] Gérer la contradiction
TB-Ch7 [IV3] Un classique de la théorie piagétienne
Inhibition
Source d'inspiration
«À la limite cependant rien ne nous garantit qu'il soit impossible de ren-
contrer un être suffisamment ahuri pour savoir que "p" et savoir que "q"
p.o = p et sans s'être avisé pour autant que "p. q"[1] L.» .
Apport de cette analyse
La difficulté à coordonner deux points de vue est une des principales Voir â :Sirène.
difficultés de la pensée humaine. Elle prend toute son importance
lorsque ces deux points de vue sont perçus comme contradictoires,
alors qu'en fait ils ne le sont qu'en raison de nos a priori et des con-
tradictions que nous introduisons dans l'univers par des actions qui
nous imposent des choix.
Cette difficulté est observable chez l'enfant à travers les épreuves de
Piaget.
TB-Ch7 !VIII Plai- Mais ceci n'est pas propre aux enfants et il s'agit d'une constante de
doyer pour la modes- la pensée. On peut trouver des milliers d'occasions de l'observer de
tie des grands
la même manière, bien que sur d'autres contenus, chez l'adulte.
Ainsi, citons en vrac :
34 Manuel de référence
les problèmes rencontrés par les physiciens pour coordonner deux
points de vue perçus comme contradictoires (celui de l'onde et ce-
lui de la particule);
l'impossibilité, pour une certaine psychologie, de penser l'homme
comme à la fois semblable et différent du rat;
la difficulté à concilier le point de vue de la science avec le sens
commun;
la difficulté à concilier le point de vue de la science avec l'hypothèse
de l'existence de Dieu, ou, pour les médiévaux, la difficulté à con-
cilier le point de vue de la foi avec celui de la raison;
- la difficulté à reconnaître à l'homme le droit de s'engager dans le
monde sans pour autant perdre le sens de ce qui le relie à lui-même;
- etc.
Sans compter que le propos de Jean-Louis Gardies cité plus haut
relève lui aussi d'un défaut de coordination entre ce qu'enseigne la
logique et ce qu'on peut observer tous les jours.
En bref : vingt trois siècles d'un combat où s'affrontent deux entêtés,
Dieu et le Monde? Un casse-tête (à tous les sens du terme) au sujet
de la question de savoir comment Dieu peut être à la fois un et trois?
L'impossibilité de reconnaître à l'homme le droit d'avoir une âme
sous prétexte que les ordinateurs n'en ont pas? La difficulté à équili-
brer les deux tendances contradictoires qui nous font tendre l'une
vers l'équilibre, l'autre vers le déséquilibre... ?
De banales histoires d'ahuri.
Les sciences n'échappent pas à ce problème
Comme les enfants étudiés par Piaget, les scientifiques ne sont pas à
l'abri du risque, soit de passer d'un point de vue à un autre, soit de se
fixer sur un point de vue et d'être incapables d'en changer.
Toutefois, paradoxalement, dans les sciences, on peut se demander si
ce n'est pas plutôt la tendance à la fixation qui domine. Abandonner
momentanément un point de vue pour construire son complémen-
taire est en effet d'autant plus difficile qu'on a dépensé de l'énergie à
l'étude du premier. Ceci «contribue à conserver le vieux et le familier,
non pas parce qu'ils sont mieux fondés sur l'observation que des théories
rivales récemment formulées, ni parce qu'ils sont plus élégants - mais
simplement parce que c'est le vieux et le familier[2].»
Une idéologie pour le moins regrettable
Tout cela est inhérent au fonctionnement de l'esprit humain. Encore
faut-il en avoir conscience pour chercher systématiquement à éviter
ce piège qui nous met en chaque instant sur le fil du rasoir, en dan-
Fils Conducteurs 35
ger de nous faire alterner anarchiquement d'un point de vue sur la
Sirène à l'autre, ou de nous installer dans l'un en nous faisant com-
plètement oublier l'autre.
Ce qui ne veut pas di- Or, non seulement cette prise de conscience n'est pas vraiment faite
re, bien sûr, qu'il faille par nos sciences aujourd'hui, mais celles-ci, dans une filiation qui
pour autant tomber
dans cette autre idée, remonte aux Grecs, vivent encore plus ou moins implicitement sur
peu scientifique s'il en une idéologie qui entretient chez de nombreux scientifiques l'idée
est, que tous les mo-
dèles sont bons. qu'il faut faire triompher un modèle, là où il serait plus pertinent
d'entretenir celle qu'il peut y avoir plusieurs modèles valides pour la
même réalité.
TEXTE(s) CITÉ(s)
Louis GARDIES, Essai sur la logique des modalités [289] [I] Jean -
tolérance en [2] P K. FEYERAISEND, « Comment être un bon empiriste. Plaidoyer en faveur de la
1269] matière épistémologique»
ALLUMETTES
TB-Chl [V.2] À partir de quelques exemples, L'impossible expérience
TB-Ch6 [VI.2] Étudier l'homme, Un projet paradoxal
Cause [Pour en finir avec un dogme]
Psychanalyse [Existence «objective» d'une subjectivité]
L'allumette est évoquée pour faire référence aux observations qui
modifient les observés : on craque une allumette pour savoir si elle
est bonne. Elle s'enflamme, mais maintenant qu'on a vérifié qu'elle
marche, elle ne marche plus.
Ainsi une simple allumette peut nous inspirer bien des réflexions sur
les sciences : les problèmes que leur posent l'expérience et l'observa-
tion, le déterminisme, la querelle des universaux, l'empirisme, le
pragmatisme, le positivisme... sans compter la difficulté d'être et la
célèbre phrase d'Hamlet.
ÂME
TB-Ch3 Les sciences humaines, une appellation doublement non contrôlée
TB-Ch2 [XII.1] Un meurtre qui a laissé des traces
Cela a été écrit, on peut le lire
Une certaine science, ou quelque chose qui se prend pour telle, est
persuadée qu'elle va tout expliquer. Comme l'âme résiste à ce grand
36 Manuel de référence
projet, on se propose de démontrer que celle-ci n'existe pas. Ainsi,
citons : «Si les fàits scientifiques sont suffisamment frappants et bien
établis, et s'ils appuient l'Hypothèse stupéfiante, il deviendra possible de
démontrer que l'âme désincarnée de l'homme est une idée aussi inutile
que la vieille idée se référant à une force de vie. 1...] Comment un chan-
gement aussi radical sera-t-il reçu?
En bref, cette «science» ne doute pas de la possibilité de s'appuyer
sur les faits scientifiques pour «démontrer» que nous n'avons pas
d'âme. La question qu'on se pose n'est pas du côté des limites de ce
projet. Elle est seulement de savoir comment nous allons prendre
cette bonne nouvelle.
Un ennemi : Descartes
Aujourd'hui, dans ce contexte, l'ennemi, c'est Descartes.
Ainsi, par exemple, Damasio [2] , qui par ailleurs dit des choses
importantes, intitule son livre L'erreur de Descartes. C'est qu'on
reproche à notre philosophe national d'avoir introduit un dualisme
entre le corps et l'esprit : «[...1 il est certain que moi "c'est-à-dire l'âme
par laquelle je suis ce que je suis'', est entièrement et véritablement dis-
tincte de mon corps 413] ».
Mais, si Descartes a incontestablement écrit ce qu'on lui reproche, il a
aussi écrit : l'esprit, quoique réellement distingué du corps, ne laisse
pas de lui être joint et d'être touché par les vestiges qui sont imprimés en
lui, ou même aussi d'en imprimer en lui de nouveaux [ 4 ] », ce
qui est exactement ce que dit Damasio et semble laisser entendre que
Descartes établit entre l'âme et l'esprit une différence qui n'est pas
récusée par l'analyse faite ici.
Pour régler correctement les quantificateurs
Celui qui dit «Lâme n'existe pas, la preuve en est que je ne l'ai pas
rencontrée», commet une erreur logique, à moins de prétendre avoir
exploré l'univers dans sa totalité sans aucune exception.
Celui qui dit « Mon âme existe, la preuve en est que je l'ai
rencontrée», est par contre, lui, parfaitement en accord avec les lois
de la raison. Mais, bien entendu, comme l'argument peut servir
aussi bien à justifier «Les éléphants roses existent, la preuve en est
que j'en ai rencontrés», on peut toujours le contester. Seulement, on
ne peut le faire qu'au nom de ses propres croyances, pas en celui de
la rigueur scientifique ou de la démonstration.
Fils Conducteurs 37
Une question qu'on peut se poser
Mais, au fait, en quoi serait-il gênant pour nous d'avoir une âme?
Ou, plus exactement, en quoi serait-il gênant que nous estimions
que ce problème n'est pas l'affaire de la biologie?
Gênant pour nous? Le problème n'est pas là : qui se préoccupe de
cette question? Il est évident que, si l'âme gêne, ce n'est pas parce
qu'il serait ennuyeux pour nous d'en avoir une. C'est parce qu'en
accepter l'hypothèse, ce serait renoncer au grand projet, et oui tou-
jours lui, du système de pensée qui permettra de tout comprendre.
Neuro-sciences C'est pourquoi le biologiste (pur et dur) ne peut pas se permettre
Positivisme d'avoir une âme.
Ce n'est après tout que son problème. Mais, comme nous disions
quand j'étais enfant : «S'il n'aime pas cela, ce n'est pas une raison
suffisante pour en dégoûter les autres.»
Soyons logiques
Nous poserons que l'âme a, par définition, une existence indépen-
dante de notre corps. C'est une définition importante, car c'est la
seule qui permette au commun des mortels (vous et moi) de penser
que son existence transcende la mort.
Évidemment, une question se pose : l'âme, ainsi définie, existe-t-
elle? Cette question débouche sur deux hypothèses qui vont nous
permettre un raisonnement de type dilemme :
ou bien elle existe. Dans ce cas, comme elle est par définition indé-
pendante du corps, elle échappe à toute forme d'exploration
biologique;
ou bien elle n'existe pas et, évidemment, échappe également à toute
forme d'exploration biologique.
Conséquence de ce dilemme : en tout état de cause, la biologie ne
saurait se mêler de l'âme, ainsi définie s'entend.
Quant aux questions : «Quelle est la nature de cette existence?», «À
quoi ressemble l'âme?»..., elles sortent de mes compétences, mais ne Voir à :Existence.
sont pas notre problème ici.
Pour mettre les choses au point
En admettant, seconde hypothèse ci-dessus, que l'âme ne soit qu'une
illusion à laquelle les braves gens se droguent : pourquoi pas? Elle
me paraît en tout cas moins nocive que la manière dont certains
savants se droguent ainsi à l'illusion qu'ils font de la science.
38 Manuel de référence
Pour établir des liens
On notera en passant que tout cela n'est même pas dans la ligne de
Turing. En effet, celui-ci n'a pas dit que l'homme n'a pas d'âme. Il a
seulement dit qu'il n'était pas interdit aux ordinateurs d'en avoir
une. Ce n'est pas du tout la même chose.
Pour établir d'autres liens
Le débat, qu'on pourrait croire récent, parce que déclenché au nom
de la biologie, est en fait très ancien. Déjà présent chez Platon, pas-
sant par la scolastique et nous arrivant aujourd'hui par les neuro-
sciences, il n'est que le reflet de cette conception erronée de la raison
qui a construit les aspects les plus discutables de la pensée
occidentale.
En bref
L'âme existe-t-elle ? Si oui, quelle est la nature de son existence?
Préexiste-t-elle à notre existence terrestre? Nous survit-elle après
notre mort? S'enrichit-elle de notre passage sur terre? Nous suit-elle
de vies en vies? Est-elle destinée à choisir entre le ciel, le purgatoire
et l'enfer?... Autant de questions auxquelles nous n'aurons pas la
prétention de répondre.
Nous nous contenterons de dénoncer les abus de certains auteurs
qui semblent s'imaginer que leur qualité de scientifiques les autorise
à le faire pour nous.
TEXTE(s) CITÉ(s)
[1] Francis CRICK, L'hypothèse stupéfiante [164]
[2] Antonio R. DAMASIO, L'erreur de Descartes [172]
[3] René DEsciums, Méditations métaphysiques[196] (Méditation sixième)
[4] René DESCAR'I'ES, Correspondance avec Arnauld et Morus [197]
ANALOGIE
Traité de Logique (Tome A)
Manuel Didactique
Généralisation
Selon un usage de plus en plus courant
Une signification qui oppose «analogie» à «digital» tend à se répan-
dre sous l'influence de l'informatique. Ainsi oppose-t-on par
Fils Conducteurs 39
exemple les montres analogiques où les aiguilles font le tour du
cadran dans un mouvement continu aux montres digitales où les
chiffres apparaissent les uns après les autres sans transition.
Ce n'est pas cette signification qui est analysée ci-dessous.
Sur le plan logique
Soit une situation dans laquelle il est établi que tous les chevelus à
lunettes fument la pipe.
Un raisonnement strictement par analogie consisterait à en conclure
que tous les chevelus à cravate, qui présentent avec les précédents
une certaine analogie (ils ont des cheveux), fument la pipe.
Personne n'a jamais soutenu qu'un tel raisonnement soit valide. En
fait, on ne peut même pas l'assimiler à une induction. Car, si par
induction on aboutit à la conséquence qu'il n'existe pas de loi inter-
disant aux chevelus de fumer la pipe, rien ne permet une telle
conclusion sur les chevelus à cravate.
Deux choses à ne pas confondre
Le vocabulaire de la philosophie de Lalande donne au terme
«analogie» cinq sens parmi lesquels on note (sens A) : «Identité du
rapport qui unit deux à deux les termes de deux ou plusieurs couples.
Spécialement, et par excellence, proportion mathématique. »
Ici nous remarquerons que le raisonnement proportionnel, tel qu'on
le rencontre en mathématiques, est un raisonnement valide. Mais il
n'a aucun rapport avec le raisonnement strictement analogique, tel
que nous l'avons vu plus haut.
Il ne faut pas confondre :
Notons déjè que le - 1) la généralisation du traitement des données vers des situations
seul fait d'établir - par isomorphes, raisonnement qui procède par coordinations d'infé-
analogie, niais au sens
strict - une ressem- rences en respectant les règles du raisonnement déductif;
blance entre les deux
- 2) le pseudo «raisonnement» qui se baptise «par analogie» et n'est est lui-même une er-
reur, ce qui illustre en tout simplement pas un raisonnement.
passant le caractère
non valide de l'infé- Quant à l'idée qu'il existerait des intermédiaires entre les deux, elle
rence analogique. ne résiste pas à l'analyse : un raisonnement est valide ou ne l'est pas.
Dans ce domaine, se tromper à moitié, c'est se tromper
complètement.
Il reste évidemment à se demander pourquoi persiste si durablement
cette idée qu'il existe quelque chose qu'on serait en droit d'appeler
« raisonnement par analogie», alors qu'elle est de toute évidence
fausse? C'est à cette question que nous allons ci-dessous tenter de
répondre.
40 Manuel de référence
Un outil de découverte?
Un argument souvent employé est que l'analogie ouvre des pistes
pour l'exploration et constitue par là un outil de découverte.
Mais, revenons à l'exemple ci-dessus : on constate que les chevelus à
lunettes fument la pipe.
Cela peut conduire à l'hypothèse, c'est une piste, que les chevelus à
cravate fument la pipe. Mais, si on n'a pas d'autres indices pour faire
cette hypothèse plutôt qu'une autre, toutes les pistes se valent : on
peut s'interroger sur les porteurs de lunettes à cravate, les porteurs de
lunettes à bretelles, etc. Quant aux vérifications qu'on cherchera à
faire, on les fera selon les procédures habituelles des sciences
expérimentales : en passant tous les critères en revue, en étudiant les
ressemblances, les différences, etc.
Lorsqu'on se fie à tels ou tels indices pour privilégier telle ou telle
voie, l'interprétation de ces indices nous ramène donc au raisonne-Voir à :Bacon [As-
pects logiques'. ment déductif.
Un outil pédagogique
D'une manière générale
Un autre argument fréquent est l'utilisation de l'analogie comme
procédé d'enseignement.
Un exemple, qui illustre parfaitement le degré d'absurde où cela
peut conduire, nous est donné par un procédé qui a eu autrefois ses
heures de gloire dans l'enseignement des mathématiques. Il s'agit de
celui qui consistait à expliquer l'algèbre aux potaches en leur faisant
apprendre la règle des signes par analogie avec «les amis de mes amis
sont mes amis (pour + par + donne +) ; les amis de mes ennemis sont
mes ennemis (pour + par - donne -); les ennemis de mes ennemis
sont mes amis (pour - par - donne +)».
Indépendamment du fait que rien n'a jamais prouvé que les amis de
nos amis soient nos amis, ou autres choses du même genre, on se
demande quel rapport il y a avec les multiplications sur les nombres?
D'ailleurs, les enfants qui n'ont rien compris (mais qui ira le leur
reprocher?) et qui appliquent la règle par analogie en concluent par
exemple que «-5 - 4 = + 9».
Précision
On pourra être tenté de me dire que, moi-même, en donnant des
exemples de chevelus à lunettes pour soutenir mon exposé, j'ai uti-
lisé une pédagogie par analogie. Mais, comme je l'ai montré ailleurs,
Généralisation ce point de vue n'est pas soutenable.
Fils Conducteurs 41
Un outil de mémorisation
Les procédés dits « mnémotechniques » consistent à s'aider d'une
analogie pour garder à la mémoire, par exemple une leçon.
Si c'est une leçon qu'on a comprise, pourquoi pas?
Encore faut-il aussi garder à la mémoire le fait qu'il ne s'agit que
d'une analogie.
En bref
On ne prouve pas par analogie mais par des raisonnements valides, on
ne découvre pas par analogie mais par la quête des indices, on ne
comprend pas par analogie mais par le sens, et si on mémorise par
analogie, c'est à condition de mémoriser qu'il ne s'agit que d'analogie.
Le danger des mots
Parfois c'est simplement l'usage du même vocabulaire qui suggère
une analogie, voire donne l'illusion d'une similitude. Ainsi en est-il
lorsqu'un auteur prétend qu'il n'y a «pas de différence» entre une
Voir à : Habits d'Em- opération arithmétique et une opération chirurgicale.
pereur (Pour faire
Bien entendu, on ne pousse jamais ce genre de « raisonnement » bon poids).
jusqu'au bout. Sinon, ici, on aurait aussi évoqué les opérations de
police et celles du Saint Esprit.
Un outil de complicité
Il reste que l'analogie, qui se fait alors métaphore, sert à la circula-
tion du sens entre gens qui se sont déjà compris. Ainsi, dans la
rédaction de ce livre, j'ai très souvent utilisé un procédé banal qui
cherche à attirer la complicité du lecteur, mais qui ne fonctionne que
si on n'en est pas dupe.
Par exemple, si je dis que «l'usage qu'on fait aujourd'hui des mathé-
matiques dans les sciences humaines revient à vouloir utiliser un
télescope pour chercher dans son frigidaire», il est évident que le
propos ne demande pas à être pris au pied de la lettre. Il s'adresse à
un lecteur supposé avoir compris assez de choses pour voir d'emblée
les limites de l'image. C'est pourquoi ce genre de procédé, comme
les bonnes histoires qu'on se raconte entre amis, marche d'autant
moins qu'on tente de l'expliciter.
Parlons un instant de notre cerveau
Une certaine mode consiste à situer la pensée logique avec le langage
dans le cerveau gauche et la pensée analogique dans le cerveau droit.
42 Manuel de référence
Ceci relève d'une intuition (justifiée) de la nécessité de réharmoniser
les deux versants du psychisme correspondant respectivement aux
chapitres 4 et 5 du Tome B. Mais, s'il est démontré que les différen-
tes régions de notre cerveau assurent des fonctions différentes, il ne
saurait s'agir d'une dichotomie aussi simpliste.
Il reste à parler de l'informatique
Dans un contexte où la remise en question, justifiée mais anarchique
et incohérente, du Calcul des Propositions ouvre la porte à tout et à
n'importe quoi, la référence au raisonnement par analogie apparaît
dans les ouvrages des informaticiens.
Or, de deux choses l'une :
Ou bien il s'agit de transferts par généralisation de traitement des
données dans des situations isomorphes (reconnaissance de formes
par exemple). Auquel cas, les ordinateurs font leur travail : ils cal-
culent. À charge pour celui qui les programme de vérifier qu'ils
appliquent correctement les règles des raisonnements valides, ce
qui peut inclure, bien sûr, des marges d'imprécision.
Ou bien on prétend réellement introduire (pour leur donner de
l'imagination?) le raisonnement par analogie dans les ordinateurs.
Auquel cas, on est en train (afin de faire en sorte qu'ils nous
ressemblent?) de leur apprendre à raisonner de travers.
Pour établir les liens
TB-Ch3, Les Scien- La psychologie dite «objective», qui prétend étudier le raisonnement
ces humaines...
humain par analogie avec le raisonnement du rat, repose elle-même
sur une faute de raisonnement.
Il en va de même du cognitivisme qui prétend rendre compte du
psychisme humain par analogie avec l'ordinateur.
Sans compter, par exemple, la logique déontique qui prétend cons-
truire la logique des normes par analogie formelle avec la logique
modale.
ANALPHABÈTE
Illettrés/Illettrisme
Le sens des mots
En consultant les dictionnaires que j'ai sous la main :
Fils Conducteurs 43
- Analphabète : « Qui ne sait ni lire ni écrire. » 'Larousse de poche]
- Illettré : « Qui ne sait ni lire ni écrire. » !Larousse de poche]
-Qui ne sait ni lire ni écrire. »iPetit Robert]
- Illettré : « [Petit Robert)
La différence (pertinente au regard des faits) introduite aujourd'hui
dans certains milieux entre les deux concepts reste donc interne aux
milieux professionnels concernés.
Même si c'est essentiellement parmi les immigrés, on trouve encore
en France des analphabètes au sens le plus traditionnel du terme.
Les illettrés, en un sens plus récent du mot, se chiffrent par milliers.
Les lettrés (dans le sens de «non-illettré») vont de ceux qui ne lisent
que le journal du dimanche à ceux qui passent leur vie en bibliothè-
que. Sans parler des mathématiques ou des sciences.
Quand aux utilisateurs d'informatique, ils vont de ceux qui se servent
uniquement d'un petit traitement de texte à ceux qui sont capables de
suivre l'évolution des techniques et de choisir, acheter, installer et uti-
liser n'importe quel logiciel en fonction de n'importe quel besoin.
C'est dire que la «fracture sociale», pour employer un mot mis à la
mode récemment par l'un de nos politiciens, est multiforme, éten-
due et profonde. Elle ne touche pas que la lecture, mais toutes les
formes de connaissances et joue également entre les disciplines.
ANTICIPATION
TB-Chl [V] Constater, anticiper ou raisonner
Généralisation
D'une manière générale
«Anticiper : exécuter avant le temps déterminé (anticiper un paiement)
- Imaginer et éprouver à l'avance "le coeur anticipe les maux qui le
menacent". »[Pefit Robert]
Dans le cadre de cette analyse
Nous avons réservé l'expression «pensée anticipatrice» pour le mode
de pensée capable de dépasser par un raisonnement les évidences de
l'expérience sensible immédiate.
Le raisonnement de Lindbergh peut être donné ici en exemple.
44 Manuel de référence
l'objet permanent, processus par Notons que la construction de
lequel l'enfant construit l'existence du monde, relève de la pensée
anticipatrice en ce sens-là du mot.
APPRENTISSAGES PRÉCOCES
TB-Ch7 [11.3] Les territoires collectifs, Brève critique des apprentissages précoces
TB-Ch7 [1V.4] Se structurer prend du temps
TB-Ch8 [II.5] Respecter les durées
Nombre [Pour en finir avec les rats (et les singes)]
L'idée que plus les enfants commencent tôt leurs apprentissages scolai-
res mieux ils seront armés pour la vie est très répandue. Elle repose sur
une ignorance de l'importance du temps et des périodes de latence
dans la construction du moi et dans la construction des connaissances.
Aujourd'hui elle donne lieu, particulièrement aux U.S.A., à des pra-
tiques de suréducation des tout-petits allant jusqu'à de véritables
délires comme apprendre à lire et à compter aux bébés au berceau,
voire leur apprendre l'alphabet quand ils sont encore dans le ventre
Cette histoire d'ap- de leur mère.
prentissage prénatal
n'est pas une blague. À l'origine de ces délires, on trouve au moins trois facteurs :
(«Bébé génération
p s» lu' Émi télévi- ss l'irresponsabilité d'apprentis sorciers qui confondent connaissance
sée, Planète-Oct. 96)
et performance et qui ont, du rapport entre le psychisme, le monde
et la connaissance, une vision d'un simplisme désespérant;
les difficultés d'une société qui a poussé la construction des con-Ce n'est certainement
pas par hasard si l'idée naissances jusqu'à un niveau extrême, mais qui, aveuglée par ces
de commencer l'en-
performances, est incapable de transmettre d'une génération à traînement des bébés
avant leur naissance l'autre les savoirs les plus élémentaires;
se rencontre dans les
deux fiefs du pavlo- le dénuement de parents qui s'inquiètent pour l'avenir de leurs en-
visme : les U.S.A. et la fants, et qui sont une proie d'autant plus facile pour les charlatans
Russie (références ci-
tées). que ceux-ci les déculpabilisent en leur fournissant l'illusion de la
méthode pour être de «bons» parents.
Suréduqués, n'ayant plus le temps de jouer, de rêver, d'être...,
n'ayant pas de lieu pour se construire dans leurs territoires person-S'étonnera-t-on
qu'aux U.S.A. la pra- nels en échappant à l'emprise de l'adulte qui cherche ainsi à les
tique de l'apprentissa-
rendre plus performants, les enfants soumis à des apprentissages pré-ge prénatal soit un
commerce? coces intensifs peuvent faire des dépressions graves.
45 Fils Conducteurs
ARCHIVES AKASHIQUES
TB-Ch5 [II.31 Diversité des formes et des lieux
Marque — Résonance morphique — Réalisation personnelle
La plupart des traditions ésotériques font état de lieux cosmiques
7but ce qui est dans lesquels trouver des informations. Ainsi, citons : «
arrivé et tout ce qui pourra se produire s'inscrit dans les archives akashi-
ques, car tout arrive par la loi cosmique. Quand un mystique ou un
étudiant du mysticisme déclare qu'il consultera les archives akashiques, il
veut dire par là qu'il s'efforcera de se mettre en harmonie avec la cons-
cience cosmique et de s'imprégner de son omniscience[1].»
Que des connaissances puissent être acquises de cette manière et
soient éventuellement fiables est une question sur laquelle notre ana-
lyse ne nous conduit à nous prononcer ni dans un sens ni dans
l'autre. Par contre, notre option d'ouverture absolue nous conduit à
récuser le caractère d'universalité qui leur est prêté dans ce texte.
TEXTE(s) CITÉ(s)
[I] Manuel rosicrucien 1rit. 25]
Argumenter ARGUMENTATION
TB-Ch8 [11.81 Une didactique de la nécessité de la preuve, Une idée à dénoncer
Démontrer
Le sens des mots
à «argumenter» la définition : «Présenter des Le Petit Robert donne
Dans le même dictionnaire à arguments; prouver par arguments. »
nous trouvons en premier lieu : «Raisonnement destiné à «argument»
prouver ou à réfuter une proposition, et par extension preuve à l'appui
ou à l'encontre d'une proposition. »
Ainsi définie, l'argumentation ne se différencie pas de la démonstra-
tion. D'ailleurs, le dictionnaire continue par un renvoi à :
«raisonnement, argumentation, démonstration, preuve, raison».
«opposer ses argu-Toutefois, le texte continue un peu plus loin par :
ments à ceux de l'adversaire (V. Objecter, réfuter, répliquer, répondre,
rétorquer). »
L'accent étant ainsi mis sur son caractère d'interlocution, voire
d'arme utilisée contre un adversaire, l'argumentation se démarque
46 Manuel de référence
ici de la démonstration considérée comme preuve en soi et non pas
comme preuve pour quelqu'un.
Une opposition radicale
Le seul fait que le dictionnaire ne présente pas ces deux sens comme
différents témoigne de la confusion qui règne encore aujourd'hui
autour de ce que la «raison» peut apporter à la recherche de la vérité.
En effet, il existe une différence considérable entre l'art de l'argu-
mentation (qui cherche à convaincre un interlocuteur) et l'art de la
preuve qui cherche à découvrir le vrai.
Il peut arriver que l'argumentation soit malhonnête. Ainsi, on peut
vouloir convaincre quelqu'un en étant de mauvaise foi. Mais, même
sans être délibérément de mauvaise foi, lorsqu'on choisit une argu-
mentation, ce n'est pas en fonction de sa qualité intrinsèque, c'est en
fonction de la force de conviction qu'elle entraîne. Si l'adversaire est
mieux convaincu par des arguments faux que par des arguments jus-
tes, on n'hésitera pas, consciemment ou non (mais de toute façon
L'oeuvre. de Saint avec bonne conscience car on est convaincu de détenir le vrai), à uti-
Thomas d'Aquin il-
liser les arguments les plus convaincants. lustre ce propos.
En bref, et c'est là le problème de fond, même lorsqu'elle est de
bonne foi, l'argumentation est pratiquée par quelqu'un qui, con-
vaincu d'avoir raison, n'est pas dans l'état d'esprit de rechercher la
vérité (il la possède, ou en tout cas le croit). Il est tourné vers la
recherche des meilleures armes pour convaincre. Ce qui n'est pas du
tout la même chose.
Il n'y a donc qu'entre gens logiquement compétents et honnêtes que
l'art de l'argumentation peut servir celui de la preuve. Autrement, il
sert les idées fausses aussi bien que les vraies.
ARISTOTE Philosophe grec (- 384; - 322)
TB-Ch2 [II] Deux auteurs clef
TB-Ch2 [IV] La grande période de la scolastique
TB-Ch2 [IVS] Omniprésence d'Aristote
Église [Position prise ici] — Logique (classique) [Au fil des siècles] — Scolastique
Aristote s'est intéressé à toutes sortes de choses : le ciel, les animaux,
la métaphysique, la morale, la politique, la création des genres litté-
raires, etc.
«D'une intelligence encyclopédique, Aristote voit dans la philosophie la
totalité ordonnée du savoir humain. Sa théorie du syllogisme et son ana-
Fils Conducteurs 47
lyse des différentes parties et formes du discours font de lui le père de la
[Petit Robert] logique
Au Moyen Âge, l'influence d'Aristote sur les idées a été considérable.
«la formation de la pensée arabo-islamique»fidml Elle s'est exercée sur
et sur toute la pensée occidentale.
Pendant des siècles, on a traduit, commenté, discuté Aristote. Il a été
la référence incontournable des idées dans la grande période de la
scolastique.
L'oeuvre logique
La partie de l'oeuvre d'Aristote consacrée à la logique se trouve dans
d'Organon[1]. un recueil connu sous le nom
La logique aristotélicienne s'est développée essentiellement dans
deux directions : le syllogisme catégorique et le syllogisme modal.
L'analyse faite Tome A la réhabilite face à ceux qui la critiquent au
nom des théories actuelles, car elle montre que l'intérêt porté par
Aristote au syllogisme était, contrairement à une idée aujourd'hui
répandue, loin d'être injustifiée.
Elle montre aussi les limites de la logique aristotélicienne, d'une part Abduction
Modale en ce qui concerne le raisonnement hypothétique dont Aristote n'a
Contingent pas vu l'importance et qu'il a ramené systématiquement au raisonne-
Possible ment catégorique, et d'autre part en ce qui concerne le raisonnement
modal et l'impossibilité où il s'est trouvé de résoudre l'opposition
entre «possible que oui» et «possible que non».
Une méthode pour le moins discutable
Aristote présente deux particularités :
D'une part, il a dit des choses importantes et difficiles, mais s'y est
pris d'une manière telle que, pour les comprendre en lisant le texte,
il faut savoir ce qu'il faut y chercher et comment le trouver au milieu
des méandres, ce qui suppose qu'on ait déjà compris d'avance à peu
près tout.
Par ailleurs, lui qui s'est voulu le grand fondateur de la science de
l'art de raisonner correctement, semble ne s'être jamais posé la
question : «Ne serais-je pas en train de me tromper?» Tout semble
construit sur le principe : «Du moment que c'est ainsi que je vois les
choses, c'est ainsi qu'elles sont, et quiconque ne les voit pas comme
moi ne saurait être que sot.»
La méthode frise le laxisme et certaines erreurs de raisonnement
auraient pu être évitées avec un minimum de soin. [2] t h vi [x" 1) (2) Go
48 Manuel de référence
D'une manière plus générale
Ceci ne concerne pas que la logique. C'est comme si, pour toute
idée, toute interrogation qui était dans l'air, Aristote avait dit :
«Laissez. Je sais. Je vais m'en occuper », pour ensuite exposer son
point de vue avec force détails sans chercher à le confronter à une
quelconque épreuve des faits et sans jamais envisager l'éventualité de
ses propres erreurs. C'est le stade où : «Le monde est comme je le
vois, point. Si les autres ne le voient pas comme moi, c'est qu'ils l'ont
mal regardé ou qu'ils sont sots.»
On peut se demander si cette oeuvre gigantesque, mais totalement
dogmatique, n'a pas fait au moins autant (dès l'époque grecque)
pour fermer les idées que pour leur permettre de progresser. Com-
ment s'interroger encore sur ceci ou cela, comment douter,
comment chercher, alors que le maître avait déjà tout dit?
Au Moyen Âge
Pendant des siècles on va éplucher, commenter, détailler Aristote. Ce
sera la scolastique.
St Thomas d'Aquin La référence systématique et dogmatique au philosophe grec sera,
Église tant sur le plan des idées générales que sur celui de la logique, un
Galike frein à l'évolution des connaissances. En particulier, l'influence de
cet auteur sur l'Église sera déplorable.
Deux auteurs, Bacon et Descartes, porteront à la scolastique un coup
fatal. Mais il n'y aura rien pour la remplacer et garantir une réflexion
sur la rigueur.
TEXTE(s) CITÉ(s)
[1] Aristote, Organon[12- 171
121 Francine fAULIN-MANNONI, Ouvrage de Dame [3881
TEXTE(s) CONSULTÉ(s)
- Pierre Pail'filtiN, «Aristote» 15671
- Rajoutons pour l'amusement : Margaret DooDY, Aristote détective [21 61
A.R.L. Ateliers de Raisonnement Logique
Technique de remédiation à base de fiches mise au point par Pierre
Higelé et son équipe. Beaucoup des exercices reprennent les thèmes
piagétiens : inclusion, sériation, etc.
49 Fils Conducteurs
Vu de ma lucarne
Pierre Higelé a contribué à introduire dans l'université des préoccu-
pations concernant les problèmes logiques et le raisonnement à une
époque où ces questions étaient bien loin de connaître la mode
qu'elles connaissent aujourd'hui. À ce titre on peut le considérer
comme un pionnier.
Toutefois, les A.R.L. peuvent être donnés en exemple prototypique
des impasses où conduit l'usage de la théorie piagétienne quand on
ne dispose pas des outils logiques permettant de comprendre les
filiations de structures. Ainsi, le lecteur utilisateur de ces techniques
pourra mesurer la différence entre les exercices d'inclusion qui y sont
Manuel Didactique. proposés et l'analyse faite ici à ce sujet dans le
TEXTE(s) CONSULTÉ(s)
- Pierre Hi ;iii., Construire le raisonnement chez les enfants 13521
Ateliers de Raisonnement Logique 13531 - Pierre HIGELE., Gérard HOMMAGE, Elisabeth PERRY,
ASPIRINE Aspirine rétroactive
Voir à :Temps [La seule vraie difficulté des voyages dans le temps].
ASSERTION
TA-Ch2 [II Interrogations, assertions et hypothèses
Les assertions décrivent des faits et s'opposent aux hypothèses.
nous avons rencontré deux Dans le cadre du Traité de Logique,
niveaux d'assertion :
- les valeurs posées;
- les valeurs repoussées.
Pour spécifier qu'il s'agit d'une assertion, nous avons choisi une écri-
ture entre parenthèses.
assertion d'une valeur posée positive : (px est chevelu (+)) TA-Ch211.21 Con-
naissances établies
assertion d'une valeur posée négative : (px est chevelu (-)) (assertions)
- assertion de repoussement d'une valeur positive :
TA-Ch211V2] Pré-
sentation des valeurs (nd (px est chevelu (+))
repoussées
- assertion de repoussement d'une valeur négative :
(nd (px est chevelu (-))
50 Manuel de référence
L'opposition entre les assertions et les hypothèses concerne aussi les
inférences. Par exemple :
TA-Ch3 [III] Asser- - assertion d'inférence effective :
tion d'inférence et hy-
(( px est chevelu (+) ) —> (px porte des lunettes (+))) pothèse d'inférence
- assertion d'inférence hypothétique :
(< px est chevelu (+) > --> <px porte des lunettes (+) >)
- assertion d'inférence repoussée :
( ( px est chevelu (+)) ( px porte des lunettes (+)))
Pour les assertions, nous acceptons une écriture naïve. Par exemple,
dans le cas ci-dessus :
TA-Ch3 [111.31 Préci- (px est chevelu (+)) —> (px porte des lunettes (+))
sion d'écriture
Mais, lorsqu'il y a risque d'ambiguïté, il est important de revenir à
l'écriture non-naïve.
ATLANTES
TB-Ch2 PCII.31 La fascination pour la technologie
AXIOMATIQUE
TB-Chl [IX3] Le formalisme par construction
TB-Ch6 [IV2] La logique comme réalité
Géométrie [Géométrie euclidienne] — Géométrie [Géométries non-euclidiennes]
Axiome
D'une manière générale
Les premières axiomatiques naissent avec la construction des géomé-
tries non-euclidiennes. On découvre qu'on peut construire des
théories à partir d'hypothèses dont on ne se soucie pas de savoir si
elles sont vraies ou fausses et dont on s'occupe seulement de déter-
miner les filiations logiques. «[..] au point de départ d'une théorie
déductive, conçue pour satisfaire aux exigences logiques, devront figurer,
non plus les trois «principes" traditionnels : définitions, axiomes et postu-
lats, mais des propositions non démontrées - qu'on appellera
indifféremment axiomes ou postulats - et des termes non définis : tout le
travail ultérieur consistant à construire à partir de là des propositions
nouvelles, justifiées par le moyen des démonstrations, et des termes nou-
veaux, fixés par le moyen des définitions[1]Pi2.»
51 Fils Conducteurs
En liaison avec l'analyse faite ici
La construction de théories purement axiomatiques renvoie à la notion
Formel/Formalisme vue ailleurs de formalisme par construction. Ce procédé est d'un
Axiome apport indéniable et : «La méthode axiomatique a précisément l'intérêt
de révéler les isomorphismes entre les théories concrètes apparemment
hétérogènes, en les ramenant à l'unité d'un système abstrait[1]. »
Toutefois, que le procédé ne soit pas, loin de là, sans intérêt ne veut
pas dire qu'on puisse en faire n'importe quel usage. À une axiomati-
que, on ne demande qu'une chose : être cohérente avec elle-même.
Mais, dès qu'on envisage de s'en servir dans l'étude des faits, la ques-
tion de l'adéquation du système axiomatique à ces derniers doit être
prise en compte, ce que semblent aujourd'hui oublier bon nombre
de mathématiciens, comme en témoignent certains dérapages.
L'axiomatisation de la logique
Dans les principes
La différence entre les Il y a des raisonnements justes et des raisonnements faux. C'est là un
raisonnements vali- fait et il fait partie de la réalité. Ceci conduit à récuser la notion même
des et les raisonne-
ments non-valides est de théorie logique axiomatique. En effet, dans la mesure où la logique
une réalité et doit être est un outil destiné à faire la différence entre les constructions inféren-
étudiée comme on
étudie les réalités. tielles valides et les constructions inférentielles non-valides, on ne peut
TB-Ch6l1V.21 La lo- pas la construire en décidant arbitrairement de ce qu'elle est.
gique comme réalité
Dans les faits
Les théories logiques qui, actuellement, se prétendent axiomatiques,
sont des systèmes mal fagotés qui tentent de retrouver des intuitions
plus ou moins conscientes en créant un langage qui se prétend arbi-
traire. Elles ne sont correctes, ni sur le plan des faits où elles
analysent mal ces intuitions dont elles essaient plus ou moins de ren-
dre compte tout en prétendant ne pas le faire, ni sur le plan
axiomatique où elles choisissent les axiomes de manière incohérente,
tantôt au hasard tantôt sous l'influence d'une intention. Les nom-
Ceci a une influence
breuses théories dites modales en sont l'exemple le plus évident. désastreuse sur l'in-
formatique. Voir à :
De telles méthodes ne peuvent conduire qu'à la pire des erreurs qui
Programmation Lo-
gique soit : celle qui consiste à inventer son raisonnement pour qu'il
Moteurs d'inférence prouve ce qu'on a envie de lui voir prouver.
52 Manuel de référence
Analyse d'un exemple
2] 6 : Soit, ci-dessous, la liste d'axiomes (axiomatique de Heyting) [
Ai : p D (p . p) -
- A2 (pq) D (g . p)
- A3 : (p D q) ((p . r) D (qr))
- A4 : ((p D q) . ( q D r)) D (p D r)
- A5 : p D (q D p)
D ci)) - A6 : (p . (p
- A7 : p D (p q)
- A8 : (p q) D (q p)
- A9 : ((p D r) . (q D r)) D (( p v q) D r)
-Ail):-pD(pDq)
q) . (p D — q)) D p -Ai : ((p D
Al2:pv—p -
Sans céder à la tentation de rajouter « trois ratons laveurs» à cette
liste, répartissons ces axiomes selon la grille suivante en les traduisant
dans le langage construit Tome A :
La règle Au, rend compte du principe du tiers exclu. On la retrouve
dans l'analyse faite Tome A, là où on y admet qu'il n'y a pas d'autres
valeurs que (+) et (-). Sa remise en question constitue un change-
ment de logique.
Mis sous forme d'inférence, A6 correspond à la règle de base de tout
raisonnement, y compris dans les systèmes non-classiques. Elle dé-
finit l'inférence et son usage :
(x (a)) et ((x (a)) (y (b)))
a pour conséquence : (y (b))
Mis sous forme inférentielle, A4 correspond au syllogisme en
Barbara :
( (x (a)) (y (b)) et (y (b)) (z (c)))
a pour conséquence : ( (x (a))
Mis également sous forme inférentielle, Ai correspond au dilem-
me en modus tollens :
( (x (a)) --> (y (b)) et (x (a)) --> (y (b)))
a pour conséquence : (x (a))
Fils Conducteurs 53
A2 a son correspondant dans notre analyse, là où les deux écritures
suivantes sont synonymes :
( x ) = ( a ) et /y \ x ) = ( b ) a Y
De même, As se retrouve dans la synonymie entre les deux
composeurs :
7
( y ) ( b
et
x ) \ a )
Ai trouve un correspondant dans notre analyse, là où rien ne nous
interdit de poser la règle suivante qui est incontestablement vraie,
mais dont on se demande à quoi elle sert et qu'on pourrait prolon-
ger à l'infini :
(
( x ) ( a )
x )= a )
- Les axiomes A5, A7 et Ai o reprennent les tautologies du Calcul des
Voir 3 : Implication. Propositions. Celles-ci sont discutées ailleurs.
En bref, certains de ces axiomes ne font que reformuler des règles
d'écriture. L'axiome Ai 2 ne fait que rappeler l'un des deux principes
de base. Seuls A4 et Ai i rendent compte de raisonnements. Quant à
la question : «Pourquoi avoir choisi ces axiomes, plutôt que n'importe
quoi d'autre?», elle semble n'être posée nulle part. On a le sentiment
qu'on a choisi des règles, non pour leur validité, ni même pour leur
importance, mais en fonction de l'usage qu'on avait l'intention d'en
faire (dans le souci de compléter ou contredire telle autre théorie?),
car il est difficile d'admettre qu'elles aient été choisies complètement
au hasard.
On voit comment tout cela est soutenu par l'idée qu'on peut cons-
truire n'importe quelle logique axiomatique en se préoccupant
uniquement de construire un système qui soit cohérent avec lui-
même, tout en considérant comme secondaire l'étude de la manière
dont il s'accorde ou non avec les faits (en l'occurrence la validité ou
non des raisonnements).
Aujourd'hui, l'influence de ces théories sur l'informatique s'étend à
tous les domaines, en particulier à celui des sciences cognitives.
TEXTE(s) CITÉ(s)
[1] Robert BLANCHI., L'axiomatique [751
[21 Serge ROBERT', La logique, son histoire, ses fondements [655]
54 Manuel de référence
AXIOME
Axiomatique — Théorème — Démontrer
Le sens des mots
Axiome
Selon le vocabulaire de la philosophie de Lalande :
- Sens A : «prémisse considérée comme évidente, et reçue pour vraie sans
démonstration par tous ceux qui en comprennent le sens. »
- Sens B : « Très généralement, dans un système hypothético-déductif; toute
proposition, évidente ou non, qui ne se déduit pas d'une autre, mais que
l'on pose par un acte décisoire de l'esprit, au début de la démonstration. »
Sens C : «Plus proprement : celles des propositions ainsi posées qui
constituent une règle générale de pensée logique, par opposition aux pos-
tulats qui concernent telle ou telle matière spéciale. »
Postulat
Selon le Lalande :
- Sens A : «Primitivement, proposition que le géomètre demande à son
auditeur d'accorder, bien qu'elle ne soit ni démontrée, ni évidente. »
- Sens B : «Proposition qui n'est pas évidente par elle-même, mais qu'on
est conduit à recevoir parce qu'on ne voit pas d'autre principe auquel
on puisse rattacher soit une vérité quon ne saurait mettre en doute, soit
une opération ou un acte dont la légitimité n'est pas contestée. »
Résumé
Sous toutes réserves, on peut dire que, selon ces conceptions, la
notion d'axiome serait plutôt du côté de ce qu'on considère comme
Notons que ceci serait vrai parce qu'on estime que c'est évident, tandis que celle de postulat
en contradiction avec serait du côté de ce qu'on considère comme vrai, bien qu'on ne le
le concept d'axioma-
tique. trouve pas évident.
Historique
À l'origine
C'est avec les Grecs, et définitivement avec Euclide, qu'on prend
conscience de la nécessité de séparer soigneusement, d'une part les
indémontrés (les définitions et les axiomes), d'autre part ce qui est
démontré à partir des indémontrés : les théorèmes. C'est plus parti-
culièrement avec la découverte des grandeurs non-commensurables,
qu'on prendra conscience à la fois de l'importance de ces précautions
et de la puissance de la démonstration comme outil de connaissance.
Fils Conducteurs 55
Voir à : Mathémati- Cette prise de conscience est aujourd'hui loin d'être assumée. On est
ques [Un étonnant re- peut-être même en train d'assister à un recul.
cours à l'empirisme].
Dans l'histoire des sciences
Toute l'histoire des sciences est dominée par un problème insoluble :
comment la science est-elle possible si, en dernier recours, on se
trouve toujours confronté à des indémontrés?
Les sciences ne peuvent se construire qu'en échappant à deux
écueils :
- renoncer à exister sous prétexte que rien n'est démontrable;
- accepter n'importe quelle évidence pour argent comptant.
Apport de cette analyse
D'une manière générale
Dans le Ume A, les Dans le cadre de l'analyse faite ici, nous rappellerons que toute acti-
axiomes sont de la for- vité déductive (inférentielle) comprend trois parties : une partie
me «l'usine ne fabri-
que pas de chevelu», non-démontrée, une démonstration, une partie démontrée.
«il y a un chevelu dans
Le terme «axiome» sera réservé à la partie non-démontrée, qu'on la
cette situation», etc.
considère comme parfaitement fiable, qu'on l'accepte faute de
mieux, ou qu'on la considère comme discutable.
Voir aussi : Par exemple : «les fraises n'ont pas le goût de poulet», et : «on ne
TB-Chl. [III Éplu- fabrique pas de bâton à la fois plus grand que le grand et plus petit
cher les indémontrés.
que le petit», sont des axiomes.
Si la démonstration respecte les règles qui déterminent les raisonne-
ments corrects, la partie démontrée (conséquence) a exactement le
même degré de fiabilité que la partie non-démontrée. Si les raison-
nements ne sont pas menés correctement, la conséquence n'est pas
fiable, quelle que soit la fiabilité des indémontrés.
Précision
Bien que les règles qui permettent d'établir la différence entre les rai-
sonnements corrects et les raisonnements qui ne le sont pas ne
puissent pas elles-mêmes être démontrées, sauf par d'autres règles et
ainsi de suite indéfiniment, nous ne les mettrons pas ici dans les
Voir à Axiomatique axiomes. Ceci conduit à récuser l'interprétation, qui appelle
(L'axiomatisation de «axiomes» les propositions «7 -.4 qui constituent une règle générale de
la logique].
pensée logique. » [Lalande, sens Cl
TB-Ch6[1V.2] La lo- En effet, l'analyse faite ici récuse la thèse, aujourd'hui couramment
gique comme réalité admise par les logiciens, selon laquelle on pourrait choisir à son gré
ses règles de déduction pour construire la logique de son choix.
56 Manuel de référence
Il est de fait que ces règles sont non-démontrées, et à ce titre peuvent
être appelées axiomes. Mais il faut se donner les moyens d'établir
clairement la différence entre, d'une part l'outil muni des règles qui
permettent de l'utiliser, et d'autre part le contenu qu'il traite. Ici,
nous mettons le concept d'axiome du côté des contenus.
Pour établir les liens
Il n'y a pas de connaissance du monde qui ne s'appuie implicitement
sur une ou des lois non-démontrées. Il ne peut donc y avoir de con-
naissance du monde totalement fondée sur la raison. En effet, même
lorsqu'elle est établie par l'observation, la connaissance ne porte que
sur l'instant de cette dernière. Elle n'a de valeur prédictive pour l'ins-
tant d'après que si on admet la stabilité des observés (ce qui est déjà
reconnaître au moins un axiome).
Il appartient à chaque science de déterminer ce qu'elle considère
TB-Ch I [XIIII La comme ses axiomes, tout en maintenant par principe un lieu pour
philosophie : fonc-
tion et nécessité une réflexion sur les limites de fiabilité de ces derniers.
Notons que ce principe confronte les sciences à une contradiction : Modèle
Ahuri elles doivent admettre que les axiomes sont fiables, sinon elles ne
peuvent rien faire, mais elles doivent également admettre qu'ils ne le
sont pas, sinon elles perdent la réflexion sur leurs limites.
Axiome d'Euclide
Géométrie [Géomé- (Appelé aussi postulat d'Euclide ou plus précisément « Cinquième
tries non-euclidien- postulat d'Euclide»)
nes]
On appelle ainsi la règle : «Par un point, on peut mener une parallèle à
une droite et on n'en peut mener qu'une seule. »
BACON Francis Bacon
TB-Ch2 [VI.I] Quatre vents qui balayèrent la scolastique, Francis Bacon
Empirisme — Induction — Pragmatisme
Références
«Homme d'État et philosophe anglais (Londres, 1561-1626)
Cherchant à rompre avec la tradition aristotélicienne et scolastique, il
renouvela l'ordre des sciences L...1 Bacon indiqua les principes d'une
méthode inductive et expérimentale. Refusant l'empirisme spontané tout
autant que le rationalisme abstrait, il fit de la connaissance scientifique
57 Fils Conducteurs
la recherche des causes naturelles des faits et la détermination de leur
forme (ou essence). » [Petit Robert]
Une certaine légende
Francis Bacon, en réaction à la scolastique, reste aux yeux de l'his-
toire celui qui a redonné ses lettres de noblesse à l'induction.
force de ne voir que des cor-C'est ainsi qu'on lui prête l'énoncé : «À
et beaux noirs, on finit par en conclure que tous les corbeaux sont noirs»,
qu'on emploie souvent l'expression «induction baconienne» pour
caractériser le raisonnement qui passe ainsi directement du particu-
lier au général.
Francis Bacon a-t-il réellement tenu ce propos que lui prête la
légende? C'est peu vraisemblable, car son système, tout en étant
comme nous le verrons criticable, est tout de même plus subtil.
À partir du texte
L'intention
Le but de Francis Bacon est donné dès le départ : il s'agit d'inverser
le rapport déductif qui va des généralités vers les faits, pour fonder
les sciences de la nature sur une démarche allant des faits vers les
C'est pourquoi, l'ordre de la démonstration se trouve lui généralités. «
aussi complètement renversé Dans notre manière de faire, au con-
traire, les axiomes naissent progressivement par une démarche tellement
On remarquera que graduée qu'on ne parvient qu'en dernier lieu aux plus généraux111 ».
Francis Bacon, tout en «Or ce dont les sciences ont besoin, c'est d'une forme d'induction qui pro-
préconisant (le fonder
la science sur l'induc- cède à la solution et à la séparation de l'expérience et dont la conclusion
tion, ne renonce pas à 722..» nécessaire s'appuie sur les exclusions et les rejets obligés[1]L
la notion de conclu-
sion ∎‹ nécessaire,.
La méthode
Dans un premier temps, Bacon propose une méthode qu'on peut
considérer comme le B A BA de toute science tournée vers l'étude
des faits : chercher ce qui a ou n'a pas telle propriété, étudier les
accroissements et les diminutions... Tout cela était-il à l'époque
aussi novateur qu'il le prétend? Ou n'était-ce pas là ce que des quan-
tités de gens avaient toujours fait, pour étudier les plantes ou en
alchimie par exemple?
instances prérogatives» Après quoi, il développe un système en 27 «
qu'il présente comme une sorte de modèle méthodologique achevé
instances solitaires, instances de migration, instances ostcnsives, ins-
tances clandestines... Le lecteur qui s'intéresse à la question pourra
[1 Ir 228 Li suivante, se reporter au texte
58 Manuel de référence
On se demande d'où sortent ces 27 instances, pourquoi celles-là plu-
tôt qu'autre chose, et on imagine mal quelle science aurait pu
réellement se servir de ce système; ce qui conduit à penser que si
Bacon a exercé une influence importante, c'est en raison des criti-
ques qu'il a faites des idées de son temps, mais fort peu à cause de
celles qu'il a apportées.
Aspects logiques
Bacon s'en prend à la logique et au syllogisme. Mais, les raisonne-
ments qu'il propose ne sont que des syllogismes. Cela vient-il de lui,
ou de la scolastique qui avait tellement déformé les choses qu'on ne
pouvait plus reconnaître un syllogisme en dehors du contexte scolaire?
Position prise ici
L'analyse proposée ici est à bien des égards incompatible avec la pen-
sée de Francis Bacon et avec l'influence qu'elle a introduite dans les
sciences.
Certes, il ne s'agit nullement de nier l'importance de l'observation
des faits. Mais notre position a été développée ailleurs à plusieurs
reprises. Rappelons-la ici :
TB-Chl [V] Consta- - 1) On ne peut pas attendre de l'induction, sous quelque forme que
ter, anticiper ou rai-
ce soit, une «conclusion nécessaire »[1]., et il ne saurait exister d'in-sonner
duction «vraie et parfaite»[i].
- 2) L'énoncé : «aucun progrès d'importance ne pourra se faire dans les
sciences, par le moyen des anticipations»[1]= est récusé par toute
l'analyse faite ici. Ainsi, contemporain de Galilée, Francis Bacon n'a
jamais rien compris à ce qui, dans les idées de son temps, annonçait
la physique.
Il reste à mentionner un paradoxe
Après avoir noté, à juste titre, à quel point l'invention est étouffée,
Bacon nous propose sa propre conception de celle-ci.
combien il paraîtra plus noble d'inventer ce par quoi toute chose
peut être aisément inventée[i].» Il ne voit pas que, derrière l'inven-
tion qui prétendrait permettre de tout inventer, il n'y aurait plus
d'invention possible. C'est pourquoi, selon cet éternel mouvement par
lequel l'ouverture se fait aussitôt fermeture, il nous livre l'image qu'il
se fait de toutes les inventions futures : «l'invention de l'ensemble des
causes et des sciences serait l'affaire d'un petit nombre d'années. »[1]P7
TEXTE(s) CITÉ(s)
[1] Francis BACON, Novum Organum [27]
59 Fils Conducteurs
BADAUD
TB-Ch2 [XIII.2] Le rapport entre la science et le commun des mortels
Rationnel [Responsabilité des scientifiques]
Ce qui caractérise le badaud, c'est la manière qu'il a de s'arrêter pour
étudier des phénomènes qui ne le concernent pas directement et
pour lesquels il n'a aucune compétence particulière, mais qui l'intri-
guent suffisamment pour mériter qu'il s'y attarde.
La qualité déplorable de la vulgarisation nous prive du plaisir que,
nous, le commun des mortels, pourrions prendre à nous promener
dans les sciences en badauds.
BARBARA
TA-Ch6 [III] Premier type (première figure)
Inférence [Inférence logique et inférence procédurale] — Syllogisme
L'expression Terme mnémotechnique appartenant à la scolastique.
«Barbara» désigne le premier syllogisme de la première figure. Soit :
Dans le cas du syllogisme catégorique
Tous les A sont B,
TA-Ch7 : Le raison- tous les C sont A,
nement catégorique
a pour conséquence : tous les C sont B.
Dans le cas du syllogisme hypothétique
Bien que la scolastique ne semble pas avoir établi ce parallélisme, on
peut, par extension, utiliser ce terme pour le syllogisme
hypothétique :
Si A alors B,
TA-Ch6 : Le syllogis- si C alors A,
me hypothétique
a pour conséquence : si C alors B.

60 Manuel de référence
Pour établir les liens
Du strict point de vue logique, les informations transmises par les
deux couples de prémisses ci-dessous sont rigoureusement les mêmes :
Si A alors B Si C alors A
Si C alors A Si A alors B
Mais, la présentation de droite permet de montrer que le syllogisme
en Barbara peut se résoudre par enchaînement d'inférences procédu-
rales, ce qui n'est pas le cas de celui de gauche, sauf au prix d'une
inversion de l'ordre des prémisses.
TB-C114 1111 41 Intro-
Sur le plan psychologique, cela fait du syllogisme en Barbara dans la duction à la notion
d'appareil «logique» présentation de droite, le syllogisme le plus élémentaire de tous.
BARBE À PAPA
Mathématiques [Les questions comme je me les suis posées]
Levier — Testostérone
La Barbe à Papa est une friandise connue de tous les enfants et qu'on
trouve dans les foires. Elle présente cette particularité d'avoir un très
grand volume pour une très faible valeur nutritive.
L'usage métaphorique de cette expression m'a été suggéré pour ren-
dre compte d'une certaine manière qu'ont les mathématiques
actuelles de se développer en produisant un très grand volume de
théories, dont une bonne part n'ont peut-être pas beaucoup de con-
tenu réel, mais à la fabrication et la consommation desquelles les
mathématiciens semblent prendre un certain plaisir.
BAROQUE
TB-Ch2 [VI] La fin d'une époque et le début d'une autre
La période dite «baroque» est surtout connue pour son architecture
et sa musique. Mais c'est aussi une période d'un grand bouillonne-
ment d'idées, où, dans un grand enthousiasme, on a beaucoup cru
être en train de comprendre l'Univers.
Leibniz peut être considéré comme le plus grand penseur de cette
période.
TEXTE(s) CONSULTÉ(s)
- Herbert H. KNrCH'I La logique chez Leibniz. Essai sur le rationalisme baroque [412]
61 Fils Conducteurs
ou Béhaviorisme BEHAVIORISME
TB-Ch3 [V] Made in U.S.A.
TB-Ch6 [VI] Soi-même comme réalité
Principes (in Contes et Principes)
Skinner — Conditionnement — Pavlov
Le sens des mots
De l'anglais behavio(u)r, comportement, s'écrit en français
«béhaviorisme» ou «behaviorisme» selon les auteurs. (Ici, c'est la
seconde écriture qui est utilisée, sauf dans les citations qui repren-
nent celle choisie par l'auteur).
«Ils 'agit d'une conception de la psychologie comme science du comporte-
ment observable, sans référence à la conscience. Le terme apparaît dans
l'article de J. B. Watson en 1913, considéré comme l'acte de naissance
du béhaviorisme. Toutefois, les fondements et caractéristiques de celui-ci
relèvent d'une tendance de la psychologie qui, dès la fin du XIX' siècle, se
manifeste dans différents pays[1].»
Le behaviorisme connaît un essor aux U.S.A. dans les années 1930.
Il prendra ensuite dans ce pays une dimension considérable avec les
travaux de Skinner.
«Si le béhaviorisme a fait l'objet ces dernières années de nombreuses cri-
tiques (en particulier celle de N. Chomsky), il n'a cessé d'inspirer un
Une per-nombre croissant de pratiques L ..1 »; Selon le behaviorisme : «
» sonne n'est rien de plus qu'un répertoire de comportements [1].
Position prise ici
Ayant réussi à transformer Tout en Rien, par l'énoncé implicite «en
matière de psychisme humain, rien n'est compréhensible, donc j'ai
tout compris», Skinner peut apparaître à nos yeux comme celui qui
aura poussé jusqu'à sa forme la plus extrême le réductionnisme induit
par les dérapages des concepts de rigueur et d'objectivité scientifique.
L'influence qu'il a exercée directement aux U.S.A. pendant les cin-
quante dernières années, celle qu'il y exerce encore indirectement, celle
qu'il contribue à répandre chez nous aujourd'hui devraient nous servir
à réfléchir à la capacité humaine d'entretenir collectivement les systè-
mes de pensée les plus réducteurs et aux dangers que cela représente.
À ce titre, le behaviorisme mérite de rester aux yeux de l'histoire,
toujours présent comme symbole, pour nous rappeler que la sottise
existe, qu'elle peut exercer des ravages et que, si bien partagé que soit
62 Manuel de référence
ce bon sens cher à Descartes, il ne nous protège pas contre elle aussi
sûrement qu'on l'aurait espéré.
TEXTE(s) CITE(s)
[1] Dictionnaire de psychologie [réf. 8]
Voir aussi dans la bibliographie générale à Skinner
BILLARD
TB-Ch4 : L'homme inférentiel
Cybernétique — I.A. — Cognitivisme
D'une manière générale
Le jeu de billard est une certaine réalité. Les boules se déplacent
d'une certaine manière et rebondissent selon des courbes détermi-
nées par la nature et la direction des forces qui leur donnent un
mouvement, ainsi que par les positions des obstacles. Les boules
n'étant pas supposées savoir qui les regarde, cette réalité est indépen-
dante des savoirs de l'observateur.
Soient d'une part un mathématicien n'ayant jamais joué au billard
mais expert en balistique, d'autre part un joueur chevronné ignorant
tout des mathématiques. La réalité, le billard, est la même pour les
deux, mais chacun la traite à sa façon. Le balisticien pourra faire des
calculs pour anticiper une trajectoire, mais être incapable d'envoyer
dans les faits la boule où il le souhaite. Le joueur pourra diriger les
boules à son gré sans être capable du moindre calcul.
Pour établir les liens
TB-Ch7 [VI .2] Lorsque des psychologues arguent de la manière dont des bébés
Exemples piagétiens adaptent la position de leur corps au poids d'un objet qu'on leur
TB-Ch8[1V2] Entre
lance, pour soutenir que ceux-ci ont la permanence du poids, ce Charybde et Scylla
n'est pas plus pertinent que ne serait le fait de prétendre que les Piaget
Néo (et anti) piagé- joueurs de billard ont compris la balistique.
tiens